Predictive factors for mortality from cervico-facial cellulitis

K. DjILALI AIAD, CHU Abdelkader Hassani, Sidi Bel Abbès

Abstract : Cervicofacial cellulitis is a serious infection that concerns anatomical spaces delimited by aponeuroses, the latter covering the different organs of the neck. Mortality rate of this serious pathology varies from 6% to 76%. Prognosis of cervico-facial cellulitis depends on several parameters, the most important is early patient’s management. Materials and methods : We conducted a prospective descriptive and analytical study over a five-year period from April 1st 2008 to April 1st 2013, involving 69 patients, studying mortality-related factors. Five cases of mortality were recorded. The statistical analysis was performed by the Khi2 test or Fischer test; the result was significant for p <0.05. Results : Among the 69 cases of cervicofacial cellulitis, we recorded 5 cases of death, i.e. 7.25% of patients. The average age of deceased patients is 40.8 years, 80% of the deceased patients were male, of low socio-economic level, almost all alcohol-smoking and drug addicts, poor oral hygiene, hygiene oral defective, the majority are diabetics, all were treated with nonsteroidal anti-inflammatory drugs and antibiotics. In analytic study, those who are significantly related to mortality are: lack of occupation, low socio-economic level, alcoholism, as well as drug addiction: the risk of mortality is multiplied by 15 in drug-addicts; diabetes, the gaseous cellulitis type, bilateral location, were related to Bacteroides germs. Presence of dyspnea and septic shock are two clinical signs predictive of mortality. Conclusion : cervicofacial cellulitis is a serious condition. In our study; mortality is 7%, vital prognosis is related to multiple factors.

Résumé : Introduction : La cellulite cervico-faciale est une infection grave qui intéresse les espaces anatomiques délimités par les aponévroses, ces dernières recouvrent les différents organes du cou. Le taux de mortalité de cette pathologie grave varie de 6% à 76%. Le pronostic des cellulites cervico-faciales dépend de plusieurs paramètres, le plus important est la précocité de la prise en charge du patient. Matériels et méthodes : Nous avons mené une étude prospective descriptive et analytique sur une période de cinq ans du 1er Avril 2008 au 1er Avril 2013, qui concerne 69 patients, étudiant les facteurs liés à la mortalité. Cinq cas de mortalité ont été enregistrés. L’analyse statistique était réalisée par le test de Khi2 ou le test de Fischer, le résultat était significatif pour un p<0,05. Résultats : Parmi les 69 cas de cellulites cervico-faciales, nous avons enregistré 5 cas de décès, soit 7,25% des patients. L’âge moyen de nos patients décédés est de 40,8 ans, 80% des patients décédés sont de sexe masculin, de niveau socio-économique bas, presque tous alcoolo-tabagiques et toxicomanes, de mauvaise hygiène bucco- dentaire, d’hygiène bucco-dentaire défectueuse, la majorité sont diabétiques, tous ont été traités par antinflammatoires non stéroïdiens et antibiotiques. En étude analytique, ceux qui sont liés significativement à la mortalité sont : l’absence d’occupation, le niveau socio-économique bas, l’alcoolisme, ainsi que la toxicomanie : le risque de mortalité est multiplié par 15 chez les sujets toxicomanes. Le diabète, le type gazeux de la cellulite, le siège bilatéral, quand il s’agit du germe Bacteroides. La présence de la dyspnée et du choc septique sont deux signes cliniques prédictifs de la mortalité. Conclusion : la cellulite cervico-faciale est une pathologie grave. La mortalité dans notre étude est de 7%, le pronostic vital selon l’étude que nous avons réalisé est fonction de plusieurs facteurs.  

Introduction :

La cellulite cervico-faciale est une infection grave qui intéresse les espaces anatomiques délimités par les aponévroses, ces dernières recouvrent les différents organes du cou (muscles, glandes, viscères, axe vasculaire lui- même composé des gros vaisseaux du cou comme l’axe jugulo-carotidien).

Cet espace anatomique ou tissu celluleux est composé de tissu lymphatique, tissu graisseux, les vaisseaux et les nerfs. La gravité de ces infections réside dans leur évolution rapide vers des complications locales, locorégionales et générales mettant en jeu le pronostic vital, contrastant avec une bénignité apparente des foyers infectieux à l’origine de cette affection [1].

Le diagnostic positif est posé principalement par les données cliniques et les données de la tomodensitométrie.

Le taux de mortalité de cette pathologie grave varie de 6 % à 76 % [2,3].

En absence du traitement à temps, l’extension se fait de haut en bas vers le médiastin entrainant une médiastinite elle-même de pronostic très grave, cette extension se fait via les fascias cervicaux selon trois voies de propagation : l’espace rétropharyngé, la gouttière vasculo- nerveuse de chaque côté et l’espace prétrachéal.

Dans de rare cas, l’extension se fait suite à une thrombophlébite septique, nous citons ici le cas de la veine faciale. L’origine dentaire a été évoquée dans les différentes séries et publications, suivie par les causes amygdaliennes et bucco-pharyngées.

Le traitement est essentiellement chirurgical, consistant à réaliser une incision large en L d’André unilatérale ou bilatérale [6-7-8], une couverture antibiotique associant les bêtalactamines, les aminosides et les imidazolés, c’est le schéma recommandé par plusieurs auteurs [8,7,10,11,2,12].

Le pronostic des cellulites cervico-faciales dépend de plusieurs paramètres, le plus important est la précocité de la prise en charge du patient [3].

Matériels et méthodes :

Il s’agit d’une étude descriptive prospective dans le cadre de l’épidémiologie clinique, étudiant la mortalité des cellulites cervico-faciales suivie d’une étude analytique pronostique.

Notre étude concerne tous les cas de cellulites cervico-faciales vues en urgence, soit au service d’ORL du Centre Hospitalo-Universitaire de Sidi Bel Abbès, soit au service des Urgences Médico-Chirurgicales (UMC) au cours de la période allant du 1er Avril 2008 au 1er Avril 2013, et concerne 69 patients, cinq cas de mortalité ont été enregistrés.

Nous avons inclus dans l’étude tous les patients présentant une cellulite cervico-faciale, de tout âge, des deux sexes, au stade suppuré nécessitant une incision et drainage, nous avons exclu tous les cas de cellulites cervicales séreuses, les cellulites orbitaires, cellulites faciales isolées, abcès superficiels bien limités.

L’analyse statistique était réalisée par le test de Khi2 ou le test de Fischer, le résultat était significatif pour un p < 0,05.

Résultats :

Dans cette étude de 5 années, nous avons enregistré 69 cas de cellulites cervico-faciales, dont cinq patients sont décédés, soit un taux de mortalité de 7,25 % des patients recrutés.

Parmi les 69 patients, nous avons recensé 45 hommes et 24 femmes, l’âge moyen de la série au moment du diagnostic est de 32,35 ans avec un écart-type de 15,12 ans. Parmi les cinq patients décédés, dont quatre hommes et une femme, les caractéristiques sociodémographiques, les habitudes de risque, le type de cellulite, le type de germe responsable, la prise médicamenteuse que ce soit des antibiotiques ou des anti-inflammatoires (stéroïdiens et non stéroïdiens), la cause de la cellulite et la cause de décès sont reportés dans le tableau no1 et no2.

Patient NOÂge (Ans)SexeDiabèteHTA*TabacAlcoolToxicomanie
136MOuiOuiOuiOuiOui
222MOuiOuiOuiOuiOui
377MOuiOuiOuiOuiOui
434MOuiOuiOuiOuiOui
535FNonNonNonNonNon
Tableau I : Caractéristiques des cinq cas de cellulites cervico-faciales décédés HTA* : hypertension artérielle.
Patient NOAINS*AntibiotiqueBactériologieCausesType de cellulite        Causes de décès
1OuiOuiBacteroidesDentairePhlegmoneuseChoc
2Oui
OuiBacteroides +
Streptocoque
DentaireGazeuseMédiastinite
3OuiOuiNon faitDentaireGazeuseMédiastinite
4Oui
OuiBacteroidesDentaireGazeuseMédiastinite
5Oui
OuiNon faitAmygdalienne  
GazeuseMédiastinite
Tableau II : caractéristiques des patients selon la prise des AINS, antibiotiques, les causes, le type de cellulite. AINS* : anti-inflammatoires non stéroïdiens.

L’âge moyen de nos patients décédés est de 40,8 ans avec un écart type de 21,01 ans et des extrêmes de 22 ans et 77 ans. Une prédominance masculine a été remarquée chez les patients décédés soit 80 %, le sexe féminin représente 20% des patients, le diabète a été retrouvé chez 4 patients parmi 5 soit 80 %, deux patients parmi les cinq décédés sont hypertendus, les habitudes de risque représentées par le tabagisme, alcoolisme et toxicomanie sont présentes chez 80 % des cas.

Étude descriptive des cas décédés :

Dans une première étape, nous avons réalisé une étude descriptive des cas décédés, les résultats sont reportés dans le tableau N03.

FacteursEffectifsFréquence
Féminin120,00 %
Masculin480,00 %
< 21 ans00,00 %
≥215100,00 %
NSE bon moyen*120,00 %
Bas niveau socio-économique480,00 %
Tabagisme480,00 %
Alcoolisme480,00 %
Toxicomanie480,00 %
Mauvaise hygiène bucco-dentaire5100,00 %
Diabète480,00 %
HTA*240,00 %
AINS*5100,00 %
AIS*120,00 %
ATB*5100,00 %
Choc septique480,00 %
Médiastinite480,00 %
Tableau III : Étude descriptive des cas décédés
NSE* : niveau socio-économique, AIS* : anti-inflammatoires stéroïdiens ; ATB* : antibiotique

80 % des patients décédés sont de sexe masculin, tous avaient plus de 20 ans, de niveau socio-économique bas, presque tous alcoolo-tabagiques et toxicomanes, et d’hygiène bucco-dentaire défectueuse, la majorité sont diabétiques, tous ont été traités par anti-inflammatoires non stéroïdiens et antibiotiques, 4 cas parmi les 5 patients décédés sont des médiastinites.

Par la suite, une étude analytique a été réalisée, nous avons étudié les paramètres suivants supposés favorisant de l’aggravation des cellulites cervico-faciales : âge, sexe, comorbidités : hypertension artérielle et diabète, prise médicamenteuse type anti-inflammatoires et anti-biotiques, le germe responsable de la cellulite, le type de cellulite : gazeuse ou phlegmoneuse, l’origine de la cellulite et la cause de décès, les résultats sont reportés dans le tableau No4.

Facteurs étudiésIncidencePOR
Non actif*14,29 %0,05
NSE bas16,00 %0,058,19
Alcoolisme16,00 %0,058,19
Toxicomanie23,53 %0,0115,69
Bacteroides50,00 %0,00330,5
Dyspnée20,83 %0,004
Choc septique57,14 %0,000281,33
Diabète18,18 %0,0310,22
Type gazeux de la cellulite23,81 %0,002
Tableau IV : Étude analytique montrant les facteurs significativement liés à la mortalité
Non actif* : concerne tous les patients retraités ou sans profession.

L’incidence de la mortalité identifiée dans deux groupes de patients, le premier présente le facteur, le deuxième n’ayant pas ce facteur, il s’agit de connaitre si le risque de la mortalité est modifié ou majoré, chez un groupe ayant des caractéristiques sociodémographiques particulières, les résultats retrouvés, à savoir que le risque de mortalité est majoré en présence de ces facteurs, et de façon significative : en absence d’occupation, l’incidence passe de 0% en présence d’occupation à 14,29 % en son absence, le p=0,05, le niveau socio-économique bas est également un facteur de mauvais pronostic, le risque de mortalité est multiplié par trois : il existe donc un lien évident et significatif entre ce facteur et la mortalité, le p = 0,05 et le OR est de 8.

Par la suite, nous avons étudié les habitudes de risque qui sont le tabagisme, alcoolisme, et toxicomanie, l’incidence de la mortalité est majorée par les habitudes et les comportements à risque, tous les chiffres d’incidence sont élevés en leur présence à des degrés différents : chez un patient atteint de cellulite cervico-faciale, la liaison est significative entre l’alcoolisme et la survenue de la mortalité avec un p=0,05 et un OR à 8,19 ; ainsi qu’avec la toxicomanie dont les paramètres d’association sont plus prononcés comme le montre le P qui a une valeur égale à 0,01, et un OR de 15,7 donc le risque de mortalité est multiplié par 15 chez les sujets toxicomanes.

Par contre et de façon plus ou moins inattendue le tabagisme n’est pas un facteur augmentant le risque de mortalité, bien que l’incidence soit plus élevée chez les tabagiques.

Dans l’ensemble, les patients hospitalisés pour une cellulite cervico-faciale et atteints d’une comorbidité: diabète et hypertension artérielle, s’exposent à un risque plus grand de mortalité, comme le montrent les incidences plus élevées chez les patients diabétiques (18,18 %) et/ ou hypertendus (15,38 %) par rapport aux non diabétiques et/ou non hypertendus, mais on constate une relation significativement prouvée entre la mortalité et le diabète avec un p=0,03, OR=10,22 donc le risque de mortalité est multiplié par 10 en présence du diabète.

Dans le même sens, les anti-inflammatoires et les antibiotiques ne sont pas des facteurs prédictifs de mortalité.

Pour le type de cellulite cervico-faciale, la mortalité est en fonction du type gazeux, la relation est significative (le p=0,002), les Bacteroides sont statistiquement liés à la mortalité, 50% des patients qui en sont atteints décèdent, contre seulement 3% dans le cas d’autres germes, la liaison est très significative p=0,003, et le OR=30,5.

Deux signes cliniques sont de très mauvais pronostic : la présence de la dyspnée et le choc septique avec un P égal respectivement à 0,0037 et 0,002.

La plupart des cas décédés avait une cellulite cervico-faciale d’origine dentaire, et 80% des causes de décès sont des

médiastinites, pour rappel le taux de médiastinite dans notre série de 69 patients est de 11,59% soit 8 cas de médiastinite et le taux de mortalité dans ces cas est de 50%.

Discussion :

La gravité des cellulites cervico-faciales réside dans ses complications qui sont souvent mortelles, le chirurgien est appelé à les diagnostiquer le plus tôt possible afin de prévenir l’issue fatale.

Le taux de mortalité de notre série de cellulites cervico-faciales est de 7,25 %.

La plupart des études retrouvent un chiffre qui varie entre 6 et 20%, notre chiffre se rapproche de celui de Patrice TRAN BA HUY [3] et Franck Petitpas [18] qui ont retrouvé un taux de 8%, au-dessous de celui retrouvé dans l’étude de Mohammedi [11] où le taux de mortalité est de 15%, Bontjan Laninnik [20] a trouvé un taux de mortalité de 3,5%.

Sung Youl Hyun [21] : dans une série de 30 patients a trouvé un taux de mortalité de 13,33%.

A. Jose [22] dans une étude en 2014 en Espagne a rapporté un taux de mortalité des cellulites cervico-faciales qui varie entre 7 à 20%, et dans les cellulites cervico-médiastinales la mortalité arrive à 41 %.

Selon Ramaraj et all [23] les cellulites dentaires seules présentent une mortalité de 19,2 %.

Notre étude analytique a permis de dégager et d’une manière objective les facteurs pronostiques :

1.  Facteurs significatifs liés à la mortalité :

  • Le niveau socio-économique bas (p=0,05),
  • Sans profession et retraités (p=0,05),
  • L’alcoolisme (p=0,05),
  • Toxicomanie (p=0,011),
  • Diabète (p=0,0329),
  • Extraction dentaire (p=0,0026),
  • Cellulites de type gazeux (p=0,002),
  • Le germe responsable type Bacteroides (0,0035),
  • Présence de dyspnée (p=0,0037),
  • Présence du choc septique (p=,00019).

2.  Facteurs tendant à la signification :

  • Caries dentaires (p=0,161),
  • Douleurs thoraciques (p=0,16).

3. Facteurs non significatifs : tous les autres facteurs ne sont pas significatifs.

Selon t. Backer [24], la mortalité est secondaire à l’insuffi- sance respiratoire, sepsis et défaillance multiviscérale [8]. Ces facteurs sont retrouvés dans notre étude avec une liaison très significative avec la mortalité

Ulubil et all [25] ont rapporté les facteurs de mauvais pronostic pour les cellulites cervico-faciales qui sont : âge avancé, retard thérapeutique, sexe féminin, diabète déséquilibré, atteinte pulmonaire associée et extension médiastinale. Parmi tous ces facteurs ; selon Nagendra Srinivas Chunduri et all [17], 4 facteurs conduisent à la morbi-mortalité :

  1. Le retard du traitement.
  2. Traitement inapproprié et incomplet notamment chirurgical.
  3. Association à une débilité.
  4. Infection polymicrobienne

Ces deux derniers facteurs, ont été confirmés par notre étude, comme des facteurs prédictifs de la mortalité.

Les étudesTaux de mortalité
Jose A. Tomas [19]7%-20 %
I. Mohammedi[11]15 %
Patrice tran ba huy [3]7,3 %
Sung YoulHyun [21]13,33 %
BontjanLaninnik [20]3,5 %
Bettina hohlweg-majert [2]19,2 %
N. Skitarelic [14]16-20 %
Jinn-Ming Wang [9]20,9 %
Gino Marioni [16] 200625,5 %
Nicholas P. [5]40 %
Notre serie07,24 %
Tableau V : Discussion de la mortalité de notre série

La plupart des études déclarent un taux élevé de mortalité en présence de médiastinite, ce taux s’élève à 50 % [13], et pour Lingaraj JB jusqu’à 40 % [15].

Gino Marioni [16] dans une étude analytique et descriptive a trouvé un taux de mortalité de 19 % ; les facteurs liés à la mortalité d’une manière significative sont l’association au diabète et de l’alcoolisme, [16] les mêmes résultats sont obtenus dans notre étude, pour d’autres auteurs le taux de mortalité varie entre 19 et 40 % [10], la lutte contre la mortalité commence par la prévention de ces facteurs.

Conclusion :

La cellulite cervico-faciale est une pathologie grave. La mortalité dans notre étude est de 7 %, le pronostic vital selon l’étude que nous avons réalisé est fonction : du choc septique, de la dyspnée, type gazeux de la cellulite,

Références :

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Cervical infections: how to prevent cellulitis?

H. AINOUCHE, Service ORL et CCF CHU Mustapha Bacha, Alger

Abstract : Sepsis is an exaggerated response of the body to a bacterial infection, parasitic or viral, this response of the host is variable, and can be manifested by general signs (fever, tachypnea, hyperleucocytosis). It is more the importance of this inflammatory reaction that the effect of the bacteria which determines the severity of the sepsis and its prognosis. The answer depends on many factors (young age or immunodeppression) and the time to start an adapted antibiotherapy. It is classified as severe sepsis and septic shock. Pharyngeal pathology is a reason for emergency consultation extremely common, at the general practitioner as at the specialist. It is most often minor affections whose spontaneous evolution is favorable. Nevertheless, a certain number of urgencies must be recognized and treated, it can be about: a functional emergency when aphagia prevents ingestion and runs the risk of dehydration; infectious emergency, when the presence of a suppurative collection poses a risk of locoregional complications such as the case of tonsillar phlegmon, or when pharyngitis is one of the telltale signs of an HIV infection that imposes initiation of anti-viral therapy; vital emergency as in the case of diphtheria.

Key-words : adenitis, prestylian peripharyngeal suppurations, rétrostyliennes or retro pharyngeal, mediastinitis, cellulitis.

Résumé : Le sepsis est une réponse exagérée de l’organisme à une infection bactérienne, parasitaire ou virale. Cette réponse de l’hôte est variable, et peut se manifester par des signes généraux (fièvre, tachypnée, hyperleucocytose). C’est plus l’importance de cette réaction inflammatoire que l’effet des bactéries qui détermine la sévérité du sepsis et son pronostic. La réponse dépend de nombreux facteurs (jeune âge ou immunodépression) et au délai de mise en route d’une antibiothérapie adaptée. Elle est classée en sepsis sévère et en choc septique. La pathologie pharyngée est un motif de consultation d’urgence extrêmement fréquent, chez le généraliste comme chez le spécialiste. Il s’agit le plus souvent d’affections mineures dont l’évolution spontanée est favorable. Néanmoins un certain nombre d’urgences doivent être reconnues et traitées. Il peut s’agir d’urgence fonctionnelle, lorsque l’aphagie empêche toute ingestion et fait courir un risque de déshydration ; d’urgence infectieuse lorsque la présence d’une collection suppurée fait courir un risque de complications locorégionales comme le cas du phlegmon amygdalien, ou encore lorsque la pharyngite est l’un des signes révélateurs d’une infection par le VIH qui impose la mise en route d’une thérapeutique anti retro virale ; ou bien d’urgence vitale comme dans le cas de diphtérie.

Mots-clés : Adénite, suppurations péripharyngées préstyliennes, rétrostyliennes ou rétropharyngées, cellulite, médiastinite.

Introduction :

Définition : Les infections cervicales sont fréquentes et les suppurations péri-pharyngées désignent les infections bactériennes des tissus du cou avec formation de pus. Les suppurations peuvent être diffuses et extensives le long des espaces du cou, réalisant une cellulite cervicale, ou collectées, réalisant un abcès voire une gangrène gazeuse. Les espaces péripharyngées constituent le siège des suppurations. Ils sont limités par les aponévroses du cou. La porte d’entrée est variable, dentaire, pharyngée ou dermatologique avec une infection poly microbienne résistante rendue plus agressive par un terrain immunodéprimé. L’extension rapide de l’infection à travers plusieurs espaces péri-pharyngés constitue sa dangerosité, pouvant engager rapidement le pronostic vital.

Étiologies :

L’infection et l’inflammation des voies aéro-digestives supérieures sont les principales sources de cellulite. L’infection dentaire est la plus fréquente porte d’entrée suivie des infections oropharyngées (infection dentaire (2ème, 3ème molaire)/ angine et phlegmon périamygdalien/ cancer (amygdale, langue, palais)/ traumatisme de la cavité buccale. L’angine (amygdalite aigue de cause bactérienne) et la pharyngite aigüe sont les principales causes chez l’enfant, comme l’adénite phlegmoneuse, qui diffuse ensuite dans les espaces profonds.

