Suicidal behavior

F. KACHA, Professeur Émérite de Psychiatrie, Hôpital Psychiatrique de Chéraga, Alger.

Abstract : We can talk about suicide only to prevent it. If public authorities pretend to ignore it, meanwhile the doctor himself, never escapes the confrontation of the voluntary death, whether threat or passage to the act. He must avoid dramatization and indifference to understand the motivations of the suicidal and find the best approach that allows him to make sense of his existence.

Key-words : Suicide, suicide attempt, teenager.

Résumé : On ne peut parler du suicide que pour le prévenir. Si les pouvoirs publics feignent de l’ignorer, le médecin lui, n’échappe jamais à la confrontation à la mort volontaire qu’il s’agisse d’une menace ou d’un passage à l’acte. Il doit éviter dramatisation et indifférence pour trouver le meilleur contact permettant au patient de retrouver du sens à son existence.

Mots-clés : Suicide, tentative de suicide, mort volontaire, dépression.

Généralités :

Une rumeur persistante entretenue par la presse quotidienne tend à soutenir que notre pays connait une augmentation du nombre de suicide.

  • Les journaux rapportent des suicides de pères de famille confrontés aux licenciements, au chômage aux problèmes socio-économiques, des suicides d’enfants à peine âgés d’une dizaine d’années, des suicides inhabituels, comme des auto-immolations par le feu et il est vrai que nous traversons une période difficile ponctuée de chômage et d’inflations diverses.
  • Il est pourtant impossible de confirmer l’hypothèse de l’augmentation du nombre de suicide dans notre pays et cela pour deux raisons :
  • Notre pays n’a jamais publié de statiques officielles du nombre de suicides et encore moins ceux des tentatives de suicide.
  • La presse ne rapportait jamais les événements concernant la mort volontaire qui constituait il y a à peine quelques années un tabou. C’est la libération de la presse qui a permis la divulgation partielle et occasionnelle des informations concernant le sujet, ce qui explique le caractère récent et inquiétant du phénomène.

Le suicide est un acte complexe, tragique, universellement répandu.

La plupart des pays tiennent régulièrement à jour leurs statistiques sur les suicides et les tentatives de suicide, certains possèdent même des chiffres annuels remontant à plus d’un siècle1.

Nous n’avons jamais, quant à nous, divulgué les statistiques de nos suicides ; pourtant, ces décès doivent faire l’objet d’une enquête détaillée des autorités judiciaires et d’une expertise médico-légale. Cette enquête est d’ailleurs obligatoire pour s’assurer de l’origine du décès chez des personnes qui auraient pu être victime d’homicide. Les tentatives de suicide qui transitent pour la plupart par les services d’urgence ou de réanimation des hôpitaux ne font également l’objet à leur sortie d’aucune déclaration.

Même si tous les auteurs s’accordent à dire que les statistiques officielles des suicides et des tentatives de suicide sont sous évaluées car l’opprobre sociale qui les entoure pousse les familles et les autorités judiciaires à éviter de se prononcer sur la réalité du désir de mort volontaire, ces statistiques restent indispensables à toute politique de prévention.

L’absence d’intérêt des pouvoirs publics pour le recueil correct des informations concernant les conduites suicidaires s’explique par le fait que le volontaire de la

mort semble dresser le procès de la vie en générale, mais surtout le procès de la société et donc du système politique. Ce procès nous renvoie aux toutes premières théories sociologiques du suicide. (Durkheim 1897)

Selon la théorie de Durkheim et de ses disciples, la cohésion sociale réduit le nombre de suicides. Si la notion de cohésion sociale reste souvent confuse pour les auteurs, il est vrai que le taux de suicide est particulièrement élevé chez les divorcés, ceux qui vivent seuls, les femmes sans enfants, les chômeurs, les retraités et lors des crises économiques. Inversement, lorsque la cohésion sociale est importante, le taux diminue ; ce qui explique pourquoi le mois de ramadan chez nous est le mois ou le taux de suicide est le plus bas de l’année. Mais il est vrai aussi que les personnes isolées, divorcées représentent peut- être celles qui sont les plus fragiles et les plus sensibles aux événements sociaux.

Plus tard un des élèves de Durkheim, Halbwachs publie en 1930 « les causes du suicide » en intégrant aux facteurs sociologiques les facteurs psychologiques qui peuvent conduire à cet acte. Quel que soit le contexte social ou médical, la signification de l’acte suicidaire peut varier considérablement d’un individu à l’autre. Il est actuellement admis que la majorité des suicidants présentent des troubles psychiques (30% des dépressifs graves finissent par se suicider, 10% des schizophrènes).

Il existe une littérature abondante sur l’épidémiologie du suicide. Presque partout dans le monde, on considère que le taux de suicide est plus important chez les hommes alors que les tentatives sont plus fréquentes chez les femmes, et que les hommes ont tendance à utiliser des moyens plus violents (armes à feu, pendaison, défenestration…). Dans la plupart des pays, la courbe du suicide ressemble à une courbe avec deux pics, ces deux pics correspondent, l’un à l’adolescence, l’autre aux personnes âgées.

L’impulsivité de l’adolescent et les maladies douloureuses, graves et chroniques du vieillissement peuvent facilement aggraver une dépression et précipiter les pensées et les actes suicidaires. On relève 1 à 2 suicides par an pour 10.000 habitants dans les pays développés et les tentatives de suicide y sont vingt fois plus nombreuses. Les taux les plus élevés se retrouvent en Europe orientale (Lituanie avec 51 suicides pour 100.000 hab., Biélorussie 41) ; les taux les plus bas (2 pour 100.000 pour la Thaïlande)2 c’est le taux que retrouve Bensmail3 à Constantine, la France se situe dans la moyenne avec 20 pour 100.000 habitants.
Loin de s’opposer, les théories sociologique et psychiatrique se complètent. En effet, les conduites humaines sont d’une grande complexité et la conduite suicidaire semble justiciable autant d’une analyse philosophique, religieuse, sociologique, que d’une explication psycho- bio-sociale. L’étude phénoménologique est bien plus féconde car elle permet de dégager des explications pour chaque cas même pour les gestes apparemment les plus obscurs. Les fonctions des conduites suicidaires sont un aspect capital, celui qui leur donne tout leur sens, car l’intention du suicidant ne saurait se réduite toujours au désir de mort. Certes, quelle que soit la profondeur de l’approche, elle ne sera jamais suffisante pour élucider un acte aussi complexe mais c’est la seule qui, au niveau actuel d’élaboration de nos idées sur l’homme et son comportement, éclaire le suicide et offre de réelles pos- sibilités préventives.

Nous proposons quelques-unes d’entre elles :

  • La fonction d’appel : C’est un aspect capital. Peu importe le degré de « sincérité » de l’acte, notion négative, mais l’importance est la demande d’aide. C’est un signal de l’existence d’une souffrance et une alarme, c’est l’instrument de leur hospitalisation et de leur prise en charge médicale. C’est un appel à un changement d’environnement social ou une demande de soins.
  • La fonction ordalique : Elle correspond à ce qu’on appelle le jugement de Dieu, le « coup de poker » suicidaire ; c’est le « fait de se mettre dans une situation » telle que, seul un événement peut faire pencher l’issue, soit vers la mort, soit vers la vie. C’est comme au jeu de la

« roulette russe » : pistolet à barillet avec une balle. Dieu seul peut décider de la mort. C’est un appel au sacré lors des impasses vitales.

  • La fonction auto-agressive : C’est la fonction la plus apparente mais aussi la plus difficile à appréhender. L’ambigüité de cette fonction est la source de nombreux écrits que nous n’aborderons pas ici (existe-t-il un instinct de mort), pour dire qu’il n’est guère que chez les dépressifs envahis par une féroce culpabilité, et chez certains schizophrènes dont la volonté est gravement perturbée, que la possibilité de tendre vers le néant puisse être envisagée.
  • La fonction hétéro-agressive : Fréquente chez les adolescents : « à moi la mort, à toi le remord ». La conduite suicidaire comme moyen d’agresser l’autre. Elle suppose une réponse à de graves agressions et à des souffrances vécues dans la solitude.

Dans notre pays.

Les conduites suicidaires dont la fréquence a été relevée par différents auteurs (Kacha, Benkhelfat, Touari, Bensmail, Mebtouche, Mehdi, Alouani, etc.), ne semblent pas être l’attribut exclusif des pays développés. L’urbanisation massive, l’influence décroissante des valeurs traditionnelles ainsi que les contradictions dans le statut social de la femme ont contribué à en modifier l’épidémiologie. Bien que l’épidémiologie du suicide et celle de la tentative ne soit pas identiques, il convient pour le praticien de ne faire aucune distinction entre l’idée de suicide, la tentative de suicide et le suicide.

Ce sont là les aspects d’un même processus ayant pour risque commun la mort et nécessitant la même attitude d’écoute d’aide préventive. Il existe certainement des suicides décidés librement en toute conscience pour des motifs rationnels (grève de la faim des détenus, suicides des pilotes japonais kamikazes pendant la dernière guerre mondiale) ; mais il faut reconnaître que parfois, sous les rationalisations diverses exprimées, se cachent des motivations pathologiques qu’il faut prendre en charge en urgence.

Epidémiologie

  1. Le suicide ne semble pas comporter les nuances psychologiques infinies retrouvées au cours des tentatives de suicide. Nos statistiques, donnant un taux de suicide de 2 pour 100.000 habitants (Bensmail et Coll), confirment les données épidémiologiques classiques avec quelques nuances. Le taux des suicides réalisés est plus important chez les hommes que chez les femmes mais la différence n’est pas importante et le sexe/ratio tend à se rapprocher en milieu urbain (F. Kacha).

La courbe de mortalité par suicide s’élève avec l’âge. La corrélation entre isolement social et suicide est ancienne, le veuvage, le célibat, le divorce ainsi que le degré de non intégration sociale (anomie) semblent jouer un rôle favorisant. Les principaux moyens utilisés sont l’ingestion de psychotropes et la défenestration en milieu urbain, la pendaison et l’intoxication au parathion en milieu rural. Les autres moyens sont les produits toxiques ménagers, le gaz, les armes blanches, la noyade etc.

  • Les tentatives de suicide : Le taux annuel des tentatives est de 34,1 pour 100.000 habitants (B. Bensmail et Coll.). Beaucoup plus fréquentes (17 fois plus que le suicide), elles sont surtout d’œuvre d’adolescents (76% dont

¾ sont des femmes), 6% sont des récidivistes (F. Kacha). Les procédés utilisés font appel, en premier lieu, aux psychotropes puis aux produits ménagers (eau de javel,

esprit de sel) et, enfin, à la phlébotomie. Ces tentatives s’inscrivent souvent dans un contexte socioculturel de crise. Les suicidants cherchent une fuite dans le sommeil, un apaisement à leur culpabilité agressive envers leurs parents et leur entourage. C’est une conduite d’appel et de rupture qui permet souvent de réaménager des relations avec l’entourage familial frustrant. Il s’agit souvent de jeunes filles ne présentant pas de troubles psychiatriques patents. Elles ne peuvent exprimer autrement que par ce geste désespéré leur quête affective.

Le mois de carême (Ramadhan) et le mois de juin constituent respectivement la période de l’année où il y a le moins de tentatives (période de jeun, augmentation de la cohésion familiale et sociale) et celles où il y en a le plus (période de rupture, vacances scolaires, examen, mariages).

Formes cliniques.

  1. Suicide collectif : Le suicide est précédé par la mort d’autres individus :
  2. Sans consentement de ceux-ci : suicide après homicide ou infanticide (père mélancolique qui se suicide après avoir tué sa femme et ses enfants).
  3. Avec leur consentement : sujet qui arrive à convaincre un ou des partenaires qui le suivent passivement dans la mort (suicide collectif dans les sectes).
  4. Suicide d’adolescents : Il est de plus en plus fréquent. L’accumulation des difficultés familiales et sociales, associées à l’impulsivité, le découragement et les déceptions propres à l’adolescence, vont provoquer des passages à l’acte difficiles à prévenir car aussitôt pensés, aussitôt réalisés (le suicide constitue la deuxième cause de mort chez les adolescents dans les pays industrialisés).
  5. Suicide des enfants : Exceptionnellement avant 10 ans. Il est rare avant l’adolescence et souvent associé à l’idée de punir les parents. Moins de dix par année.
  6. Suicide des personnes âgées : Il est moins fréquent dans notre pays (pyramide des âges en faveur d’une population jeune, meilleure intégration sociale des personnes âgées). Par contre, le dépistage tardif des mélancolies ou leur mauvaise réponse thérapeutique, le refus de l’hospitalisation dans des services encombrés de patients, sont des facteurs de risque qu’il faut toujours prendre au sérieux. Par ailleurs l’espérance de vie ne cesse de progresser et doit être prise en considération dans toute prévention des conduites suicidaires.
  1. Equivalents suicidaires : Certaines conduites auto- agressives comme les automutilations, les auto-immolations par le feu, certains refus alimentaires et thérapeutiques, certaines conduites toxicomaniaques et alcooliques ainsi que la prise de risque grave (excès de vitesse etc.), peuvent être considérés comme des désirs plus ou moins conscients de défier la mort.

Conduites suicidaires et affections psychiatriques.

L’entourage des suicidants rapporte toujours des événements récents traumatiques pour justifier les passages à l’acte. Ce sont des événements divers, souvent banals, qui ne peuvent expliquer à eux seuls le recours à un geste aussi grave de conséquences. C’est, en fait, parce que l’équilibre psychologique du sujet est devenu précaire que les facteurs externes les plus anodins peuvent entraîner un passage à l’acte.

Pour un instant rien n’a plus de valeur, ni les parents, ni les amis, ni la religion, rien ne fait sens. C’est ainsi que certains suicides sont des symptômes d’affections psychiatriques.

Les maladies de l’humeur représentent le plus gros contingent des causes de suicide. Des autopsies psychologiques récentes montrent que la majorité des suicidés souffraient de troubles mentaux au premier rang desquels on trouve des troubles de l’humeur et des troubles anxieux.

  1. Mélancolie et dépressions graves : Le suicide fait partie de leur sémiologie. La recherche de la mort dans ces affections est constante, voire obsédante. Devant la facilité actuelle de prescription des antidépresseurs à titre ambulatoire, le refus des patients et leur famille d’accepter une hospitalisation et la non-utilisation de la loi d’internement, les passages à l’acte sont fréquents. La meilleure prévention de ces conduites reste l’hospitalisation.
  2. Schizophrénie : Chez ces patients, les risques suicidaires peuvent s’inscrire dans plusieurs contextes : au début de l’affection, lors de l’envahissement angoissant des troubles, lors de l’amélioration des patients sous traitement, des émergences anxieuses peuvent survenir et entraîner des passages à l’acte. Au cours, d’un traitement neuroleptique au long cours, l’apparition d’un état dépressif et d’une impatience motrice peuvent précipiter un acte suicidaire. Enfin, au détour d’un moment fécond avec activité délirante, un acte discordant imprévisible peut mettre fin à la vie du patient.
  • Etats confuso-oniriques : toxicomanie lors des overdoses, confusion démentielle, confusion lors des prises en charges médico-chirurgicales. La surveillance de ces patients doit être permanente et la contention peut être nécessaire.
  • Délires chroniques : Quelles que soient leurs structures, paranoïa sensitive ou paranoïde, ils peuvent se suicider pour échapper aux persécuteurs imaginaires.
  • Troubles de la personnalité : Etat limite, névrose structurée ou non, psychopathie, sont les personnalités pathologiques les plus retrouvées. L’impulsivité, l’angoisse, les tendances dépressives et les relations conflictuelles avec l’entourage sont autant de facteurs à considérer. Chez les « abandonniques » le geste suicidaire est porteur de revendications affectives massives et vouées à l’échec. Ces revendications sont les résultats de carences affectives précoces.
  • Maladies chroniques : On retrouve quelque fois des épileptiques ou des diabétiques suicidaires hospitalisés en réanimation. Ils présentent souvent des comas graves car ils sont en possession de doses importantes de psychotropes et d’insuline. L’acte suicidaire semble être une réaction auto-agressive ou dépressive, au sentiment de chronicité et d’incurabilité.

Comment conduire une prévention de la conduite suicidaire.

a. Prévention médicale :

L’un des principaux obstacles est sans aucun doute le tabou qui entoure toute approche de ce drame. Ni les pouvoirs publics ni les familles n’acceptent d’aborder la question, ou d’en discuter la prévention.

La deuxième difficulté est l’insuffisance des services psychosociaux et médicaux et l’absence de lieux d’échange avec autrui. Le médecin généraliste a une très grande audience auprès des familles et peut ainsi avoir un rôle d’information et d’éducation. Il doit savoir que la prévention du suicide ne repose pas sur une notion religieuse ou éthique car le suicide devient alors une transgression d’un interdit et le médecin devra éviter de participer au développement d’un sentiment de culpabilité qui risque de renforcer la conduite suicidaire et détruire une ébauche relationnelle salutaire.

Pour pouvoir apprécier à leur juste valeur les risques suicidaires ou les risques de récidive et décider judicieusement d’une mesure d’hospitalisation, il doit éviter deux écueils :

  • La dramatisation : la panique de la famille dramatise la situation. En exprimant bruyamment sa peur, elle accroit l’anxiété du suicidant et favorise le passage à l’acte. Cette attitude va conduire la famille à épier, à encercler le sujet dans une conspiration du silence qui ne lui laisse que la possibilité de ruminer silencieusement son projet.

Elle peut également conduire la famille à céder systématiquement à toutes ses fantaisies et l’encourager à réitérer son geste pour obtenir quelque chose sans chercher à comprendre sa demande. Enfin, elle poussera le médecin à prendre une décision qui revêtira aux yeux du patient l’aspect d’une mesure répressive et non d’une mesure thérapeutique.

  • L’indifférence : le plus souvent, les praticiens n’ont ni le temps, ni les moyens de se consacrer pleinement à un suicidant. Seuls les intéressent les symptômes médicaux et chirurgicaux et, implicitement, ils engagent le malade qui vient exposer son désarroi et décharger son angoisse à aller se « faire pendre ailleurs ». Ils calment ainsi leur angoisse en niant le risque. L’indifférence est encore pire que la dramatisation, et l’une et l’autre sont des moyens de se déculpabiliser soit en refusant le problème comme tel. Ces deux attitudes accentuent l’isolement du sujet, le culpabilisent avec tous les risques que cela comporte. Ces deux attitudes évitées, le médecin pourra apprécier les risques suicidaires et adresser ceux qui présentent des affections psychiatriques graves délirantes à l’hôpital en urgence.

Comment les connaitre ?

  • Importante symptomatologie dépressive impossible à justifier.
  • Troubles du cours de la pensée et idéation chaotique.
  • Désorientation temporo-spatiale.
  • Les difficultés de verbalisation et de communication inhérentes à l’adolescence sont souvent accentuées par un milieu familial
  • Absence de réaction affective.

Lorsque ces troubles s’accompagnent d’isolement familial une hospitalisation d’urgence doit être réalisée car l’isolement socio-familial est facteur aggravant. Le médecin doit également s’informer des règles de prescription des psychotropes et savoir déceler chez ses patients ceux qui présentent le plus de risque de passer à l’acte. Il ne devra pas évaluer la gravité d’une tentative maladroite car après un échec, nombreux sont ceux qui réussissent leur suicide. 10% des personnes suicidaires réussissent leur suicide dans l’année qui suit une première tentative et la moitié des suicides sont précédés de tentatives.

On entend fréquemment dire que ceux qui annoncent leur intention de suicide n’ont pas sérieusement l’intention de le faire ; c’est également faux. L’essentiel n’est pas de juger de la sincérité du sujet mais d’essayer de comprendre pourquoi il l’utilise comme moyen d’échange.

a.  Prévention socio-familiale :

Tous les avis concordent : les anomalies de la structure familiale constituent un facteur important. La prévention du suicide se situe au niveau des conditions favorisant les relations humaines. Certes, il faut que la famille soit solide par ses valeurs et présente par ses soutiens ; mais elle doit également être ouverte et compréhensive. Elle s’étonne parfois que des motifs très futiles entrainent de si terribles conséquences mais il faut qu’elle sache que, placé dans une situation traumatisante, l’individu n’en-visage le suicide que parmi d’autres solutions : d’où ce miracle toujours possible qu’un simple contact affectif sécurisant de la part d’un membre de la famille, efface au moins pour un temps la pulsion suicidaire.

b. Prévention sociopolitique :

  • Création pour les jeunes, d’organisation de loisirs et d’activités physiques les moins contraignants et répressifs. L’intégration de l’adolescent dans un groupe va par contre, favoriser la libération des conduites hétéro- agressives ; elle va permettre ainsi l’enrichissement de la communication de l’adolescent soucieux des mêmes problèmes.
  • Les personnes âgées qui étaient bien intégrées dans les familles traditionnelles rurales sont souvent abandonnées dans les grandes villes où aucun espace ne leur est réservé. Isolées, peu sollicitées, harcelées par la maladie et l’inutilité, leur dépression passe souvent inaperçu, et les conduit au passage à l’acte. Il faut leur consacrer un espace urbain, faciliter leur accès aux soins, les intégrer dans des associations.
  • L’organisation, la planification des services de santé mentale et la création de services sociaux et d’écoute auprès des services scolaires, professionnels et des services de réanimation.
  • La création d’un centre de prévention du suicide serait- elle utile pour mieux prendre en charge les suicidants des grands centres urbains ? L’insuffisance du nombre de spécialistes, l’impulsivité de l’acte aussitôt réalisé que pensé et l’importance des problèmes sociaux ne seraient pas en faveur de cette création. Il faut, en plus, ajouter les difficultés de réalisation d’un tel centre. L’initiative privée n’est pas suffisamment développée et le caractère de priorité de santé publique ne lui est pas reconnu.
  • La suppression des produits utilisés à des fins suicidaires ne nous semble pas constituer un moyen efficace car il y a des modes de suicide et des substitutions de produits (parathion, optalidon, produits ménager, etc.).

a.  Aspects juridiques :

Utilisation du code pénal : contre ceux qui harcellent et incitent un tiers à se détruire par la création d’une « ambiance » qu’on pourrait appeler pré-suicidaire

  • Réglementation du suicide :

Actuellement, tous les codes pénaux ne considèrent plus le suicide comme crime d’assassinat. On est plus attentifs aux :

  1. Actes de complicités antérieures ; deux catégories :
  2. Les actes de ceux qui par menace, abus d’autorité ou de pouvoir, machination ou artifices coupables, auront incité au suicide d’un tiers en agissant sur son psychisme de manière à provoquer chez lui un état morbide.
  3. Les actes de ceux qui auront donné des instruments, procuré des armes, des instructions ou tout autre moyen qui auraient servi à l’action, sachant qu’ils devraient y servir. Cas de la publication « suicide mode d’emploi ».

Nombre d’incitations au suicide relèvent à l’heure actuelle de façon plus ou moins directe de ce type de complicité (Jim Jones en Guyane).

  • Actes concomitant au suicide : Les actes d’assistance active, euthanasie pratiquée à la demande de la victime. Les actes d’assistance passive chez une personne ayant eu connaissance qu’un tiers était en train de se suicider ou sur le point de le faire, empêcher quiconque d’intervenir pour éviter la consommation de l’acte, non- assistance à personne en danger. USA : dans un grand nombre d’Etats, l’assistance au suicide est considérée comme un crime. Suisse – Italie – Pays-Bas : le code insiste plus spécialement sur le facteur intentionnel chez l’instigateur du suicide, l’intention coupable étant la condition nécessaire et suffisante pour que la répression intervienne. D’autres codes ne retiennent que l’aide matérielle au suicide, et ne répriment pas l’incitation qui est une manifestation intellectuelle abstraite ayant une influence sur le psychisme (codes norvégiens – danois – islandais).

Cette liberté de vie et de mort reconnue implicitement par la législation (dépénalisation du suicide) évolue parallèlement à une rigidité de plus en plus importante à préserver son intégrité physique (vaccination obligatoire, déclaration obligatoire de certaines maladies, obligation de soins). Comment alors accepter l’organisation de clubs de suicidants en Angleterre, de cliniques en Suède et en Suisse, acceptant des formes d’euthanasie ?

  • Actes concomitant au suicide : Les actes d’assistance active, euthanasie pratiquée à la demande de la victime. Les actes d’assistance passive chez une personne ayant eu connaissance qu’un tiers, était en train de se suicider ou sur le point de le faire, empêcher quiconque d’inter- venir pour éviter la consommation de l’acte, non-assistance à personne en danger.
  • Autres problèmes médico-légaux : Suicide et assurance individuelle : La preuve du suicide incombe à l’assureur et la preuve de l’inconscience aux ayant droits. L’intention restrictive est rare dans les contrats d’assurance décès. Le suicide volontaire et conscient étant exceptionnel.
  • Suicide sur les lieux de travail : Peut être pris en charge au titre d’accident du travail, le décès sur le lieu de travail et durant le temps du travail étant présumé.
  • Suicide des malades hospitalisés : Les conduites suicidaires restent la préoccupation majeure des psychiatres hospitaliers : défenestration, pendaison, intoxication par produits dissimulés sont les moyens les plus utilisés. L’établissement doit prouver qu’il avait pris réellement les précautions qui s’imposaient. C’est une obligation de moyens et non de résultats, mais ce qui était malchance peut toujours devenir une revendication de dédommagement par la famille.
  • Responsabilité du médecin en matière de suicide :

Le suicide pose au médecin trois ordres de problèmes :

  1. Problème de responsabilité : C’est surtout l’exécution de la prise en charge qui peut faire apparaître des insuffisances concernant la surveillance et le traitement. Les prescriptions et les instructions doivent être écrites, complètes, et précises.
  2. Problème du consentement du malade : Appelé au chevet d’une personne qui vient de tenter de se donner la mort, le médecin doit toujours le ramener à la vie si cela est possible sans qu’il lui soit fait grief de ne pas avoir respecté la volonté de celui qu’il a soigné.
  3. Secret professionnel : Respect de la mémoire d’un suicidé vis-à-vis de sa parenté lointaine et de sa descendance ainsi que vis-à-vis d’un assureur. En cas de tentative de suicide, le secret peut être nécessaire à une meilleure prise en charge.

