Purpura thrombopénique immunologique de l’enfant

Le purpura thrombopénique immunologique est la cause la plus fréquente de thrombopénie chez l’enfant. Cette entité constitue un diagnostic d’exclusion et nécessite d’éliminer les autres causes de thrombopénie.

 Khemici, N. Cherif, Service de Pédiatrie B, CHU Issaad Hassani, Beni Messous, Alger.

Date de soumission : 13 Décembre 2019.

 

Résumé : Le purpura thrombopénique immunologique est la cause la plus fréquente de thrombopénie chez l’enfant. Cette entité constitue un diagnostic d’exclusion et nécessite d’éliminer les autres causes de thrombopénie. Il s’agit d’une maladie dans la grande majorité des cas bénigne, mais son potentiel hémorragique doit être évalué de manière précise grâce notamment au score de Buchanan. La prise en charge à la phase aiguë repose principalement soit sur l’abstention thérapeutique, soit sur un traitement par immunoglobulines polyvalentes intraveineuses (IgIV) ou la corticothérapie. La prise en charge des purpuras thrombopéniques immunologiques chroniques est moins consensuelle et dépend principalement de la sévérité du syndrome hémorragique et de l’impact de la thrombopénie sur la qualité de vie de l’enfant.

Mots clés : Purpura thrombopénique immunologique, thrombopénie, hémorragies, corticoïdes, immunoglobuline.

 

Abstract: Immune thrombocytopenic purpura (ITP) is the most common cause of thrombocytopenia in children. However, other causes of thrombocytopenia need to be ruled out to confirm the diagnosis of ITP. This disease is benign in the vast majority of cases, but its haemorrhagic potential must be assessed using Buchanan grading score. Indeed, some rare severe cases can trigger life-threatening severe bleeding symptoms. Initial management may be based on therapeutic abstention or front-line treatment with intravenous immunoglobulins or steroid therapy. There are three evolutionary modes according to the duration of evolution. Chronic ITP management is less consensual and depends on the severity of haemorrhagic symptoms and its consequences on quality of life.

Key words: Immune thrombocytopenic purpura, thrombocytopenia, haemorrhagic, intravenous immunoglobulins, steroid therapy.

 Introoduction

Le Purpura Thrombopénique Immunologique (PTI) est une hémopathie immunologique, acquise, bénigne, caractérisée par une thrombopénie aiguë, isolée, à début brutal, survenant quelques jours ou semaines après une infection virale et/ou une vaccination.

Sur un plan évolutif, on distingue trois modes selon la durée d’évolution : aigu (< 3 mois), persistant (3-12 mois) et chronique (> 12 mois). Chez l’enfant, la majorité des PTI évoluent sur un mode aigu ou persistant (80%), contrairement à la population adulte chez laquelle le PTI évolue le plus souvent sur un mode chronique (67%) ; cependant le risque de passage à la chronicité dépend de l’âge de l’enfant : moins de 10% avant un an, un tiers entre un et dix ans et 60% après dix ans.

  1. Diagnostic 

Le diagnostic de PTI reste un diagnostic d’élimination bien qu’il constitue la cause la plus fréquente de thrombopénie chez l’enfant. Il n’existe pas d’examen complémentaire permettant d’affirmer le diagnostic. L’examen clinique attentif et l’analyse de l’hémogramme et du frottis sanguin doivent donc permettre d’exclure les diagnostics différentiels. Sur le plan clinique, le PTI est marqué par la survenue d’un syndrome hémorragique brutale, et peut concerner aussi bien la peau que les muqueuses, chez un enfant par ailleurs sans autre symptôme, sans aucune autre anomalie et l’interrogatoire peut retrouver une vaccination ou une infection virale récente. L’enfant peut présenter :

  • Des manifestations cutanées : les pétéchies, des ecchymoses
  • Des hémorragies des muqueuses : qui surviennent en l’absence de tout traumatisme sous forme d’épistaxis, gingivorragies, saignements gastro-intestinaux, ménorragies ou d’hématurie,
  • Des hémorragies intra articulaires
  • Des hémorragies intracrâniennes.

Évaluation du risque hémorragique

L’évaluation du risque hémorragique représente un temps clé de l’examen clinique car elle conditionne la prise en charge thérapeutique. Elle se base en premier lieu sur l’évaluation du score de Buchanan, qui cote le syndrome hémorragique de 0 à 5 en fonction de la gravité et de l’étendue des lésions (Tableau 1).

Tableau 1 : Le score de Buchanan

Les examens complémentaires doivent comprendre les items suivants :

  • La formule numération sanguine : qui objective une thrombopénie isolée (< 100.000).
  • Le frottis sanguin : qui objective des plaquettes avec un nombre diminué, une taille variable avec des plaquettes larges, sans anomalies morphologiques des globules rouges et blancs, sauf exceptions : en cas d’activation atypique des lymphocytes dans les PTI post-infectieux ; et parfois la présence de fragments plaquettaires ‘’microparticules’’ ou fragments mégacaryocytaires.
  • Le médulogramme : non nécessaire pour le diagnostic de la forme typique du PTI. Il est Indiqué si :
  • Formes cliniques atypiques, ou si les résultats paracliniques suggèrent une insuffisance médullaire ou une malignité : splénomégalie, douleurs osseuses, fièvre, neutropénie, lymphocytes atypiques, anémie sévère, perte pondérale,
  • Apparition de signes cliniques non compatibles avec PTI,
  • Perte de réponse au traitement qui, antérieurement, était efficace,
  • Réponse insuffisante ou absente aux glucocorticoïdes, immunoglobulines ou immunoglobulines anti-D,
  • PTI chronique (> 12 mois) n’ayant jamais reçu de traitement ou ayant une réponse transitoire au traitement,
  • PTI chronique (> 12 mois) avec traitement (agent thrombopoïétique) envisagé.
  • Splénectomie programmée (> 6 ans)

Cas de PTI chronique

Le PTI chronique représente 10 à 20% des PTI de l’enfant. Les facteurs de risque d’évolution vers la chronicité sont un âge avancé, une thrombopénie moins sévère au diagnostic, un début insidieux des symptômes, et l’absence de précession par une infection ou une vaccination. Les éléments cliniques en faveur d’un PTI chronique sont :

  • Une histoire jusque-là typique de PTI, dont un début brutal avec thrombopénie profonde et isolée,
  • Un ou des épisodes de bonne réponse au traitement de première ligne (IgIV ou corticoïdes),
  • L’existence de facteur de risque pour le caractère chronique,
  • L’absence d’antécédent familial de thrombopénie ou de syndrome hémorragique,
  • L’absence de signe extra-hématologique,
  • Des plaquettes de taille normale ou augmentée sur l’examen du frottis, sans anomalie des autres lignées.