Toute intervention chirurgicale endoscopique peut provoquer un traumatisme iatrogénique et constituer une porte d’entrée évoluant vers une cellulite. Les sialoadénites, les lymphadénites, les corps étrangers entravés de VADS, le mal de Pott, une arête de poisson implantée dans l’œsophage sont des sources potentielles d’une infection grave pouvant provoquer une médiastinite. Une infection cutanée, une plaie cervicale, une chirurgie cervicale, un cathéter veineux cervical sont susceptibles de provoquer une cellulite, tout comme un kyste du tractus thyréoglosse, des kystes des fentes branchiaux, une laryngocèle. Une mastoïdite aigüe notamment compliquée d’abcès de Bézold peut provoquer une infection cervicale disséminée. Enfin, une métastase ganglionnaire d’un carcinome épidermoïde peut se surinfecter.

Facteurs de risque :

Probables : Consommation de tabac chez l’adulte, Anti Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) en contexte de varicelle.

Possibles : AINS en dehors d’un contexte de varicelle. Les corticoïdes seraient à risque de médiastinite au cours des cellulites cervicales. L’antibiothérapie ne semble pas réduire les risques de complications infectieuses des pharyngites. Les données de la littérature ne font pas apparaitre les états d’immunodéficience comme facteur de risque.

Facteurs prédisposants :

Diabète, Insuffisance Rénale ou hépatique chronique, IHC, HIV, traitement médical (âge, tabac, alcool, malnutrition, grossesse, obésité). La dissémination se fait par contiguïté (cellulites +++), par voie lymphatique, veineuse, ostéo-périostée (origine dentaire +++).

Les adénites :

Adénites cervicales aigües bactériennes : Les adénites aigües sont si fréquentes et habituellement si banales en contexte de rhino-pharyngite ou d’angine qu’il n’existe pas de données épidémiologiques précises les concernant. Concernant les autres complications locales (phlegmons peri-amygdaliens, infections péripharyngées, cellulite), leur fréquence serait d’environ 0,3 %. L’histoire naturelle d’une adénite aigüe bactérienne passe par plusieurs phases successives :

  • Inflammation limitée au ganglion avec stade pré-suppuratif ou suppuratif
  • Extension au tissu de voisinage (adéno-phlegmon) passant par un stade non collecté puis collecté, les suppurations sont plus fréquentes dans les adénites à Staphylococcus aureus
  • Fistulisation cutanée ou muqueuse selon la localisation de l’adénite. Le Staphylococcus aureus et les Streptocoques du groupe B touchent l’enfant avant l’âge d’un an, tandis que les Staphylococcus aureus et les Streptococcus pyogènes atteignent l’enfant de plus d’un an. Le Staphylococcus aureus est particulièrement fréquent dans les adénites collectées alors que le Streptococcus pyogènes est le germe prédominant dans les adénites non collectées, en particulier chez l’enfant de plus de 3 ans. Les anaérobies sont à craindre en cas de foyer infectieux dentaire. Après l’âge de 5 ans, les infections non bactériennes (EBV, toxoplasmose) deviennent prédominantes.

Les signes de découverte d’une adénite aigüe sont (tableau 1) : la fièvre, les cervicalgies, la tuméfaction latéro-cervicale uni ou bilatérale, un érythème ou œdème cutané ; et l’origine bactérienne de cette adénite aigüe doit être retenue si la durée d’évolution est de moins de 15 jours, si l’âge du patient est entre 1-4 ans, si l’adénopathie est unique et inférieure à 1 cm.

Les signes d’alerte en faveur d’une complication infectieuse cervicale de pharyngite sont : une altération de l’état général, un syndrome septique sévère, l’unilatérisation des symptômes, un trismus, un torticolis, une tuméfaction latéro-cervicale, une inflammation cutanée et une dyspnée. L’imagerie dans les adénites aigües bactériennes est inutile sauf dans les cas s’aggravant malgré un traitement antibiotique oral bien conduit depuis 48 à 72 heures. Les techniques recommandées sont la tomodensitométrie ou l’échographie et cette deuxième technique est moins couteuse mais d’interprétation souvent moins aisée par le clinicien. Chez l’enfant, elle a l’avantage d’être plus rapide et moins irradiante. Ni l’échographie, ni la tomodensitométrie ne sont totalement fiables pour distinguer une collection d’un état pré-suppuratif. Les examens biologiques sont inutiles dans les adénites aigües non compliquées traitées en ambulatoire. Dans les autres cas (phlegmons peri-amygdaliens, infections cervicales profondes), sont nécessaires :

  • Des prélèvements biologiques : prélèvements locaux à la seringue, en évitant l’utilisation des écouvillons ; hémocultures en cas de fièvre élevée ou de syndrome septique sévère ; des germes aérobies et anaérobies sont recherchés par des techniques adaptées ; des tests de sensibilité aux antibiotiques sont pratiqués sur les germes isolés ; des techniques de PCR peuvent être ajoutées afin d’accroitre la sensibilité de l’enquête microbiologique.
  • Un bilan biologique inflammatoire : Numération Formule Sanguine, dosage de ka CRP et éventuellement de la pro-calcitonine. La répétition de ces examens est parfois indiquée pour surveiller l’état inflammatoire en l’absence d’évolution favorable.

Le phlegmon periamygdalien :

Le phlegmon periamygdalien représente environ 30 % des abcès des tissus mous , c’est une urgence ORL fréquente qui correspond à la formation d’une collection suppurée dans l’espace décollable situé entre l’amygdale (capsule amygdalienne) en dedans, et les constricteurs

du pharynx (paroi musculaire pharyngée) en dehors. 90 % des phlegmons periamygdaliens sont secondaires à une angine ; dans les autres cas, ils font suite à une pharyngite sans signes amygdaliens. Leurs mécanismes restent incertains : diffusion de pus entre la capsule amygdalienne et la paroi musculaire pharyngée ou infection des glandes de Weber, ces dernières sont des glandes salivaires accessoires situées juste au dessus de l’ogive amygdalienne dans le palais mou. Les récidives de phlegmon surviennent dans environ 10% des cas et elles seraient plus fréquentes en cas d’antécédents d’angines à répétition et avant l‘ âge de 30-40 ans.

Ils sont rares avant l’âge de 10 ans. Il est caractérisé à la fois par l’importance des signes fonctionnels et le risque de diffusion de l’infection à la gouttière cervicale (tableau 1). La flore bactérienne est commune aux phlegmons periamygdaliens, aux infections péripharyngées et aux cellulites cervicales profondes : les bactéries impliquées ont pour origine la flore commensale oro et nasopharyngée, un fort pourcentage d’entre elles est sécréteur de beta-lactamases. La flore pathogène est le plus souvent plurimicrobienne avec une prédominance de bactéries anaérobies (en moyenne trois espèces différentes) associées à des bactéries aéro- anaérobies facultatives, cette association de plusieurs espèces microbiennes représente un facteur de virulence accru (synergisme microbien). Les bactéries du genre Fusobactérium ont un pouvoir nécrosant tissulaire marqué et peuvent être à l’origine d’un tableau clinique particulier : le syndrome de Lemmierre . Dans environ un cas sur cinq, l’infection peut être monomicrobienne, notamment due à Streptococcus pyogènes. L’imagerie dans les phlegmons periamygdaliens est inutile , la tomodensitométrie est indiquée :

  • Lorsque le trismus est tel que l’examen endobuccal est impossible ;
  • Lorsque l’on craint une extension de l’infection aux espaces latéropharyngiens, notamment en présence d’une tuméfaction latéro-cervicale haute ou d’un torticolis fébrile ;
  • Chez les enfants de moins de 5 ans du fait de la rareté du diagnostic et des difficultés de l’examen clinique à l’abaisse-langue en cas de trismus ;
  • En cas d’ échec de la ponction alors que l’état général ne s’améliore pas.

L’abcès parapharyngé :

Il représente la 2ème localisation en fréquence après l’abcès péri-amygdalien. C’est une infection bactérienne (Staphylocoque à coagulase +++) collectée, formant une cavité centrée par du pus, délimitée par un tissu conjonctif ; peut être au stade initial ou compliquer une infection diffuse. Les portes d’entrée sont multiples. Selon la localisation pré ou rétrostylienne les signes cliniques et les complications peuvent varier ; ces signes cliniques peuvent être aigus ou subaigus évoluant secondairement vers la suppuration. L’interrogatoire recherchera surtout la date et l’heure de début, mode de début, date du dernier repas; notion d’angine, pharyngite, sinusite, corps étranger, rage ou infection dentaire, lésion cutanée ; prise médicamenteuse : AINS +++ ou en IV (KTT) ; le terrain( diabète, IHC, IR, IRC, hémodialyse, traitement CTC, néoplasie, épisode identique, intervention chirurgicale, traumatisme). Les signes fonctionnels sont représentés par de la fièvre, asthénie, altération de l’état général, dysphagie, odynophagie, dyspnée, dysphonie +++ ; douleur cervicale, torticolis, trismus, toux productive, difficulté à évacuer les sécrétions. Examen physique : (Tableau 1) Altération de l’état général, faciès toxique, trouble de la conscience (très inconstants) ; tachycardie, signes de déshydratation, dyspnée avec tirage, malade en « sniffing position », hypersalivation, érythème, voussure, lésion cutanée, tuméfaction, pustule ou fistulisation, atteinte du nerf crânien. On palpe une infiltration cutanée avec une tuméfaction retro mandibulaire ferme ou fluctuante, chaude, douloureuse, avec des crépitations sous cutanées (anaérobies/ atteinte des VAS) et adénopathie. L’examen de la cavité buccale : notera l’hygiène buccodentaire, amygdale (déviée en dedans et en bas) ; trismus (à évaluer pour l’anesthésie), haleine fétide, oropharynx (bombement postérieur, latéralisé ou fistulisation).

Imagerie :

  • RX Cou + Thorax (F+P) : opacité / épaississement des parties molles, niveau hydro-aérique, lésion rachidienne ou pulmonaire.
  • Échographie cervicale : Dg et distinction Abcès / cellulite / collection superficielle (guider la ponction).
  • TDM avec injection (examen de référence +++ ) : Dg de la suppuration, siège, extension dans les espaces, porte d’entrée, complications (vasculaires) présence d’air (anaérobies). 25 % de faux négatifs. Combiné à la clinique, il offre 95 % de sensibilité et 80 % de spécificité. Tuméfaction arrondie à centre hypodense non rehaussé, coque fibreuse épaisse prenant le contraste +++ / œdème et effet de masse.
  • IRM : analyse des tissus mous, complications vasculaires +++ (thrombose jugulaire, carotide, rupture, anévrysme)
  • Panoramique dentaire : porte d’entrée ?

Cellulite :

Cellulites cervicales : sont beaucoup plus rares que les phlegmons periamygdaliens et il n’y a pas de données épidémiologiques précises les concernant. Elle se définit comme une infection des espaces aponévrotiques (fascias) désignant une fasciite. La diffusion peut se faire vers le muscle adhérent (myosite), tissu adipeux profond et structures anatomiques voisines par rupture des barrières naturelles (streptokinase, hyaluronidase), deux formes cliniques à distinguer :

  • La forme adéno-phlégmoneuse : Infiltration cutanée inflammatoire +++ progressive (fluctuation et ADP ). Peut coexister une atteinte locale minime + atteinte majeure des espaces profonds (Imagerie +++).
  • La forme gangreneuse (fasciite nécrosante) : nécrose des aponévroses et tissu sous cutané d’évolution rapide (quelques heures). Signes de toxi-infection +++, risque d’état de choc, atteinte hépatique/rénale, coloration noirâtre des téguments et crépitations sous cutanées (nécrose gazeuse).

Discordance clinique/ degré de nécrose tissulaire… La porte d’entrée est le plus souvent dentaire avec notion de prise d’AINS, et au cours de la varicelle, les risques d’infection nécrosante des tissus mous, induite par les AINS, sont hautement probables. La prescription de corticoïdes serait associée à la survenue d’une médiastinite. Cliniquement (Tableau 1), la cellulite est soupçonnée en présence d’un tableau d’infection préstylienne évoluant depuis un à trois jours, une cellulite cervicale profonde peut se voir devant l’association :

  • d’un syndrome septique sévère ;
  • de signes d’atteinte de plusieurs espaces cervicaux ou médiastinaux dont les plus fréquents sont :
  • Sur le plan fonctionnel : un trismus, un torticolis et ou une limitation des mouvements latéraux du cou, une dyspnée ou une dysphonie.
  • À l’examen clinique : une tuméfaction cervicale, un placard cutané inflammatoire mal limité et rapidement extensif (peau rouge , indurée , douloureuse ou parfois insensible en cas de nécrose), une crépitation sous-cutanée signant la production de gaz (facteur pronostic péjoratif), un bombement de la paroi pharyngée.
  • L’extension médiastinale : l’absence d’inflammation cutanée dans la région thoracique n’élimine pas une atteinte médiastinale ; et les douleurs thoraciques, en particulier interscapulaires, sont très évocatrices de ce diagnostic = 40 % de mortalité.

Cellulite 2 :

  • L’imagerie de référence dans les suppurations péripharyngées et les cellulites cervicales extensives est la tomodensitométrie. L’IRM , bien que donnant des informations très précises, n’est pas encore très utilisée du fait de sa moins grande disponibilité , de son cout plus élevé, et de sa durée de réalisation plus importante.
  • En dehors de son intérêt diagnostique, l’imagerie peut être utilisée pour :
  • Guider la ponction d’un abcès difficile à localiser cliniquement, en utilisant soit l’échographie , soit un système de navigation assistée.
  • Suivre l’évolution du processus infectieux , en particulier en l’absence d’évolution clinique favorable sous traitement adapté.
A : Abcès rétropharyngien d’origine dentaire B : extension
au médiastin et péricarde



Cellulite cervico-médiastinale d’origine dentaire avec prise d’AINS. Collection de l’espace sous-mandibulaire Gauche avec bulles d’air et extension au médiastin supérieur (espace viscéral)
Infection (espace sous mandibulaire) étendue en cervical antérieur

Les principales anomalies recherchées de la tomodensitométrie :

Cellulite : épaississement des tissus cutanés et sous cutanés.

Fasciite : épaississement des plans aponévrotiques cervicaux.

Myosite : épaississement asymétrique ou prise de contraste des muscles du cou.

Collections liquidiennes dans différents espaces (dont la présence n’est pas indispensable pour porter le diagnostic de cellulite).

signes inconstants :

A : Abcès rétropharyngien d’origine dentaire

B : extension au médiastin et péricarde

  • collections gazeuses
  • adénopathies inflammatoires

Recherche de l’étiologie : localisation de la porte d’entrée initiale ou de l’espace aponévrotique atteint initialement.

Bilan d’extension :

  • Recherche d’une atteinte des espaces parapharyngé ou préstylienne, carotidien ou rétrostylien, rétropharyngien et prévertébral ; masticateur, sous mandibulaire, sous mental, viscéral, parotidien.
  • Détermination du trajet de diffusion de l’infection : antérieur, postérieur, inférieur, supérieur.

Recherche de complications :

  • Extension thoracique/ médiastinite : infiltration de la graisse médiastinale et/ou collections liquidiennes, possibles épanchements péricardiques, abcès paracardiaques, pleurésies purulentes, préciser l’extension du processus infectieux par rapport à la carène et à la crosse de l’aorte (dicte la voie d’abord chirurgicale).
  • Pneumopathies d’inhalations.
  • Thrombose de la veine jugulaire interne.
  • Pseudo-anévrysme mycotique ou occlusion de la carotide interne.
Tableau 1

Complications :

Détresse respiratoire : 1ère par ordre de fréquence et de mortalité.

Infections de plusieurs espaces (péri-amygdalien, Lud- wig, para et latéropharyngé, viscéral) ; se caractérise par des signes à type de dyspnée (tachypnée), stridor, dysphonie, dysphagie, tirage, tachycardie, cyanose, hypersudation, désaturation. L’examen retrouve un sou- lèvement de la langue, des amygdales obstructives, un bombement des parois pharyngées ou fistulisation (collection), œdème des CV, épiglotte, corps étranger

  • TDM : collection/œdème avec effet de masse +++.

Angine de Ludwig : c’est une cellulite sous mandi- bulaire et sous mentale bilatérale sans abcès ni adé- nopathie ; qui se manifeste par un syndrome septique

avec odynophagie, altération de la parole, tuméfaction plancher buccal, soulèvement de la langue et diffusion cervicale des signes locaux ; une extension postérieure (base de langue) est à rechercher, signe d’une suffocation.

  • TDM : comblement hypodense des espaces sous mandibulaire et sous mentale/réduction de la filière pharyngolaryngée.

Médiastinite : C’est la diffusion d’une infection au médiastin, le plus souvent supérieur, dont le diagnostic est difficile car il n’ existe pas de symptômes spécifiques. Intérêt de la TDM +++.

  • Diffusion à partir de l’espace viscéral latéro et rétropharyngé, carotidien, pré vertébral et espace de danger.
  • Atteinte cardiovasculaire, pulmonaire et multiviscérale potentiellement mortelle (20 – 40 %).

Thrombose de la veine jugulaire interne : due à une extension de l’infection (parapharyngé, carotidien, viscéral), primitive (KTT, toxicomanie IV), ou réactionnelle (aseptique). Cliniquement c’est un cordon        induré en avant du SCM, ou état de septicémie qui peut passer inaperçu avec des emboles septiques pulmonaires (dyspnée, toux, hémoptysie, douleur thoracopleurale) réalisant le syndrome de Lemierre, des emboles septiques ostéoarticulaires, rétrogrades (abcès cérébral, méningite) sont à rechercher ; et la TDM avec injection de produit de contraste visualisera le thrombus.

Thrombophlébite du sinus caverneux : le point de départ peut être les plexus veineux ptérygoïdiens, la
veine faciale angulaire ou ophtalmique ; se manifeste par une fièvre, des troubles de la conscience, un méningisme, un chémosis, une ophtalmoplégie avec dysfonction des nerfs III, IV, VI, une stase veineuse et un œdème rétinien au fond d’oeil.

  • La TDM avec injection de produit de contraste : élargissement du SC, zones hypodenses ne prenant pas le contraste.

Prise en charge :

  • En ambulatoire : (Tableau 2 ) La plupart des adénites aigües bactériennes se traitent en ambulatoire et les examens biologiques et l’imagerie sont inutiles en l’absence de complications ; la durée du traitement est de 10 à 14 jours et il est préférable de poursuivre l’antibiothérapie durant au moins 5 jours après résolution complète des symptômes. Certains phlegmons peri-amygdaliens peuvent se traiter en ambulatoire après avis ORL spécialisé en dehors d’une aphagie ; la prise en charge repose sur la ponction du phlegmon et sur une antibiothérapie intraveineuse. Les infections péripharyngées et les cellulites cervicales profondes nécessitent une hospitalisation rapide dans un centre expérimenté dans la prise en charge de ce type d’infections. Les signes de gravité faisant craindre une complication susceptible d’engager le pronostic vital dans les infections profondes sont : altération de l’état général, troubles de la conscience, instabilité tensionnelle, tachycardie, marbrures, dyspnée, signes neurologiques, paralysie d’une ou de plusieurs paires crâniennes, syndrome de Claude Bernard Horner, association d’une tuméfaction endopharyngée et d’une masse latéro-cervicale profonde rapidement extensives, éventuellement associées à un placard cutané inflammatoire. En présence de ces signes, le patient doit être transféré d’urgence vers un centre spécialisé expérimenté dans la prise en charge de ce type de pathologies et doté d’une réanimation, de service d’ORL et de chirurgie thoracique et d’un plateau d’imagerie avec tomodensitométrie.
Tabeau 2

•  En hospitalisation :

Prise en charge des adénites bactériennes : En l’absence d’amélioration après 48 à 72 h de traitement ambulatoire bien conduit, une hospitalisation est nécessaire. Le bilan comprend un bilan biologique inflammatoire et une échographie. En cas de suspicion de collection, une ponction aspirative avec prélèvement bactériologique est réalisée, en s’aidant d’un guidage échographique. Une antibiothérapie par voie veineuse est instaurée. Le drainage chirurgical sous anesthésie générale se fera systématiquement en présence de collection ou en cas d’une ou plusieurs ponctions, ou en présence de collection volumineuse, ou chez des enfants indociles et pusillanimes. Le pus prélevé doit faire l’objet d’une étude bactériologique et une lame de drainage doit être laissée à travers l’incision durant 48 à 72 h pour favoriser les lavages. Après retour à domicile, une antibiothérapie orale est prescrite pour une durée minimale de 5 jours après résolution des symptômes. Le patient doit être prévenu de la persistance prolongée (plusieurs semaines voire plusieurs mois) d’une masse cervicale palpable.

Traitement médical des phlegmons peri-amygdaliens : (Tableau 3) L’antibiothérapie est d’abord intraveineuse puis orale. En moyenne, la durée totale de traitement est de 10 j. Une dose unique de corticoïdes permettrait de mieux soulager la douleur, le trismus, et la fièvre, sans augmenter les risques d’évolution défavorable. Les autres traitements médicaux sont les antalgiques et les antipyrétiques, et la prévention de la déshydratation par perfusion quand l’alimentation orale est rendue impossible par l’intensité du trismus et de la douleur, en particulier chez l’enfant de bas âge. La ponction aspirative est aussi efficace que l’incision drainage et par ailleurs, elle est moins douloureuse et peut être répétée. L’incision – drainage : chez l’adulte elle est le plus souvent réalisée sous anesthésie locale.

Toute incision drainage de collection à travers la muqueuse pharyngée latérale, qu’elle soit réalisée dans le cadre d’un phlegmon peri-amygdalien ou d’une infection péri-pharyngée, doit être précédée d’une ponction aspirative à l’aiguille, afin d’une part de confirmer et de localiser l’abcès, d’autre part d’éliminer un pseudo-anévrysme mycotique de la carotide.

La ponction aspirative      L’incision – drainage
Tableau 3 : C3G : Céphalosporines de 3ème génération recommandées sont le céfotaxime ou la ceftriaxone.

L’amygdalectomie est indiquée dans les angines à répétition ou en cas de phlegmon peri-amygdalien récidivant, et ce d’autant que le sujet est âgé de moins de 30 ans. Lorsqu’elle est indiquée l’amygdalectomie s’effectue idéalement à chaud, en même temps que l’évacuation de la collection. Les risques hémorragiques ne sont pas majorés par rapport à une intervention réalisée à froid.