Conclusion :

La conduite suicidaire est loin d’être une conduite rare et curieuse. Elle risque même de devenir un problème social si sa prévention continue à être méconnue.

Si les pouvoirs publics feignent de l’ignorer, le médecin, lui, n’échappe jamais à la confrontation à la mort volontaire ; il est tôt ou tard mêlé à ce drame, qu’il s’agisse d’une menace exprimée ou d’un passage à l’acte.

Informer le praticien de son rôle primordial, sensibiliser les familles afin d’éviter les ruptures de dialogue, permettre la communication dans des groupes organisés, la gratuité et la facilité d’accès aux soins psychiatriques nous semblent être les éléments essentiels de la prévention du suicide dans notre pays.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

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  2. Alouani M.A. Les conduites suicidaires et leur prévention dans la région de Sétif. Thèse de DESM Alger 2015
  3. Batt A., Campeon A., Leguay D., Lecorps P. Epidémiologie du phénomène suicidaire : complexité, pluralité des approches et prévention. EMC (Elsevier Masson SAS Paris) Psychiatrie, 37-500-A-20,2007.
  4. Benelmouloud O. Les conduites suicidaires chez les schizophrènes. Thèse de DEMS Constantine 2015
  5. Bensmail B. La psychiatrie Aujourd’hui. OPU. Alger 1993
  6. Durkheim E. Le suicide. P.U.F Paris 1999
  7. Haim A. Les suicides d’adolescents. Payot, Paris 1969
  8. Kacha F., Brahimi A. La tentative de suicide et sa prévention. Congrès Mondial de Psychiatrie sociale. Paris 5-6 Juillet 82.
  9. Kacha F. Conduite suicidaire et prévention chez l’adolescent. Congres Franco-maghrébin de psychiatrie. 8 oct. 1994 Chambéry, France.
  10. Kacha F. A propos des conduites suicidaires. Journée internationale sur le suicide. Hôtel El Aurassi. Alger, 25-26 Mai 2004.
  11. Lemperiere T. Dépression et suicide. Masson, Paris 2000
  12. Organisation Mondiale de la Santé. La prévention du suicide. Genève : OMS ; 2002
  13. Terra J.L. Le suicide et sa prévention. Ed ENPS, Rennes 2005 p 81-92.

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Evaluation of treatments for schizophrenia through a survey of psychiatrists in Constantine

M. BENABBAS(¹), O. BENELMOULOUD(²), Service de psychiatrie, Hôpital Militaire Régional Universitaire de Constantine, Faculté de Médecine, Université de Constantine 3.

Abstract : This is a descriptive study (self-administered questionnaire) reporting the habits of prescription and management of schizophrenia by psychiatrists of Constantine. The number of psychiatrists who collaborated in this study is 28, practicing in the territory of the wilaya of Constantine. (Public and private sector). According to the directory of Algerian psychiatrists published by the Algerian Society of Psychiatry (SAP) they are 38, which reduces the coverage to 73.6%. The objective of this work is to make a report and analysis of treatment modalities for schizophrenia. The results of the study thus show an increasing use of antipsychotic second generation (APSG) for the treatment of schizophrenia. Dual therapy generally involves a sedative antipsychotic (AP) and frequent use of other psychotropic drugs, including anxiolytics, as well as anticholinergic drugs to correct the extrapyramidal effects of AP. The use of family-based therapies in hospitals is widely used in the therapeutic arsenal used by Constantine psychiatrists. Regarding the balance sheet requested before any prescription of atypical antipsychotics, the results remain disparate and efforts must be made to raise awareness especially psychiatrists of the private sector to consider this important part of the care.

Key-words : Recommendations, prescribing practice, schizophrenia.

Résumé : Il s’agit d’une étude descriptive (questionnaire auto-administré) relevant les habitudes de prescription et de prise en charge de la schizophrénie par les psychiatres du Constantinois. Le nombre de psychiatres qui ont collaboré à cette étude est de 28, exerçant sur le territoire de la wilaya de Constantine. (Secteur public et privé). Selon l’Annuaire des Psychiatres Algériens édité par la Société Algérienne de Psychiatrie (SAP) ils sont 38, ce qui ramène la couverture à 73,6%. L’objectif de ce travail est de faire un état et une analyse des modalités de traitement de la schizophrénie. Les résultats de l’étude montrent ainsi un recours de plus en plus important aux APSG pour le traitement de la schizophrénie. La bithérapie faisant généralement intervenir un AP sédatif et, un recours fréquent à d’autres psychotropes, notamment aux anxiolytiques, ainsi qu’à des médicaments anti cholinergiques destinés à corriger les effets extrapyramidaux des AP. L’usage des thérapies familiales en milieu hospitalier trouve largement sa place dans l’arsenal thérapeutique qu’utilisent les psychiatres constantinois. Concernant le bilan demandé avant toute prescription d’antipsychotiques atypiques, les résultats demeurent disparates et des efforts doivent être fournis afin de sensibiliser surtout les psychiatres du secteur privé à prendre en considération cette partie importante de la prise en charge.

Mots-clés : Recommandations, pratique de prescription, schizophrénie.

Introduction :

Le terme de schizophrénie proposé par le psychiatre suisse Eugene Bleuler en 1911 tire ses origines de deux mots grecs schizo et phrenia qui désignent respectivement « scinder » et « esprit », cette perte d’unité du psychisme se caractérise chez le patient par une impression d’être assailli d’informations qu’il ne peut ni intégrer ni filtrer.

La schizophrénie est une psychose chronique, c’est-à-dire une maladie mentale dans laquelle le sujet perd le contact avec la réalité et n’est pas conscient de son trouble.

Elle concerne environ 1% de la population mondiale, dont 400.000 personnes en Algérie. Elle sévit dans toutes les régions du monde. Elle se déclare le plus souvent à l’adolescence, entre 15 et 25 ans. La maladie touche aussi bien les femmes que les hommes.

Les symptômes de la schizophrénie sont très hétéro- gènes d’un patient à l’autre et évoluent souvent au cours de la maladie. Ils sont de 3 types :

  • Les symptômes positifs : un sentiment de persécution, une mégalomanie, des idées délirantes bizarres, invraisemblables et excentriques, mais également d’hallucinations sensorielles. Ces dernières sont le plus souvent auditives, avec une ou plusieurs voix discutant des pensées du patient. Elles peuvent aussi être visuelles, olfactives, tactiles ou gustatives.
  • Les symptômes négatifs correspondent à un appauvrissement affectif et émotionnel avec une mise en retrait par rapport à la famille et la société, réalisant un

«émoussement» de l’émotivité, de la communication et de la volonté. Les patients s’isolent, présentent une perte d’intérêt, une difficulté à entreprendre des actions et paraissent insensibles au monde extérieur.

  • Il existe par ailleurs une désorganisation de la pensée, des paroles, des émotions et des comportements. Les patients évoquent des sentiments contradictoires dans une même discussion, tiennent des discours incohérents, une incapacité à planifier des tâches simples, comme faire son travail ou des courses, source d’un handicap majeur dans la vie quotidienne.

La présence de symptômes positifs facilite le diagnostic de la maladie. À l’inverse, des symptômes négatifs peuvent être associés à une dépression, retardant parfois le diagnostic de plusieurs années.

Pourquoi évaluer un traitement de la schizophrénie ?

L’amélioration de la qualité des soins dans les établissements de santé passe par l’évaluation des pratiques professionnelles, la mise en évidence d’écarts entre l’état du savoir médical, les recommandations et la réalité des pratiques, permettant de mettre en œuvre les actions nécessaires pour éliminer les dysfonctionnements et optimiser la prise en charge du patient (2).

À ce titre, les enquêtes portant sur les pratiques de prescription médicale constituent une bonne méthode d’évaluation et ouvrent la voie à d’éventuels consensus de traitement de la schizophrénie en Algérie.

Le traitement médicamenteux fait appel aux antipsychotiques (AP). Les premiers AP mis sur le marché algérien sont désignés sous le nom d’antipsychotiques de première génération (APPG) ou encore de neuroleptiques conventionnels. Ils comprennent les neuroleptiques d’action prolongée et ceux d’action immédiate. Les nouveaux AP, appelés d’abord antipsychotiques atypiques puis antipsychotiques de seconde génération (APSG), dont quatre sont commercialisés en Algérie au moment de l’enquête : l’amisulpride, l’olanzapine, la rispéridone et l’aripiprazole.

Méthodologie :

Il s’agit d’une étude descriptive (questionnaire auto-administré) relevant les habitudes de prescription et de prise en charge de la schizophrénie par les psychiatres du Constantinois.

Le nombre de psychiatres qui ont collaboré à cette étude est de 28, exerçant sur le territoire de la wilaya de Constantine. Selon l’annuaire des psychiatres Algériens édité par la Société Algérienne de Psychiatrie (SAP) ils sont 38, ce qui ramène la couverture à 73,6%.

Les paramètres de l’enquête utilisés (tableau 1) sont au nombre de onze.

Une fois la fiche technique dument remplie, elle m’est envoyée sans mention du nom du médecin psychiatre.

Lieu d’exercice 
Années d’expérience 
Faculté de formation 
Type de schizophrénie le plus rencontré 
Quel est le traitement de première intention ? 
Association systématique d’un antiparkinsonien de synthèse 
Quand parlez-vous de résistance ? 
Si résistance, changez-vous de molécules ou orienter vers l’EHS de psychiatrie ? 
Pour quels produits vous pensez qu’il y a une bonne tolérance ? 
Selon vous, quelle est la durée de traitement d’une schizophrénie débutante ? 
Quel bilan paraclinique faites-vous avant la prescription d’un APSG ? 
Tableau 1 : Fiche technique de l’enquête

Résultats/ discussions :

a. Le statut professionnel :

Figure 2 : Statut professionnel

La majorité des psychiatres concernés par l’enquête exercent dans le secteur public (78,5%), alors que 21,5% sont du secteur privé. Ce chiffre (21,5%) est représentatif par rapport au nombre de psychiatres privés exerçant dans le constantinois et qui ont collaboré à cette étude.

b. Les années d’expérience :

Figure 3 : Les années d’expérience

Les psychiatres ayant une expérience professionnelle de 16 à 30 ans représentent 48% du total des participants, alors que ceux cumulant une ancienneté de 04 à 15 ans sont de l’ordre de 39,2%..

c. Le lieu de formation :

Tous les médecins psychiatres ont reçu leur formation à la faculté de médecine de Constantine.

d.  Les formes cliniques de schizophrénies rencontrées :

Figure 4 : Les formes cliniques de schizophrénies rencontrées.

Conformément à la littérature, la forme paranoïde de la schizophrénie vient avec 63% comme première forme clinique rencontrée et prise en charge. Pour la forme schizoaffective qui est rencontrée dans 15% des cas, 80% relève du secteur privé et enfin 10% de forme catatonique strictement rencontrées en milieu hospitalier.

e.  Le traitement de première intention :

Figure 5 : Le traitement de première intention

À première vue, 60% des médecins psychiatres interrogés optent pour les antipsychotiques de seconde génération (APSG) (3,4), alors que 30% prescrivent des neuroleptiques de première génération et 08% traitent la schizophrénie en prescrivant des molécules à visée anxiolytique en première intention.

Figure 6 : Combinaisons des traitements

En combinant les divers types de traitements de première intention, on obtient les résultats suivants (Figure 6) où la moitié des psychiatres optent pour l’association neuroleptique classique et anxiolytique (1,5).

f.  Pourquoi ce choix de traitement ?

J’ai confiance33%
Traitement actuel12%
Je traite en fonction des recommandations 10%10%
Moins d’effets secondaires35%
En fonction du remboursement des médicaments5%
Ne se prononce pas3%
Figure 7 : Pourquoi ce choix de traitement

Les réponses qui reviennent dans cette enquête c’est que le choix de la molécule se fait en fonction des habitudes de prescription et la confiance dans le produit (33%) des psychiatres ; et en même temps une molécule qui possède moins d’effets secondaires (35%).

g.  Traitement psychothérapique associé :

La thérapie familiale est la plus utilisée des psychothérapies associées au traitement biologique (40%), à prédominance hospitalière.

TCC                                                                     15%
Thérapie familiale                                               40%
Psy. Institutionnelle
Thérapie de groupe                                              2%
Autres
Figure 8 : Traitements psychothérapiques associés.

Alors que les thérapies comportementales et cognitives sont de pratique récente à Constantine, étant donné que la première promotion date de quelques années et la prise en charge comportementale et cognitive du schizophrène est nouvelle (15%) (figure 8).

h. Quand parlez-vous de résistance ?

Figure 9: Quand parlez-vous de résistance

Pour 40% des psychiatres interrogés, il ressort que pour parler de résistance il faut attendre 03 mois de traitement à dose efficace alors que pour 21%, la schizophrénie est considérée comme résistante à compter de 01 mois de traitement (figure 9) (2,3).

Une schizophrénie est considérée comme résistante à partir du 6ème mois de traitement pour 24% des psychiatres interrogés.

i. Si résistance, changez-vous de molécules ou orientez vers l’EHS de psychiatrie (hospitalisation) ?

Pour ce paramètre, les réponses sont de deux types (figure 10), 40% des psychiatres choisissent de changer de molécules, alors que dans 50% des cas, les malades sont orientés vers un EHS spécialisé pour une éventuelle hospitalisation.

Figure10 : Si résistance, changez-vous de molécules ou orientez vers

j. Association systématique d’un APS (antiparkinsonien de synthèse) :

Les deux tiers des psychiatres (60%) ne prescrivent pas systématiquement des antiparkinsoniens de synthèse (figure 11).

Figure 11 : Association systématique d’un APS (Anti-Parkinsonien de synthèse).

L’utilisation obligatoire d’un antiparkinsonien est retrouvée chez 30% des psychiatres ayant collaboré à cette enquête. De ces 30% de prescripteurs systématiques d’APS, on retrouve 63% de psychiatres d’exercice privé (figure 12).

Figure 12 : Oui pour la prescription systématique des APS.

k.   Quelle est selon vos attitudes thérapeutiques la durée de traitement d’une schizophrénie débutante ?

La réponse des psychiatres est variable pour ce paramètre.

Figure 13 : La durée de traitement d’une schizophrénie débutante ?

Alors que 37% de psychiatres convergent dans leurs réponses vers 24 mois de traitement pour une schizophrénie débutante, 30% optent pour une durée de traitement de 5 ans et plus.

l.   Bilan paraclinique effectué avant la prescription d’un antipsychotique de seconde génération :

figure 14 : Bilan effectué avant la prescription d’un APSG

Conclusion :

Ce travail constitue un point d’étape pour évaluer les traitements des schizophrénies en milieu public et privé. Il fait apparaître l’inertie attachée à certaines pratiques de prescription malgré les recommandations.

Ainsi, il souligne la place importante prise par les APSG dans les traitements de la schizophrénie, la fréquence des coprescriptions dont l’association aux correcteurs neurologiques en dehors des cas justifiés par l’apparition d’effets extrapyramidaux.

Il engage donc les prescripteurs à poursuivre dans l’amélioration de leurs pratiques de prescription. Les recommandations constituent une aide au traitement de la schizophrénie. Il convient de les utiliser en association avec d’autres informations, dans le contexte individuel de la relation médecin-patient. Évidemment, pour établir le programme du traitement, le médecin doit donc tenir compte des caractéristiques individuelles du patient, l’histoire clinique, la réponse antérieure au traitement, son expérience personnelle, la présence ou la tolérance aux effets secondaires puisqu’elles influencent grandement le choix thérapeutique

On doit œuvrer pour avoir des recommandations de prescription et de traitement bien de chez nous (disponibilité du produit, durée de traitement et précautions à prendre) ; à travers des études multicentriques représentatives de notre pays.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  1. Barbui C, Ciuna A, Nose M, et al. Off-label and non-classical prescriptions of antipsychotic agents in ordinary inpatient practice. Acta Psychiatr Scand 2004;109:275—8
  2. Gury C, Berchot F, Fabre C, et al. Analyse des prescriptions de neuroleptiques dans cinq centres hospitaliers spécialisés. Inf Psychiatr 2000;76(8):954—63.
  3. Lehman AF, Lieberman JA, Dixon LB, et al. American Psychiatric Association. Practice guideline for the treatment of patients with schizophrenia, 2nd ed. Am J Psychiatry 2004;161: 1—56. [
  4. National Institute for Clinical Excellence (NICE). Schizophrenia: core interventions in the treatment and management of schizophrenia in primary and secondary care; 2002: 1—64, and Guidance on the use of newer atypical antipsychotic drugs for the treatment of schizophrenia; 2002): 1—20.
  5. Working Group for the Canadian Psychiatric Association. Clinical practice guidelines: treatment of schizophrenia. Can J Psychiatry 2005;50 (suppl. 1).

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Cancer and depression

K. AIOUEZ, Chef de Service de Psychiatrie de l’Adulte, CHU Lamine Debaghine, Bab el Oued, Alger.

Abstract : At first sight, cancer and depression are two distinct pathologies with very negative cognitive and emotional resonance, but in reality, they have close biological rela- tionships, more circular than linear, both etiopathogenic (immuno-inflammatory tracks), and evolutionary. This is why we will try to address the clinical aspects, including diagnosis of depressions, in which symptoms may be at times similar to those of cancer, adaptation disorders to face cancer disease, biological pathways common to both pathologies and finally, the interest of screening for depression and its early management, in order to improve therapeutic compliance and the quality of life of our cancer patients.

Key-words : Cancer, depression, adaptation troubles, psycho-oncology.

Résumé : De prime abord, cancer et dépression sont deux pathologies distinctes à résonnance cognitive et émotionnelle très négative mais en réalité, elles entretiennent des relations biologiques intimes, plus circulaires que linéaires, tant sur le plan étiopathogénique (pistes immuno- inflammatoires), qu’évolutifs. C’est pourquoi nous essaierons d’aborder les aspects cliniques, notamment diagnostiques des dépressions, dont les symptômes peuvent s’apparenter parfois à ceux du cancer, les troubles de l’adaptation face à la pathologie cancéreuse, les pistes biologiques communes aux deux pathologies et enfin, l’intérêt du dépistage de la dépression et de sa prise charge précoce, afin d’améliorer l’observance thérapeutique et la qualité de vie de nos patients souffrant de cancer.

Mots-clés : Cancer, dépression, troubles de l’adaptation, psycho-oncologie.

Clinique de l’état dépressif majeur :

Il est important de rappeler les critères diagnostiques de l’état dépressif, d’autant plus que certains d’entre eux s’apparentent à ceux de la pathologie cancéreuse. L’état dépressif majeur (EDM), est caractérisé par l’association clinique à des degrés variables de symptômes émanant de perturbations émotionnelles ayant duré au moins deux semaines, dominé par une humeur dépressive, traduisant une tristesse profonde et une souffrance ainsi qu’une douleur morale ; cette tristesse se traduit par un sentiment d’épuisement, de lassitude, une perte de plaisir touchant les activités habituellement agréables, il s’agit de l’anhédonie.

Un ralentissement psychomoteur entrainant une inhibition psychomotrice souvent associé à un risque suicidaire élevé.

Le ralentissement psychique se traduit par des troubles de l’attention, de la concentration, de la mémoire, des troubles du jugement, bradypsychie, pauvreté du discours teinté de distorsions cognitives et pensées pessimistes.

Le sujet vit cet inéluctable destin dans une atmosphère d’angoisse et de frayeur, un désespoir l’emmenant à un désir de mort et l’élaboration d’un plan suicidaire dans la majeure partie des cas.

Des troubles conatifs constitués par une myriade de symptômes à savoir une baisse des capacités d’effort, d’initiative, une pauvreté de la volonté et celle de l’agir, engendrant un handicap fonctionnel considérable ; le tout associé à des symptômes somatiques et instinc- tuels quasi constants dans les deux pathologies à savoir : insomnie, asthénie, perte de poids liée à une perte d’ap- pétit, troubles neuromusculaires à type de diminution de la force musculaire, douleurs, rachialgies, céphalées, paresthésies.

Notons qu’il est important d’évaluer l’intensité de l’état dépressif grâce à l’échelle d’Hamilton de dépression (HADS), afin d’évaluer la sévérité de la dépression, le suivi et l’efficacité du traitement.

Les troubles de l’adaptation face au cancer :

Même si les avancées scientifiques en matière de diagnostic et de thérapeutique, ont réellement amélioré les chances de guérison et la survie des patients atteints de cancer ; la maladie cancéreuse demeure dans les représentations sociétales une affection potentiellement létale, source d’angoisse et pourvoyeuse de déchéance physique, elle entraine des réactions psychologiques variées, voire des troubles de l’adaptation de l’ordre de 30 % et qui se résument en :

  • Des réactions psychologiques à types de sentiments d’impuissance et désespoir, d’insécurité, de perte de l’intégrité physique, perte de contrôle, peur de rechute et surtout peur de la mort.
  • Impact des symptômes liés à la maladie ou à ses traite
  • ments : douleur, fatigue, troubles du sommeil, troubles métaboliques, hypoxémie, anémie.
  • L’iatrogénie : à savoir les troubles émotionnels induits par les corticoïdes, les troubles cognitifs (chimiothérapie).
  • Surtout la détresse psychosociale secondaire à l’isolement social
  • La perte de l’illusion d’immortalité et d’invulnérabilité dès l’annonce de la maladie
  • La perte de l’autonomie qu’elle soit physique (fatigue, douleur, effet secondaire du traitement), sociale (arrêt de travail), financière et surtout affective.

Pistes biologiques communes à la dépression et au cancer :

Parmi les hypothèses sous-tendant l’étiopathogénie des dépressions, l’hypothèse immuno-inflammatoire semble être très en vogue, représentée essentiellement par une diminution de l’activité fonctionnelle des cellules immunitaire NK, considérée comme l’altération immunitaire la plus fiable de la dépression, avec une augmentation des polynucléaires neutrophiles et du taux de la CRP [1].

Dans une méta-analyse, Valkanova, retrouve une augmentation de la CRP, d’interleukine 6 (IL6), TNFα chez les patients déprimés ainsi qu’une altération de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) ; associées à des taux élevés de cytokines pro-inflammatoires [2].

D’autres études soulignent une dérégulation des cytokines pro-inflammatoires au cours des dépressions, avec des niveaux élevés d’IL 6-1β, IL6, TNFα et IL18 qui entrainent des changements neuroendocriniens similaires à ceux rencontrés dans la dépression ; tels que libération de la corticotrophine (CRF), l’hormone corticotrope (ACTH), et la corticostérone, des altérations du système monoaminergique (sérotonine, noradrénaline, dopamine) ; et une diminution du facteur neurotrophique du cerveau BDNF [3].

Dans la pathologie cancéreuse, il existe un dérèglement immunitaire avec une réponse immunitaire humorale persistante qui accentue l’activation de la réponse immunitaire naturelle et les voies inflammatoires. Ainsi, l’inflammation chronique, et en particulier la libération de cytokines pro-inflammatoires, est fortement associée au déclenchement et la progression du cancer à côté des autres facteurs de risque [4].

Plusieurs études notamment celle de Reiche, attestent qu’il existe un lien entre stress et dépression et le développement d’un cancer via des mécanismes endocriniens à médiation immunitaire.

Chez les sujets présentant un cancer, la sévérité de la dépression entraine une réduction du taux de globules blancs GB et de cellules tueuses naturelles NK [5].

D’autre part, des troubles immunitaires, tels que l’état inflammatoire chronique, semblent être liés à la genèse des dépressions et du cancer dans le sens ou les cytokines pro-inflammatoires constituent des biomarqueurs fiables des dépressions au cours du cancer (taux bas d’IL6 chez les patients dépressifs atteint de cancer) [6].

Approches thérapeutiques :

Envisager la prise en charge des patients souffrant d’une comorbidité « cancer-dépression », impose d’emblée l’implication des équipes oncologiques elles-mêmes formées mais aussi la collaboration d’un psychiatre et d’un psychologue.

Elle débutera par le repérage des troubles psychiatriques sus cités et, vu leur impact péjoratif, elle doit passer par un dépistage systématique de ces derniers.

En somme la prise en charge se décline comme suit :

  • Traitement pharmacologique de la dépression, représenté par les antidépresseurs de seconde génération, aux vertus antidépressive et antalgique ; et surtout, aux effets secondaires atténués à savoir les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) tels que la paroxétine cp 20 mg, ou la sertraline gel 50mg ; ou bien les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et la noradrénaline : IRSNA tel que la venlafaxine cp 37,5 et cp 75 LP.
  • Traitement psychothérapeutique axé sur l’instauration d’une relation thérapeute-patient solide basée sur l’écoute attentive, le soutien et surtout l’empathie qui constituera le socle de toutes les psychothérapies structurées proposées à savoir les thérapies cognitives et comportementales (TCC) dans le but de restructurer les schémas cognitifs erronés, de proposer des techniques de relaxation afin de mieux gérer l’angoisse, d’autres techniques sont proposées à savoir celles de la gestion du stress et de l’émotion ainsi que les techniques de coping (capacité d’adaptation), l’hypnose pour le soulagement de la douleur, et la liste est longue.
  • Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’indépendamment du type de psychothérapie proposée, l’essentiel demeure dans la qualité de la relation qu’on construit avec nos patients dévastés par cette épreuve qu’est le cancer.

Conclusion :

Il est actuellement admis qu’un état dépressif chronique peut favoriser le développement ou pérenniser et aggraver l’évolution du cancer ; pour cela il est important d’intégrer l’approche psychologique, dans toutes ses dimensions (évaluation, diagnostic et prise en charge pharmacologique et/ou psychothérapeutique), dans la prise en charge de la pathologie cancéreuse.

Car depuis l’annonce du diagnostic (cancer) qui demeure une étape plus qu’importante et qui impacte le reste des composantes du processus thérapeutique, souvent pénible nécessitant acceptation de la maladie, combat et défi, espoir de survie face à un sentiment de mort éminente qui guette le patient souffrant de cancer.

Cette prise en charge ne peut être optimale qu’avec une approche psychologique intégrant le traitement pharmacologique des dépressions et des troubles psychiatriques comorbides.

