How to treat chronic viral hepatitis B?

S. BERKANE, Service de Gastro-entérologie, CHU Mustapha Bacha, Alger

Abstract : Hepatitis B virus (HBV) is a global health problem and a major cause of liver cirrhosis and hepatocellular carcinoma. HBV infection can be efficiently prevented by vaccination and many treatments are available, however, optimal timing as well as modalities and duration of treatment remain a real challenge. So far, there is no reliable cure for patients chronically infected by HBV. Currently approved drugs, pegylated interferon and nucleos(t)ide analogues, can only achieve viral suppression as clearance of HBsAg is rare and lifelong therapy is needed in most cases. Hepatitis B surface antigen (HBsAg) level quantification with HBV DNA measurement could help predict the likelihood of response to treatment, particularly for pegylated interferon. New treatments targeting sustained clearance of HBV DNA and HBsAg are expected.

Key-words : Hepatitis B, Guidelines, antiviral therapy, peginterferon alfa-2a, entecavir, tenofovir, resistance.

Résumé : L’infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) pose un problème de santé publique à l’échelle planétaire, et est à l’origine de la majorité des cirrhoses du foie et du carcinome hépatocellulaire. La vaccination est efficace, des traitements sont disponibles, cependant, le véritable défi reste : qui traiter et quand, les modalités ainsi que la durée du traitement. À ce jour, il n’y a pas de guérison définitive de l’hépatite B. Les traitements actuellement approuvés sont l’interféron pégylé et les analogues nucléos(t) idiques permettant la suppression virale, la clairance de l’AgHBs restant rare. Un traitement à vie par les analogues est nécessaire dans la majorité des cas. La quantification de l’AgHbs combiné au DNA du VHB peut prédire la probabilité de réponse au traitement, en particulier pour l’interféron pégylé. De nouveaux traitements plus efficaces sont attendus.

Mots-clés : Hépatite B, recommandations, traitement antiviral, interféron pégylé alfa-2a, tenofvir, résistance.

Introduction :

infection chronique par le virus de l’hépatite B pose un problème de santé publique, elle concerne près de 350 millions de personnes dans le monde [1].

C’est la principale cause de mortalité par cirrhose et par carcinome hépatocellulaire (CHC), à l’origine de près de 600.000 décès par an [1,2].

30 à 40% de porteurs chroniques du VHB développeront une altération hépatique progressive évoluant vers la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire.

Le traitement antiviral repose actuellement sur les analogues nucléos(t)idiques (AN) et l’interféron pégylé (INF-PEG).

Le problème est d’identifier les patients à risque de développer ces complications et les traiter à temps.

Les facteurs viraux influençant l’évolution de l’hépatopathie sont le statut AgHbe, le DNA VHB sérique, le génotype et les variants VHB[3,4].

Qui traiter ?

Tout patient porteur chronique d’une infection virale B ne nécessite pas obligatoirement un traitement. Celui-ci est indiqué en cas d’hépatopathie active avec une réplication virale et des lésions hépatiques.

Le candidat au traitement est défini selon le taux du DNA VHB et des ALT sériques[5-13].

Tous les patients AgHbe positif ou négatif, avec un DNA du VHB >2000UI/mL et des ALT élevées, doivent être traités après confirmation d’une fibrose ou d’une inflammation hépatique modérée à sévère. En l’absence de fibrose évidente, un suivi par le dosage du DNA VHB et des ALT tous les 3 à 6 mois est indiqué, puis tous les 6-12 mois les années suivantes[5,8].

Les patients en phase de tolérance immunitaire et les porteurs inactifs ne doivent pas être traités[5,7,14-19]. Cependant, une fibrose significative peut se voir avec des ALAT normales persistantes, si la charge virale reste élevée[20,21].

L’indication thérapeutique repose également sur d’autres facteurs tels que l’âge, les antécédents familiaux de cirrhose et de CHC, les comorbidités, les coinfections, la génétique, le désir du patient, l’efficacité du traitement et ses effets secondaires. Le profil de résistance du VHB, le coût et la disponibilité des traitements interviennent aussi dans la décision thérapeutique[22].

Objectifs du traitement :

La perte de l’AgHbs est l’objectif majeur du traitement. Comme cet objectif est rarement atteint, voire jamais, avec un traitement de durée définie, la perte de l’AgHbs ne constitue plus l’objectif primordial mais le facteur prédictif de bon pronostic de l’infection VHB à long terme [23].

Les traitements actuels ne peuvent pas éradiquer l’infection virale B mais seulement entrainer, par une virosuppression, un état de porteur inactif persistant, pouvant aboutir ensuite à la perte de l’AgHbs[24].

L’absence d’éradication virale est liée à la persistance, au niveau du foie, du cccDNAviral résiduel[25].

La perte de l’AgHbs n’est cependant pas synonyme d’une régression des lésions histologiques hépatiques ou de la prévention du CHC.

Choix du traitement :

Deux approches thérapeutiques sont disponibles pour les patients AgHBe positif et négatif :

Un traitement de durée définie par l’INF et un traitement suppressif au long cours par les AN.

L’objectif de la première stratégie est une suppression soutenue de la réplication virale à la fin du traitement par l’induction de l’état de porteur inactif du VHB (des ALAT normales, un ADN du VHB inférieur à 2000 UI/mL), et, en particulier pour les patients AgHBe positif, une séroconversion anti-HBe. C’est la stratégie de l’INF-PEG pendant 48 semaines, avec une seule dose 180µg/s en sous cutanée, indépendamment du statut AgHbe, positif ou négatif[5,6].

L’avantage de l’INF-PEG alpha est l’absence de développement d’une résistance du VHB et un taux élevé de séroconversion HBe et HBs. Cependant, il requiert une injection sous-cutanée, il est associé à des effets secondaires (fatigue, syndrome pseudo grippal, anémie, pancytopénie, et dépression) et il est contre-indiqué en cas de cirrhose avancée.

Les facteurs de bonne réponse au traitement par l’INF-PEG sont : une faible charge virale et des ALT élevées>2xLSN[5,6] ; les génotypes A et B[26,27] ; l’absence de cirrhose et de mutants VHB C ou pré-C et un polymorphisme IL28B CC[7]. D’autres facteurs peuvent influencer le choix thérapeutique en faveur de l’interferon, notamment le sujet jeune, une jeune femme projetant une grossesse dans un futur proche, l’absence de comorbidités, les préférences du patient en cas de coinfection VHC.

Chez les patients AgHBe négatif, le jeune âge, le sexe féminin, un taux sérique élevé des ALAT et un faible taux sérique de DNA VHB ont été associés à une meilleure réponse virologique soutenue[28].

L’autre option thérapeutique est de débuter par un AN qui a l’avantage d’être bien toléré, per os, avec peu ou pas de contre-indications, sans risque en cas de cirrhose décompensée et chez les patients transplantés. Les inconvénients sont le risque de résistance virale, le modeste taux de séroconversion Hbe et la séroconversion Hbs qui reste rare.

Les analogues oraux sont représentés par des médicaments de première génération, la lamivudine et l’adéfovir, tandis que l’entécavir (ETV), la telbivudine et le ténofovir (TDF) constituent les analogues de la nouvelle génération. Le traitement par les AN est de durée indéfinie, voire à vie [22,29-31].

Traitement par IFN-PEG alpha :

Dans un essai de 814 patients AgHBe positif, ayant reçu l’INF-PEG seul, la lamivudine seule ou la combinaison des deux durant 48 semaines, avec un suivi de 24 semaines post-traitement, la séroconversion Hbe était significativement plus élevée sous INF-PEG seul, comparativement à la lamivudine (32% vs 19% ; P <0,001) et au traitement combiné (27% v 19%, p=0,02)[32].

Concernant la durée du traitement, l’essai randomisé NEPTUNE a montré, chez 544 patients AgHBe positif, une réponse élevée associée à l’INF-PEG, à la dose de 180 µg une fois par semaine pendant 48 semaines, comparativement à 180 µg ou 90 µg durant 24 semaines (25,8% et 14,1%, respectivement)[33].

Dans un autre essai contrôlé et randomisé, 128 patients AgHBe négatif, dont 94% de génotype D, ont été traités pendant 48 semaines par INF-PEG (180µg/semaine ; n=51),96 semaines par INF-PEG (48 semaines à 180 µg/semaine, puis 48 semaines à 135µg/semaine ; n=52), 48 semaines par INF-PEG (180µg/semaine) et lamivudine (100 mg/jour) ou 48 semaines par interféron pégylé seul (135µg/semaine) (n=25). À 1 an post-traitement, le taux  de  réponse  virologique  (DNA < 2000 UI/ml) était significativement plus marqué chez les patients traités 96 semaines par l’INF-PEG seul par rapport à ceux traités pendant 48 semaines (28,8% v 11,8% ; P = 0,03)[34].

L’addition de lamivudine au cours des 48 premières semaines de traitement n’a pas apporté de bénéfice supplémentaire par rapport à l’INF seul.

L’INF peut, par le biais de son mode d’action immunologique, induire un contrôle soutenu du VHB post-traitement entraînant une perte de l’AgHbs chez 20 à 30% des patients traités[29,30,35-38]. Une sélection appropriée des patients peut augmenter ce pourcentage jusqu’à 40%[39].

Chez le sujet AgHBe négatif, l’INF-PEG a-2a à 180µg par semaine durant 48 semaines entraîne une normalisation des ALAT post-traitement dans 59% des cas, une réduction du DNA VHB < 2000UI/mL dans 43%, et la perte de l’AgHbs chez 3% des patients[40]. Dans une étude de 230 patients suivis à long terme, une réponse

virologique soutenue (ADN du VHB <2000UI/mL) a été observée chez 21% des patients à 5 ans post-traitement, et la clairance de l’AgHBs était de 5% à 1an et 12% à 5 ans après le traitement [41].

Si la combinaison Lamivudine-IFN-PEG permet une meilleure suppression du DNA du VHB, il n’y a cependant pas de différence en termes de réponse soutenue[42].

Traitement par les analogues :

Parmi les AN disponibles pour le traitement du VHB, notamment la lamivudine, l’adéfovir, la telbivudine, l’entécavir et le ténofovir, seuls l’ETV et le TDF sont recommandés en première ligne chez les patients naïfs par les guidelines internationaux. Ces deux médicaments sont généralement bien tolérés, avec peu d’effets indésirables. Chez les sujets AgHbe négatif traités 48 semaines par l’ETV ou le TDF, la perte du DNA du VHB sérique (< 60 à 80UI/mL) a été notée dans 90 et 93% des cas respectivement[43,44].

Ces deux analogues entraînent une rémission virologique biochimique avec une amélioration de l’activité nécrotico-inflammatoire et de la fibrose hépatique, voire une réversion de la cirrhose[45,46].

Le traitement par ces AN, puissants antiviraux à forte barrière génétique à la résistance, a permis d’obtenir, à long terme (5-6 ans), une régression significative de la fibrose et de la cirrhose, avec une amélioration histologique continue[45,46]. La perte de l’AgHBs à 12 mois de traitement était cependant négligeable[43,44,47-49].

Lequel choisir en première ligne, ETV ou TDF ? En réalité, il n’ya pas de différence significative chez les sujets AgHbe positif ou négatif sur la séroconversion et la perte de l’AgHbs[50].

Entecavir :

Dans un essai contrôlé randomisé de 715 patients AgHBe positif, l’ETV augmentait la proportion de patients avec un ADN du VHB indétectable (67% vs 36% ; P <0,001) et entraînait une normalisation des ALAT (68% vs 60% ; P = 0,02) [51].

Les effets indésirables comprenaient la diarrhée, la fatigue, les douleurs abdominales et la toux.

Dans un autre essai contrôlé de 648 patients AgHBe négatif, randomisés sous ETV ou lamivudine, l’ETV a considérablement augmenté la proportion de patients avec un taux de DNA du VHB indétectable (90% vs 72% ; P <0,001) et induit une normalisation des ALAT (78% vs 71% ; P = 0,045)[43].

Les effets secondaires étaient similaires entre les deux groupes (fatigue, céphalées, nausées). Ces résultats ont été confirmés dans un essai contrôlé randomisé, comparant la lamivudine et l’ETV chez 709 patients AgHBe positif sur 96 semaines, montrant une supériorité de l’ETV dans la réduction du DNA du VHB (80% vs 39% ; P <0,001) et dans la normalisation des ALAT (87% vs 79% ; P = 0,005), bien que le taux cumulatif de séroconversion AgHbe soit similaire entre les deux groupes[52].

Concernant les patients AgHBe négatif, un essai contrôlé randomisé de 648 patients a montré que l’ETV augmentait de manière significative la proportion de patients avec un DNA du VHB indétectable par rapport à la lamivudine (90% vs 72% ; P <0,001) et la normalisation des ALAT (78% vs 71% ; P = 0,045)[53].

Après un suivi de 5 ans, un seul cas de résistance était détecté, une séroconversion HBe était obtenue chez 23% des patients et une perte de l’AgHbs dans 1,4% des cas[53].

L’incidence cumulative à 3 ans de la résistance à l’ETV est de 1,2% chez le patient naïf AgHBe positif[54].

Une étude rétrospective a identifié 5 cas d’acidose lactique chez 16 patients en cirrhose avancée, traités par ETV, présentant tous un MELD égal ou supérieur à 22. Dans deux études ultérieures de patients avec cirrhose décompensée, aucun cas d’acidose lactique n’était rapporté[55,56].

Ténofovir :

Les essais randomisés contrôlés, comparant le ténofovir disoproxil fumarate (TDF) à l’adéfovir chez 846 patients AgHBe positif et 603 patients AgHBe négatif, ont montré que le TDF augmentait de manière significative la normalisation des ALAT (68% vs 54% ; P = 0,03) et la perte de l’AgHBs (3% vs 0% ; P=0,02) sans preuve de résistance au TDF[44].

Après un suivi de 8 ans, aucune mutation de résistance n’a été détectée chez les patients AgHBe positif ou négatif [57].

Un essai randomisé de 379 patients naïfs, comparant l’ETV en monothérapie à la combinaison ETV-TDF chez les patients naïfs AgHbe positif et négatif, montrait que l’entécavir était aussi efficace que le traitement combiné [58].

D’autres études ont montré que le TDF en monothérapie avait une efficacité comparable au TDF combiné à l’emtricitabine (Truvada), à la fois chez le naïf et chez les patients préalablement traités par la lamivudine[59,60]. Dans la vraie vie, le TDF et l’ETV représentent le traitement de choix, non seulement pour la grande majorité des patients AgHBe négatif, mais aussi pour les sujets AgHbe positif non actifs ou inéligibles à l’INF-PEG et les patients au stade de cirrhose, indépendamment de leur statut AgHBe[6,7,61].

L’AASLD, L’APASL et l’EASL recommandent à long terme les analogues pour les patients AgHBe négatif[5,7]. Dans un essai prospectif, randomisé et contrôlé, la perte de l’AgHbs à 72 semaines de traitement était meilleure sous traitement combinant TDF et INF-PEG alfa-2a, durant 48s (groupe A), que dans les groupes traités par TDF + INF-PEG durant 16s, suivi de TDF durant 32s (groupe B), par TDF seul durant 120s (groupe C), ou par INF-PEG seul durant 12 mois (groupe D). Elle était de 9,1%, 2,8%, 0% et 2,8% dans les groupes A, B, C et D respectivement. Il y avait une différence significative entre le groupe A et les groupes C et D. Elle n’était pas significative entre le groupe B et les groupes C et D. Dans le groupe A, la perte de l’AgHbs survenait aussi bien chez les patients AgHbe positif que chez les patients AgHbe négatif. L’incidence des effets secondaires et le taux d’arrêt du traitement pour effets secondaires étaient similaires dans tous les groupes[62].

Une étude rétrospective de patients AgHBe positif et négatif, cirrhotiques ou non, avec biopsie hépatique avant et après 5 ans de traitement par le TDF (N=348), a montré qu’il y avait une réponse virologique, sérologique et histologique indépendamment de l’existence de cirrhose à l’état basal[63].

Un traitement de durée définie est réservé aux sujets AgHbe positif, avec un taux de séroconversion Hbe faible[22,29,30]. À long terme, le TDF est devenu le traitement de choix de la cirrhose, indépendamment du statut AgHBe[6,7].

Le problème des analogues au long cours chez les sujets AgHBe négatif est le faible taux de perte de l’AgHbs, limité à seulement 1-2% par année [64].

Traitement combiné :

Le traitement combiné n’a pas montré plus d’efficacité sur la suppression virale, ni un taux plus élevé de réponse virologique à long terme par rapport à la monothérapie, il ne peut, dans ce cas, être recommandé en première ligne [65].

Le traitement combiné de 2 analogues a été évalué dans une étude de superiorité portant sur 379 patients AgHBe positif ou négatif, après 96 semaines de traitement. Le groupe sous ETV seul avait un taux de DNA du VHB < 50 UI/mL similaire à celui sous traitement combiné ETV-TDF (83% vs 76%)[58].

Aucune différence dans l’efficacité entre le traitement combiné INF-PEG-Analogues et INF-PEG ou analogues seuls n’a été démontrée [66].

En raison du faible taux de perte de l’AgHbs sous analogues et le faible taux de réponse soutenue suite à leur arrêt après une durée définie, la tendance a été de rajouter l’INF-PEG alpha 2a, pour une durée variable, au traitement par analogues[67-69].

Chez les patients en immunotolérance, le traitement combiné TDF-emtricitabine permet une meilleure suppression virale par rapport auTDF seul. Dans une étude de 126 patients AgHBe positif avec un taux de DNA du VHB > 1,7x 107 UI/mL et un taux normal des ALAT, 55% des patients ayant reçu le TDF en monothérapie et 76% des patients ayant reçu TDF+emtricitabine ont eu un DNA VHB <69 UI/mL après 192 semaines de traitement [13]. Cependant, la séroconversion HBe a été obtenue chez seulement 3 patients (5%), tous sous TDF seul. La combinaison lamivudine-INF-PEG alfa n’a pas eu un impact virologique ou sérologique sur la réponse au traitement par rapport à l’INF-PEG seul[32].

L’ajout de la telbivudine à l’INF-PEG alfa est à éviter, en raison du risque accru de polyneuropathies sévères[70].

Résistance antivirale :

Les études cliniques à long terme avec ETV en monothérapie ont montré un risque de résistance très faible, de 1,2 % après 6 ans de traitement [71].

Aucun cas de résistance n’a été décrit à 6 ans chez 585 patients ni à 8 ans chez 412 patients sous TDF [44].

Une élévation du taux du DNA du VHB sous traitement d’au moins 1 log10 UI/ml par rapport au nadir à la réponse initiale chez un patient adhérant, suggère le développement de la résistance.

La résistance à l’un des analogues confère une résistance aux autres analogues. Les patients résistants à la lamivudine présentent un risque de résistance sous ETV de près de 51% à 5 mois ans de traitement[72].

En cas de résistance à la lamivudine, la telbivudine ou le TDF seul est suffisant ; ils n’ont pas de résistance croisée[60].

Le TDF ou l’ETV peuvent être suffisants en cas de résistance à l’adéfovir[73,74].

Malgré le risque rare de survenue de résistance à l’ETV, le traitement de substitution est le TDF en monothérapie, son efficacité est identique au traitement combiné TDF-ETV, avec 71% et 73% des patients obtenant un taux d’ADN du VHB indétectable à 48 semaines[75].

Initiation du traitement :

– En présence d’une cirrhose :

Idéalement, tous les patients atteints de cirrhose avec une charge virale détectable sont à traiter, quel que soit le taux des ALAT. On prescrit l’ETV (0,5 mg), ou le TDF (300 mg) ou l’INF-PEG avec prudence (Child- Pugh A).

La durée du traitement doit être prolongée, en raison du risque de rebond virologique après arrêt du traitement[5,7]. En cas de cirrhose décompensée, le traitement devrait être initié rapidement par un analogue, sans tenir compte des ALAT ou du DNA du VHB. Les analogues sont parfois insuffisants, justifiant l’évaluation simultanée de ces patients pour une transplantation hépatique. On prescrit l’ETV (1 mg/j) ou le TDF (300mg). L’INF- PEG est contre-indiqué. Le traitement à long terme est recommandé[5,7].

–  Hépatite Chronique Active AgHBe(+) :

Tout patient présentant un DNA VHB >20000UI/mL et des ALAT > LSN (limite supérieure de la normale) persistantes doit être traité. En l’absence de signe d’hépatopathie avancée, il est licite d’attendre 3 à 6 mois une séroconversion AgHbe spontanée [5,8].

–  Hépatite Chronique Active AgHBe(-):

Les patients avec un DNA du VHB supérieur à 2000UI/ mL et des ALAT supérieures à 2 fois la normale doivent être traités, la ponction biopsie hépatique (PBF) reste facultative. Un taux d’ALAT > LSN et/ou un DNA VHB entre 2000 et 20000UI/ml ou un Fibroscan> 6Kpa[76] justifient une biopsie hépatique et un traitement si nécessaire[6,8,76].

Quantification de l’AgHbs :

Elle reflète la concentration intra-hépatique du DNA du VHB et la productivité virale. Il existe une corrélation positive entre la concentration de l’AgHBs et la charge virale B, indépendamment de l’expression de l’antigène HBe[77]. Deux tests sont disponibles pour la quantification de l’AgHbs : le test architecte AgHbs (Abbott Diagnostics)[78] et le dosage quantitatif Elecsys HBsAg II (Roche Diagnostics)[79].

La quantification permet de distinguer les porteurs chroniques AgHbe négatif des patients en activité, les porteurs inactifs ayant des niveaux inférieurs à 1000 UI/ml [80]. Elle pourrait également prédire la réactivation chez les patients AgHBe négatifs asymptomatiques [81,82]. Un taux d’AgHbs>à 1000UI/ml et un DNA VHB> 2000 UI/ml prédisent la réactivation de la maladie, définie par un taux de DNA VHB >2000 UI/mL et une augmentation des taux d’ALAT avec une sensibilité de 92%, une spécificité de 51%, une valeur prédictive négative de 96% et une valeur prédictive positive de 30%[81].

La quantification de l’AgHbs et du DNA VHB est importante pour la décision et le suivi thérapeutique.

Évaluation des traitements :

– Évaluation de la réponse à l’interféron pégylé : La durée du traitement par l’INF-PEG alpha 2a est de 12 mois et la posologie est de 180µg une fois par semaine, quel que soit le statut AgHbe. L’évaluation de la réponse au traitement repose sur le taux de DNA du VHB et la quantification de l’AgHbs avant traitement, puis 3 et 6 mois après traitement[22,30].

Pour les patients AgHbe(+), la réponse à l’INF-PEG est définie par la perte de l’AgHbe, la séroconversion Ac anti-Hbe + et un DNA VHB < 2 000UI/mL, 6 mois après arrêt du traitement.

Pour les patients AgHBe (-) : la réponse au traitement correspond à la suppression soutenue du DNA VHB< 2 000UI/mL et la normalisation des ALAT, 12 mois après arrêt du traitement[5,6,83].

Chez le patient AgHbe(+), l’absence de réduction du taux d’AgHbs à S12 de traitement est un bon facteur prédictif de non réponse. Dans une analyse de 803 patients, le taux de réponse était bas, en l’absence de réduction à S12 de l’AgHbs, pour les génotypes A ou D (VPN de 97–100%), et si à S12, l’AgHbs était>20,000 UI/mL pour les génotypes B ou C (VPN 92–98%). À S24 de traitement, pratiquement tous les patients avec un AgHbs>20,000UI/mL ne répondront pas au traitement, quel que soit le génotype (VPN pour la réponse et la perte de l’AgHbs 99% et 100%). Il est recommandé d’arrêter le traitement dans de tels cas[83,84].

Chez le sujet AgHbe(-), l’absence de réduction de l’AgHbs et une réduction <2log du DNA du VHB à S12 de traitement réduisent considérablement les chances d’obtenir une réponse virologique soutenue[85,86].

Basée sur ces facteurs d’évaluation, la non réponse à l’interféron incite à switcher vers les analogues.

Les guidelines internationaux recommandent[5,8] l’arrêt du traitement, ou le switch vers un autre traitement en l’absence de réduction du DNA VHB à S12 supérieur à 2 logs. L’APASL 2012, quant à elle, préconise la poursuite du traitement pendant 12 mois sans tenir compte de la réponse du DNA VHB[5].

–  Évaluation de la réponse virologique aux analogues :

– Durée du traitement par les analogues :

AgHbe (+) : poursuite du traitement jusqu’a négativation du DNA VHB sérique et séroconversion AgHbe ; consolidation en poursuivant le traitement 12 mois après apparition des anticorps anti-Hbe.

AgHbe (-) : si l’AASLD et l’EASL recommandent les analogues indéfiniment, du moins jusqu’à la perte de l’AgHbs chez le non cirrhotique, l’APASL préconise son arrêt si le DNA VHB sérique devient indétectable durant 3 tests consécutifs à 6 mois d’intervalle[5,7].

L’évaluation doit distinguer la non adhérence, la résistance et la réponse partielle. Avec les nouveaux anti-viraux actuellement recommandés en première ligne (ETV et TDF), la résistance chez les patients naïfs est rare, la plupart des cas d’échappement étant liés à la non adhérence[87]. L’évaluation se fait par Ia mesure du taux de DNA du VHB à 12 semaines pour identifier la non réponse primaire et à 24 semaines pour évaluer la suppression virologique soutenue, puis tous les 3-6 mois lors de la première année, pour confirmer la suppression virale maintenue et détecter un échappement viral.

  • Échec ou non réponse primaire au traitement

Elle se définit par une réduction <1 log10UI/mL à 3 mois de traitement ; elle est rare avec l’ETV et le TDF. L’adhérence doit être vérifiée chez tout patient sans réponse à S12 ou S24. Si elle est confirmée, il est nécessaire de réaliser les tests de résistance à S24 et de proposer une stratégie thérapeutique adaptée[6].

  • Echappement viral

Il se définit par une augmentation du DNA du VHB > 1log par rapport au nadir ou un ADN du VHB>100UI/mL chez des patients indétectables sous analogues.

  • Réponse virologique partielle ou inadéquate Lorsque l’ADN VHB >2000 UI/mL à 24 semaines ou positif à 48 semaines de traitement, l’adhérence doit être vérifiée.
  • Virémie persistante

Elle se définit par une réduction en plateau du DNA VHB et/ou l’échec à obtenir un taux indétectable après 96 semaines de traitement. La prise en charge optimale

des patients avec un DNA VHB détectable après 48 semaines de traitement par ETV ou TDF est inconnue. En cas de réduction progressive de l’ADN du VHB sérique, on peut poursuivre le traitement, et il y a amélioration progressive des taux de réponse et un faible risque de résistance[88]. En cas de réponse partielle à 1an de traitement par ETV, si le DNA du VHB est <1000 UI/mL, une suppression virale est souvent obtenue en poursuivant, au moins pendant 2 ans, le traitement [88]. Si, par contre, le taux de DNA reste élevé (> 1000UI/ML), il est licite de switcher vers le TDF ou combiner TDF et ETV[89].