Antibiothérapie préconisée dans les infections péripharyngées et les cellulites cervicales profondes extensives liées aux angines et aux rhinopharyngites. (Voir tableau 4)

Les antalgiques utilisés ne doivent pas être dépresseurs respiratoires. Chez l’adulte, une héparinothérapie préventive utilisant les héparines de bas poids moléculaire peut-être prescrite, en particulier dans certaines situations particulièrement à risque :infection à Fusobactérium necrophorum.

Les corticoïdes sont uniquement prescrits en cas d’obstruction respiratoire et doivent dans tous les cas être limités à une dose unique et les AINS sont à proscrire.

Tableau 4

Lorsque le diamètre d’une adénite rétropharyngée et rétrostylienne est inférieur à 15 mm selon le plus petit axe du foyer infectieux à la tomodensitométrie, un traitement médical exclusif peut être tenté même si l’image est compatible avec une collection (hypodensité centrale cernée par un halo rehaussé par le contraste). Un drainage sera envisagé après contrôle d’imagerie en l’absence d’amélioration des signes généraux et locaux après 72 h de traitement bien conduit.

Dans les infections préstyliennes, un traitement médical exclusif peut être tenté en cas de processus bien circonscrit, en l’absence de complications cliniques (dyspnée, syndrome septique sévère), et des signes tomodensitométriques de collection ou de production gazeuse. Une surveillance clinique serrée s’impose, ainsi qu’un scanner de contrôle au moindre doute sur une aggravation. Dans les autres cas, qui sont majoritaires, un drainage chirurgical est d’emblée indiqué.

La technique chirurgicale consiste à une amygdalectomie à chaud éventuellement complétée par Abord externe sous-mandibulaire. Ces patients sont à risque d’intubation difficile, en particulier en cas de trismus. La prise en charge des cellulites profondes extensives nécessite la réunion en urgence d’une équipe multidisciplinaire. L’hospitalisation doit se faire en milieu de réanimation. Le traitement médical doit se faire ; il associe les mesures de réanimation générale et une antibiothérapie intraveineuse à posologies élevées à débuter dans l’heure (Tableau 4). L’intubation peut être difficile , en particulier en cas de trismus ou d’obstruction du carrefour pharyngo-laryngée par le processus infectieux.

Le traitement chirurgical doit être précoce, répété et radical pour contrôler l’extension de l’infection ; le recours à une oxygénothérapie hyperbare ou à l’injection d’immunoglobulines polyvalentes sont des mesures optionnelles. Les pansements seront répétés sous anesthésie générale au bloc opératoire ou en service de réanimation avec lavage et drainage des espaces aponévrotiques concernés , et excision des tissus nécrosés. La fermeture de la voie d’abord se fera à distance ; une fois l’infection contrôlée dans les différents espaces cellulitiques.

Traitement des complications et des séquelles :

Difficultés respiratoires : il faut préférer une intubation prolongée à une trachéotomie systématique en urgence.

Thrombophlébite septique et anticoagulation : une anticoagulation à doses efficaces utilisant des héparines de bas poids moléculaire est préconisée ; la durée de cette anticoagulation reste controversée et elle peut atteindre plusieurs mois. Une éventuelle reperméabilisation de la veine jugulaire sur une imagerie de contrôle peut aider à la décision d’ arrêt de ce traitement.

Pseudo-anévrysme carotidien : sa prise en charge nécessite une interruption du flux de la carotide interne en amont de la lésion par ligature chirurgicale ou traitement radiologique interventionnel.

Prise en charge des séquelles de cellulites profondes extensives : tout patient ayant eu une cervicotomie pour cellulite cervicale doit être suivi par un ORL qui l’orientera vers les équipes ou structures ad hoc en cas séquelles nerveuses et/ou musculaires.

Suppuration profonde avec présence de pus, fibrine. Découverte d’une lésion communicante du plancher buccal +++.

Conclusion :

Les suppurations péri-pharyngées constituent des complications redoutables de processus infectieux, le plus souvent banaux. Les cliniques faussement rassurantes, le potentiel extensif rapide et la proximité des éléments nobles du cou font toute la gravité de l’affection. La prévention des cellulites cervicales passe souvent par le traitement adéquat des adénites bactériennes aigües, subaigües, des suppurations péripharyngées pré, rétro-styliennes et rétro-pharyngées ; des phlegmons peri-amygdaliens et des abcès para-pharyngés, ce traitement doit être précoce et surveillé cliniquement, biologiquement et radiologiquement. La conduite est dictée par les constatations cliniques et radiologiques à l’admission et les complications peuvent apparaitre à toute étape de l’évolution. La prise en charge des cellulites cervicales est longue et fait souvent appel à la chirurgie et la réanimation, nécessitant une équipe chevronnée et attentive dans une unité de soins intensifs sous anesthésie générale avec pansements réguliers à ciel ouvert et antibiothérapie adaptée ainsi qu’une héparinothérapie préventive d’autres complications et séquelles aussi graves qu’inesthétiques. La cellulite cervicale ou fasciite nécrosante est une urgence diagnostique et chirurgicale, tout retard de prise en charge augmente considérablement la mortalité.

Références :

  1. Recommandation pour la pratique clinique : Complications locorégionales des pharyngites : société française d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie de la face et du cou – 2013
  2. Les infections pharyngées – les monographies amplifon – numéro 56 – Béatrix BARRY, Romain KANIA ; Christian-Adrien RIGHINI – édition 2014
  3. Les Urgences ORL : rapport de la société française d’ORL et de chirurgie de la face et du cou année 2002.
  4. Recommandation pour la pratique clinique de la société française d’ORL 2008. Complications locorégionales des pharyngites.
  5. Chirinos JA, Garcia J, Alcaide ML, Toledo G, Baracco GJ and Lichstein DM. Septic: diagnostic and management. Am J Cardiovasc Drugs 2006; 6:9-14.
  6. Brook I. Microbiology and management of peritonsillar, retropha-ryngeal abscesses. J Oral Maxillo-fac Surg 2004; 62:1545-50.
  7. Ardekian L, Klein HH; Araydy S, Marchal F. The use of sialendosco- py for the treatment of multiple salivary gland stones. J Oral Maxillo- fac Surg. 2014 Jan ; 72(1) :89-95 ;

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Ethmoiditis in children

Z. AFIRI, A.S. NAAMANI,N. YAHI, Service ORL et CCF, EPH Bachir Mentouri, Kouba, Alger.

Abstract : Acute ethmoiditis is a complication of rhino-pharyngitis. It is an infection of the ethmoidal sinus, the only sinus pneumatized at birth. Contributing factors are those of upper respiratory tract infections, the most frequent manifestations are the ophthalmological signs : eyelid edema, exophthalmia, oculomotricity disorders evolving in a febrile context ; presence of purulent rhinorrhea is highly suggestive. Sinus CT is of great help, not only to confirm the diagnosis but also to look for an orbital or endocranial complication. Medical treatment is required, with the rhinopharyngeal disinfections, analgesic and antipyretic treatment but especially intravenous antibiotic therapy. Surgical treatment is indicated in cases where there is a visual risk of damage of the optic nerve or the retina, sub-periosteal abscess collected or extensive or intracranial complications.

Key-words : Rhinopharyngitis, infection, ethmoïdal sinus, complication, optic nerve

Résumé : Les ethmoïdites aigües du nourrisson constituent une complication des rhino-pharyngites, il s’agit d’une infection du sinus ethmoïdal, seul sinus pneumatisé à la naissance. Les facteurs favorisant sont ceux des infections des voies respiratoires supérieures, se manifestant le plus souvent par des signes ophtalmologiques : œdème palpébral, exophtalmie, troubles de l’oculomotricité évoluant dans un contexte fébrile, la présence d’une rhinorrhée purulente est fortement évocatrice. La TDM sinusienne est d’un grand apport, non seulement pour confirmer le diagnostic mais aussi pour rechercher une complication orbitaire ou endocrânienne. Au bout de l’étape radio-clinique, les complications orbitaires sont classées selon la classification de Chandler. Le traitement médical est de mise, moyennant les désinfections rhinopharyngées, le traitement antalgique et antipyrétique mais surtout une antibiothérapie par voie intraveineuse. Le traitement chirurgical, lui, est indiqué dans les cas où il existe un risque visuel par atteinte du nerf optique ou de la rétine, d’abcès sous périosté collecté ou extensif ou de complications intracrâniennes.

Mots-clés : Rhinopharyngite, nourrisson, ethmoïdites, complications, nerf optique.

Introduction :

L’ ethmoïdite aigüe est l’infection des cellules du sinus ethmoïdal.

Il s’agit d’une pathologie du nourrisson et de l’enfant, se manifestant par un tableau clinique bruyant, fait de signes inflammatoires locaux et généraux. Cette infection pose essentiellement deux problématiques : l’une d’ordre diagnostic (classification radio-clinique), l’autre d’ordre thérapeutique (choix de l’antibiotique et indication du drainage chirurgical).

Matériel et méthode :

Nous avons revu les dossiers de tous les enfants hospitalisés du 1er Janvier 2010 au 31 Décembre 2017 pour une ethmoïdite aigüe extériorisée.

Nous avons relevé pour chaque enfant :

  • Son âge à l’admission.
  • Son sexe.
  • L’année et le mois de l’admission.
  • Le délai entre les premiers symptômes et l’admission.
  • Les signes cliniques à l’admission.
  • La classification de Chandler.
  • La réalisation ou non d’une TDM et son résultat.
  • Le traitement médical entrepris au cours de l’hospitalisation ainsi que le drainage chirurgical éventuel.
  • L’évolution.

Résultats :

Pendant ces cinq années consécutives, 63 enfants ont été admis pour prise en charge d’une ethmoïdite aigüe extériorisée. Il y a eu très peu de fluctuations d’une année sur l’autre. Il y avait 47 Garçons pour 16 Filles (figure 1).

Figure 1 : répartition des enfants selon le sexe

Les enfants étaient âgés de 06 mois à 16 ans, avec une moyenne de 4 ans et demi.

Le délai entre l’apparition des signes cliniques et la consultation variait de 1 à 20 jours :

  • 36 % avant 2 jours,
  • 39 % entre 3-4 jours
  • 25 % après 4 jours.

Sur le plan clinique :

  • 00 % des patients présentaient un œdème palpébral.
  • 76 % avaient une fièvre.
  • 27 % une rhinorrhée purulente.
  • 63 % avaient une rhinorrhée claire.
  • 30 % présentaient une exophtalmie.
  • On n’a pas noté de troubles de l’oculomotricité ni de l’acuité visuelle.
Figure 2 : Œdème palpébral (iconographie du service ORL–CCF EPH Kouba).

L’e thmoïdite a été classée selon la classification de Chandler (figure 3), on a retrouvé :

  • Stade I : 34
  • Stade II : 17
  • Stade III : 11
  • Stade IV : 1
  • Stade V : 0
Figure 3 : classification de CHANDLER

Une TDM sinusienne a été réalisée chez 95% des patients retrouvant :

  • 11 patients avaient un comblement ethmoïdal bilatéral
  • 39 patients avaient un comblement unilatéral
  • 13 patients avaient un abcès sous périosté faisant chez 2/3 des patients, moins de 3 mm (figure 4).
IRM : rétention au niveau des sinus (service ORL-CCF)
TDM : opacité des sinus de la face (SERVICE ORL-CCF)

Le traitement médical a été entrepris chez tous les patients, le traitement chirurgical, lui, a été réalisé chez 24 % des patients :

  • 21 % des patients ont été opérés par voie externe.
  • 3 % par voie endoscopique.
Figure 2 : Abcès sous périosté de 6,5 mm d’épaisseur.

L’évolution a été favorable chez tous les patients, cependant 2 patients ont présenté une diplopie, 1 patient a présenté une cicatrice disgracieuse et 03 patients ont récidivé.

Discussion :

Les ethmoïdites aigües ne sont pas très fréquentes. En effet, en dehors de M. François [1] qui a rapporté une série de 125 cas traités de 1995 à 2003, les publications sur le sujet portent sur des petites séries.

L’ethmoïdite aiguë survient le plus souvent chez l’enfant de 2 à 3 ans, mais elle peut se voir chez des enfants plus jeunes (4 mois) [2] et aussi chez l’enfant plus âgé [3]. Dans notre série, l’âge moyen était de 4 ans et demi.

Nous avons noté une prédominance masculine, ce qui a été rapporté par certains auteurs [1].

La fréquence des signes oculaires : œdème palpébral, conjonctivite, chémosis, exophtalmie explique que l’ophtalmologiste soit fréquemment consulté en première intention [3].

L’œdème palpébral était un signe constant chez nos malades ; souvent unilatéral, avec des signes inflammatoires locaux prédominant à la paupière supérieure et à l’angle interne de l’œil, il s’étend plus ou moins vite à la paupière inférieure [1.3].

L’hyperthermie retrouvée dans 76% des cas à l’admission est expliquée pas la prise d’antibiotiques dans la période précédant la consultation.

L’examen ophtalmologique est nécessaire afin d’évaluer le patient notamment l’oculomotricité et l’acuité visuelle. La rhinorrhée purulente est inconstante mais quand elle existe, elle a une grande valeur diagnostique.

Tout œdème palpébral dans un contexte d’infection rhinopharyngée chez l’enfant impose un scanner en urgence, la tomodensitométrie permet un diagnostic positif et un bilan lésionnel de certitude, en étudiant l’ensemble des cavités sinusiennes, des éléments intraorbitaires et des structures intracrâniennes.

L’injection de produit de contraste permet de mieux étudier la nature d’une anomalie rétro-septale. Elle permet aussi la recherche de thrombose des veines ophtalmiques et du sinus caverneux.

Les données tomodensitométriques sont indispensables pour indiquer et guider un éventuel geste chirurgical [4]. La classification de Chandler (figure 5) est celle utilisée pour classer les complications orbitaires des sinusites, il s’agit d’une classification radio-clinique qui fait la distinction entre 2 entités : les cellulites pré septales d’évolution favorable le plus souvent avec un traitement médical et les cellulites retro septales qui elles peuvent être graves, mettant en jeu le pronostic vital et visuel.

Pour notre série, 34 patients étaient classés stade I, 17 stade II, 11 stade III, 01 stade IV et pas de stade V, ce qui est superposable aux résultats des différentes séries de la littérature, où la cellulite préseptale était la plus fréquemment retrouvée [4].

Cellulite préseptale  Cellulite orbitaire   Abcès sous périosté  Abcès orbitaire   Thrombose du S. caverneux

Classification de Chandler

Tous les patients hospitalisés ont bénéficié d’un traitement médical. Symptomatique : antalgiques et antipyrétiques ; un traitement local : désinfections rhinopharyngées pluriquotidiennes ; et d’un traitement antibiotique. En matière d’antibiotiques, une antibiothérapie parentérale à large spectre associant le céfotaxime et la fosfomycine est la plus indiquée, cependant la disponibilité des molécules fait que dans notre service il s’agit de l’association céfotaxime, vancomycine/gentamycine et métronidazole qui a été prescrite.

Le traitement chirurgical a été entrepris à chaque fois qu’un abcès sous périosté de plus de 3 mm a été retrouvé à l’imagerie [4].

La voie externe est préférée du fait de la particularité de la chirurgie endoscopique chez l’enfant, elle consiste en une incision canthale interne avec décollement sous périosté, le pus a été prélevé à chaque fois pour un examen cytobactériologique en vue d’adapter l’antibiothérapie par la suite. L’évolution des patients est d’autant plus favorable que la prise en charge est précoce, et du stade de l‘ethmoïdite.

Conclusion :

Les ethmoïdites sont les sinusites les plus fréquentes

chez l’enfant de moins de 3 ans.

La gravité de cette affection est liée aux complications oculo-orbitaires et endocrâniennes.

Le diagnostic est essentiellement clinique mais l’apport de la TDM est majeur, notamment dans l’indication thérapeutique.

Références :

  1. François M, Mariani-Kurkdjian P, Dupont E, Bingen E. Ethmoï- dites aiguës extériorisées de l’enfant : à propos d’une série de 125 cas. Arch. Pédiatr. 2005 ; 3 : 6-10.
  2. Chobaut JC, Menget A, Badet JM et al. Les ethmoïdites de l’enfant à propos de 20 observations récentes. J. F. ORL 1993 ; 42 : 195-200.
  3. Acute ethmoiditis in children about 11 cases L. Boughamoura, F. Hmila, M. Ben Ali*, I. Chabchoub, J. Bouguila, M. Yacoub, K.
  4. Bouzouita*, A S. Essoussi. J. Tun. ORL – N°16 Juin 2006 Orbital infections in children : clinical signs, imaging and treat- ment. L. Bovin, J.P. Adenis JFO 2009.

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Acute mastoiditis in children: from diagnosis to treatment

Y. KELKOULI, Service ORL et CCF, EPH Bachir Mentouri, Kouba, Alger

Abstract : Objective : Acute mastoiditis (AM) has become rare since the almost systematic use of antibiotic therapy in the treatment of acute otitis media (AMO). The objective is to establish an epidemiological profile of AM, to study the clinical presentation and the proper therapeutic attitude. Methods : A prospective study including children admitted for AM is carried out between 2016 and 2017.  Intravenous  antibiotic  therapy  was  systematic. Retro auricular aspiration is proposed for sub-periosteal abscesses. Results : Twenty children were cared for MA. The clinical form was externalization in the retro auricular region, at the periostitis stage (10 cases) or at the stage of abscessation (10 cases). CT scan is mainly performed in case of retro auricular fluctuation. The isolated organisms are mainly Streptococcus pneumoniae, Streptococcus group A and Staphylococcus. Treatment with intravenous antibiotic therapy and retro auricular aspiration of abscessed cases made it possible to control the majority of cases. Conclusion : Although the diagnosis of AM is based on the clinic, the CTscan is essential in case of collected form or diagnostic doubt. In the absence of complications, broad-spectrum antibiotic therapy and retro auricular aspiration are sufficient for healing.

Key-words : Acute mastoiditis, periosteis, sub-peristeal abscess, retro auricular aspiration

Résumé : Objectif : La mastoïdite aiguë est devenue rare depuis l’utilisation quasi systématique de l’antibiothérapie dans le traitement des otites moyennes aiguës (OMA). L’objectif est d’établir un profil épidémiologique des mastoïdite aigüe, d’étudier la présentation clinique et l’attitude thérapeutique adéquate. Matériel et méthode : Une étude prospective incluant les enfants admis pour mastoïdite aigüe entre 2016 et 2017. L’antibiothérapie intraveineuse était systématique. La ponction rétro-auriculaire est proposée pour les abcès sous périostés. Résultats : Vingt enfants ont été pris en charge pour mastoïdite aigüe : au stade périostite (10 cas) et au stade d’abcédation (10 cas). La TDM des rochers, principalement réalisée en cas de fluctuation rétro-auriculaire. Les germes isolés sont : Streptocoque pneumoniae, Streptocoque du groupe A et Staphylocoque. Le traitement par antibiothérapie intraveineuse et ponction rétro-auriculaire des cas abcédés a permis de contrôler la majorité des cas. Conclusion : Malgré que le diagnostic de mastoïdite aigüe soit basé sur la clinique, la TDM des rochers est indispensable en cas de forme collectée ou de doute diagnostique. En l’absence de complication, le traitement est basé sur l’antibiothérapie à large spectre et la ponction rétroauriculaire.

Mots-clés : Mastoïdite aigüe, périostite, abcès sous périosté, ponction rétro-auriculaire.

Introduction :

La mastoïdite aigüe, complication la plus fréquente de l’otite moyenne aigüe (OMA), commence par une inflammation du mucopérioste de l’oreille moyenne. À ce stade de périostite, les lésions sont réversibles sous traitement antibiotique, car les structures osseuses sont encore intactes. Puis le processus s’étend de proche en proche vers la corticale, qui finit par se rompre. La fistulisation entraine une diffusion du pus vers les espaces contigus, le plus souvent en région rétro-auriculaire [1] : c’est la MA compliquée d’un abcès sous périosté aussi dénommée forme extériorisée. Une bonne connaissance de la clinique permet de poser le diagnostic de la mastoïdite aigüe, qui se résume dans la triade caractéristique suivante (figure1) :

  • Tuméfaction douloureuse rétro-auriculaire,
  • Effacement du sillon rétro-auriculaire,
  • Décollement du pavillon en bas et en avant.

L’objectif de cette étude est d’établir un profil épidémiologique de nos patients et d’évaluer l’efficacité de la prise en charge, mais aussi d’identifier les différents germes responsables et leur sensibilité aux antibiotiques.

Figure 1 : mastoïdite aigüe droite avec une tuméfaction et net comblement du sillon rétro-auriculaire. (Iconographie : Dr Kelkouli)

Matériel et Méthode :

C’est une étude prospective, incluant les enfants admis pour mastoïdite aigüe entre 2016 et 2017 qui a porté sur 20 cas pris en charge au niveau du service ORL de Kouba.

Nous avons exclu les otites chroniques compliquées de mastoïdite aigüe, ainsi que les otites externes avec réaction rétro-auriculaire. Les enfants sont hospitalisés dès la confirmation du diagnostic. Un bilan biologique est réalisé et un bilan d’imagerie dont une TDM des rochers et un prélèvement pour étude bactériologique.

Résultats :

Sur les 20 cas répondant aux critères diagnostiques de mastoïdite aigüe, les enfants admis étaient majoritairement de la région d’Alger (14 cas), de Boumerdes (4 cas) ainsi que d’autres Wilayas (1 cas de Msila et 1 cas de Tiaret). Pour la plupart issus du milieu rurale ayant un niveau socio-économique moyen.

On remarque que plus de 2/3 des cas étaient reçus durant la période automno-hivernale et printanière (15 cas), alors que durant l’été il y a eu 5 cas.

Il est à noter que la notion de tabagisme passif est retrouvée dans 10 cas.

Une prédominance masculine est notée avec un sex- ratio = 2 (figure 2). L’âge moyen est de 20 mois. À noter que 75 % des enfants avaient moins de 12 mois (figure 3). La mastoïdite aigüe était localisée à droite dans 11 cas et à gauche dans 9 cas.