Il nous parait important de créer des unités de psycho-oncologie, où les intervenants de la cancérologie soient formés dans la prise en charge dans le sens de la détection des troubles psychologiques et/ou psychiatriques comorbides à la pathologie cancéreuse, et la prise en charge de ces derniers, depuis l’annonce du diagnostic en passant par l’accompagnement de ces patients et surtout l’adaptation à la maladie et enfin la réadaptation après cette traversée périlleuse de la maladie cancéreuse.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  1. Spiegel D, Giese –davis J. Depression and cancer: mechanisms and disease progression. Biol Psychiatry 2003; 54 :269-82.
  2. Valkanova V, Ebmeir KP, Allan CL. IL6 and depression: a systematic review and meta-analysis of longitudinal studies, J. Affect. Disord. 150 (2013) 736 -744.
  3. Linn WW, Karin M. a cytokine – mediate link between innate immunity, inflammation and cancer. J Clin Invest 2007; 117 :1175-83.
  4. Tan TT, Coussens LM. Humoral immunity, inflamation and cancer. Curr Opin Immunol 2007; 19 :209-16.
  5. Reiche EM, Nunes SO. Stress, depression, the immune system, and cancer. Lancet Oncol 2004; 5 :617-25.
  6. Lapchack PA, Araujo DM, Hefti F. systematic interleukin – 1 beta decreases brain – derived neurotrophic factor messenger RNA expression in the rat hippocampal formation. Neuroscience 1993; 53; 297-301.

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Bipolar disorder

D. BENMESSAOUD Faculté de Médecine, Université d’Alger 1, Unité Femmes, EHS Psychiatrie Chéraga, Alger

Abstract : The article discusses bipolar disorder with dual vision. The first is classic, manic-depressive, explicit and obvious. The second is spectral and global, moderate and heterogeneous between the two poles manic and depressive. It thus reviews the different levels of clinical and evolutionary descriptions, evaluative criteria, etiopatho- genic hypotheses and personalized bio-psycho-social therapeutic possibilities, centred on the sick person. One particular aspect is also treated, that of suicidality.

Key-words : Bipolar disorder, bipolar spectrum, mania, depression, suicide

Résumé : L’article aborde les troubles bipolaires avec une double vision. La première est classique, maniaco-dépressive, explicite et évidente. La seconde est spectrale et globale, modérée et hétérogène entre les deux pôles, maniaque et dépressif. Il passe ainsi en revue les différents niveaux de descriptions cliniques et évolutives, de critères évaluatifs, d’hypothèses étiopathogéniques et de possibilités thérapeutiques personnalisées bio-psycho-sociales. Un aspect particulier est également traité, celui de la suicidalité.

Mots-clés : Trouble bipolaire, spectre bipolarité, manie, dépression, suicide.

Introduction :

Les troubles bipolaires sont caractérisés par des récurrences thymiques (maniaques ou hypomaniaques et dépressives) qui évoluent de façon chronique sur la vie entière.

Dans une tournure métaphorique, Marc Masson décrit la crise maniaque comme « un véritable incendie de forêt, compare l’hypomanie à un simple feu de cheminée et l’épisode dépressif à un amas de cendres». Leur pronostic est conditionné par le retard diagnostic, la complexité thérapeutique et la présence de symptômes comorbides psychiatriques et/ou somatiques. L’appellation « troubles bipolaires » a été introduite pour la première fois en 1980 par le DSM III. Cette dénomination succède à celle de « maladie maniaco-dépressive », introduite en 1854, par le psychiatre allemand, Emile Kraepelin. Avant lui, Jean-Etienne Esquirol, faisait des épisodes maniaques et des épisodes dépressifs, deux maladies différentes. Il propose même de remplacer celui de mélancolie par celui de lypémanie (Lypé, tristesse en grec). C’est Wilhelm Griesinger qui reconnait, en 1845, le lien entre la dépression et la manie puis les auteurs, Jean- Pierre Falret et jules Baillarger décrivent successivement et respectivement la folie circulaire (1851) et la folie à double forme (1853). En fait, le terme de maladie maniaco-dépressive apparait à la 6ème édition du traité nosographique de psychiatrie d’Emile Kraepelin, remplaçant celui de maladie circulaire de sa 1ère édition.

E. Kraepelin base sa nosographie sur la dichotomie classique intellect/émotion et propose de nommer :

  • Démences précoces : les perturbations des facultés intellectuelles (caractérisant le stade terminal de la schi- zophrénie).
  • Maladie maniaco-dépressive : les troubles de la sphère affective avec un critère d’évolution épisodique. Cette dichotomie Kraepelienne a longtemps résisté. Elle est actuellement discutée par de nouvelles hypothèses qui font état de facteurs de vulnérabilité génétique partagés par les troubles bipolaires et la schizophrénie.

Certains auteurs vont même jusqu’à proposer un modèle où les deux troubles sont sur un même continuum.

Epidémiologie :

La prévalence des troubles bipolaires est variable selon les études épidémiologiques. Certaines l’évaluent entre 1 et 2% de la population générale et pour d’autres, cette prévalence peut atteindre les 5%. Cet écart est principalement lié aux différences méthodologiques.

Dans les familles de bipolaires, le risque est plus élevé (5-10%) si un apparenté au premier degré est atteint.

Le taux de concordance des jumeaux dizygotes est de 20% et atteint 40 à 70% pour les jumeaux monozygotes. Par ailleurs, plus de 50% des épisodes dépressifs majeurs sont des troubles bipolaires.

Pour le sex-ratio, les femmes et les hommes sont également touchés sauf pour le trouble bipolaire type II où les femmes sont plus atteintes. Les troubles bipolaires se manifestent souvent à la fin de l’adolescence, et au début de l’âge adulte ; l’âge moyen étant généralement de 25 ans.

L’étude STEP-BD (3.600 sujets, Perlis RH et al. 2014), retrouve que presque 30% des patients ont eu leur premier épisode thymique avant la puberté et 76% avant l’âge de 21 ans (figure 1).

Les patients qui ont un âge précoce d’apparition ont un délai plus long à recevoir un traitement, une plus grande sévérité des symptômes dépressifs et des niveaux plus élevés de comorbidité anxieuse et addictive. Quant au retard diagnostic, il est d’environ huit à dix ans après le premier épisode.

Figure 1 : Âge au début de la maladie dans le trouble bipolaire [23].

Etude clinique :

1.  Description des symptômes :

La symptomatologie bipolaire comprend les tableaux typiques, quasi caricaturaux, de manie et de dépression.

Elle inclut également les formes intermédiaires d’hypomanie et d’états mixtes.

Episode maniaque ou manie

Diagnostic positif

Il s’agit d’un état expansif ou irritable de l’humeur durant au moins une semaine et dans lequel le sujet se présente avec :

  • Des idées de grandeur : il échafaude des projets grandioses, se sent capable de tout entreprendre et de tout réussir,
  • Une fuite des idées avec sensations subjectives que les pensées défilent,
  • Une logorrhée intarissable,
  • Une réduction du besoin de sommeil : p. ex., le sujet se sent reposé après seulement 3 heures de sommeil,
  • Une hyperactivité allant parfois jusqu’à l’agitation psychomotrice.

Le patient s’engage de manière excessive dans des activités agréables mais à potentiel élevé de conséquences dommageables : il se lance sans retenue dans des achats inconsidérés, des conduites sexuelles inconséquentes ou des investissements commerciaux déraisonnables.

Le patient a une présentation hyperexpressive : il est gai et joyeux, son visage est animé, ses yeux sont brillants, sa tenue est voyante, son accueil est bruyant, d’une familiarité excessive. Le contact s’établit aisément mais reste superficiel. Le patient présente une grande distractibilité : son attention est trop facilement attirée par des stimuli extérieurs insignifiants.

Ces perturbations entraînent une altération marquée du fonctionnement professionnel et social justifiant une hospitalisation en milieu spécialisé.

Diagnostic différentiel

La première étape dans le diagnostic différentiel est de s’assurer que l’état expansif de l’humeur n’est pas causé par :

  • Une affection somatique : neurologique, endocrinienne, métabolique, (tableau 1) d’où l’intérêt de pratiquer un examen clinique et paraclinique méthodique.
  • L’utilisation d’une substance : toxique (cannabis, alcool, cocaïne…) ou médicamenteuse (amphétamines, corticoïdes). Le thérapeute doit déterminer si le sujet utilise des médicaments ou des substances qui pourraient être responsables des modifications de l’humeur.

Deux autres diagnostics doivent être soulevés :

  • Le trouble schizophréniforme : avec l’apparition brutale d’un épisode psychotique associé à des troubles de l’humeur sans antécédents maniaques ou dépressifs.
  • La manie avec bizarreries du comportement : inaugurant chez le sujet jeune une schizophrénie.
Trouble somatiqueTrouble de l’humeur
Maladie de ParkinsonDépression
Maladie de HuntingtonDépression ou manie
Maladie de WilsonManie
Accident vasculaire cérébralDépression ou manie
Tumeurs cérébralesDépression ou manie
EncéphalopathiesDépression ou manie
Epilepsie temporaleManie
HyperthyroïdieManie
HypothyroïdieDépression
Syndrome de CushingDépression
Maladie d’AddisonDépression
Lupus érythémateux systémiqueDépression
Déficit en acide foliqueDépression
Déficit en vitamine B12Dépression ou manie
SIDADépression
Tableau 1 : Liste de quelques pathologies somatiques pouvant être à l’origine d’un trouble de l’humeur [8]

Episode dépressif

Diagnostic positif

L’épisode dépressif est défini par la présence pendant au moins deux semaines, soit d’une humeur dépressive, soit de la perte de plaisir dans toutes les activités.

Le patient a une présentation caractéristique : les traits de son visage sont peu mobiles, les yeux fixes parfois larmoyants, ses gestes sont lents. Il parle peu, il soupire, il répond avec lenteur. Les soins corporels et l’habillement sont négligés.

La tristesse est présente toute la journée, presque tous les jours. Elle s’accompagne de sentiments de dévalorisation, d’infériorité, d’incapacité et d’incurabilité : c’est la perte de l’estime de soi et de tout espoir dans la vie.

Des idées de mort envahissent alors le sujet et peuvent le conduire à élaborer un plan pour se suicider.

Le patient présente également un ralentissement psychomoteur avec un sentiment d’épuisement et de fatigue générale qui ne cèdent pas au repos, des troubles de l’attention et de la concentration, des troubles de la mémoire avec incapacité de se remémorer les faits récents. Parfois, l’anxiété associée peut provoquer une agitation. Les troubles des fonctions instinctuelles sont généralement associés :

  • Troubles du sommeil : classiquement insomnie du petit matin ou d’endormissement ; parfois hypersomnie ;
  • Troubles alimentaires : le plus souvent à type d’anorexie avec perte significative de poids. Une hyperphagie peut parfois se voir avec un gain de poids associé ;
  • Troubles sexuels : avec surtout perte de tout désir sexuel.
  • Les plaintes physiques sont constantes, polymorphes : algies diverses, céphalées.

Diagnostic différentiel

  • Dépression secondaire à une affection organique : qui requiert la présence d’une pathologie somatique causale. Dans ce cas, il est important de considérer le contexte dans lequel survient l’humeur dépressive et de pratiquer un examen clinique minutieux qui orientera les examens complémentaires (tableau 1).
  • Dépression liée à l’utilisation d’une substance : soit toxique (cannabis, cocaïne), soit médicamenteuse (clonidine, hydralazine, propranolol, contraceptifs oraux, levodopa, griséofulvine, ampicilline, streptomycine, tétracyclines, ibuprofène). Une période d’abstinence (d’environ un mois) est habituellement requise afin de déterminer si l’humeur dépressive disparaît une fois que les effets de la substance disparaissent.
  • Démence avec humeur dépressive : la présence d’une altération des fonctions cognitives nous invite à considérer le diagnostic de démence. La mise sous traitement antidépresseur associée à des évaluations répétées permettront de juger si le tableau clinique présenté répond au diagnostic d’épisode dépressif majeur ou à celui de démence avec humeur dépressive.
  • Dépression avec bizarreries du comportement : inaugurant chez le sujet jeune une schizophrénie.

Episode hypomaniaque

Il se caractérise, par rapport à l’épisode maniaque, par une humeur expansive modérée, une durée inférieure (au moins quatre jours) et une altération moindre du fonctionnement global.

Etat mixte

Ce trouble de l’humeur réunit à la fois des critères d’épisode maniaque et des critères d’épisode dépressif majeur. Ces symptômes sont présents presque tous les jours pendant au moins une semaine. Les symptômes dépressifs coexistent avec la manie dans 10 à 30% des cas. Dans le DSM-5, la catégorie « épisode mixte » a été supprimée et remplacée par les « caractéristiques mixtes », plus dimensionnelles.

1.  Polarité des symptômes :

Le trouble bipolaire de type I est diagnostiqué sur la base d’au moins un épisode maniaque au cours de la vie et d’au moins deux épisodes au sein de la CIM-10, alors que le trouble bipolaire de type II est diagnostiqué sur la base d’au moins un épisode hypomaniaque (et aucun épisode maniaque) ainsi que d’épisodes dépressifs caractérisés. Le trouble cyclothymique est défini par des fluctuations thymiques chroniques mais moins marquées que les symptômes maniaques et dépressifs (figure 2).

Figure 2 : Polarité des symptômes [16]

Trouble bipolaire type I

Il est caractérisé, comme le montre la figure 3, par un ou plusieurs épisodes maniaques (M) ou mixtes habituellement accompagnés d’épisodes dépressifs majeurs (D). Par ailleurs, le DSM-5 permet de diagnostiquer le BDI chez les patients atteints de dépression majeure dont la manie apparaît au cours du traitement.

Figure 4 : Trouble bipolaire type II [15]

Trouble cyclothymique

Il est défini comme une forme atténuée de trouble bipolaire dans son expression symptomatique. Il comprend de nombreuses périodes d’hypomanie (m) et de nombreuses périodes dépressives ne remplissant pas les critères d’un épisode dépressif majeur (d) pendant au moins deux ans (figure 5). Durant cette période, le sujet ne connait pas de période de plus de deux mois consécutifs sans symptômes thymiques.

Ces patients n’arrivent en consultation qu’à l’occasion d’un trouble comorbide, addictif le plus souvent. Seule l’étude du parcours biographique aidera au diagnostic.

Figure 5 : Trouble cyclothymique [15]

Autres variantes de troubles bipolaires

Une nouvelle rubrique, intitulée « Autre trouble bipolaire ou apparenté spécifié », a été rajoutée dans la dernière édition du DSM. Elle comprend quatre entités diagnostiques :

  • Episodes hypomaniaques de courte durée (2 à 3 jours) avec antécédent d’épisode dépressif majeur (figure 6) [24].
  • Episodes hypomaniaques avec symptômes insuffisants et antécédent d’épisode dépressif majeur (figure 7) [24].
  • Episodes hypomaniaques sans épisodes dépressifs majeurs antérieurs (figure 8) [24].
  • Cyclothymie de courte durée (moins de 24 mois) (Figure 9) [24].

1.  Spectre de la bipolarité :

Les variations thymiques se produisent sur un continuum. Le tableau 2 indique les caractéristiques cliniques associées au spectre de la bipolarité.

caractéristiques cliniques suggérées des troubles du spectre bipolaire
Dépression majeure avec antécédents familiaux bipolaires
Syndromes dépressifs mixtes
Âge de début précoce de la dépression
Dépression à forte récurrence
Dépression psychotique
Dépression avec caractéristiques atypiques
Dépression résistante au traitement
Tolérance récurrente aux antidépresseurs
Tableau 2 : Caractéristiques cliniques associées au spectre de la bipolarité [21]

1.  Troubles bipolaires dans le DSM-5 :

Dans le DSM-5, les troubles bipolaires sont classés dans un chapitre appelé « troubles bipolaires et apparentés ».

Ils sont séparés des troubles dépressifs qui sont groupés dans un chapitre à part. Le tableau 3 reprend les catégories qui y sont incluses avec les différentes spécificités.

Chapitre C : Troubles bipolaires et apparentés
Trouble bipolaire de type I
Trouble bipolaire de type II
Trouble cyclothymique
Trouble bipolaire ou apparenté induit par une substance/
un médicament
Trouble bipolaire ou apparenté dû à une affection médicale
Autre trouble bipolaire ou apparenté spécifié
Trouble bipolaire ou apparenté non spécifié
Spécifier
Episode maniaque actuel ou le plus récent
Episode hypomaniaque actuel ou le plus récent
Episode dépressif actuel ou le plus récent
Episode non spécifié actuel ou le plus récent
Avec détresse anxieuse
Avec caractéristiques mixtes
Avec cycles rapides
Avec caractéristiques mélancoliques
Avec caractéristiques atypiques
Avec caractéristiques psychotiques congruentes à l’humeur
Avec caractéristiques psychotiques non congruentes à l’humeur
Avec catatonie
Avec début lors du péripartum
Avec caractère saisonnier
Evolution : rémission partielle / complète
Sévérité : léger / moyen / grave
Tableau 3 : Les troubles bipolaires dans le DSM-5 [2]                                                                         Tableau

Diagnostic différentiel :

Trouble unipolaire

Il s’agit surtout du trouble dépressif récurrent. En effet, les modalités évolutives de l’épisode dépressif déterminent la différenciation entre trouble unipolaire (récurrence dépressive) et bipolaire (exaltation thymique associée). Il est ainsi important d’identifier les critères de bipolarité (tableau 2) en présence de récurrence dépressive afin d’instituer le traitement adéquat et d’éviter de ce fait le retard diagnostic.

Déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité TDAH Le TDAH partage des traits d’impulsivité, de distractibilité, d’irritabilité et d’agressivité avec la manie/ l’hypomanie. De plus, les deux troubles peuvent coexister. Cependant, un certain nombre de différences sont notées comme le montre le tableau 4.

TDAHTrouble bipolaire
Trouble du développement, survient toujours dans l’enfance (qu’il soit diagnostiqué à ce moment-là ou non).Apparaît à l’adolescence ou à l’âge adulte
Symptômes cognitifs chroniques.La distractibilité de l’hypomanie ou de la manie se limite aux épisodes (difficultés diagnostiques si déficit cognitif pendant la période inter-critique)
Impulsivité chroniqueImpulsivité observée de manière épisodique (manie/hypomanie)
Tableau 4 : Principaux critères distinctifs, chez l’adulte, des troubles bipolaires et TDAH

Personnalité borderline

Le diagnostic différentiel se pose surtout entre le trouble bipolaire type II et la personnalité borderline. La différenciation est parfois difficile, d’autant que les deux troubles peuvent coexister. Le tableau 5 résume les principaux points distinctifs.

Personnalité borderlineTrouble bipolaire
Oscillations thymiquesSe mesurent généralement en heures ou en jours.Généralement mesurées en jours / semaines / mois.
 Sont généralement déclenchées par des événements de la vie, en particulier des blessures narcissiques.Ne sont pas souvent déclenchées par des événements de la vie
 Rarement caractérisées par une diminution du sommeil, une augmentation de l’énergie, de l’exaltation ou de la grandeur.Les épisodes maniaques / hypomaniaques se caractérisent par des symptômes classiques
Antécédents familiauxAbus de drogues, impulsivité et dépressionDépression bipolaire et dépression caractérisée.
Tableau 5 : Principaux critères distinctifs des troubles bipolaire et personnalité borderline [21]

Schizophrénie

C’est l’un des diagnostics les plus difficiles à réaliser, à telle enseigne qu’en pratique, beaucoup de patients, ayant reçu initialement le diagnostic de trouble bipolaire ont vu leur diagnostic reconsidéré vers celui de schizophrénie et vice et versa.

Cependant, certains symptômes prédictifs sont proposés dès le premier épisode. Ainsi, les troubles du cours de la pensée et les symptômes négatifs semblent être plus prédictifs du diagnostic de schizophrénie que de celui de trouble bipolaire. Par ailleurs, un début brutal des troubles avec une durée plus courte de psychose non traitée, orientent davantage vers le diagnostic de trouble bipolaire.

Comorbidité :

La notion de comorbidité dans le trouble bipolaire constitue la règle plus que l’exception. Elle est à la fois somatique et psychiatrique.

1.  Comorbidité somatique :

L’imputabilité des décès prématurés des patients avec trouble bipolaire, aux conduites suicidaires est progressivement remise en cause. Il est désormais bien établi que la fréquence des comorbidités somatiques constitue le facteur déterminant de cette surmortalité.

Ainsi, les pathologies cardio-vasculaires sont deux à trois fois plus fréquentes et surviennent précocement. De plus, la fréquence des facteurs de risque est plus élevée qu’en population générale. Ils regroupent le syndrome métabolique (30 à 79%), le surpoids et l’obésité (32 à 74%), les dyslipidémies (41%), l’hypertension artérielle (39%), le diabète (10 à 25%).

Quant aux pathologies thyroïdiennes, l’hypothyroïdie est fréquemment comorbide aux troubles bipolaires avec cycles rapides, aux dépressions et aux résistances au traitement antidépresseur, alors que l’hyperthyroïdie est souvent associée à la manie. Le bilan thyroïdien figure désormais sur la liste des examens biologiques réalisés à la première consultation de trouble thymique.

En ce qui concerne les pathologies neurologiques, la migraine (28% contre 10% en population générale), la sclérose en plaques (0,83% versus 0,053% en population générale), l’épilepsie (suicidalité, manie/hypomanie pharmacologique), sont autant de maladies dont la fréquence est significativement plus élevée dans la population bipolaire.

2.  Comorbidité psychiatrique :

Troubles anxieux :

Plusieurs études enregistrent des chiffres élevés de troubles anxieux chez les personnes atteintes de trouble bipolaire, même lorsque leur humeur est suffisamment contrôlée. Ainsi, on estime qu’au moins la moitié des personnes atteintes de trouble bipolaire sont susceptibles de développer un trouble anxieux au cours de leur vie et qu’un tiers d’entre eux manifesteront un trouble anxieux à tout moment. Le trouble anxiété généralisée touche 5 à 10% de cette population, le trouble panique 8 à 20%, la phobie sociale 8 à 30% et le trouble obsessif compulsif 3 à 15%. Un état de stress post traumatique est présent chez 20 à 30% des patients à un moment de leur vie. Cette forte comorbidité a fait suggérer à certains auteurs que le trouble anxieux n’est qu’un phénotype du trouble bipolaire et non un trouble distinct (trouble tripolaire d’Antoine Polissolo).

Ces troubles anxieux comorbides ont un impact négatif sur la présentation et l’évolution du trouble bipolaire. En conséquence, en période euthymique, le dépistage de troubles anxieux doit être systématique avec évaluation complète de la nature du trouble. Parallèlement, la recherche d’un trouble bipolaire comorbide doit être systématique chez tout patient souffrant d’un trouble anxieux.

Troubles addictifs : Les différentes études réalisées font état de taux élevés (39 à 55%) de troubles liés à l’abus de substances associées aux troubles bipolaires. Le tableau 6 récapitule quelques chiffres en fonction de la nature de la substance addictive.

SubstancesPatients avec trouble bipolaire
TabacDeux à trois fois plus exposés par rapport à la population générale
AlcoolPrévalence 3 à 4 fois supérieure par rapport à la population générale
Cannabis64% en ont déjà consommé
Cocaïne / Héroïne15 à 30% d’abus
Tableau 6 : Comorbidité addictive et trouble bipolaire

Bien souvent, ces troubles addictifs constituent un facteur de retard diagnostic de trouble bipolaire (pouvant aller jusqu’à 50% de diagnostic erroné ou absent) ; et un facteur de mauvais pronostic (symptomatologie plus sévère).

Troubles des conduites alimentaires :

La comorbidité trouble bipolaire / trouble des conduites alimentaires est assez fréquente. Sa prévalence est fonction de la population d’étude. Elle varie entre 13 % (population de patients avec trouble bipolaire) et 25% (population de patients du spectre bipolaire). Les conséquences cliniques de cette association sont plutôt sévères et graves.

Troubles de la personnalité :

Les patients avec trouble bipolaire et troubles comorbides de la personnalité représentent 25 à 50% de l’ensemble de la population bipolaire. 40% de ces patients présentent une mauvaise observance thérapeutique. C’est le groupe B des troubles de la personnalité qui est le plus fréquent chez les patients bipolaire (tableau7).

GroupesPersonnalitésPrévalence
Groupe AParanoïaque, schizoïde, schizotypique13%
Groupe BAntisociale, borderline, histrionique, narcissique31%
Groupe CÉvitante, dépendante, obsessionnelle-compulsive26%
Tableau 7 : Comorbidité troubles de la personnalité et trouble bipolaire [2

Modalités évolutives :

1.  Définitions :

Pour décrire l’évolution des troubles bipolaires, des définitions sont utilisées depuis la publication, en 2009, d’une nomenclature consensuelle qui permet d’identifier les effets du traitement.

Ainsi, la réponse thérapeutique est définie par l’amélioration de 50% des symptômes thymiques qu’ils soient dépressifs (évalués par l’échelle Hamilton Dépression), ou maniaques (évalués par la Young Mania Rating Scale).

La rémission syndromique : est obtenue lorsque les critères cliniques d’épisodes thymiques ne sont plus remplis depuis deux semaines avec absence de symptômes thymiques majeurs.

La rémission symptomatique : est admise, pour le versant maniaque, lorsque le score de la Young Mania Rating Scale est inférieur à 5 et pour le versant dépressif, lorsque le score de l’échelle Hamilton Dépression est inférieur à 6.

La guérison : est définie par l’absence quasitotale de symptômes thymiques pendant au moins 8 semaines. La rechute : représente la survenue d’un nouvel épisode après avoir obtenu la rémission.

La récidive : est définie par la survenue d’un nouvel épisode après avoir obtenu la guérison.

Les symptômes résiduels : sont révélés, pour le versant maniaque, par un score de la Young Mania Rating Scale compris entre 8 et 14 ; et pour le versant dépressif, par un score de l’échelle Hamilton Dépression compris entre 8 et 14 également.

  • Staging : Modèle du staging (ou stades évolutifs) : Il correspond à une classification clinique évolutive qui inscrit l’individu dans un spectre temporel de progression du trouble, allant du stade pré-symptomatique de la pathologie aux stades les plus sévères. À l’instar des pathologies somatiques, ce modèle est appliqué aux troubles bipolaires. Ainsi, le stade 0 est défini comme un stade asymptomatique, le stade 1 comme un stade prodromique (1a : symptômes non spécifiques, 1b : symptômes thymiques modérés), le stade 2 correspond au premier épisode thymique caractérisé, le stade 3 aux récidives unique ou multiple (3a : rémission incomplète, 3b : première rechute, 3c : multiples rechutes) et le stade 4 définit la sévérité du trouble avec résistance au traitement.