En cas de forme atypique, le bilan doit être élargi, afin de rechercher un autre diagnostic associé, ou à l’origine de ce PTI chronique (tableau 2) :

Tableau 2 : Investigations à la recherche de pathologies associées et d’autres causes de thrombopénie

Bilan d’auto-immunité : FAN, C3, C4

Anticorps anti phospholipides

Test de Coombs

Bilan thyroïdien : TSH, T4 et Anticorps anti TPO

Dosage des immunoglobulines

Bilan hépatique

Sérologies virales : EBV, CMV, parvovirus, HIV, HCV et HBV

Recherche d’Hélicobacter pylori

PMO et/ou PBO

 

  1. Prise en charge 

La prise en charge thérapeutique du PTI à la phase aiguë est relativement consensuelle. En cas de score de Buchanan strictement inférieur à 3 avec un chiffre plaquettaire supérieur ou égal à 10 g/L, l’abstention thérapeutique est recommandée. Celle-ci doit être associée à une éducation des parents et une surveillance clinique des signes hémorragiques.

Si le score de Buchanan est supérieur ou égal à 3 et/ou la numération plaquettaire < 10 G/l, les thérapeutiques de première ligne sont les immunoglobulines polyvalentes et la corticothérapie courte.

Les modalités du traitement sont les suivantes :

  • Immunoglobulines polyvalentes : 0,8 à 1 g/kg en perfusion lente ; elles sont éventuellement répétées à J3 selon l’évolution clinique et le contrôle de la numération plaquettaire,
  • Corticothérapie courte (prednisone ou prednisolone). Deux schémas sont utilisés : 4 mg/kg par jour en deux prises (max 100 mg/j) pendant quatre jours, ou 2 mg/kg par jour en une ou deux prises pendant une semaine,
  • Les immunoglobulines anti-D : Utilisées chez les enfants à rhésus positif. Elles agissent par le détournement de l‘activité macrophagique vers les hématies sensibilisées par l’anti D, elles sont aussi efficaces chez l‘enfant et moins couteuses que les IgIV :50-75 ug/kg
  • En cas d’hémorragie sévère menaçant le pronostic vital ; une transfusion de plaquette associée aux immunoglobulines, corticoïdes ou Ig anti D

PTI chronique 

La prise en charge thérapeutique du PTI chronique n’est pas consensuelle et dépend du syndrome hémorragique clinique, de l’asthénie et de l’impact de la thrombopénie sur la qualité de vie. Les traitements de seconde ligne doivent donc être réservés aux formes sévères.

En l’absence de critère de gravité, on privilégiera l’abstention thérapeutique associée si besoin à l’utilisation des traitements de première ligne ponctuellement en cas de récurrence de syndrome hémorragique ou de situation à risque hémorragique planifiée (intervention chirurgicale, activité sportive).

Dans les formes ne répondant pas aux traitements de première ligne (ou pour lesquels la réponse est très courte) et justifiant d’un traitement.

Traitement de première ligne : des cures périodiques des IgIV (de 04 à 10 semaines d’intervalle) sont proposée en alternance ou en association avec les corticothérapies à faibles doses.

 

Traitement de deuxième ligne : d’autres traitements peuvent être considérés ou préférés chez certains malades dont les symptômes ne sont pas contrôlés par les traitements de première ligne. La splénectomie est efficace dans l’augmentation du taux des plaquettes et la diminution du risque hémorragique dans 60 à 80% des cas, les immunossupresseurs comme le Rituximab à la dose de 375 mg/m² en perfusion chaque semaine pendant 04 semaines ainsi agonistes des récepteurs de la thrombopoïétine (Eltrombopag et Romiplostim) et Azathioprine.

Des thérapies adjuvantes peuvent être proposés comme un traitement hormonal pour les adolescentes avec ménorragies en utilisant les progestatifs et non les œstroprogestatifs, et les agents anti-fibrinolytiques acide aminocaproïque et acide tranexamique (Exacyl®) qui est efficace pour les gingivorragies et les épistaxis à la dose de 10 mg/kg 03 à 04 fois par jour en IV.

Évolution et pronostic 

Le pronostic du PTI en général est bon avec un risque d’hémorragie sévère dans 03% des cas, d’hémorragie intracrânienne de 0,5%. 50 à 70% des enfants vont atteindre une rémission complète dans les 03 mois suivant le diagnostic du PTI et 10 à 20% des enfants vont évoluer vers le PTI chronique.

 

Pronostic du PTI chronique 

Le pronostic du PTI chronique est lié au risque d’hémorragie sévère. Les malades avec un taux de plaquettes moins de 10.000/mm³ ont plus de risque de développer une hémorragie grave même en l’absence de saignement antérieur, mais il existe des variations de sévérité sans rapport avec le taux de plaquettes, il est aussi lié à la présence d’une maladie sous-jacente.

 

Conclusion

Le purpura thrombopénique immunologique (PTI) est la cause la plus fréquente des thrombopénies de l’enfant, c’est une affection souvent bénigne. Le diagnostic de sa forme aiguë repose sur un faisceau d’arguments et la rémission spontanée est obtenue dans 70 à 80% des cas. 10 à 20% évoluent vers une forme chronique, dont le traitement du PTI chronique n’est pas consensuel.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts

Références

  1. Mc Guinn, J. B. Bussel. Disorders of platelets. in: Lanzkowsky’s manual of pediatric hematology and oncology.6th ed, 2016
  2. David B Wilson, Immune thrombocytopenic purpura in « Nathan and Oski’s in hematology and oncology of infancy and childhood » 8th ed 2015 – Up to date 2016
  3. Provan et al. International consensus report on the investigation and management of primary immune thrombocytopenia. Blood. 2011; 115:168-186.