Une rhinopharyngite était rapportée dans 10 cas (50 %) précédant de quelques jours la mastoïdite aigüe. Nous avons noté également une otite moyenne aigüe précédant la mastoïdite aigüe dans un délai variable (moyen de 8 jours avec les extrêmes allant de 1 à 20 jours). À noter que la MA était inaugurale dans 2 cas.

Figure 2 : Diagramme sex/ratio

L’antibiothérapie prescrite avant l’admission était à base d’amoxicilline-acide clavulanique ou céphalosporine de 3ème génération (7 cas). Dans 6 cas un traitement symptomatique seul était administré. Pour les autres cas, le traitement prescrit avant l’admission n’a pas pu être précisé.

Figure 3 : Diagramme répartition selon l’âge

Dans les cas où l’étude bactériologique a était faite, il nous a été permis d’isoler les germes suivants : Streptocoque pneumoniae, streptopyogenes (groupe A), Staphylococcus capitis. Les cultures étaient négatives dans 3 cas.

Différents aspects sont retrouvés à l’examen otoscopique, allant de la simple congestion (6 cas), à l’aspect bombé du tympan avec collection rétro-auriculaire (4 cas). Par ailleurs, nous avons noté un cas de tympan perforé et un cas d’aspect normal. Pour les 8 cas restants le tympan n’était pas visible, cela est dû au fait que le conduit auditif chez les nourrissons est étroit avec parfois du cérumen rendant la visibilité du tympan difficile. Dans la région rétro-auriculaire la fluctuation de la tuméfaction était retrouvée dans la moitié des cas (10 cas).

Pour le côté controlatéral, le tympan avait un aspect normal (10 cas) et congestif (6 cas).

La TDM des rochers (figure 4, 5) retrouvait un comblement des cavités de l’oreille moyenne et de la mastoïde dans tous les cas, associé à une effraction de la corticale mastoïdienne (8 cas). Elle a permis de mettre en évidence un empyème du lobe temporal dans 1 cas.

Figure 4 : TDM des rochers : abcès sous périosté au niveau des parties molles rétro-auriculaires.
Figure 5 : TDM des rochers : abcès sous périosté rétro-auriculaire et empyème temporal.

Le traitement :

Une antibiothérapie probabiliste est lancée pour tous nos patients dès l’admission en IV avec une durée moyenne de 9 jours (5 à 17 jours). La molécule de choix était le CEFOTAXIM (Claforan®) à 100 mg/kg, donné seul (9 cas), associé à la Gentamycine à 3 mg/ kg (5 cas) ; ou bien en triple antibiothérapie associant les 2 molécules au Métronidazole (Flagyl®) 15 mg/kg. En effet, l’utilisation du CEFOTAXIM est motivée par son large spectre d’action. La molécule est administrée seule dans les cas mastoïdite aigüe non collectée (stade de périostite). L’association avec la gentamycine et le Metronidazole dans les cas d’abcès sous périosté ou bien les cas compliqués (empyème ou abcès cérébral).

Un traitement de relais par voie orale a été administré pour l’ensemble des enfants dès la sortie pour une durée de 10 jours, ce qui fait que la durée totale de l’antibiothérapie allait de 15 à 27 jours.

La ponction rétro-auriculaire de l’abcès sous périosté a été pratiquée dans 9 cas correspondant aux cas d’abcès sous périosté.

La myringotomie quant à elle a été faite dans 2 cas présentant une collection rétro tympanique.

Nous avons été amenés à pratiquer une incision rétro-auriculaire avec lame de drainage gardée 48 h pour drainer le pus dans 5 cas (figure 6).

La mastoïdectomie faite dans 1 cas correspondant à l’empyème temporal.

Figure 6 : Lame de drainage dans la plaie d’incision d’abcès rétro- auriculaire.

Discussion :

L’incidence de la mastoïdite aigüe est de 3,5 à 4,2/ 100.000/an [2]. Plus rare encore dans les pays à fort niveau d’utilisation d’antibiotiques. La nette prédominance masculine retrouvée dans notre série confirme la tendance de l’ensemble des publications [3]. La recrudescence saisonnière est notée durant la période automno-hivernale ce qui a été confirmé par l’étude de Imrei L et coll. [4].

Le tabagisme parental noté dans 10 cas est considéré plutôt parmi les facteurs favorisants d’OMA [5]. On remarque que les nourrissons sont les plus fréquemment touchés par cette pathologie, cela est lié à deux spécificités des enfants en bas âge : l’immaturité physiologique du système immunitaire et la petite taille de l’aditus ad antrum [2].

Sur le plan clinique, dans notre série, la présentation clinique était typique dans la majorité des cas : OMA précédant de quelques jours les signes inflammatoires mastoïdiens (rougeur rétro-auriculaire et décollement du pavillon). mastoïdite aigüe inaugurale dans 10 % des cas ce qui est noté par certains auteurs [6]. D’autres notent le diagnostic d’OMA avant celui de mastoïdite aigüe [7]. Cela sous-entend qu’il s’agit d’une infection aigüe qui peut se développer rapidement après une infection débutant dans les cavités tympaniques [8].

Au moins 50 % des enfants ont reçu une antibiothérapie avant l’admission principalement à base d’amoxicilline-acide clavulanique et céphalosporine. Le traitement antibiotique de l’OMA ne peut pas, à lui seul, faire disparaitre le risque de mastoïdite aigüe [9,10]. Dans leur série, Zanetti et Nassif rapportaient que seuls 17,8 % des enfants ayant une mastoïdite aigüe avaient eu un traitement antibiotique avant leur admission [11]. Aux Pays-Bas, où la prescription d’antibiotique était très restreinte, l’incidence de mastoïdite aigüe était plus élevée [12]. Une faible prescription d’antibiotiques permet une hausse de l’incidence des mastoïdites aigües.

Les germes isolés chez nos patients : Streptocoque pneumoniae, streptopyogenes (groupe A), Staphylococcus capitis, sont classiquement isolés dans les mastoïdites aigües [13,14,15]. Les 2 premiers germes sont sensibles à la pénicilline contrairement au staphylocoque qui est naturellement résistant. Le pouvoir pathogène du pneumocoque est lié à la résistance à la phagocytose par l’intermédiaire de la capsule polysaccharidique et de certaines toxines (pneumolysine, neuraminidase), et également à son aptitude à induire une réaction inflammatoire intense qui favorise la dissémination tissulaire [16].

L’utilisation inappropriée et/ou insuffisante des antibiotiques facilite l’émergence de bactéries multirésistantes, particulièrement de Streptocoque pneumoniae à sensibilité diminuée à la pénicilline [17].

Haemophilus influenzae, très fréquent dans l’OMA, n’a pas été retrouvé dans notre étude. Ce germe est rarement présent dans les sécrétions purulentes ou dans l’os. Il est aussi plus sensible aux antibiotiques qui avaient été utilisés dans le traitement des OMA avant l’admission [18].

La problématique des cultures négatives est soulevée par l’ensemble des auteurs. Beaucoup d’études donnent un taux de cultures négatives élevé variant de 27 à 50 %. Les prélèvements stériles sont le plus souvent dus à une antibiothérapie préalable insuffisante pour éradiquer la mastoïdite, mais suffisante pour stériliser les prélèvements [19,20].

La TDM des rochers pour notre série n’a pas était faite pour tous nos patients. En effet, on l’a réalisé dans 12 cas, devant la suspicion clinique d’abcès sous périosté. Cela a permis de diagnostiquer 1 cas d’empyème temporal.

Dans la littérature, la TDM des rochers injectée est l’examen de référence, principalement indiquée en cas de fluctuation à la palpation évoquant un abcès sous périosté, en cas de suspicion de complications notamment neurologique et en cas d’absence d’évolution clinique favorable après 48 à 72 H de traitement antibiotiques en IV [15].

Le traitement est basé sur une antibiothérapie à large spectre en IV, orientée selon le résultat de l’étude bactériologique. La mastoïdectomie qui était pratiquée quasi systématiquement par plusieurs équipes ne l’est plus de nos jours. En effet, elle est pratiquée en cas d’évolution clinique défavorable après 48 à 72h de traitement antibiotique bien conduit, ou en cas de complications [2]. Dans une publication d’E. Lescanne et coll. il a été démontré l’efficacité de la ponction avec aspiration de l’abcès rétro-auriculaire [21]

Conclusion :

Le diagnostic de mastoïdite aigüe est basé sur la clinique, survenant généralement après quelques jours d’évolution d’OMA. La TDM des rochers reste utile permettant de déceler parfois des complications. En l’absence de ces derniers, le traitement est basé sur l’antibiothérapie à large spectre et la ponction rétro-auriculaire. Le recours à la mastoïdectomie est envisagé en cas d’évolution défavorable.

Références :

  1. Francois M. Complications des otites moyennes aigues et chro- niques. Encycl Med Chir Otorhinolaryngologie 2004 [20-135-A-10].
  2. Couloigner V. Pierrot S. Manach Y. Mastoïdite aigue de l’enfant EMC (Elsevier Masson SAS, Paris) Oto-Rhino-Laryngologie, 20-090- A-10, 2008.
  3. K.J. Kvaerner, Y. Bentdal, G. Karevold, Acute mastoiditis in Norway: no evidence for an increase, Int. J. Pediatr. Otorhinolaryngol. 71 (10) (2007) 1579–1583
  4. Imrei L, Sotonyi P., 1983: Manifest mastoiditis in childhood a cur- rent critical review. International Journal of Pediatric Otorhino laryn- gology 5(2): 189-194
  5. Paradise JL, Rockette HE, Colborn DK, Bernard BS, Smith CG, Kurs-Lasky M, et al. Otitis media in 2253 Pittsburgh-area infants: pre- valence and risk factors during the first two years of life. Pediatrics 1997;99: 318-33.
  6. Harley EH, Sdralis T, Berkowitz EH. Acute mastoiditis in child- ren: a 12-year retrospective study. Otolaryngol HeadNeck Surg 1997;116:26–30.
  7. Rosen A, Ophir D, Marshak G. Acute mastoiditis – a review of 69 cases. Ann Otol Rhinol Laryngol 1986;95:222–4.
  8. Cohen-Kerem R, Uri N, Rennert H, Peled N, Greenberg E, Efrat M. Acute mastoiditis in children: is surgical treatment necessary? J Laryngol Otol 1999;113:1081–5.
  9. Schilder AGM, Lok W, Rovers MM. International perspectives on management of acute otitis media: a qualitative review. Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2004;68:29–36.
  10. Ho D, Rotnenberg B, Berkowitz R. The relationship between acute mastoiditis and antibiotic use for acute otitis media in children. Arch Otolaryngol Head Neck Surg 2008;134:45–8.
  11. Zanetti D, Nassif N. Indications for surgery in acute mastoiditis and their complications in children. Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2006;70:1175–82.
  12. Van Zuijlen DA, Schilder AG, Van Balen FA, Hoes AW. National differences in incidence of acute mastoiditis: relationship to prescri- bing patterns of antibiotics for acute otitis media? Pediatr Infect Dis J 2001;20:140–4.
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  14. Palma S, Fiumana E, Borgonzoni M, Bovo R, Rosignoli M, Martini A. Acute mastoiditis in children: the ‘‘ferrara’’ experience. Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2007;71:1663–9.
  15. Tarantino V, D’Agostino R, Taborelli G, Melagrana A, PorcuA, Stura M. Acute mastoiditis: a 10 year retrospective study. Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2002;66:143–8.
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  19. Gliklich RE, Eavey RD, Iannuzzi RA, Camacho AE. A contempo- rary analysis of acute mastoiditis. Arch Otolaryngol Head Neck Surg 1996 ; 122 : 135-139
  20. Prellner K, Rydell R. Acute mastoiditis. Influence of antibiotic treatment on the bacterial spectrum. Acta Otolaryngol 1986 ; 102 : 52-56
  21. J.-P. Trijolet , D. Bakhos , P. Lanotte , S. Pondaven , E. Lescanne. Mastoïdite aigue extériorisée chez l’enfant : la mastoïdectomie peut- elle être évitée ? 114ème Congrès de la SFORL. Paris 14-16 Octobre 2007 ; communication orale numéro 160.

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Evolution of the age distribution of nasopharyngeal cancer at Mustapha University Hospital

M. EL HADjEN, D. DjENNAOUI Service d’ORL et CCF CHU Mustapha Bacha, Alger.

Résumé : Objectif : étudier l’évolution de la distribution selon l’âge des patients atteints de cancer du nasopharynx dans le temps par comparaison de 3 séries de patients recrutés au service d’ORL du CHU Mustapha. La comparaison entre les différents taux selon les tranches d’âge est effectuée à l’aide du logiciel « Student’s test », une signification est retenue si p<0,05. Matériel et résultats : étude rétrospective sur dossiers. 3 groupes de patients : groupe 1 recruté entre 1979 et 1981, 200 patients (âge min e: 11 ans, âge max : 80 ans) ; groupe 2 recruté entre 1992 et 1994, 173 patients (âge min : 11 ans, âge max : 80 ans) ; groupe 3 recruté entre 2006 et 2008 (233 patients (âge min : 9 ans, âge max : 85 ans). La comparaison des courbes selon l’âge montre toujours une distribution bimodale avec un pic du jeune (10-20 ans) et le pic endémique de l’adulte (40-50 ans), cependant, nous constatons avec le temps un décalage du pic du jeune 10- 20 ans (p= 0,04) au profit de la tranche d’âge 30-40 ans (p= 0,01) alors que le pic de l’adulte 40-50 ans est stable (P=0, 06). Conclusion : distribution toujours bimodale mais avec tendance vers une distribution unimodale endémique. Est-ce le début de la normalisation ?

Mots-clés : Cancer du nasopharynx, distribution bimodale, jeune, adulte, normalisation.

Introduction :

Le cancer du nasopharynx (NPC) est une entité particulière des carcinomes de la tête et du cou par :

  1. Sa relation avec le virus Epstein-Barr-Virus (EBV)
  2. Son association avec le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH)
  3. Sa distribution géographique spécifique en Asie du sud-est, et au nord de l’Afrique.

Au Maghreb, la distribution est bimodale avec une forme du jeune et la forme endémique de l’adulte.

Objectif de l’étude :

Étudier l’évolution de la distribution selon l’âge, des patients atteints de NPC dans le temps par comparaison de trois séries de patients recrutés au service d’ORL du CHU Mustapha.

Analyse statistique :

La comparaison entre les différents taux selon les tranches d’âge est effectuée à l’aide du logiciel « Compare2.exe ».Une signification statistique est retenue si p< 0,05.

Matériel d’étude et méthodes :

Le matériel d’étude porte sur trois (3) sériesde patients recrutés au service d’ORL du CHU Mustapha Bacha :

  1. Le 1er groupe recruté pendant la période allant de 1979 à 1981.
  2. Le 2ème groupe recruté pendant la période allant de 1992 à 1994.
  3. Le 3ème groupe recruté pendant la période allant de 2006 à 2008.

Résultats :

1. Groupe 1 :

200 patients ont été recensés : l’âge minimum était de 7 ans et l’âge maximum était de 80 ans. La distribution selon l’âge est représentée par le graphique ci-dessous.

Nous constatons une distribution bimodale avec un pic du jeune (11-20 ans) et un pic de l’adulte (41-50 ans)

173 patients ont été recensés : l’âge minimum était de 11 ans et l’âge maximum était de 80 ans. La distribution selon l’âge est représentée par le graphique ci-dessous.

2. Groupe 2 :

Nous constatons toujours une distribution bimodale avec un pic du jeune (20-30 ans) et un pic de l’adulte (40-50 ans) mais aussi une modification de la distribution concernant la tranche d’âge 30-40 ans dans le sens de l’augmentation du taux des patients atteints dans cette tranche.

3. Groupe 3 :

233 patients ont été recensés : l’âge minimum était de 9 ans et l’âge maximum était de 85 ans.La distribution selon l’âge est représentée par le graphique ci-dessous.

Nous constatons toujours une distribution bimodale avec le pic du jeune (10-20 ans) dont le taux continue à baisser et le pic de l’adulte (40-50 ans)qui lui est stable mais le taux des patients atteints de NPC dans la tranche 30-40 ans continue à évoluer dans le sens de l’augmentation.

Discussion :

La distribution de la courbe selon l’âge chez les patients atteints de NPC ne cesse de se modifier d’une décen- nie à une autre comme le montre le graphe des courbes

comparées des séries 1 (79-81), 2 (92-94) et 3 (06-08) (figure 1). Certes la comparaison chronologique de la modification des courbes n’est statistiquement pas significative mais la comparaison des courbes de la série 1 et 3 objective des différences significatives notamment concernant le pic du jeune (10-20 ans) de la série 3 dont le taux se voit à la baisse par rapport à celui de la série 1 (p = 0,04) au profit de la tranche d’âge 30-40 ans (p = 0,01) alors que le pic de l’adulte (40-50 ans) est resté relativement stable après deux (2) décennies d’observation (p =0,6) (figure 2).

Figure 1 : courbes comparées de distribution selon l’âge des séries 1, 2 et 3
Figure 2 : courbes comparées de distribution selon l’âge des séries 1 et 3

Conclusion :

La distribution selon l’âge des patients atteints de NPC en Algérie, certes, est toujours bimodale maisla modification de la distribution est nettement significative après deux décennies d’observation.

Est-ce un début de la normalisation de la courbe de distribution de l’âge de la population algérienne atteinte de NPC ? L’avenir nous le dira.

Références :

  1. BoualgaK. Histoire naturelle, traitement et évolution des carcinomes du nasopharynx en Algérie : à propos de 200 cas. Thèse de DESM (1986).
  2. Djennaoui D. Les carcinomes du nasopharynx : étude épidémiologique – facteurs étiologiques. Thèse de DESM (1992).
  3. El hadjen M, Djennaoui D. aspects épidémiologiques, cliniques et thérapeutiques du NPC au CHU Mustapha. Vème entretien du CHU Mustapha (2005) 29-30 nov.
  4. El hadjen M, Abdellaoui M, Abdellaoui H, Djennaoui D. épidémiologie ces cancers du nasopharynx au service d’ORL du CHU Mustapha. 40ème journées médico-chirurgicales de L’ANP (2010) 27-28 oct.

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Is molecular biology in laryngeal cancer predictive?

S. BENYAHIA, S. AHNIA, Y. IKHLEF, F. CHETTIBI, D. DJENNAOUI, Service ORL et CCF, CHU Mustapha Bacha, Alger.

Abstract : The identification of reliable biomarkers that are useful for diagnosing, monitoring and treating cancers of VADS is an essential research axis to improve the prognosis of patients. The histopathological and clinical criteria appear to be insufficient to suggest radiotherapy postoperatively or to detect recurrence. Hence the interest of biomarkers in cancers of VADS. In the literature, several potential prognostic markers have been identified, but none has yet been validated in clinical practice. Material and Method : This is a retrospective study of 40 cases of laryngeal and pharyngeal laryngeal neoplasia during a 4-year study period from January 2012 to December 2015, supported as part of a protocol TPF type organ preservation at the rate of 03 courses of chemotherapy followed by potentiated radiotherapy for good responders. Results : HPV PCR testing was done in our 40 patients and was negative in 100 % of cases. For EGFR; the absence of markers in 8.1% of the biopsies analyzed in IHC, in 32.4 % of the cases we find a very strong intensity, and in 59.4 % of the cases we note a low intensity. The search for the p53 protein was done in all our patients, we found a very high intensity in 40.5 % of cases ; 21.7 % with very low intensity and no protein in 37.8 % of cases. Conclusion : Although research is still active to identify biomarkers that are useful for the management of laryngeal cancers, the results of this research remain disappointing, apart from immunotherapy therapeutics, which are emerging treatments whose results require to be confirmed.

Key-words : Molecular biology, HPV, EGFR, P53 protein, pharyngolaryngeal tumor.

Résumé : L’identification de biomarqueurs fiables et utiles au diagnostic, au suivi et au traitement des cancers des VADS constitue un axe de recherche indispensable pour améliorer le pronostic des patients. Les critères histopathologiques et cliniques, paraissent insuffisants pour poser l’indication d’une radiothérapie post opératoire ou pour détecter une récidive. D’où l’intérêt des biomarqueurs dans les cancers des VADS. Dans la littérature, plusieurs marqueurs pronostiques potentiels ont été identifiés, mais aucun n’a encore été validé en pratique clinique. Matériel et méthode : C’est une étude rétrospective concernant 40 cas de néoplasie du larynx et du pharyngo-larynx survenus durant une période d’étude de 4 ans allant de Janvier 2012 à Décembre 2015, pris en charge dans le cadre d’un protocole de préservation d’organe type TPF à raison de 03 cures de chimiothérapie, suivies de radiothérapie potentialisée pour les bons répondeurs. Résultat : la recherche du HPV par PCR a été faite chez nos 40 patients, et elle a été négative dans 100% des cas. Pour l’EGFR ; on note l’absence de marqueurs dans 8,1% des biopsies analysées en IHC, dans 32,4 % des cas on retrouve une intensité très forte, et dans 59,4 % des cas, on note une faible intensité. La recherche de la protéine p53 a été effectuée chez tous nos patients, on a retrouvé une très forte intensité dans 40,5 % des cas ; 21,7 % avec une très faible intensité et une absence de protéines dans 37.8 % des cas. Conclusion : Même si la recherche est encore active pour identifier des biomarqueurs utiles pour la prise en charge des cancers du larynx, les résultats de celle-ci restent décevants en dehors des thérapeutiques d’immunothérapie qui sont des traitements émergeants dont les résultats demandent à être confirmés.

Mots-clés : Biologie moléculaire, HPV, EGFR, protéine P53, tumeur du pharyngo-larynx.

Introduction :

L’identification de biomarqueurs fiables et utiles au diagnostic, au suivi et au traitement des cancers des VADS constitue un axe de recherche indispensable pour améliorer le pronostic des patients.

Contrairement à d’autres cancers comme la prostate (dosage des PSA) [1], le cancer du côlon (dosage ACE) [2], il n’existe aucun biomarqueur pour le diagnostic et le suivi des cancers des VADS.

Même si l’on obtient 80 % de réponses objectives chez des patients traités par chimiothérapie, seuls 45% sont répondeurs complets, soit plus d‘un malade sur deux n’est pas traité de façon optimale (Faivre et Teman 2004) [3].