Ce modèle de staging joue un rôle déterminant dans le pronostic et le choix du traitement. Il permet d’intégrer les facteurs de risque de bipolarité, ainsi que le premier épisode aigu, dans une perspective d’intervention précoce.

3.  Période inter-critique :

Longtemps considérée comme asymptomatique avec l’expression classique de « restitution ad integrum», la période intercritique est loin d’être un intervalle libre de tout symptôme. Bien souvent, on retrouve des éléments thymiques résiduels, une hyperréactivité émotionnelle et des altérations cognitives.

La réactivité émotionnelle :

L’émotion est une réponse brève à des stimulations environnementales dans un but adaptatif. L’humeur est par contre une disposition affective générant des sentiments diffus qui s’installent généralement dans la durée (heures, jours ou plus). Les émotions primaires de base sont : la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. La réactivité émotionnelle fait référence au seuil nécessaire pour déclencher les émotions.

Elle définit les capacités adaptatives d’un sujet à son environnement. Les patients avec troubles bipolaires présentent, en période euthymique, une plus forte réactivité émotionnelle, principalement constatée dans des situations neutres. Ce trait est peut-être responsable de la vulnérabilité de ces patients à des évènements stressants mineurs de la vie quotidienne.

Les troubles cognitifs :

Il existe un consensus croissant sur l’existence de troubles cognitifs chez les patients bipolaires même lorsqu’ils sont euthymiques. En effet, ils présentent une altération de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives. Ces déficits sont plus importants chez les patients bipolaires de type I. Leur sévérité est liée à la récurrence et à la durée des épisodes bipolaires. Ils influencent négativement le fonctionnement psycho-social des patients.

1.  Cycles rapides :

Les cycles rapides sont définis par la présence, au cours des 12 derniers mois, d’au moins 4 épisodes thymiques délimités par la survenue d’une rémission complète ou partielle d’au moins 2 mois ou par un virage de polarité opposée. Il s’agit d’une variante grave et difficile à traiter du trouble bipolaire, qui survient principalement chez les femmes (sex-ratio 2/3). Sa prévalence est en augmentation (16% selon la littérature) probablement en raison des prescriptions d’antidépresseurs pour ces patients bipolaires dont la polarité dépressive est prédominante, notamment au début. La recherche d’une hypothyroïdie, d’une consommation d’antidépresseurs ou de substances psychoactives est systématique en raison d’une comorbidité fréquemment rapportée.

2.  Risque suicidaire :

Le suicide représente un risque majeur dans le trouble bipolaire. Il est multiplié par 15 par rapport à la population générale. Environ 10 à 20% des personnes atteintes de trouble bipolaire se suicident et près du tiers des patients admettent au moins une tentative de suicide. Celles-ci se produisent particulièrement pendant les phases dépressives ou mixtes et plus rarement lors des phases maniaques.

L’évaluation du risque suicidaire doit être systématique et répétée, justifiée par l’impossibilité de prédiction. Cependant, un profil de sujets bipolaires à risque suicidaire a été établi. Il comporte :

  • Des antécédents familiaux de trouble de l’humeur, de tentatives de suicide ou de suicide
  • Des antécédents personnels d’épisodes dépressifs multiples ou mixtes,
  • Des antécédents personnels de virage maniaque médicamenteux,
    • Des antécédents personnels de tentatives de suicide,
    • Un trouble bipolaire de début précoce ou de type II,
    • Des comorbidités en particulier conduites addictives (alcool surtout),
    • Des stress psychosociaux.

Psycho-physiopathologie :

1.  Vulnérabilité génétique (tableau 8) :

Les troubles bipolaires sont caractérisés par une vulnérabilité génétique à hérédité complexe (combinaison de plusieurs centaines de gènes à effet variable associée à l’impact de facteurs environnementaux). Ainsi, La génétique et l’environnement contribuent respectivement à 60 et 40% de la maladie bipolaire.

Les technologies nouvelles permettent d’explorer l’ensemble du génome (centaines de milliers de polymorphismes génétiques sont étudiés sur tous les chromosomes) et d’identifier par rapport :

  • Aux familles : les régions les plus fréquemment partagées par les patients. Il s’agit d’études de liaison;
  • Aux populations (non malades) : les variations plus fréquentes dans la population bipolaire. Il s’agit d’études d’association appelées GWAS (Genome-Wide Associa- tion Studies).

Par Ailleurs, le développement récent des techniques de séquençage à haut débit a permis d’identifier des variations liées à des délétions ou duplications de fragments plus ou moins grands (de quelques bases à plusieurs millions de bases ou plusieurs gènes groupés) du génome. Ces variations de nombre de copies sont appelées les Copy Number Variations (CNV). Elles permettent de désigner le gène remanié par la modification chromosomique chez un individu ou dans une famille. Ceci a permis de réorienter les travaux de recherche de la découverte de variants communs (partagés par un ensemble de patients bipolaires), qui n’expliquent globalement qu’une petite fraction de la composante génétique du trouble, à celle de variants rares (spécifiques à un individu ou une famille). Cependant, les conclusions de ces travaux restent discutées en raison de :

La non reproductibilité des résultats d’une étude à l’autre : expliquée par la complexité phénotypique du trouble bipolaire et l’exigence d’échantillons de très grande taille ;

  • La vulnérabilité génétique partagée entre les troubles bipolaires et la schizophrénie.
Risque pour la population générale1 – 2%
Risque pour les parents de 1er degré9%
Concordance jumeaux monozygotes40 à 45%
Concordance jumeaux dizygotes5 à 10%
Région cytogénétique / associée au CNV22*q**11***
Principales régions liées6q, 8q, 9p, 10q, 13q, 22q
Principaux gènes candidatsBDNF, DAOA, DISC1, TPH2, SLC6A4
Gènes impliqués par GWASDGKH, CACNA1C, ANK3, ODZ4
Tableau 8 : Résumé de la génétique du trouble bipolaire (* numéro du chromosome ; ** q : désigne le bras long du chromosome (par opposition à p qui désigne le bras court) ;
*** position du gène (locus).

1.   Modèle théorique de développement du trouble bipolaire :

Les progrès de la neuro-imagerie ont révélé des anomalies structurelles, fonctionnelles et neurochimiques cérébrales chez les patients bipolaires. Ainsi, les différentes études réalisées ont permis de formuler des modèles théoriques de développement du trouble bipolaire. Ils suggèrent qu’initialement, les gènes de vulnérabilité bipolaire codent pour des structures cérébrales et des circuits neuronaux favorisant une régulation anormale de l’humeur. Il en résulte des anomalies de connexion entre le cortex préfrontal et les structures limbiques sous-corticales responsables du traitement émotionnel. Ces perturbations se traduisent par des anomalies de la substance blanche et de la connectivité fonctionnelle, conduisant à un échec de la régulation préfrontale efficace sur les structures sous-corticales, augmentant ainsi progressivement la dysrégulation de l’humeur. Au cours de l’enfance et de la puberté jusqu’à l’adolescence, ces circuits anormaux se renforcent et s’intensifient grâce à un stress environnemental accru et à des réponses inadaptées au stress, ces dernières peuvent être évaluées par l’augmentation des cytokines pro-inflammatoires, ce qui peut entraîner d’autres anomalies du développement neurologique. De plus, ces anomalies peuvent créer d’autres vulnérabilités supplémentaires dans d’autres zones du cerveau impliquées dans la régulation émotionnelle, telles que le cortex préfrontal ventro-latéral, le cortex cingulaire antérieur, le thalamus, le striatum, l’hippocampe et le vermis cérébelleux.

Par ailleurs, des connexions anormales entre le cortex préfrontal dorso-latéral et l’amygdale peuvent également être à l’origine de difficultés cognitives et de régulations émotionnelles.

Pour finir, lorsque les épisodes thymiques se répètent, les structures préfrontales subissent une perte de cellules gliales et neuronales, ce qui réduit encore plus la capacité du cortex préfrontal à réguler l’humeur. Cette condition conduit à un cycle rapide et à une résistance au traitement et moins de stress est nécessaire pour l’épisode thymique ultérieur (théorie de l’embrasement ou kindling des troubles de l’humeur).

2.  Traumatismes affectifs dans l’enfance :

De nombreuses études ont montré des associations entre des antécédents de traumatisme et de maltraitance dans l’enfance et des signes cliniques plus graves ou plus complexes de troubles bipolaires. Cette sévérité de l’expression clinique s’exprime notamment par un début de maladie précoce, des caractéristiques psychotiques pendant les épisodes thymiques, des cycles rapides, des conduites suicidaires et une comorbidité anxieuse.

L’enfance, stade où le système nerveux est en pleine maturation, constitue une période critique de survenue des traumatismes affectifs. C’est en effet durant cette phase que se déroulent les phénomènes de maturation cognitive et émotionnelle. La survenue de traumatismes précoces risque ainsi de modifier certains mécanismes de régulation affective impliqués dans le développement des troubles bipolaires.

3.  Rythmes circadiens et trouble bipolaire :

Au cours des 30 dernières années, les rythmes circadiens ont constitué un important domaine d’investigation pour mieux comprendre la physiopathologie du trouble bipolaire.

Ces études ont montré une association entre les dysrégulations des fonctions circadiennes et les troubles bipolaires. Ces anomalies concernent des marqueurs

circadiens biochimiques (profils de mélatonine et de cortisol), actigraphiques (sommeil/veille) et dimen- sionnels (chronotypes). Ces associations sont observées non seulement pendant les épisodes aigus mais aussi pendant les périodes euthymiques. La plupart des marqueurs associés aux troubles bipolaires se retrouvent également chez les apparentés sains (intérêt endophénotypique), suggérant un fort degré d’héritabilité.

Aspect médico-légal :

En phase maniaque, la prodigalité, les achats pathologiques et les atteintes aux biens sont habituels. Un régime de protection peut être introduit.

  • La mesure de curatelle s’adresse aux patients que l’on veut protéger de décisions touchant leur patrimoine tout en préservant au maximum leur autonomie.
  • La mesure de tutelle est exceptionnelle dans le trouble bipolaire. Elle est indiquée lorsque les épisodes thymiques sont rapprochés, sévères et intenses.

Concernant les comportements violents, ils sont rares et généralement associés aux conduites addictives et troubles de la personnalité comorbides.

Ils peuvent survenir lors d’un épisode maniaque, liés aux symptômes mégalomaniaques, à la désorganisation de la pensée ou du comportement. Pour ces patients, l’évaluation du niveau d’impulsivité, d’irritabilité, de trouble de la capacité de jugement ; est essentielle pour connaître le risque de passage à l’acte violent.

Aussi, les patients en phase dépressive sévère (avec des caractéristiques mélancoliques ou psychotiques) peuvent commettre des passages à l’acte violent en lien, le plus souvent, avec des idées délirantes d’indignité et de ruine, de persécution, de préoccupations mystiques étendues aux proches. Ces éléments sont directement en cause dans l’homicide, homicide qui peut être suivi d’un suicide.

Après un passage à l’acte médico-légal d’un patient souffrant de trouble bipolaire, en phase maniaque ou en phase dépressive, une mesure de sûreté est ordonnée (internement judiciaire dans un établissement psychiatrique) à la suite de l’expertise psychiatrique et du non- lieu prononcé.

Traitement :

Le traitement du trouble bipolaire s’articule autour de la prise en charge des épisodes aigus tant maniaques, que mixtes et dépressifs, et de la prévention des récidives. Du point de vue pharmacologique, les médicaments thymorégulateurs constituent la base du traitement des troubles bipolaires. Un thymorégulateur est défini comme un médicament qui normalise un épisode thymique (effet curatif sur les symptômes maniaques et sur les symptômes dépressifs), et joue un rôle préventif pour d’éventuels épisodes ultérieurs (prévention des symptômes maniaques, mixtes et hypomaniaques et des symptômes dépressifs), sans aggraver ou induire des épisodes et symptômes de polarité opposée.

Selon cette définition, seul le lithium peut être considéré comme un thymorégulateur. Le traitement thymorégulateur doit s’intégrer dans un programme global de soins.

Pharmacothérapie

Elle constitue la base du succès du traitement des troubles bipolaires.

1.  Episode maniaque

Le tableau 9 indique les traitements pharmacologiques, classés de manière hiérarchique, de 1ère et de 2ème ligne, recommandés pour la prise en charge de la manie aigue.

Environ 50% des patients répondront à la monothérapie avec une amélioration significative des symptômes maniaques dans les 3 à 4 semaines.

La carbamazépine, l’olanzapine, la ziprasidone et l’halopéridol présentent également des preuves d’efficacité de niveau 1, mais ils sont classés en deuxième ligne en raison des risques liés à la sécurité/tolérance de ces molécules. Chez les patients avec une sévérité clinique élevée, l’association d’antipsychotiques en tant de traitement de première intention est plus efficace que la monothérapie.

Si un patient ne répond pas aux molécules de première et de deuxième ligne, seuls ou en association, une troisième ligne est proposée : Halopéridol + LI/VLP (niveau de preuve 2), carbamazépine + LI/VLP (niveau de preuve 3).

Les facteurs d’innocuité et de tolérance pour chaque médicament et les caractéristiques cliniques prédictives d’une meilleure réponse doivent être pris en compte. Un traitement antérieur, ayant déjà démontré son efficacité, doit être privilégié.

Dans la mesure du possible, les options doivent être discutées avec le patient et / ou son thérapeute et ses préférences prises en compte avant la décision pharmaco-thérapeutique.

1ère ligne2ème ligne
 MoléculesNiveaux de preuve scientifiqueMoléculesNiveaux de preuve scientifique
 Lithium1Olanzapine1
 Quétiapine1Carbamazépine1
MonothérapieDivalproate1Ziprasidone1
 Aripiprazole1Halopéridol1
 Rispéridone1ECT3
 Quétiapine + LI / DVP1Olanzapine + LI / DVP1
Association thérapeutiqueAripiprazole + LI / DVP Rispéridone + LI / DVP2   1  Lithium + DVP  3
Tableau 9 : Recommandations du traitement pharmacologique de la manie aigue [32]

1.  Episode dépressif

Le tableau 10 indique les traitements pharmacologiques, classés de manière hiérarchique, de 1ère et de 2ème ligne, recommandés pour la prise en charge de la dépression bipolaire.

Il existe peu de données sur les facteurs prédictifs de la réponse au traitement dans la dépression bipolaire. Cependant, les caractéristiques cliniques d’un épisode dépressif, notamment les spécifications du DSM ‐ 5, peuvent aider les cliniciens à choisir parmi les options de traitement recommandées.

Bien que l’ECT soit recommandée en deuxième ligne, elle peut être utilisée plus tôt lorsqu’une réponse rapide est impérative. La lamotrigine nécessite une administration progressive et lente (jusqu’à atteindre une dose minimale de 200 mg/j), en raison du risque d’éruptions cutanées, du syndrome de Stevens Johnson, et de la nécrolyse épidermique toxique. Elle n’est donc pas idéale pour les patients nécessitant une réponse rapide.

En cas de symptômes anxieux associés, la quétiapine est plus efficace. L’association Olanzapine-Fluoxétine peut également être envisagée.

Si le patient souffrant de dépression bipolaire présente également des caractéristiques :

  • Mixtes : il est recommandé d’éviter les antidépresseurs et de préférer l’association olanzapine-fluoxétine.
  • Mélancoliques ou psychotiques : l’expérience clinique suggère que les électrochocs et les antipsychotiques sont très efficaces pour cette population.
1ère ligne2ème ligne
 MoléculesNiveaux de preuve scientifiqueMoléculesNiveaux de preuve scientifique
  MonothérapieQuétiapine Lithium1
2
Divalproate2
 Lamotrigine2ECT4
Association thérapeutique Olanzapine + Fluoxétine2
Tableau 10 : Recommandations du traitement pharmacologique de la dépression bipolaire [32]

1.  Traitement d’entretien

Presque toutes les personnes atteintes de trouble bipolaire ont besoin d’un traitement d’entretien pour prévenir les épisodes ultérieurs, réduire les symptômes résiduels et restaurer le fonctionnement et la qualité de vie.

Le tableau 11 indique les traitements pharmacologiques, classés de manière hiérarchique, de 1ère et de 2ème ligne, recommandés pour le traitement d’entretien du trouble bipolaire.

En règle générale, les médicaments qui se sont révélés efficaces dans la phase aiguë devraient être maintenus à visée prophylactique. Il existe toutefois une exception, celle de l’utilisation d’antidépresseurs au long cours (risque potentiel de virage maniaque/hypomaniaque et d’instabilité thymique).

Pour les patients qui ne reçoivent pas encore de traitement pharmacologique ou ne répondent pas à un traitement pharmacologique, il convient de recueillir des antécédents médicaux minutieux, comprenant des détails sur l’évolution clinique, la réponse (ou l’absence de

réponse) aux médicaments précédemment utilisés et les antécédents familiaux. La comorbidité psychiatrique (y compris les conduites addictives), la polarité prédominante de la maladie et la polarité du plus récent épisode doivent également être prises en compte. Un traitement d’entretien efficace, initié au début de la maladie permet de préserver la plasticité cérébrale et minimiser l’évolution de la maladie. La concordance des points de vue des patients et des médecins sur la maladie et le traitement est un facteur déterminant de l’observance du traitement.

  MoléculesPrévention de tout trouble thymique Niveaux de preuve scientifiquePrévention de la dépression Niveaux de preuve scientifiquePrévention de la manie Niveaux de preuve scientifique
      Première ligneLithium111
Quétiapine111
Divalproate123
Lamotrigine112
Quétiapine + LI / DVP111
Aripiprazole + LI / DVP2?2
Aripiprazole mensuel2?2
 Olanzapine111
Deuxième ligneRispéridone action prlgée1?1
Carbamazépine222
Ziprazidone + LI / DVP2?2
Tableau 11 : Recommandations du traitement pharmacologique de maintien [32]

Interventions psychosociales

Bien que la pharmacothérapie soit essentielle dans le traitement des troubles bipolaires, des interventions psychosociales complémentaires sont également utiles en cas d’épisodes dépressifs aigus et dans le traitement d’entretien pour prévenir les rechutes bipolaires et restaurer la qualité de vie de l’individu et de sa famille.

Psychoéducation

Les modèles psychoéducatifs actuels pour troubles bipolaires enseignent le développement des compétences en matière de détection et de gestion des prodromes de dépression et de manie, de gestion continue du stress, de résolution de problèmes, de réduction des effets de la stigmatisation et du déni de la maladie, et fournissent des conseils pour améliorer l’observance du traitement et pour adopter un mode de vie sain. (Par exemple, minimiser la consommation d’alcool, de tabac, de drogues, de stimulants tels que la caféine, faire de l’exercice régulièrement et réguler les heures de sommeil et de réveil).

Thérapies comportementales et cognitives

Elles sont indiquées chez les patients bipolaires avec comorbidité anxieuse. La thérapie comporte généralement 20 séances individuelles sur 6 mois, avec souvent des sessions supplémentaires de rappel.

Thérapies centrées sur la famille

Elles sont indiquées chez les familles caractérisées par un niveau élevé d’émotion exprimée. Elles ont pour le but d’améliorer le fonctionnement relationnel dans la famille ou le couple conjugal en abordant les différents styles communicationnels.

Thérapie interpersonnelle et d’aménagement des rythmes sociaux (TIPARS)

La TIPARS développe la thérapie interpersonnelle sur le deuil, le déficit relationnel, les conflits interpersonnels, les transitions de rôle (issues de changements de situation), en incluant la régulation des rythmes sociaux et du sommeil, spécifiquement ciblée sur la population bipolaire. Elle est généralement organisée sur 24 séances individuelles sur une période de 9 mois. Elle est indiquée comme psychothérapie complémentaire de la dépression et de la prévention des rechutes.

Remédiation cognitive

Dans toutes les phases du trouble bipolaire, des altérations cognitives peuvent être retrouvées.

Certains auteurs recommandent des programmes de remédiation cognitive semblables à ceux adressés aux patients avec une schizophrénie, même si la sévérité des troubles est différente.

Conclusion :

Le trouble bipolaire est une pathologie récurrente et sévère qui reste à ce jour insuffisamment diagnostiqué, évalué et traité avec toutes les conséquences que cela induit en termes d’évolution et de pronostic.

Il convient donc de rechercher systématiquement des indices de bipolarité chez les patients présentant des troubles dépressifs et d’intégrer le patient dans un programme global de soins.

En termes de prise en charge, il est important de souligner que depuis l’introduction des thymorégulateurs associés aux mesures psycho-éducatives, le pronostic du trouble bipolaire est considérablement amélioré.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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Depression: from diagnosis to treatment

H. BOUCIF, A. RAHOUI, N. FEKHAR, Faculté de Médecine de Tlemcen, CHU Djilali Damerdji, Tlemcen.

Abstract : Depression is the most common mental disorder where the suicidal risk constitutes the major risk, whose diagnosis is often delayed, whereas the treatment allows in 70% of the cases, to considerably improve the symptomatology, to reduce the suicidal risk and the transition to chronicity. Depressive disorders are mood disorders characterized by the appearance of a pathological sadness, almost constant for at least two weeks. Unlike the emotions that are aroused by an event and have a short duration. There is currently no additional examination that allows diagnosis, only clinical observation can confirm it. Antidepressants are the basis of treatment; psychotherapies are essential to accompany and reassure the patient.

Key-words : Depression, suicide, bipolar disorders, antidepressants, psychotherapies.

Résumé : La dépression est un trouble mental courant, dont le risque majeur est le passage à l’acte suicidaire ; souvent le diagnostic est retardé, alors que le traitement permet dans 70% des cas, d’améliorer considérablement la symptomatologie, de réduire le risque suicidaire et le passage à la chronicité. Les troubles dépressifs sont des troubles de l’humeur caractérisés par l’apparition d’une tristesse pathologique, quasi-constante durant au moins deux semaines, contrairement aux émotions qui sont suscitées par un événement et ont une durée brève (1). Il n’existe pas à l’heure actuelle un examen complémentaire qui permette le diagnostic ; seule l’observation clinique permet de le confirmer. Les antidépresseurs sont la base du traitement, les psychothérapies sont indispensables pour accompagner et rassurer le patient.

Mots-clés : Dépression, suicide, trouble bipolaire, antidépresseurs, psychothérapies

Introduction

S’il est normal de se sentir malheureux dans les périodes difficiles de la vie, essentiellement en cas de deuil, on ne peut parler de trouble ou syndrome dépressif qu’en présence de plusieurs symptômes ; ce qui caractérise ces états, c’est l’humeur dépressive, les pensées négatives, l’absence de plaisir, la diminution de l’énergie et la lenteur ou le ralentissement psychomoteur.

Ces états maladifs sont décrits depuis plus de 4.000 ans et ces écrits témoignent de l’identification précoce dans l’histoire humaine de tels épisodes pathologiques ; dès l’antiquité grecque, la melancholia désigne une maladie dans le système étiopathogénique des humeurs

(un excès de bile noire qui explique également l’épilepsie), théorie abandonnée et ayant laissé place à des théories psychologiques et biologiques qui proposent des mécanismes explicatifs et des thérapeutiques en accord avec ces théories.

Epidémiologie :

Selon l’OMS, la dépression touche 300 millions de personnes dans le monde, 1 personne sur 5 a souffert ou souffrira de dépression au cours de sa vie (INSERM), 5 à 20 % des patients se suicident. L’incidence est de 1 % chez les hommes et de 5 % chez les femmes (2).

Caractéristiques cliniques :

Le syndrome dépressif est caractérisé par un trépied sémiologique, qui comporte :

  • Une tristesse morbide (pathologique),
  • Un ralentissement psychomoteur,
  • Troubles des fonctions instinctives.

A. Épisode dépressif modéré :

Les caractéristiques principales d’un épisode dépressif modéré sont : l’humeur dépressive, l’absence de plaisir, les pensées négatives et une énergie moindre, conduisant toutes à une diminution du fonctionnement social et professionnel.

  1. Présentation : elle est caractéristique : la tenue et la coiffure peuvent être négligées. Les traits du visage sont caractérisés par des commissures labiales tournées vers le bas et des plis verticaux au milieu du front. Le taux de clignement des paupières peut être réduit. Les épaules sont affaissées et la tête inclinée vers le bas de telle sorte que le regard est plongeant, les gestes sont réduits.
  2. Humeur : l’humeur est triste, souvent ressentie comme différente d’une tristesse ordinaire. Certains patients parlent de « nuage noir » envahissant toutes leurs activités mentales. L’humeur est souvent au pire le matin au réveil et tend à s’améliorer un peu dans la journée, (variation diurne de l’humeur).
  3. Cognitions dépressives : les pensées négatives (cognitions dépressives) que l’on peut classer en trois groupes :
    • Sentiment de ne rien valoir : le patient pense qu’il échoue dans ce qu’il fait et que les autres le prennent pour un raté ; il n’a plus confiance en lui et ne conçoit pas qu’un succès puisse lui être attribué
    • Pessimisme : concernant les perspectives futures, le patient s’attend au pire, il prévoit l’échec de son travail, la ruine financière, le malheur pour sa famille.
    • Les sentiments de culpabilité : prennent souvent la forme de reproches adressés à soi-même au sujet de problèmes mineurs.
    • Ralentissement psychomoteur : est fréquent, le patient marche et agit lentement. Le ralentissement de la pensée est retrouvé au travers du discours du patient : un long délai est nécessaire avant de répondre aux questions, parfois on retrouve des pauses dans son discours. L’agitation peut parfois remplacer le ralentissement psychomoteur quand le patient présente une anxiété importante (4).