 

 

 Télécharger le PDF de cet article

La dialyse péritonéale en urgence chez l’enfant. Étude monocentrique dans un service de néphrologie adulte de l’est algérien.

La dialyse péritonéale (DP) en urgence s’impose très souvent comme la seule technique possible d’épuration extra rénale chez l’enfant dans les pays en voie de développement, essentiellement par manque de matériel d’hémodialyse adapté.

 

Missoum, G. Khellaf, Z. Bouderda, M. Hammouche, T. Rayane, Service de Néphrologie EHS d’Urologie-Néphrologie, Daksi, Constantine.

Date de soumission : 01 Mars 2019.

Résumé : Introduction : La dialyse péritonéale (DP) en urgence s’impose très souvent comme la seule technique possible d’épuration extra rénale chez l’enfant dans les pays en voie de développement, essentiellement par manque de matériel d’hémodialyse adapté. Patients et méthodes : Sur une durée de 4 ans (2015-2018) nous avons recensé 36 enfants ayant nécessité la DP en urgence, dont 14 filles et 22 garçons, l’âge moyen est de 42 mois (extrêmes de 1 mois à 9 ans), le poids moyen est de 14,6 kg (3,1 kg à 25 kg). La technique utilisée est la DP aiguë continue avec cathéter de Tenckhoff, le volume du dialysat intra péritonéal et les temps de stase sont conformes aux guidelines européennes de 2014, les solutés utilisés sont les isotoniques et ponctuellement les solutions plus concentrées. Tous ces paramètres varient d’un patient à un autre selon l’objectif recherché. Résultats : parmi nos 36 petits, 23 souffraient d’une insuffisance rénale aiguë (IRA), (02 chocs septiques, 09 nécroses tubulaires, 10 syndromes hémolytiques et urémiques, 02 IRA obstructives difficilement dérivables), 13 d’une insuffisance rénale chronique terminale (IRCT) de référence tardive (uropathies malformatives), le KT/V moyen était de 3,9 et l’UF moyenne de 3,6 ml/kg/h, nous n’avons eu que deux décès suite à des complications de la pathologie initiale (choc septique) ; nous n’avons pas eu de fuites, ni de péritonites, la complication la plus fréquente était paradoxalement l’hypokaliémie (55% des cas), pour les IRA, la récupération de la fonction rénale était totale dans 100% des cas, pour les 13 cas d’IRCT passage à la DP chronique et bilan pré-transplantation rénale est de règle. Discussion : Nos résultats sont encourageants, la prise en charge des urgences de dialyse chez l’enfant dans un service de néphrologie d’adulte est un vrai challenge. Tout un plateau technique motivé et disponible s’est adapté à leurs prise en charge, la DP en urgence chez l’enfant est de plus en plus présente dans notre quotidien. Conclusion : la DP en urgence chez l’enfant n’est pas seulement une nécessité imposée par le manque de matériel d’hémodialyse pédiatrique, mais une méthode à part entière et très efficace.

Mots clés : Algérie, dialyse péritonéale aiguë, enfants, urgences dialyse.

                                                                                                                    

Abstract: introduction: Urgent peritoneal dialysis (PD) is very often the only possible technique for extra-renal dialysis in children in developing countries, mainly due to a lack of adequate haemodialysis equipment. Patients and methods: Over a period of 4 years (2015-2018) we identified 36 children who required emergency PD, including 14 girls and 22 boys, the average age is 42 months (range 1 month to 9 years), the average weight of 14.6 kg (3.1 kg to 25 kg). The technique used is the continuous acute DP with a Tenckhoff catheter, the volume of the intra peritoneal dialysate and the stasis times are in accordance with the European guidelines of 2014, the solutes used are the isotonic and punctually more concentrated solutions. All these parameters vary from one patient to another according to the desired objective. Results: Of our 36 young, 23 had acute kidney injury AKI (02 septic shock, 09 tubular necrosis, 10 haemolytic and uremic syndromes, 02 obstructive AKI that were difficult to derivate), 13 with end stage chronic kidney disease CKD (congenital uropathy), the mean KT/V was 3.9 and the average UF 3.6 ml/kg/h, we had only two deaths due to complications of the initial pathology (septic shock). We did not have leaks or peritonitis, the most frequent complication was paradoxically hypokalaemia (55% of cases), for AKI recovery of renal function was total in 100% of cases, for 13 cases of end stage CKD shift to chronic DP and pre-renal transplant check-up is the rule. Discussion: Our results are encouraging; the management of dialysis emergencies in children in an adult nephrology service is a real challenge. A motivated and available technical platform has adapted to their care, emergency PD in children is increasingly present in our daily lives. Conclusion:  Emergency PD in children is not only a necessity imposed by the lack of paediatric haemodialysis equipment, but a method in itself and very effective.Key words: Algeria, acute peritoneal dialysis, children, dialysis emergencies.

 

Introduction 

la DP était largement acceptée pour le traitement des urémies aigues, mais sa pratique a décliné progressivement en faveur des nouvelles techniques d’épuration extra-rénale notamment l’hémodiafiltration continue [1]. Elle reste fréquemment utilisée dans les pays en développement en raison de son faible coût et de son exigence minimale en matière d’infrastructures. Ceci est particulièrement vrai pour les cas pédiatriques [2]. Un regain d’intérêt pour la DP aiguë s’est développé ces dernières années suite à plusieurs études comparant les résultats de cette technique versus hémodialyse intermittente et l’hémodiafiltration continue dans le cadre de l’IRA de l’adulte [3-5] et de l’enfant [6-12], redonnant à la dialyse péritonéale aiguë ses titres de noblesse, et c’est d’autant plus vrai dans la population pédiatrique.