Les critères histopathologiques pris isolément, paraissent insuffisants pour poser l’indication d’une radiothérapie post opératoire ; en cas de radiothérapie post opératoire, quel type de traitement doit être proposé au patient ? Quels territoires traiter et à quelles doses ? Faut-il y associer une chimiothérapie ? La clinique et l’analyse histopathologique permettent de répondre partiellement à ces questions. D’ou l’intérêt des biomarqueurs dans les cancers des VADS [4].

De nombreux marqueurs biologiques corrélés au stade tumoral, au degré de différenciation tumorale, à l’envahissement ganglionnaire et à la présence de métastases viscérales sont identifiés dans la littérature [5].

Méthode :

C’est une étude rétrospective concernant 40 cas de néoplasie du larynx et du pharyngo-larynx survenus durant une période d’étude de 4 ans allant de Janvier 2012 à Décembre 2015, traités au service ORL et CCF du centre hospitalo-universitaire du CHU Mustapha Bacha.

Notre étude a inclus tous les patients pris en charge dans le cadre d’un protocole de préservation d’organe type TPF à raison de 03 cures de chimiothérapie, suivies de radiothérapie potentialisée pour les bons répondeurs.

Méthodologie : Les patients ont été suivis à la consultation par un examen clinique, nasofibroscopie et radiologique. Pour une meilleure analyse des dossiers des malades, nous avons mis au point une fiche d’exploitation permettant l’étude de :

  • Facteurs de risque ;
  • Type histologique ;
  • Marqueurs biologiques recherchés ;
  • Résultat.

Résultat et analyse :

a.   Facteurs de risques :

Notre étude se porte sur les cas recensés durant une période de 4 ans ce qui nous permet de constater une nette prédominance masculine, soit 37 hommes pour 3 femmes. Nous avons constaté que sur les 40 patients recensés, 24 d’entre eux étaient tabagiques contre 16 non-fumeurs ; nos avons également rapporté 23 cas d’anciennes intoxications à l’alcool, un seul patient consommait encore de l’alcool au moment du diagnostic, et 16 personnes n’ont jamais été exposés à l’alcool.

TerrainEffectif
Tabac + alcool20
Tabac sans alcool6
Alcool sans tabac1
Pas de tabac / Pas d’alcool13
Tableau 1 : facteurs de risque (alcool + tabac)

b.   Type histologique :

Nous avons retrouvé 21 cas de carcinome bien différencié, 16 cas de carcinome moyennement différencié, et 03 carcinomes peu différenciés.

Figure 1 : HE ; carcinome épidermoïde bien différencié

c.  Marqueurs biologiques :

  • HPV : La recherche du HPV par PCR a été faite chez nos 40 patients et elle a été négative dans 100 % des cas.
  • EGFR : Absence de marqueurs dans 8,1% des biopsies analysées en IHC ; dans 32,4 % des cas on retrouve une intensité très forte, et dans 59,4 % des cas on note une faible intensité.
  • Protéine p53 : La recherche de la protéine p53 a été effectuée chez tous nos patients, on a retrouvé une très forte intensité dans 40,5 % des cas ; 21.7 % avec une très faible intensité et une absence de protéines dans 37.8 % des cas.

Discussion :

Malgré une surveillance clinique rapprochée et l’éducation des patients sur les signes fonctionnels d’alerte que représentent l’odynophagie, l’otalgie réflexe, la dysphonie, le diagnostic est fait à un stade tardif (stades III, IV) (Sjögren EV, 2006151)[6] ; et le nombre de rechutes de la maladie ou de second cancer reste élevé (recommandations pour le suivi des patients pour un cancer des VADS).

Pour une population donnée, les oncologues ORL savent que deux patients ayant une tumeur avec un stade clinique traité de la même façon peuvent avoir une évolution et donc un pronostic radicalement opposé : l’un évolue favorablement et l’autre non. La clinique seule est incapable d’établir un pronostic pour chaque patient.

Partant de ces constatations certaines équipes, dont la nôtre, se sont tournées vers la biologie, d’abord pour mieux comprendre la cancérogenèse des cancers des VADS, puis rechercher un ou plusieurs marqueurs biologiques qui puissent être utilisés pour :

  • Le dépistage des rechutes tumorales ou des seconds cancers ;
  • Prédire la réponse à un traitement tel que la chimiothérapie ;
  • Établir un pronostic en matière de cancérogenèse des cancers des VADS.

Deux grands types de modifications ont été identifiés à l’échelon cellulaire. Ce sont les modifications génétiques et les altérations épigénétiques [7].

Depuis une dizaine d’années, l’épigénétique des cancers quelle que soit leur nature, suscite un intérêt grandissant auprès de la communauté scientifique et médicale. Un tel engouement pour cette thématique est lié à la mise en évidence d’une corrélation étroite entre des modifications épigénétiques telles que la méthylation de l’ADN et l’inactivation des gènes suppresseurs de tumeur, qui conduit à un processus de tumorogénèse comparable à celui induit par les modifications génétiques. Leur mise en évidence fait appel à des techniques : de biologie moléculaire nécessitant l’extraction d’ADN ou d’ARN du tissu tumoral, d’hybridation in situ.

L’ensemble des anomalies impliquées dans la cancérogenèse représentent des marqueurs moléculaires ou bio marqueurs pour les cancers des VADS. Ces biomarqueurs doivent être utilisables pour les patients et par des cliniciens à une grande échelle.

Dans la littérature, plusieurs marqueurs pronostiques potentiels ont été identifiés, mais aucun n’a encore été validé en pratique clinique.

En effet, le fait que ces marqueurs soient étudiés la plupart du temps séparément ; ne permet pas de connaître l’impact relatif de chaque marqueur dans le pronostic des cancers des VADS.

Toutefois, certains critères fondamentaux doivent être respectés avant de confirmer l’intérêt clinique d’un biomarqueur et donc de passer du stade de la recherche préclinique, au stade de l’application clinique quotidienne, c’est-à-dire utilisable pour les patients et par les cliniciens à une grande échelle.

Ces critères sont (Shin et al. 1994148 [8] ; Hammond & Taube. 2002149 [9] ; Westra & Califano. 2004150)[10] :

  • La population étudiée doit correspondre à la population pour laquelle l’utilisation de ce biomarqueur a un intérêt clinique. Dans le cadre d’une étude des carcinomes des VADS, les modalités d’exposition aux toxiques (tabac et/ou alcool), les localisations tumorales, les stades cliniques des patients inclus doivent être représentatifs de la population à traiter.
  • Le biomarqueur doit pouvoir être détecté à des stades précoces du développement tumoral.
  • Les étapes du recueil et de stockage des prélèvements, comme les techniques biologiques pour étudier le biomarqueur doivent être parfaitement codifiées.
  • Le biomarqueur doit pouvoir être mesuré de façon objective et reproductible à partir d’une quantité de matériel biologique la plus faible possible.
  • La sensibilité de la technique d’étude du biomarqueur doit être bonne.
  • Les informations obtenues avec le biomarqueur doivent être comparées, grâce à des analyses multivariées, aux connaissances cliniques et/ou biologiques déjà validées de la pathologie considérée. Pour cela, un nombre suffisant de patients doit être étudié.

La P53 [11] est un facteur de transcription régulant certaines fonctions cellulaires importantes comme la mitose ou la mort programmée. Le gène codant pour la protéine p53 est inactivé dans la moitié des cancers chez l’homme. La protéine p53 est l’agent le plus important de la protection de la cellule contre la cancérisation. Les cellules chez lesquelles son gène est intact seront donc moins enclines à la cancérisation. Ceci permet d’affirmer que l’inactivation de p53 est un préalable indispensable à la cancérisation. Ceci explique qu’on observe des mutations de p53 dans plus de la moitié des cancers humains. Les études d’épidémiologie moléculaire ont démontré de manière formelle que les altérations du gène p53 étaient dues à l’exposition à des carcinogènes dans les cas de cancers bronchiques (tabac), cancer de la peau (rayons UV) ou cancer du foie (alcool).

Il est maintenant bien établi que les mutations du gène TP53 et les altérations de la fonction de la protéine p53, sont des événements très précoces dans la cancérogenèse des carcinomes des VADS (Califano et al. 1996 ; Califano et al. 2000).

Parmi les facteurs de croissance impliqués également dans la cancérogenèse des carcinomes des VADS, citons les Fibroblast Growth Factor 3 et 4, FGF3 (INT2) et FGF4 (HSTF1) surexprimés suite à l’amplification de la région chromosomique 11q13 qui porte ces 2 gènes (Muller et al. 1994 ; Wang et al. 1999 ; Roh et al. 2000). Les facteurs EGF (Epidermal Growth Factor) et TGFa (Tumor Growth Factor cc) sont eux aussi impliqués et ce, dès les stades précoces de la cancérogenèse (Grandis & Tweardy., 1993).

La mise en évidence d’HER1 peut s’appuyer sur des techniques immuno-histochimiques simples et reproductibles dont les critères de prédictibilité restent à définir. La surexpression de l’EGFR n’a pas été un facteur majeur ni significatif de mauvais résultats, 37 % des larynx en mauvais état sur-exprimaient l’EGFR [12].

La relation entre le virus HPV et la pathologie cancéreuse a été connue depuis presque un siècle mais c’est seulement dans les 3 dernières décennies que son activité oncogénique potentielle a été reconnue dans la littérature.

L’HPV + dans les cancers oro-pharyngés est actuellement corrélé avec un bien meilleur pronostic par rapport à ceux où L’HPV est , sur le plan épidémiologique les patients HPV + sont plus jeunes sans antécédents alcoolo-tabagiques avec un bon pronostic. L’HPV est retrouvé dans plus de 50 à 80 %, dans les localisations oro-pharyngées et cavité buccale. Au niveau du larynx, il est retrouvé dans 0 à 85 % sans impact pronostic .

L’association infection HPV et cancer du larynx a été prouvée [13]. Le type HPV le plus retrouvé était l’HPV 16 suivi de l’HPV 18, par rapport au cancer de l’oropharynx, il y a une grande diversité de typage dans le cancer du larynx. Duray a démontré que la charge virale de l’HPV 16 était significativement plus élevée dans le caner du larynx que dans les lésions virales, cela signifie que l’HPV pilote l’infection et qu’il existe une cancérogénèse à médiation virale.

Le diagnostic de l’infection par l’HPV est entièrement basé sur la détection de l’ADN viral dans les échantillons de biopsie par la méthode PCR (Polymerase Chain Reaction), méthode très sensible qui peut identifier de très faibles charges virales.

Contrairement à d’autres localisations cancéreuses, on ne dispose pas actuellement pour les cancers des VADS de marqueurs biologiques ou thérapeutiques utilisables en pratique clinique [1]. Le rôle des HPV dans la survenue de certains de ces cancers des VADS et leur incidence pronostique fait donc émerger un marqueur pertinent.

L’analyse virologique de l’infection à HPV et les modifications de phénotypes moléculaires qui accompagnent cette infection oncogénique permettent d’envisager une classification des cancers et une meilleure adéquation des traitements. La surexpression de l’epidermal growth factor receptor (EGFR), fréquente dans les carcinomes des VADS est un facteur pronostique défavorable ; la combinaison d’une positivité HPV et d’une faible expression d’EGFR a été trouvée associée avec une meilleure survie globale et sans récidive. Les patients HPV négatifs et avec surexpression de l’EGFR ont le moins bon pronostic global et spécifique. En ce qui concerne la p53 ; seule l’étude des mutations est susceptible d’avoir une valeur pronostique.

Actuellement, il n’existe pas de marqueur moléculaire unique qui soit sensible ou suffisamment spécifique pour justifier son utilisation seule comme prédictif d’une maladie cancéreuse laryngée.

Certains auteurs proposent une classification « clinique et biologique » des tumeurs des VADS pour identifier les tumeurs réellement HPV-HR induites, selon les paramètres suivants : une localisation anatomique précise, la présence d’ADN d’HPV-HR, l’âge et le statut alcoolo-tabagique des patients, un statut histologique peu différencié, une charge virale élevée (particulièrement pour l’HPV 16), avec l’absence de mutation dans TP53. Au total, tous ces paramètres sont associés à un meilleur pronostic incluant une meilleure survie et une apparition moindre de récurrences locales, dans les 20-25% des tumeurs des VADS citées. Mais des études longitudinales à large échelle sont maintenant nécessaires.

Conclusion :

Au total, il apparait que même si la recherche est encore active pour identifier des biomarqueurs utiles à nos cliniciens pour la prise en charge des cancers du larynx, les résultats de celle-ci restent décevants en dehors des thérapeutiques d’immunothérapie qui sont des traitements émergeants dont les résultats demandent à être confirmés.

Références :

  1. Otto SJ, de Koning HJ. Update on screening and early detection of prostate cancer. Curr Opin Urol 2004; 14: 151-6.
  2. Meyerhardt JA, Mayer RJ. Follow-up strategies after curative resec- tion of colorectal cancer. Semin Oncol 2003; 30: 349-60.
  3. Faivre S, Temam S. La chimiothérapie dans les cancers des voies aéro-digestives supérieures. Dans : Masson, ed. Cancers des voies aéro-digestives supérieures. Données actuelles. Marandas P. Paris : 2004, pp.57-66
  4. Bernier J, Domenge C, Ozsahin M, et al. Postoperative irradiation with or without concomitant chemotherapy for locally advanced head and neck cancer. N Engl J Med 2004; 350: 1945-52.
  5. Lothaire P, de Azambuja E, Dequanter D, et al. Molecular markers of head and neck squamous cell carcinoma: promising signs in need of prospective evaluation. Head Neck 2006, 28: 256-69.
  6. Sjögren EV. Epidemiology of head and neck squamous cell carci- noma. In Taylor & Francis, ed. Prognosis in head and neck cancer. Baatenburg de Jong RJ. London; 2006, pp 37-70.
  7. Rubio Bueno P, Naval Gias L, Garcia Delgado R, Domingo Cebolla- da J, Diaz Gonzalez FJ. Tumor DNA content as a prognostic indicator in squamous cell carcinoma of the oral cavity and tongue base. Head Neck 1998; 20: 232-9.
  8. Shin DM, Hittelman WN, Hong WK. Biomarkers in upper aerodi- gestive tract tumorigenesis: a review. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 1994; 3: 697-709.
  9. Hammond ME, Taube SE. Issues and barriers to development of cli- nically useful tumor markers: a development pathway proposa. Semin Oncol 2002; 29: 213-21.
  10. Westra WH, Califano J. Toward early oral cancer detection using gene expression profiling of saliva: a thoroughfare or dead end? Clin Cancer res 2004; 10: 8130-1.
  11. Terry Van Dyke, New Eng J Med, p53 and tumor suppression, 2007;356:79-81
  12. Penault-Llorca F, Sabourin JC. Le pathologiste et le REGF en 2004 : je t’aime moi non plus. Ann Pathol 2004 ; 24: 416-26.
  13. Mariela C., Human papillomavirus infections in laryngeal cancer, Wiley Online Library, 2010.

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Laryngeal preservation: is it an alternative to total laryngectomy?

S. BENYAHIA, S. AHNIA, Y. IKHLEF, F. CHETTIBI,D. DJENNAOUI, Service ORL et CCF, CHU Mustapha Bacha, Alger

Abstract : With the publication in early 1990 of the results of the testing  of  veterans,  the  standard  treatment  for  locally advanced cancers of the pharyngolarynx was changed in favor of laryngeal preservation strategy with induction chemotherapy. This latter allows in case of good response to  chemotherapy,  to  avoid  radical  surgery  pharyngo-laryngeal and propose a conservative treatment with radiotherapy. Material and Method : This is a multicenter prospective longitudinal study that included all patients from 2011 to 2015, holders of pharyngooesophageal locally advanced cancer eligible for a total pharyngolaryngetomy and treated according to a laryngeal strategy by an induction chemotherapy using Taxane, platinum salt and 5FU. At the end, 37 patients were included, and for all of this study population, the toxicities data of different treatment were collected, as well as overall data survival and survival with functional larynx. Results : from 37 patients included, 92 % of patient of patient were considered “ good responders ” to the induction chemotherapy and were  therefore  eligible  for  a  conservative  radiotherapy. Three months after the end of irradiation, 70 % of patients were in complete remission with larynx in place. With a median follow up of 27 months, the overall survival rate at 3 years was 86 % ; 8,1 % of patient had complications related to chemotherapy and radiotherapy treatment ; 21,6 % of patients were considered poor responders, salvage surgery after conservative treatment has locoregional control of 50 % of cases. Conclusion : Our results are comparable to those in the literature which validates the relevance of our response criteria to induction chemotherapy to make patients eligible for conservative treatment by complementary radiotherapy. The survival rate with functional larynx is 53.6 % and can be improved though better patient selection and a multidisciplinary management.

Key-words : Cancer pharyngolaryngé, préservation laryngée, chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie.

Résumé : Avec la publication au début des années 1990 des résultats de l’essai des Vétérans, le traitement standard des cancers localement avancés du pharyngolarynx a été modifié au profit d’une stratégie de préservation laryngée avec chimiothérapie d’induction. Cette dernière permet en cas de bonne réponse à la chimiothérapie, d’éviter une chirurgie radicale pharyngo-laryngée et de proposer un traitement conservateur par radiothérapie exclusive. Matériel et Méthode : Il s’agit d’une étude prospective longitudinale multicentrique qui a inclus tous les patients, de 2011 à 2015, porteurs d’un cancer localement avancé du pharyngo-larynx et traités selon une stratégie de préservation laryngée par une chimiothérapie d’induction associant Taxane, sel de platine, et 5FU. Au total, 37 patients ont été inclus et pour l’ensemble de cette population d’étude, les données de toxicité des différents traitements ont été recueillies, de même que les données de survie globale et de survie avec larynx fonctionnel. Résultat : Sur les 37 patients inclus, 92 % des patients ont été considérés « bon répondeurs » à la chimiothérapie d’induction et ont donc été éligibles pour un traitement conservateur par radiothérapie. Trois mois après la fin de l’irradiation, 70 % des patients étaient en rémission complète avec larynx en place. Avec un suivi médian de 27 mois, le taux de survie globale à 3 ans est de 86 %, 8,1 % des patients ont présenté des complications liées au traitement de chimio-radiothérapie, 21,6 % des patients sont considérés mauvais répondeurs, la chirurgie de rattrapage après traitement conservateur a permis un contrôle locorégional de 50 % des cas. Conclusion : Nos résultats sont comparables à ceux de la littérature, ce qui valide la pertinence de nos critères de réponse à la chimiothérapie d’induction pour rendre les patients éligibles pour un traitement conservateur par radiothérapie complémentaire. Le taux de survie avec larynx fonctionnel est de 53,6 % et peut être amélioré par une meilleure sélection des patients, et une prise en charge multidisciplinaire.

Mots-clés : Cancer pharyngolaryngé, préservation laryngée, chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie.

Introduction :

La première laryngectomie a été réalisée en 1873 par Billroth. Le but de la plupart des recherches chirurgicales a été d’éviter l’ablation totale du larynx. À la fin des années 50, la plupart des techniques de laryngectomies partielles étaient validées, mais essentiellement pour des tumeurs limitées, Tl et T2. Cependant, certaines tumeurs T2 nécessitaient toujours une chirurgie radicale et la laryngectomie totale pouvait également apparaître excessive pour certaines tumeurs classées T3 ou même T4. Cette situation a conduit à une nouvelle vague de recherches en oncologie médicale (1). Ainsi, des avancées notables ont permis d’intégrer la préservation d’organes à l’arsenal thérapeutique des cancers pharyngo-laryngés évolués. (2).

Éthio-pathogénie des cancers pharyngo-laryngés :

La survie globale à 5 ans pour une tumeur localement avancée de l’hypopharynx est d’environ 30 à 35%. Pour les cancers du larynx, le pronostic est un peu meilleur, avec une survie globale à 5 ans de 50 à 60%.

Facteurs de risques :

  • Tabac,
  • Alcool.

Autres :

  • Facteurs viraux ;
  • État dentaire ;
  • Facteurs professionnels et nutritionnels.

Biologie :

Contrairement à d’autres localisations cancéreuses, on ne dispose pas actuellement pour les cancers pharyngo-laryngés de marqueurs biologiques ou thérapeutiques utilisables en pratique courante (3).

  • Les cancers pharyngo-laryngés sont des néoplasies dont le contrôle locorégional est primordial, compte tenu de leur possibilité de rechute,
  • La prise en charge des patients atteints d’un cancer localement avancé est encore un grand défi,
  • De par leur situation anatomique, ces cancers atteignent des fonctions essentielles à la vie ainsi que l’aspect morphologique du patient,
  • Après 20 ans de chirurgie radicale mutilante, il était logique et naturel de passer à la préservation laryngée.

Méthodologie :

Il s’agit d’une étude prospective longitudinale à partir de dossiers de patients suivis au service ORL et CCF du CHU Mustapha : unité Larynx.

Ces dossiers concernent des patients traités pour un carcinome épidermoïde laryngé ou hypopharyngé relevant d’une laryngectomie totale ou d’une pharyngo-laryngectomie totale et pour lesquels une autre option thérapeutique leur a été proposée.

La décision du traitement curatif par chimio-radiothérapie dans l’objectif d’une préservation laryngée a été retenue à la consultation en total accord avec le patient.

Notre travail est basé sur un échantillon de 37 patients (qui ont été suivis durant la période allant de Mars 2011 à Mars 2014).

•  Chimiothérapie d’induction :

Docétaxel 75 mg/m2 administré à J1 de chaque cure, toutes les 3 semaines, par perfusion intraveineuse (IV) d’une heure, suivie du cisplatine 75 mg/m2, administré à J1 par perfusion d’une heure, suivie elle-même du 5-FU, 750 mg/m2/j administré en perfusion continue de J1 à J5 (4).

Les cycles seront répétés toutes les 3 semaines jusqu’à un total de 3 cycles.

Le traitement sera interrompu en cas de progression tumorale, de toxicité inacceptable, ou en cas de refus du patient. Pour les patients en progression, le traitement chirurgical sera proposé.

•  Radiothérapie et traitement associé :

Tous les patients en réponse majeure recevront une irradiation externe après chimiothérapie.