Troubles instinctuels :

Troubles du sommeil : (quasi-constant) ; Insomnie d’endormissement, réveils multiples, et surtout insomnie du petit matin avec réveil précoce très évocateur, s’accompagne d’une aggravation matinale des troubles et d’une impossibilité d’anticiper la journée à venir et possibilité de passage à l’acte suicidaire Anorexie : est constante, elle est aggravée par l’asthénie et la perte du désir de vivre. Dans les dépressions sévères, il peut s’agir d’un refus irréductible de toute alimentation, sa signification peut être liée à un désir de mourir et constituer un équivalent suicidaire, il peut être intégré à un « syndrome de Cotard » : le patient est convaincu de ne plus posséder d’organe, pas d’estomac, il est damné et condamné à souffrir pour l’éternité,

Les troubles sexuels : la perte de tout désir sexuel contribue à renforcer le sentiment de dévalorisation et de culpabilité.

Les troubles associés :

Anxiété : sentiment pénible d’attente d’un danger imminent et imprécis. Peut se traduire par une agitation qui masque le ralentissement. Le risque de raptus anxieux augmente le risque suicidaire, chez le dépressif. L’anxiété peut s’accompagner de préoccupation hypochondriaque qui masque parfois les affects dépressifs : algies diverses, céphalées, cordialgies, colites, c’est pour ça que beaucoup de patients font le tour des médecins pour des explorations, avant que le diagnostic de dépression ne soit posé.

Les troubles neurovégétatifs : sécheresse de la bouche, ralentissement du péristaltisme intestinal, hypotension.

Troubles du caractère : Irritabilité, hostilité, impulsivité, intolérance vis à vis de l’entourage, surtout chez l’adolescent.

Les idées suicidaires :

Le risque majeur d’un trouble dépressif non traité est le passage à l’acte suicidaire, il est impératif de rechercher chez ces patients des idées de mort. Il peut s’agir de simples images intrusives, puis de ruminations souhaitant la mort d’abord de façon passive (ne pas se réveiller, avoir un accident), puis commence à élaborer un plan suicidaire. Il est indispensable d’évaluer ce risque chez tout patient avec une symptomatologie dépressive.

Parler du suicide à une personne déprimée ne provoque pas d’idées ni de gestes suicidaires (5).

A.  Trouble dépressif sévère :

Au fur et à mesure que les troubles deviennent plus sévères, tous les symptômes décrits ci-dessus revêtent une plus grande intensité. Il existe alors une perte fonctionnelle totale dans les sphères sociale et professionnelle. Parfois peuvent apparaitre chez ces patients des symptômes psychotiques type délire et hallucinations, le trouble est alors appelé « dépression psychotique ».

B.  Trouble dépressif léger :

Il se caractérise par une humeur dépressive, absence d’énergie, perturbation du sommeil moins importante, avec absence du réveil matinal précoce caractéristique de la dépression moyenne et sévère. La réduction de l’appétit, la perte du poids et la baisse de la libido ne sont pas toujours présentes. Bien que l’humeur puisse varier au cours de la journée, elle est habituellement pire le soir que le matin. On ne retrouve jamais de signes psychotiques.

Critères diagnostiques selon DSM5 versus CIM10

DSM-VCIM-10 (code F.32)
Durée minimale2 semaines2 semaines
Symptômes / Critères essentiels/majeursHumeur dépressivePerte d’intérêt ou de plaisir Présence d’au moins 1 des symptômes toute la journée, presque tous les jours.Humeur dépressivePerte d’intérêt ou de plaisirFatigue ou perte d’énergie   Présence d’au moins 2 des symptômes toute la journée, presque tous les jours.
Autres symptômes / CritèresPrésence d’au moins 4 symptômes (sur un total de 7) : Perte ou gain de poids significatifInsomnie ou hypersomnieAgitation ou ralentissement psychomoteurFatigue ou perte d’énergieSentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée (qui peut être délirante)Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrerPensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suiciderPrésence d’au moins 2 critères mineurs (sur un total de 7) : Inappétence, perte de poidsTroubles du sommeilBaisse de l’estime de soi et de la confiance en soiAttitude morose, pessimiste face à l’avenirSentiment de culpabilité/dévalorisation Baisse de la concentration / attentionIdées suicidaires
Degré de sévérité (La corrélation des degrés de sévérité entre DSM-V et CIM-10 est approximative)Léger = ≥ 1 essentiel et 4 autresMoyen = ≥ 6 symptômes dont au moins 1 essentielSévère = ≥ 7 symptômes dont au moins 1 essentielF32.0 : Léger = ≥ 2 majeurs et 2 mineursF32.1 : Moyen = ≥ 2 majeurs et 3-4 mineurs -F32.2 : Sévère = 3 majeurs et 4-5 mineurs + idées suicidaires F32.3 : Sévère avec symptômes psychotiques
Le DSM-5 est le Manuel diagnostique et statistique des maladies mentales, 5ème Version et la CIM-10 Classification internationale des maladies, 10ème Version.

Diagnostics différentiels :

Trouble dépressif du à une affection médicale :

  • Troubles cardiovasculaires : infarctus, accident vasculaire cérébral,
  • Troubles endocriniens : maladie d’Addison, maladie de Cushing, hyper/hypothyroïdie, syndrome prémenstruel, symptômes liés à la ménopause, prolactinome, hyperparathyroïdie, hypopituitarisme, diabète sucré,
  • Troubles métaboliques : hypoglycémie, hypercalcémie, hypovitaminoses B12, acide folique, porphyrie,
  • Troubles inflammatoires : lupus érythémateux, affections rhumatismales,
  • Infections : syphilis, maladie de Lyme, encéphalopathie VIH, hépatite,
  • Troubles du sommeil : syndrome d’apnées du sommeil, syndrome des jambes sans repos, tumeurs,
  • Tumeurs : cerveau, pancréas, rein,

Hypovitaminoses : B12, acide folique.

Trouble dépressif dû à un autre trouble psychiatrique :

  • Troubles associés au stress : état de stress post-traumatique, deuil, trouble de l’adaptation,
  • Troubles anxieux : trouble obsessionnel compulsif, trouble de panique, agoraphobie, anxiété généralisée, phobie sociale, phobies spécifiques,
  • Troubles de l’alimentation,
  • Trouble schizo-affectif : schizophrénie (symptômes négatifs),
  • Troubles de la personnalité,
  • Trouble somatoforme.

Trouble dépressif induit par une substance ou un médicament :

Alcool, benzodiazépines, opioïdes, cannabis/marijuana, cocaïne, amphétamines, analgésiques, barbiturique ; antihypertenseurs (bétabloquants, réspirine, méthyldopa, anticalciques); stéroïdes ; antihistaminiques H2 (ranitdine, cimétidine) ; sédatifs ; relaxants musculaires ; anti- cancéreux (vincristine, procarbazine, L-asparaginase, interféron, amphotéricine B, vinblastine) ; médicaments interagissant avec les hormones sexuelles (œstrogènes, progestérone, testostérone, agonistes du GnRH) ; anti- psychotiques; antipaludéens (méfloquine), isotrétinoïne (traitement de l’acné).

Evolution :

La dépression peut évoluer de manières très différentes. C’est un trouble spontanément réversible et curable dans 50% à 90% des cas selon les méthodes de soins employées. Son évolution naturelle est en moyenne de 6 à

8 mois. Les moyens thérapeutiques biologiques et/ou psychologiques ont fait la preuve de leur efficacité pour écourter ce temps. Mais, le risque de récidive est très élevé, (environ 50% dans les deux ans suivant un premier épisode) ; 20% des cas deviennent chroniques, et dans 15 à 20% des cas, seule une rémission partielle est obtenue.

L’évolution naturelle de la maladie dépressive tend à la répétition des épisodes.

Classification :

Il n’y a pas d’accord global sur la meilleure méthode pour classer les troubles dépressifs. Plusieurs approches ont été tentées, fondées sur l’étiologie présumée, la symptomatologie ou l’évolution.

Selon l’étiologie présumée : plusieurs auteurs préfèrent distinguer la dépression endogène de la dépression réactionnelle ; la première est provoquée par des facteurs internes au sujet, indépendants des facteurs externes ; la deuxième apparait en réponse à des facteurs de stress externes.

Classification selon l’évolution : il existe des troubles unipolaires et des troubles bipolaires.

  • Les troubles unipolaires ou troubles dépressifs récurrents : sont caractérisés par la récurrence d’épi- sodes dépressifs sans jamais avoir présenté un épisode maniaque ou hypomaniaque.
  • Les troubles bipolaires : c’est l’alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes maniaques (trouble bipolaire de type I) ; ou hypomaniaques (trouble bipolaire de type II). Devant chaque patient qui présente une symptomatoogie dépressive, il est impératif de rechercher dans ses antécédents des épisodes maniaques ou hypomaniaques (symptomatologie caractérisée essentiellement par une exaltation thymique à tonalité euphorique avec logorrhée, des idées de grandeur et de surestime de soi).
  • Troubles dépressifs persistants ou dysthymie : caractérisés par une humeur dépressive présente quasiment toute la journée, plus d’une journée sur deux pendant au moins deux ans. Au cours de la période de deux ans, la personne n’a jamais eu de période de plus de deux mois consécutifs sans symptômes dépressifs.

Dépression saisonnière : certains patients développent, de façon répétée, un trouble dépressif à la même période de l’année, l’automne et l’hiver et la guérison au printemps ou en été.

L’utilisation de la photothérapie est indiquée chez ces patients.

Etiopathogénie :

Il n’existe aucune théorie qui, à elle seule, puisse rendre compte de l’étiopathogénie de la dépression, elle est probablement d’origine multifactorielle (psychologique, biologique, génétique).

Approches neurobiologiques : selon l’hypothèse monoaminergique, le trouble dépressif serait lié à une anomalie touchant à la fois les récepteurs et les concentrations des amines, qui est à l’origine d’un déficit fonctionnel en neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, dopamine). Cette hypothèse est renforcée par l’effet thérapeutique des antidépresseurs qui agissent sur ces récepteurs.

Anomalies endocriniennes : plusieurs anomalies ont été mises en évidence dans la dépression, dont celles du taux de cortisol, des hormones de croissance et des hormones thyroïdiennes, qui indiquent l’existence d’une dysrégulation endocrinienne, notamment une dysfonction de l’axe hypothalamo-pituito-adrénergique et/ou une dysrégulation de la fonction thyroïdienne (6).

Facteurs génétiques : il n’existe pas un gène de la dépression. Par contre, le terrain génétique a une influence dans le déterminisme de ces maladies : les parents au 1er degré d’un déprimé (parents, frères et sœurs, enfants) ; sont plus souvent atteints que la population générale. Chez les jumeaux monozygotes ou vrais jumeaux : lorsque l’un est atteint, la probabilité que l’autre le soit également est de 50% ; chez les jumeaux dizygotes ou faux jumeaux cette probabilité diminue à 30%.

Imagerie cérébrale : le scanner et l’IRM ont révélé un certain nombre d’anomalies chez les patients atteints de dépression majeure (7) :

  • Des ventricules latéraux plus larges
  • Une perte de volume des lobes frontaux et temporaux
  • Une diminution du volume de l’hippocampe
  • Une diminution du volume des structures des ganglions de la base
  • Une diminution du volume de la substance grise du cortex préfrontal genouillé
  • Hyper-intensité de la substance blanche et de la substance grise

Théorie cognitive : les patients déprimés présentent des pensées négatives. Pour Beck (1967), ces cognitions dépressives consistent en des pensées automatiques qui révèlent une vision négative de soi, du monde et du futur, ces pensées sont soutenues par des croyances irrationnelles de type « je ne réussis pas parfaitement dans tout ce que j’entreprends donc je suis une nullité ».

Théorie psychanalytique : Freud en 1917 dans son article « Deuil et mélancolie » attire l’attention sur la ressemblance entre les phénomènes de deuil et les symptômes de dépression, suggérant que les causes puissent être similaires. Ceci ne s’applique pas à tous les troubles dépressifs.

Le stress : Les « stresseurs » psychosociaux et environnementaux sont des facteurs tantôt prédisposant tantôt précipitant. Il existe une relation entre niveau élevé de facteurs de stress et déclenchement d’une dépression. Par contre, les épisodes récidivent souvent sans facteurs déclenchant.

Traitement :

Toute dépression doit être prise en charge le plus précocement possible, afin d’éviter le passage à l’acte suicidaire et la chronicité ; une psychothérapie est recommandée en cas de dépression légère, tandis qu’un traitement médicamenteux est nécessaire en cas de dépression d’intensité modérée à sévère.

L’hospitalisation s’impose s’il s’agit d’une dépression sévère, si le risque suicidaire est élevé (il faut toujours évaluer le risque suicidaire) ; si le retentissement somatique est important et s’il n’existe pas d’entourage familial. Le plus souvent le traitement peut être débuté en ambulatoire.

  1. Antidépresseurs : il est recommandé de choisir l’anti-dépresseur le mieux toléré, le moins toxique en cas de surdosage, et le plus simple à prescrire, à dose efficace. En raison de leur meilleure tolérance, il est recommandé de les prescrire en première intention pour un épisode dépressif d’intensité modérée à sévère : un ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine), un IRSN (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline), les antidépresseurs imipraminiques (tricycliques) sont recommandés en deuxième intention, en raison de leur risque de toxicité cardio-vasculaire.

Les IMAO (inhibiteurs de monoamine oxydase) ne sont recommandés qu’en dernier recours après échec des autres alternatives thérapeutiques, en prescription spécialisée, du fait de leurs nombreux effets indésirables et interactions médicamenteuses.

  • ISRS : (fluoxétine, escitalopram, paroxétine, sertraline, citalopram) ; ces antidépresseurs ont une efficacité comparable à celle des tricycliques avec moins d’effets secondaires. Les ISRS exercent leur action thérapeutique en inhibant de façon sélective la recapture de la sérotonine (neurotransmetteur impliqué dans le trouble dépressif). Ils n’ont guère de contre-indication mais plutôt quelques précautions d’emploi.
  • IRSN : ce groupe comporte actuellement trois produits, la venlafaxine, le milnacipran, duloxétine. Ces produits inhibent la recapture de la noradrénaline et de la sérotonine, ils n’ont guère de contre-indications,
  • Les antidépresseurs tricycliques : (amitriptyline, clomipramine, trimipramine). Prescrits en deuxième intention à cause de leurs effets secondaires, leur toxicité cardio-vasculaire. Ils augmentent la concentration de neurotransmetteurs dans la fente synaptique en inhibant la recapture présynaptique des monoamines. Leur efficacité est nettement plus efficace que le placebo (8).
  • Autres antidépresseurs : ce groupe contient quatre produits dont la structure et les mécanismes d’actions sont variés (la miansérine, mirtazapine, agomélatine, vartioxétine). Ces antidépresseurs n’ont guère de contre-in- dications, ils sont peu toxiques en cas d’ingestion aiguë et sont beaucoup mieux tolérés que les tricycliques. Pour tous les antidépresseurs :
    • Il faut utiliser, à chaque fois, la posologie efficace.Avoir à l’esprit qu’un délai de 15 jours à 21 jours sera nécessaire pour que l’amélioration soit sensible.Le traitement doit être poursuivi de 6 à 9 mois en cas de premier épisode ; 4 à 5 ans si le patient refait un autre épisode ; après le troisième épisode le traitement doit être poursuivi à vie (9).
    • Si le patient arrête très tôt le traitement, le risque de rechute au cours de la première année est de 60%.
  • Les thymorégulateurs : la lamotrigine est la plus recommandée dans la prévention des rechutes et récidives en cas de dépression unipolaire.
  • Les benzodiazépines : ne doivent pas être systématiques, elles sont indiquées au début du traitement anti- dépresseur à visée anxiolytique et sédative. Dès que possible il faut réduire les doses, voire arrêter le traitement pour éviter les phénomènes d’abus et de dépendance.
  • Les antipsychotiques : les antipsychotiques de première génération (lévomépromazine, chlorpromazine), peuvent être indiqués en cas d’anxiété importante ou risque suicidaire. Les antipsychotiques atypiques (amisulpride, aripiprazole, olanzapine, quétiapine et rispéridone) seuls ou combinés à des antidépresseurs peuvent être indiqués dans certains cas de dépression.
  • ECT (électro-convulsivo-thérapie) : c’est une technique qui consiste à provoquer, après induction d’une courte anesthésie générale et sous curarisant, une crise d’épilepsie au moyen d’un stimulus électrique. Efficace dans 80% des cas, elle sera réservée :
    • Aux états dépressifs majeurs avec fortes composantes anxieuses ou délirantes.
    • Aux états dépressifs stuporeux avec refus alimentaire.
    • Aux dépressions avec risque suicidaire.
    • Elle sera également utile lorsque la chimiothérapie est inefficace ou contre indiquée.
  • Psychothérapies : tous les patients, quel que soit le traitement qu’ils reçoivent, ont besoin d’une psychothérapie qui leur apporte une information, les rassure et les encourage.
  • Psychothérapie de soutien : c’est une technique qui permet au patient de se concentrer sur l’identification et la résolution des problèmes de vie actuels et imaginer une procédure réaliste et progressive pour les affronter.
    • Thérapie cognitivo-comportementale : le but principal de la thérapie cognitive est d’aider les patients à modifier leur façon de penser à propos de leur situation de vie et des symptômes dépressifs, la thérapie comportementale permet de réengager les patients dans leurs activités quotidiennes et de promouvoir une reprise du fonctionnement.
    • Thérapie psychodynamique : elle a pour but de résoudre les conflits personnels sous-jacents et les difficultés de vie associées.
    • Photothérapie : plus de 50% des patients atteints de dépression saisonnière répondent à la photothérapie, la technique consiste à une exposition lumineuse d’une à deux heures par jour. Afin d’éviter les rechutes, les séances doivent être maintenues jusqu’à la période de rémission, c’est-à-dire le début du printemps.

Conclusion :

La dépression est un trouble mental fréquent, qui se manifeste cliniquement par une tristesse pathologique, qui est présente toute la journée et tous les jours pendant plus de deux semaines, le diagnostic est clinique. Il est indispensable de rechercher un trouble bipolaire devant tout patient qui se présente avec une symptomatologie dépressive. La complication la plus redoutable est le passage à l’acte suicidaire. L’efficacité des antidépresseurs est nettement supérieure par rapport au placebo, la psychothérapie est indispensable. Souvent le traitement doit être poursuivi pendant une longue durée, pour éviter les récidives et les rechutes.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références :

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Panic disorder

F. KACHA, Professeur Émérite de Psychiatrie, Hôpital Psychiatrique de Chéraga, Alger.

Abstract : Panic attack is always found in medical emergencies, as it is manifested by the sudden and unexpected occurrence of a variety of somatic symptoms. Its evolution is linked to the psychiatric disorders on which it develops (agoraphobia, obsessive-compulsive disorders).

Key-words : Acute anxiety, panic, somatization, mitral hernia.

Résumé : L’attaque de panique se retrouve toujours aux urgences médicales, car elle se manifeste par la survenue brutale et inattendue de symptômes somatiques les plus divers. Son évolution est liée aux troubles psychiatriques sur lesquels elle se développe (agoraphobie, troubles obsessif- compulsifs etc.)

Mots-clés : Anxiété aigue, panique, somatisation, hernie mitrale.

Introduction :

L’attaque de panique est la pathologie psychiatrique des urgences médicales. Ce n’est qu’après de multiples examens cliniques, radiologiques et biologiques que ces patients arrivent au psychiatre. C’est une urgence relativement fréquente en période de troubles sociaux, familiaux ou à la suite d’un décès, elle peut survenir sur de nombreuses pathologies mentales.

Elle se manifeste brutalement par une terreur intense accompagnée de symptômes somatiques, se répétant plusieurs fois par jour ou réduites à quelques manifestations par an. Après la première crise s’installe une crainte permanente de la survenue de nouvelles crises avec la possibilité d’en mourir.

Habituellement, la prise en charge arrive à contrôler rapidement les crises, mais il arrive que des paniques handicapantes se succèdent pendant une longue période lorsque les troubles de la personnalité antérieure sont importants.

Rappel clinique :

L’attaque de panique est décrite dans le DSM1 comme une pathologie récurrente et inattendue, se manifestant par une montée brusque de crainte ou de malaise intense qui atteint son acmé en quelques minutes avec la survenue de 4 ou plus des symptômes suivants :

  • Palpitations, battements de cœur sensibles ou accélération du rythme cardiaque
  • Transpirations
  • Tremblements ou secousses musculaires
  • Sensation de « souffle coupé » ou impression d’étouffement
  • Sensations d’étranglement
  • Douleurs ou gênes thoraciques
  • Nausées ou gênes abdominales
  • Sensations de vertige, tête vide
  • Frissons ou bouffées de chaleur
  • Paresthésies ou sensations de picotement
  • Déréalisations ou dépersonnalisations
  • Peur de perdre contrôle de soi ou devenir fou
  • Peur de mourir
    • Cette liste impressionnante de troubles, panique non seulement le patient mais également toute la famille qui accompagne le patient aux urgences médicales à la recherche d’une affection médicale.
    • Le diagnostic différentiel concerne toute la pathologie somatique et psychiatrique (thyroïde, lupus, hyperthyroïdie, épilepsie temporale, embolie pulmonaire, et les affections cardiaques en particulier le prolapsus mitral),
    • Les examens biologiques et radiologiques les plus sophistiqués sont alors entrepris, les cliniques médicales privées trouvent là leurs clients favoris.

Cas clinique :

Avocate dans un grand cabinet à Alger, 35 ans, mariée à un responsable commercial, mère d’une fillette âgée de 3 ans. Elle est issue d’une famille aisée de 3 enfants (sœur ainée et petit frère). Les parents n’ont pas d’antécédents particuliers en dehors d’une légère claustrophobie de la mère traitée épisodiquement par anxiolytiques.

C’est une avocate sensible, perfectionniste, avec un contrôle excessif et permanent. Elle n’aime pas la foule, évite les tribunaux, ne prend pas les dossiers en pénal, préfère son travail d’avocate d’affaires dans lequel elle développe de très grandes compétences.

L’été 2016, elle part avec sa mère et sa fille, passer les fêtes de fin d’année à Paris chez une tante. La nuit suivante à quatre heures du matin, elle est réveillée par des douleurs à la poitrine suivies de palpitations. Rapidement, elle a le souffle coupé et une sensation d’étouffement, elle se précipite alors sur sa mère avec la conviction de mourir étouffée. L’idée de l’imminence de la mort ne répond à aucune réassurance ce qui pousse la mère à contacter le SAMU. Puis tout se précipite en pleine nuit, l’hôpital aux urgences, l’examen cardiaque, les radios, la perfusion, etc.

Après les différents examens qui ne révèlent rien de grave, elle rentre précipitamment à Alger rejoindre son mari et sa maison. Mais les crises impressionnantes se répètent, entrainant découragement et méfiance. Elles enracinent la conviction d’avoir une maladie grave qui va se terminer par un arrêt cardiaque ou respiratoire. Les médecins consultés de jour comme de nuit dans les différentes cliniques privées multiplient les examens : ECG, SCAN, examens biologiques, perfusion, etc.

Les crises se succèdent et toujours pas de diagnostic rassurant.

L’absence d’amélioration et la répétition des crises malgré le traitement confirment la gravité de la maladie. Ce n’est pas utile de prendre un traitement inefficace, la patiente ne supporte alors aucun traitement. Chaque traitement prescrit entraine suspicion et provoque nausées et douleurs gastriques. La famille fait appel à un taleb pour une « Rokia2 » qui aggrave les troubles.

Après 2 mois de soins dans une clinique privée, elle est adressée à un psychiatre qui prescrit les psychotropes adaptés : antidépresseur qu’elle ne supporte pas et des anxiolytiques qu’elle accuse d’aggraver sa faiblesse.

En fait, elle n’est toujours pas convaincue que ses troubles soient d’origine anxieuse et reste certaine de souffrir de troubles somatiques ou magiques. En plus des crises de panique, s’est installée une dépression avec un cortège de sentiments d’incurabilité, de culpabilité envers sa fille et son travail, envie et peur de mourir. Ce qui est spectaculaire, c’est la vigilance permanente de cette patiente et l’interprétation péjorative de toute sensation corporelle perçue : petite douleur, battement cardiaque, gène respiratoire, fourmillement, acouphène, nausée, fatigue, etc. Le tableau ressemble à celui de l’anxiété généralisée avec modification du comportement social et relationnel au quotidien : Peur de tomber dans la rue, peur de conduire sa voiture et de faire un accident, culpabilité de ne pas s’occuper de sa fille, etc. Elle s’installe avec sa fille chez ses parents, et c’est la mère qui l’accompagne dans ses déplacements et qui revendique un diagnostic.

  • Discussion : La survenue répétée d’attaques de panique accompagnées de riches symptômes neurovégétatifs et de crainte de mourir en l’absence de causes organique évoque le trouble panique. La première attaque est survenue dans des circonstances particulières, voyage loin du domicile et du mari. Les habitudes et les comportements avant la survenue de la première crise sont en faveur d’une personnalité phobique avec quelques traits obsessionnels. L’évolution s’est compliquée par l’installation d’un épisode dépressif et d’une agoraphobie : évitement des sorties ou accompagnement par la mère, reste cloitrée avec la crainte terrifiante de mourir brutalement, peur de rester seule, etc.

Épidémiologie :

La prévalence sur la vie entière des troubles paniques et des attaques de panique se situe autour de 5%. Les femmes sont trois fois plus exposées au risque. L’âge moyen se situe vers 25 ans, mais ces troubles peuvent se rencontrer chez l’enfant et l’adolescent. Les ¾ des patients présentent des troubles phobiques et/ou dépressifs majeurs et addictifs. Certains auteurs citent la présence très fréquente d’une agoraphobie.

Diagnostic différentiel :

L’examen en urgence doit être complet en commençant par éliminer un problème vital quel que soit l’âge et les facteurs de risque : infarctus, hypoglycémie, maladies cardiovasculaires, hypertension, anomalies thyroïdiennes, etc.

Tableau des diagnostics différentiels des affections médicales d’un trouble panique3 :

  • Maladies cardiovasculaires : Infarctus du myocarde, prolapsus de la valve mitral, troubles du rythme, anémie, angor, hypertension artérielle,
    • Maladies pulmonaires : Asthme, embolie pulmonaire, hyperventilation.
    • Maladies neurologiques : Accidents ischémiques transitoires, migraine, maladie de Ménière, sclérose en plaques, tumeurs, épilepsie.
    • Maladies endocriniennes : hypoglycémie, hyperparathyroïdie, phéochromocytome, syndrome de Cushing, syndrome carcinoïde.
    • Intoxications et sevrage toxique ou médicamenteux.