En cas de réponse partielle à l’ETV à 0,5 mg par jour, l’augmentation de la dose à 1 mg par jour ne semble pas aboutir à une suppression virale complète[87].

  • Évaluation de la toxicité rénale

À l’exception de la Telbivudine, une altération de la fonction rénale a été rapportée avec tous les analogues. Il est recommandé de faire systématiquement une clairance à la créatinine (eGFR) et la phosphatémie chez les patients à risque rénal. Pour les patients sous TDF, il est recommandé de faire la créatinine sérique, la phosphaturie et la chimie des urines avant traitement, puis tous les 3 mois la première année de traitement, ensuite tous les 6 mois s’il n’y a pas d’anomalie rénale[7,90]. Un ajustement des doses pourrait s’avérer nécessaire.

  • Évaluation de la densité osseuse

Durant les premières années de traitement sous TDF, une réduction de la densité osseuse a été rapportée.

Certains recommandent, avant de débuter un traitement par un analogue, une DMO et un suivi du taux de la 25-hydroxy vitamine D sous traitement avec supplémentation en cas de déficit[8].

Quand arrêter le traitement par analogues ?

– Sujet AgHbe négatif

La durée du traitement des sujets AgHbe négatif est indéterminée pour les analogues. Il est néanmoins recommandé de poursuivre le traitement jusqu’à la perte de l’AgHBs[5,7]. Son arrêt prématuré peut entraîner une réactivation de la charge virale B dans la majorité des cas. À long terme, les analogues exposent au risque de la résistance et leur coût reste élevé. L’arrêt du traitement pourrait être une option chez certains patients, la décision doit prendre en considération la réponse virale et la sévérité des lésions hépatiques. Le traitement ne doit pas être arrêté en cas de cirrhose avancée, du fait du risque fatal de poussées hépatitiques et de décompensation hépatique.

L’arrêt peut être considéré après 2 ans de traitement si l’ADN du VHB est indétectable en trois occasions distinctes et à six mois d’intervalle [5]. Cette stratégie est indiquée en particulier chez les patients avec un DNA du VHB basal faible ≤ 20000 UI/ml.

Le suivi par les ALT et le DNA du VHB à intervalles réguliers est nécessaire pour détecter à temps les rechutes. Il est recommandé d’évaluer le DNA VHB sérique à intervalle mensuel les 3 premiers mois, puis tous les 3 mois pendant la première année, ensuite tous les 3-6 mois. L‘intervalle le plus court est recommandé en cas de cirrhose[91].

La quantification de l’AgHbs pourrait avoir un rôle prédictif du contrôle de l’infection VHB après arrêt du traitement[82]. Un taux d’AgHbs≤ 200 IU/ml sous traitement et une réduction de l’AgHbs> 1 log10 IU/ml par rapport au taux basal, a une forte valeur prédictive de réponse soutenue au traitement. L’arrêt du traitement peut alors être considéré, car le risque de récidive est minime.

–  Sujet AgHbe positif

L’arrêt des analogues nucléos(t)ides peut être envisagé après 12 mois de consolidation succédant à la sérocon- version anti-HBe.[5,7]

Cas particuliers :

–  Co-infection VHB-VHC

Il n’y a pas d’interaction entre le TDF ou l’ETV et les agents antiviraux directs du VHC. Habituellement, l’un des virus prime, c’est le VHC, qui sera traité quel que soit le stade de fibrose par les nouveaux DAA durant 3 mois. Le VHB sera surveillé et traité selon l’indication, comme pour les mono infectés par des antiviraux[8].

–  Co-infection HIV

Parmi les 40 millions de personnes infectées par le VIH à travers le monde, 2 à 4.000.000 sont coinfectés par le VHB. L’infection HIV aggrave l’évolution naturelle de l’infection VHB en altérant les réponses immunitaires innées et adaptées au virus[92]. Cela va induire une augmentation des taux d’hépatite B chronique et la baisse des taux de séroconversion HBe ou de perte de l’AgHBs sous traitement[93].

Dans l’étude multicentrique de cohorte de 5.293 homosexuels, la mortalité liée au foie était plus élevée chez les coinfectés que chez les mono infectés, surtout quand le taux de CD4 basal était faible[94].

Si les deux infections VHB-VIH doivent être traitées, la combinaison TDF-emtricitabine est recommandée [5,6].

–  Hépatite delta (VHD)

Le traitement de l’infection VHD repose sur l’interféron. Dans un essai randomisé, comparant l’interféron pégylé seul (n=29), l’adéfovir seul (n=30) ou leur combinaison (n=31), l’INF-PEG, avec ou sans adéfovir, a permis une clairance soutenue du VHD chez 28% des patients, 24 semaines après traitement [95]. Cependant, à long terme, la moitié des répondeurs soutenus récidivent avec un RNA VHD positif [96].

Dans un autre essai randomisé en double aveugle, évaluant un traitement prolongé par l’INF-PEG (n=59) avec ou sans TDF (n=61), durant 96 semaines, l’efficacité était identique pour la réponse soutenue, 24 semaines après traitement (23-30%) [97].

–  Grossesse

Chez la femme en âge de procréer, le traitement vise à réduire la transmission mère-enfant du VHB. L’immunoprophylaxie active-passive réduit la transmission mère-enfant de 95% [98].

Elle consiste en l’administration au nouveau-né des immunoglobulines anti-Hbs dans les 12 heures suivant la naissance et la vaccination anti-VHB à la naissance, à 1 mois et 6 mois.

La transmission peut se produire même après immuno-prophylaxie, si le taux de DNA du VHB chez la mère est supérieur à 106UI/mL (200000 UI/mL, 1million de copies/mL) [99].

Une femme enceinte, avec un DNA du VHB ≥ 106UI/mL au 3ème trimestre, doit être traitée afin de prévenir la transmission au fœtus, à partir de 26 à 28 semaines de gestation jusqu’à 4 semaines du post partum [7]. Les analogues nucléos(t)ides préférées sont la lamivudine, la telbivudine ou le TDF ; l’administration de ces molécules aux mères très virémiques induit un risque de transmission du VHB de 0% au fœtus, tandis que ce risque est de 8% dans le groupe contrôle [100].

Les mères AgHbs(+) requièrent plus d’attention durant la grossesse et le post partum, en raison du risque de poussée hépatique lié aux modifications immunologiques ; une surveillance rigoureuse est ainsi recommandée (ALAT toutes les 12 semaines durant la grossesse, à 4–6 semaines du post partum, puis tous les 3-6mois). Le traitement doit être arrêté en post-partum chez les mères qui vont allaiter [101], et l’interféron est contre-indiqué [102].

Chez la femme enceinte ou planifiant une grossesse dans un proche avenir, les analogues nucléos(t)ides doivent être utilisés avec prudence, en raison du risque de toxicité mitochondriale. En cas de fibrose ou de cirrhose avancée, il a été suggéré d’initier le traitement et de le maintenir durant la grossesse [103].

–  Réactivation du VHB :

Les patients infectés par le VHB, sous traitement immunosuppresseur, sont à risque de réactivation virale. Cette dernière peut survenir après une greffe de la moelle osseuse ou de cellule souche, de transplantation d’organes solides, après une chimiothérapie ou après prise d’anti-corps anti-CD20 ou d’agents biologiques (anti TNF alpha) [104].

La symptomatologie varie d’une légère hypertransaminasémie à une hépatite fulminante.

La réactivation est prévenue par le dépistage et un traitement approprié. Tous les patients doivent être testés pour les anticorps anti HBc, l’AgHbs, et le taux du DNA du VHB s’il est positif, avant de débuter un traitement immunosuppresseur [105].

Le traitement antiviral sera introduit plusieurs semaines avant l’immunosuppression et maintenu durant 12 mois après arrêt de l’immunosuppression.

– Patients AgHbs(+)

Tous les patients AgHBs positif devraient bénéficier d’un traitement par analogues nucléos(t)idiques avant l’immunosuppression. Il sera maintenu 12 semaines après l’arrêt du traitement immunosuppresseur, quel que soit le taux du DNA du VHB [5,7,106].

La lamivudine est appropriée et rentable, en particulier si le traitement est de courte durée. L’ETV ou le TDF sont recommandés si le traitement immunosuppresseur est prescrit pour une durée indéterminée [107].

Le suivi reposera sur le dosage du DNA VHB tous les 3 mois, son augmentation devancera celle des ALAT.

– Patients AgHbs(-) et anti-HBc positif

Ces patients peuvent prétendre à un traitement prophylactique par les analogues nucléos(t)ides, même si le risque de réactivation est plus faible par rapport aux patients AgHBs(+), et variable selon le type d’immuno-suppresseur (de 5% à 20%). Néanmoins, le ritixumab augmente ce risque [108]. Le traitement prophylactique est recommandé en cas de DNA VHB détectable.

Si le DNA VHB est indétectable, un suivi seul est nécessaire, sauf dans certains cas (rituximab), où la prophylaxie est recommandée.

–  Carcinome Hépatocellulaire :

La réplication virale B est un facteur important du développement du CHC [109]. Le traitement antiviral a pour but de réduire son incidence [110]. La Lamivudine a entraîné une réduction du développement du CHC chez les patients cirrhotiques et non cirrhotiques, son efficacité était cependant limitée par le développement de la résistance au traitement [111-113].

Une étude cas-témoins a montré une incidence cumulative à 5 ans du CHC inférieure chez les patients traités par ETV par rapport au groupe témoin (3,7% vs 13,7%, P <0,001), avec un moindre risque de CHC dans le groupe ETV (HR = 0,37, IC à 95% : [0,15 -0,91], P=0,30) [114].

Des méta-analyses ont montré les avantages du traitement antiviral pour réduire le taux de développement du CHC [115,116]. Cependant, le traitement ne supprime pas complètement le risque de CHC, en particulier en cas de cirrhose établie où le foie est déjà sujet à la cancérogenèse, même en l’absence de réplication virale [117]. Une fois le CHC développé, le traitement anti-VHB dépendra du stade de la maladie. Idéalement, tous les patients doivent être sous analogues du fait de la cirrhose sous jacente. L’APASL recommande d’introduire le traitement antiviral chez tous les patients avec CHC si l’ADN du VHB est > 2000UI/mL avant et/ou après un traitement curatif, et le traitement doit être débuté en préemptif pour tous les patients subissant une chimio-embolisation transartérielle (TACE) [5].

–  Transplantation hépatique :

Les indications de la transplantation hépatique (TH) comprennent les poussées graves, les formes chroniques décompensées et le développement du CHC [118].

Le traitement antiviral par l’ETV ou le TDF est important avant la TH pour contrôler l’infection VHB et empêcher la récidive post-TH [119-121].

Après la TH, le traitement est associé aux immunoglobulines anti-Hbs (HBIG) pour éviter la récidive de l’infection VHB et prévenir la perte du greffon [122]. En combinant les HBIG et la lamivudine, plus de 95% de récidives ont pu être évitées [123].

Grâce à la disponibilité de puissants analogues, avec un faible taux de résistance, un régime seul par ETV ou TDF sans les HBIG s’est avéré suffisant [124,125].

Chez les patients DNA VHB négatif lors de la TH, il est recommandé de faire une courte cure d’HBIG (6–12 mois), associée à un traitement au long cours par ETV, TDF ou la combinaison des deux [126].

Chez les patients à haut risque de récidive, on associe les HBIG à l’ETV ou au TDF à long terme [121,127].

Le traitement anti viral du VHB est recommandé à vie après une TH.

Suivi à long terme :

Il est recommandé chez tous les porteurs chroniques du VHB. Le suivi des patients non traités est trimestriel, tous les 3 mois la première année, puis tous les 3 mois pour l’AgHBe(+) et tous les 6 mois pour l’AgHbe(-) l’année suivante.

Les patients AgHbe(-) avec un DNA VHB > 20000 UI/ ml et des ALAT normales persistantes nécessitent un contrôle tous les 3 mois [8].

Une surveillance étroite, tous les 3 mois au moins, est recommandée chez les sujets à risque élevé de réactivation par le taux du DNA VHB et des ALAT. Le dépistage du CHC s’effectue tous les 6 mois, par une échographie avec ou sans dosage de l’AFP ; chez l’homme de plus de 40 ans et la femme de plus de 50 ans, en présence d’une cirrhose hépatique ou d’antécédents familiaux de CHC [3].

Une surveillance du CHC reste recommandée même après une réponse virologique au traitement de l’hépatite B, car le risque de développer un CHC, même faible, persiste [117].

Une endoscopie digestive haute pour la surveillance des varices œsogastriques en vue d’une prophylaxie primaire par bêtabloquants en cas de varices de grade 2 à 3. En l’absence de varices, un contrôle tous les 2 à 3 ans doit être instauré.

Nouveaux traitements anti VHB :

Des traitements visant à inhiber les différentes étapes du cycle de vie du VHB sont en développement.

Plusieurs cibles thérapeutiques potentielles existent, comprenant l’inhibition de l’entrée virale dans l’hépatocyte, la perturbation de la nucléocapsidation virale, la dégénérescence de l’ADN circulaire et les thérapies immunes incluant des agonistes et des récepteurs.

D’autres traitements sont à différents stades de développement, comprenant :

  1. Les analogues anti-VHB phosphonatés, similaires à l’Adefovir, le TDF et les dérivés de TDF, avec des propriétés pharmacologiques améliorées ;
  2. Des molécules d’ADN anti-sens,
  3. Des molécules d’insertion à l’ARN,
  4. Les inhibiteurs de l’absorption du VHB par les hépatocytes,
  5. Les inhibiteurs de la formation de la capside,
  6. Les inhibiteurs de la RNase H,
  7. Les inhibiteurs de modification de l’histone [27,31,64,128-131].

Conclusion :

L’infection chronique par le VHB représente un fardeau pour la santé à l’échelle mondiale. Elle est associée à une morbidité et une mortalité élevées en l’absence de traitement. Les stratégies thérapeutiques comprennent l’interféron pégylé pendant une durée définie ou un traitement suppressif à long terme par les analogues. Le traitement combiné n’a pas démontré son efficacité. Les analogues offrent une excellente suppression du DNA VHB et la régression de la fibrose, mais de faibles taux de séroconversion HBe et un risque élevé de rechute à l’arrêt du traitement. La surveillance par quantification de l’AgHbs est utile pour prédire la réponse au traitement, en attendant le développement de nouvelles thérapies. Le traitement antiviral n’élimine pas le risque de survenue du CHC.

À long terme, le taux de perte de l’AgHbs est rare, estimé à 1-2% par an, incitant de ce fait à un traitement de longue durée, voire à vie.

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Innovative drugs in multiple sclerosis

N. TOUBAL, Service de Neurologie, CHU Annaba, Hôpital Ibn Sina

Abstract : Multiple sclerosis is a demyelinating disease of the central nervous system that affects 2.5 million people worldwide; it is the major cause of the non-traumatic disability of the young subject. To date, no curative treatment has been discovered, but various treatments have had the essential aim of reducing the number of relapses, especially in relapsing remitting forms, which remain the most frequent (approximately 85% of people with MS were initially diagnosed with relapsing remitting forms). A firstline therapy may be offered in relapsing remitting forms with recent symptoms or in a patient with a single acute demyelinating event (Clinically Isolated Syndrome) but with elements of high risk of conversion to defined multiple sclerosis. A second-line treatment is used when the disease occurs despite the implementation of a first-line treatment or when the evolution of MS is very aggressive from the beginning. Therapeutic strategies for multiple sclerosis have evolved in recent years with the arrival of innovative drugs. If the basic treatment by the immunomodulators remains the basis of the so-called first-line treatment, we now have new oral molecules to use immediately or in the second line. The transition from injectable to oral form undeniably represents a revolution in the management of this pathology.

Key-words : Multiple sclerosis, innovative drugs.

Résumé : La sclérose en plaques est une affection démyélinisante du système nerveux central qui affecte 2,5 millions de personnes dans le monde ; elle est la cause majeure du handicap non traumatique du sujet jeune. A ce jour, aucun traitement curatif n’a été découvert mais différents traitements ont eu pour but essentiel de réduire le nombre de poussées notamment dans les formes récurrentes rémittentes qui demeurent les plus fréquentes (approximativement 85% des personnes ayant une sclérose en plaques ont été initialement diagnostiquées forme rémittente récurrente). Un traitement de première ligne peut être proposé dans une forme rémittente récurrente dont les symptômes sont apparus récemment ou chez un patient qui a présenté un seul événement démyélinisant aigu (syndrome cliniquement isolé), mais qui comporte des éléments de haut risque de conversion vers une sclérose en plaques définie. Un traitement de deuxième ligne est utilisé lorsque la maladie se manifeste malgré la mise en place d’un traitement de première ligne ou lorsque l’évolution est très agressive dès le début. Les stratégies thérapeutiques pour la sclérose en plaques ont évolué ces dernières années avec l’arrivée de médicaments innovants. Si le traitement de fond par les immunomodulateurs reste la base du traitement dit de première ligne, on dispose maintenant de nouvelles molécules par voie orale à utiliser d’emblée ou en deuxième ligne. Le passage de la forme injectable à la forme orale représente indéniablement une révolution pour la prise en charge de cette pathologie.

Mots-clés : Sclérose en plaques, médicaments innovants.

Introduction :

Le traitement de fond de la sclérose en plaques rémittente récurrente (SEP-RR) repose en première intention sur les interférons bêta et l’acétate de glatiramère. Les Interférons β-1a sont Rebif® 44µg de Merck® en injection sous-cutanée 3 fois par semaine et Avonex® 30 µg de Biogen® en injection intra musculaire une fois par semaine ; l’interféron β-1b est le Bétaféron® 250 µg de Bayer® en injection sous cutanée tous les 2 jours. L’acétate de glatiramère est représenté par la Copaxone® 40mg de Teva réduite récemment à 3 injections en sous cutanée par semaine ou son générique de Mylan®.

L’objectif de ces traitements est de diminuer la fréquence des poussées et la progression du handicap à court terme. A l’heure actuelle, il n’est pas démontré que ces produits modifient la progression du handicap à long terme. Les réactions cutanées au point d’injection et les syndromes grippaux sont les principaux effets secondaires de ces médicaments.

Le natalizumab ou Tysabri® de Biogen, anticorps anti- 4-intégrine humanisé et le Fingolimod Gilenya® ont une indication d’AMM restreinte aux formes très actives de SEP-RR.

Les nouveaux médicaments de la SEP

A.   Le Fingolimod

Une revue chronologique des différents médicaments innovants de SEP montre que le premier immunomo- dulateur pris par voie orale, approuvé par la FDA en 2010 est le Fingolimod ou Gilenya® de Novartis® qui se présente sous forme de gélules à 0,5mg à prendre quo- tidiennement.

Il fut le premier d’une nouvelle classe de médicaments, les modulateurs des récepteurs de la sphingosine 1-phosphate S1P.

Cet immunosuppresseur sélectif séquestre de façon réversible les lymphocytes au niveau des organes lymphoïdes secondaires en inhibant leur sortie par le biais d’une action antagoniste sur les récepteurs à la sphingosine-1-phosphate. Ces récepteurs sont nécessaires pour que les lymphocytes sortent des tissus lymphoïdes [1].

Lorsque le fingolimod se lie aux récepteurs, les lymphocytes sont retenus dans les tissus lymphoïdes. Il en résulte une réduction importante du nombre de lymphocytes circulants, de l’ordre de 20% à 30% des valeurs initiales, ce qui diminue la migration des lymphocytes vers d’autres organes, dont le système nerveux central (SNC) ; de ce fait la réduction du nombre de lymphocytes auto agressifs dans le SNC contribuerait ainsi à la diminution des lésions caractéristiques de la SEP.

Deux essais cliniques FREEDOMS et TRANSFORMS [2,3] ont prouvé l’efficacité du fingolimod dans la SEP- RR ; il réduit le taux annuel de poussées de 54% par rapport à un placebo et de 52% par rapport à un Interféron Béta1a. Il diminue le risque de handicap et permet une réduction du nombre de nouvelles lésions à l’IRM [4].

Le fingolimod est indiqué en monothérapie comme traitement de fond des formes très actives de SEP-RR pour les patients adultes présentant une forme très active de la maladie malgré un traitement complet et bien conduit par au moins un traitement de fond de la SEP ou de patients présentant une SEP-RR sévère et d’évolution rapide, définie par 2 poussées invalidantes ou plus au cours d’une année, associées à 1 ou plusieurs lésion(s) rehaussée(s) après injection de Gadolinium sur l’IRM cérébrale ou une augmentation significative de la charge lésionnelle en T2 par rapport à une IRM antérieure récente.

Cependant, certaines précautions s’imposent notamment lors de la première prise qui doit se faire en milieu hospitalier. En effet, une bradycardie transitoire peut survenir 4 à 5 heures après la première gélule et s’associer à des retards de conduction auriculo-ventriculaire, voire à la rare survenue de blocs auriculo-ventriculaires complets, transitoires et spontanément résolutifs.

Des cas d’infections avec des pathogènes opportunistes, viraux (par ex. virus varicelle-zona [VZV], virus de John Cunningham [VJC] à l’origine de Leucoencéphalopathies multifocales progressives LEMP, virus de l’herpès simplex [VHS]), fongiques (méningites à cryptocoques) ou bactériens (par ex. mycobactéries atypiques) ont été rapportés.

Il est contre indiqué chez les patients ayant un syndrome d’immunodéficience connu et ceux qui reçoivent un traitement immunosuppresseur, dans les infections chroniques actives (hépatite, tuberculose) et les cancers diagnostiqués en évolution.

Récemment, la persistance d’effets indésirables graves a conduit à contre-indiquer l’utilisation du fingolimod chez les patients à risque cardiaque ou présentant une affection cardiaque. (ANSM, 6 Nov. 2017).

Néanmoins, dans la SEP, le fingolimod reste la molécule per os la plus prescrite dans le monde. Aux USA, environ 73.00 patients ont été traités. Dans le monde 271.000 patients ont reçu cette molécule. (Novartis data on file).

En 2017, La FDA a approuvé le fingolimod dans la SEP pédiatrique chez l’enfant de 10 ans et plus dans la SEP-RR, l’étude PARADIGMS a prouvé que le traitement par fingolimod a réduit le taux annuel de poussées de 82% dans cette population, sur une période de 2 ans comparativement aux patients mis interféron β-1a en intra musculaire (p <0.001) [5].

Le fingolimod demeure une molécule intéressante, son indication s’étend actuellement à l’enfant si les précautions d’emploi et la surveillance sont rigoureusement respectées.

Deux nouveaux immunomodulateurs oraux ont suivi le fingolimod, il s’agit respectivement du tériflunomide ou Aubagio® et du diméthyl fumarate ou Tecfidera®

  1. Le tériflunomide (Aubagio® de Genzyme) C’est une substance immunomodulatrice, métabolite actif du leflunomide (Arava®) déjà utilisé par les rhumatologues car approuvé pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde depuis 1998. Le tériflunomide a été approuvé en 2012 pour la forme rémittente de SEP [6] ; il est une alternative aux interférons bêta et à l’acétate de glatiramère dans le traitement de fond de la SEP-RR.

Il se présente sous forme de comprimés pelliculés de 14mg, et est indiqué dans le traitement de fond des patients adultes atteints de formes rémittentes de sclérose en plaques (SEP-RR). La posologie recommandée est d’un comprimé de 14mg une fois par jour pris avec ou sans aliment. Le tériflunomide est un immunomodula- teur agissant par plusieurs mécanismes [7] :

  • Un effet cytostatique sur la prolifération des lymphocytes B.
  • Une inhibition de l’activation et de la sécrétion des cytokines, ayant le rôle d’envoyer le signal d’activation au système lymphocytaire, ce qui induit une baisse de la prolifération des lymphocytesT.
  • Une modification de l’interaction entre les lymphocytes T et les cellules présentatrices d’antigènes (CPAg) par la fixation du tériflunomide sur les récepteurs des lymphocytes T. Ainsi, les cellules T activées produisent moins d’interférons-γ.

L’efficacité du tériflunomide a été démontrée dans deux études contrôlées contre placebo, les études TEMSO (Teriflunomide Multiple Sclerosis Oral) et TOWER (Teriflunomide Oral in people With relapsing multiple sclerosis) [8], évaluant l’administration de doses quotidiennes uniques de tériflunomide 7mg et 14mg chez des patients atteints de SEP récurrente.

Les données de l’étude TEMSO démontrent que le tériflunomide réduit le taux annualisé de poussées de 31 % par rapport au placebo, le nombre des lésions visibles à IRM cérébrale et impacte de façon significative sur la progression du handicap.

Une autre étude : TOPIC [9] évaluant l’efficacité du tériflunomide dans le syndrome cliniquement isolé (CIS) a montré, au cours des deux ans de l’étude, une réduction de 43 % du risque d’évolution vers une SEP cliniquement définie, par rapport au placebo (p=0,0087).

Une nouvelle analyse suggère que le tériflunomide ralentit l’atrophie cérébrale chez les personnes atteintes de SEP-RR [10].

Les contre-indications du tériflunomide sont l’insuffisance hépatique grave, une maladie ou un traitement immunodépresseur, une anomalie préexistante de la numération formule sanguine, une infection grave, une baisse importante du taux de protéines dans le sang, une insuffisance rénale nécessitant une dialyse, la grossesse, la femme en âge de procréer sans contraception efficace et l’allaitement.

Les effets indésirables possibles du tériflunomide sont les céphalées, diarrhées, nausées, amincissement ou chute des cheveux, augmentation des transaminases (ALAT) , infections (grippe, infection des voies respiratoires, cystite, herpès buccal …), douleurs abdominales, vomissements, douleur dentaire, anxiété, picotements ou engourdissement des mains et des pieds, inflammation des tendons, hypertension artérielle, éruption cutanée, acné, douleur musculaire ou articulaire, perte de poids, baisse des globules blancs dans la sang, anémie. De très rares cas de pancréatite, d’atteinte pulmonaire, de réactions cutanées sévères, un cas de lymphome ont été rapportés avec le tériflunomide depuis sa commercialisation. Plus de 40.000 personnes ont été traitées par tériflunomide à travers le monde.

le diméthyl fumarate DMF : Tecfidera® (Biogen), Appelé aussi BG-12 a été récemment approuvé par la FDA en 2013 et par the European Medicines Agency (EMA) en 2014 [11] pour le traitement de la SEP-RR. Pour rappel, l’acide fumarique a été utilisé pour le traitement du psoriasis pendant plus de 50 ans et c’est sans aucun doute à cause de ses propriétés anti-inflammatoires bien connues que cet ester de l’acide fumarique, le DMF a été introduit dans les essais cliniques de la SEP.