La radiothérapie sera débutée après un intervalle libre minimum de 3 semaines et au maximum de 08 semaines après le début de la dernière cure de chimiothérapie (5).

Technique de radiothérapie :

L’irradiation sera pratiquée en mode fractionné conventionnel, à la dose totale de 70 Gy en 35 fractions à raison de 2 Gy par séance et 5 séances par semaine.

Traitement associé à la radiothérapie potentialisée.

  • Modalités d’évaluation :

L’évaluation se fera en fin de cures avec examen clinique, endoscopie sous anesthésie générale et examen tomodensitométrique.

En cas de discordance avec les données du scanner, c’est la réponse clinique et endoscopique qui a été prise en compte en consultation.

Le protocole était de proposer une radiothérapie exclusive en cas de réponse à la chimiothérapie, et une chirurgie dans les autres cas.

La réponse tumorale définie en fin de chimiothérapie est la suivante :

  • Pas de réponse ;
  • Réponse < 50% ;
  • Réponse > 50% sans remobilisation laryngée ;
  • Réponse > 50% avec remobilisation laryngée partielle ou complète ;
  • Réponse > 80% ;
  • Réponse complète.

La réponse ganglionnaire était définie sur le même plan :

  • Pas de réponse ;
  • Réponse < 50% ;
  • Réponse > 50% ;
  • Réponse > 80% ;
  • Réponse complète.

La réponse majeure (> 80 %) était définie ainsi : remobilisation des structures laryngées, avec diminution très importante du volume tumoral, même si le larynx ne rede- venait pas strictement normal.

Trois mois après la fin de cette chimio-radiothérapie, le patient sera évalué (endoscopie et scanner) et opéré en cas de tumeur résiduelle (locale ou ganglionnaire ou loco-ganglionnaire).

  • Variables d’efficacité :

– Critère Principal :

La préservation laryngée est définie 3 mois après la fin de la radiothérapie comme l’absence de résidu tumoral, évaluée endoscopiquement et scanographiquement et une fonction laryngée normale (c’est-à-dire sans trachéotomie ni sonde naso-gastrique ou de gastrostomie).

  • Objectifs de l’étude :
  • Principal :

Évaluer le taux de préservation de la fonction laryngée à 3 mois après la fin du traitement obtenu par la trithérapie (TPF) suivie d’une radiothérapie externe associée soit au cisplatine soit au cetuximab.

  • Secondaires :
  • Durée de réponse, préservation laryngée à 18 mois après la fin du traitement ;
  • Population d’étude :

– Critères d’inclusion :

  • Carcinome épidermoïde du larynx ou de l’hypopharynx, histologiquement prouvé, localement avancé T2 non accessible à une laryngectomie partielle supra cricoïdienne ;
  • T3 sans infiltration massive de l’endolarynx ou T4 sans lyse cartilagineuse massive, N 0 à N 3 relevant d’une pharyngo-laryngectomie totale à la condition que cette dernière soit réalisable d’emblée ;
  • Âge compris entre 18 et 75 ans ;
  • Performance Statu 0 ou 1 selon les critères de l’Organisation Mondiale de la Santé ;
  • Bilan biologique, hématologique, cardiaque, rénal normal.

– Critères d‘exclusion : T3 transglottique avec infiltration massive de l’hémi larynx ou T4 avec lyse cartilagineuse massive.

Analyse et discussion :

Classification tumorale :

Stade III : 62.2% Stade IV : 37.8%

Les tumeurs T3 : par fixité cordale et atteinte de l’espace paraglottique.

Les tumeurs T4 présentaient une lyse minime du cartilage thyroïde ou cricoïde (actuellement T3).

T/N                                                              N0      N1     N2a         N2b
T1
T2 42
T34197
T4 1 
Total4249
Tableau 1 : Répartition des tumeurs selon la classification TNM                                                                                        
 EffectifsPourcentage
Stade III2362.2
Stade IV1437.8
Total37100
Tableau 2 : Répartition des tumeurs selon la classification AJCC

Table de survie en fonction du stade tumoral :

Statistiquement, le groupe des patients classés dans le stade III, a une meilleure médiane de survie par rapport aux patients classés au stade IV (27 mois VS 23 mois), P non significatif 0,2.

Figure 1 : Table de survie

Table de survie globale :

La survie globale à 1 an est de 91,4 %, à 2 ans est 84,4 %.

La survie moyenne est de 27,3 mois (IC : 27,8-29,8).

Figure 2 : Table de survie globale

Table de survie selon le protocole de radiothérapie :

La médiane de survie pour le protocole de RTE + CDDP est de 25 mois contre 21 mois pour le protocole RTE + cétuximab.

Figure 3 : Courbe de survie superposée des 2 protocoles

Résultats de la préservation laryngée :

Figure 4 : Préservation laryngée
Tableau 3 : Moyennes et médianes du délai de survie

Étude des échecs :

  1. Analyse de la chirurgie de rattrapage :

Patients opérés :

  • Le patient n°1 a été opéré après récidive tumorale post chimio-radiothérapie, il a bénéficié d’une PLT de rattrapage + RTE complémentaire, récidive locale 6 mois après. Patient décédé par phénomène d’échappement ;
  • Le patient n°2 a été opéré du fait de l’augmentation du volume tumoral au cours de la chimiothérapie (2ème cure), il a bénéficié d’une trachéotomie en urgence puis une PLT et RTE complémentaire. Patient décédé par rupture vasculaire.
  • 2 patients ont été opérés avec succès après échec post CI et post RTE.

Complications de la chirurgie de rattrapage après PLT post-chimiothérapie :

  • Hématome : 1 ;
  • Infection du site opératoire : 2 ;
  • Fistule et pharyngostome : 2 ;
  • Nécrose cutanée : 1 ;
  • Durée moyenne d’hospitalisation : 60 jours ;
  • La majoration du risque d’infections du site opéré est de 68 % (Panel 2008).

Sur 04 patients 02 ont pu bénéficier de PLT (50 %), ce taux est rarement précisé dans la littérature (inférieur à 50 %), J. Davidson 1997.

L’interposition de LMC en cas de PLT de rattrapage permet de diminuer la survenue de fistule et de pharyngostome de 50 %, Terron 2001.

Analyse des données de préservation laryngée :

92 % de nos patients ont été considérés « bons répondeurs » à la chimiothérapie d’induction et ont donc été éligibles pour un traitement conservateur par radiothérapie.

Trois mois après la fin de l’irradiation, 65, 8% des patients étaient en rémission complète avec un larynx conservé.

La radiothérapie à la dose de 70 Gy entraine un œdème pharyngo-laryngé, qui reste en général modéré (78% grade 1 à 2) et régressif sous corticothérapie orale en cures courtes.

Néanmoins, 29,7 % des patients ont été invalidés par des dysfonctions pharyngo-laryngées (dyspnée et/ou troubles de déglutition), conduisant à la réalisation de trachéotomie et/ou de gastrostomie définitive.

Suivant les dernières recommandations sur les objectifs des essais testant des stratégies de préservation laryngée (Lefebvre J.L. 2009), nous avons déterminé le taux de préservation laryngée avec larynx fonctionnel pour les patients inclus dans notre série. Ainsi, sur l’ensemble de la population, le taux de LEPBE estimé à 2 ans est de 53,6 %.

En résumé :

  • L’âge du patient au moment de la prise en charge n’a pas d’impact sur la survie globale.
  • Notre population d’étude   comprend   notamment 10 patients (27 %) âgés de 70 à 80 ans, et pour cette sous-population la survie globale n’est pas significative- ment différente de celle des patients plus jeunes, mais la préservation est meilleure chez les plus jeunes.
  • Le fait de présenter un amaigrissement au diagnostic n’influence pas de manière significative la survie globale (même s’il est supérieur à 10 % du poids de forme), pour peu qu’une prise en charge nutritionnelle efficace soit mise en place et que le retentissement sur l’état général reste modéré, toutefois la préservation d’organe est meilleure chez les patients sans amaigrissement important. Nos résultats ont montré que la catégorie de patients qui ont le plus de chance d’avoir une préservation laryngée optimale P significatif était :
  • Patient présentant une tumeur de l’endolarynx (plutôt que celle de l’hypopharynx ou le pharyngo-larynx) ;
  • Une tumeur macroscopiquement bourgeonnante (plutôt qu’infiltrante ou ulcéro bourgeonnante) ;
  • Un stade III plutôt que le stade IV ;
  • Une mobilité aryténoïdiennes conservée ;
  • Une durée de sevrage tabagique plus longue.
  • Kerry (2010) (6) souligne l’importance de bien encadrer ces protocoles mais aussi les indications de préservation laryngée afin de ne pas faire perdre de chance aux patients en repoussant une indication de laryngectomie totale.

Perspectives :

Les PPL ont une efficacité démontrée sur la survie dans la prise en charge des carcinomes épidermoïdes à un stade avancé, du larynx et de l’hypopharynx (Veterans 1991, Lefebvre JL. 1996) (7).

Les premiers essais comparant une CI + RTE à la chirurgie ont montré que la LT ou la PLT peuvent être évitées sans compromettre la survie (Veterans 1991, Lefebvre JL. 2009, Pignon JP. 2000, Richard JM. 1998).

La supériorité de l’association TPF pour la chimiothérapie d’induction a été établie dans plusieurs études (Richard JM. 1998, Pointreau Y. 2009). L’approche thérapeutique optimale reste à établir.

On a de bons résultats à court terme avec des survies à 2 ou 3 ans oscillant entre 43 % et 69 % mais ces résultats se dégradent au cours du temps avec une survie à 5 ans entre 18 % et 59 %. Les résultats à 10 ans de l’EORTC 24891 confirment cela avec un taux de survie de 13 %, et seulement 8,7 % de survie avec un larynx fonctionnel (Lefebvre J-L. 2012) (8).

La toxicité du traitement post-induction a déjà été réduite avec l’apparition de la radiothérapie conformationnelle 3D et la généralisation de nouvelles techniques telles que la modulation d’intensité (RCMI) permettant d’envisager une radiothérapie encore moins toxique car plus précise, épargnant les tissus sains (Mendenhall WM. 2006, Nutting CM. 2011) (9).

De nombreux facteurs pronostics ont déjà été rapportés tel que l’indice de performance, la toxicité aiguë de haut grade, ou le stade tumoral (10), le site anatomique, la mobilité aryténoïdienne, l’aspect macroscopique de la tumeur l’atteinte du mur pharyngolaryngé.

  • En 2008, le taux standardisé du cancer de larynx était de 4 chez l’homme (11ème rang des incidences),
  • En 2009, l’incidence standardisée pour le cancer du sinus piriforme était de 0,1 ; l’hypopharynx 0,3 (0,2 chez la femme) ; l’incidence standardisée du larynx est de 4,13 (0,7 chez la femme) ;
  • En 2010, l’incidence standardisée était de 5,02 ; le cancer du sinus piriforme était de 0,1 ; l’hypopharynx de 0,1 ; celui du larynx était de 5 (0,3 chez la femme) ;
  • En 2011, l’incidence standardisée était de 6 chez l’homme et 0,4 chez la femme pour le cancer du larynx.

Conclusion :

L’avènement de la préservation laryngée dans le cas des tumeurs localement avancées a permis une évolution dans la prise en charge de ces cancers ORL.

Ces protocoles ne sont destinés à l’heure actuelle qu’aux patients présentant une tumeur sans atteinte cartilagineuse.

Une bonne sélection des patients éligibles est indispensable car le traitement est source d’une toxicité non négligeable avec parfois des échecs.

L’immobilité aryténoïdienne et l’atteinte du mur pharyngo-laryngé avec un larynx fixé est un des éléments pronostics défavorables.

L’optimisation de la préservation laryngée est liée à l’expertise laryngée qui requiert une expérience avérée, son avenir est lié également au traitement post-induction et en particulier les nouvelles techniques de radiothérapie associées aux biothérapies qui permettront de réduire la toxicité tout en améliorant l’efficacité.

Ainsi, dans les prochaines décennies, la place de la chirurgie pharyngolaryngée radicale sera moins pré-pondérante dans le traitement de ces cancers avancés.

Iconographie :

Toutes les photos prises de la thèse du Pr Benyahia, « Traitement conservateur du cancer du larynx ». 2015

Références :

  1. Weinstein GS. Surgical approach to organ preservation in the treatment of cancer of the larynx. Oncology (Williston Park) 2001; 15(6):785-96; discussion 798-803.
  2. Lefebvre JL, Coche-Dequeant B, Degardin M, Kara A, Mallet Y, Ton Van J. Treatment of laryngeal cancer: the permanent challenge. Expert Rev Anticancer Ther 2004: 4(5):913-20.
  3. Sjögren EV. Epidemiology of head and neck squamous cell carci- noma. In Taylor & Francis, ed. Prognosis in head and neck cancer. Baatenburg de Jong RJ. London; 2006, pp 37-70.
  4. Decker D, Drelichman A, Jacobs J, al. e. Adjuvant chemotherapy with high dose bolus cis-diammino dichloro platinum II (CDD) and 120-hour infusion 5-fluorouracil (5-FU) in stage III and IV squamous cell carcinoma of the head and neck. ASCO annual meeting. 1982; Saint Louis: abstr C-757
  5. Overgaard J, Hansen HS, Specht L, et al. Five compared with six fractions per week of conventional radiotherapy of squamous-cell car- cinoma of head and neck: DAHANCA 6 and 7 randomised controlled trial. Lancet 2003; 362(9388):933-40.
  6. Kerry D, Olsen. Reexamining the treatment of advanced laryngeal cancer. Head Neck. 2010 janv;1-6.
  7. Lefebvre JL, Chevalier D, Luboinski B, Kirkpatrick A, Collette L, Sahmoud T. Larynx preservation in pyriform sinus cancer: prelimi- nary results of a European Organization for Research and Treatment of Cancer phase III trial. EORTC Head and Neck Cancer Cooperative Group. J Natl Cancer Inst 1996; 88(13):890-9.
  8. Lefebvre JL, Chevalier D. Epidémiologie des cancers des voies aéro- digestives supérieures. Encyclopédie Médico-chirurgicale, 2012.
  9. Nutting CM, Morden JP, Harrington KJ, Urbano TG, Bhide SA, Clark C, et al. Parotid-sparing intensity modulated versus conventio- nal radiotherapy in head and neck cancer (PARSPORT) : a phase 3 multicentre randomised controlled trial. Lancet Oncol 2011 ; 12 : 127-36.
  10. Rades D, Schroeder U, Bajrovic A, et al. Radiochemotherapy ver- sus surgery plus radio(chemo)therapy for stage T3/T4 larynx and hypopharynx cancer – Results of a matched-pair analysis. European journal of cancer, 2011 47(18):2729-34.

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ENT cancers: Current situation ENT cancers:

B.N. AIT MESBAH,N. YAHI,Service ORL et CCF EPH Bachir Mentouri, Kouba, Alger.

Abstract : ENT cancers include cancer of the upper aero digestive tract and thyroid cancer. Cancer of the upper aero digestive tract is a shortcut that covers different cancers in terms of location, terrain and care. According to the Cancer Institute, cancer of the upper aero digestive tract includes: nasal cavity and cavum cancer; laryngeal cancer; the lips, cancer of the oral cavity and the pharynx as well as salivary gland cancers. It represents 4.1% of all cancers, regardless of location. In France, the number of new cases of cancer of the upper aero digestive tract is estimated 14,638 in 2012 with ¾ men and 4,098 of deaths. Current management of cancers presents big changes with a rise of less invasive surgical techniques, less aggressive and more effective medical treatments with the progress of the techniques, radiotherapy, and increase of the place of the chemotherapy and targeted therapies. In this article, we will review the most com- mon ENT cancers: cancer of the larynx of the cavum and sinonasal cavities by synthesizing the knowledge concerning the risk factors, the diagnostic, therapeutic and prognostic aspects.

Key-words : Upper aero digestive cancers, laryngea cavum sinonasal cavity, diagnosis.

Résumé : Les cancers ORL regroupent les cancers des VADS et les cancers de la thyroïde. Le cancer des VADS est un raccourci qui recouvre des cancers différents en termes de localisation, de terrain et de prise en charge. Selon l’institut du cancer, le cancer des VADS comprend : le cancer des fosses nasales et du cavum, le cancer du larynx, le cancer des lèvres, de la cavité buccale et le pharynx ainsi que les cancers des glandes salivaires. Il représente 4,1 % de l’ensemble des cancers toutes localisations confondues. En France, le nombre de nouveaux cas de cancers des VADS est estimé à 14.638 en 2012 dont ¾ chez l’homme et le nombre de décès à 4.098. La prise en charge actuelle des cancers présente de grands changements avec un essor des techniques chirurgicales moins invasives, les traitements médicaux moins agressifs et plus efficaces avec les progrès des techniques, la radiothérapie, une augmentation de la place de la chimiothérapie et des thérapies ciblées. Dans cet article, nous ferons un état des lieux des cancers ORL les plus fréquents : cancer du larynx, du cavum et des cavités naso sinusiennes en synthétisant les connaissances concernant les facteurs de risque, les aspects diagnostiques, thérapeutiques et pronostiques.

Mots-clés : Cancer, VADS, larynx, cavum, CNS, diagnostic, prévention.

Introduction :

ENT cancers include cancer of the upper aero digestive tract and thyroid cancer. Cancer of the upper aero digestive tract is a shortcut that covers different cancers in terms of location, terrain and care. According to the Cancer Institute, cancer of the upper aero digestive tract includes: nasal cavity and cavum cancer; laryngeal cancer; the lips, cancer of the oral cavity and the pharynx as well as salivary gland cancers. It represents 4.1% of all cancers, regardless of location. In France, the number of new cases of cancer of the upper aero digestive tract is estimated 14,638 in 2012 with ¾ men and 4,098 of deaths. Current management of cancers presents big changes with a rise of less invasive surgical techniques, less aggressive and more effective medical treatments with the progress of the techniques, radiotherapy, and increase of the place of the chemotherapy and targeted therapies. In this article, we will review the most common ENT cancers: cancer of the larynx of the cavum and sinonasal cavities by synthesizing the knowledge concerning the risk factors, the diagnostic, therapeutic and prognostic aspects.

Introduction :

La fréquence des cancers des VADS ne cesse d’augmenter à l’échelon mondial.

Ce ne sont plus les hommes d’âge mur alcoolo-tabagiques qui sont touchés mais de plus en plus des sujets jeunes et des femmes qui sont atteints par ce type de tumeur.

Même si l’alcool et le tabac demeurent les deux toxiques majeurs identifiés, la prédisposition génétique est évoquée pour les cancers des VADS.

Dans la littérature, de nombreux articles soulignent l’implication hautement probable des HPV oncogènes dans la genèse des cancers de l’oropharynx.

Épidémiologie des cancers ORL à l’EPH Kouba :

Localisation201520162017Total
Larynx26172164
Cavum790924
Fosse nasale860620
Thyroïde13141946
Autre 🙁 glandes salivaires, amygdale,  5  7  8  20
langue) et lymphome    

Le cancer du larynx :

Le cancer le plus fréquent des VADS est le cancer du larynx, cette fréquence est attribuée à la consommation de tabac et d’alcool. Le taux de mortalité est moindre que pour le reste des cancers des VADS avec un taux standardisé monde de 1,5/100.000 chez l’homme et de 0,2/100.000 chez la femme.

Le cancer du larynx est la principale préoccupation devant une dysphonie prolongée chez un adulte de 40

-50 ans, c’est le maitre symptôme, un signe extrêmement précoce. La dyspnée est en général tardive, gène pharyngée, impression de corps étranger pharyngo laryngé, dysphagie , otalgie reflexe, ADP cervicales font partie des signes d’appels.

Il représente 3,5 % des tumeurs malignes diagnostiquées annuellement dans le monde, et est à l’origine de 20.000 décès par an (1 % de décès par cancer). En trois années, nous avons colligé 64 cancers du larynx : 59 Hommes et 5 femmes, âge moyen : 66 ans, le sex-ratio homme/femme est de 9:1, mais actuellement, avec le tabagisme féminin en progression, ce sexe ratio est de l’ordre de 5:1 en France, dans notre série il est de 1:17

Année201520162017
Sex – ratio26H/1F17H/2F21H/2F

– La relation tabac-cancer est aujourd’hui bien établie dans le cancer des VADS, les personnes souffrant des cancers des VADS sont en général de gros fumeurs avec une consommation supérieure à 20 paquets/année.

Dans notre série, 70 % de nos patients avaient fumé, à raison de 1 paquet/jour. Le nombre de patients jeunes sans ou avec peu de facteurs de risque alcoolo-tabagiques a augmenté (30 %). Pour les 5 femmes, 4 ont fumé pendant plus d’une vingtaine d’années une seule n’avait jamais fumé, mais avait un mari fumeur.

Le risque de développer un cancer des VADS augmente avec l’intensité et la durée du tabagisme, outre la consommation du tabac, entrent en jeu également l’inhalation de la fumée et la longueur du mégot. Le tabac à chiquer ou à priser est moins toxique, il peut entrainer les cancers de la cavité buccale ou de la face interne de la joue.

  • L’alcool agirait comme un cocarcinogène local et général.
  • Le rôle du Papillomavirus est sensible même s’il est difficile à évaluer.

On estime qu’environ 26 % des cancers de la tête et du cou sont dus à l’HPV.

Le diagnostic du cancer du larynx doit être porté le plus précocement possible afin d’augmenter les chances de guérison

Aspect endoscopique du cancer du larynx. (Iconographie Pr N. Yahi)

Dans notre série, les cancers du larynx sont des carcinomes épidermoïdes moyennement à bien différenciés dans 100 % des cas. L’évolutivité est variable d’un patient à un autre en fonction des sous types, notamment le carcinome basaloïde et à cellules géantes retrouvés chez 2 patients, de moins bon pronostic.

Le traitement repose sur la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie.

Il existe un éventail des techniques chirurgicales, qu’elles soient endoscopiques ou par voie externe.