Evolution et pronostic :

L’évolution est extrêmement variable selon les patients. Plus de la moitié des patients sont améliorés et leur vie quotidienne n’est plus entravée par les crises. Chez dix à vingt pour cent des patients les crises restent invalidantes même si elles sont moins fréquentes.

La complication majeure et fréquente reste le syndrome dépressif qui peut trainer tout le long de la maladie. Chez certains patients, c’est l’abus et dépendance à l’alcool et aux substances qui est à craindre. Les troubles obsessionnel-compulsifs ou une agoraphobie peuvent compliquer la prise en charge.

La prise en charge :

La plupart des traitements permettent d’obtenir une amélioration rapide du trouble panique et de l’agoraphobie notamment les traitements pharmacologiques et cognitivo-comportementaux. D’autres traitements d’appoints comme les thérapies familiales, les cures de relaxation et les thérapies de groupe peuvent contribuer à prendre en charge les difficultés familiales et relationnelles.

A. Traitement pharmacologique :

Les benzodiazépines et les antidépresseurs sont des produits efficaces. Les benzodiazépines doivent être utilisées en évitant les risques d’abus. Rapidement efficaces, ils sont très utiles lors des crises. Les plus utilisés sont le Xanax® (ou alprazolam), Temesta® (ou lorazepam) utilisés pendant 2 à 4 semaines, ils doivent être substitués par les antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la

sérotonine (IRSS) comme la fluoxétine ou la paroxétine à 20 à 40 mg pendant 6 à 12 mois.

  • Thérapie cognitivo-comportementale : Utile pour obtenir une rémission à long terme.

Thérapie cognitive : information à propos des fausses croyances. Corrections des interprétations abusives portant sur les sensations corporelles perçues comme menaçantes voire mortelles. Informations sur les crises et leurs caractères, comme leur durée limitée dans le temps et l’absence de risque vital.

Relaxation : apprendre au patient une technique de contrôle musculaire et respiratoire permettant de contenir les manifestations corporelles à la base des réactions anxieuses. Puis mettre en place des techniques respiratoires et technique d’exposition in vivo : exposer le patient progressivement aux différentes situations qu’il redoute afin d’obtenir une désensibilisation.

Conclusion :

Les troubles paniques se manifestent par des crises anxieuses accompagnées par des symptômes somatiques divers d’apparitions brutales et inattendues avec une conviction de mort imminente. Sa prise en charge peut s’avérer laborieuse en cas de complication dépressive et de présence de troubles agoraphobiques antérieures. L’agoraphobie est la plus handicapante des phobies, elle peut bloquer toute entreprise d’amélioration et d’autonomie.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références :

  1. American Psychiatric Association. Mini DSM-5. Elsevier MASSON SAS, 2016.
  2. Angel P., Mazet P. Guérir les souffrances familiales. Ed P.U.F, Paris, 2004.
  3. Debray Q., Nollet D. Les personnalités pathologiques. Ed Elsevier MASSON SAS, Paris, 2011.
  4. Gelder M., Mayou R., Cowen P. Traité de Psychiatrie. Ed Flammarion, Paris2005
  5. Kacha F. Psychiatrie et Psychologie Médicale. Ed PUBliCOM, Alger, 2002.
  6. Nardone G. Peur panique phobie. Ed Esprit du temps, Paris, 1996

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Psychiatric emergency

R. MACHANE, T.M. BENATMANE Service de Psychiatrie, CHU Mustapha Bacha, Alger.

Abstract : Our country has organized in each psychiatric sector a reception unit for psychiatric emergencies. The demand on emergencies continues to increase, due to the importance of conflicts situations in the society, by psychosis therapeutic follow-up withdrawal, and by the frequent families and caregivers request for patient’s suicidal risk. The psychiatrist’s work in the emergency unit is complex and requires training, skills and know how in order not to miss during the psychiatric emergency the presence of life-threatening somatic diseases.

Key-words : Emergency, emergency psychiatry, agitation.

Résumé : Notre pays a organisé au niveau de chaque secteur de psychiatrie un accueil pour les urgences psychiatriques. La demande au niveau des urgences ne cesse d’augmenter et s’explique par l’importance des situations de conflits dans la société, par les arrêts thérapeutiques des psychoses suivies au niveau des consultations, et par la fréquence de la demande des familles et des soignants face aux risques suicidaires des patients. Le travail du psychiatre au niveau des urgences est complexe et nécessite une formation, des compétences et un savoir- faire pour éviter d’ignorer au cours de l’urgence psychiatrique, la présence de maladies somatiques ayant un risque vital.

Mots-clés : Urgence, psychiatrie d’urgence, agitation.

Introduction :

Tout comme la médecine d’urgence a mis longtemps à accéder au statut de spécialité à part entière, la psychiatrie d’urgence est restée longtemps sous-estimée.

Ceci est moins le cas dans notre pays où depuis de nombreuses années, les services et les unités d’urgence existent au niveau de chaque secteur psychiatrique et au niveau de la plupart des Centres Hospitalo-Universitaires. Cette situation s’explique par plusieurs raisons : Tout d’abord l’accroissement considérable des demandes de prise en charge en urgence dans toutes les régions du pays. Les familles tolérant les troubles de leurs enfants longtemps après leur développement jusqu’à l’apparition d’une agitation ou de troubles graves du comportement. Cet accroissement peut également s’expliquer par la progression des situations de crise dans notre société et par la diminution, voire la disparition de divers intervenants sociaux. Ceux-ci devaient jusqu’alors permettre de faire face en amont aux près-urgences psychiatriques sans recours systématiques aux structures lourdes

Les enjeux quantitatifs sont également importants pour les établissements de santé pour qui l’accueil des urgences constitue un point de contrôle aussi bien favorable que défavorable sur les flux potentiels importants de malades.

Les autres raisons sont plutôt qualitatives : prise de conscience du rôle fondamental de l’accueil d’urgence dans le parcours de soins des patients psychiatriques, identification de nombreuses interactions médico-psychiatriques requérant une compétence, voire une expertise réelle.

Définition de l’urgence psychiatrique :

Il est difficile de définir la notion d’urgence psychiatrique tant elle recouvre des situations variées : entre la simple consultation sans rendez-vous motivée par une rupture de médicaments, une rechute délirante après thérapeutique, une première crise d’angoisse, une insomnie tenace, et les troubles à l’ordre public conduisant à une demande d’hospitalisation sous contrainte, il existe une gamme très large de demandes auxquelles le psychiatre d’urgence est censé pouvoir répondre avec la même disponibilité.

On peut définir l’urgence comme une demande dont la réponse ne peut être différée, il y a urgence à partir du moment où quelqu’un se pose la question qu’il s’agisse du patient de son entourage, ou du médecin.

L’urgence nécessite une réponse rapide et adéquate de l’équipe soignante afin d’atténuer le caractère aigu de la souffrance psychique.

Répondre à l’urgence psychiatrique : L’urgence en psychiatrie se distingue de celle des autres spécialités par une caractéristique particulière.

La souffrance du patient ne peut être dissociée de son contexte. En effet, comment considérer et évaluer celle- ci, sans s’intéresser aux modalités d’entrée, la présence ou non d’un accompagnant, à sa coopération au cours de l’examen somatique, et enfin, à sa compliance à échanger avec le médecin ?

Il existe cependant plusieurs types de classification des urgences. L’approche opérationnelle semble la plus appropriée au travail réalisé́ dans les lieux recevant les urgences psychiatriques.

Classification des urgences :

Trois types d’urgences se distinguent :

  • Les urgences psychiatriques pures : le patient relève de la psychiatrie et, en l’absence de toute pathologie organique, il peut être pris en charge par une équipe de soins en psychiatrie. Toutes les manifestations aiguës des pathologies psychiatriques sont concernées. Tous ces états peuvent s’accompagner de troubles du comportement ou de passages à l’acte.
  • Les urgences mixtes : le sujet présente des manifestations organiques et psychiatriques simultanées.
  • Les états aigus transitoires : le patient est en situation de crise et présente des réactions émotionnelles intenses avec risque de passage à l’acte.

Cas cliniques courants aux urgences

  • Les urgences psychiatriques pures : Les urgences de la psychiatrie sont moins fréquentes que les situations de crise dans les structures d’urgence non exclusivement psychiatriques. Il ne faut pas les oublier pour autant, et le diagnostic doit être fait puisqu’elles peuvent mettre en jeu le pronostic vital du patient. Elles nécessitent parfois

une hospitalisation psychiatrique librement consentie ou sous contrainte lorsque la situation clinique le justifie. Les principales urgences psychiatriques à ne pas méconnaitre sous peine d’engager le pronostic vital du patient sont :

  • La mélancolie et sa forme délirante : elle est marquée par l’existence nette, voire exacerbée, des symptômes dépressifs associés à une douleur morale intense. Les idées de faute et d’incurabilité́ sous-tendent les idées de mort ; dans ce cas, le risque suicidaire est majeur,
  • L’accès maniaque : le patient est le plus souvent accompagné par sa famille épuisée et inquiète devant l’extravagance et l’agitation psychomotrice incohérente de leur proche. Il arrive que le patient soit amené par les pompiers ou la police dans un contexte d’agitation sur la voie publique. Il peut nier l’aspect pathologique de son état et être sujet à de violentes colères comme d’importantes crises d’angoisse, sources de passage à l’acte ;
  • L’état psychotique délirant et dissocié : il est marqué par l’importance de l’effondrement du rapport du sujet au monde. La dissociation fait prendre au discours un aspect incohérent et le délire est au premier plan de l’entretien. Des phénomènes de dépersonnalisation et d’angoisse s’associent et font craindre la survenue de passages à l’acte auto ou hétéroagressifs impulsifs, mais non dénués de sens, l’état paranoïaque aigu est à rechercher précisément devant tout patient certain de la réalité d’intentions nuisibles à son égard. Il faudra préciser l’existence d’un persécuteur désigné faisant craindre un passage à l’acte hétéroagressif pouvant être suivi d’un suicide ;
  • L’état délirant : aigu induit par la prise d’un toxique. Il s’agit de syndromes délirants articulés à la prise de toxiques psychostimulants ou hallucinogènes. Ces états aigus surviennent chez des sujets jeunes pour lesquels la notion de prise de drogue peut être retrouvée. Le délire est massif, marqué par l’importance des hallucinations et associé à une dépersonnalisation et de fortes angoisses. Encore une fois, cette situation clinique fait craindre le passage à l’acte suicidaire ou hétéroagressif. La connaissance des antécédents du patient est une aide précieuse au diagnostic, les contacts avec l’équipe psychiatrique soignante, si elle existe, permettent l’ajustement thérapeutique nécessaire et adapté au patient dans l’urgence, et son orientation adéquate dans le système de soins dont dispose cette équipe.

Ces situations imposent toutes en effet un traitement psychotrope en urgence et une hospitalisation en milieu psychiatrique.

  • Les états d’agitation : l’agitation intense est un motif courant de référence au service de psychiatrie. Une étude américaine indique que l’agitation est présente dans 50 % des cas psychiatriques aux urgences. L’évaluation du patient agité peut être une source d’anxiété pour les médecins psychiatres. Les causes de l’agitation sont multiples, il peut s’agir d’un problème médical, d’un problème psychiatrique ou de toxicomanie.

L’American Association of Emergency Psychiatry (AAEP) a publié récemment des lignes directrices consensuelles sur la conduite à tenir en cas d’agitation dans un esprit d’efficacité et de sécurité de l’intervention, mais également dans le souci de l’intérêt du patient. Auparavant, les lignes directrices mettaient l’accent sur les systèmes environnementaux et la médication. Pour la première fois, un document cadre sur le sujet aborde tous les aspects de l’intervention, du triage médical à la pharmacothérapie, en passant par l’évaluation et la désescalade verbale.

Le but consiste à apaiser le patient, à le calmer en réduisant au minimum la contention, par des moyens mécaniques et chimiques. La sédation excessive jusqu’à induire le sommeil couperait court à la possibilité d’interroger le patient et de l’évaluer.

Les deux grandes classes de médicaments les plus couramment utilisées dans la prise en charge du patient agité sont les benzodiazépines et les antipsychotiques. Les antipsychotiques englobent les antipsychotiques de première génération et ceux de seconde génération.

  • La crise suicidaire : L’évaluation des risques est un volet important de l’évaluation psychiatrique. La plupart des cas dirigés vers les urgences par les consultations psychiatriques le sont pour l’évaluation du risque suicidaire.

La prévention du suicide demeure fondamentalement une science inexacte, et, en dernier ressort, c’est le psychiatre en fonction aux urgences, qui déterminera le degré de risque, et qui tranchera la question de savoir s’il est sécuritaire de laisser aller le patient, ou s’il est nécessaire de l’admettre avec son accord ou contre son gré. La détermination du risque suicidaire s’applique dans une gamme complexe de diagnostics et de manifestations cliniques.

Le psychiatre devra participer à de nombreuses évaluations pour être en mesure de déterminer le degré de risque et savoir si le patient présente des traits suicidaires chroniques et un comportement autodestructeur sans intention claire, ou si le risque est imminent.

L’évaluation du risque est un processus qui doit être

documenté, notamment la précision du degré de risque, soit faible, modéré ou élevé, et suivi de l’élaboration d’un plan conséquent.

  • Consommation d’alcool ou de drogues : les problèmes de toxicomanie sont un motif courant de consultation aux urgences, soit dans près de 20 % des cas. Il peut s’agir de problèmes de toxicomanie seuls, ou de façon concomitante avec d’autres troubles mentaux. Près du tiers des personnes souffrant de troubles mentaux sont également addictes à des toxiques.
  • Cas médicaux complexes : La comorbidité médicale est courante et elle ajoute à la complexité de l’évaluation aux urgences. Le risque d’affections médicales est le même chez les patients psychiatriques et dans la population en général, voire plus élevé chez les premiers. Le patient n’a peut-être pas de médecin réfèrent, il se peut que la pauvreté ou les symptômes de la maladie le poussent à de mauvaises habitudes de vie, la médication psychotrope peut provoquer des effets indésirables néfastes sur le plan physique, les médecins peuvent attribuer les symptômes à la maladie mentale sans dépister systématiquement les affections médicales concomitantes.

Interventions d’urgence :

Aux urgences psychiatriques, les interventions vont du traitement d’un symptôme en particulier à l’instauration du traitement du trouble psychiatrique. Le traitement peut être ponctuel ou le prélude à un traitement psychiatrique continu futur. Pour instaurer un traitement, il faut évaluer la nécessité d’un traitement et éliminer une contre-indication aux psychotropes.

Dans la gestion des situations d’urgence, la démarche biopsychosociale s’avère optimale. Dans une situation d’urgence, la pharmacothérapie aura pour but d’atténuer les symptômes de détresse afin que le patient puisse participer activement à son traitement.

Les médicaments d’usage courant aux urgences sont les benzodiazépines et les antipsychotiques pour contrer l’agitation, l’anxiété et l’insomnie. Le psychiatre doit connaître la spécificité des médicaments qu’il prescrit aux urgences.

Le savoir-faire dans l’intervention en situation de crise est nécessaire au service des urgences. Les personnes œuvrant aux urgences psychiatriques doivent savoir établir un rapport avec le patient en crise, cerner les déclencheurs de la crise, aider le patient à gérer ses émotions pénibles tout en proposant d’autres stratégies d’adaptation. Enfin, de nombreux problèmes d’ordre social sont à l’origine de la situation de crise motivant la visite aux urgences, ou du moins contribuent à l’aggravation du tableau clinique. L’équipe de psychiatrie d’urgence optimale est formée de professionnels qui ont une connaissance approfondie des ressources communautaires.

Conclusion :

La place du psychiatre aux urgences n’est plus à promouvoir, elle est devenue nécessaire. Le partenariat créé entre le psychiatre et les urgentistes autorise une approche plus globale de la personne et répond à une multiplicité des intrications médico-psychologiques.

Cette collaboration permet un dépistage, et une gestion de l’urgence psychiatrique plus aisée.

Un des rôles du psychiatre au sein de l’équipe des urgences est également de maintenir l’alerte face à la toujours possible organicité des troubles psychiatriques.

Le travail du psychiatre aux urgences est complexe.

Il se doit à la fois de synthétiser une situation, d’entrer en relation avec une personne, de l’orienter pour sa prise en charge, tout en lui apportant, dès cette première rencontre, une aide, un apaisement, et donc un acte thérapeutique.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  1. Boiteux C, Clostre M, Querel C, Gallarda T. Urgence psychiatrique. EMC 2004, 37-678-A-10.
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  10. C. Boiteux : Psychiatric emergency ; EMC-Psychiatrie 1 (2004) 87–104

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Aggression and violence

F. KACHA, Professeur Émérite de Psychiatrie, Hôpital Psychiatrique de Chéraga, Alger.

Abstract :  Aggression and violence are rooted in the powerful energy of all forms of life. If violence is not a disease in itself it is a major concern of the psychiatric field. Violence has a significant impact on those who experience it. Our country, which has had a long traumatic history, has the duty and capacity to adapt and sublimate its aggressive impulses, on pain of reliving new violence.

Key-words : Violence, aggression, trauma.

Résumé : L’agressivité et la violence prennent leur origine dans une puissante énergie que possède toute forme de vie végétale et animale compris. Si la violence n’est pas une maladie en soi, c’est une préoccupation majeure du champ psychiatrique qui doit soustraire les malades de l’action judiciaire en se dotant de lois et de structures adaptées. La violence a des répercussions importantes sur ceux qui la subissent. Notre pays qui a connu une longue histoire traumatique (coloniale, guerre civile et multiples catastrophes), a le devoir et la capacité de s’adapter et de sublimer ses pulsions contre-violences sous peine de revivre de nouvelles violences.

Mots-clés : Agressivité, violence, trauma

Généralités :

Ce couple de mot est des plus banals et des plus utilisés dans ses multiples facettes : Anthropologique, sociologique, religieuse, philosophique, éthologique, judiciaire, clinique et psychopathologique. La violence organisée (guerre, massacre, persécution d’une minorité) par contre, constitue une immense préoccupation humaine, toujours d’actualité dans le monde où le sentiment d’insécurité ne cesse de croitre. Ce sentiment d’insécurité a de multiples causes, il peut s’expliquer par la présence de violents conflits, par la survenue d’événements anodins comme les petites incivilités vécues quotidiennement, ou par l’acharnement des médias à dramatiser quotidiennement le moindre événement survenu à l’autre extrémité de la planète. La violence n’est pas toujours l’expression de l’autre, chacun de nous peut même se définir par la manière originale qu’il a, d’aborder l’agressivité et la violence, autant les siennes que celles de l’entourage. Ceci suppose un seuil spécifique de tolérance pour chacun de nous, au-delà duquel surviennent les comportements agressifs ou contre-agressifs (réponse par un comportement d’évitement pour le phobique, justification d’une rapide réponse violente pour le paranoïaque etc.). Nous sortons d’un siècle, le XXe, qui peut être considéré comme le plus violent de l’histoire de l’humanité, et notre pays y est bien représenté, car nous avons vécu plus d’un siècle de violences coloniales, des années de guerre civile et de multiples catastrophes tant humaines que naturelles. Ces traumatismes nous ont rendus extrêmement sensibles et réactifs à toute agression, mais en même temps, ils ont malheureusement contribué à banaliser la violence et en augmenter le seuil de tolérance. Notre société est passée des peurs sacrées à des peurs profanes. A ces propositions il faut ajouter deux remarques qui justifient quelques inquiétudes à propos de la violence de nos comportements futurs :

  1. La première concerne les transmissions intergénérationnelles des violences subies. Elles sont plus ou moins conscientes et se transmettent à plusieurs générations comme l’ont développé et l’ont théorisé plusieurs auteurs. (Karima Lazali2, « Le trauma colonial ». Slimane Medhar, « Les violences sociales ».
  2. La seconde remarque est une crainte qui découle de l’analyse de ce qui se passe dans les nombreux conflits inter-religieux, inter-ethniques ou entre pays voisins que le monde a vécu et qu’il continue de nous montrer à ce jour. Ces conflits sont parfois d’une grande violence et laissent penser que la majorité de l’humanité est composée d’hommes ordinaires susceptibles de devenir des bourreaux volontaires si les circonstances le permettent. Enfin je vous rappelle que dans les années 2000, après la décennie de violences sociales qu’a connu notre pays, nous nous sommes tous mobilisés pour former, organiser, et proposer grâce d’ailleurs à l’aide de toutes les organisations nationales et internationales (OMS, UNESCO, UNICEF, UE, etc.) ; des programmes de prévention et des recommandations qui sont restés lettres mortes. Comme s’il fallait au plus vite oublier le cauchemar, de peur qu’il nous reprenne ? Alors que nous sommes conscients que les violences vécues et les souffrances subies ne nous vaccinent pas contre le recours à ces mêmes comportements.

Violence et psychiatrie.

Le sujet interpelle tous les psychiatres car l’agressivité et la violence sont une préoccupation majeure du champ psychiatrique. Si la violence ne semble pas être une maladie en soi, il se trouve que la majorité de la popula- tion et des responsables politiques proposent en même temps que l’OMS, de l’aborder comme un problème de santé. Par ailleurs la population générale considère que la violence excessive est un comportement en dehors de la normalité. On se retrouve donc face à un paradoxe qui veut que, plus un acte est terriblement violent, et plus celui qui le commet doit être malade et donc inno- centé. Ce qui implique, faussement et dangereusement, de psychiatriser des comportements extraordinaire- ment complexes. S’il est vrai que la majorité des troubles mentaux peut donner lieu à des comportements agres- sifs et violents, les études de terrain montrent que moins de 1% des jugements pour agression donnent lieu à une irresponsabilité pénale1. Il faut donc tenir compte des autres facteurs de risque comme la présence de conduites addictives et de troubles de la personnalité qui n’exclut pas la responsabilité des auteurs de violence. Il faut noter à ce propos qu’il est souvent difficile de distinguer les éléments habituels de la personnalité de ceux qui appartiennent déjà à une activité pathologique délirante. Le degré d’altération de l’analyse de la réalité est souvent difficile à préciser et c’est l’importance de cette altération qui entraine l’irresponsabilité pénale. Au-delà de la présence d’une pathologie mentale dans certains passages à l’acte violents, les sociétés contemporaines se tournent vers la psychiatrie pour obtenir des réponses aux nombreuses questions qui se posent à propos des causes des violences humaines, ceci afin d’en organiser leur prévention :

  • La justice exige d’elle, de séparer les agresseurs irresponsables que les psychiatres doivent soigner, des agresseurs responsables qu’elle doit isoler juger et punir. La société demande également à la psychiatrie d’expliquer leur origine, de donner du sens à la radicalisation, aux suicides, aux auto-immolations par le feu, aux comportements des « harraga » etc.
  • Elle n’hésite pas, paradoxalement, à demander en plus à ces psychiatres, de venir dans les prisons « réparer » ces délinquants pourtant jugés responsables de leurs actes. Elle leur demande par ailleurs de proposer des critères prédictifs des passages à l’acte, et même d’évaluer la dangerosité des criminels ayant purgé leur peine avant leur libération.

Enfin les psychiatres sont régulièrement confrontés à l’agressivité des patients et/ou de leur famille en même temps qu’à la prise en charge des victimes d’agressions familiales ou sociales. (A propos de la violence des patients, rappelez-vous l’assassinat d’un psychiatre privé à Bouira par un de ses patients. Ce qui est terrifiant dans ce drame, c’est que, de son cabinet situé au rez-de-chaus- sée d’un grand immeuble, ce collègue a passé des heures à demander en criant, de l’aide aux voisins qui sont restés indifférents).

Quelques définitions :

L’OMS définie ainsi la violence : « Par violence il est entendu l’usage de la force physique, psychique ou de pouvoir, contre soi-même, une autre personne, un groupe ou une communauté et entrainant ou risquant fortement d’entrainer des conséquences négatives sur la santé physique, mentale ou sociale de celui ou celle qui en est victime »

Elle propose trois types de violence : à l’encontre de soi- même, interpersonnelle et organisée.

  1. Auto-infligée : tentative de suicide, suicide, autoimmolation
  2. Interpersonnelle : meurtre, agression sexuelle, exploitation
  3. Organisée : guerre, gang, terrorisme, répression

La dangerosité peut être définie comme la probabilité de survenue d’un acte violent. Elle correspond à un vécu agressif projeté sur l’environnement. Les facteurs de risque de violence à ne pas confondre avec la prédiction ou la gestion des risques, sont représentés par l’âge jeune adulte, le sexe masculin, le célibat, les antécédents de violence, la présence d’abus de substance, l’absence d’insight, et la présence d’activité délirante de persécution.

Les soignants pour la plupart, ont du mal à gérer la dangerosité qui dure dans le temps et qui ne répond pas rapidement au traitement, car leur rôle reste le soin et non le contrôle de la violence. Ce qui explique la création dans certains pays d’institutions pour les patients particulièrement violents. L’originalité de ces institutions se trouve dans la possibilité d’être gérées par un personnel mixte, personnel s’occupant de la sécurité et personnel destiné aux soins.

Peut-on comprendre ce qui différencie l’agressivité de la violence ?

La violence et l’agressivité sont deux dimensions importantes du développement humain, elles prennent leur origine dans l’énergie qui est attachée à toute forme de vie, végétale et animale compris.

La violence humaine dans ces manifestations est à situer au plus près du jaillissement pulsionnel. Il est de l’ordre de la survie, elle défend l’identité menacée.

L’agressivité quant à elle apparait comme une transformation élaboratrice de la violence et montre une forme de lien avec l’objet ou la personne agressée.

La violence serait sous le primat de l’énergétique, de la décharge aveugle, alors que l’agressivité se déploierait en contenus plus scénarisés, en fantasmes.

La violence est un comportement humain menaçant et contagieux. Elle suscite de ce fait, fascination, sidération (ce qui explique l’engouement pour les jeux violents sur internet et la variété des films violents qu’on nous propose). Elle suscite une violence en retour y compris dans les dispositifs mis en place pour la contenir qu’il s’agisse de dispositif institutionnel ou de soins.