Cette technique, d’accès facile surtout en urgence, est très adaptée aux enfants en défaillance multiviscérale notamment cardiovasculaire, utilisable quel que soit l’âge ou le poids, incluant les nouveau-nés et les prématurés [13,14]. Elle réunit dans le même objectif les néphrologues, les réanimateurs et les pédiatres.

Elle a longtemps été considérée comme la méthode de choix chez les enfants en IRA [15].       

Elle reste dans certains centres l’unique technique salvatrice disponible d’extrême urgence [16,17].

Patients et méthodes :

C’est une étude prospective dans un centre de néphrologie adulte de l’est Algérien, s’étalant sur 4 ans (janvier 2015 à janvier 2018), et incluant ainsi 36 enfants en urgence de dialyse, jugulée exclusivement par la DP aiguë.

Le choix de la DP aiguë est basé d’un coté sur la stabilité hémodynamique, et de l’autre sur la disponibilité du matériel d’hémodialyse adapté à la tranche d’âge et au poids.

La pose chirurgicale du cathéter de Tenckhoff est effectuée sous anesthésie générale, par un chirurgien pédiatrique référant.

Nous utilisons un système en Y (l’enfant reste branché jusqu’à l’épuisement de la poche), afin d’éviter la multiplication des manipulations, et réduire au maximum le risque infectieux.

On administre 500 UI /poche d’héparine et 1 gr/poche de céphalosporine de 3ème génération dans la poche de DP de 2 litres, de façon systématique les premières 48 heures.

Nous avons utilisé la méthode manuelle (DP aiguë continue), avec 10 ml/kg/échange et une stase de 30 min les premières 24 heures ; puis augmentation progressive à un maximum de 30 ml/kg/cycle (pression intra péritonéale maximale à 10 cmH2o) pour les nourrissons ; et à 50 ml/kg/cycle (pression intra péritonéale maximale à 14 cmH2o) pour les enfants de plus de 2 ans. Ce protocole est conforme aux guidelines européennes de 2014 [18].

Le volume maximal infusé est déterminé selon la tolérance respiratoire et les symptômes cliniques, et ce pour chaque enfant.

Le temps de stase est augmenté progressivement jusqu’à 3 heures le deuxième jour.

L’usage ponctuel des poches intermédiaires ou hypertoniques est décidé au cas par cas, si les besoins de la balance hydrique de l’enfant n’étaient pas satisfaits.

Une surveillance stricte, clinique, avec bilan entrées-sorties ; et biologique avec bilan quotidien afin d’évaluer l’efficacité de la dialyse (calcul KT/V et évaluation de l’ultrafiltration UF obtenue).

Résultats :

Notre cohorte inclue 36 petits, dont 14 filles et 22 garçons (sexe ratio de 1,57), l’âge moyen est de 42 mois (extrêmes de 1 mois à 9 ans), le poids moyen est de 14,6 kg (3,1 kg à 25 kg). 23 d’entre eux souffraient d’une insuffisance rénale aiguë (IRA) (02 chocs septiques, 09 nécroses tubulaires, 10 syndromes hémolytiques et urémiques et 02 IRA obstructives difficilement dérivables) ; et 13 autres d’une insuffisance rénale chronique terminale IRCT de référence tardive (uropathies malformatives).

Selon la classification de RIFLE pédiatrique, 15 patients sur les 23 IRA ont été classés au stade de défaillance (65%), et 8 patients au stade lésionnel (35%), au moment de la décision de commencer la PD aiguë.

L’amélioration de l’état clinique était à chaque fois réelle et perceptible au bout de quelques heures.

Le KT/V moyen était de 3,9, influencé par le volume intra péritonéale VIP qui semble être un caractère intra individuel (p=0.01) ; plus le VIP toléré est augmenté, meilleur est le KT/V (p=0.001) ; par l’âge, le taux semble meilleur chez les nourrissons (p=0.02) ; et par le temps de stase, le KT/V est plus élevé dans les stases longues de 3 h (p=0.01) Figure 01.

L’UF moyenne est de 3,6 ml/kg/h, influencé par le volume intra-péritonéale (VIP) ; plus le VIP toléré est augmenté, meilleur est l’UF (p=0.002) ; par l’âge, le taux semble meilleur chez les enfants de plus de 2 ans (p=0.03) ; et par le temps de stase, l’UF est plus élevée dans les stases courtes de 30 min (p=0.025) Figure 02.

Nous n’avons eu que deux décès (5%) suite aux complications de la pathologie initiale (choc septique). Nous n’avons pas eu de complications mécaniques ni infectieuses, la complication la plus fréquente était paradoxalement l’hypokaliémie (55% des cas), facilement maîtrisable par supplémentation potassique de 4 mmol/l de dialysat en intra-péritonéale.

Pour les IRA, la récupération de la fonction rénale était totale dans 100% des cas, pour les cas d’IRCT le passage à la DP chronique et bilan pré-transplantation rénale est de règle.

Figure 01 : Taux KT/V selon le VIP maximal toléré et le temps de stase (Statistiques traitées par logiciel SPSS à partir des donnés de notre cohorte)

Figure 02 : Taux UF ml/kg/h selon le VIP maximal toléré et le temps de stase (Statistiques traitées par logiciel SPSS à partir des donnés de notre cohorte)

Figure 03 : Trois enfants de notre cohorte bénéficiant de DP aigue à travers des cathéters de Tenckhoff