Les indications dépendent de l’extension tumorale :

  • Pour les tumeurs débutantes, la laryngectomie partielle permet l’ablation complète de la tumeur laryngée tout en conservant suffisamment la structure laryngée pour pouvoir à nouveau parler, respirer par les voies naturelles avec des résultats fonctionnels et carcinologiques tout à fait remarquables.
  • La laryngectomie totale, pour les formes plus évoluées, c’est la chirurgie mutilante, qui reste une option incontestable dans certains cas, avec comme conséquence une trachéostomie définitive et la perte de la voix. La transformation physique, et de l’image de soi, l’isolement social comme résultat de la laryngectomie totale altèrent la qualité de vie des patients. L’alternative à ce traitement mutilant est la radiothérapie-chimiothérapie concomitante ou séquentielle permettant de préserver l’organe, mais les effets secondaires de la chimiothérapie et la radiothérapie impactent la qualité de vie : sècheresse buccale et les troubles de la déglutition.

Sur les 64 patients nous avons réalisé :

Traitement                        Nombre de cas   Récidive
Chirurgie mutilante : laryngectomie totale ou élargie
(au pharynx , à la base de langue ou à la peau )
515
Laryngectomie partielle10                  0  
Radiothérapie32

Nous avons enregistré 3 décès avec un recul de 1 à 2 ans (2 par chirurgie et 1 par radiothérapie +chimiothérapie). La Surveillance doit être clinique et au moindre doute endoscopique, radiologique. La récidive peut être tumorale et ganglionnaire, une seconde localisation au niveau des VADS, des métastases viscérales.

Une complication du ou des traitements notamment la radiothérapie, les cancers radio induits sont possibles.

Récidive péri-canulaire (iconographie : PR YAHI service ORL –CCF EPH Kouba)

Sarcome radio induit (iconographie service ORL –CCF EPH Kouba)

Conclusion :

Les cancers du larynx sont liés à un tabagisme chronique. Il est indispensable d’intensifier les campagnes d’information et d’éducation de la santé sur les modes de vie à risques.

Le cancer du cavum

Introduction :

Les cancers du nasopharynx, sont dominés par les carcinomes épidermoïdes surtout indifférenciés de type undifferentiated carcinoma of nasopharyngeal type (UCNT), ce sont des tumeurs particulières au sein des autres cancers de la sphère otorhinolaryngologique par une répartition géographique particulière, en 3 zones :

  • Zone à haute fréquence : Sud-est asiatique : 10-30/100.000 hab.,
  • Zone de fréquence intermédiaire : 3-7/100.000 hab.,
  • Zone à faible fréquence : Europe et USA<1/100.000 hab.

L’Algérie se situe dans la zone de fréquence intermédiaire, l’incidence est de 3-7/100.000 hab. ; avec une répartition bimodale avec, un premier pic entre 10 et 24 ans et un deuxième à 50 ans.

  • Son évolutivité,
  • L’absence de facteurs de risque classique alcoolotabagique,
  • Une relation étiologique évidente entre le cancer du cavum et le virus Epstein –Barr (EBV).

Étude clinique :

En 3 ans, nous avons pris en charge les 24 patients : 18 adultes (75 %) et 6 enfants (25 %), le principal signe révélateur est l’adénopathie cervicale haute et postérieure jugulo carotidienne pour 19 patients soit (80 % de nos patients), mais l’interrogatoire retrouve une obstruction nasale au préalable d’abord unilatérale puis devenue bilatérale et permanente mise sur le compte de rhinite allergique et traitée par corticothérapie locale sans test cutané ni endoscopie nasale au préalable.

Tumeur du cavum comblant la choane droite (iconographie du service ORL –CCF Kouba)

Chez l’enfant, les formes à gros volumes ganglionnaires sont plus fréquentes que la forme nasopharyngée.

  • Signes otologiques : chez 2 patients soit 8 % des cas à type d’hypoacousie de transmission unilatérale : l’examen retrouve une OSM par obstruction de la trompe par le processus tumoral.
Aspect endoscopie : tumeur du cavum avec otite séro-muqueuse (iconographie du service ORL –CCF Kouba)
  • Signes neurologiques : 2 patients soit 8 % à type de céphalées suivies de diplopie.
  • Signes ophtalmologiques pour 1 patient soit 4 % à type d’exophtalmie.
Tumeur du cavum chez une femme de 50 ans avec exophtalmie (iconographie du service ORL –CCF Kouba )
Enfant de 15 ans, présente des céphalées depuis une année, la TDM : tumeur du cavum étendue à l’orbite et lyse de la base du crâne (Iconographie PR YAHI AIT MESBAH SERVICE ORL –CCF)

Enfant de 13 ans : céphalées et douleurs fronto –orbitaire : tumeur de la paroi postérolatérale gauche du cavum infiltrant localement avec lyse osseuse de l’apophyse ptérygoïde et de la base du crâne avec composante endocrânienne

  • 60% des patients sont diagnostiqués au stade T1 N1.
  • 30 % au stade T3 N1.
  • 20 % au stade tardif T4 N1.

Dans ces cas la tumeur a franchi les limites du nasopharynx.

L’arsenal thérapeutique, repose sur la radiothérapie et la chimiothérapie, la situation anatomique du nasopharynx au voisinage de nombreux organes (œil, base du crâne), pose le problème d’administration de doses adéquates de radiothérapie.

Tous les patients ont été traités par chimiothérapie suivie de radiothérapie.

Les effets à long terme du traitement sont essentiellement :

  • la fibrose et sclérose cervicale et l’hyposialie dans tous les cas, avec sècheresse chronique de la bouche, des troubles du trismus, secondaires à la fibrose musculaire ou de l’articulation temporo-mandibulaire dans 80% des cas.

Une patiente a présenté une ataxie locomotrice très invalidante par irradiation du cervelet.

Les troubles localisés de croissance des os de la face à type de dysmorphie crânio-faciale pour les 6 enfants.

  • L’hypoacousie par otite séreuse secondaire à la fibrose obstructive de la trompe.

Conclusion :

La radiosensibilité élevée des NPC permet un contrôle locorégional satisfaisant, potentialisation par l’association à la chimiothérapie concomitante. La survie à 5 ans des cancers du cavum est de 45% dans notre série.

Cancers des cavités naso-sinusiennes (CNS)

Introduction :

Les cancers des CNS occupent une place à part au sein des cancers des VADS. Ils représentent près de 3% de l’ensemble des cancers des VADS, 0,2 à 0,8 % des cancers en général.

– Ce sont des tumeurs rares, et agressives, qui se caractérisent par l’absence de facteurs de risques alcoolo-tabagiques habituels, une sémiologie paucisymptomatiques. Le caractère banal des signes d’appels et une symptomatologie proche de la pathologie infectieuse et inflammatoire des CNS expliquent qu’il y ait constamment un retard diagnostique, ce sont soit des signes rhinologiques non spécifiques à type d’obstruction nasale, épistaxis minime ou rhinorrhée. Le caractère unilatéral et continu doit attirer l’attention aux stades de lésions de volumes importants, les signes d’évolution au-delà de la cavité sinusienne sont des signes ophtalmiques :

  • Exophtalmie, atteinte des voies lacrymales (dacryocystite), diplopie,
  • Des signes bucco-dentaires : chute ou mobilité dentaire ; ou
  • Des signes neurologiques à type de céphalées. Ces patients consultent le plus souvent chez l’ophtalmologue, le dentiste ou le neurologue.

À ce stade, les signes rhino sinusiens seront négligés, ils passent au second plan devant les céphalées qui seront plus intenses et la gravité des signes ophtalmologiques.

Étude clinique :

La série comprend 20 patients : 8 Hommes, 10 femmes et 2 enfants, âgés entre 5 et 72 ans, la prise en charge repose sur l’endoscopie nasale, l’imagerie et la biopsie. Il existe une grande diversité anatomopathologique des tumeurs nasosinusiennes.

Les signes révélateurs sont rapportés à partir de quelques cas cliniques :

1er cas clinique :

Patient iqueslquesrtsiennessur l’endoscopie les céphalées qui seront plus intenses et la gravitmatiques. du cavum infiltrant localement avec lyse osseuse.

L’endoscopie retrouve une masse comblant la totalité de la fosse nasale.

Tumeur comblant la totalité de la fosse nasale (Iconographie service ORL EPH Kouba)

– TDM–IRM

TDM : volumineuse tumeur du sinus sphénoïdal détruisant le clivus et la base du crane (iconographie service ORL EPH Kouba)

L’histologie objective la présence de prolifération néoplasique immuno histochimie, positivité pour le CD138 et CD 79. Le CD 20 et CD 3 sont réactionnels.

Positivité monoclonale pour le KAPPA, il s’agit d’un plasmocytome.

2ème cas clinique :

Patient de 52 ans, chauffeur de profession, consulte pour une épistaxis unilatérale gauche minime intermittente à résolution spontanée et un larmoiement mis sous le compte d’une dacryocystite, le patient a subi une dacryorhinostomie.

Le geste opératoire entraine une aggravation de la symptomatologie et extériorisation de la lésion au niveau de l’angle interne de l’œil.

Biopsie : en faveur d’un carcinome épidermoïde moyennement différencié.

1-  Endoscopie nasale : masse comblant la fausse nasale (iconographie service ORL)
2-  TDM : masse de la fosse nasale avec signe d’extériorisation (iconographie service ORL).

3ème cas clinique :

Une dame de 64 ans, présente :

  • Une Tuméfaction jugale (fosse canine)
  • Un Fond douloureux permanant (névralgie du V2)
  • Un épisode d’épistaxis

Après avis en pathologie dentaire, la symptomatologie est mise sur le compte d’une pathologie dentaire, la patiente a subi une extraction dentaire (2 premières prémolaires). Exacerbation de la symptomatologie : avec augmentation du volume de la tuméfaction et des douleurs lancinantes permanentes, altération de la qualité de vie, l’examen retrouve un comblement du sillon gingivojugal.

Le diagnostic de sinusite est retenu : un traitement symptomatique est prescrit. Devant la persistance de la symptomatologie, la patiente a consulté en milieu spécialisé où une imagerie et une endoscopie permettent de redresser le diagnostic.

TDM des sinus : comblement du sinus maxillaire avec érosion de la face anterieure et le plancher du sinus maxillaire ( iconographie service ORL EPH Kouba )

La biopsie réalisée par voie endoscopique est en faveur d’un chondrosarcome.

4ème cas clinique :

Patiente âgée de 26 ans, qui a consulté pour une exophtalmie non axile avec une obstruction nasale homolatalmie non axile avec une obstruction nasale homolatérale apparue il y 4 mois. La patiente se plaignait également d’épistaxis à répétition et de douleurs faciales intenses. Une baisse de l’acuité visuelle sans paralysie des muscles oculomoteurs.

L’imagerie permet de retrouver :

Un processus lytique du sinus maxillaire étendu au plancher de l’orbite, à la fosse nasale et la face antérieure du sinus maxillaire et des métastases ganglionnaires, pulmonaires et osseuses.

L’étude histologique de la masse est en faveur d’un esthésioneuroblastome ethmoïdal ulcéré et infiltrant.

Les tumeurs malignes du CNS constituent une entité rare mais qui soulève un problème diagnostique. Le développement des tumeurs malignes dans des régions anatomiques confinées et l’absence de signe clinique spécifique amènent souvent à traiter les patients ayant des lésions évoluées classées T3–T4 dans la majorité des cas.

Volumineuse tumeur des fosses nasales envahissant le massif facial et extériorisation à la peau (iconographie service ORL-CCF EPH Kouba)

Une autre particularité des tumeurs CNS c’est la diversité histologique :

Type histologique                      Nombre de cas
– Carcinome épidermoïde                               
– Adénocarcinome                                          
– Rabdomyosarcome                                       
– Carcinome indifférencié                              
– Mélanome                                                    
– Esthésioneuroblastome – – Chondrosarcome                                                     
– Lymphome T/NK                                         
– Plasmocytome
7
3
2
1
1
2
1
2
1

Le traitement de référence actuellement admis dans la prise en charge des tumeurs nasosinusiennes est l’association chirurgie-radiothérapie avec, comme alternative, l’association radio-chimiothérapie.

Les méthodes d’exérèse des tumeurs des CNS sont la voie externe « classique », la voie para-latéro-nasale et la voie endoscopique. Dans certains cas, et pour assurer une exérèse carcinologique complète, la voie endoscopique peut être combinée à la voie externe.

Depuis le développement ces 5 dernières années, dans notre service, de la chirurgie endoscopique des fosses nasales et de la base du crâne, 16 de nos patients ont bénéficié de la chirurgie endoscopique en équipe simple ORL pour les cas de tumeurs limitées aux cavités naso-sinusiennes et double ORL et neurochirurgiens pour les tumeurs évoluées.

  • Chimiothérapie : 4 patients pour tumeurs inopérables.

Résultats :

Nous avons enregistré :

  • 4 décès dans un délai de 6 mois à une année.
  • une récidive locale pour 8 patients une année après leur traitement avec une évolution foudroyante.
  • la survie est de 40% à 2ans.

Conclusion :

Les cancers du CNS sont rares mais agressifs. Le retard de prise charge est lié à la négligence des symptômes par les patients et le diagnostic insuffisamment évoqué par le praticien. Ces tumeurs sont de pronostic défavorable. Le profil évolutif est dominé par les récidives locorégionales et des métastases à distance. L’intérêt étant de faire un diagnostic précoce devant toute symptomatologie rhino sinusienne trainante ou récidivante. Le stade initial est prédictif de la survie. La mortalité est élevée, seul le diagnostic précoce pourra réduire la mortalité de ces cancers.

Références :

  1. le journal d’ORL, revue d’information scientifique et technique Avril 2016
  2. ORL MAG N° 28 2009
  3. EMC Cancers du larynx, J.-M. Prades, E. Reyt
  4. Marninchi D, Cerf N, Bousquet PH. Dynamique d’évaluation des taux de mortalité des principaux cancers en France. Plan Cancer 2009–2013. Institut National du Cancer; 2010. 62 p.
  5. EMC : Cancers du nasopharynx, H. Boussen, N. Bouaouina, A. Gamoudi, N. Mokni, F. Benna, I. Boussen, A. Ladgham, Boussen H, Bouaouina N, Mokni-Baizig N, GamoudiA, Chouchane L
  6. Benna F, et al. Carcinomes du nasopharynx. Données actuelles. Pa- thol Biol 2005;53:45-51. [4] LeeAW, SzeWM,Au JS Jmal A, Boussen H, 7- Gara S, Ghanem A, Abaza H, Gara S, et al. Le cancer du nasopha- rynx de l’enfant en Tunisie : étude rétrospective épidémiologique, cli- nique et biologique à propos de 48 cas.
  7. les cancers du sinus F. Jegoux, A. Metreau , G. Louvel ,C. Bedfert
  8. Tumeurs malignes des fosses nasales, données anatomocliniques et proposition d’une nouvelle classification, S. Kharoubi Faculté de médecine Annaba (Algérie)
  9. Lapierre A, et al. Esthésioneuroblastome : étude rétrospective et revue de la littérature. Cancer Radiother (2016), 1
  10. Nguyen DT, et al. Esthésioneuroblastome ethmoïdal découvert par des manifestations ophtalmologiques. J Fr Ophtalmol (2014),
  11. Elloumi F, Boujelbene N, Ghorbal L, Boujelbene N, Khanfir K, Mirimanoff RO, Daoud J. Les esthésioneuroblastomes. Bull Cancer 2012 ; 99 : 1197-207
  12. Kumar R. Esthesioneuroblastoma: Multimodal management and review of literature. World J Clin Cases 2015; 3(9): 774-778

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Pituitary apoplexy after gadolinium injection

N. BELHAMRI, G. EL MGHARI, N. El ANSARI, Service d’Endocrinologie, Diabétologie, Maladies Métaboliques et Nutrition, CHU Mohamed VI, Laboratoire PCIM, FMPM, Marrakech, Maroc.

Abstract : Pituitary apoplexy results from necrotic infarction hemorrhagic pituitary gland, most often adenoma seat. We report the case of a 45-year-old patient who presented with a pituitary apoplexy picture just after gadolinium injection. MRI found a cystic-component pituitary great adenoma with an intra-lesional hemorrhage appearance. On the hormonal level, there was an acute pituitary syndrome: corticotropic and thyrotrophic insufficiency with hypogonadism with a ophthalmologic syndrome.

Key-words : Pituitary gland, apoplexy, gadolinium

Résumé : L’apoplexie hypophysaire résulte de l’infarcissement nécrotico hémorragique de la glande hypophyse, le plus souvent siège d’adénome. Nous rapportons l’observation d’un patient âgé de 45 ans qui a présenté un tableau d’apoplexie hypophysaire juste après l’injection du gadolinium. L’IRM retrouvait un macro-adénome hypophysaire à composante kystique avec un aspect d’hémorragie intra lésionnelle. Sur le plan hormonal, on notait un syndrome hypophysaire aigue fait : d’insuffisance corticotrope et thyréotrope avec un hypogonadisme et un syndrome ophtalmologique.

Mots-clés : Hypophyse, apoplexie, gadolinium

Introduction :

L’apoplexie hypophysaire correspond à un remaniement vasculaire aigu de nature ischémique ou hémorragique, survenant dans un adénome hypophysaire. Accident rare, elle surviendrait chez 3 % des patients porteurs d’adénome hypophysaire. Le tableau clinique classique associe dans un contexte de céphalées brutales, des troubles de la conscience, des troubles endocriniens et des manifestations ophtalmologiques à type de baisse visuelle unie ou bilatérale, en rapport avec une compression aiguë du chiasma et des paralysies oculomotrices.

Nous rapportons un cas d’apoplexie hypophysaire (AH) admis en hospitalisation classique dans le cadre d’un contrôle trimestriel, et qui développe un tableau d’AH sur la table d’examen au moment de l’injection du produit de contraste. Le diagnostic a été retenu après avoir éliminé toute autre cause d’AH, cas rare jamais décrit dans la littérature.

Observation :

Monsieur A. G, âgé de 45 ans, suivi pour un adénome hypophysaire. Non connu hypertendu, pas de prise d’anticoagulants ou de trouble de la coagulation connu, l’histoire de la maladie retrouve un patient opéré pour un adénome hypophysaire, le geste a consisté à une adénomectomie par voie transphénoidale.

L’hypophysogramme avant l’intervention n’a pas objectivé de déficit hormonal, l’étude immunohistochimique a confirmé le caractère non fonctionnel de l’adénome. Au champ visuel pré opératoire, on note une hémianopsie bitemporale avant l’intervention avec une nette amélioration en post opératoire.

Bilan initialRésultats
HypophysogrammeFSH =7 UI/L, LH = 5UI/L, Testostérone = 4ug/l
TSH=1,3mUI /L, T4 l = 14PMOL/L,
Prolactine =6ng/ml . Cortisol=16ug/dl , IgF-1 normal

 
IRM HypophysaireAdénome hypophysaire de 29,5*27*26mm refoulant le chiasma optique.
Champ visuelHémianopsie bitemporale
Traitement chirurgicalAdenomectomie totale par voie transphenoidale
AnatomopathologieProlifération tumorale à cellules rondes nécessitant un complément immunohistochimique.
 
L’étude immunohistochimique
– Absence d’expression cytoplasmique des cellules tumorales de l’anticorps
anti-FSH, de l’anticorps anti LH et de l’anticorps anti –GH.
– Une expression nucléaire de moins de 1%des cellules tumorales à l’anticorps anti-Ki67.
Cc= Aspect morphologique et immunohistochimique d’un adénome hypophysaire non sécrétant.
Tableau 1 : Bilan avant apoplexie hypophysaire.

Admis en hospitalisation classique dans le cadre du bilan d’évaluation trimestrielle, à l’examen, le patient était bien portant, des chiffres tensionnels corrects, contrôlés à plusieurs reprises, au moment de la réalisation de l’IRM hypophysaire, le patient a présenté un tableau d’hypertension intracrânienne avec un syndrome ophtalmologique et un syndrome antéhypophysaire aigue fait d’une insuffisance corticotrope, thyréotrope et gonadotrope, devant ce tableau, une

angio-IRM cérébrale a été demandé, n’a pas objectivé de malformation artério-veineuse, après avoir éliminé toutes autres causes pouvant expliquer ce tableau brutal, l’injection du gadolinium était la cause retenue d’apoplexie hypophysaire.

La prise en charge a consisté après la mise en condition, en la mise sous substitution hormonale, avec corticothérapie par voie intra veineuse, l’évolution a été marquée par la reprise des consciences.

Bilan après apoplexie hypophysaireBilan après apoplexie hypophysaire
HypophysogrammeCortisolémie = 5ng/ml, FSH : 0,8UI/L ;
LH : 0,6 UI/L ; Testostérone : 0,03µg/l ; Prolactine : 7, 69 mUI/L ;
TSH : 4,31 mUI/L ; T4L : 5,3pmol/l ; T3L : 4,6 pmol/L
IRM hypophysaireAspect en faveur d’un comblement hémorragique de la loge hypophysaire avec persistance d’une lame de tissu hypophysaire sain.
Champ visuelPas de déficit hémianopsique bitemporal, ni de syndrome optochiasmatique.
Tableau 2 : bilan après apoplexie hypophysaire.

Le patient est resté sous surveillance stricte avec une bonne évolution sous corticothérapie sans avoir recours au geste chirurgical.

Figure 1 : Apoplexie hypophysaire à l’IRM hypophysaire. (Cliché d’IRM hypphysaire tiré de la console du service de radiologie à l’hopital Mohamed VI de Marrakech)

Discussion :

L’apoplexie hypophysaire est une pathologie peu fréquente. Elle concernerait 3 % des patients porteurs d’adénome hypophysaire. La moyenne d’âge des patients atteints est de 46 ans (de 6 à 88 ans). Dans plus de 2/3 des cas, les malades méconnaissent l’existence de leur adénome avant la complication aiguë. Notre patient était suivi pour un adénome hypophysaire connu ce qui a facilité le diagnostic.

Il s’agit la plupart du temps d’accidents aigus ayant des conséquences dramatiques tant sur la fonction visuelle qu’endocrinienne, comme ce qu’on a retrouvé chez notre patient.