C’est un immunomodulateur pris deux fois par jour sous forme de gélule gastrorésistante dosée à 120mg et 240mg. Le diméthyl fumarate a l’AMM dans le traitement des adultes atteints de formes rémittentes récurrentes de sclérose en plaques. Il est une alternative thérapeutique par voie orale aux autres médicaments indiqués dans le traitement de fond de la SEP-RR.

Le mécanisme par lequel le diméthyl fumarate exerce ses effets thérapeutiques chez les patients SEP n’est pas entièrement connu. Les études précliniques indiquent que les réponses pharmacodynamiques au diméthyl fumarate semblent être principalement médiées par l’activation de la voie transcriptionnelle du facteur nucléaire NRF2 (erythroid-derived 2-like 2). Il a été mon- tré chez des patients que le DMF augmente l’expression des gènes antioxydants NRF2-dépendants (par exemple NAD(P)H déshydrogénase, quinone 1 ; [NQO1]) [12].

Deux essais cliniques randomisés (DEFINE) pour (Determination of the efficacy and Safety of Oral Fumarate in RR-MS) et (CONFIRM) pour (Comparator and an Oral Fumarate in RR-MS ) ont démontré une efficacité significative dans la réduction du taux annuel des poussées (plus de 53%) comparé au placebo et du nombre de lésions qui prennent le gadolinium. La réduction de l’atrophie cérébrale >30% après 2 ans de traitement comparé au placebo montre que le DMF a un effet neuro protecteur et probablement restaurateur de la myéline à travers ses mécanismes immunomodulateurs [13,14].

La dose initiale est de 120mg deux fois par jour. Après 7 jours de traitement, la dose sera augmentée pour atteindre la dose recommandée de 240mg deux fois par jour.

Une réduction temporaire de la dose à 120mg deux fois par jour peut permettre de réduire la fréquence des bouffées congestives et des effets indésirables gastro- intestinaux. Il faut revenir à la dose recommandée de 240mg deux fois par jour au cours du mois suivant.

Chez les patients présentant des réactions secondaires gastro-intestinales ou des bouffées congestives, la prise de DMF au moment des repas peut améliorer la tolérance. L’injection de vaccins contenant des germes vivants, l’allaitement et la grossesse sont déconseillés.

Les effets indésirables les plus fréquents sont : rougeur du visage, bouffée de chaleur, diarrhées, nausées, douleurs abdominales, vomissements, digestion difficile, brûlure d’estomac, démangeaisons, rougeur cutanée, baisse des globules blancs, sensation de brûlure et réaction allergique.

Les bouffées congestives, d’une sévérité légère à modérée, surviennent en début de traitement (premier mois) et peuvent ensuite se manifester de manière intermittente pendant tout le traitement par DMF.

Fin 2016, on comptait plus de 190.000 patients traités par diméthyl fumarate dans le monde ; les données cliniques et IRM des patients après 6 années d’exposition au DMF ont montré l’efficacité du DMF dans la SEP-RR avec une assez bonne tolérance à condition que la vigilance soit accrue.

  1. l’alemtuzumab ou (Lemtrada® de Genzyme), Un autre immunomodulateur, a été approuvé en 2014 comme traitement de seconde ligne indiqué chez les patients qui ne répondent pas à 2 ou plus immunomodulateurs [15].

L’alemtuzumab est un traitement à visée préventive des poussées et de la progression du handicap chez des patients ayant une forme sévère de SEP-RR qui est définie par la survenue de deux poussées invalidantes ou plus au cours d’une année, associée(s) à une activité inflammatoire à l’IRM cérébrale (une ou plusieurs lésions rehaussées après injection de Gadolinium), malgré un traitement de 1ère ligne ou de 2ème ligne.

Il s’agit d’un traitement de deuxième ligne ou de troisième ligne.

L’alemtuzumab est un anticorps monoclonal recombinant humanisé qui cible la protéine CD52, une protéine présente en grande quantité sur les lymphocytes T et B. Le traitement par alemtuzumab entraîne, après chaque cycle de traitement, l’épuisement des lymphocytes T et B circulants que l’on pense responsables du processus inflammatoire caractéristique de la SEP. Il se produit ensuite une forme distincte de repopulation des lymphocytes T et B qui se poursuit dans le temps.

Le mécanisme d’action de L’alemtuzumab dans la SEP n’est pas totalement élucidé. Cependant, des travaux de recherche suggèrent des effets immunomodulateurs avec une déplétion initiale suivie d’une repopulation lymphocytaire, notamment [16] :

  • Modifications du nombre, des proportions et des propriétés de certaines sous populations lymphocytaires après traitement,
  • Augmentation des lymphocytes T régulateurs,
  • Augmentation des lymphocytes T et B mémoire,
  • Effets transitoires sur certaines cellules de l’immunité innée (à savoir, granulocytes neutrophiles, macrophages, cellules NK).

La déplétion en lymphocytes B et T périphériques induite par l’alemtuzumab et suivie d’une repopulation peuvent réduire le risque de poussée et donc ralentir la progression de la maladie.

Les patients récemment traités par interféron bêta et par acétate de glatiramère doivent interrompre leur traitement 28 jours avant l’instauration du traitement par alemtuzumab.

Sa grande efficacité dans la SEP-RR a été démontrée dans plusieurs études cliniques. La diminution du risque de poussées et le ralentissement de progression de la maladie ont été démontrés dans la phase II CAMMS223 et dans la phase III des essais cliniques CARE MS I and CARE MS II [17,18].

Il est administré initialement par perfusion pendant 5 jours consécutifs puis pendant 3 jours avec un intervalle d’une année entre les deux perfusions.

La posologie de l’alemtuzumab recommandée est de 12mg/ jour administrée en perfusion intraveineuse (solution diluée administrée en 4 heures) au cours de 2 cycles de traitement.

  • Cycle de traitement initial : 12mg/jour pendant 5 jours consécutifs (dose totale de 60mg).
  • Deuxième cycle de traitement : 12mg/jour pendant 3 jours consécutifs (dose totale de 36mg), administrés 12 mois après le cycle de traitement initial.

Une surveillance particulière des patients depuis l’instauration du traitement et pendant une période de 48 mois après la dernière perfusion s’impose.

Une prémédication par corticoïdes, antihistaminiques et/ou antipyrétiques doit être administrée aux patients, juste avant la perfusion de l’alemtuzumab, ainsi qu’une prophylaxie par voie orale contre une infection par le virus de l’herpès du premier jour de chaque cycle de traitement et se poursuivre pendant au moins un mois après la fin du traitement par alemtuzumab.

Le traitement par alemtuzumab peut entraîner la formation d’auto anticorps et augmenter le risque de pathologies auto immunes : purpura thrombopénique immunologique (PTI), troubles thyroïdiens ou, dans de rares cas, des néphropathies (ex. maladie des anticorps anti membrane basale glomérulaire). Les effets indésirables les plus fréquents sont : éruptions cutanées, céphalées, fièvre et infections des voies respiratoires.

Après les deux cycles initiaux de traitement administrés dans le cadre des études CARE-MS (au mois zéro et au mois 12), 64 % des patients traités par Lemtrada® dans l’étude CARE-MS I et 55 % de ceux traités dans l’étude CARE-MS II n’ont pas reçu de traitement supplémentaire par Lemtrada® pendant les cinq années suivantes, jusqu’au mois 72.

Jusqu’au mois d’aout 2017, 13.000 personnes ont été traitées pat l’alemtuzumab dans le monde. Les deux cycles de perfusion espacés d’une année apportent un confort pour le patient à condition que la surveillance soit continue. Les récentes recommandations (Recommendations from European Multiple Sclerosis Experts) préconisent l’utilisation de l’alemtuzumab chez les patients naïfs de tout traitement en cas de SEP active et en deuxième ligne chez les patients qui ne répondent pas aux immunomodulateurs [19].

A.  Daclizumab, Zinbryta® de BIOGEN,

Avec ce nouveau médicament il y a un retour à la forme injectable sous cutanée mais avec une dose mensuelle ; la dose recommandée est de 150mg, injectée par voie sous-cutanée une fois par mois à l’aide d’un stylo ou d’une seringue préremplie.

Le daclizumab est un anticorps monoclonal ciblant la sous-unité CD25 du récepteur à l’interleukine-2 (IL-2) majoritairement présent à la surface des lymphocytes T activés. En modulant la voie de signalisation de l’IL-2, le daclizumab a une action immunosuppressive. Il a été précédemment exploité par un autre laboratoire dans la prophylaxie du rejet aigu de greffe rénale avec une dose et une voie d’administration différente.

Le daclizumab a l’AMM dans le traitement de la SEP avec poussées chez l’adulte. L’évaluation du daclizumab dans la SEP repose essentiellement sur l’étude SELECT et l’étude DECIDE [20,21] :

  • Une étude randomisée, double aveugle, comparative versus placebo chez des patients atteints de SEP-RR (étude SELECT) ;
  • Une étude randomisée, double aveugle, comparative versus interféron (IFN) β-1a chez des patients atteints de SEP-RR (étude DECIDE) ;
  • Une méta-analyse en réseau dans laquelle l’efficacité et la tolérance du daclizumab a été comparée à celle des autres traitements de la SEP-RR.

Dans L’étude SELECT, au terme de 52 semaines de traitement, la supériorité du daclizumab versus placebo a été mise en évidence sur le taux annualisé de poussées (critères de jugement principal) : 0,22 versus 0,458 RR=0,461 IC95% = [0,32 ; 0,67] p<0,000.

Les pourcentages de patients ayant eu une progression du handicap confirmée à 12 et 24 semaines (critères exploratoires) ont été plus important dans le groupe placebo que dans le groupe daclizumab (13,3 % versus 5,9 % et 11,1 % versus 2,6 % respectivement).

La supériorité a également été démontrée sur les critères de jugement secondaires hiérarchisés : nouvelles lésions Gd+ entre les semaines 8 et 24, lésions T2 nouvelles ou en expansion à 52 semaines, et pourcentage de patients avec au moins une poussée.

Comme il a été prouvé dans l’étude DECIDE, phase III, une injection sous-cutanée mensuelle de daclizumab est plus efficace qu’une injection intra musculaire par semaine d’interféron (IFN) β-1a dans la réduction du taux annualisé des poussées 0,393 versus 0,216 RR=0,550 IC95% = [0,47 ; 0,65] p<0,0001 et les lésions IRM des patients souffrant de SEP-RR ; de plus, le daclizumab a démontré une efficacité dans la réduction de la progression du handicap (pourcentage de patients ayant eu une progression du handicap à 24 semaines plus élevé dans le groupe IFN β-1a que dans le groupe daclizumab (18,3 % versus 12,7 %).

Il améliore la qualité de vie des patients. L’efficacité du daclizumab se maintient au long terme (3 ans et plus), et il est bien toléré dans l’ensemble si des précautions sont prises.

Contre-indications : antécédents d’hypersensibilité au daclizumab, hépatopathie ou insuffisance hépatique. Les effets indésirables le plus fréquemment rapportés ont été des éruptions cutanées, une augmentation du taux d’alanine aminotransférase (ALAT), une dépression, une nasopharyngite, une infection des voies respiratoires supérieures, une grippe, une douleur laryngopharyngée et une adénopathie.

A. L’ocrelizumab

Les formes primaires progressives (SEP-PP) touchent environ 15 % des personnes atteintes de SEP et se caractérisent par une progression dès le début de la maladie sans phase de rémission à laquelle se surajoutent ou non des poussées. L’âge moyen de début des SEP-PP est de 40 ans soit 10 années plus tard que les formes rémittentes et touchent autant les hommes que les femmes. L’atteinte médullaire y est prédominante. Elles étaient démunies de traitement jusqu’à 2017, date d’apparition de l’ocrelizumab.

L’ocrelizumab, commercialisé par Genentech/Roche sous le nom de Ocrevus® est un anticorps monoclonal entièrement humanisé ciblant la protéine CD20 située sur la surface des lymphocytes B.

Il montre un bénéfice non seulement dans la forme rémittente mais aussi, et pour la première fois, dans la forme progressive primaire. Il se présente sous forme de solution à 300mg à diluer pour perfusion. Les solutions d’ocrelizumab pour administration intraveineuse sont préparées par dilution du médicament dans une poche de perfusion contenant du chlorure de sodium isotonique à 0,9 %.

La première dose consiste en deux perfusions intraveineuses de 300mg, effectuées à deux semaines d’intervalle. Les doses suivantes sont administrées à raison d’une perfusion intraveineuse unique de 600mg tous les 6 mois.

Son efficacité dans la forme rémittente de la SEP a été démontrée par deux études de 96 semaines, comprenant des patients atteints de SEP rémittent. Il s’agit d’OPERA I et OPERA II [22]. L’évaluation de l’ocrelizumab à une dose de 600mg toutes les 24 semaines, par rapport à l’interféron β-1a à une dose de 44μg trois fois par semaine a montré un bénéfice significatif de l’ocrelizumab sur le taux de poussée annualisé ; l’ocrelizumab a réduit ce taux de 46 ou 47% par rapport à l’interféron β-1a. Le pourcentage de patients avec une progression du handicap et le nombre de lésions à l’IRM étaient également significativement plus bas dans le groupe ocrelizumab.

Dans la forme progressive primaire, l’ocrelizumab a permis, dans l’étude ORATORIO [23] versus placebo, de retrouver un risque relatif de progression du handicap d’environ 25% inférieur chez les patients qui ont reçu 600mg d’ocrelizumab toutes les 24 semaines pendant au moins 120 semaines. Les facteurs améliorant la réaction au traitement étaient : un âge inférieur à 45 ans et un début de la maladie datant de moins de 5 ans.

En plus de ralentir de manière significative la progression de l’invalidité, il réduit les signes d’activité pathologique au niveau cérébral par comparaison avec un placebo dans l’étude ORATORIO.

Les réactions liées à la perfusion sont l’effet indésirable le plus fréquent du traitement par ocrelizumab c’est pour cela qu’une prémédication (méthylprednisolone, antihistaminique, paracétamol) est recommandée.

Les patients atteints de SEP-RR qui recevaient l’ocrélizumab avaient plus de rhinopharyngites et d’infections des voies supérieures que ceux qui recevaient des interférons β-1a. En revanche, ils avaient moins d’infections sévères. Ceux qui étaient atteints de SEP-PP et qui recevaient de l’ocrélizumab avaient plus d’infections, mais des taux d’infections sévères comparables à ceux qui recevaient un placebo.

Les patients atteints de SEP–PP doivent utiliser des accessoires d’aide à la mobilité voire un fauteuil roulant, ils sont en invalidité car ne pouvant pas travailler. Ils recourent à des aides pour leur vie quotidienne beaucoup plus tôt que les patients à forme SEP-RR ; cette perte de leur autonomie a un impact économique et un retentissement psychologique certains. L’ocrelizumab, premier traitement à démontrer un ralentissement significatif de la progression du handicap dans la SEP-PP représente donc une nouvelle perspective de traitement de ces formes très invalidantes.

Les formes progressives secondaires ne sont pas en reste puisqu’elles répondent favorablement au Siponimod encore appelé BAF312 (Novartis) qui est au stade du programme de recherche.

B.   Siponimod,

Par voie orale, une fois par jour est un modulateur des récepteurs de la sphingosine-1-phosphate [24] ; il appartient à la même catégorie de médicaments que le fingolimod.

Le siponimod fait l’objet d’études (essais cliniques de phase III), ayant pour but d’évaluer sa capacité à réduire les pertes fonctionnelles causées par la SP progressive secondaire. L’étude EXPAND [25] réalisée auprès de 1.651 personnes atteintes de SEP progressive secondaire, vivant dans 31 pays distincts contribue à évaluer l’innocuité, la tolérabilité et l’efficacité du siponimod chez des personnes atteintes de SEP progressive secondaire. Les résultats préliminaires montrent que chez les participants traités par le siponimod, comparativement à ceux qui ont reçu le placebo, le taux de poussées annualisé a été abaissé de 55,5 %, l’atrophie cérébrale était en moyenne inférieure de 23,4% et l’augmentation du volume des lésions cérébrales était en moyenne inférieure de 79,1 %.

Conclusion :

les nouvelles molécules de la sclérose en plaques enrichissent l’arsenal thérapeutique déjà existant constitué par les immunomodulateurs par voie injectable. Si la voie orale apporte un confort considérable aux patients, il est prudent d’en surveiller strictement le protocole. Le traitement de la forme primaire progressive représente un réel progrès et celui des formes secondairement progressives annonce des résultats assez encourageants.

Références :

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  2. Kappos L, O’Connor P, Radue E-W, Polman C, Hohlfeld R, Selmaj K, et al. Long-term effects of fingolimod in multiple sclerosis the randomized FREE- DOMS extension trial. Neurology. 2015
  3. Oral fingolimod or intramuscular interferon for relapsing multiple sclero- sis. Cohen JA, Barkhof F, Comi G, Hartung HP, Khatri BO, Montalban X and al., TRANSFORMS Study Group. N Engl J Med. 2010 Feb 4; 362(5):402-15.)
  4. Bergvall N., et al. “Relapse rates among patients with a history of relapses treated with fingolimod compared with interferons or glatiramer acetate for the treatment of multiple sclerosis: a retrospective US claims database analysis.” Neurology. 2014. 82(10): Supplement P7.222.
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  7. Claussen MC, Korn T. Immune mechanisms of new therapeutic strategies in MS-teriflunomide. Clin Immunol. 2012;142:49-56.
  8. O’Connor P, Wolinsky JS, Confavreux C, et al. Randomized trial of oral teri- flunomide for relapsing multiple sclerosis. New Engl J Med. 2011;365:1293-1303.
  9. Miller A, Wolinsky J, Kappos L, et al. TOPIC main outcomes: efficacy and safety of once-daily oral teriflunomide in patients with clinically isolated syn- drome. Presented at: 29th Annual Meeting of the European Committee for Treatment and Research in Multiple Sclerosis; October 2-5, 2013; Copenha- gen, Denmark. Oral presentation 99.
  10. Présentation de données IRM supplémentaires sur l’atrophie cérébrale tirées de l’étude TEMSO de phase III au congrès de l’ECTRIMS -Paris, France
  11. Le 7 octobre 2015 – Sanofi.
  12. U.S. Food and Drug Administration. “FDA approves new multiple scle- rosis treatment: Tecfidera.” March27,2013.http://www.fda.gov/NewsEvents/ Newsroom/PressAnnouncements/ucm345528.htmL
  13. Albrecht P, Bouchachia I, Goebels N, et al. Effects of dimethyl fumarate on neuroprotection and immunomodulation. J Neuroinflamma- tion.2012;9:163-172.
  14. Gold R, Kappos L, Arnold DL, et al. Placebo-controlled phase 3 study of oral BG-12 for relapsing multiple sclerosis. New Engl J Med. 2012;367:1098-1107.
  15. Fox RJ, Miller DH, Phillips JT, et al. Placebo-controlled phase 3 study of oral BG-12 or glatiramer in multiple sclerosis. New Engl J Med.2012;367:1087-1097.
  16. Genzyme. “Genzyme’s Lemtrada Approved by the FDA.” November 14, 2014. http://news.genzyme.com/press-release/genzymes-lemtrada-approved-fda )
  17. Mode of action and clinical studies with alemtuzum l .Joanne L.JonesAlasdair J.Coles Experimental Neurology Volume 262, Part A, De- cember 2014, Pages 37-43
  18. Alemtuzumab CARE-MS I 5-year follow-up: Durable efficacy in the ab- sence of continuous MS therapy.Havrdova E, Arnold DL, Cohen JA, Hartung HP, Fox EJ, Giovannoni G,.Neurology. 2017 Sep 12;89(11):1107-1116.
  19. Alemtuzumab CARE-MS II 5-year follow-up: Efficacy and safety findings. Coles AJ, Cohen JA, Fox EJ, Giovannoni G, Hartung HP, Havrdova E and al.; CARE-MS II . Neurology. 2017 Sep 12;89(11):1117-1126.Alemtuzumab Use in Clinical Practice: Recommendations from European Multiple Sclerosis Experts.Berger T, Elovaara I, Fredrikson S, McGuigan C, Moiola L, Myhr KM et al . CNS Drugs. 2017 Jan;31(1):33-50. doi: 10.1007/ s40263-016-0394-8.
  20. Daclizumab high-yield process in relapsing-remitting multiple sclerosis (SELECT): a randomised, double-blind, placebo-controlled trial ; Ralf Gold and al The Lancet ,Volume 381, No. 9884, p2167–2175, 22 June 2013
  21. Daclizumab HYP versus Interferon β-1a in Relapsing Multiple Scle- rosis Ludwig Kappos, M.D., Heinz Wiendl, M.et al. N Engl J Med 2015; 373:1418-1428October 8, 2015DOI: 10.1056/NEJMoa1501481
  22. Ocrelizumab versus Interferon β-1a in Relapsing Multiple Sclerosis Ste- phen L. Hauser, M.D., Amit Bar-Or et al; N Engl J Med 2017; 376:221-234Ja- nuary 19, 2017DOI: 10.1056/NEJMoa1601277
  23. Ocrelizumab versus Placebo in Primary Progressive Multiple Sclerosis; Xavier Montalban, M.D., Stephen; N Engl J Med 2017; 376:209-220January 19, 2017DOI: 10.1056/NEJMoa1606468
  24. Aslanis V et al. Siponimod (BAF312) (and/or its metabolites) penetrates into the CNS and distributes to white matter areas. Mult Scler J 2012; 18(10(suppl)): P792.
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Ataxia-Telangiectasia: Analysis of 11 patients

L. ALI PACHA (1), T. BENHASSINE (2), S. ASSAMI (1), S. NOUIOUA (1), M. KOENIG (3), M. TAZIR (1). Service de Neurologie, CHU Mustapha Bacha et Laboratoire de Neurosciences, Université 1, Alger Laboratoire de biologie moléculaire, Université Houari Boumediene, Bab Ezzouar, Alger Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) Ill kirch, Strasbourg, France

Abstract : Ataxia telangiectasia is one of the most frequent autosomal recessive cerebellar ataxia, usually develop before 5 years of age, due to ATM mutation on chromosome 11q22.3. It’s characterized by hypotonia and clumsiness that progressively worsen, leading to the loss of independent ambulation by 10 years; cerebellar ataxia is usually associated with conjunctival telangiectasias, oculomotor apraxia, chorea, dystonia, or both; sensorimotor axonal neuropathy, and high level of alpha-fœtoprotein. Patients with ataxia telangiectasia must be monitored carefully, since they are prone to malignant conditions (especially lymphomas and leukemias) and to recurrent infections beginning at an early age because of immunoglobulin deficiency. Eleven cases belonging to nine families were ascertained for clinic and mutation analysis findings, according to which they were diagnosed as ataxia-telangiectasia. Physical, neurological, biologic, ophthalmological, cardiac examinations and cerebral magnetic resonance imaging or cerebral scanner were performed. 56,52% of cases were born of consanguineous marriage. The age of onset was before 4 years in 90% of cases, all the patients had classic phenotype and almost 10 % were wheelchair bound.

Key-words : Ataxia, telangiectasia, alfa-fœtoprotein.

Résumé : L’ataxie-télangiectasie est l’une des plus fréquentes ataxies autosomiques récessives survenant avant l’âge de 5 ans, liée à la mutation du gène ATM sur le chromosome11q22.3. Elle se caractérise par une hypotonie, et des troubles de l’équilibre évoluant progressivement vers l’aggravation, entrainant la perte de la marche vers l’âge de 10 ans. L’ataxie cérébelleuse est souvent associée à des télangiectasies conjonctivales, une apraxie oculomotrice, des mouvements choréiques et dystoniques et une augmentation du taux de l’alfa-fœtoprotéine. Ces patients nécessitent une prise en charge particulière en raison notamment de leur prédisposition aux cancers (lymphomes et leucémies) et à des infections récurrentes liées à leur déficit immunitaire. Onze patients appartenant à 9 familles ont été diagnostiqués selon la clinique et les résultats biologiques. 56,52% des cas étaient issus d’un mariage consanguin. La maladie s’est déclarée dans 90 % des cas avant l’âge de 4 ans. Tous les patients présentaient un phénotype classique et 10% d’entre eux étaient sur fauteuil roulant.

Mots-clés : Ataxie, télangiectasies, alfa-fœtoprotéine.

Introduction :

L’Ataxie télangiectasie (AT) ou syndrome de Louis Barr est une maladie héréditaire à transmission autosomique récessive liée à une mutation du chromosome 11q22.3 codant pour le gène ATM. Elle concernerait environ une naissance sur quarante milles.

C’est une affection qui se manifeste par des anomalies neurologiques et conjonctivo-cutanées.

Le tableau classique associe une ataxie cérébelleuse progressive survenant entre un et quatre ans, une apraxie oculomotrice, des infections fréquentes secondaires à un déficit immunitaire essentiellement humoral, une choréo-athétose, des télangiectasies apparaissant tardivement mais surtout évidentes au niveau de la conjonctive et une augmentation du risque de cancer, en particulier de leucémie et de lymphome. Le diagnostic de cette maladie est relativement aisé en raison d’une élévation quasi systématique de l’alpha-fœtoprotéine ainsi que d’un déficit en Ig A et Ig E.

Patients et méthodes :

Cette étude est à la fois rétrospective et prospective et a concerné un nombre de 162 patients appartenant à 100 familles qui présentent une ataxie cérébelleuse autosomique récessive (ACAR) d’évolution progressive ; les cas sporadiques ont également été inclus dans ce travail.

Le registre rétrospectif s’est étalé sur la période allant de Janvier 2001 à Avril 2008, tandis que la partie prospective a concerné la période allant de Mai 2008 à Mars 2013.

Ces patients ont été adressés au service de Neurologie du CHU Mustapha Bacha, en général par des médecins généralistes, des neurologues, du secteur public ou privé, des pédiatres, des médecins rééducateurs, des médecins internistes, ainsi que des chirurgiens orthopédistes.

Pour chaque patient une anamnèse rigoureuse a été réalisée pour notamment rechercher la notion de consanguinité des parents, préciser l’âge de début de la maladie, les signes inauguraux, le mode évolutif, et l’existence de cas similaires dans la fratrie ou le reste de la famille avec établissement d’un arbre généalogique.