Discussion 

En fonction des installations et des compétences disponibles, la DP, l’hémodialyse intermittente et l’hémodiafiltration sont actuellement utilisées pour les urgences de dialyse pédiatriques [19-21]. L’hémodiafiltration et l’hémodialyse nécessitent un accès vasculaire, du matériel, des compétences techniques et des ressources financières [21-23], ce qui limite leur utilisation, du fait de la non-disponibilité dans la plupart des centres des pays en développement, y compris le nôtre, d’un matériel adapté aux différentes tranches d’âge pédiatriques, en particulier pour l’enfant de moins de 15 kg. Notre série se compose de 13 IRCT et de 23 IRA résumées par 10 SHU, 09 NTA ,2 IRA urologiques et 2 IRA liées à un choc septique.Les complications mécaniques étaient inexistantes et l’infection péritonéale chaque fois évitée. L’amélioration de l’état clinique était à chaque fois réelle et perceptible au bout de quelques heures. La quantification de la dose de dialyse rendue possible en maintenant la même poche jusqu’à épuisement du dialysat.Les paramètres biologiques s’améliorent doucement sauf la déclaration fréquente d’une hypokaliémie réelle nécessitant une supplémentation intra-péritonéale adaptée.L’ultrafiltration est mesurée au fur et à mesure par un pesant calibré dédié aux seuls malades.L’efficacité du traitement est réelle dans 95% des cas, vite perceptible en attendant la reprise de la fonction rénale chez les patients aigus, surveillée par la diurèse et la mesure des solutés.Les études internationales, dont certaines sont plus étoffées (nombre de patients plus élevé), ne creusent pas l’écart avec nos résultats. Comparées aux études africaines [24-26], nos conditions de travail sont nettement meilleures dans la logistique pour des résultats similaires.La DP est une technique simple à maitriser dans une infrastructure peu exigeante, qui constitue un moyen de traitement efficace partout, y compris dans les régions les plus démunis. Par contre, elle exige un personnel médical et paramédical référant, motivé et disponible pour atteindre les mêmes résultats que l’hémodiafiltration et l’hémodialyse intermittente.

Conclusion 

Nos résultats sont assez encourageants, la prise en charge des urgences de dialyse chez l’enfant dans un service d’adulte est un vrai challenge, tout un plateau technique motivé et disponible s’est adapté à leurs prise en charge, la DP en urgence chez l’enfant est de plus en plus présente dans notre quotidien.

L’originalité de ce travail se résume au fait qu’il soit le premier effectué dans notre pays. Nous pensons vivement que notre expérience peut servir d’exemple aux autres équipes de néphrologues qui pourraient sauver beaucoup d’enfants grâce à la DP utilisée de plus en plus dans le cadre aigu dans les pays en voie de développement. 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 
Références 

  1. Maxwell, M.H., et al., Peritoneal dialysis. 1. Technique and applications. J Am Med Assoc, 1959. 170(8): p. 917-24.
  2. Ademola, A.D., et al., Peritoneal dialysis in childhood acute kidney injury: experience in southwest Nigeria. Perit Dial Int, 2012. 32(3): p. 267-72.
  3. Gabriel, D.P., et al., High volume peritoneal dialysis vs daily hemodialysis: a randomized, controlled trial in patients with acute kidney injury. Kidney Int Suppl, 2008(108): p. S87-93.
  4. Vinsonneau, C., et al., Renal replacement therapy in adult and pediatric intensive care : Recommendations by an expert panel from the French Intensive Care Society (SRLF) with the French Society of Anesthesia Intensive Care (SFAR) French Group for Pediatric Intensive Care Emergencies (GFRUP) the French Dialysis Society (SFD). Ann Intensive Care, 2015. 5(1): p. 58.
  5. Phu, N.H., et al., Hemofiltration and peritoneal dialysis in infection-associated acute renal failure in Vietnam. N Engl J Med, 2002. 347(12): p. 895-902.
  6. Niang, A., A. Iyengar, and V.A. Luyckx, Hemodialysis versus peritoneal dialysis in resource-limited settings. Curr Opin Nephrol Hypertens, 2018. 27(6): p. 463-471.
  7. Basu, B., et al., Efficacy and outcomes of continuous peritoneal dialysis versus daily intermittent hemodialysis in pediatric acute kidney injury. Pediatr Nephrol, 2016. 31(10): p. 1681-9.
  8. Obiagwu, P.N. and A. Abdu, Peritoneal dialysis vs. haemodialysis in the management of paediatric acute kidney injury in Kano, Nigeria: a cost analysis. Trop Med Int Health, 2015. 20(1): p. 2-7.
  9. Gaillot, T., et al., [Acute renal replacement therapy in pediatrics]. Ann Fr Anesth Reanim, 2013. 32(12): p. e231-6.
  10. Strazdins, V., A.R. Watson, and B. Harvey, Renal replacement therapy for acute renal failure in children: European guidelines. Pediatr Nephrol, 2004. 19(2): p. 199-207.
  11. Vasudevan, A., K. Phadke, and H.K. Yap, Peritoneal dialysis for the management of pediatric patients with acute kidney injury. Pediatr Nephrol, 2017. 32(7): p. 1145-1156.
  12. Flynn, J.T., Choice of dialysis modality for management of pediatric acute renal failure. Pediatr Nephrol, 2002. 17(1): p. 61-9.
  13. Valeri, A., et al., The epidemiology of peritonitis in acute peritoneal dialysis: a comparison between open- and closed-drainage systems. Am J Kidney Dis, 1993. 21(3): p. 300-9.
  14. Zverev, D.V., A.L. Muzurov, and A.S. Doletskii, [Peritoneal dialysis in acute renal failure in children]. Anesteziol Reanimatol, 2002(1): p. 32-5.
  15. Coulthard, M.G. and B. Vernon, Managing acute renal failure in very low birthweight infants. Arch Dis Child Fetal Neonatal Ed, 1995. 73(3): p. F187-92.
  16. Raaijmakers, R., et al., Continuous flow peritoneal dialysis: first experience in children with acute renal failure. Clin J Am Soc Nephrol, 2011. 6(2): p. 311-8.
  17. Coe, K. and C. Lail, Peritoneal dialysis in the neonatal intensive care unit. Management of acute renal failure after a severe subgaleal hemorrhage. Adv Neonatal Care, 2007. 7(4): p. 179-86.
  18. Cullis, B., et al., Peritoneal dialysis for acute kidney injury. Perit Dial Int, 2014. 34(5): p. 494-517.
  19. Askenazi, D.J., et al., Continuous renal replacement therapy for children </=10 kg: a report from the prospective pediatric continuous renal replacement therapy registry. J Pediatr, 2013. 162(3): p. 587-592.e3.
  20. Gaillot, T., et al., [Acute renal replacement therapy in pediatrics]. Ann Fr Anesth Reanim, 2013. 32(12): p. e231-6.
  21. Strazdins, V., A.R. Watson, and B. Harvey, Renal replacement therapy for acute renal failure in children: European guidelines. Pediatr Nephrol, 2004. 19(2): p. 199-207.
  22. Ricci, Z. and C. Ronco, Renal replacement therapy in the critically ill: getting it right. Curr Opin Crit Care, 2012. 18(6): p. 607-12.
  23. Bunchman, T.E., et al., Pediatric hemofiltration: Normocarb dialysate solution with citrate anticoagulation. Pediatr Nephrol, 2002. 17(3): p. 150-4.
  24. Diarrassouba, G., et al., Acute peritoneal dialysis in African pediatric area experience of pediatric nephrology unit of Yopougon University Hospital (Abidjan, Cote d’Ivoire). Blood Purif, 2015. 39(1-3): p. 141-4.
  25. Anochie, I.C. and F.U. Eke, Paediatric acute peritoneal dialysis in southern Nigeria. Postgrad Med J, 2006. 82(965): p. 228-30.
  26. Esezobor, C.I., T.A. Ladapo, and F.E. Lesi, Peritoneal dialysis for children with acute kidney injury in Lagos, Nigeria: experience with adaptations. Perit Dial Int, 2014. 34(5): p. 534-8.