Les manifestations cliniques d’apoplexie hypophysaire sont variées avec en premier lieu des céphalées intenses, brutales, le plus souvent rétro orbitaires ou frontales, et parfois diffuses. Elles sont présentes dans 76 % des cas et peuvent mimer la douleur observée dans les irritations méningées. Les anomalies de la vision, sont retrouvées dans 62 % des cas. La baisse d’acuité visuelle et l’altération du champ visuel sont dues à l’expansion de la tumeur avec compression du chiasma et/ou des nerfs optiques. La détérioration peut aller de la simple hémianopsie bitemporale à la cécité totale. Dans la littérature, Les troubles de la conscience pouvant aller de la simple somnolence au coma, sont en rapport avec la compression du diencéphale ; ils sont présents dans 17 à 38 % des cas. Les troubles endocriniens sont très fréquents avec insuffisance anté-hypophysaire brutale similaire à ce qu’on avait remarqué chez notre patient.

Concernant les étiologies de l’apoplexie hypophysaire, elles sont dominées par l’HTA, la prise d’anticoagulants ou un trouble de la coagulation, le gadolinium n’a jamais été décrit dans la littérature comme cause secondaire d’apoplexie hypophysaire.

Concernant le Gadolinium : premières mesures de précaution des autorités européennes : quatre produits de contraste à base de gadolinium linéaire viennent d’être épinglés par l’European Medicines Agency en Mars 2018. Leur autorisation de mise sur le marché fait désormais l’objet d’une recommandation de suspension.

Concernant l’urgence médicale ; elle consiste en l’administration d’hydrocortisone, et est toujours nécessaire à la phase initiale. Les manifestations d’insuffisance post-hypophysaire à type de diabète insipide sont rares (2 % des cas).

Nous éliminerons ainsi les deux diagnostics différentiels que sont l’hémorragie méningée et la méningite bactérienne. Le traitement comporte toujours une hormo- nothérapie substitutive ainsi qu’une réanimation.

On observe une récupération totale du déficit campimétrique dans près de la moitié des cas comme ce qu’on a constaté chez notre patient. Dans l’autre moitié, la récupération était complète.

Conclusion :

L’intérêt de notre observation consiste à souligner l’incidence d’apoplexie pituitaire après injection du gadolinium évoqué devant un tableau aigu associant de façon variable des céphalées, des troubles de la conscience avec troubles visuels, d’attirer l’attention sur le gadolinium, produit de plus en plus utilisé mais dont les conséquences n’étaient pas claires jusqu’au jour d’aujourd’hui.

Abréviations :

EMA = European Medicines Agency ; IRM = Imagerie par résonance magnétique, AH = apoplexie hypophysaire.

Références :

  1. Briet C, Salenave S, Bonneville JF, et al. Pituitary apoplexy. Endocr. Rev. 2015; 36:622–45.
  2. Akakın A, Yılmaz B, Ekşi MŞ, et al. A case of pituitary apoplexy following posterior lumbar fusion surgery. J. Neurosurg. Spine 2015;1–4.
  3. Ezzat S, Asa SL, Couldwell WT, et al. The prevalence of pituitary ade- nomas: a systematic review. Cancer 2004; 101:613–9.
  4. Nielsen EH, Lindholm J, Bjerre P, et al. Frequent occurrence of pitui- tary apoplexy in patients with non-functioning pituitary adenoma. Clin Endocrinol (Oxf.) 2006; 64:319–22. [PubMed]
  5. Uchiyama H, Nishizawa S, Satoh A, et al. Post-traumatic pituitary apoplexy—two case reports. Neurol Med Chir (Tokyo) 1999; 39:36–9.
  6. Liberale G, Bruninx G, Vanderkelen B, et al. Pituitary apoplexy after aortic abdominal aneurysm surgery: a case report. Acta Chir Belg 2006; 106:77–80.
  7. Cooper DM, Bazaral MG, Furlan AJ, et al. Pituitary apoplexy: a com- plication of cardiac surgery. Ann Thorac Surg 1986; 41:547–50.
  8. Liu JK, Nwagwu C, Pikus HJ, et al. Laparoscopic anterior lumbar in- terbody fusion precipitating pituitary apoplexy. Acta Neurochir (Wien) 2001; 143:303–6. discussion 6-7.
  9. Nagarajan DV, Bird D, Papouchado M. Pituitary apoplexy following anticoagulation for acute coronary syndrome. Heart 2003;89:10. [PMC free article] [PubMed]
  10. Brar KS, Garg MK. High altitude-induced pituitary apoplexy. Singa- pore Med J 2012;53: e117–9.

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Cystinosis: you have to know how to think about it

N. RAAF, Chef de Service de Biologie, Clinique EPH Birtraria, El Biar, Alger

Abstract : Cystinosis is a hereditary disease characterized by lysosomal accumulation of cystine in various organs; renal disease is manifested by proximal tubular dysfunction with progressive renal failure. Cystinosis is the most common cause of Fanconi syndrome in the pediatric age group. Fanconi syndrome occurs when the function of cells in renal tubules is impaired, leading to abnormal amounts of carbohydrates and amino acids in the urine. Cystinosis is caused by mutations in the CTNS gene that codes for cystinosin, the lysosomal membrane-specific transporter for cystine. Intracellular metabolism of cystine, as it happens with all amino acids, requires its transport across the cell membrane. Cystinosis is usually treated with cysteamine, which is prescribed to decrease intralysosomal cystine accumulation. However, the discovery of new pathogenic mechanisms and the development of an animal model of the disease may open possibilities for the development of new treatment modalities to improve long-term prognosis.

Key-words : Accumulation of cystine, mutations in the CTNS, Cysteamine.

Résumé : La cystinose est une maladie héréditaire caractérisée par une accumulation lysosomale de cystine dans divers organes ; la maladie rénale se manifeste par un dysfonctionnement tubulaire proximal avec insuffisance rénale progressive. La cystinose est la cause la plus fréquente du syndrome de Fanconi dans le groupe d’âge pédiatrique. Le syndrome de Fanconi survient lorsque la fonction des cellules des tubules rénaux est altérée, entraînant des quantités anormales d’hydrates de carbone et d’acides aminés dans l’urine. La cystinose est causée par des mutations dans le gène CTNS qui code pour la cystinosine, le transporteur spécifique de la membrane lysosomale pour la cystine. Le métabolisme intracellulaire de la cystine, comme c’est le cas avec tous les acides aminés, nécessite son transport à travers la membrane cellulaire. La cystinose est habituellement traitée avec de la cystéamine, afin de diminuer l’accumulation de cystine intralysosomale. Cependant, la découverte de nouveaux mécanismes pathogènes et le développement d’un modèle animal de la maladie peuvent ouvrir des possibilités pour le développement de nouvelles modalités de traitement afin d’améliorer le pronostic à long terme.

Mots-clés : Accumulation de cystines, mutations du gène CTNS, cystéamine

Introduction :

C’est une maladie suffisamment rare pour être classée parmi les maladies «orphelines», mais on la retrouve dans tous les pays.

C’est une maladie connue depuis le début du siècle, la première observation d’un enfant malade ayant été rapportée en 1903 par un chimiste allemand, Abderhalden.

Ultérieurement, les observations d’enfants atteints ont permis de décrire les différentes manifestations de la maladie et de comprendre que la cystinose était :

  • Caractérisée par une insuffisance de réabsorption au niveau de la première portion du tubule, le tube contourné proximal,
  • Due à une accumulation de cystine dans la quasi-totalité des cellules de l’organisme,
  • Une maladie héréditaire de transmission autosomique récessive.

C’est en 1955 que les lysosomes, ces structures présentes dans toutes les cellules, étaient découvertes. Cette découverte amenait à comprendre les mécanismes d’une cinquantaine de maladies appelées maladies lysosomales, parmi lesquelles figure la cystinose (1).

Un peu de génétique

Le défaut du transporteur de cystine est d’origine génétique et se transmet sur le mode récessif autosomique. Le transporteur de cystine impliqué dans la cystinose est une protéine de la membrane lysosomale, la cystinosine ; elle est codée par le gène CTNS, situé sur le chromosome 17. Les différentes mutations de CTNS (près d’une centaine actuellement décrites) sont réparties de manière variable suivant les pays ; en Europe du Nord et en France, la mutation comportant une « délétion » (perte d’un fragment) de 57 kb (kilobases), emportant une grande partie du gène, est responsable d’environ 2/3 des cas. Les conséquences de ces mutations sont d’autant plus sévères qu’elles induisent un déficit plus complet en cystinosine ; la présence de la délétion « européenne » à la fois sur les chromosomes paternel et maternel (d’où absence totale de cystinosine), entraîne les formes les plus précoces, alors que la présence d’une mutation moins sévère sur l’un des 2 chromosomes induit des formes à révélation plus tardive.

La cystinose est une maladie rare touchant environ un enfant sur 200.000, un peu plus fréquente dans certaines populations (Bretagne par exemple). Elle semble présente dans tous les pays.

Comment diagnostiquer ?

connaître différentes formes de cystinose

On différencie schématiquement plusieurs formes. Selon l’âge de début, la sévérité et l’existence ou non d’une atteinte rénale.

  • La cystinose infantile est la plus fréquente (mais elle est rare : une naissance sur 165.000) et la plus sévère. C’est habituellement celle qui est désignée par le terme « cystinose ». L’âge des premiers signes, en rapport avec l’atteinte rénale, varie entre 3 et 18 mois. L’insuffisance rénale terminale est constante en l’absence de traitement. Elle survenait jusque-là avant l’âge de 10 ans, mais le traitement précoce par la cystéamine retarde considérablement cette échéance.
  • Les formes tardives sont plus rares. La maladie débute généralement dans la deuxième décennie chez des enfants ayant jusque-là un développement normal ou chez des adolescents. L’atteinte rénale est plus tardive, mais l’évolution se fait également vers l’insuffisance rénale terminale.
  • La forme oculaire, caractérisée par une atteinte oculaire isolée, sans atteinte rénale, diagnostiquée généralement par l’ophtalmologiste, est très rare.

Symptômes

La cystinose se présente sous 3 formes différentes, la forme infantile, de très loin la plus fréquente, débutant dès les premiers mois, la forme juvénile, plus rare, de début plus tardif, et la forme de l’adulte, uniquement oculaire, très rare.

La cystinose infantile débute après l’âge de 3 à 6 mois, par les symptômes de l’atteinte rénale qui affecte d’abord les cellules des tubules rénaux. Ces cellules perdent leur pouvoir de réabsorption, entraînant une fuite d’eau, de sodium, potassium, bicarbonates, calcium, phosphate, glucose, dans les urines, appelée « syndrome de De-To- ni-Debré-Fanconi » ; il en résulte une déshydratation chronique avec anorexie, vomissements, fièvre, et rapidement arrêt de croissance, puis une hypotonie et un rachitisme en cas de diagnostic tardif. En l’absence de traitement adéquat, l’atteinte rénale conduit à une insuffisance rénale dite « terminale», nécessitant dialyse et greffe, avant l’âge de 12 ans. L’atteinte oculaire est également précoce et se manifeste d’abord par des cristaux de cystine dans la cornée entraînant une photophobie et un larmoiement, puis une gêne visuelle importante. Les dépôts de cystine dans la rétine se manifestent plus tardivement mais peuvent entraîner une cécité. Les autres organes sont atteints plus tardivement : hypothyroïdie et diabète dans la deuxième décennie, infiltration du foie et de la rate avec destruction des plaquettes sanguines, déficit musculaire, troubles de la déglutition et possible atteinte neurologique à l’âge adulte.

La forme juvénile est beaucoup plus rare ; elle débute généralement dans la deuxième décennie, avec des symptômes tubulaires moins intenses, mais elle aboutit également à l’insuffisance rénale terminale, à l’adolescence ou à l’âge adulte.

La forme « adulte » caractérisée par une atteinte exclusivement oculaire, est très rare et n’a pas la même gravité que la cystinose de l’enfant (2,3).

Diagnostic biologique (4,5)

La mesure des concentrations de cystine dans les globules blancs (leucocytes) reste, après 30 ans, la pierre angulaire du diagnostic et des évaluations ultérieures du traitement de la cystinose. À certains égards, bien qu’elle ait été très utile aux patients et aux cliniciens, cette procédure classique peut sembler dépassée et avoir grand besoin d’un changement. Cependant, notre compréhension de la cystinose, et plus particulièrement de sa thérapeutique, repose majoritairement sur les données générées grâce à cette méthode.

Les échantillons de sang doivent être prélevés dans des tubes contenant de l’héparine ou le mélange acide- citrate-dextrose (ACD) et les globules blancs doivent être préparés dans le jour suivant ; tout retard dans l’isolement des cellules augmente rapidement les risques de résultats non fiables. Cette “ fenêtre de 24 h ” permet d’envoyer les échantillons par coursier à un laboratoire possédant un service spécialisé capable d’effectuer en routine le dosage de la cystine leucocytaire.

La préparation cellulaire standard produit une population mixte de globules blancs, mais certains laboratoires considèrent qu’une préparation plus spécifique des cellules polynucléaires présente certains avantages.

Les résultats fournis par cette dernière sont en moyenne le double de ceux obtenus sur la préparation de l’ensemble des globules blancs, mais leur utilité sur le plan clinique, en partie du fait de la variabilité de la préparation et de l’analyse, est exactement la même.

Une fois les globules blancs préparés, ils doivent être lysés (fragmentés) afin d’en libérer la cystine. À cette phase, les échantillons peuvent être congelés indéfiniment à -70 C sans plus subir de détérioration. Le résultat final nécessite la mesure de la concentration de la cystine dans la partie liquide et du contenu en protéines des débris cellulaires. Ces deux analyses sont aussi importantes l’une que l’autre. Le dosage des protéines est particulièrement dépendant du matériel d’étalonnage ; on utilise généralement l’albumine du sérum de bœuf.

La mesure de la cystine est généralement effectuée au moyen d’une technique de dosage, basée sur la fixation compétitive d’une protéine se liant à la cystine (CBP) qui provient d’E. Coli, qui est une méthode extrêmement sensible et spécifique. La cystine peut également être mesurée par chromatographie sur résine échangeuse d’ions ou, après réduction sous forme de cystéine totale, par dé- tection électrochimique, fluorimétrique ou en spec- trométrie de masse.

Dans un même laboratoire, si le contrôle de qualité des procédures d’analyse garantit la fiabilité des résultats finaux, il faut cependant être conscient que ces derniers sont variables. L’année dernière, pour les 27 dosages effectués dans mon laboratoire, la variabilité des dosages des protéines et de la cystine était respectivement de 7 % et 16 %. Le résultat final pour notre échantillon témoin a varié de 16,7 % ; la valeur moyenne était de 1,84 nmol hémicystine/mg de protéine, avec des résultats compris entre 1,36 et 2,59.

Le problème de la variabilité entre divers laboratoires, en particulier pour ceux faisant appel à des techniques différentes, n’a pas fait l’objet d’une évaluation adéquate. Cette situation devrait s’améliorer avec l’introduction imminente d’un plan de contrôle de qualité à l’échelle européenne pour la mesure du taux de cystine dans les globules blancs.

Les laboratoires investissent des ressources considérables pour essayer de fournir des mesures de cystine leucocytaire exactes et précises. Cependant, lorsqu’il s’agit d’évaluer le bénéfice thérapeutique de Cystagon® (cystéamine) chez un patient donné ou dans des études incluant l’ensemble des patients, ce sont la coopération et l’exactitude de l’information fournie par le patient quant à l’observance thérapeutique et au délai entre la dernière dose et le prélèvement sanguin, qui revêtent la plus grande importance.

Les examens biologiques demandés devant les symptômes cliniques de la cystinose infantile vont montrer les perturbations sanguines (baisse des bicarbonates, du potassium, du sodium, du phosphore) et urinaires (présence de sucre et de protéines) caractéristiques du syndrome de De-Toni-Debré-Fanconi.

La cystinose est la première cause de ce syndrome chez l’enfant, et la découverte de telles perturbations doit conduire le pédiatre à demander un dosage de « cystine intraleucocytaire », car cette pathologie n’a pas d’expression extracellulaire (absence d’accumulation de cystine dans le plasma). Cependant cet examen délicat, qui nécessite l’isolement des leucocytes, ne peut être réalisé que dans quelques laboratoires spécialisés habilités. Les taux observés chez les enfants atteints sont 10 à 15 fois supérieurs au taux normal, tandis que les parents, porteurs d’un seul gène muté (hétérozygotes), ont un taux intermédiaire. Notons que le laboratoire a un rôle dans le diagnostic et le suivi des patients atteints de cystinose (efficacité thérapeutique). L’appareillage permettant le dosage de cystine intraleucocytaire est un spectrometrie de masse (SM) qui permet la détection des molécules selon leurs masses (m/z).

Le SM est couplé à une chromatographie (tandem) ce qui permet d’accroitre la sensibilité et la spécificité du dosage de la cystine par sa masse (353) et de son deuxième fragment spécifique (208).

Les résultats sont consignés ci-dessous :

  • Sujet normal : <0.2 nmol/½ cystine/mg de protéines
  • Sujet cystinosique : >2 nmol/½ cystine/mg de protéines
  • Hétérozygotes : <1 nmol/½ cystine/mg de protéines

Diagnostic génétique

En présence d’un taux de cystine indiscutablement pathologique, la mise en évidence des mutations du gène CTNS par les techniques de biologie moléculaire n’est pas indispensable. Cependant, en Europe du Nord où la délétion « 57-kb » est en cause dans 70 % des cas, il est parfois plus facile et rapide de rechercher directement cette mutation sur le chromosome 17 que de faire réaliser un dosage de la cystine intraleucocytaire. D’autre part, la détermination de la mutation en cause dans une famille sera indispensable si la famille est demandeuse d’un diagnostic prénatal lors d’une grossesse ultérieure. En effet un tel diagnostic est réalisable sur les villosités choriales du placenta, à partir des 10-12èmes semaines de grossesse, à condition que l’on connaisse préalablement les mutations en cause.

Quels traitements proposer ?

Traitement symptomatique

Chez le nourrisson, la constatation d’un syndrome de De-Toni-Debré-Fanconi nécessite la compensation des pertes urinaires en eau, bicarbonate, sodium, potassium, phosphore, par des suppléments régulièrement répartis au cours de la journée). On s’aide souvent aussi de l’indométacine, qui diminue les fuites tubulaires. La supplémentation en vitamine D active permet de retenir le phosphore et d’éviter le rachitisme. Un déficit éventuel en hormone thyroïdienne doit être également compensé par la prise de thyroxine.

Si la croissance reste insuffisante malgré la correction des fuites tubulaires, un traitement par l’hormone de croissance peut être nécessaire.

Enfin, au stade d’insuffisance rénale avancée, les traitements de substitution de la fonction rénale par la dialyse et surtout la greffe rénale s’imposent comme chez tout insuffisant rénal.

La greffe rénale a un très bon taux de succès dans la cystinose, et la maladie ne récidive pas sur le greffon (dont les lysosomes sont normaux). Mais on peut espérer que ces traitements ne soient plus nécessaires à l’avenir grâce au développement d’un traitement spécifique qui prévient l’accumulation de cystine dans les organes.

Traitement spécifique

En effet, l’évolution de la cystinose a été transformée à partir des années 90 par l’utilisation de la cystéamine, une molécule soufrée qui diffuse dans le lysosome et y forme avec la cystine un complexe capable de sortir du lysosome sans l’aide de la cystinosine, évitant ainsi l’accumulation de cystine dans les cellules. Ce traitement doit être mis en route dès que le diagnostic de la maladie est porté, et doit être poursuivi indéfiniment, malgré ses inconvénients.

Ce traitement est disponible sous formes de gélules ou de poudre, qui doit être pris à intervalle rapproché (toutes les 6h, y compris la nuit) ; une forme d’élimination plus lente (prise toutes les 12h) devrait être disponible prochainement. La dose est progressivement augmentée de 10 à 50 mg/kg, en l’adaptant au dosage de la cystine intraleucocytaire, et à la tolérance de l’enfant ; en effet, les effets secondaires digestifs ne sont pas rares, ainsi qu’une odeur soufrée de l’haleine, souvent très gênante pour les jeunes mais qui peut être atténuée par l’utilisation de produits désodorisants de l’haleine, disponibles en pharmacie.

La cystéamine est également disponible sous forme de collyre, pour prévenir les dépôts intracornéens, sur lesquels la forme orale de la molécule n’a pas d’action ; mais il nécessite 5 ou 6 instillations quotidiennes pour être pleinement efficace.

La cystéamine, orale et oculaire, n’est disponible que dans les pharmacies hospitalières (6).

Évolution

On dispose maintenant d’un recul suffisant, supérieur à 15 ans de traitement chez de nombreux patients, pour pouvoir affirmer que lorsque le traitement par cystéamine a été instauré suffisamment tôt (premières années de vie) et bien suivi, les principales complications extrarénales peuvent être évitées et la survenue de l’insuffisance rénale terminale, au minimum retardée jusqu’à l’âge adulte, voire peut-être même évitée à l’avenir.

Ainsi l’on peut raisonnablement espérer que les enfants diagnostiqués au XXIème siècle atteindront l’âge adulte sans complications majeures. Mais le principal obstacle à cette évolution favorable est la mauvaise acceptation des contraintes du traitement, à l’adolescence et au début de l’âge adulte, qui aboutit à un traitement irrégulier, donc moins efficace. Les recherches se poursuivent donc pour diminuer le nombre de prises quotidiennes, améliorer la tolérance et diminuer les effets secondaires.

Références :

  1. Paul Goodyer. The History of Cystinosis: Lessons for Clinical Management. International Journal of Nephrology. 2011 ;ID 929456 : 6pages
  2. William A. Gahl et col. Nephropathic Cystinosis in Adults: Natu- ral History and Effects of Oral Cysteamine Therapy. Ann Intern Med. 2007; 147:242-250.
  3. A. Bertholet-Thomas. La réunion annuelle de la société de Néphro- logie Pédiatrique. BORDEAUX. Novembre 2012.
  4. Kalatzis V, Antignac C. Cystinosis: from gene to disease. Nephrol Dial Transplant. 2002;17(11):1883–1886. [PubMed]
  5. Soliman NA, Elmonem MA, van den Heuvel L, et al. Mutational Spectrum of the CTNS Gene in Egyptian Patients with Nephropathic Cystinosis. JIMD Rep. 2014;14:87–97.
  6. Albane Brodin-Sartorius et al: Cysteamine therapy delays the progression of nephropathic cystinosis in late adolescents and adults: Kidney Internatio- nal, 2011

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