Chaque patient a bénéficié d’un examen neurologique détaillé, d’un bilan ophtalmologique et auditif ainsi qu’un bilan cardiaque comprenant un examen clinique, un électrocardiogramme et une échocardiographie. Nous avons également réalisé un bilan biologique standard pour chaque patient comprenant le dosage de la glycémie, du cholestérol et des triglycérides, une électrophorèse des lipides et des protéines, l’albuminémie, la créatine kinase, les lactates, l’étude des Béta hexosaminidases et de l’aryl sulfatase, ainsi que le dosage de la vitamine E et de l’alpha-fœtoprotéine. Un électromyogramme (EMG) avec étude des vitesses de conduction nerveuse, l’étude des potentiels évoqués visuels (PEV), auditifs (PEA) et somesthésiques (PES), ainsi qu’une tomodensitométrie (TDM) ou imagerie par résonnance magnétique (IRM) cérébrale ont été effectués. Le MMSE (minimental test examination) a également été réalisé. Après consentement éclairé, nous avons effectué pour tous les patients un prélèvement d’ADN du propositus, des parents, des membres atteints et sains de la fratrie en vue d’une étude génétique.

Pour chaque patient un score fonctionnel a été établi selon l’échelle SPATAX qui varie de 0 à 7 :

• 0 : normal
• 1 : discrètes anomalies à l’examen neurologique
•  2 : impotence fonctionnelle légère, patient capable de marcher et de courir
• 3 : capable de marcher sans aide jusqu’à 500 mètres, incapable de courir
• 4 : nécessite une aide unilatérale pour marcher
• 5 : nécessite une aide bilatérale pour marcher
• 6 : confiné au fauteuil roulant
• 7 : alité

Résultats :

Nous avons colligé 11 patients appartenant à 9 familles atteints d’ataxie-télangiectasies, représentant 6,99% de tous nos patients ACAR.

Grâce à l’étude moléculaire, le diagnostic définitif a été confirmé chez trois de ces patients. La consanguinité était retrouvée chez 6 familles. Les caractéristiques liées à l’âge de début et la durée d’évolution sont résumés dans le tableau 1.

 P1aP2aP3P4P5bP6bP7P8P9P10P11
SexeFFFFFFFFFMM
Consanguinité++++++++
Cas similaires1 sœur1 sœur2 sœurs2 sœurs1 frère décédé2 sœurs1 frère décédé1 frère décédé
Âge début11112222137
Âge actuel7879710475813
Durée évolution67685825456
Tableau 1 : Caractéristiques épidémiologiques des patients AT

Chez un patient il a été noté une hypotonie néonatale, et 9 patients avaient des antécédents d’infections ORL ou pulmonaires récurrentes. Chez 4 patients (36%) l’affection s’est déclarée par un retard aux acquisitions psychomotrices, c’est-à-dire un retard à l’acquisition de la marche et du langage ; chez les 7 autres patients, la maladie s’est initiale- ment manifestée par des troubles de l’équilibre. Les signes cliniques retrouvés chez nos malades sont résumés dans le graphe 1 et les handicaps moteurs dans le graphe 2.

Le dosage de l’AFP, pratiqué chez 9 patients, était élevé dans 100% des cas, Il variait entre 2 et 40 fois la normale.

Le dosage des immunoglobulines, a été réalisé chez 6 patients, il était normal dans seulement un cas.

Chez 5 patients soit dans 83 %, il a montré 3 cas de déficit isolé des Ig A, un cas de déficit isolé des Ig G, et un cas de déficit combiné d’Ig A et Ig M.

L’IRM cérébrale, réalisée chez 8 patients a montré chez 6 d’entre eux (75 %) une atrophie cérébelleuse, associée dans la moitié des cas à une atrophie corticale.

Graphe 1 : Caractéristiques phénotypiques des patients AT
Graphe 2 : Répartition des patients AT selon le handicap

L’EEG pratiqué chez 5 patients était dénué d’anomalies, sauf dans un cas où il a montré un tracé globalement ralenti. Quant aux potentiels évoqués visuels, auditifs et somesthésiques, ils étaient normaux chez tous les patients qui en avaient bénéficié.

L’EMG a été pratiqué chez 5 patients et a montré dans tous les cas des signes de neuropathie axonale sensitive ou sensitivomotrice, dont une axonomyélinique (Tableau 2). TUGTGE

P 3P5bP6bP10P11
Médian moteur droitNf   
LD (ms)2,463,253,82,85
A1 (mV)1,131,425,613,58
A2 (mV)1,412,045,013,21
VCN (m/s)5551,956,747,5
Médian moteur gaucheNfNf   
LD (ms)2,453,952,55
A1 (mV)2,713,694,38
A2 (mV)2,383,613,07
VCN (m/s)46,763,843,2
Cubital                                            Nf                                                         NfNf
LD (ms)2,82,3
A1 (mV)4,612,44
A2 (mV)4,552,56
VCN (m/s)59,654
Médian sensitf Absent   
LD (ms)1,181,52,42,1
A (µV)1,541,51,252,78
VCN (m/s)4956,745,852,4
SPE droit LD (ms)  4,23  3,3  2,25  6,75  4,1
A1 (mV)1,333,651,541,852,42
A2 (mV1,172,951,251,472,12
VCN (m/s)4946,650,645,546,4
SPE gauche LD (ms)  4,28Nf  3,7  8  4,05
A1 (mV)1,33 2,031,552,26
A2 (mV)11,7 1,721,252,34
VCN (m/s)43 5,5356,540,7
Sural droitNfNfNf Nf
LD (ms)   1,5 
A (µV)   3,5 
VCN (m/s)   46,7 
Sural gaucheNfNfNf Nf
LD (ms)   1,5 
A (µV)   2,5 
VCN (m/s)   47 
Tableau 2 : Valeurs EMG des patients AT. Nf : non fait.

Pour l’étude moléculaire, la méthode consistait en un séquençage direct sur ADN génomique en BIG Dye terminator sur ABI 3100. Les résultats sont résumés dans le tableau 3.

Tableau 3 : Résultats génétiques des patients AT

Discussion :

L’ataxie télangiectasie est une ataxie autosomique récessive dont le diagnostic doit être évoqué chez tout enfant entre 1 et 6 ans chez lequel survient une ataxie cérébelleuse associée à des télangiectasies oculaires. L’AT représente 6,99 % de notre série, occupant la quatrième place après l’ataxie de Friedreich, l’ataxie par déficit en vitamine E et l’ataxie avec apraxie oculomotrice type 2. Elle représente la forme d’ataxie la plus fréquente du nourrisson et de l’enfant avec une incidence sur la population générale estimée entre 1 et 5 cas pour 100.000 (1,2), ce qui correspond à une fréquence de porteurs hétérozygotes de 1/100 à 1/900 (3).

Pour certains, elle correspond probablement à la deuxième ataxie autosomique récessive la plus fréquente après la maladie de Friedreich (2,4).

Cette affection, à prédominance féminine, a débuté avant l’âge de 4 ans (91%) chez la majorité de nos patients. La plupart des auteurs ont rapporté un âge de début précoce, dans la petite enfance en général, entre 2 et 3 ans (5,6,7,8). Toutefois, des cas plus tardifs ont été décrits (9).

Principal motif de consultation, l’ataxie cérébelleuse représentait le premier symptôme de l’affection chez les 7 autres patients de notre série.

Sur le plan clinique, l’ataxie est le premier signe à apparaître, responsable d’une ataxie du tronc durant les premiers mois de la vie, s’étendant par la suite aux membres et responsable d’un retard à l’acquisition et/ou des comme un symptôme précoce et quasi constant qui précède en général la survenue des télangiectasies (1,7,14,9).

Les télangiectasies conjonctivales oculaires étaient présentes chez la grande majorité de nos patients (10 cas soit 90,90%), et les télangiectasies cutanées dans 2 cas (18,18%), siégeant au niveau des joues et des lobes des oreilles, et apparues très tôt chez la majorité des patients.

Les télangiectasies, qui représentent un élément essentiel du diagnostic (6), souvent invisibles au début de la maladie, sont présentes dans 90% des cas par la suite. Il s’agit de veinules dilatées, apparaissant vers 2 à 8 ans, d’abord au niveau des conjonctives oculaires, puis au niveau cutané.

Dans notre série, les mouvements anormaux étaient présents chez huit patients soit dans 72,72% des cas. Le pourcentage des mouvements choréiques et de la dystonie a été rapporté par divers auteurs et son taux estimé à environ 90% par certains (1,7,15). On a même décrit des cas où la dystonie était au premier plan et masquait l’ataxie (16).

Nous n’avons pas retrouvé de troubles de la sensibilité profonde, ce point distinguant l’atteinte neurologique de l’AT des autres ataxies récessives.

Dans cette affection, le pronostic fonctionnel est sévère, et les enfants se retrouvent sur fauteuil roulant vers l’âge de 10-11 ans (7,17,2), comme c’est le cas pour l’un de nos patients. Chez nos malades, le degré du handicap était corrélé souvent mais pas toujours à la durée d’évolution. Dans cette affection, la durée de vie n’est pas corrélée à la sévérité de l’affection neurologique et le décès survient avant l’âge de 20 ans en moyenne, celui-ci étant plutôt lié à des développements néoplasiques ou aux infections sino pulmonaires avec bronchectasie et insuffisance respiratoire (10). Cependant, depuis quelques années, et notamment à la faveur de l’introduction des immunoglobulines, la qualité de vie des patients a été améliorée et la durée de vie prolongée, grâce à une meilleure prise en charge des infections, des désordres immunologiques, et des néoplasies, certains patients pouvant vivre au-delà de 20 ans (certains patients ont entre 30 et 50 ans)(18,19).

Nous n’avons pas retrouvé de développement néoplasique chez nos patients, mais cet élément a été retrouvé parfois chez les frères ou sœurs plus âgés qui étaient atteints de leucémie en général ou de déficit en immunoglobulines et dont certains étaient décédés. Cette susceptibilité aux cancers, essentiellement des leucémies ou lymphomes, est dramatiquement élevée dans l’AT, et constitue l’un des principaux facteurs de mauvais pronostic de cette affection (20,2).

Les parents du sujet atteint sont obligatoirement hétérozygotes et ont, à un moindre degré une instabilité et une radiosensibilité chromosomique. Le risque de cancer est multiplié par 3,5 chez les hétérozygotes avec, chez la femme, un risque de cancer du sein multiplié par 5 (21). Plus de la moitié des patients testés avaient un taux d’AFP supérieur à 145u/ml, pas toujours corrélée à la sévérité du handicap ou à la durée d’évolution.

La majorité des auteurs rapporte l’augmentation du taux de l’AFP souvent au-delà de dix fois la normale. Cette anomalie constitue un bon marqueur biologique de cette affection (22,2). Le dosage des immunoglobulines, a été réalisé chez 6 patients ; il était normal dans seulement un cas.

Ces troubles immunologiques ont été estimés par les auteurs à 60 à 80% des cas (1). Cette immunodéficience, non progressive, peut ne pas se voir au début, et s’aggraver progressivement avec l’âge, d’où l’intérêt de faire des dosages répétés.

Le déficit en Ig A est le plus fréquent, les déficits en Ig G et Ig E sont plus rares.

On retrouve également dans cette affection des anomalies chromosomiques à type de translocations qui sont acquises, et dont la multiplicité serait caractéristique de la maladie. Pour beaucoup d’auteurs, la cytogénétique constitue donc un test simple et spécifique pour établir le diagnostic. Un test d’irradiation lymphocytaire, évaluant le taux de survie des lymphocytes après une irradiation de 1Gray, permet de mettre en évidence une sensibilité accrue des cellules aux radiations ionisantes (23).

La neuropathie sensitive ou sensitivomotrice est très fréquente dans l’AT, et son taux a été évalué à 71% par certains auteurs (7).

L’IRM cérébrale a montré une atrophie cérébelleuse chez les trois quarts de nos patients. Cette atrophie est fréquemment retrouvée, souvent au stade précoce. Il a même été décrit de rares cas de lésions de leuco-encéphalopathie (24).

Il est important de souligner que les tomodensitométries et les radiographies standards devraient être évitées autant que possible chez ces patients, en raison du risque accru de radiosensibilité.

Tous nos patients présentaient un phénotype classique mais il faut savoir qu’il existe des phénotypes moins sévères, présents dans 10 à 15% des cas, appelés « AT-Variant» où l’âge de début peut être plus tardif, l’évolution moins sévère, la radiosensibilité moins prononcée, et la durée de vie plus longue et/ou les signes cardinaux de la maladie peuvent manquer, rendant le diagnostic plus difficile (25,26).

Une forme particulière de l’AT variant est la forme AT Fresno combinant les signes du syndrome Nigmegen breakage (NMS) aux signes de la forme classique, caractérisée par une microcéphalie et un retard mental (25).

Génétique :

Le gène de l’ataxie télangiectasie est localisé sur le bras long du chromosome 11q22-23 et comporte 66 exons (22, 1) ; s’étalant sur environ 150kb (27). Il code pour une phosphatidyli-nositol-3 kinase, l’AT mutated protein (ATM) (28).

Les mutations sont très variées et s’étalent tout le long de la séquence codante, compliquant singulièrement leur identification.

Plus de 400 mutations réparties dans les 66 exons du gène ont été identifiées (29,30).

Près de 70% des mutations décrites sont des mutations ponctuelles entraînant la production d’une protéine tronquée (31) et vraisemblablement une perte de fonction (mutations nulles), en accord avec le mode de transmission de la maladie.

L’analyse moléculaire du gène ATM est difficile en raison de la longueur du gène (66 exons) et de la diversité des mutations réparties tout au long de ce gène, et c’est l’une des raisons majeures pour lesquelles seuls trois de nos patients ont bénéficié de l’étude génétique.

Le conseil génétique sera celui d’une maladie génétique à pénétrance complète.

Le diagnostic prénatal est de réalisation simple dans les familles d’AT, puisqu’il consiste en un simple haplotypage par une étude des microsatellites localisés dans le gène et de part et d’autre du gène.

Conclusion :

L’ataxie télangiectasie est une ataxie autosomique récessive dont le diagnostic doit être évoqué chez tout enfant entre 1 et 6 ans chez lequel survient une ataxie cérébelleuse associée à des télangiectasies oculaires. Elle représente l’une des plus graves ataxies de l’enfant en raison notamment du déficit immunitaire et de la prédisposition aux néoplasies qui en grèvent lourdement le pronostic.

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Diagnostic strategy for dystrophinopathies

S. NOUIOUA (1), A. CHARALLAH (2), L. ALI PACHA (1), M. BENAHMED (3), T. BENHASSINE (2), M. TAZIR (1) Service de Neurologie CHU Mustapha Bacha, Alger Laboratoire de Biologie Moléculaire Université de Bab Ezzouar Service d’Anatomopathologie CPMC Alger.

Abstract : The dystrophinopathies represent all the muscular affections linked to mutations in the dystrophin gene. These are X-linked recessive diseases whose best-known forms are Duchenne and Becker muscular dystrophies, their clinical spectrum currently includes isolated cardiomyopathies, exercise intolerance, symptomatic carrier women, and isolated hyperCKemia. Duchenne muscular dystrophy is revealed in infancy by falls or a waddling walk reflecting a proximal muscular deficit. The evolution is rapidly progressive, with almost constant cardiac and respiratory involvement; death often occurs before the age of 20. Becker’s muscular dystrophy is revealed in adolescence or later. Creatine kinases are always very high. Muscle biopsy classically shows a dystrophic process with numerous necrosis and a fibroadipous involution of the muscle. Immunohistochemistry, carried out with three anti-dystrophin antibodies, makes it possible to establish the diagnosis by showing an almost total absence of dystrophin in Duchenne type patients, whereas in Becker patients, an absence or a decrease in labeling with one of the three antibodies. In all cases, the diagnosis must be confirmed by western blot. The most frequently observed genetic alterations are exon deletions. There is a good genotype / phenotype correlation based on whether or not the reading frame is respected and the structural role of the region of the protein concerned by the deletion. Current therapies are currently mainly symptomatic but genetic and cellular therapies offer promising prospects.

Key-words : Dystrophinopathies, Duchenne, Becker Immunohistochemistry, western blot, deletion.

Résumé : Les dystrophinopathies représentent l’ensemble des affections musculaires liées à des mutations dans le gène de la dystrophine. Ce sont des pathologies récessives liées à l’X dont les formes les mieux connues sont les dystrophies musculaires de Duchenne et de Becker, leur spectre clinique inclut actuellement les cardiomyopathies isolées, l’intolérance à l’effort, les femmes porteuses symptomatiques et hyperCKémie isolée. La myopathie de Duchenne se révèle dans la petite enfance par des chutes ou une marche dandinante traduisant un déficit musculaire proximal. L’évolution est rapidement progressive, avec une atteinte cardiaque et respiratoire quasi constantes ; le décès survient souvent avant 20 ans. La dystrophie musculaire de Becker se révèle à l’adolescence ou plus tardivement. Les créatines kinases sont toujours très élevées. La biopsie musculaire montre classiquement un processus dystrophique comportant de nombreuses nécroses et une involution fibroadipeuse du muscle. L’immunohistochimie, réalisée avec trois anticorps antidystrophine, permet d’établir le diagnostic en montrant une absence quasi totale de la dystrophine chez les patients de type Duchenne, tandis que chez les patients de type Becker, on observe soit une diminution de la quantité de dystrophine, soit une absence ou une diminution de marquage avec l’un des trois anticorps. Dans tous les cas, le diagnostic doit être confirmé par un western blot. Les altérations génétiques les plus fréquemment observées sont les délétions des exons. Il existe une bonne corrélation génotype/ phénotype basée sur le respect ou non du cadre de lecture et le rôle structural de la région de la protéine concernée par la délétion. Les thérapeutiques actuelles sont pour l’instant essentiellement symptomatiques mais les thérapies génétiques et cellulaires offrent des perspectives prometteuses.

Mots-clés : Dystrophinopathies, Duchenne, Becker Immunohistochimie, western blot, délétion.

Introduction :

Les dystrophinopathies représentent l’ensemble des affections liées à des mutations dans le gène de la dystrophine. Les formes les plus connues sont les dystrophies musculaires de Duchenne (DMD) et de Becker (BMD), mais d’autres formes de présentations cliniques atypiques sont maintenant décrites telles que les cardiomyopathies isolées, l’intolérance à l’effort, les femmes porteuses symptomatiques et hyperCKémie isolée. La DMD, dans sa forme classique, a été décrite en 1868 par Duchenne de Boulogne, mais « l’histoire de la dystrophine » connaît un rebondissement majeur à la fin des années 1980 lorsque Monaco et Hoffman identifient en Xp21.2, par clonage positionnel, le gène impliqué dans cette affection [1,2]. L’identification du gène leur permet de remonter vers la protéine, qu’ils nomment alors « dystrophine ». Il s’agit de pathologies de transmission récessive liée à l’X. La DMD est caractérisée par une absence quasi totale de dystrophine dans le muscle, tandis que la BMD est liée à une réduction de la quantité de dystrophine ou à la production d’une dystrophine de taille anormale.

Description clinique :

Dystrophie de Duchenne

C’est la plus fréquente et la plus grave des myopathies de l’enfant, affectant 1 sur 3.500 à 6.000 garçons naissants par an, débutant classiquement vers 3-4 ans par des difficultés motrices aux membres inférieurs avec pseudohypertrophie des mollets, s’accentuant progressivement jusqu’à la perte de la marche autour de l’âge de 10 ans, avant 13 ans dans la grande majorité des cas. Apparaissent ensuite des atteintes musculaires axiale (cypho-scoliose), respiratoire (insuffisance respiratoire restrictive) et cardiaque (cardiomyopathie dilatée) évolutives qui font toute la gravité de la maladie et sont souvent responsables du décès en général au cours de la 3ème décennie. Une atteinte cognitive de sévérité variable est plus fréquemment observée dans les DMD que dans les BMD.

Myopathie de Becker

En 1955, Becker décrit une forme de gravité moindre, également liée à l’X débutant vers 10 ans, de début plus tardif à l’adolescence ou l’âge adulte, avec difficultés motrices et hypertrophie musculaire, mais moins évolutive avec parfois une impotence fonctionnelle pouvant être majeure et aller jusqu’à la perte de la marche, entre 40 et 60 ans. En revanche, une atteinte cardiaque est constante chez les BMD, devenant patente à partir de la 4ème décennie de vie, de sévérité variable pouvant nécessiter parfois une transplantation cardiaque. L’atteinte respiratoire est aussi présente mais beaucoup moins sévère et plus tardive que dans la DMD.

Formes particulières

La DMD et la BMD apparaissent ainsi comme les deux extrêmes du spectre phénotypique des dystrophinopathies. Entre ces deux entités, se retrouvent un certain nombre de patients dits « intermédiaires », perdant souvent la marche après 13 ans et avant 16 ans [3]. Exceptionnellement, certains patients, porteurs de certaines mutations, développent une cardiomyopathie dilatée sans atteinte musculaire squelettique associée, avec cependant une élévation des CPK. D’autres développent une forme « pseudométabolique » avec intolérance à l’effort, rhabdomyolyse et hypertrophie musculaire ou élévation isolée des CPK (graphe 1, 2). Enfin, bien qu’affectant théoriquement les garçons, certaines femmes porteuses hétérozygotes pour la mutation DMD peuvent manifester des symptômes en cas de translocation équilibrée impliquant le chromosome X ou d’inactivation réciproque non équilibrée des chromosomes X. Dans ces cas, peut être observée une atteinte cardiaque isolée ou musculo-cardiaque ressemblant souvent à celle observée dans la BMD et plus rarement de la DMD (on parle alors de « Duchenne féminin »).

Graphe 1 : Différents phénotypes des dystrophinopathies dans la banque UMD DMD Mise à jour 2009 (Tuffery-Giraud et al. 2009)
Graphe 1 : Différents phénotypes des dystrophinopathies dans notre cohorte hospitalière de 100 patients.

Bilan paraclinique :

  1. Taux sérique de la créatine kinase (CK) : Le taux de CK peut être extrêmement élevé (50 fois la normale), en raison de la lyse musculaire massive. Cependant, en fin d’évolution, lorsque le nombre de fibres musculaires restantes est faible le taux de CK peut être beaucoup plus faible. Classiquement, on ne retrouve jamais de taux de CK normal dans les examens antérieurs du patient.
  2. L’électromyogramme (EMG) : L’électromyogramme est très utilisé chez l’adulte à la recherche d’anomalies myogènes dans les muscles proximaux. Il est très intéressant pour le diagnostic différentiel avec les affections neurogènes et en particulier les formes adultes d’amyotrophie spinale. Aux stades précoces, on observe des potentiels polyphasiques, tandis que l’aspect franchement myogène apparaît plus tardivement. La présence d’une activité spontanée est fréquente.
  3. Imagerie musculaire (scanner ou IRM) : Également plus utilisée chez l’adulte où les tableaux cliniques sont moins évocateurs. Le scanner musculaire confirme que l’on est face à une pathologie dystrophique, en montrant une hypodensité sélective de certains muscles, en particulier le grand fessier et le quadriceps qui sont précocement et sévèrement touchés. L’IRM musculaire est préférentiellement utilisée chez l’enfant. Si elle n’est pas vraiment utile pour le diagnostic, elle a l’avantage de permettre de suivre l’évolution de la maladie. Aux stades précoces, elle est le plus souvent normale. Progressivement, on observe une involution adipeuse des muscles [4].
  • Autres examens : Bilan cardiaque avec échocardiographie annuelle à partir de 10 ans, explorations fonctionnelles respiratoires, ostéodensitométrie, radio de la colonne vertébrale.

5. Biopsie musculaire :

L’étude de la biopsie musculaire apparait comme l’étape essentielle permettant dans un premier temps de cibler efficacement l’analyse moléculaire. Idéalement plusieurs techniques doivent être utilisées parallèlement :

  • Étude histologique : non spécifique au début de l’atteinte, avec une variation de taille des fibres, des foyers de nécrose et de fibres en régénération puis apparition de dépôts graisseux et de tissu conjonctif ;
  • Étude par immunodétection à l’aide d’anticorps ciblant différents domaines de la protéine (figure 1)
  • Méthode histopathologique avec marquage immunohistochimique (fluorescence ou peroxydase) sur des coupes transversales pour bien visualiser la taille des fibres et le sarcolemme. Cette méthode ne permet d’étudier qu’un anticorps à la fois [5] :
  • Méthode biochimique par immunotransfert (Western blot) à partir d’un extrait musculaire et utilisant simultanément un mélange d’anticorps dirigés contre différents épitopes de la dystrophine mais aussi contre des partenaires secondairement impliqués (figure 2). La quantification précise aussi bien par immunohistochimie que par Western Blot reste délicate mais indispensable [6] pour : établir une corrélation entre l’impact de l’anomalie moléculaire sur le taux résiduel de dystrophine, présageant d’une évolution clinique plus ou moins rapide ;
  • Connaître l’état de base du muscle du patient avant tout essai thérapeutique, la dystrophine servant alors de biomarqueur.
Figure 1 : Immunohistochimie                                                                        
     Figure 2 : Western blot : absence de la dystrophine

Aspects génétiques des dystrophinopathies :

Du gène DMD à la protéine dystrophine

1. Le gène DMD :

Le gène DMD (OMIM*300377) localisé sur le bras court du chromosome X (Xp21.2-p21.1), est le plus grand gène humain connu à ce jour. Avec une taille de 2,2 millions de paires de base, il occupe 0,1 % du génome humain et 1,5 % de la séquence du chromosome X.

L’ARN messager long de 14 kilobases (kb) est composé de 79 exons, qui ne constituent que 0,6 % de la séquence globale du gène [7]. Ainsi, plus de 99 % du gène est constitué d’introns, souvent de très grande taille (> 200 kb). La taille et la structure exceptionnelle du gène

DMD contribuent au taux particulièrement élevé de mutations rapportées (1/10.000 gamètes). Un tiers des cas sporadiques de DMD correspondent à des mutations de novo. L’expression du gène est sous le contrôle de sept promoteurs de tissus spécifiques. L’isoforme cérébrale (promoteur Dp427B) dans les neurones du cortex et de l’hippocampe, l’isoforme musculaire (promoteur Dp427M) exprimée majoritairement dans les muscles squelettiques et cardiaques, et l’isoforme spécifique des cellules de Purkinje (promoteur Dp427P). Des isoformes plus courtes nommées en fonction de leur masse moléculaire : Dp260 (rétine), Dp140 (cerveau), Dp116 (cellules de Schwann) et Dp71 (général) sont sous le contrôle de quatre promoteurs internes situés respectivement dans les introns 29, 44, 55 et 62.