 

 

 Télécharger le PDF de cet article

Les rectorragies de l’enfant, mise au point.

Les Hémorragies digestives basses constituent un symptôme relativement fréquent en consultation pédiatrique. Elles varient entre rectorragie, hématochézie, méléna et saignement occulte.

 Ait Idir (1), Z. Benyahia(2),

(1) Service de pédiatrie. Centre de Consultations Spécialisées de l’Armée. Hussein Dey, Alger.

(2) Service de Pédiatrie, Hôpital Central de l’Armée, Ain Naâdja, Alger.

Résumé : Les Hémorragies digestives basses constituent un symptôme relativement fréquent en consultation pédiatrique. Elles varient entre rectorragie, hématochézie, méléna et saignement occulte. La prise en charge est multidisciplinaire et commence toujours par l’appréciation du retentissement sur l’état général avant d’entamer l’enquête étiologique qui est orientée selon l’âge de l’enfant et les données anamnestico-cliniques. C’est ainsi que l’exploration suit un raisonnement logique dans le but de localiser l’origine du saignement et d’établir un plan thérapeutique ciblé. C’est une source de stress parental qui poussent les parents à poser de nombreuses interrogations.

Mots clés : Rectorragie, âge, retentissement, endoscopie, étiologie.

 

Abstract: Low digestive haemorrhages are a relatively common symptom in paediatric consultation. It is represented by rectorragia, haematochezia, melena and occult bleeding. The management is multidisciplinary and always begins with the assessment of the impact on the general condition before starting the etiological survey which is oriented according to the age of the child, the clinical history and physical data. The investigation must follow a rational way in order to find the source of bleeding. This symptom is often an alarming one for parents, and usually paediatricians are asked to see the patient right away.

Key words: Rectal bleeding, age, impact, endoscopy, cause.

 

 Introduction

Rectorragie / Hématochézie : Les hémorragies digestives basses (HDB) sont le reflet d’un saignement distal du tube digestif. Elles se manifestent généralement par des rectorragies et hématochézies. Ce dernier terme est rarement utilisé, il signifie un saignement rouge issu de l’anus, fait de sang non digéré et accompagné de selles. On la confond toujours avec le terme rectorragie qui traduit un saignement rougeâtre d’origine rectale alors qu’une hématochézie ne précise pas le site du saignement. En général et en pratique, l’appellation rectorragie est préférée et plus utilisée [1][2]. Ces deux types de saignement prennent naissance au-delà de l’angle de Treitz qui est la limite de transition entre la partie haute et la partie basse du tube digestif [2].

Méléna : élimination par l’anus de sang noir, épais et fétide, mélangé ou non aux selles. C’est du sang digéré en rapport avec hémorragie localisée au-dessus de l’angle de Treitz.

Saignement occulte fécal : présence de sang dans les selles qui n’est pas visible à l’œil nu et détectable aux bandelettes réactives.

Ces hémorragies digestives sont dites aiguës et sévères quand elles surviennent en moins de 3 jours et accompagnées de signes de retentissement hémodynamique, trouble de conscience et nécessitent une transfusion [3]. En cas d’hémorragie digestive haute massive, le sang peut arriver à l’anus non digéré et donc rouge.

Données épidémiologiques 

Les HDB représentent un motif non rare de consultation [4]. Habituellement, elles ne font pas l’objet d’une hospitalisation [5]. Contrairement à l’adulte où les HDB sont 5 fois moins fréquentes que les HD hautes et représentent 25% de l’ensemble des hémorragies digestives, il n’y a peu de données épidémiologiques chez l’enfant [6,7]. Aux USA entre 2006 et 2011, le Healthcare Cost and Utilization Project Nationwide Emergency Department a recensé 437.000 enfants de moins de 19 ans ayant consulté pour hémorragie digestive, 30% avaient une HDB, et seulement 11,6% ont été hospitalisés [4][5]. Une autre enquête a révélé qu’uniquement 0,3% d’enfants ayant recouru aux urgences pédiatriques avaient des rectorragies sur 40.000 consultations [4][5]. Une cohorte bangladaise récente a objectivé que seulement 1,5% soit 326 enfants avaient une rectorragie comme maitre symptôme sur 21.533 consultations [6]. Une série égyptienne a révélé que sur 91.000 consultations d’enfants âgés de moins de 18 ans entre Mars 2002 et Février 2004, 194 enfants ont consulté pour rectorragie [7].

 

Présentation clinique 

Le diagnostic est facile quand le saignement est extériorisé mais il est indispensable de l’évoquer dans d’autres situations notamment lors d’un choc hypovolémique ou au contraire lors d’une anémie trainante inexpliquée. Les hémorragies de faible abondance doivent être recherchées notamment par des bandelettes apposées sur les selles [8][9]. Une anamnèse détaillée est de rigueur.