Toutes les législations de psychiatrie dans le monde organisent l’hospitalisation et l’enfermement des ma lades dangereux sous la surveillance et le contrôle des psychiatres. Ainsi dans notre pays c’est à ces derniers de trouver les moyens physiques et thérapeutiques pour contenir ces patients, sans jamais disposer de critères précis pour la construction des lieux, ni des moyens de prise en charge ni même des dispositifs juridiques adaptés (pas de contrôle administratif ni juridique).

Pour mieux comprendre la relation de ce couple de notions, agressivité et violence on peut prendre d’autres exemples :

Quelle différence y a-t-il entre jeu et combat ? Dans le combat l’adversaire est à détruire, à éliminer, alors que dans le jeu l’adversaire est indispensable. Il accepte et respecte les mêmes règles et se révèle un autre soi- même. Ceci malgré les intérêts opposés et le désir de gagner, présent chez chacun des joueurs.

Un autre couple de notions, dont les sens respectifs ont été développés par les psychanalystes, est représenté par l’envie et la jalousie. Il s’agit dans les deux cas de sentiments de l’enfance qui peuvent se développer à tout moment chez l’adulte. À la différence de la jalousie, l’envie se caractérise par la détérioration éventuelle de l’objet afin que l’autre ne puisse pas en jouir. La jalousie quant à elle, n’est pas un face-à-face, c’est une relation triangulaire qui comprend en plus de l’objet, le rival réel ou potentiel. Au-delà des apparences, elle se fonde sur l’amour que l’on a pour l’objet déjà reconnu et identifié. Dans chacun des trois couples de notions on peut trouver la présence constante de l’une derrière l’autre : une jalousie tenace peut renvoyer à une envie destructrice.

L’agressivité peut toujours dégénérer, c’est là un rappel que c’est la forme jouée médiatisée de la violence par l’introduction de règles du jeu et/ou d’un objet qui fait l’effet d’un tiers ou d’arbitre.

Si on prend comme critère pour différencier ces notions, la présence ou l’absence d’un tiers ainsi que le statut reconnu de l’autre, il nous devient possible de les associer transversalement.

La jalousie, l’agressivité et le jeu relèverait d’une problématique œdipienne. Ce qui correspondait à la vieille notion de névrose.

L’envie, la violence et le combat renverraient à des processus archaïques du registre préœdipien.

Quelques mots de psychopathologie

Il est difficile de prendre conscience de la dimension automatique des réactions agressives. Leur dimension pulsionnelle est impulsive, elle nous permet de nous débarrasser d’affects pénibles, c’est une façon d’éviter de prendre conscience des expériences vécues ou de se laisser affecter par une situation ou par une personne. L’agir impulsif est une façon de se débarrasser et de rejeter certains aspects du monde interne, certaines pensées ou sentiments qui nous révèlent une valeur négative ou une vulnérabilité. Parfois il y a une grande intolérance à vivre des expériences émotionnelles.

Les comportements impulsifs se révèlent parfois destructeurs et souvent perçus comme le cœur des troubles de la personnalité (intégration disharmonieuse des conflits, les troubles du comportement traduisent effort pour composer avec le conflit).

Enfin, pour les psychanalystes, il faut différencier l’acting out du passage à l’acte. Selon Diatkine, seuls les acting out ont un sens symbolique latent, dont est dépourvu le passage à l’acte qui ne comporte pas de demande d’aide de la part du sujet. L’acting out est un transfert agi à la place d’une parole, le passage à l’acte vise à contrôler l’autre avec un sentiment de toute puissance.

L’agressivité et la violence à l’hôpital :

A titre d’exemple pour apprécier l’importance de l’agressivité dans un milieu professionnel nous proposons de voir ce qui se passe dans notre milieu, celui qui doit en principe accueillir et accompagner les patients souvent en conflit avec leur entourage familial ou social : l’hôpital.

L’émotion suscitée par les pathologies lourdes (psychoses, démences, cancer), renvoie les soignants à leur impuissance, à la mort et à la violence existentielle. Elle peut laisser se développer des réactions agressives plus ou moins conscientes chez les soignants.

Les malades sont parfois les miroirs de notre histoire, les accompagner réactive nos traumatismes. Lorsqu’ils s’interrogent sur le sens de leur vie, nous le faisant aussi mais silencieusement. Mais comment éviter d’une façon permanente, que la violence existentielle de nos patients ne s’empare de nous et fasse effraction ?

Nous sommes sans aucun doute de futurs malades, et nous assistons à une révolution anthropologique de la famille qui montre une difficulté à vivre la mort d’un

de ses membres. Les exigences de soins en service de réanimation, les demandes de soins à l’étranger pour des pathologies terminales montrent que les avancées technologiques ont fait oublier que la vie c’est aussi la mort. Par ailleurs les réactions agressives et violentes contre le personnel soignant se développent partout. Le soignant devient le représentant symbolique d’une institution qui semble ne pas jouer correctement son rôle. Alors, il devient un exutoire pour le malade et sa famille qui déchargent une violence réactionnelle au décès, à l’aggravation de la pathologie ou à l’accueil jugé inadapté. Par ailleurs les conflits entre soignants, entre soignants et l’administration vont amplifier les malaises et provoquer des rapports agressifs voire violents3 : La structure pyramidale, la compétition universitaire, la hiérarchisation des rôles, avec ses schémas de soumission et de domination, la notion de territoire, les systèmes d’acquis et de privilèges font que l’hôpital a perdu sa sacralité et sa dimension de grande famille soutenante.

La prise en charge.

Elle est multifactorielle :

  • D’abord la prise en charge sociale et éducative : dans les familles l’excès d’autorité juste et adapté est préférable à l’absence d’autorité. Il faut éviter tout ce qui peut provoquer les déliaisons sociales : la confusion des codes sociaux et des rôles, la précarité familiale etc.
  • Mettre en place dans le système scolaire des programmes de prévention de la violence dans chacune des étapes scolaires du primaire à l’université.
  • Prendre en charge précocement les familles à transaction violente.
  • Penser à la prise en charge des adolescents violents : c’est l’âge des oppositions et des conduites addictives. Même si la famille n’est pas considérée comme responsable de la violence, son aide est souhaitable afin d’appréhender la problématique dans toute sa complexité interactionnelle. Une thérapie familiale est alors le traitement de choix.
  • Former les médecins généralistes à l’écoute et à la prise en charge précoce des pathologies psychiatriques.
  • Quant à la violence à l’hôpital : l’organisation de l’accueil et des urgences, est un préalable pour informer, rassurer et accompagner les malades et leurs familles. La formation à tous les niveaux des soignants et de l’administration doit être permanente et obligatoire. Plus générale et difficile, est la nécessité d’une préparation psychologique philosophique et religieuse pour éviter

que la confrontation aux frustrations, à la maladie et à la mort ne provoque des réactions de révolte plus ou moins violentes.

  • Aider à la diminution de la tolérance aux injustices, quels que soient les lieux où elles se manifestent (famille, école, société).
  • Favoriser un développement harmonieux de nos institutions, car plus un pays se développe, plus il doit développer des lieux d’accueil et de soins car moins il tolère la violence.
  • Y a-t-il une prévention biologique ? Nous traitons les troubles mentaux qui peuvent s’accompagner de vio- lence. Si la violence seule n’est pas une maladie, tous les comportements humains ont une base biologique. Les zones mésolimbiques (hippocampe, hypothalamus, amygdale) semblent décisives dans l’activation de la réponse agressive. Le cortex orbitofrontal et frontomedian agissent comme un filtre inhibiteur de l’agressivité. Mais les connaissances des bases biologiques de nos com- portements violents ne peuvent pas pour le moment nous aider à les supprimer, elles nous invitent à plus de responsabilité dans la transformation de nos pulsions par des processus cognitifs. L’être humain a la capacité d’établir une distance, de sublimer, voire de renoncer à la stimulation instinctive. Il est capable de satisfaire ses pulsions à travers des comportements adaptatifs tels les activités sportives, ou imaginatifs comme les concurrences agressives légales scientifiques dans les milieux professionnels.

Conclusions

Si le XXe siècle a été des plus violents, il a été également très riche en solidarité et en protection des individus les plus vulnérables. Les droits politiques se sont étendus (indépendances des pays colonisés, droit de vote des femmes etc.) ; l’éducation s’est généralisée à des classes de population qui en était privées, des organisations internationales de protection de l’enfant et des minorités se sont imposées et les activités humanitaires ce sont développées de manière exponentielle.

Sommes-nous pour autant protégés de la violence, du chaos et des massacres ? Les dernières guerres en Yougoslavie au Yémen en Syrie et la période de violence sociale que nous avons connu, montrent qu’il ne suffit pas de condamner la violence dans toutes ces expressions pour s’en prémunir. Il faut s’en méfier, être prêts à en reconnaitre l’existence et le développement en soi, chez son voisin et dans son groupe social.

Aucune société et aucune personne ne peut se considérer immunisée de l’instinct de violence. Il suffit parfois de peu de chose pour que les conditions se créent, pour que les massacres et le chaos prennent à nouveau le dessus. Aucun peuple n’est violent mais tous les peuples peuvent le devenir.

Il est évident que ce devoir de vigilance ne peut pas relever que d’un seul domaine, celui de la santé. C’est un devoir qui relève de chaque citoyen et l’exemple que notre pays a donné au monde à partir du 22 février 2019, en organisant des marches spontanées revendicatrices grandioses sans le moindre incident violent, prouve que cela est possible.

Liens d’intérêts :

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  1. Bergeret J. La violence et la vie. Ed Payot Paris 1994
  2. Bergeret J. La violence fondamentale. Ed. Dunod, Paris, 2000
  3. Cauchy V. Société contemporaines et violence originelle. Revue internationale des sciences morales, Paris, Unesco-Eres, 1992, p209-216
  4. Lazali K. Le trauma colonial. Ed Koukou, Alger 2018
  5. Damiani C., Lebigot F. Les mots du trauma. Ed Philippe Duval, Paris 2011
  6. Diatkine G. Violence, culture et psychanalyse. Collection Semailles. Ed SARP 2001
  7. Moussaoui A. De la violence en Algérie. Ed Barzakh, Alger 2006
  8. Medhar S. Les violences sociales. Thala ed, Alger 1997
  9. Raoult P.A. Passage à l’acte Ed. Elsevier Masson SAS, Paris 2011.
  10. Voyer M., Debreucq J.L., Senon J.L. Clinique et prédiction de la violence en psychiatrie.
  11. EMC-psychiatre 2012 ; 9(4) :1-12 (Article 37-510-A-20)

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Determinants of Obstetrical Complications in Adolescent Girls at the Befelatanana Maternity Hospital, Antananarivo, Madagascar: A Case-Control Study

JFR, BM, ZAR (Conception de l’étude et rédaction) ; JFR, ZAR (Collecte des données) ; JFR, BM (Analyse statistique) ; JFR, BM, ZAR (Discussion des résultats) ; HRA, EJR (Relecture)

Abstract: Context and objective: Obstetric complications are often the cause of maternal deaths, especially among adolescent girls. The objective of this present study was to identify factors associated with obstetric complications in adolescents. Methods: This is a case-control study conducted at the Befelatanana maternity hospital over a period of 2 months, march and april 2019. Adolescent girls who have given birth and present one or more obstetric complications during the course of labor or during the postpartum period represent the cases. Adolescent girls who have given birth and who do not present obstetric complications with a eutocic delivery are classified as controls. Results: A total of 74 cases and 154 controls were included. Obstructed labor (35,1%), hemorrhage (21,6%), complications of abortion (18,9%), complications of hypertension during pregnancy (13,5%), extra-pregnancy uterine (6,8%) and infection (4,1%) are obstetric complications presented by adolescent girls, respectively. This study found that the following factors are significantly associated with obstetric complications in adolescent girls: age less than 15 years, rural area of residence, age at first sexual intercourse ≤14 years, parity, history of miscarriage, infections and uncontrolled drug use during pregnancy, genital haemorrhages, abdominal trauma, failure to follow recommended antenatal consultations, medical conditions, toxic history and lack of birth planning. Conclusion: Teenage pregnancy requires special monitoring because adolescent girls are at risk of numerous obstetric complications.

Key-words: Determinants, obstetric complications, adolescent girls, Befelatanana maternity.

Résumé : Contexte et objectif : Les complications obstétricales sont souvent à l’origine des décès maternels surtout chez les adolescentes. L’objectif de cette présente étude était d’identifier les facteurs associés aux complications obstétricales chez les adolescentes. Méthodes : Il s’agit d’une étude cas-témoin menée à la maternité Befelatanana sur une période de 2 mois, mars et avril 2019. Les adolescentes ayant accouché et présentant une ou plusieurs complications obstétricales lors de l’évolution du travail ou pendant la période post partum représentent les cas. Les adolescentes ayant accouché et qui ne présentent pas de complications obstétricales avec un accouchement eutocique sont classées comme témoins. Résultats : Au total, 74 cas et 154 témoins ont été inclus. La dystocie (35,1%), l’hémorragie (21,6%), les complications de l’avortement (18,9%), les complications de l’HTA gravidique (13,5%), la grossesse extra-utérine (6,8%) et l’infection (4,1%), sont respectivement les complications obstétricales présentées par les adolescentes. Cette étude a permis de constater que les facteurs suivants sont associés significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes : âge inférieur à 15 ans, milieu de résidence rurale, âge au premier rapport sexuel ≤14 ans,  parité, antécédents de fausse couche, infections et prise de médicament non contrôlée pendant la grossesse, hémorragies génitales, traumatisme abdominal, non suivi des consultations prénatales (CPN) recommandées, pathologies médicales, antécédents toxiques et manque de planification de l’accouchement. Conclusion : La grossesse chez les adolescentes nécessite un suivi particulier car les adolescentes sont à risque de nombreuses complications obstétricales.

Mots-clés : Déterminants, complications obstétricales, adolescentes, maternité Befelatanana.

  1. Introduction

Les complications obstétricales sont des complications qui surviennent pendant la grossesse, l’accouchement ou les suites de couches et ces complications constituent l’origine des décès maternels. La mortalité maternelle reste encore un problème de santé publique jusqu’à aujourd’hui surtout chez les adolescentes, elle est définie selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) par un âge allant de 10 à 19 ans [1]. L’âge maternel est devenu de plus en plus jeune, plus la parturiente est jeune, plus la survenue des complications obstétricales est fréquente. Chaque jour, ces complications liées à la grossesse et l’accouchement mettent en jeu le pronostic vital de plusieurs parturientes s’il n’y a pas de prise en charge adéquate. Plusieurs complications obstétricales causant la mortalité maternelle peuvent survenir: hémorragies, travail prolongé et dystocie, infections puerpérales, grossesse extra-utérine, complications de l’hypertension artérielle gravidique et complications de l’avortement. Pendant les périodes de grossesse et d’accouchement, 15% des femmes présentent des complications qui nécessitent des soins obstétricaux d’urgence [2-3].

Dans le monde, les complications obstétricales pendant la grossesse et/ ou lors de l´accouchement entraînent une mortalité de 830 femmes environ chaque jour ou plus de 532 000 décès maternels par année en 1990, ce chiffre a baissé à 303 000 décès en 2015. Parmi ces décès maternels, 70 000 adolescentes meurent chaque année des suites des complications de grossesse et d’accouchement. 99% des décès maternels surviennent dans des pays en développement et 66% se trouvent uniquement en Afrique  subsaharienne. Chaque année, 201 000 femmes enceintes meurent suite aux complications obstétricales et les principales causes ont été les hémorragies, les infections, les complications hypertensives et les dystocies [4].

A Madagascar, le taux de mortalité maternelle est resté quasi stationnaire depuis des dizaines d’années. Les facteurs explicatifs sont notamment la couverture et les soins prénatals prodigués qui n’ont véritablement pas évolués, la précocité de la première grossesse ou la grossesse des adolescentes et l’intervalle inter-génésique trop court. Ce ratio est estimé à 464 en 2004 versus 498 pour 100 000 NV en 2009 et 426 en 2018 [5-6].

Face à cette situation, cette étude avait pour objectif d’identifier les facteurs associés aux complications obstétricales chez les adolescentes.

  • Méthodes
  • Type, période et population d’étude

Une étude cas témoins sur les déterminants des complications obstétricales chez les adolescentes a été réalisée à la maternité Befelatanana durant la période allant du 1er mars au 30 avril 2019. Ont été inclus comme «cas», les adolescentes ayant accouché et présentant une ou plusieurs complications obstétricales lors de l’évolution du travail ou pendant la période post partum. Dans cette étude, les complications obstétricales se définissent comme des conditions ou processus pathologiques associés à la grossesse. Ils peuvent survenir pendant ou après la grossesse et vont des inconforts mineurs aux maladies graves qui peuvent être à l’origine de décès maternel. Les «témoins» choisis sont représentés par les adolescentes ayant accouché et qui ne présentent pas de complications obstétricales avec un accouchement eutocique. Pour chaque cas, deux témoins ont été retenus. Au total, 228 adolescentes ont été recrutées dont 74 cas et 154 témoins.           

Variables étudiées

Les complications obstétricales chez les adolescentes ayant accouché constituent la variable dépendante de cette étude. Les variables indépendantes sont représentées par le profil social, les antécédents gynécologie-obstétricaux, l’histoire de la dernière grossesse, les antécédents généraux, la planification de l’accouchement et le mode d’admission. Le profil social concerne la tranche d’âge, la situation matrimoniale, le niveau d´instruction, le secteur professionnel, le niveau de vie et le milieu de résidence ; les antécédents gynécologie-obstétricaux, évalués selon l’âge aux premières règles, l’âge au premier rapport sexuel, l’utilisation de la contraception, la gestité , la parité et la fausse couche; l’histoire de la dernière grossesse, évaluée selon le vomissement incoercible, l’infection pendant la dernière grossesse, le massage utérin , la prise non contrôlée de médicament, la grossesse gémellaire , l’hémorragie génitale, le traumatisme abdominal, la chirurgie abdominale et la consultation prénatale ; les antécédents généraux évalués selon l’antécédent médical, l’HTA confirmée, le diabète, le tabagisme et l’alcoolisme ; la planification de l’accouchement et le mode d’admission.

Analyses statistiques et mode de collecte des données

Il s’agissait d’un échantillonnage exhaustif pour les cas et un tirage aléatoire simple pour les témoins. Un entretien individuel auprès des adolescentes ayant accouché, répondant aux critères d’inclusion et associé à la consultation inscrite dans le carnet de santé et le protocole d’accouchement ou protocole opératoire, a été réalisé. Une fiche d’enquête préétablie a été utilisée pour la collecte de données et  un questionnaire a été rempli pour l’ensemble des cas témoins.

Les données recueillies ont été saisies, traitées et analysées sur ordinateur, sous logiciels Word® pour le traitement de texte, Excel® pour le traitement des graphiques.

Les données de l´enquête ont été saisies et analysées à l´aide du logiciel Epi Info® 7.1.3. En tant qu’étude cas témoins, l’odds-ratio (OR) a été la mesure d’association utilisée pour rechercher les facteurs associés à la survenue de complications obstétricales chez les adolescentes et cet OR a été affecté par son propre intervalle de confiance. Pour confirmer la valeur de l’OR, le test chi carrée de Pearson a été utilisé avec sa valeur de p correspondant et lorsqu’il y a un ou des effectifs inférieurs ou égaux à 5, le test de Fisher Exact a été utilisé. La signification statistique a été fixée à 0,05.

  • Considérations éthiques et déontologiques 

Cette étude a été réalisée avec l’accord  du chef d’établissement de la maternité Befelatanana.

Avant de réaliser l’entretien, le consentement des adolescentes et celui de leur tuteur ont été obtenus.

La confidentialité, les secrets médicaux et l’anonymat ont été respectés.

  • Résultats

Au total, pendant cette période, 228 adolescentes sont recrutées selon les critères d’inclusion dont 74 cas et 154 témoins. La figure 1 illustre les complications obstétricales identifiées chez les adolescentes. Cette figure montre que la dystocie (35,1%), l’hémorragie (21,6%) et les complications de l’avortement (18,9%) sont les complications les plus fréquemment rencontrées (figure 1)

.

Figure 1 : Répartition des complications obstétricales identifiées chez les adolescentes.

Dans cette étude, plusieurs variables ont été étudiées dans le profil social tel que l’âge, la situation matrimoniale, le niveau d’instruction, le secteur professionnel, le niveau de vie et le milieu de résidence. Parmi ces variables, l’âge et le milieu de résidence sont associés significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes (tableau 1). Plus précisément les adolescentes âgées de 15 ans avec un OR = 7,29 [2,10-25,22]  et les adolescentes habitant en milieu rural avec un OR =1,73[1,0 4 – 3,19], sont associées significativement à la dite complication (tableau 1).

Tableau 1 : Répartition des cas témoins selon l’âge et le milieu de résidence

   
   
   
Cas
   
n (%)   
   
Témoins
   
n (%)   
   
OR [IC95%]   
   
P   
   
Age   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
14   
   
2 (2,7)   
   
1 (0,6)   
   
5,30   [0,45-61,34]   
   
0,109   
   
15   
   
11   (14,9)   
   
4 (2,6)   
   
7,29   [2,10-25,22]   
   
0,0005   
   
16   
   
12   (16,2)   
   
40   (26,0)   
   
0,79   [0,35-1,77]   
   
0,294   
   
17
   
18   
   
26   (35,1)
   
23   (31,1)   
   
48   (31,2)
   
61   (39,6)   
   
1,43   [0,74-2,82]
   
1   
   
0,150   
   
Milieu   de résidence   
   
   
   
   
   
   
   
Rural   
   
25   (33,8)   
   
35   (22,7)   
   
1,73[1,04   – 3,19]   
   
0,041   
   
Urbain   
   
49   (66,2)   
   
119   (77,3)   
   
1   
   
   

S’agissant des antécédents gynécologie-obstétricaux, cette étude s’intéresse aux variables suivantes : l’âge aux premières règles, l’âge au premier rapport sexuel, l’utilisation de la contraception, la gestité, la parité et la fausse couche. Parmi ces variables, l’âge au premier rapport sexuel, le nombre des parités et l’existence de fausse couche, sont associés significativement aux complications obstétricales (tableau 2). Près de 20% des cas, soit 18,9% et 5,8% des témoins, ont un âge au premier rapport sexuel ≤14 ans avec OR =3,57 [1,54 – 9,15]. Par rapport aux adolescentes primipares, les adolescentes nullipares sont associées significativement aux complications obstétricales avec OR  = 2,30 [1,12 – 4,72] (tableau 2). Presque 25% des cas, soit 24,3% et 5,4% des témoins, déclarent avoir eu une fausse couche. Le tableau 2 montre également que l’existence d’une fausse couche est associée significativement aux complications obstétricales avec OR = 6,75 [2,67 – 17,03] (tableau 2).

Tableau 2 : Répartition des cas témoins selon  l’âge au premier rapport sexuel, la parité et la fausse couche

 Cas n (%)Témoins n (%)OR [IC95%]P
Age au premier rapport sexuel (année)   
≤ 1414 (18,9)9 (5,8)3,57 [1,54-9,15]0,0018
≥ 15 Parité60 (81,1)145 (94,2)  
018 (24,3)19 (12,3)2,30 [1,12-4,72]0,012
155 (74,3)134 (87,0)1 
2 et +1 (1,4)1 (0,6)2,43 [0,14-39,64]0,293
Fausse couche ­  
Oui18 (24,3)7 (4,5)6,75 [2,67-17,03]0,00001
Non56 (75,7)147 (95,5)1 

Les variables étudiées selon l’histoire de la dernière grossesse sont les suivantes : vomissements incoercibles, infection pendant la grossesse, massage utérin, prise de médicaments, grossesse gémellaire, hémorragie génitale, traumatisme abdominal, chirurgie abdominale et le suivi de la grossesse ou CPN. L’infection pendant la grossesse avec OR=3,02 [1,27 – 7,16], la prise des médicaments non contrôlée pendant la grossesse avec OR = 6,96 [1,82 – 26,57], l’hémorragie génitale avec p = 0,0005, l’existence d’un traumatisme abdominal avec OR =2,90 [1,03 – 8,14] et l’inexistence  des CPN avec OR = 4,29 [1,85 – 9,94], sont associés significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes (tableau 3).

Tableau 3 : Répartition des cas témoins selon l’infection et la prise des médicaments non contrôlée pendant la grossesse, l’hémorragie génitale, le traumatisme abdominal et le suivi des CPN recommandées

                    Cas n (%)Témoins n (%)OR [IC95%]p
Infection pendant la grossesse    
Oui7 (9 ,5)37 (24,0)3,02 [1,27-7,16]0,003
Non67 (90,5)117 (76)1 
Prise de médicaments non controlée pendant la grossesse    
Oui Non Hémorragie9 (12,2) 65 (87,8)3 (1,9) 151 (98,1)6,96 [1,82-26,57] 10,001
Oui6 (8,1)0 (0,0)NA0,0005
Non68 (91,9)154 (100)  
Traumatisme abdominal    
Oui9 (12,2)7 (4,5)2,90 [1,03-8,14]0,023
Non65 (87,8)147 (95,5)1 
CPN
Non
Oui  
  17 (23,0) 57 (77,0)  10 (6,5) 144 (93,5)  4,29[1,85-9,94] 1  0,0003

Dans cette étude, il a été relevé qu’un antécédent d’une pathologie médicale avec OR = 11,08 [1,27 – 69,69], une HTA confirmée avec OR = 8,74 [1,05-79,65] et des antécédents toxiques tels que le tabagisme avec OR = 5,50 [1,04 – 29,09] et l’alcoolisme OR = 5,25 [1,31 – 20,96] sont  associés significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes (Tableau 4). Le manque de planification du lieu d’accouchement avec OR = 4,50[2,15 – 9,43] et le mode d’admission  référé avec OR= 2,25 [1,27 – 3,96] sont également associés de manière significative (Tableau 4).

Tableau 4 : Répartition de cas témoins selon les antécédents médicaux, les antécédents toxiques, la planification du lieu d’accouchement et le mode d’admission.