Figure 3 : Organisation du gène de la dystrophine humaine.

Ce schéma représente le gène DMD humain de 2,5 megabases. Les promoteurs connus sont symbolisés par des flèches ; et les exons auxquels les transcrits correspondants se raboutent sont marqués en bleu. Les sept promoteurs (B : brain, M : muscle, P : Purkinje, R : retina, B3 : brain3, S : Schwann cells, G : general). Les promoteurs B, M et P produisent les isoformes longues de la dystrophine, respectivement Dp427b, Dp427m et Dp427p. Les promoteurs R, B3, S et G produisent les isoformes courtes de la dystrophine, respectivement Dp260, Dp140, Dp116 et Dp71. (Blake et al, 2007)

2. La protéine : la dystrophine musculaire

La dystrophine est une grande protéine de 3.685 acides aminés (427kDa) en forme de bâtonnet qui possède une grande analogie structurale avec la spectrine et l’alpha-actinine. Elle est composée de quatre domaines distincts (figure 4). La dystrophine est localisée à la face interne du sarcolemme. Elle fait partie d’un large complexe de protéines et de glycoprotéines (DGC) qui forment un pont entre le cytosquelette (filaments d’actine) et la matrice extracellulaire, assurant un rôle structural important dans le maintien de l’intégrité membranaire durant les cycles répétés de contraction musculaire. En dehors de ce rôle mécanique, le DGC est également impliqué dans la signalisation cellulaire via l’interaction de plusieurs de ses composants, notamment la dystrophine, avec des protéines de signalisation telles que l’oxyde nitrique synthétase neuronale (nNOS), la Grb2 et la caveoline-3.

Figure 4 : Structure de la dystrophine avec ses différents domaines. En A, les différents domaines de la dystrophine sont montrés. Le domaine de liaison à l’actine se situe en N-terminale. Il est suivi de répétitions spectrines qui donnent une structure en «bâtonnet» à la molécule. Quatre domaines «hinge» interrompent ces répétitions. Par la suite, les domaines WW et EF/ ZZ fournissent un site de liaison à la β-dystroglycane. La partie C-terminale (CT) est constituée d’un domaine parfois nommé «Coil-Coil» (CC). En B, le complexe de la dystrophine et ses divers constituants. (Blake et al. ,2002). À l’extrémité C-terminale, la dystrophine est associée à des protéines cytoplasmiques et membranaires, formant ainsi le complexe dystrophine glycoprotéines. (D’après Wells et al, 2002).

Diagnostic moléculaire :

Techniques actuelles et recommandations

La confirmation moléculaire du diagnostic est indispensable pour permettre un conseil génétique adapté. Une caractérisation complète de la mutation du gène (bornes de la délétion ou de la duplication, position exacte de la mutation ponctuelle, détermination de l’impact des mutations d’épissage sur les transcrits) est nécessaire pour prédire l’effet sur le cadre de lecture et la synthèse de dystrophine, facteur déterminant de la variabilité phénotypique dans les dystrophinopathies.

La première étape du diagnostic moléculaire repose sur la recherche d’une délétion, type de mutation le plus fréquent (graphes 3 et 4). La méthode la plus utilisée jusqu’à ces dernières années était la PCR (polymerase chain reaction) multiplex permettant de détecter près de 98% des délétions du gène DMD grâce à l’analyse de 18 exons répartis dans les 2 points chauds délétionnels (Chamberlain et al. 1988 ; Beggs et al. 1990). Cependant, elle ne permet pas toujours de caractériser les bornes des délétions car elle ne teste pas tous les exons. Cette technique a été progressivement remplacée par les nouvelles techniques de dosage génique notamment la technique MLPA (Multiplex Ligation de pendent Probe Amplification) [8].

Recherche des lésions les plus fréquentes et les plus « faciles » à mettre en évidence : les délétions et duplications d’exons MLPA (Multiplex Ligation-dependent Probe Amplification) Cette technique permet d’évaluer le nombre de copies pour chacun des 79 exons en utilisant des sondes standardisées mettant en évidence aussi bien les délétions que les duplications qui représentent 80% des anomalies génétiques observées, ceci a été rapporté dans la banque française de données des mutations du gène DMD. Dans notre série hospitalière nous notons les mêmes résultats. Cette technique, rapide et fiable est l’une des plus utilisées en routine, aussi bien pour les cas index, que pour la recherche de statut des femmes à risque mais ne permet pas de détecter les mutations ponctuelles.

Recherche des mutations ponctuelles : Séquençage des 79 exons par la technique « classique » de PCR puis séquençage Sanger Technique longue et coûteuse mais efficace, servant de technique de référence pour valider des résultats fournis par les nouvelles techniques de séquençage à haut débit.

NGS (New generation sequencing)

Séquençage massif en parallèle des 79 exons du gène DMD. Cette analyse permet de mettre en évidence les mutations ponctuelles, les petites insertions /délétions mais aussi les défauts quantitatifs tels que les délétions ou duplications d’un ou plusieurs exons.

Graphe 3 : Distribution des grands réarrangements (Délétions et duplications) dans la banque UMD DMD. Mise-à-jour 2009 (Tuffery-Giraud et al. 2009)
Graphe 4 : Profil mutationnel dans notre série hospitalière

Corrélations génotype-phénotype :

la règle dite du cadre de lecture

Le modèle proposé par Anthony Monaco en 1988 [9] basé sur la conservation ou non d’un cadre ouvert de lecture dans le transcrit muté dystrophine reste la référence pour expliquer la différence phénotypique entre les deux formes alléliques, DMD et BMD. Ainsi, les mutations responsables de l’apparition d’un codon stop conduisant à l’absence de dystrophine dans le muscle des patients et un phénotype sévère de type Duchenne. En revanche, les mutations qui maintiennent un cadre ouvert de lecture dans le transcrit muté permettent la synthèse en quantité normale ou réduite, d’une dystrophine tronquée partiellement fonctionnelle, conduisant à un phénotype plus modéré de type Becker. Bien qu’il existe des exceptions, ce modèle s’applique à 96 % des mutations DMD et 92 % des mutations BMD [10].

Conseil génétique :

Lorsqu’un cas index de dystrophinopathie est découvert dans une famille, il est important dans un premier temps de définir le statut de la mère (conductrice ou non) car dans 1/3 des cas il s’agit d’une néo mutation (mutation de novo) ce qui permet de préciser le conseil génétique pour elle-même et le reste de la famille. Si l’altération génétique découverte chez le cas index n’est pas porté par sa mère, il s’agit d’une néo mutation, le reste de la famille est à priori indemne de la mutation mais la mère du cas index présente quand même un faible risque de récidive en raison de la possibilité d’une mosaïque germinale. Dans les autres cas, il est important de dépister les autres garçons atteints ainsi que les femmes conductrices, avec leur accord et dans le respect des lois de bioéthique.

Le dépistage des femmes conductrices permet outre le suivi cardiologique, de leur proposer un diagnostic prénatal. Sans recourir aux techniques de biologie moléculaire, le dosage des CK est un bon moyen de dépister les garçons atteints et une grande partie des femmes conductrices.

Stratégie diagnostique :

La démarche diagnostique établie depuis de nombreuses années s’est progressivement modifiée avec les nouvelles techniques d’analyse du muscle et du gène (12). Des recommandations ont été récemment publiées par des experts internationaux dans l’objectif d’aider les professionnels de santé à fournir aux patients et à leur famille un diagnostic rapide et fiable, à faciliter l’information et l’éducation des familles et à proposer des prises en charge adaptées (13). Le diagnostic de DMD doit être suspecté dans trois circonstances :

  • Le plus souvent la présence d’une fonction musculaire anormale chez un garçon,
  • La découverte d’une augmentation des CK sériques ou celle d’une augmentation des transaminases hépatiques produites par le muscle comme par le foie,
  • Des signes cliniques non musculaires, comme un retard de langage ou des troubles cognitifs.

Devant tout signe clinique évocateur ou devant une augmentation des transaminases hépatiques, un dosage de CK sérique, test simple, sensible et peu onéreux, doit être réalisé. Une augmentation signe l’origine musculaire des troubles, l’importance de l’élévation à 50-200 fois la normale étant fortement évocatrice d’une DMD. La confirmation du diagnostic repose sur 2 examens (figure 5) : la biopsie musculaire et l’analyse moléculaire du gène DMD qui permettent d’éliminer les diagnostics différentiels tels que les dystrophies musculaires autosomiques récessives notamment la gamma sarcoglycanopathie fréquente au Maghreb et surtout la maladie de pompe qui peut simuler un tableau de myopathie de Duchenne et pour laquelle il existe un traitement enzymatique substitutif.

Figure 5 : Arbre décisionnel du diagnostic moléculaire chez un cas index.

Références :

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  8. Schouten JP, McElgunn CJ, Waaijer R, Zwijnenburg D, Diepvens F, Pals G. Relative quan- tification of 40 nucleic acid sequences by multiplex ligation-dependent probe amplification. Nucleic Acids Res. 2002 Jun 15;30 (12):e57.
  9. Monaco AP, Bertelson CJ, Liechti-Gallati S, et al. An explanation for the phenotypic diffe- rences between patients bearing partial deletions of the DMD locus. Genomics 1988;2:90-5.
  10. Tuffery-Giraud, S., Saquet, C., Chambert, S. et al. Pseudoexon activation in the DMD gene as a novel mechanism for Becker muscular dystrophy. Hum Mutat 2003;21:608-14.
  11. Beggs AH, Hoffman EP, Snyder JR, Exploring the molecular basis for variability among pa- tients with Becker muscular dystrophy: dystrophin gene and protein studies. Am J Hum Ge- net. 1991 Jul;49(1):54-67. PubMed PMID: 2063877; PubMed Central PMCID: PMC1683222.
  12. Emery AEH. The muscular dystrophies. Lancet. 2002 Feb; 359(9307):68795.
  13. Bushby K, Finkel R, Birnkrant DJ, Case LE, Clemens PR, Cripe L, et al. Diagnosis and management of Duchenne muscular dystrophy, part 2: implementation of multidisciplinary care. Lancet Neurology. 2010 Feb; 9 (2):177- 89.

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Management of dystrophinopathies

Y. SIFI(1,2) Service de Neurologie, Laboratoire de génétique et de biologie moléculaire, Faculté de Médecine, Université Constantine 3

Abstract : Dystrophinopathies are an X-linked disorder, essentially represented by Duchenne (DMD) and Becker (BMD) muscular dystrophies. Both DMD and BMD are caused by mutations in the same gene called DMD gene, it is located on the short arm of the X chromosome in Xp21 and encoded the dystrophin. The natural history of DMD/BMD has been changed by the current recommended management strategies including corticosteroid treatment, cardiac and respiratory intervention. On the other hand, potential therapeutic approaches that target the causative genetic mutations raise hopes of promising treatment for DMD. The exon skipping approach with antisense oligonucleotides. Nonsense stop codon read-through therapy induces ribosomal read-through of premature stop codons. The objective of this review is to report the latest advances in management of dystrophinopathies.

Key-words : DMD/BMD, corticosteroid, stop codon readback, antisense oligonucleotides.

Résumé : Les dystrophinopathies représentées essentiellement par la dystrophie musculaire de Duchenne de Boulogne (DMD) et de Becker (BMD) sont des affections musculaires héréditaires liées au chromosome X. Elles sont dues à des mutations dans le même gène DMD, localisé sur le bras court du chromosome X, en Xp21 et code pour la synthèse d’une protéine appelée dystrophine. Les stratégies de gestion recommandées actuellement dans la prise en charge des dystrophinopathies, incluant le traitement par corticostéroïdes et la prise en charge cardiaque et respiratoire ont modifié l’histoire naturelle de ces affections. D’autre part, de nouvelles approches thérapeutiques ciblant les anomalies moléculaires suscitent l’espoir d’un traitement prometteur pour la DMD, en particulier l’approche du saut d’exon par les oligonucléotides antisens et la thérapie qui induit la translecture du codon stop prématuré par le ribosome. L’objectif de cette revue générale est de rapporter l’état de la prise en charge des dystrophinopathies.  

Mots-clés : DMD/BMD, corticoïdes, translecture du codon stop, oligonucléotides antisens.

Introduction :

Les dystrophinopathies représentées essentiellement par la dystrophie musculaire de Duchenne de Boulogne (DMD) et de Becker (BMD) sont des affections héréditaires liées à une anomalie quantitative et/ou qualitative de la dystrophine (1). Elles se transmettent selon le mode gonosomique récessif et sont consécutives à des mutations affectant le gène de la dystrophine situé sur le bras court du chromosome X, en Xp21 (1). Elles se caractérisent sur le plan clinique par un déficit progressif de la force musculaire responsable d’une perte précoce de la marche, associé à une hypertrophie des mollets, une macroglossie, une insuffisance respiratoire et une cardiomyopathie pouvant entrainer le décès entre l’âge de 20 et 30 ans (2). L’immunohistochimie, le western blot et l’étude génétique constituent le gold standard pour le diagnostic de ces affections et permettent de différencier la DMD de la BMD dans la plupart des cas. Les corticoïdes par voie générale en particulier la Prédnisolone et le Deflazacort semblent améliorer mais d’une manière transitoire les fonctions motrice et cardiaque (3). Au cours de ces dernières années de nouvelles stratégies thérapeutiques ont été développées, dont les premiers essais cliniques réalisés chez l’être humain en utilisant les techniques du saut d’exon ou de la translecture des codons stop semblent très encourageants (4). L’objectif de cette revue générale est de rapporter l’état de la prise en charge des dystrophinopathies.

Physiopathologie :

La dystrophine est une protéine de 427 Kd, composée de 3.685 acides aminés, elle est organisée en un réseau régulier relié à l’actine et située à la face intracellulaire du sarcolemme. Elle y est amarrée par un complexe glycoprotéique trans-membranaire appelé DAG pour (dystrophine associated glycoprotéine) lui-même connecté à la matrice extracellulaire (5). La dystrophine joue un rôle important dans le maintien de l’architecture cellulaire et permet la transduction du signal entre le cytosquelette et la matrice extracellulaire (5). Un défaut quantitatif ou qualitatif de la dystrophine a pour conséquence une rupture ou une fragilisation du complexe glycoprotéique transmembranaire, ce qui provoque une fragilisation de la membrane musculaire. La dystrophine est codée par le gène DMD localisé en Xp21. Il s’étend sur un domaine de 2,4 méga bases de l’ADN, ce qui représente 1 % de la totalité du chromosome X. Il s’agit d’un des plus grands gènes humains connus, constitué de 79 exons (6) et altéré par 03 types de mutations : les délétions d’un ou de plusieurs exons, observées dans 65 % des cas, les duplications observées dans 5 % des cas et les mutations ponctuelles (petites délétions ou insertions d’un ou plusieurs nucléotides, mutations non-sens, mutations introniques) observées dans les 30 % restants (7).

Environ 10-15 % des patients atteints de DMD ont une mutation non-sens (7).

Prise en charge des dystrophinopathies :

Pendant longtemps, la prise en charge des dystrophinopathies consistait en des soins préventifs et/ou des traitements symptomatiques ; coordonnée au sein de consultations pluridisciplinaires. Les glucocorticoïdes sont prescrits pour ralentir l’évolution de la maladie en retardant l’âge de la perte de la marche ; et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, tel le perindopril, ont démontré leur efficacité sur la prévention de l’insuffisance cardiaque (8). À l’heure actuelle, de nouvelles molécules très prometteuses ont dépassé le stade d’essais et sont actuellement autorisées dans le traitement de la DMD.

Thérapeutiques médicamenteuses :

Corticoïdes : Les corticostéroïdes ont montré leur efficacité pour améliorer la force musculaire et maintenir une marche indépendante prolongée, ils retardent par ailleurs l’apparition de la cardiomyopathie et préservent la fonction pulmonaire (9). La Prednisone et le Deflazacort par voie générale sont les plus utilisés mais leur mécanisme d’action dans la DMD reste inconnu, car ils ne ciblent pas le déficit en dystrophine et n’ont aucune action sur le gène DMD. La prednisone est habituellement prescrite à la dose de 0,75 mg/Kg/Jour et le Deflazacort à 0,9 mg/Kg/Jour. Ils semblent prolonger la durée de la marche de 1 à 3 ans par rapport aux patients non traités.

Inhibiteurs de l’enzyme de conversion : Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion sont utilisés en première intention, en cas de diminution de la fraction d’éjection. En cas d’insuffisance cardiaque symptomatique, le traitement standard, associant de façon variable: béta-bloquants, inhibiteurs de l’enzyme de conversion et diurétiques, est recommandé (10). Certains auteurs re- commandent les inhibiteurs de l’enzyme de conversion comme traitement préventif (8).

Thérapeutiques non médicamenteuses :

  • Prise en charge orthopédique : Elle vise à prévenir les déformations articulaires secondaires à la perte progressive de la force musculaire. Elle est nécessaire pour maintenir un bon fonctionnement du tissu mus- culaire et la qualité du jeu articulaire, tout en prévenant la survenue d’attitudes vicieuses ou de déformations. Les ténotomies sont parfois proposées en cas de rétrac- tions majeures associées à un appareillage de marche. L’arthrodèse rachidienne est réalisée avant que la dégra- dation de la fonction cardiaque ne permette plus un geste opératoire aussi important. Elle permet une meil- leure installation assise et une limitation de la dégrada- tion de la fonction respiratoire. La kinésithérapie pas- sive lutte contre les rétractions tendineuses.
  • Prise en charge respiratoire : L’insuffisance ventilatoire observée au cours de la DMD/BMD, est essentiellement liée au déficit des muscles thoraco-abdominaux, qui entraîne une baisse progressive de la capacité vitale. Au début de la maladie, la surveillance de la croissance pulmonaire par les épreuves fonctionnelles respiratoires est annuelle puis bi-annuelle lorsque la fonction respiratoire se dégrade. La prise en charge comporte la rééducation respiratoire par relaxateur de pression et des exercices respiratoires. La kinésithérapie de drainage vise à lutter contre l’encombrement et la constitution d’atélectasies. Une hypoventilation alvéolaire nocturne sera recherchée à partir de l’âge de 15 ans devant des réveils nocturnes répétés, des céphalées, des sueurs matinales et une hypersomnie diurne. Elle est confirmée par des enregistrements nocturnes de la saturation en oxyhémoglobine, de la pO2 et pCO2 transcutanées. Une assistance ventilatoire nocturne au masque dans un premier temps, puis une trachéotomie, sera proposée.
  • Alimentation et troubles de la déglutition : Un suivi ORL, stomatologique et digestif sera assuré selon les besoins de l’enfant. Il faut rechercher systématiquement la notion de constipation et d’atteinte de la musculature lisse. Une alimentation par gastrostomie sera proposée si nécessaire.

Nouvelles thérapeutiques :

Translecture des codons stop : L’ataluren (PTC124), disponible actuellement sous la dénomination commerciale Translarna® est une molécule qui induit la translecture du codon stop prématuré par le ribosome (lecture forcée). Ce produit est utilisé dans le traitement des formes avec des mutations de type non-sens (11). En permettant le passage du codon stop, le PTC124 pourrait restaurer la production d’une protéine de longueur normale et à priori fonctionnelle. Des essais préliminaires réalisés chez la souris puis chez l’homme ont montré une restauration de l’expression de la dystrophine dans le muscle après traitement. Cette approche ne concerne

que les patients ambulatoires âgés de 5 ans ou plus porteurs d’une mutation de type non-sens (11). Il est administré par voie orale en 3 prises quotidiennes. La dose recommandée est de 10 mg/kg le matin, 10 mg/kg à midi, et 20 mg/kg le soir (pour une dose quotidienne totale de 40 mg/kg).

Saut d’exon ou « exons skipping » par des oligonucléotides antisens : Les oligonucléotides « antisens

» (AON pour antisens oligo nucleotides) peuvent être utilisés pour « masquer » un exon qui borde une délétion et dont la présence décale la séquence de lecture suite à une délétion hors phase (12). Lors de l’excision-épissage, cet exon ainsi masqué par un AON avec une séquence spécifique ne sera pas transcrit, il sera éliminé de l’ARN messager mature (12). Les premiers essais thérapeutiques de saut d’exon ont été faits avec des AON permettant de sauter l’exon 51 puisqu’il s’agit d’une région du gène dans laquelle les délétions sont fréquentes. L’AON utilisé est l’Eteplirsen, il entraine le saut de l’exon 51 et restaure d’une manière fiable le cadre de lecture de l’ARNm, permettant la production d’une protéine pas tout à fait normale mais plus fonctionnelle, entrainant un phénotype BMD. L’Eteplirsen est utilisé en injections intraveineuse

(IV) hebdomadaires à raison de 20 mg/kg à 50 mg/kg. Il a été rapporté que l’Eteplirsen à différentes doses stabilise la force musculaire des patients, appréciée par le test de marche des six minutes (6MWT pour six minutes walk test) ainsi que la fonction respiratoire (13). Sur le plan immunohistologique, il entraine une augmentation des fibres musculaires dystrophine-positives entre 43 et 52 % après 48 semaines de traitement (13).

Thérapies basées sur la régulation de l’utrophine : L’utrophine est un homologue de la dystrophine qui est fortement exprimée au cours du développement normal (14). Elle est anormalement surexprimée dans les muscles des patients atteints de dystrophinopathies et des souris mdx. De plus, les souris doublement déficientes en dystrophine et utrophine ont une dystrophie musculaire beaucoup plus sévère que les souris mdx. Cette observation a conduit à l’hypothèse que l’induction d’une surexpression d’utrophine pourrait partiellement combler le manque de dystrophine et aurait un rôle protecteur dans le muscle dystrophique (14).

Thérapies dites « cellulaires » : le transfert de myoblastes : Le transfert de myoblastes semblait une piste prometteuse sur le plan théorique, chez l’animal et même chez l’homme, avec des injections dans les groupes musculaires de myoblastes et un remplacement progressif des myocytes déficients (15). Mais la faible extension du processus de remplacement in situ et la mauvaise tolérance locale avec des réactions inflammatoires ont conduit à l’abandon de cette piste thérapeutique.

Thérapies dites « géniques » :

Cette démarche se base sur le transfert d’un gène normal pour compenser un gène défectueux ou d’essayer de corriger celui-ci in situ. Un transgène de taille réduite mais aboutissant à une protéine fonctionnelle, appelée mini ou microdystrophine délivré par un adénovirus est déjà disponible (16), mais cette stratégie est abandonnée au profit de l’exon skipping et la lecture forcée.

Conseil génétique et diagnostic prénatal :

Conseil génétique : Le conseil génétique est fondamental et doit être précoce. Les mères des enfants atteints sont transmettrices dans 2/3 des cas alors que le taux de néo mutation est évalué à 1/3. Etant donné l’âge du diagnostic de la maladie, le risque d’avoir un deuxième enfant atteint est élevé. Le dépistage d’autres conductrices potentielles dans la famille est fondamental et la mutation présente chez les cas index sera recherchée chez les femmes à risque.

Diagnostic prénatal : Il est indiqué lorsque la femme enceinte a un risque non négligeable d’avoir un enfant malade après un calcul de Bayes. Le prélèvement fœtal peut être fait sur villosités choriales vers la onzième semaine d’aménorrhée (SA) ou par amniocentèse vers la seizième SA. Le diagnostic de sexe est alors pratiqué et l’analyse de l’ADN est indiquée s’il s’agit d’un fœtus masculin. Le diagnostic est direct par PCR multiplex si une délétion ou duplication est connue chez le propositus ou par séquençage direct du gène de la dystrophine en cas de mutation ponctuelle. Si la mutation du gène DMD n’est pas connue chez le cas index, l’analyse est indirecte par étude des polymorphismes intra géniques et doit rechercher l’haplotype hérité par le fœtus. Le délai nécessaire au diagnostic est d’environ 2 semaines.

Conclusion :

Les dystrophinopathies (DMD/BMD) sont les plus fréquentes des dystrophies musculaires progressives de l’enfant. Les progrès de la génétique et de la biologie moléculaire ont permis de mieux les diagnostiquer. Leur prise en charge se limitait à un traitement symptomatique et palliatif dans le cadre d’interventions multidisciplinaires. Des avancées récentes sont survenues dans leur traitement, en particulier dans la maladie de Duchenne, dont les résultats des premiers essais thérapeutiques semblent très encourageants.

Références :

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Parkinson’s disease: The LRRK2 Gly 2019 Ser mutation revisited

D. GRID (Généthon, Paris)

Abstract : Among hereditary forms of Parkinson’s disease, the most frequent is due to mutation in Leucine rich repeat kinase 2. One of these mutations, Gly19-20-Ser is particularly frequent in North African population. The phenotype is quite similar to classical form of Parkinson disease. Some data are inaccurate particularly these concerning the origin and the date of occurrence of this mutation. These data raise many questions about the frequency,  the  true  prevalence,  and therapeutic   perspectives.   A   better comprehension of mechanisms of the neurodegeneration in leucine-rich repeat kinase 2 (LRRK2) make this form, one of the most promising therapeutic targets in a next future.

Key-words : Parkinson, mutation Lrkk2 G20-19S, maghreb

Résumé : Parmi les formes génétiques de la maladie de Parkinson, la plus fréquente est liée aux mutations de la leucine rich repeat kinase2. La plus répandue de ces mutations, la G6055A (Glycine1920Sérine) est retrouvée au Maghreb avec une fréquence extrêmement élevée. Elle a fait et continue à faire l’objet de nombreuses études aux plans épidémiologique, clinique et thérapeutique. Le phénotype de cette forme est comparable à la maladie de Parkinson idiopathique. Certaines données concernant cette mutation, sont incomplètes et pour certaines d’entre elles, erronées. Quelques questions restent sans réponse comme : pourquoi cette fréquence ? Quelle est l’origine et la datation de cette mutation ? Le vieillissement de la population algérienne (l’espérance de vie en Algérie est passée de 46 ans en 1960 à 75 ans en 2015) laisse présager une forte augmentation de la prévalence de la maladie de Parkinson. La physiopathologie de cette forme de maladie de Parkinson liée à l’action de la kinase laisse entrevoir une voie thérapeutique prometteuse. L’abaissement du coût du séquençage et du diagnostic moléculaire devrait significativement faire évoluer les données concernant le diagnostic et le pronostic de cette maladie. Les perspectives thérapeutiques offertes par la pathogenèse du Parkinson induit par cette mutation, pose désormais la question du conseil génétique chez les sujets porteurs de la mutation G2019S.

Mots-clés : Parkinson, mutation Lrkk2 G20-19S, maghreb.