La couleur du sang est liée au siège de l’origine du saignement, à sa proximité de l’orifice anal, à la rapidité du transit et à la formation d’hématine qui lui confère le teint brunâtre. Il est bien établi que la durée de la présence du sang dans la lumière digestive détermine pour beaucoup, la couleur du saignement. Ainsi, après un séjour du sang < 14h, le patient présentera une rectorragie, alors qu’un séjour > 14h donnera lieu à un méléna [2].

L’abondance, de cette hémorragie, sa durée et les constantes hémodynamiques orientent le diagnostic étiologique et aident à évaluer le pronostic vital.

L’examen proctologique confirme un saignement en cours et peut aider à préciser son abondance, tout en sachant qu’un examen normal n’élimine pas le diagnostic positif. Il est réalisé chez un enfant couché soit en décubitus dorsal avec les hanches et les genoux complètement fléchis soit en décubitus latéral gauche. A noter que cet examen doit s’effectuer en la présence des parents tout en expliquant à l’enfant et le rassurant aussi.

Évaluation de la gravité : Le plus souvent – comme déjà cité – le saignement est d’importance modérée et surévalué par des parents anxieux [10,11] . Selon les données de la littérature, la résolution spontanée serait de règle comme chez l’adulte [11]. Cependant, la gravité réside dans les états de troubles hémodynamiques et d’altération de l’état général que peut provoquer un saignement en particulier aigu et abondant (rupture vasculaire) ou chronique et trainant (MICI) qui nécessiterait des mesures de réanimation adaptées [1,11].

 

Les examens complémentaires 

Les examens complémentaires morphologiques, endoscopiques et biologiques sont orientés et ciblés [8,9]. C’est ainsi que les explorations digestives, ne sont pas toujours systématiques et sont programmées selon l’orientation mais aussi en fonction de leur accessibilité. Ces investigations ont pour but de :

  1. Confirmer le saignement,
  2. Situer l’origine de l’HDB ou des rectorragies,
  3. Préciser le caractère aigu ou chronique,
  4. Établir un bilan de retentissement.

L’endoscopie digestive est la pierre angulaire. Elle peut être à double visée diagnostique et thérapeutique. Selon les recommandations du Groupe Francophone d’Hépato-Gastro-Endoscopie et Nutrition Pédiatrique (GFHGENP), établies en 2002 et réévaluées en 2012, ainsi que de la Société Européenne d’Hépato-Gastro-Endoscopie et Nutrition Pédiatrique (ESPGHAN) 2017 ; la coloscopie est indiquée dans le cadre des HDB en l’absence de lésions ano-périnéales « banales », en l’absence de lésions gastroduodénales, et dans le cas des diarrhées chroniques glairo-sanglantes nécessitant une exploration [12,13]. Cela nous mène à dire qu’en cas de rectorragies, il est indispensable en premier lieu de faire un bon examen proctologique, puis éventuellement compléter par une rectosigmoïdoscopie pour écarter toute lésion anale ou rectale avant d’indiquer la nécessité d’une iléocoloscopie (voir annexes 2) [13,14].

L’HDB est la première indication de vidéocapsule quand l’endoscopie classique n’a pas abouti à la visualisation de la source du saignement. Ce moyen diagnostic est en pleine expansion, mais l’âge reste une contrainte, vu qu’elle ne peut s’utiliser actuellement que chez le grand enfant. D’autre part, son grand inconvénient est l’impossibilité de la pratique des biopsies [15].

L’étude anatomo-pathologique reste primordiale et prend toute son importance surtout dans l’analyse d’une masse endoluminale (polype, polypose, tumeur) [16][17] ; ou pour le diagnostic des Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale (MICI) [18].

Pour les examens radiologiques, l’échographie abdominale reste facile d’accès, et demandée le cas échéant en première ligne. L’IRM, la TDM, l’Angio-IRM, l’écho-endoscopie ont considérablement amélioré, par leur sensibilité, le diagnostic et la prise charge, surtout dans les MICI [19], et les tumeurs colorectales.

Par ailleurs, les examens biologiques recherchent un retentissement hématologique (une anémie), un syndrome inflammatoire, ou sont spécifiques (sérologie anti-saccharomyces cerevisiae, sérologie de l’allergie aux protéines de lait de vache).

L’enquête étiologique peut même amener à pratiquer une exploration isotopique, notamment dans le cadre du diverticule de Meckel (DM).

Les étiologies 

L’anamnèse, l’examen clinique et le contexte dans lequel évolue la rectorragie permettent habituellement de trouver l’étiologie, mais l’élément clé reste l’âge de l’enfant. Il convient d’éliminer une fausse rectorragie. Quelques substances (médicaments, colorant alimentaire, betteraves), ont tendance à colorer les selles.

Les étiologies (tableau 1) sont nombreuses et varient selon des différents âges pédiatriques et sont relativement distinctes de celles qui touchent l’adulte [4]. Si chez ce dernier, les diverticules sont la principale cause, les polypes colorectaux (figures 1), les colites chroniques et les fissures anales constituent les causes les plus répandues en pédiatrie [6,11] .

Figures 1:Polype hyperplasique pédiculé rectal chez un enfant de 5 ans. Polype juvenile accouché chez un enfant de 6 ans.

Quel que soit l’âge, les causes traumatiques, les fissures anales (figure 2), les causes infectieuses et l’hypertrophie lymphoïde nodulaire bénigne (figure 3) (HLNB) sont communément retrouvées [9].

Figure 2: Fissure anale chez un nourrison de 6 mois secondaire à la constipation.

 

Figure 3 : HNLB chez un garçon de 12 ans.

Pour le nourrisson (< 2ans), l’invagination intestinale aiguë, le colites allergiques (figure 4), les duplications digestives, la diarrhée infectieuse, l’HLNB et le DM, restent les causes les plus fréquentes [21].

Figure 4 : colite allergique chez un nourrisson de 6 mois suivi pour allergie aux proteins de lait de vache.