 Cas n (%)Témoins n (%)OR [IC95%]P
Pathologie médicale    
Oui5(6,8)1 (0,6)11,08 [1,27-69,69]0,007
Non69 (93,2)153 (99,4)1 
HTA confirmée    
Oui4 (5,4)1 (0,6)8,74 [1,05-79,65]0,021
Non Tabagisme Oui Non Alcoolisme Oui non70 (94,6)   5 (6,8) 69 (93,2)   7 (9,5) 67 (90,5)153 (99,4)   2 (1,3) 152 (98,7)   3 (1,9) 151 (98,1)1   5,50 [1,04-29,09]     5,25 [1,31-20,96]    0,021     0,008
Planification de lieu d’accouchement  
Non23 (31,1)14 (9,1)4,50[2,15-9,43]0,00002
Oui51 (68,9)140 (90,9)  
Mode d’admission    
Référé39 (52,7)51 (33,1)2,25 [1,27-3,96]0,0026
Direct35 (47,3)103 (66,9)  
  • Discussion

Cette étude cas-témoins réalisée à la maternité Befelatanana, a permis de d’identifier des facteurs associés aux complications obstétricales chez les adolescentes.Cette discussion est divisée en deux parties : selon les complications obstétricales d’une part et selon les facteurs associés ou les déterminants de la dite complication d’autre part.

a.      Selon les complications obstétricales

Les résultats de notre étude montrent que la dystocie (35,1%) a été la complication obstétricale la plus retrouvée chez les adolescentes, suivie de l’hémorragie (21,6%) et des complications de l’avortement (18,9%). Nos résultats sont différents au CHU de Conakry, Baldé dans son étude a trouvé que 70% des parturientes présentent des complications de l’HTA (39,53%) et de l’hématome rétro-placentaire (31,63%)[7]. Même, si ces résultats sont différents, les complications obstétricales directes sont les plus retrouvées. La dystocie qui est souvent le résultat d’un bassin étroit ou d’une mauvaise position du bébé, est plus fréquente chez les adolescentes et les femmes de petite taille dont le bassin est immature. Les femmes enceintes faisant l’expérience d’une dystocie nécessitent des soins obstétricaux d’urgence et peuvent avoir besoin d’une césarienne.

L’hémorragie est la deuxième cause des complications obstétricales observée chez les adolescentes. Lorsqu’on parle de complications hémorragiques, l’hémorragie du post-partum est la plus fréquente. Selon la littérature, l’hémorragie représente la cause directe des décès maternels dans le monde [8]. L’étude de Rafamatanantsoa et son équipe montre que l’incidence de l’hémorragie du post-partum est de 26% [9]. Il est impossible de dépister à l’avance les adolescentes qui sont les plus exposées au risque d’hémorragie.

Les complications de l’avortement constituent la troisième cause des complications obstétricales chez les adolescentes. A Madagascar, l’accès à l’avortement sans risque est interdit. En effet, il existe une forte probabilité que les avortements soient pratiqués dans des conditions  peu hygiéniques.

Facteurs associés aux complications obstétricales

Selon le profil social     

L’âge et le milieu de résidence sont associés significativement à la survenue des complications obstétricales chez les adolescentes.

Notre étude cas témoins montre que 14,9% des cas et 2,6% des témoins sont âgés de 15 ans. Ce résultat est corroboré avec l’étude de Guita faite en Guadeloupe intitulée «Grossesses évolutives chez les mineures en Guadeloupe» (2). L’âge inférieur à 18 ans est classé comme facteur de risque de grossesse. Chez les adolescentes, le bassin ne termine définitivement sa configuration que vers la 25e année [10].

Par rapport au milieu de résidence urbain, il existe une relation étroite entre les adolescentes habitant en milieu rural et les complications obstétricales. Ce résultat est confirmé par l’étude de Rafamatanantsoa qui avance que, plus le domicile des parturientes est éloigné, plus le risque de survenue des complications obstétricales augmente[11]. Ceci peut être expliqué par le fait qu’il existe un manque de moyens matériels et de ressources humaines qualifiées en milieu rural.

b.     Selon les antécédents gynécologie-obstétricaux

L’âge au premier rapport sexuel, le nombre des parités et l’existence de fausse couche, sont associés significativement aux complications obstétricales.

Le résultat de notre étude montre que 18,9% des cas et 5,8% des témoins déclarent avoir un rapport sexuel avant l’âge de 14 ans. Notre résultat est presque identique à l’enquête par grappes à indicateurs multiples effectuée en 2018 à Madagascar par l’INSTAT et l’UNICEF, qui montre que 17% des femmes avaient déjà eu leur premier rapport sexuel avant d’atteindre l’âge de 15 ans [6]. En effet, plus l’âge au premier rapport sexuel est avancé, plus le risque de grossesse augmente.

Par rapport aux adolescentes primipares, il existe une relation étroite entre les adolescentes nullipares et les complications obstétricales. Les adolescentes ayant une parité supérieure ou égale à deux sont également associées aux complications obstétricales mais test statistique non significatif. Une complication s’expliquerait par la multiplicité des accouchements qui entraine une altération de l’endomètre et du myomètre. Ce fait a été évoqué par Traouré au Mali et l’OMS [12- 13].

Selon l’antécédent de fausse couche ou avortement, 24,3% des cas et 4,5% des témoins déclarent avoir eu des fausses couches. Dans ce cas, les types de fausses couches ne sont pas mentionnés, qu’il s’agisse de fausse couche provoquée ou spontanée. En revanche, l’étude faite par Andriamifidison montre que l’âge <18 ans est un facteur associé à l’avortement provoqué [14]. Le résultat de notre étude est corroboré avec l’étude Dedecker F, car il affirme que les risques obstétricaux sont significatifs chez les adolescentes ayant un antécédent d’interruption volontaire de la grossesse et de fausse couche spontanée [15]. Ce constat pourrait être expliqué par le fait que les adolescentes cherchent tous les moyens possibles pour retarder la date de survenue de la première naissance.

  • Selon l’histoire de la dernière grossesse

Dans notre étude, l’infection pendant la grossesse, la prise non contrôlée des médicaments, l’hémorragie génitale, l’existence d’un traumatisme abdominal et le non suivi des CPN recommandées, sont associées significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes.

La présence d’infection pendant la grossesse est associée de manière significative aux complications obstétricales. L’étude de Soula à Guyane a également montré une association significative  pour l’infection à Chlamydia [16]. Cette infection au cours de la grossesse pourrait être expliquée par la multiplicité des partenaires sexuels chez les adolescentes et aussi par la mauvaise hygiène de vie au cours de la grossesse.

Notre résultat montre que 12,2% des cas et 1,9% des témoins déclarent avoir eu une prise de médicaments non contrôlée pendant la dernière grossesse. L’étude de Shmit a  montré que 21,3% des femmes s’automédiquent pendant la grossesse, 21,4% de ces femmes prennent des médicaments contre indiqués [17]. Cette prise non contrôlée des médicaments pourrait être expliquée par l’existence de malaises ou d’antécédents médicaux connus. L’erreur de posologie peut entraîner un surdosage et si le médicament est contre indiqué, le risque tératogène est élevé voire un l’apparition d’un retard de croissance intra utérin ou mort fœtale. 

Concernant le traumatisme abdominal, 12,2% des cas et 4,5% des témoins déclarent avoir un traumatisme abdominal. Chez les femmes enceintes, le traumatisme abdominal constitue la première cause de mortalité maternelle non liée aux pathologies spécifiques de la grossesse. De ce fait, la nature des complications dépend à la fois de l’intensité du choc et du terme de la grossesse.

Concernant le nombre des CPN, 23% des cas et 6,5% des témoins n’ont aucune CPN et nos résultats montrent que plus le nombre de CPN augmente, plus l’association diminue. Nos résultats sont confirmés par l’étude faite par Rasoanandrianina qui montre les rôles des CPN au cours de la grossesse [18]. En effet, les CPN permettent une bonne surveillance de la grossesse et permettent de détecter d’éventuelles pathologies associées.

d.     Selon les antécédents généraux

Dans notre étude, il a été relevé l’association significative d’un antécédent d’une pathologie médicale et une HTA confirmée aux complications obstétricales chez les adolescentes. Nos résultats sont corroborés avec l’étude de Launey et Thibaud [19-20]. Au cours d’une grossesse, surtout chez les primipares où les femmes ayant un antécédent familial de pré-éclampsie ou d’obésité, les risques de complications maternelles restent élevés tels que l’hématome rétro-placentaire ou HELLP syndrome ou les complications cardiovasculaires pouvant aboutir à une éclampsie.

Le tabagisme est associé significativement aux complications obstétricales chez les adolescentes. Notre résultat est appuyé par Marpeau au CHU de Rouen, il montre que le taux d’avortements spontanés est multiplié par trois chez l’adolescente fumeuse et qu’il existe une corrélation entre le risque de fausses-couches et l’importance de la consommation tabagique[21].

Presque 10% des cas, soit 9,5%, et 1,9% des témoins déclarent avoir un antécédent d’alcoolisme. Concernant  l’alcool, le risque de complications se voit surtout chez le nouveau-né par l’apparition d’un ensemble d’altérations très diverses sur l’organisme en développement. Selon Fréderic, ces changements sont regroupés sous l’appellation générique «Ensemble des Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (ETCAF)» [22].

e.      Selon la planification de l’accouchement

Nous avons constaté que 68,9% des cas seulement et 90,9% des témoins déclarent avoir planifié le lieu d’accouchement. Le manque de planification du lieu d’accouchement est associé significativement aux complications obstétricales. Effectivement, nous avons remarqué que la majorité de ces jeunes ayant des complications ne savaient pas, ne pouvaient pas et ne voulaient pas accoucher dans un établissement sanitaire. Ceci serait dû d’une part à la méconnaissance des risques encourus si l’accouchement ne se faisait pas dans un hôpital, d’autre part à la méfiance d’accoucher dans la maternité mais aussi selon ces jeunes, le coût élevé d’hospitalisation constituant une source d’inquiétude. Ceci est appuyé par une étude faite par Sylvia et son équipe [23].

D’après cette étude, 52,7% des cas et 33,1% des témoins sont des entrantes référées. Le mode d’admission référé est associé significativement aux complications obstétricales. Cela s’expliquerait par le fait que le référencement est responsable d’une complication de l’accouchement, soutenu ici par beaucoup d’auteurs comme Ibrahim [12]. Les complications obstétricales étaient significativement plus fréquentes chez les parturientes évacuées à cause du délai de transfert des parturientes vers des structures avec des plateaux techniques plus efficients et du manque de réactivité du personnel des hôpitaux périphériques.

  • Forces et faiblesses de la présente étude

La présente étude présente des faiblesses comme toutes les études utilisant des entretiens comme principales sources de données. Cette étude peut être influencée par des réponses claires et des réponses non précises des répondants. 

  • Conclusion

La grossesse chez l’adolescente a été classée parmi les grossesses à risques surtout dans les pays à faible revenu. Notre étude a été effectuée au sein de la maternité Befelatanana, auprés des adolescentes ayant accouché en 2019. Nous avons constaté que certains paramètres tels que l’âge inférieur à 15 ans et le milieu de résidence étaient un des facteurs déterminants des complications de la grossesse.

En ce qui concerne les antécédents obstétricaux, l’âge de la première relation sexuelle, la parité et les fausses couches, ils constituent aussi des facteurs de risque de complications, comme l’infection, les prises de médicaments, l’hémorragie génitale, le traumatisme abdominal et le non suivi des CPN.

Toutes les pathologies médicales et les antécédents de tabagisme déterminent les complications de la grossesse chez les adolescentes.

Enfin, le manque de planification de l’accouchement est un des plus grands dilemmes de survenue des complications obstétricales.

Ainsi, la grossesse chez nos adolescentes nécessite un suivi particulier, car ces adolescentes sont des personnes à risque du fait de leur immaturité; des moyens de transport devraient être mis à disposition dans les zones dépourvues de centres de santé afin de pouvoir arriver à temps au niveau des centres de santé; un programme de sensibilisation des jeunes sur le danger d’une grossesse en bas âge devrait être réalisé par le personnel médical au niveau des écoles .

Liens d’intérêts:  Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’interets.

Références

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  19.  Launay-Mignot P, Roueff S, Tropeano AI, Thaunat O, Plouin PF. Service d’hypertension artérielle, Hôpital Européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75908 Paris cedex 15.
  20. Thibaud E., Drapier-faure E., Gynécologie de l’adolescente, collection Pratique en gynécologie – obstétrique, Paris : Masson, 2005. Chapitre 18, grossesse normale et compliquée, 6p. (50)
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  22. Frederic K. L’alcol pendant la grossesse.Service de Gynecologie –Obstétrique CHU de Liège. Disponible sur www.chu.ulg.ac.be [consulté le 05/01/2020]
  23.  Introduction – ZazakelySuisse. Disponible sur www.zazakelysuisse.ch › documents › Travail_Sylvia [consulté le 07/01/2020]



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Normal chest radiography: Principles of interpretation

R. Yakoubi ; F. Atoui ; H.H. Cherkaski ; R. Benali Service de Pneumophtisiologie du CHU Dorban, Annaba.

Abstract :

«The normal chest radiograph : principles of inter- pretation»

While some physicians were fascinated by the disco- very of X-rays which now allowed them to explore the human body without breaking, the majority of them remained reluctant to technology that was now relegated to the rank of photographer. This fee- ling was quickly quieted by the undeniable contribu- tion of this new tool in the understanding of many respiratory diseases including. And for good reason; such that high health authority testified (HAS), in 2006, the chest radiograph is the second para-clini- cal examination requested by doctors after the elec- trocardiogram (ECG)t;he first imaging material. But such a tool, as interesting and promising as it is, is not devoid of deleterious effects. He need to ask some questions about the balance risk / efficiency; the adequacy of this resolution in the radiograph of the problem, the expected results and their impact on medical decision. But such a review will be fully pro- fitable at the price of strict interpretation, systematic and codified. In this article, we discuss the method of reading a chest radiograph that the necessary pre- requisites are anatomy, histology and physiology.

Keys words : symetry, center, penetration, standing, deep breath, cleared blades.

Résumé: Si certains médecins étaient fascinés par ce nouvel outil qui leur permettait d’explorer le corps humain sans ef- fraction, la majorité d’entre eux restaient réticents face à une technologie qui allait désormais les reléguer au rang de photographe et ainsi bafouer le sacrosaint statut du médecin. Ce sentiment a rapidement été apaisé par l’apport incon- testable de ce nouvel outil dans la compréhension d’une multitude de pathologies notamment respiratoires. Et pour cause ; tel qu’en attestait la haute autorité de santé (HAS), en 2006, la radiographie du thorax est le deuxième examen para-clinique demandé par les médecins après l’électrocardiogramme (ECG) ; le premier en matière d’imagerie. Mais, un tel outil, aussi intéressant et promet- teur soit-il, n’est pas dénué d’effets délétères. Certaines questions méritent d’être posées afin d’évaluer la balance risque/efficacité; à la pertinence de cette radiographie dans la résolution du problème posé, aux résultats atten- dus et à leur impact sur la décision médicale à prendre. Mais un tel examen ne sera pleinement rentable qu’au prix d’une interprétation rigoureuse, systématique et codi- fiée. Dans cet article, nous aborderons la méthode de lec- ture d’une radiographie du thorax dont les pré-requis in- dispensables sont l’anatomie, l’histologie et la physiologie.

mots clés : symétrie, centrage, pénétration, position de- bout, inspiration profonde, omoplates dégagées.

Introduction :

La découverte des rayons X en 1895, par le physicien allemand Wilhelm Röntgen, a permis aux médecins de concrétiser l’un de leurs plus vieux fantasmes : explorer le corps humain au delà du revêtement cutané, sans effraction de l’intégrité corporelle ; chose jusque là impossible en dehors de l’autopsie.

Si certains médecins étaient fascinés par ce nouvel outil, la majorité d’entre eux restaient réticents face à une technologie qui allait désormais les reléguer au rang de photographe et ainsi bafouer le sacrosaint statut du médecin. Ce sentiment a rapidement été apaisé par l’apport incontestable de ce nouvel outil dans la compré- hension d’une multitude de pathologies notamment respiratoires. Et pour cause; tel qu’en attestait la haute autorité de santé (HAS), en 2006, la radiographie du thorax est le deuxième examen para-clinique demandé par les médecins après l’électrocardiogramme (ECG) ; le premier en matière d’imagerie.

Mais, un tel outil, aussi intéressant et prometteur soit-il, n’est pas dénué d’effets délétères. Irradier un indivi- du n’a rien d’anodin ; le préalable à tout examen radiologique, après un examen clinique minutieux, bien sur, est l’obligation de se poser certaines questions quant à la balance risque/ efficacité ; à la pertinence de cette

radiographie dans la résolution du problème posé, aux résultats attendus et à leur impact sur la décision médi- cale à prendre. Mais un tel examen ne sera pleinement rentable qu’au prix d’une interprétation rigoureuse, systématique et codifiée. Dans cet article, nous aborderons la méthode de lecture d’une radiographie du tho- rax dont les pré-requis indispensables sont l’anatomie, l’histologie et la phy- siologie des organes contenus dans le thorax.

Principes radiologiques de base :

L’image radiologique thoracique, pro- jetant sur un seul plan, l’ensemble du contenu thoracique, traversé d’arrière en avant par un faisceau de rayons X (incidence postéro-an- térieure), explique la complexité de l’interprétation de cet examen. De ce fait, des principes radiologiques sont à prendre en considération :

  • Le niveau d’absorption des rayons X par la structure détermine 04 densités :
  • calcique : très opaque.
  • liquidienne : opaque.
  • graisseuse : peu opaque
  • aérique : claire.

leur visualisation.

  • Les rayons doivent être tangents à l’or- gane sur une épaisseur suffisante pour que l’image soit visualisée.
  • Une image parenchymateuse peut résulter de l’atteinte des alvéoles, des vaisseaux, des bronches ou de l’inters- titium.
  • 80% des images visibles sur les champs pulmonaires sur une radiogra- phie du thorax normale sont d’origine vasculaire (petite circulation).
Erreurs à éviter :

Certaines erreurs sont à éviter lors de l’interprétation d’une radiographie du thorax :

  • Éviter de se focaliser sur l’image la plus évidente. Sans une analyse struc- turée et systématique, vous pourrez être obnubilés par cette atteinte et en occulter d’autres.
  • L’examen clinique réalisé préalable- ment ne doit pas influencer votre in- terprétation. Certes, la radiographie du thorax pourrait confirmer ce que vous suspectiez, mais si vous vous en satisfaites sans chercher à côté, vous risquez de passer à côté des choses que vous ne recherchiez pas et qui seront peut être plus importantes que celles que vous recherchiez.
  • Une incidence antéro-postérieure augmente la distance entre le cœur et le film et donne la fausse impression d’un gros cœur.
Etapes d’interprétation d’une radiographie du thorax :
  • Identifier la radiographie du thorax :

Nom,   prénom,   date   de   naissance (âge), sexe et date de réalisation de l’examen radiologique

  • Orienter la radiographie du thorax correctement :

Les repères d’orientation de la radio- graphie du thorax sont : la poche à air gastrique, l’arc aortique et la pointe du cœur qui doivent être situés à gauche. Il est parfois très utile de marquer le côté pour éviter de passer à côté d’une rétro-dextro-position du cœur.

  • Vérifier les critères de qualité d’une radiographie du thorax :

sur les repères anatomo-radiologiques surtout médiastinaux, pouvant simu- ler ou au contraire cacher une image médiastinale pathologique. La clarté trachéale doit être médiane et les articulations sterno-clavicu- laires doivent être symétriques par rapport au plan médian, défini par la ligne des apophyses épineuses des premières vertèbres dorsales.

  • Le cliché doit être pris en posi- tion debout et en inspiration pro- fonde :

En effet, c’est en position debout (gra- vité) et en fin d’inspiration profonde que la vascularisation des sommets sera le mieux visible et que les poumons se mouleront sur les organes du médiastin dessinant ainsi les lignes médiastinales. La position debout, sera confirmée par la visualisation de la poche à air gastrique (niveau hydro-aérique sous diaphragmatique gauche). L’inspiration profonde quant à elle, vous permettra de visualiser au moins six arcs costaux antérieurs ou 9 arcs costaux postérieurs au delà de la cou- pole diaphragmatique.

  • Les omoplates doivent être bien dégagées,

Car elles peuvent cacher une partie du parenchyme pulmonaire ou simuler l’existence d’une opacité pulmonaire. La pointe de l’omoplate doit être visible à l’extérieur de la cage thora- cique.

  • Une radiographie du thorax doit être correctement pénétrée :

En haute tension nous arrivons à mieux explorer le compartiment médiastinal, le poumon rétrocardiaque de même que la trame vasculaire.

Une bonne pénétrance doit permettre de visualiser les quatre premières vertèbres dorsales.

nières vertèbres cervicales, les deux arti- culations scapulo-humorales et les deux culs de  sac  costo-diaphragmatiques.

  1. Analyser la radiographie du thorax de la périphérie vers le centre, laissant les plages pul- monaires en dernier.
  2. Les parties molles :

Le cou :

  • des calcifications en foyers se projetant sur le cou ? (adénome thyroïdien)
  • clartés en plage au niveau des parties molles du cou ? En rapport avec un emphysème sous cutané (à rechercher systématiquement chez un asthmatique) ?

Les espaces sus claviculaires, axillaires et les parois latérales du thorax :

  • Emphysème sous cutané (clartés en plage)
  • Calcifications, opacité inhomogène ? en rapport avec une adénopathie calcifiée ou une tuméfaction.

La silhouette des seins :

Se méfier des petites opacités bien arrondies et parfois calcifiées des mamelons se projetant sur cette aire et qui peuvent simuler une atteinte parenchymateuse

Le cadre osseux :

  • Apprécier l’alignement des apo- physes épineuses des vertèbres cer- vicales et thoraciques, à la recherche d’une scoliose ou d’un tassement ver- tébral.
  • Apprécier la forme des côtes et re- chercher une solution de continuité.
  • Apprécier la densification osseuse.

Le médiastin :

On reconnait au médiastin des bords

s’il est grand, il peut témoigner d’un déroulement de l’aorte, une hyperten- sion artérielle pulmonaire (HTAP) ou une dissection de l’aorte.

  • L’arc moyen gauche correspondant à l’infundibulum pulmonaire est parfois difficile à interpréter. Il faut s’assurer qu’il n’est pas comblé par une opacité (en rapport avec une adénopathie mé- diastinale).
  • L’arc inférieur gauche est concave : une pointe du cœur surélevée ou une recti- tude de ce bord doit faire craindre une hypertrophie du ventricule gauche.
  • Toujours analyser derrière l’ombre du cœur l’existence d’une opacité (até- lectasie du lobe inférieur gauche) ou une clarté (hernie hiatale).
  • La clarté trachéale est rectiligne, verticale et médiane. Elle bifurque en deux clartés : la droite, oblique en bas et en dehors et la gauche, beau- coup plus horizontale. Il faut recher- cher systématiquement l’existence d’une opacité latéro-trachéale droite, à ne pas confondre avec l’opacité de la veine azygos.
  • Il faut également analyser l’arc infé- rieur droit qui représente l’oreillette droite.
  • Le hile gauche est plus élevé que le hile droit. Le déplacement des hiles et la modification de leur forme peuvent témoigner d’une atélectasie
  • Le diamètre de l’artère pulmonaire peut être mesuré juste après la nais- sance de la bronche lobaire supérieure droite (15 mm chez l’homme et 14 mm chez la femme). Son augmentation peut témoigner d’une HTAP.

Les coupoles diaphragmatiques :

  • De forme arrondie, concaves en bas ; la droite plus élevée que la gauche à

Les plèvres :

  • Toujours commencer par la plèvre diaphragmatique de chaque côté et la suivre de la périphérie au sommet.
  • Les culs de sac costo-diaphragma- tiques sont aigus de même que l’angle cardio-phrénique droit ; l’ouverture de ce dernier doit imposer la réali- sation d’une radiographie de profil pour éliminer une atélectasie du lobe moyen.
  • la petite scissure est visible dans 90% des cas.

Les parenchymes pulmonaires :

  • Une bonne partie des plages pulmo- naires reste invisible cachée par les structures osseuses, médiastinales, abdominales.
  • Même si la symétrie entre le poumon droit et gauche n’est pas parfaite, il faut toujours procéder de façon comparative.
  • Nous allons donc rechercher une différence de tonalité, la présence d’un infiltrat pulmonaire ou le comblement des espaces alvéolaires.
  • Afin de préciser le siège des lésions pulmonaires, nous reconnaissons des aires pulmonaires suivantes : sus claviculaire, sous-claviculaire externe, sous-claviculaire interne, médioclaviculaire, hilaire, axillaire, médiothoracique, paracardiaque, basale.
Conclusion :

Le cliché thoracique de face apporte un nombre infini de données. C’est pourquoi il est nécessaire de s’as- treindre dans sa «lecture» à une analyse   minutieuse,   logique,   quasi «programmée». Ce n’est qu’à ce prix qu’on évitera de «passer à côté» d’anomalies      pourtant      évidentes.

Bibliographie :
  • Paul Jenkins. 2007 Editions Masson. : Maîtri- ser la radiographie du thorax.
  • Gerald De Lacey, Simon Morley, Laurence Berman, Lionel Arrivé. 2009 Editions Elsevier : La radiographie thoracique :Manuel pratique.
  • Jonathan Corne, Kate Pointon, Lionel Arrivé. 2010 Editions Elsevier : La radiographie thora- cique facile
  • Jacques Frija. 2010 Editions Masson : Radio- logie du thorax.
  • Daniel Anthoine, Jean-Claude Humbert. Springer-Verlag France, Paris, 2007 : Atlas de pathologie thoracique.
  • Pierre L’Her, Etienne Leroy-Terquem. In- terprétation du cliché thoracique à l’usage des médecins exerçant en zone de forte endémie tuberculeuse et VIH.
  • Webb, Richard W., Charles B. Higgins. Tho- racic imaging: pulmonary and cardiovascular radiology. 2e Éd., Lippincott Williams & Wil- kins, 2010, 914 p.
  • Collins, J, Eric J. Stern. Chest radiology : the essentials. 2e Éd., Lippincott Williams & Wil- kins,2007, 340 p.
  • Université Médicale Virtuelle Francophone Le cliché thoracique, 2008.

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