Introduction :

La maladie de Parkinson est la seconde cause la plus fréquente des maladies neurodégénératives. Les formes familiales de la maladie de Parkinson sont évaluées dans certaines études à environ 10% des cas. Bien que se présentant avec des signes principalement moteurs, cette pathologie comprend des composantes cognitives, autonomes et sensitives et des troubles du sommeil. Elle est due à une dégénérescence du système striatal dopaminergique due à une dépopulation neuronale du locus niger avec présence de corps de Lewy à l’étude neuropathologique. À ce jour, plus de 30 gènes ont été découverts, responsables de formes sporadiques, de transmission mendélienne ou plus complexe de la maladie. Parmi ces gènes la leucine-rich repeat kinase 2 (LRRK2) découverte en 2004 (1) offre le plus de sujets à étudier. Parmi la cinquantaine de mutations décrites dans le monde (Figure 1), la LRRK-2Gly2019Ser est de très loin, la plus fréquente avec une répartition universelle (Figure 2 et Tableau 1). La première famille, qui s’avérera plus tard porter la mutation, a été décrite en 1995 aux États unis (2). Elle est retrouvée avec une très grande fréquence dans la population du Maghreb (41%) et dans une moindre mesure chez les Ashkénazes (15–20%) (14,21,22,23). Pour répondre aux questions suivantes : Pourquoi cette fréquence inhabituelle au Maghreb ? Est-elle liée à la pénétrance ? Cette forme de maladie de Parkinson est-elle différente de la maladie spo- radique classique ? S’agit-il d’une mutation fondatrice au Maghreb ? Le mécanisme étant connu, peut-on espérer un traitement étiopathogénique dans cette forme de maladie de Parkinson ? Il nous faut revisiter la mutation LRRK2 Gly2019Ser.

Figure 1 : Fréquence des mutations pathogènes de la LRRK2
Figure 2 : Fréquence de la mutation G2019S
Tableau 1 : Fréquence de la population selon les études

Données épidémiologiques :

La prévalence de la mutation G2019S varie de 0 à 42 % des formes génétiques de la maladie de Parkinson (Figure 2 et Tableau 1). Tous les auteurs soulignent la fréquence élevée de cette mutation au Maghreb et s’en étonnent, allant de 36 à 41 % des cas observés (Figure 2) (14, 21, 22, 23). Cette fréquence pourrait probablement être supérieure si la recherche de cette mutation était effectuée chez tous les apparentés et dans un échantillon important de la population générale : en effet elle peut exister, sans phénotype apparent ou non encore apparent : ces variations étant dues à la pénétrance variable selon différents facteurs (Figure 3). Il est à noter que le phénotype des homozygotes n’est guère différent de celui des hétérozygotes, forme habituelle de la maladie (26) puisque de transmission autosomique dominante. Pour tous les auteurs, la pénétrance de cette mutation est considérée comme réduite (25), l’étude la plus récente suggère une pénétrance estimée à 30% à l’âge de 80 ans (36). D’autres, la situent entre 24 à 100 % à l’âge de 80 ans (31). Cependant, on a rapporté plusieurs cas de porteurs de la mutation, asymptomatiques à plus de 80 ans. Elle dépend, outre les facteurs sus-mentionnés (Figure 3), de facteurs ethniques (28,32,33) mais aussi de la méthodologie utilisée (27).

Au Maghreb, Lesage (32) rapporte une pénétrance de 30 % à l’âge de 50 ans, pour aller à 100% à l’âge de 80 ans dans 13 familles françaises et nord africaines. Dans cette étude, le risque de maladie de Parkinson chez les apparentés de porteurs de la mutation était de 7% seulement à l’âge de 80 ans, ce résultat permet à l’auteur de conclure à une pénétrance faible ne dépassant pas 14%. Lesage estime cependant que l’évaluation de cette pénétrance est sous-estimée, l’enquête n’ayant concerné que peu d’apparentés des patients. En Tunisie, elle est évaluée dans les même proportions (23,33).

À l’inverse de la maladie de Parkinson classique, on retrouve une prédominance féminine dans la forme liée à G2019S (37,61) si bien qu’on apuparler d’influence dusexe danslapénétrance dans les études en Italie et chez les Ashkénazes (34,35,36,53). Il est possible que la longévité féminine plus grande puisse constituer un biais d’analyse. La variabilité de l’âge de début est plus grande chez les porteurs de la mutation LRRK2 que dans les autres formes génétiques de la maladie, celui-ci allant de 32 à 79 ans dans la même famille (38). Dans l’étude tunisienne, l’âge de début est de 5 ans moindre que chez les hommes (39).

Figure 3 : Facteurs influençant la pénétrance d’un gène

Phénotype :

La très grande majorité des travaux s’accordent à ne pas noter de différences entre cette forme et la forme idiopathique de la maladie de Parkinson (40,47). D’ailleurs, la première famille décrite dans le Nebraska en 1995 (2) et porteuse de la mutation G2019S, fut considérée comme ayant une maladie de Parkinson classique. Cependant, quelques différences sont relevées. Certaines sont controversées comme la fréquence plus grande du tremblement ou une évolution plus bénigne. D’autres plus admises comme les troubles de l’olfaction moins importants dans la forme liée à la G2019S (48-50) ou les troubles posturaux et de la marche (postural instability and gait difficulty (51-57) Les troubles cognitifs dans la maladie de Parkinson sont fréquents et souvent invalidants : les résultats concernant celle liée à la mutation G2019S sont contradictoires. Certains auteurs, comme Belarbi soulignent une plus grande fréquence de dépression, d’hallucinations suggérant une atteinte limbique (58) ou une fréquence plus grande de troubles psychiatriques et de l’humeur (59). Inversement, d’autres travaux montrent une moindre atteinte de fonctions supérieures que dans le Parkinson idiopathique (61,62). Enfin, d’autres auteurs ne trouvent aucune différence entre les deux formes (63) et même pour certains de meilleures performances cognitives (60,64,65). Certains résultats sont sous-évalués comme l’ont montré des études cliniques (66) ou en imagerie fonctionnelle révélant des atteintes corticales chez des porteurs asymptomatiques (70). Il est à noter que les corps de Lewy sont absents dans les formes où prévalent les signes non moteurs comme dans le Parkinson classique (71,72). Les méthodologies utilisées pourraient expliquer ces contradictions et la validité des tests plus ou moins adaptés selon les cultures. Parmi les 15 tests d’évaluation des fonctions cognitives (Tableau 2) les plus utilisés, l’UPDRS et le MMSE peuvent pour certains auteurs se révéler insuffisants pour dépister les atteintes cognitives modérées, les troubles de l’humeur ou ceux du comportement. Par exemple : le test MOCA (Montreal Cognitive Assessment), PANDA (Parkinson Neuropsychometric Dementia Assessment), l’ACE (Ad-denbrooke’s Cognitive Examination) permettent des résultats plus précis que le MMSE (72-75). Ils offrent l’avantage par rapport à celui-ci de toucher à différentes sphères de la cognition, dont les fonctions exécutives alors que le MMSE peut surestimer le fonctionnement cognitif d’un patient si la mémoire est bien conservée. Une étude récente montre l’intérêt du dosage du taux de Sérine phosphorylée dans l’urine qui pourrait prédire le phénotype clinique chez les porteurs de la mutation (76). La réponse au traitement est diversement appréciée : les dyskinésies dues à la dopathérapie seraient plus importantes chez les porteurs de la mutation que dans la forme idiopathique dans les études algériennes (76) mais sans particularités chez d’autres auteurs (77).

Mini Mental State Exam(MMSE)
Unified Parkinson Disease Rate Scale(UPDRS-part I)
Hopkins Verbal Learning Test(HVLT-R)
Frontal Assessment Battery(FAB)
Beck Anxiety and Beck Depression(BDI-BAD)
Montreal Cognitive Assessment(MoCA)
Geriatric Depression Scale(GDS-1518)
Mattis dementia rating Scale(MDRS)
Hamilton Depression Rating Scale(HDRS)
Lille Apathy Rating Scale(LARS)
Diagnostic Statistical Manual of Mental D(DSM-V)
Clinical Dementia Rating Scale(CDR)
PD Cognitive Functional Rating Scale(PD-CFRS)
Memory Impairment Screen(MIS)
Addenbrooke’s Cognitive Examination(ACE)
Parkinson Neuropsychometric Dementia Assessment(PANDA)
Tableau 2 : Fonctions cognitives/Troubles de l’humeur et du comporte- ment : outils d’évaluation

Génétique des populations :

C’est l’aspect de cette mutation qui a donné lieu à plus d’approximations ou d’inexactitudes. En effet, la plupart des données concernant l’origine de cette mutation ne correspondent pas à la réalité. La rareté de cette mutation dans le monde par rapport à la grande fréquence dans 2 groupes de populations Ashkénazes et Nord Africaines qui n’ont rien de commun au plan génétique ni historique soulève les questions suivantes : s’agit-il d’un effet fondateur dans ces 2 populations ? L’ancêtre est-il commun ? À quel âge est survenue cette mutation ? On a d’abord considéré que l’ancêtre était commun (80) puisque l’origine était commune aux populations d’Europe et d’Afrique du nord (81), puisqu’elle était due à un effet fondateur au Moyen Orient, Europe, États Unis et Afrique du Nord (83), que deux (85) ou plusieurs (86) événements distincts sont à l’origine de cette mutation. La confusion entre les termes d’arabe et nord-africain a largement contribué à ces conclusions erronées. Pour la très grande majorité des auteurs, l’origine des populations nord africaines est arabe, comme l’atteste les appellations non contrôlées qui foisonnent dans la littérature (North African Arabs, Arab populations, Arab-Berber Tunisians, Arabs patients from North Africa, Arab-Berber, Berber-Arabs). Il faut attendre 2014, pour une première publication (87) qui parle de Nord Africains berbères. Benamer (88,89) posait déjà en 2008 la bonne question : est ce que cette mutation est fréquente chez les berbères, chez les arabes ou chez les deux groupes ethniques ? La réponse sera apportée en 2015 (90) où la recherche de mutation chez des patients saoudiens ne sera pas retrouvée comme n’ont pas été retrouvées les douze mutations fondatrices responsables d’affections neurologiques ou d’autres affections non neurologiques. À l’évidence, il s’agit d’un effet fondateur propre aux Nord Africains. Depuis plus d’une vingtaine d’années les travaux portant sur le chromosome Y, l’ADN mitochondrial, le système HLA ont conclu à l’homogénéité du pool génétique maghrébin dans lequel seuls 10 à 15 % seraient allogènes, principalement d’origine moyen orientale (85-93). Quant à la datation de la survenue de la mutation, les résultats sont contradictoires, parfois chez les mêmes auteurs, attestant d’erreurs méthodologiques ou d’insuffisance de données. Ainsi, différents lieux et âges de survenue ont successivement été avancés : 1.500 à 1.800 ans chez les Ashkénazes (84), ans lors de la diaspora juive (82) en Europe, Afrique du nord et Moyen Orient 2.600 ans (83) et au Moyen Orient il y a 4.000 ans (94). En 2005 on avait même avancé la date du 13ème siècle (99). Ce qui donnerait une aire de dispersion de cette mutation plus restreinte comme le montre l’aire de dispersion de la forme de Charcot-Marie-Tooth CMT2B1, dont la mutation maghrébine reste confinée au Maroc et l’Ouest Algérien (100). La date de la mutation se rapprocherait plutôt de celle de la maladie d’Unverricht-Lundborg (2.500 ans, 100 à 150 générations) (101). Seule une étude avec un large échantillonnage de porteurs de la mutation et un nombre de marqueurs suffisants pourra déterminer l’âge de la mutation maghrébine de façon plus précise.

Conclusion :

Depuis la découverte de la mutation LRRK2 G209S, cibler l’activité de la Kinase a été envisagé pour le traitement de la maladie de Parkinson. Les travaux expérimentaux sur la souris transgénique LRRK2 G2019S ont permis de comprendre le processus physiopathologique de la maladie et démontré les effets positifs des inhibiteurs de la LRRK2 kinase (102-105). Des effets secondaires indésirables dus aux effets de la kinase dans de nombreux domaines, retardent les essais cliniques. La mise en évidence récente de nouvelles molécules inhibitrices de la kinase (106-109) laisse espérer dans un proche avenir une avancée thérapeutique pour cette forme mais également pour la maladie de Parkinson classique, les deux formes étant quasi similaires.

Cette mise au point sur la mutation G2019S de la LRRK2, a surtout pour but de souligner la ressemblance de cette forme avec la forme classique de la maladie de Parkinson malgré quelques différences minimes, sur les promesses thérapeutiques qu’elle suscite et sur sa singularité épidémiologique due à un effet fondateur au Maghreb comme ceux de plus cent autres impliquant d’autres pathologies. À cet égard, il est impératif d’établir une base de données des mutations et des polymorphismes algériens à destination de la communauté scientifique comme l’ont déjà fait nos voisins Tunisiens et Marocains (110-112). Enfin, la perspective de réelles avancées thérapeutiques pourrait singulièrement améliorer le pronostic de cette maladie particulièrement invalidante.

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Dementia: General information and current situation in Algeria

S. BELARBI, M. TAZIR, Service de neurologie, CHU Mustapha Bacha, Alger.

Abstract : Globally, the aging population increases and the number of people with agerelated diseases increases consequently. The prevalence of dementia in general, and Alzheimer’s disease in particular, is therefore increasing. The World Alzheimer’s report, estimated that 46,8 million people were living with dementia in 2015. Currently in Algeria, almost 8.9% of the population is over 60 years old. This aging of the Algerian population is accompanied by an increase in the incidence of dementia, which should be a huge public health issue. The epidemiological study of the neurology department of the Mustapha Hospital, Algiers, estimated the number of people suffering from dementia in Algeria, in 2016 to 189 182 cases, including 135 849 cases of Alzheimer’s disease.

Key-words : Dementia, Alzheimer’s disease, incidence.

Résumé : À l’échelle mondiale, le vieillissement de la population s’accélère, avec une augmentation du nombre des personnes atteintes de maladies liées à l’âge. La prévalence des démences en général et de la maladie d’Alzheimer en particulier, est par conséquent en augmentation. Le rapport mondial Alzheimer, évaluait le nombre de déments dans le monde à 46,8 millions en 2015. Actuellement en Algérie, presque 8,9% de la population ont un âge supérieur à 60 ans. Ce vieillissement de la population algérienne s’accompagne de l’augmentation de l’incidence des démences qui devraient constituer un enjeu énorme du point de vue de santé publique. L’étude épidémiologique du service de neurologie du CHU Mustapha Bacha, Alger Centre, a estimé le nombre de personnes atteintes de démence en Algérie, en 2016 à 189.182 cas, dont 135.849 cas de maladie d’Alzheimer.

Mots-clés : Démence, Alzheimer, incidence.

Introduction :

Actuellement, la population mondiale vieillit : Il y a presque 900 millions de personnes âgées de 60 ans et plus vivant dans le monde [1]. Ce vieillissement est plus rapide dans les pays à moyens ou faibles revenus que dans les pays à revenus élevés. En 2020, on estime que 2/3 des plus de 60 ans vivront dans les pays en développement [2]. L’augmentation de l’espérance de vie contribue à l’augmentation rapide de ces nombres, et est associée avec une prévalence accrue des maladies chroniques comme les démences.

1-  Historique du terme démence :

Le terme de « démence » a accompli un long cheminement sémantique avant d’arriver à son acception actuelle. Il semble qu’on doive à Galien, au IIème siècle de notre ère, d’avoir introduit le terme «dementia» (« de », hors de ; « mens », esprit), pour désigner des conditions stables d’atteinte de l’esprit.

En 1907, Alois Alzheimer, publie l’analyse anatomoclinique d’une patiente âgée de 51 ans (Auguste Deter) décédée après l’aggravation progressive d’un tableau démentiel. L’étude histologique a montré l’existence de conglomérats intraneuronaux de fibres anormales coexistant avec des plaques séniles. À cette première description histologique complète de la maladie démentielle il donne le nom de dégénérescence neuro-fibrillaire.

Mais c’est à Kraepelin que l’on doit le terme de maladie d’Alzheimer, dans son influent « Traité de Psychiatrie ». Il individualisait, la « maladie d’Alzheimer » comme une rare démence d’origine dégénérative du sujet jeune, qu’il séparait de la « démence sénile », beaucoup plus fréquente, à laquelle il attribuait une cause vasculaire athéroscléreuse. Ce n’est que dans les années 1980 que le caractère pathologique des démences du sujet âgé a été clairement affirmé, et qu’en fait la majorité des « démences séniles » étaient indiscernables au plan clinique et neuropathologique des « démences préséniles d’Alzheimer » [3]. La maladie d’Alzheimer, recouvrait désormais aussi bien les formes précoces du sujet jeune, souvent d’origine génétique et les formes du sujet âgé, majoritairement sporadiques.

2-  Définition de la démence :

La définition de l’American Psychiatric Association (APA) est celle qui est la plus largement utilisée, sur le plan clinique comme épidémiologique, grâce à l’application des critères diagnostiques du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) pour les démences.

Dans la quatrième version révisée du DSM (DSM-IV TR) [4], la démence est caractérisée par « l’apparition de déficits cognitifs multiples qui comportent une altération de la mémoire et au moins l’une des perturbations cognitives suivantes : aphasie, apraxie, agnosie ou perturbation des fonctions exécutives. Les déficits cognitifs doivent être suffisamment sévères pour entraîner une altération significative du fonctionnement professionnel ou social et doivent représenter un déclin par rapport au niveau du fonctionnement antérieur.».

En 2013, la cinquième version du DSM (DSM-V) a été publiée [5]. Les modifications par rapport au DSM-IV incluent le changement de nomenclature ; ainsi, on ne parle plus de démence mais de troubles neurocognitifs majeurs (MNCD pour Major NeuroCognitive Disorders), le diagnostic de MNCD ne requiert plus nécessairement que la mémoire soit un des domaines affectés, et il permet des déficits cognitifs limités à un seul domaine.

Classification des démences :

Les démences sont classées selon de grands cadres nosologiques [3].

  • Les démences curables.
  • Les démences dégénératives, en particulier la maladie d’Alzheimer (MA).
  • Les démences vasculaires.
  • L’association MA + maladie cérébrovasculaire.
  • Les démences par agents transmissibles (maladie de Creutzfeldt Jakob).

1.  Les démences « curables » :

Ce terme est actuellement considéré comme inapproprié et il vaut mieux lui préférer celui de « démences potentiellement curables », car il est avéré que les causes réellement curables semblent très rares, pour ne pas dire exceptionnelles.

On reconnaît quatre grands cadres étiologiques :

  • Les causes toxiques ou carentielles : éthylisme chronique, intoxications médicamenteuses, carences vitaminiques (B1, B12, folates, PP. …),
  • Les causes « neurochirurgicales » : les tumeurs cérébrales, l’hydrocéphalie à pression normale, les hématomes sous-duraux chroniques. …,
  • Les causes métaboliques et endocriniennes : hypothyroïdie …,
  • Les causes inflammatoires ou infectieuses : comme la sclérose en plaques, les maladies de système, la maladie de Whipple, la neurosyphilis, l’encéphalite à VIH. …

Autres démences non dégénératives et non vasculaires :

  • Les syndromes paranéoplasiques.
  • Les syndromes post traumatiques.

2.  Les démences dégénératives :

Elles sont dues à une dégénérescence des cellules nerveuses cérébrales. Les principales sont :

  • La démence de type Alzheimer,
  • Les démences avec atrophies focales :
  • Les atrophies lobaires fronto-temporales :
  • La démence fronto-temporale,
  • L’aphasie progressive primaire,
  • L’atrophie corticale postérieure : syndrome de Benson
  • Les démences striatales :
  • Démences à corps de Lewy,
  • Démences du Parkinson,
  • La paralysie supra nucléaire progressive (PSP),
  • La dégénérescence corticobasale (DCB),
  • La chorée de Huntington…

3.  La maladie de Creutzfeldt-Jakob :

C’est une démence rare, actuellement incurable, qui appartient au cadre des maladies à prion.

La maladie d’Alzheimer : (MA)

La maladie d’Alzheimer (MA) est la cause de démence la plus prévalente. Elle représente 70% des cas de démence diagnostiquées au niveau mondial [6].

4-  Neuropathologie :

La MA est une maladie neurodégénérative caractérisée par deux types de lésions : L’accumulation progressive de plaques amyloïdes extracellulaires et de dépôts neurofibrillaires intracellulaires principalement dans les régions cérébrales impliquées dans l’apprentissage et la mémoire mais aussi dans les comportements émotionnels [7].

Le composant principal des plaques amyloïdes est le peptide insoluble amyloïde béta (AB). Ce peptide hydrophobe neurotoxique est dérivé du clivage enzymatique de la protéine transmembranaire amyloid Precursor protein (APP) par l’action de deux enzymes, une B-sécrétase et une γ-sécrétase.

Ce peptide existe sous deux formes, une forme contenant 40 acides aminés (AB40) et une autre contenant 42 acides aminés (AB42). Cette dernière serait la forme la plus susceptible à l’oligomérisation et à la formation de fibrilles, à l’origine des plaques séniles (figure).

Figure : Formation des plaques amyloïdes dans la maladie d’Alzheimer [8].

La deuxième principale caractéristique neuropathologique de la MA est la dégénérescence neurofibrillaire, plus spécifiquement la formation de paires hélicoïdales de filaments (PHF), structures intraneuronales formées à partir de l’hyperphosphorylation de la protéine Tau.

La protéine Tau est une protéine cytosolique impliquée dans l’assemblage des microtubules formant le cytosquelette des neurones, structure qui assure l’architecture mais également le fonctionnement du neurone. L’hyperphosphorylation de la protéine Tau affecte sa capacité à se lier aux microtubules du cytosquelette qui finissent par se désassembler, conduisant les protéines Tau à s’assembler entre elles pour former des agrégats tels que les PHF [9].

Ces PHF s’accumulent dans le corps cellulaire des neurones, ils produisent des enchevêtrements neurofibrillaires.

Le nombre et la localisation de ces enchevêtrements ont été corrélés au degré de sévérité de la démence alors que cela n’a pas été montré pour les plaques séniles. Cependant, ils se formeraient après l’apparition des dépôts amyloïdes [9].

1-  Les phases de la maladie d’Alzheimer :

Il existe une grande variabilité interindividuelle concernant la progression des troubles liés à la maladie d’Alzheimer. Dans la maladie d’Alzheimer, les troubles sont insidieux et d’installation progressive. Dès l’apparition des premiers symptômes, la maladie évolue sur une dizaine d’années. Son évolution est caractérisée par différents stades : le stade préclinique, prédémentiel, démentiel et enfin le stade démentiel évolué.

1.1.  Phase 1, le stade préclinique :

Elle s’étend sur 10 à 20 ans. C’est une phase indétectable pendant laquelle se forment progressivement les lésions. À ce stade, il n’y a encore aucun signe clinique [10].

1.2.  Phase 2, le stade prédémentiel :

Cette phase se déroule sur une période d’environ 5 ans pendant laquelle les premiers signes cliniques apparaissent. Ils concernent dans 75 % des cas, des troubles de la mémoire des faits récents, notamment épisodique [11]. On peut également voir apparaître des modifications émotionnelles. À ce stade, l’autonomie du patient est encore préservée.

1.3.  Phase 3, le stade démentiel :

Cette période s’étend sur 3 à 10 ans en moyenne. Les troubles initiaux de la mémoire s’aggravent, avec l’apparition de troubles de la mémoire sémantique et de la mémoire ancienne, ainsi que d’autres déficits. Le patient perd peu à peu son autonomie. Parmi les atteintes cognitives, on retrouve : les troubles des fonctions exécutives, de l’orientation temporospatiale, du langage (aphasie, manque du mot, paraphasies, écholalies, difficultés de compréhension, dysorthographie, …), des praxies (difficulté à enchaîner une suite logique de gestes avec une finalité, …), des gnosies (trouble de la reconnaissance des objets et de leur utilisation, de l’identification des personnes, …).

Des troubles psycho-comportementaux, peuvent apparaître, notamment des manifestations dépressives, des troubles anxieux (agitation, agressivité, …), des troubles psychotiques (idées délirantes, …), des troubles des conduites élémentaires (troubles d’alimentation, perte de poids, incontinence sphinctérienne, …), des troubles du rythme veille-sommeil (inversion du cycle nycthéméral, insomnie, …), des conduites stéréotypées et une tendance à la déambulation.

1.4.  Phase 4, le stade démentiel évolué :

Le tableau évolue vers la perte complète de l’autonomie,

du contrôle de la vessie, des intestins, des difficultés sévères d’alimentation et de déglutition. Les troubles du comportement et de compréhension sont plus importants et on observe des conduites inhabituelles en public. Les patients ne reconnaissent plus l’entourage proche, leur environnement familier. Ils présentent des difficultés sévères pour marcher, se déplacent alors en fauteuil roulant et peuvent devenir grabataires.

On note parfois la présence de signes neurologiques comme des crises d’épilepsie, des myoclonies.

Ils peuvent présenter une aggravation rapide de l’état général, menant vers la cachexie et le décès.

2-  Diagnostic :

La MA a été définie comme un type de démence depuis la publication du National Institute of Neurological and Communicative Diseases and Stroke/Alzheimer’s Disease and Related Disorders Association (NINCDS-ADRDA) en 1984 [12] qui a proposé des critères cliniques de diagnostic de la MA. Ces critères n’étaient applicables que lorsque la MA avait atteint le seuil de démence. Même à ce stade, le diagnostic ne pouvait être qu’au mieux probable, la certitude du diagnostic ne pouvant être apportée que suite à l’autopsie post-mortem du cerveau.

Actuellement, des biomarqueurs spécifiques de la MA ont été mis en évidence et ils sont disponibles pour la recherche, leur utilisation en clinique tendant à se généraliser. Il s’agit des marqueurs d’imagerie morphologique (Imagerie par résonance magnétique (IRM), volumétrie de l’hippocampe), fonctionnelle (Tomographie par émission de positons (TEP) au Pittsburg Compound B) et les marqueurs biologiques du liquide céphalorachidien (dosage du peptide AB42, de la protéine Tau et de sa forme phosphorylée P-Tau 181) [13].

De nouveaux critères ont été proposés permettant ainsi de poser un diagnostic de la MA in vivo, dont les critères de l’IWG-2 de 2014 « International Work Group Criteria for the Diagnosis of Alzheimer’s Disease ». Ces critères permettent d’identifier quatre diagnostics possibles comme présentés dans le tableau [14].

TroublesManifestations cliniquesBiomarqueurs requis
À risque de MAAucuneBiomarqueurs cohérents avec la MA
Forme préclinique de la MAAucuneMutation autosomale dominante responsable de la MA
Forme prodromale de la MAPerte de la mémoire épisodique ou présentation atypique reconnue ; Indépendance dans la réalisation des activités quotidiennesBiomarqueurs cohérents avec la MA
Démence due à la MAPerte de la mémoire épisodique ou présentation atypique reconnue ; Perte d’indépendance dans la réalisation des activités quotidiennesBiomarqueurs cohérents avec la MA
Tableau : Critères diagnostiques de l’IWG-2

Facteurs de risque des démences et de la maladie d’Alzheimer :

L’étiologie des démences neurodégénératives est encore mal cernée mais il est maintenant admis qu’elle est complexe et multifactorielle [15].

L’âge est le premier facteur de risque de démence. La prévalence de la démence doublerait tous les cinq ans à partir de l’âge de 65 ans [16].

Le sexe féminin [16] et le génotype de l’apolipoprotéine E (APOE4) [17], en sont aussi d’importants facteurs de risque, notamment de la MA.

Les facteurs vasculaires (hypertension, diabète, obésité) ainsi que certains liés au mode de vie (consommation de tabac, excès d’alcool, sédentarité) ou encore la dépression seraient également d’importants facteurs de risque [18]; mais, contrairement aux premiers cités, ces facteurs sont modifiables. Il a été estimé qu’un tiers des cas de MA serait attribuable à ces facteurs [19] et donc potentiellement évitable.

Un certain nombre d’autres facteurs que l’on peut regrouper sous le vocable de « facteurs psychosociaux » (faible réseau social, stress, etc..) joueraient également un rôle dans le développement de la démence [18, 20]. Il semblerait que ce soit l’accumulation de ces facteurs tout au long de la vie qui participerait au développement du syndrome démentiel [18,21].

Épidémiologie des démences et de la maladie d’Alzheimer dans le monde et en Algérie :

En 2015, le rapport mondial Alzheimer estimait qu’il y avait 46,8 millions de personnes atteintes de démence dans le monde et prévoyait que ce nombre augmenterait à 74,7 millions en 2030 et 131,5 millions en 2050 [1].

La prévalence des démences et de la maladie d’Alzheimer (MA), maladies liées à l’âge, est par conséquent en augmentation. Les dernières estimations évaluaient le nombre de déments à 46,8 millions de personnes dans le monde en 2015 [1]. Ce chiffre devrait pratiquement doubler tous les 20 ans, atteignant 74,7 millions en 2030 et 131,5 millions en 2050. Ces nouvelles estimations sont 12-13% plus élevées que celles réalisées pour le Rapport Mondial Alzheimer en 2009. La majeure partie de cette augmentation est attribuée aux pays à faibles et moyens revenus ; 58% de toutes les personnes avec une démence vivent actuellement dans des pays classés par la Banque Mondiale comme des pays avec des revenus faibles ou moyens. Cette proportion devrait augmenter jusqu’à 63% en 2030 et 68% en 2050 [1].

L’Asie de l’Est est la région qui compte le nombre le plus élevé de personnes vivant avec démence (9,77 millions), étroitement suivie par l’Europe de l’Ouest (7,45 millions), l’Asie du Sud (5,13 millions) et l’Amérique du Nord (4,78 millions).

Quant aux neuf pays ayant le plus grand nombre de personnes atteintes de démence en 2015, on retrouve: la Chine (9,5 millions), les USA (4,2 millions), l’Inde (4,1 millions), le Japon (3,1 millions), le Brésil (1,6 millions), l’Allemagne (1,6 millions), la Russie (1,3 millions), l’Italie (1,2 millions), l’Indonésie (1,2 millions) et la France (1,2 millions). Dans le World Alzheimer Report de 2015, le taux brut, global, mondial de prévalence des démences chez les sujets âgés de 60 ans et plus a été estimé à 5,2 %.

1-  État des lieux en Algérie :

L’analyse de l’évolution de la structure par âge de la population Algérienne montre que notre pays n’échappe pas à ce phénomène démographique universel que représente le vieillissement. L’Algérie connaît un accroissement soutenu de la proportion de personnes âgées, témoin de l’allongement de l’espérance de vie. Ainsi, la part des sujets âgés de 60 ans et plus est passé de 6,7% en 1966 à 8,9 % en 2016. Quant à l’espérance de vie à la naissance, elle se situe aujourd’hui autour de 78 ans (77 ans pour les hommes et 78 pour les femmes) [22]. Par ailleurs, les projections démographiques laissent entrevoir que ce processus de vieillissement de la population Algérienne se poursuivra dans les années et décennies à venir. Ces projections montrent que le poids des personnes âgées de 60 ans ou plus va doubler durant les 20 prochaines années.

De plus, le vieillissement de la population algérienne s’accompagne de l’augmentation de l’incidence des pathologies chroniques « dépendantes de l’âge ». Parmi ces maladies figurent les démences qui devraient constituer un enjeu énorme du point de vue de santé publique.

Une grande étude épidémiologique effectuée de 2012 à 2014 par l’équipe du service de neurologie du CHU Mustapha Bacha, Alger Centre, a permis d’estimer la prévalence globale des démences dans la Daïra de Sidi M’Hamed, d’Alger centre, chez les sujets âgés de 60 ans et plus à 4,93 %, et celle de la maladie d’Alzheimer à 3,54 %. Cette étude a estimé le nombre de personnes atteintes de démence en Algérie à 151.346 dont 108.772 cas de maladie d’Alzheimer.

Sur la base du Delphi consensus [23], cette même équipe a estimé le nombre de sujets déments en 2016 à 189.182 patients dont 13. 849 cas de maladie d’Alzheimer.

Parmi les facteurs de risques modifiables de démence les plus fréquemment retrouvés dans cette étude, on retrouve : le faible niveau culturel, l’absence de profession, l’isolement, l’hypertension artérielle, le diabète, les cardiopathies, les accidents vasculaires cérébraux et les traumatismes crâniens.

Ces chiffres sont inquiétants et doivent interpeler en urgence les pouvoirs publics algériens pour mettre en œuvre un plan national de santé publique pour lutter contre cette maladie. Ce plan aura pour objectifs de faciliter le diagnostic des démences et de la maladie d’Alzheimer, la prise en charge, et d’améliorer la qualité de vie des patients et de leur entourage.

Depuis 2004, des consultations mémoire sont instaurées dans différents centres hospitalo-universitaires, à travers le pays, permettant un diagnostic précoce des démences et une prise en charge spécifique «médicamenteuse et cognitive». Différents centres d’accueil de jour, autonomes ont également été mis en place à Alger, proposant aux malades des activités leur permettant de stimuler leurs fonctions cognitives et offrant aux aidants familiaux une solution de répit afin de les soulager de leur lourde tâche quotidienne auprès de leur proche. Une Association locale Alger-Alzheimer, a été créée en 2005, implantée à la rue des frères Bellili dans la Casbah, ayant pour but de sensibiliser, informer et assister les parents des malades Alzheimer, en complémentarité avec le suivi médical.

La connaissance des facteurs de risque des démences, les plus fréquents au sein de notre population, souligne l’importance de proposer des pistes de prévention qui permettront dans l’avenir de minorer l’incidence des démences en Algérie. C’est une priorité pour la santé publique.

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Risk factors for depression in epileptics monitored at Oran University Hospital

A. CHENTOUF (1.2), I. ZARFA (2), ML. OUBAICHE (1.2) Service de Neurologie, CHU Benaouda Benzerdjeb, Oran Faculté de Médecine d’Oran

Abstract : Purpose : Although depression is the most common psychiatric comorbidity in patients with epilepsy, it remains widely under-diagnosed and untreated. This study aims to determine the hospital frequency and the risk factors of depression in epileptic patients attending the neurology department of Oran University Hospital. Materials and methods : This retrospective case control study has been conducted at the Neurology Department of Oran University Hospital between June 2016 and June 2017. Depression was detected using NDDI-E questionnaire and confirmed by the Arabic version of Hamilton scale. Depression risk factors were analyzed by logistic regression. Results: 332 epileptic patients participated in this study. The mean age was 29.8 ± 13 years with a slight male predominance (sex ratio: 1.13). Depression was diagnosed in 98 patients (29.5%). Multivariate analysis using logistic regression retained five variables in the final model: low level of education, high seizure frequency, complex partial seizures, polytherapy, and perception of stigma. Conclusion : Our study showed a high prevalence of depression in epileptic patients, hence the importance of systematic screening, especially in stigmatized illiterate patients suffering from refractory complex partial seizures.

Key-words : Risk factors, depression, epilepsy, case-control, Algeria.

Résumé : Bien qu’elle soit la comorbidité psychiatrique la plus fréquente chez les patients épileptiques, la dépression demeure largement sous-diagnostiquée et non traitée. Cette étude a pour objectif de déterminer la fréquence hospitalière ainsi que les facteurs de risque associés à la dépression chez les patients épileptiques suivis au service de neurologie du CHU d’Oran. Patients et méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective cas-témoins, menée au service de neurologie du CHU d’Oran entre Juin 2016 et Juin 2017. La dépression a été dépistée par le questionnaire NDDI-E et confirmée par la version arabe de l’échelle Hamilton. Les facteurs de risque de dépression ont été analysés par régression logistique. Résultats : Au total, 332 patients épileptiques ont participé à cette étude. L’âge moyen était de 29,8±13 ans avec une légère prédominance masculine (sex-ratio : 1.13). La dépression a été diagnostiquée chez 98 patients (29.5 %). L’analyse multivariée par régression logistique a retenu cinq variables dans le modèle final : le faible niveau d’instruction, la fréquence élevée des crises, les crises partielles complexes, la polythérapie et la perception de stigmatisation. Conclusion : Notre étude met l’accent sur la fréquence élevée de la dépression chez les patients épileptiques, d’où l’intérêt d’un dépistage systématique, en particulier chez les patients analphabètes stigmatisés, souffrant de crises focales complexes réfractaires.

Mots-clés : Facteurs de risque, dépression, épilepsie, cas-témoin, Algérie.

Introduction :

L’épilepsie est un trouble cérébral caractérisé par une prédisposition durable à générer des crises épileptiques et par les conséquences neurobiologiques, cognitives, psychologiques et sociales de cette affection [1]. La dépression est l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents chez les patients épileptiques. Elle se caractérise par un changement des affects ou de l’humeur, habituellement accompagné d’une modification du niveau global d’activité. Sa prévalence est estimée entre 13 et 36% [2,3] ; pouvant même atteindre 54% chez les patients atteints d’épilepsie réfractaire [4].

Malgré ces chiffres effarants, la dépression reste sous-diagnostiquée et donc non traitée chez la majorité des patients épileptiques [5,6].

La dépression chez les patients atteints d’épilepsie peut être classée en fonction du délai de survenue des symptômes psychiatriques par rapport aux crises en : dépression ictale (les symptômes dépressifs sont une manifestation clinique de la crise), dépression péri-ictale (les symptômes précèdent et/ou suivent les crises) et dépression interictale (les symptômes se produisent indépendamment des crises) [7]. La dépression interictale est le type de dépression le plus fréquemment reconnu chez les patients atteints d’épilepsie.

L’origine de la dépression chez les patients épileptiques est très probablement multifactorielle. En effet, durant la dernière décennie, plusieurs études cas-témoins visant à étudier les facteurs de risque associés à la dépression chez les patients épileptiques ont été menées [8-12]. Certaines de ces études ont évalué les facteurs sociodémographiques (âge, sexe, chômage, situation matrimoniale, niveau d’instruction) et d’autres ont étudié les facteurs cliniques spécifiques à l’épilepsie (âge de début, durée d’évolution, type et fréquence des crises, médicaments antiépileptiques). Bien que ces études aient identifié une série de facteurs, les résultats étaient souvent controversés. Les revues systématiques récentes rapportent toutes une prévalence élevée de la dépression chez les patients souffrant d’épilepsie et suggèrent qu’une approche clinico-psychosociale large est nécessaire pour mieux appréhender les facteurs associés à la dépression [13].

En Algérie, où la prévalence de l’épilepsie est estimée à 8,32/1000 [14], très peu d’études épidémiologiques sur l’épilepsie ont été publiées et aucune n’a évalué l’association à la dépression.

Compte tenu du rôle considérable attribué à la dépression dans l’altération de la qualité de vie des patients épileptiques [4] ; et du fait de l’hétérogénéité des données existantes, il nous a paru nécessaire de mener une enquête épidémiologique, visant à déterminer la fréquence hospitalière de la dépression interictale chez les épileptiques suivis au service de neurologie du CHU d’Oran, et d’identifier les facteurs de risque sociodémographiques et cliniques associés à la dépression chez ces patients.

Matériels et méthodes :

Type d’enquête :

Il s’agit d’une étude analytique rétrospective de type cas-témoin, menée à l’unité d’épileptologie du service de neurologie au CHU d’Oran, entre Juin 2016 et Juin 2017.

Population d’étude :

Nous avons recruté de manière prospective les patients répondant aux critères suivants : (1) âge entre 16 et 70 ans ; (2) diagnostic d’épilepsie confirmé cliniquement et par des enregistrements EEG ; (3) dernière crise remontant à au moins 7 jours avant l’évaluation psychiatrique.

Nous n’avons pas inclus les patients présentant une déficience cognitive sévère ne leur permettant pas de compléter les questionnaires, ceux atteints de comorbidités susceptibles d’entrainer une dépression (maladie cardiovasculaire, diabète, insuffisance rénale, cancer, etc.), et ceux refusant les évaluations psychiatriques.

Notre population d’étude a été répartie en deux groupes : les cas (sujets épileptiques avec dépression confirmée par les tests psychiatriques appropriés), et un groupe de témoins (épileptiques sans dépression).

Collecte des données :

Les crises épileptiques ont été classées selon les recommandations de la Ligue Internationale de lutte Contre l’Epilepsie (LICE) en 2010 [15]. La dépression a été définie selon les critères du DSM-V [16].

L’enquête a été réalisée au moyen d’un questionnaire validé par l’Institut d’Epidémiologie neurologique et de Neurologie Tropicale de Limoges, soutenu par la LICE [17]. Nous avons recueilli les données sociodémographiques, cliniques et thérapeutiques comme suit : âge du patient, sexe, statut matrimonial, lieu de résidence, niveau d’instruction, profession, âge d’apparition des crises, durée d’évolution de l’épilepsie, type et fréquence des crises et traitement en cours.

La dépression a été dépistée par le questionnaire NDDI-E (Neurological Disorder Depression Inventory for Epilepsy) validé en Arabe [18] et confirmée par la version arabe de l’échelle Hamilton (Hamilton Rating Scale for Depression (HRSD) [19]. Cette dernière est une échelle à 17 items permettant de reconnaître les symptômes dépressifs et d’évaluer la gravité de la dépression. Les scores de l’échelle sont interprétés comme suit : 0-7 = Normal, 8-13 = dépression légère, 14-18 = dépression modérée, 19-22 = dépression sévère, ≥ 23 = syndrome dépressif majeur.

Un formulaire de consentement a été préparé avant l’enquête, et chaque participant a été informé des modalités de l’étude et des différentes évaluations prévues.

Plan d’analyse :

Les données collectées ont été codées et saisies sur le logiciel SPSS version 21.0 Mac OS X. Nous avons d’abord procédé à une analyse descriptive de notre population

d’étude, faisant appel au calcul des moyennes et des écarts-types pour les variables quantitatives et des pourcentages pour les variables qualitatives.

Afin d’identifier les facteurs de risque associés à la dépression, nous avons comparé les fréquences des facteurs sociodémographiques et cliniques entre le groupe des cas (épileptiques avec dépression) et le groupe des témoins (épileptiques sans dépression). Dans l’analyse univariée, les odds ratio (OR) et leurs intervalles de confiance (IC) à 95% ont été calculés par le Chi2 de Pearson et le test de Fisher pour un seuil de significativité correspondant à p = 0,05.

Par la suite, une analyse par régression logistique a été réalisée en choisissant comme variable résultat, la variable dichotomique « être dépressif ». Le modèle initial incluait l’ensemble des facteurs statistiquement liés à la dépression au seuil de 20 %. La sélection des variables restant dans le modèle final a été faite selon une stratégie descendante de Wald. Les différents facteurs ont été retenus au seuil de 5%.

Résultats :

Parmi les 513 patients qui se sont présentés en consultation spécialisée d’épilepsie au cours de la période d’étude, 338 sujets répondaient aux critères d’inclusion. Après dépistage des symptômes dépressifs par le questionnaire NDDI-E, six patients ont refusé une évaluation supplémentaire par l’échelle de Hamilton, ce qui a réduit notre échantillon à 332 sujets.

1. Caractéristiques sociodémographiques :

Au total, 332 patients épileptiques ont participé à cette étude. L’âge moyen des patients était de 29,8±13 ans avec des ex- trêmes allant de 16 à 70 ans. Nous avons relevé une légère pré-dominance masculine avec un sex-ratio H/F de 1,13.

Près de deux tiers de nos patients (63,0%) étaient sans emploi et la plupart d’entre eux (63,8%) vivaient en zone urbaine. Cent 75 sujets (52,7%) n’étaient pas mariés, parmi eux 48% appartenaient à la tranche d’âge [26-35] ans. Concernant le niveau d’instruction, 144 (43,3%) patients étaient illettrés ou de niveau primaire (Tableau 1).

Variables Effectif (N)Pourcentage (%)
SexeHommes17653,0
 Femmes15647,0
Age16-257221,7
 26-3513540,7
 36-456820,5
 46 et plus5717,1
Statut maritalCélibataire10631,9
 Marié15747,3
 Divorcé/veuf6920,8
RésidenceZone urbaine21263,8
 Zone rurale12036,2
Niveau d’instructionAnalphabète236,9
 Primaire12136,4
 Moyen9929,8
 Secondaire5616,9
 Universitaire3310,0
EmploiOui12337,0
 Non20963,0
Tableau 1 : Caractéristiques sociodémographiques de la population d’étude

1. Caractéristiques cliniques :

L’âge moyen de survenue de la première crise était de 12,6±9,7 ans. Dans la majorité des cas (62,1%), la maladie évoluait depuis plus de 5 ans au moment du recrutement. Les crises focales (59,3%) étaient plus fréquentes que les crises généralisées (40,7%). Plus de la moitié des patients (55,7%) présentaient moins d’une crise par mois et près de trois quarts d’entre eux (72%) ne prenaient qu’un seul médicament antiépileptique (MAE). Les MAE les plus utilisés étaient par ordre de fréquence : Carbamazépine®, Acide valproïque®, Lamotrigine® et Lévétiracétam®.

Environ 40% des participants déclaraient avoir été stigmatisés pour leur maladie (Tableau 2).

VariablesFréquencePourcentage (%)
Type de crises
Focales
 Simples Complexes108 
Généralisées 13540,7
 Tonico-cloniques101 
 Absences34 
Age de début<109027,1
 10-1912637,9
 20-298323,0
 30 et plus3310,0
Durée d’évolution<510631,9
 5-1015340,1
 >107322,0
Fréquence des crises<1/mois18555,7
 ≥1/mois14744,3
Nombre d’antiépilepMonothérapie23972,0
tiques2 ou plus9328,0
Médicaments les plusCarbamazépine10732,2
utilisésAcide valproïque9829,5
 Lamotrigine8926,8
 Lévétiracétam7923,8
StigmatisationOui13640,9
 Non19659,1
Tableau 2 : Caractéristiques cliniques de la population d’étudeæ

1. Prévalence de la dépression :

La dépression a été diagnostiquée chez 98 patients (29,5 %) dont 52 femmes (53,1%). Parmi ces femmes, 32 (61,5%) étaient célibataires et appartenaient à la tranche d’âge [26-35] ans. Dans le groupe des cas, la dépression était légère chez 22 patients (22,4%), modérée chez 30 patients (30,6%) et majeure chez 46 patients (46,9%). Seuls 26 d’entre eux (9%) étaient traités par antidépresseurs au moment de l’évaluation psychiatrique.

2.   Facteurs associés à la dépression en analyse univariée :

Après avoir vérifié l’appariement des cas et des témoins au sexe et à l’âge, nous avons procédé à une analyse univariée (Tableau 3). Parmi les différentes variables considérées dans cette étude, l’âge de début de l’épilepsie, sa durée d’évolution, la fréquence et le type de crises, le nombre de MAE utilisés, le niveau d’instruction, le statut professionnel et la perception de stigmatisation étaient significativement associés à la dépression.

Tableau 3 : Résultats de l’analyse univariée par régression logistique MAE (médicament antiépileptique), NS (non significatif), OR (Odds Ratio), IC95% (Intervalle de confiance à 95%)

1.  Facteurs associés à la dépression en analyse multivariée :

L’analyse multivariée par régression logistique a retenu cinq variables significativement associées à la dépression dans le modèle final. Il s’agit en l’occurrence du niveau d’instruction, de la fréquence des crises, des crises partielles complexes, de l’utilisation de plus d’un MAE et de la perception de stigmatisation (Tableau 4).

Tableau 4 : Résultats de l’analyse multivariée par régression logistique OR (Odds Ratio), IC95% (Intervalle de confiance à 95%)

Discussion :

Les résultats des travaux les plus récents plaident en faveur d’une relation bidirectionnelle entre l’épilepsie et la dépression [20]. En effet, l’épilepsie occupe une place particulière parmi les maladies pourvoyeuses de dépression du fait de ses conséquences psychosociales spécifiques

: mauvaise acceptation par le patient de son épilepsie, stigmatisation, et anxiété anticipatoire liée à la survenue imprévisible des crises [21]. D’autre part, des études ont montré que l’existence d’une dépression diagnostiquée rétrospectivement avant le début de l’épilepsie, multipliait par quatre le risque de survenue des crises [22]. Néanmoins, cette relation bidirectionnelle ne signifie pas un lien de causalité mais suggère que ces deux affections pourraient être sous-tendues par des mécanismes pathogéniques communs [23]. A travers cette étude épidémiologique, nous avons déterminé la prévalence de la dépression chez les patients épileptiques, et identifié les facteurs de risque qui lui sont associés dans une population de l’ouest algérien.

La prévalence de la dépression chez les patients épileptiques varie selon les études entre 20 et 50% [6]. Dans notre étude, 29,5% des épileptiques présentaient une dépression associée, ce qui rejoint les résultats de la littérature [2,7,24,25]. Par ailleurs, une méta-analyse récente ayant inclus 14 études a estimé la prévalence globale de la dépression active à 23,1%, avec un IC à 95% entre 20,6% et 28,3% [26].

Les résultats de notre étude ont montré que la dépression chez les femmes (53,1%) était légèrement plus fréquente par rapport aux hommes (46,9%). Cette différence peut s’expliquer par les inégalités sociales auxquelles sont confrontées les femmes dans un pays en voie de développement tel que l’Algérie. Par ailleurs, la fréquence élevée de la dépression (61,5%) chez les femmes âgées entre 26 et 35 ans pourrait être en rapport avec l’imprégnation hormonale.

En effet, les hormones sexuelles féminines peuvent affecter l’humeur via l’abaissement de la concentration de sérotonine, secondaire à l’augmentation de l’activité de la monoamine oxydase induite par la progestérone, ou alors par le déficit en pyridoxine induit par l’œstrogène, entraînant une diminution des concentrations de sérotonine intracérébrale [27].

Nos résultats ont révélé que les sujets stigmatisés pour leur maladie épileptique avaient un risque sept fois plus élevé de développer une dépression par rapport à leurs homologues non stigmatisés. Des résultats similaires ont été observés dans d’autres études [28]. Ceci conforte l’hypothèse que l’épilepsie est une maladie hautement stigmatisante dans de nombreuses cultures, en particulier dans les pays à ressources limitées, probablement en raison de la nature imprévisible et incontrôlable des crises qui pourraient faire considérer les sujets épileptiques comme « particulièrement dangereux » [29].

Le niveau d’instruction est un facteur important associé à la dépression. En effet, les individus épileptiques avec dépression surajoutée ont des troubles neuropsychologiques et des difficultés d’insertion sociale, rendant difficile l’accès à un niveau d’études supérieures, et limitant ainsi les possibilités d’emploi et de mariage. Dans la présente étude, le risque de dépression est multiplié par quatre chez les sujets analphabètes [ORa=4,01; IC 95% [1,62-9,28]). Des résultats similaires ont été rapportés par d’autres auteurs [29].

Dans la présente étude, la fréquence des crises (>1/mois) multiplie le risque de dépression par cinq, ce qui rejoint les résultats d’études menées en Grèce, au Nigéria, au Togo et au Royaume-Uni [30-34]. Lorsqu’elles sont fréquentes, les crises peuvent affecter l’humeur à travers une variété de mécanismes, y compris des facteurs psychosociaux (perte d’emploi, difficulté à maintenir des relations stables, stigmatisation) et l’influence iatrogène de la polythérapie.

Notre étude a mis en évidence une association significative entre les crises focales complexes et la dépression. La plupart des crises focales complexes sont frontales ou temporales. Ces dernières ont été rapportées comme étant significativement associées à la dépression chez les épileptiques [35]. De plus, dans la dépression comme dans l’épilepsie, plusieurs anomalies structurelles communes ont été rapportées, telles que l’atrophie des structures mésio-temporales, des modifications des amygdales, du cortex préfrontal, du gyrus cingulaire et de la substance blanche [36]. Par ailleurs, il existe dans la dépression comme dans l’épilepsie du lobe temporal, une diminution des récepteurs 5HT-1A [37-40].

Notre étude a mis en évidence une association statistiquement significative entre la polythérapie antiépileptique et la dépression. La polythérapie suggérant indirectement une résistance aux MAE et une épilepsie plus sévère, est généralement liée à un risque accru d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses.

Limites de l’étude :

Les limites de notre étude doivent être soulignées. Cette étude a été menée dans une unité spécialisée en épileptologie et était donc sujette à des biais de sélection. En effet, les patients qui nous sont adressés ont généralement des crises plus fréquentes, plus difficiles à traiter, prennent plusieurs MAE, et ont par conséquent un risque plus important de développer une dépression. Notre étude était rétrospective, ce qui l’a exposé à des biais de mémorisation.

Conclusion :

Notre étude met l’accent sur la fréquence élevée de la dépression chez les patients épileptiques suivis au CHU d’Oran, d’où l’intérêt d’un dépistage systématique. Les patients à risque sont les sujets analphabètes, stigmatisés, atteints d’épilepsie réfractaire avec crises focales complexes fréquentes. Des études de cohortes multicentriques avec des échantillons plus importants devraient être menées à travers le pays, afin de déterminer la prévalence nationale de la dépression et les facteurs de risque qui lui sont associés chez les patients atteints d’épilepsie.

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Proton spectroscopy in isolated clinical syndrome suggestive of multiple sclerosis. Study of an Algerian cohort.

K. BEGHDADI (1), S. BELLAHSENE (1),A. BENDIB (1), N. HICHAM (2), S. NOUIOUA (2), M. TAZIR (2) Centre d’Imagerie Médicale, Service de Neurologie, CHU Mustapha Bacha, Alger.

Abstract : Objectives : to determine the abnormalities of cerebral metabolites in normal-looking brain parenchyma in proton spectroscopy in patients with clinically isolated syndrome (CIS) suggestive of multiple sclerosis (MS). We investigated whether there was a correlation between the different metabolic relationships and the lesion load. Materials and methods : a prospective study of a series of 103 patients with CIS (78 women, 25 men, aged 16-49 years, average age 32 years) and 58 controls had MRI with monovoxel spectroscopy (1.5 T at long TE 144 ms TR = 1570 ms), the NAA/Cr, NAA/Cho and Cho/Cr ratios in the white matter (SB) and the gray matter (SG) were evaluated. Results : patients with cis showed a reduction in the NAA/Cr versus control statistically significant (p=0.04) at the level of the white matter, and at the gray matter a decrease in the Cho/Cr, NAA/Cho statistically significant (p=0.05; 0.04). there was a correlation between the lesion load and the NAA/Cho, Cho/Cr. Conclusion : Our study allowed to visualize the degree of attack of the normal appearance brain tissue before the appearance of visible lesions in morphological MRI and confirms the axonal dysfunction in CIS patients.

Key-words : Clinically isolated syndrome, multiple sclerosis, spectroscopy.

Résumé : Objectifs : Déterminer les anomalies des métabolites cérébraux au sein du parenchyme cérébral d’apparence normale en spectroscopie à proton chez les patients présentant un syndrome clinique isolé (SCI) évocateur d’une sclérose en plaques (SEP) ; rechercher une corrélation entre les différents rapports métaboliques et la charge lésionnelle. Matériels et Méthodes : Étude prospective d’une série de 103 patients présentant un syndrome clinique isolé (78 femmes, 25 hommes, âgés de 16 à 49 ans, âge moyen de 32 ans) et de 58 témoins ayant bénéficié d’une IRM avec spectroscopie monovoxel (1,5 T à TE long 144 ms un TR=1570 ms). Évaluation de la charge lésionnelle et des rapports NAA/Cr, NAA/Cho et Cho/Cr dans la substance blanche (SB) et la substance grise (SG). Résultats : Les patients atteints d’un syndrome clinique isolé présentaient au niveau de la substance blanche une baisse du ratio NAA/Cr versus sujets témoins statistiquement significative (p=0,04) et, au niveau de la substance grise, une diminution des ratios Cho/Cr, NAA/Cho statistiquement significative (p=0,05 ; 0,04). Une corrélation entre la charge lésionnelle et les rapports NAA/Cho, Cho/Cr de la SG a été mise en évidence. Conclusion : Cette étude a permis de visualiser le degré d’atteinte du tissu cérébral d’apparence normale avant l’apparition de lésions visibles en IRM morphologique et confirmer le dysfonctionnement axonal chez les patients SCI.

Mots-clés : Syndrome clinique isolé, sclérose en plaques, spectroscopie.

Introduction :

Le syndrome clinique isolé (SCI) est un épisode clinique neurologique isolé qui dure au moins vingt-quatre heures et qui peut inaugurer une sclérose en plaques (SEP) rémittente récurrente ; il est dû à une démyélinisation en un ou plusieurs endroits du système nerveux central (SNC) (1,2). Bien que l’imagerie par résonance magnétique soit l’outil fondamental dans la prédiction de la conversion du SCI en SEP, l’activité de la maladie au niveau de la substance blanche et de la substance grise d’apparence normale ne peut être détectée sur les séquences conventionnelles ; actuellement l’IRM conventionnelle en termes de charge lésionnelle sur les images pondérées en T2 est assez limitée. La spectroscopie à proton est une technique par résonance magnétique sensible qui permet une évaluation des changements métaboliques cérébraux chez les patients atteints d’un SCI ; elle utilise le même principe que l’imagerie par résonance magnétique basée sur l’imagerie du proton de l’atome d’hydrogène (1H) une fois le signal de l’eau supprimé permettant ainsi la caractérisation des métabolites.

Le but de cette étude est de déterminer les variations des métabolites cérébraux en spectroscopie à proton au sein de la substance blanche et substance grise d’apparence normale chez les patients présentant un SCI évocateur d’une SEP, de confirmer la baisse du NAA et de déterminer la relation entre les anomalies métaboliques et la charge lésionnelle T2.

Matériels et méthodes :

103 patients atteints d’un SCI ont été explorés entre Décembre 2011 et Février 2015. Tous les patients ont bénéficié d’une IRM conventionnelle respectant le protocole selon le consensus international de 2008 (3) et d’une spectroscopie à proton monovoxel à TE long (144ms) avec positionnement du ROI au niveau de la substance grise du gyrus cingulaire et au niveau de la substance blanche du centre ovale d’apparence normale sur la séquence de référence. L’examen a été réalisé avant injection de chélate de gadolinium. Un groupe témoin de 58 personnes sans aucune pathologie neurologique a eu une spectroscopie par résonance magnétique.

Protocole d’IRM :

1. IRM conventionnelle :

  • Séquence axiale T2 FSE
  • Séquence axiale et sagittale T2Flair
  • Séquence axiale T1SE sans et après injection de chélate de gadolinium

Pour chaque examen : Le nombre de lésions en hypersignal T2 a été relevé.

2. Spectroscopie:

Positionnement du ROI (repérage de la région à étudier)

Figure 1 : Séquence de repérage : gyrus cingulaire (a), centre ovale ((b)

Pour chaque examen, nous avons relevé des valeurs des différents métabolites :

  • N-acetyl aspartate (NAA) : marqueur de l’intégrité ou du fonctionnement axonal
  • Choline (Cho) : marqueur du métabolisme phospholipidique et de la densité cellulaire
  • Créatine (Cr) : marqueur du métabolisme énergique cellulaire
  • Calcul des ratios : NAA/Cr ; Cho/Cr/ ; NAA/Cho
  • Comparaison des ratios des patients versus témoins et recherche de la relation entre le nombre de lésions T2, et le ratio des différents métabolites statistiquement significatifs.

Résultats :

Il s’agit d’une série de 78 femmes soit 75,72% et de 25 hommes soit 24,27% ; un sex-ratio de 0,32 (un homme pour trois femmes). L’âge des patients variait de 16 à 49 ans avec une moyenne de 32 ans. Les témoins avaient un âge moyen de 35 ans dont 45 femmes et 13 hommes.

61% des patients avaient au moins 9 lésions T2.

Figure 2 : Lésions en hypersignal T2FSE aux niveaux du pédoncule cérébelleux moyen, et du protubérantiel gauche (a) ; lésions en hyper signal T2Flair périventriculaires, juxta corticales (b).

La spectroscopie par résonance magnétique a montré : Au niveau de la substance blanche : une chute du NAA et du ratio NAA/Cr des SCI versus témoins [P=0,004], et une élévation de la choline sans variation significative des ratios NAA/Cho et Cho/Cr.

Figure 3 : Spectroscopie de la substance blanche témoin (a), SCI (b). Les flèches indiquent l’augmentation de la Ch et la diminution du NAA.

Au niveau de la substance grise : une diminution des rapports Cho/Cr et NAA/Cho [p=0,04] des SCI versus témoins mais sans variation significative pour le ratio NAA/ Cr.

Figure 4 : Spectre au niveau de la substance grise témoin (a), SCI (b). En rouge indication du rapport Ch/Cr diminué.

Le tableau ci-dessous résume les ratios des différents métabolites des patients atteints d’un SCI et des sujets témoins.

Tableau : Ratios des métabolites des patients SCI versus témoins

Discussion :

La spectroscopie protonique offre un moyen non invasif permettant d’observer les changements biochimiques lors des processus pathologiques (4). Les changements de hauteur des pics des métabolites, par rapport à la créatine illustrent les anomalies dans le tissu cérébral. Parmi les différents composants détectables ; le NAA est détecté presque exclusivement dans les neurones du cerveau sain ; la diminution de ce métabolite témoigne d’un dysfonctionnement neuronal voire d’une perte axonale (5,6). La choline est une corésonance de la phospho choline et de la phosphatidyl choline ; elle augmente dans tous les processus conduisant à une hypercellularité ; le pic de créatine est un pic de référence du fait de sa stabilité (7,8). Plusieurs études ont montré qu’au sein de la substance blanche et du cortex, existent des anomalies métaboliques au sein des lésions aigues et du parenchyme cérébral d’apparence normale (9,10). Dans cette étude, les anomalies métaboliques relevées au niveau de la substance blanche et de la substance grise d’apparence normale étaient constituées par une diminution du rapport NAA/ Cr des patients versus témoins [(1,77±0,32/1,89 ±0,26) et Elles étaient caractérisées par une diminution de la concentration du NAA témoignant d’un dysfonctionnement neuronal ou d’une perte axonale précoce, comme déjà établi par des travaux précédents (11,12,13), et par une augmentation de la Choline [Ch/Cr= 0,96± 0,25 /1,04 ± 0,13], exprimant des changements inflammatoires et des démyélinisations aigues.Les altérations métaboliques au niveau de la substance blanche ne présentaient aucune corrélation avec les lésions T2 car l’atteinte axonale était indépendante des lésions inflammatoires ; par contre au niveau de la substance grise, il existait une corrélation entre le nombre de lésions T2 et les anomalies métaboliques ; ceci s’explique par la concomitance de l’atteinte neuronale et l’inflammation de la substance blanche.

De nombreuses études ont été consacrées à la caractérisation métabolique des tissus cérébraux dans la SEP(14,15,16) ; les résultats obtenus au niveau de la substance blanche et grise d’apparence normale sont similaires aux nôtres. Ces constatations montrent que l’atteinte du parenchyme cérébral lors du SCI est diffuse et précoce remettant en cause l’atteinte focale de la maladie (17,18).

Conclusion :

Cette étude a permis de visualiser le degré d’atteinte du tissu cérébral d’apparence normale avant l’apparition de lésions visibles en IRM morphologique et confirmer le dysfonctionnement axonal chez les patients SCI ; leur mécanisme est indépendant de la genèse des lésions. Ces constatations montrent que l’atteinte du parenchyme cérébral lors du SCI est diffuse et précoce remettant en cause l’atteinte focale de la maladie.

Références :

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Characteristics and progressive profile of pediatric multiple sclerosis in Tlemcen Characteristics and progressive profile

z. BARKA BEDRANE, D. BOUCHENAK KHELLADI, Service de Neurologie, CHU Dr. Tidjani Damerdji, Tlemcen

Abstract : Multiple sclerosis (MS) is a disease of the young adult, but its onset in childhood is frequently observed. In recent years a number of networks have been involved in advancing the management of this disease in the child. Objectives : Describe the clinical, paraclinical characteristics of pediatric MS, appreciate the response to different treatments, and describe the evolutionary profile. Patients  and  methods: Prospective and retrospective study of MS patients starting age less than 18 years. The positive diagnosis was based on the criteria of McDonald 2010. Cerebral and medullary MRI was performed with cerebrospinal fluid study. The disability was assessed by the EDSS expanded disability status scale. Background treatment was prescribed according to the clinical form. Results : We collected 21 patients, the prevalence of pediatric MS was 4.88%. The sex ratio (F/M) 3.3. The mean age at onset of 153.65 years. The monosymptomatic onset was frequent (66.6%). Cerebral MRI revealed peri-ventricular hypersignals (91%), and brain stem (38%). The relapsing remitting form was observed in 87.5%. Interferons were prescribed in 76%, natalizumab in 9.5%. The current EDSS of patients is more than 6 in 19%. Discussion: Epidemiological, clinical and radiological characteristics are similar to those in the literature. To date, there have been no randomized controlled trials of background treatments in the pediatric population, their use is based primarily on several clinical trials in adults and small retrospective studies. Conclusion: In childhood MS, functional and cognitive dysfunction interferes with academic performance. Starting treatment as early as possible could improve the quality of life of young patients.

Key-words : Epidemiology, Tlemcen, Pediatric sclerosis, prognosis.

Résumé : Introduction : La sclérose en plaques (SEP) est une maladie de l’adulte jeune, mais son début dans l’enfance est fréquemment observé. Au cours de ces dernières années, un certain nombre de réseaux a participé à faire avancer la prise en charge de cette maladie chez l’enfant. Objectifs : Décrire les caractéristiques cliniques, paracliniques de la SEP pédiatrique, apprécier la réponse aux différents traitements, et décrire le profil évolutif. Patients et méthodes : Étude prospective et rétrospective, des patients SEP. L’âge de début est inférieur à 18 ans. Le diagnostic positif était posé selon les critères de McDonald 2010. Une IRM cérébrale et médullaire était pratiquée avec étude du liquide cérébrospinal. Le handicap était apprécié par l’EDSS (Expanded Disability Status Scale). Le traitement de fond était prescrit selon la forme clinique. Résultats : Nous avons collecté 21 patients, la prévalence de la SEP pédiatrique est de 4,88 %. Le sexe ratio (F/H) est de 3,3. L’âge moyen de début est de 15±3,65 ans. Le début monosymptomatique était fréquent (66,6 %). L’IRM cérébrale a objectivé des hypersignaux péri ventriculaire (91 %), et du tronc cérébral (38 %). La forme récurrente rémittente était observée dans 87,5 %. Les interférons étaient prescrits dans 76%, le natalizumab dans 9,5 %. L’EDSS actuel des patients est supérieur à 6 dans 19 %. Discussion : Les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et radiologiques sont semblables à celles de la littérature. À ce jour, il n’y a pas eu d’essais contrôlés randomisés des traitements de fond dans la population pédiatrique, leur utilisation est basée principalement sur plusieurs essais cliniques chez l’adulte et de petites études rétrospectives. Conclusion : Au cours de la SEP de l’enfant, le dysfonctionnement fonctionnel et cognitif interfère avec le rendement scolaire. Un début de traitement le plus tôt possible pourrait améliorer la qualité de vie des jeunes patients.

Mots-clés : Épidémiologie, Tlemcen, Sclérose en plaques pédiatrique, pronostic.

Introduction :

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire, démyélinisante et neuro-dégénérative touchant la substance blanche du système nerveux central, associée à une atteinte de la substance grise. Elle affecte environ 2,5 millions de personnes dans le monde. Elle représente la première cause de handicap moteur acquis chez l’adulte. Longtemps considérée comme une maladie de l’adulte jeune, mais son début dans l’enfance est fréquemment observé. La SEP pédiatrique (SEP P) est définie par un début avant l’âge de 18 ans. Au cours de ces dernières années, un certain nombre de réseaux a participé à faire avancer la prise en charge de cette maladie chez l’enfant.

Objectifs :

  • Décrire les caractéristiques cliniques et paracliniques.
  • Apprécier la réponse aux différents traitements.
  • Décrire le profil évolutif.

Patients et méthodes :

Notre étude est descriptive transversale à visée comparative, s’étendant sur une durée de 10 ans (de Janvier 2007 à Janvier 2017), effectuée au service de Neurologie du CHU Tlemcen : service de référence pour la prise en charge de maladies neurologiques en général et

particulièrement la SEP. Les patients SEP inclus dans l’étude sont ceux dont l’âge de début est inférieur à 18 ans. Une IRM cérébrale et médullaire de même qu’une ponction lombaire ont été pratiquées. Le diagnostic positif était posé selon les critères de McDonald de 2005 et 2010 (1,2,3). Le handicap était apprécié par l’expanded disability status scale (EDSS). Le dosage de la vitamine D était réalisé. Le traitement de fond était prescrit selon la forme clinique. Le temps nécessaire pour atteindre le niveau de handicap résiduel (EDSS6) a été évalué pour l’ensemble de l’échantillon, par l’analyse de survie de Kaplan et Meier. L’analyse statistique était faite par le logiciel SPSS 17.0.

Résultats :

Au Service de neurologie CHU Tlemcen sont suivis 430 patients atteints de SEP, dont 25 patients présentent une SEP P. La prévalence est estimée à 5,81 %. Le délai moyen pour poser le diagnostic était de 1± 7,3 mois.

Aucun cas n’a été diagnostiqué avant l’âge de 10 ans. Le sexe ratio est de 1 avant l’âge de 12 ans et augmente avec l’âge atteignant 3,7. Le début mono-symptomatique était le plus fréquent (68%), représenté essentiellement par la névrite optique rétrobulbaire (24%). L’Encéphalomyélite aigue disséminée (EMAD) n’était retrouvée que dans un seul cas (4%).

 Début <12 ansDébut 12-18 ansTotal patients
Nombre61925
Sexe ratio F/H13,752,57
Sexe féminin3(50%)15(79%)18(72%),
Sexe masculin3(50%)4(21%),7(28%),
Age de début10.12 ± 2.0 (10-11)14.8 ± 1.43 (12-17)13.47 ± 2.88 (10-17)
Histoire familiale de SEP01(5%)1(4%)
Allaitement maternel   
1-6mois1(16, 6%)5(26%)6(24%)
6-12mois3(50%)9(47%)12(48 %)
>12 mois2(33,3%)5(26%)7(28%)
Tabagisme passif2(33, 3%)10(52,6%)12(48%)
Mode de début Mono-symptomatique (68%)   
NORB1(16,6%)5(26%)6(24%)
Signes moteurs2(33,3%)4(21%)6(24%)
Atteinte T.C1(16,6%)3(15%)4(16%)
Crises épilepsie02(10%)2(8%)
Poly-symptomatique (32%)1(16,6%)3(37,5%)4(32%)
NORB+signes moteurs1(16,6%)1(5%)2(8%)
signes moteurs+Atteinte T.C   
Encéphalomyélite aigue disséminée(EMAD)1(11%) 1(4%)
Tableau I : Caractéristiques démographiques et cliniques. NORB : névrite optique rétrobulbaire, T.C : tronc cérébral

À l’IRM cérébrale, les lésions périventriculaires et supratentorielles étaient les plus fréquentes. Les bandes oligoclonales et l’index Ig G était élevé dans la presque totalité des patients. La vitamine D était déficiente dans 68%.

Tableau II : Caractéristiques paracliniques. BOC : Bandes Oligoclonales

84% de nos patients ont reçu un traitement à base d’interféron dans ses trois formes et 8% ont refusé le traitement.

 
Tableau III : Traitement


  1. Évolution des poussées
Tableau IV : Évolution

2. Durée moyenne d’atteinte du handicap résiduel : EDSS6.

Le temps d’atteinte de l’EDSS 6 était de 10 ans dans la SEP P et 16 ans dans la SEP de l’adulte.

Discussion :

Notre étude est la première réalisée sur la SEP P dans la ville de Tlemcen. La prévalence hospitalière retrouvée est proche de celle des données de la littérature. Dans notre série, aucun cas n’a été diagnostiqué avant l’âge de 10 ans.

L’âge moyen d’apparition était de 13,5 ans, ce qui est comparable à la plupart des séries de SEP P où l’âge moyen d’apparition se situe entre 8 et 14 ans et le groupe d’âge jeune (<10 ans ou 12 ans) représente 15-20% des cohortes (2,3).

La répartition par âge affecte d’autres variables décrites dans les cohortes telles que le sexe ratio qui augmente avec l’âge et qui passe de 1,2 à 3 ; suggérant une plus grande influence de la puberté. Le sexe ratio retrouvé dans notre étude, est similaire à celui de l’étude Makri et al. et Drai et al., ainsi que l’étude turque (5,6,7).

L’allaitement maternel pendant au moins 4 mois pourrait baisser le risque de SEP P (8). Une étude récente a trouvé une association significative entre la SEP et l’absence de l’allaitement maternel en Italie. Le taux de l’allaitement maternel de moins de 6 mois dans notre étude était plus élevé (24%) . Des études bien approfondies sont nécessaires pour déterminer son rôle dans la SEP P.

Le tabagisme et la SEP ont été associés, mais peu de données sont disponibles sur le rôle de l’exposition passive au tabac, en particulier chez les enfants (9). Une étude de cas-témoins a constaté que le risque de poussées était deux fois plus élevé chez les enfants exposés au tabagisme des parents par rapport aux enfants qui ont des parents non-fumeurs, et était encore plus élevé avec une exposition de 10 ans ou plus (6). Dans notre série, l’exposition au tabagisme des parents actuels ou passés était de 48%, un taux similaire à l’étude turque (7).

Les taux sériques de 25-hydroxyvitamine D ont été associés à certains paramètres dans la forme adulte de la SEP tels que le nombre de poussées, l’apparition de nouvelles lésions à l’IRM et la progression du handicap (10). La carence en vitamine D est également fréquente dans la SEP P, ses taux sériques bas sont associés à l’augmentation du nombre de poussées. Dans notre série, les taux bas de vitamine D ont été trouvés dans 68,5% des cas, plus fréquents que les prévalences déclarées chez les enfants turcs (11).

Selon Banwell et al. (12), le début mono-symptomatique était plus fréquent chez les patients européens, qu’en Amérique du Nord et du Sud, pouvant suggérer l’influence de facteurs génétiques, géographiques et / ou facteurs environnementaux sur la présentation de la SEP P.

Les symptômes initiaux de la SEP P varient considérablement selon les études. Une revue de quatre études prospectives a conclu à la prédominance de l’atteinte cérébelleuse dans 28%, sensorielle dans 27%, motrice dans 27%, le tronc cérébral chez 22% et les nerfs optiques chez 20% des patients (13). Alors que dans notre étude, la NORB était la plus fréquente suivie des signes moteurs et de l’atteinte du tronc cérébral. La NORB était présente dans 19%, semblable à l’étude multicentrique (5) alors que dans l’étude de Blida (6) la NORB était de 16,5%. Dans une étude marocaine, des résultats similaires ont été trouvés avec une déficience motrice moins importante (14). La comparaison entre les études est compliquée car certaines sont basées sur des symptômes tandis que d’autres s’appuient sur les résultats de l’examen neurologique.

La présentation poly symptomatique est fréquente dans la SEP P et encore plus chez les jeunes enfants par rapport aux adolescents (13,15). Dans notre série, celle-ci est de 38% et avait tendance à être plus fréquente dans le groupe 12-18 ans. Dans la littérature, il y a peu d’études qui rapportent le mode de début poly symptomatique. Elles sont principalement du Canada, des États-Unis et de l’Amérique du Sud (4,12). Les premières poussées mono focales signalées étaient plus fréquentes chez les patients Européens qu’en Amérique du Nord et du Sud, confirmant ainsi l’influence des facteurs génétiques, géographiques et/ ou facteurs environnementaux sur la présentation de la SEP P.

Un diagnostic initial d’EMAD peut être le premier épisode de SEP P en particulier chez les patients plus jeunes, dans notre étude un seul cas a été retrouvé, alors que dans la littérature, il est fréquemment observé (7,16). Bien que la fatigue soit l’un des symptômes les plus fréquents, elle affecte jusqu’à 76% des patients SEP P (17), elle est restée un symptôme méconnu ou sous-estimé chez nos patients.

Le taux annuel de poussées dans la SEP P est plus élevé que celui de la SEP de l’adulte ; une tendance qui persiste pendant les 6 premières années de la maladie, ce qui est peut-être expliqué par le caractère actif et la nature inflammatoire de la maladie à cet âge (18). Le délai entre la première et deuxième poussée dans la SEP P varie selon les groupes d’âge, il se situe entre 11 et 71 mois.

Dans notre série, l’intervalle entre les deux premières poussées était plus long chez les patients atteints de SEP P à début précoce que chez les patients atteints de SEP P plus tardive (48 contre 60 mois), mais toujours plus court (19). Le taux de handicap s’accumule plus lentement dans la SEP P que dans la forme adulte (20,21). L’augmentation du nombre de poussées dans une cohorte pédiatrique multi-ethnique par rapport à la SEP de l’adulte a été signalée ; cependant, le groupe pédiatrique n’avait pas le même degré d’invalidité que les adultes (22). Dans une autre étude, l’incapacité physique permanente s’est développée chez seulement 15% des patients sur une durée 5 ans (23). Dans notre série, le taux d’atteinte du handicap (EDSS 3 et 6) était plus rapide que la SEP de l’adulte.

Les critères de McDonald 2010 permettent le diagnostic précoce de la SEP P (1,2). Les enfants atteints de SEP peuvent avoir une charge lésionnelle importante lors de l’IRM cérébrale initiale en particulier dans le tronc cérébral et le cervelet (24). Dans notre étude, l’IRM cérébrale a objectivé des lésions supratentorielles dans plus de 90%, et des lésions du tronc cérébral et de la moelle épinière chez environ les deux tiers des patients. Des lésions corticales / juxtacorticales ont été observées respectivement dans 64% et 57% des cas dans l’étude de Mikaeloff (16). La fréquence des lésions infra-tentorielles et de la moelle épinière étaient particulièrement élevées chez les jeunes enfants de notre série, semblable aux taux rapportés dans certaines études (25,26), mais plus élevée que d’autres (16).

Aucun essai contrôlé randomisé n’existe dans la SEP P, mais les données recueillies à partir de petites études rétrospectives et observationnelles chez les enfants suggèrent que l’interféron bêta (IFN-b1) a un taux d’innocuité et d’efficacité similaire à celui de la population adulte. Selon le groupe d’étude international sur la SEP P, IFN-b doit être considéré comme une thérapie de première ligne en cas de forme rémittente (27). Cela a été fait dans 66% de notre série.

Deux publications ont décrit l’utilisation du natalizumab chez quatre enfants présentant une SEP P très active ou une mauvaise tolérance aux traitements de première ligne (28,29) ; une autre étude a été menée sur 24 patients en 2010, et les résultats étaient favorables (30). Le natalizumab a été utilisé chez un seul patient de notre série, on a observé une régression significative du nombre de poussées et l’amélioration de son handicap.

À ce jour, il n’y a pas eu d’essais contrôlés randomisés de traitements de fond dans la population pédiatrique, et l’utilisation de ces traitements est principalement basée sur plusieurs essais cliniques chez l’adulte et de petites études rétrospectives (6).

Conclusion :

La SEP P est une réalité clinique rare. Les résultats retrouvés dans notre étude sont semblables à ceux de la littérature. Chez nos patients l’accumulation du handicap était plus rapide que la forme de l’adulte, pouvant interférer avec le rendement scolaire actuel et futur de l’enfant. L’atteinte plus courte du déficit résiduel est probablement en rapport avec le caractère « agressif » de la SEP dans les pays du Maghreb. Notre échantillon est petit, des études multicentriques sont nécessaires afin de décrire les caractéristiques épidémiologiques et cliniques de la SEP P en Algérie.

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