Cette ultime étiologie est considérée comme la plus fréquente anomalie congénitale du tractus gastro-intestinal [11,19].

Chez l’enfant de 2-5 ans, les fissures anales, les colites infectieuses, les polypes et l’HLNB restent des causes les plus classiques [3].

Concernant le grand enfant, dominent les polypes et polyposes, les MICI, (la maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, colites indéterminées) (figure 5) ; les malformations vasculaires et le syndrome de l’ulcère solitaire du rectum (SUSR) [20,21].

Figure 5 : maladie de Crhon chez un adolescent de 14 ans .Remarquez l’aspect congestif de la muqueuse colique et les ulcerations longitudinales.

Les tumeurs colorectales (TCC) peuvent se voir, mais restent très peu fréquentes et rentrent le plus souvent dans un cadre familial, héréditaire ou syndromique (figure 6) [22,23].

Figure 6 : Aspect endoscopique et echo-endoscopique d’une tumeur neuro-endocrine rectale très friable chez un enfant de 10 ans.

Tableau 1 : Principales étiologies des rectorragies chez l’enfant et signes cliniques évocateurs (nouveau-né exclu) [2,6,9,24,25]

Conduite à tenir devant une rectorragie de l’enfant (nouveau-né non inclus)

Devant toute rectorragie, un raisonnement se base sur l’âge, les signes cliniques, l’examen physique, l’évolution et les examens paracliniques. L’algorithme suivant récapitule l’approche diagnostique et l’enquête étiologique.

Tableau 2: Raisonnement devant des rectorragies de l’enfant (nné non inclus)[21,24,25]

page 31

 

Conclusion 

Les rectorragies chez l’enfant constituent un symptôme non rare et pourvoyeur de stress parental. L’interrogatoire, l’examen clinique sont indispensables pour le raisonnement du clinicien notamment l’examen proctologique. L’endoscopie est essentielle mais non systématique dans l’enquête étiologique.

En l’absence de diagnostic endoscopique, d’autres méthodes de diagnostic peuvent être utilisées, avec des degrés variables de spécificité et sensibilité.

Les causes sont généralement âge-dépendantes et différentes de celle de l’adulte. Chez les moins de 5 ans, prédominent les infections, les fissures anales, la proctocolite allergique, l’invagination intestinale, le diverticule de Meckel et les malformations vasculaires, l’HLNB.

Chez le plus de 5 ans, sont essentiellement retrouvés les polypes et les MICI. Une collaboration multidisciplinaire impliquant le gastro-pédiatre, le radiologue, l’endoscopiste, le pathologiste et le chirurgien infantile est indispensable afin de localiser la source du saignement et d’assurer une prise en charge adaptée.

Date de soumission : 04 Décembre 2019.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

  1. E. Padilla and W. Moses, “Lower Gastrointestinal Bleeding & Intussusception,” Surg. Clin. NA, vol. 97, no. 1, pp. 173–188, 2017.
  2. Mushtaq and S. El-hadi, “Rectal bleeding in children e causes and investigations,” Paediatr. Child Health (Oxford)., vol. 24, no. 11, pp. 491–500, 2014.
  3. Barnert and H. Messmann, “Management of lower gastrointestinal tract bleeding,” vol. 22, no. 2, pp. 295–312, 2008.
  4. Osman, M. Djibré, D. Da Silva, and C. Goulenok, “Management by the intensivist of gastrointestinal bleeding in adults and children,” pp. 1–17, 2012.
  5. Pant, M. Olyaee, T. J. Sferra, R. Gilroy, O. Almadhoun, and A. Deshpande, “Brief report Emergency department visits for gastrointestinal bleeding in children: results from the Nationwide Emergency Department Sample 2006 -2011,” Curr Med Res Opin, 2014.
  6. Alam, I. Kmd, N. Mohammad, and M. Nooruzzaman, “Per Rectal Bleeding in Children: Experiences in the Department of Paediatric Surgery in BSMMU,” pp. 20–25, 2017.
  7. A. El-khayat, M. A. El-hodhod, F. Z. Abd, and A. M. Hamdy, “Rectal bleeding in Egyptian children,” Ann. Trop. Paediatr., vol. 26, pp. 337–344, 2006.
  8. Benhamou and C. Dupont, “Diagnostic des hémorragies digestives du nourrisson et de l’enfant,” EMC – Tratado de Medicina. pp. 1–8, 2007.
  9. Aroulandom, J. Lemale, and H. Chappuy, “Diagnostic des hémorragies digestives du nourrisson et de l’enfant,” vol. 13, no. 18, pp. 1–10, 2019.
  10. R. Fleisher, “Rectal Bleeding in the Pediatric Emergency Department,” no. June, pp. 1252–1258, 1994.
  11. Sahn and S. Bitton, “Lower Gastrointestinal Bleeding in Children,” Gastrointest. Endosc. Clin. NA, vol. 26, no. 1, pp. 75–98, 2016.
  12. B. et al Dabadie, “Evolution des indications de la coloscopie chez l ’enfant en 2012. Mise au point,” Arch. Pédiatrie, vol. 19, pp. 1247–1251, 2012.
  13. Mougenot, J. Cardey, and P. Vannerom, “Endoscopie digestive pédiatrique,” vol. 8, no. 13, pp. 1–10, 2019.
  14. Hepatology et al., “Paediatric Gastrointestinal Endoscopy: European Society for Paediatric Nutrition and European Society of,” vol. 64, no. 1, pp. 133–153, 2017.
  15. Recommendations de la SFED, “Indications et techniques de la vidéocapsule endoscopique de l’intestin grêle chez l’enfant,” Acta Endoscopica, vol. 46, pp. 63–67, 2016.
  16. HMA, “Pathology and genetics of hereditary colorectal cancer,” Pathology, vol. 50, no. 1, pp. 49–59, 2018.
  17. Tavano et al., “Pathologie tumorale intestinale de l’enfant,” vol. 4, no. 4, pp. 1–10, 2019.
  18. Viala, C. Jung, N. Belarbi, D. Berrebi, and J. Hugot, “Maladies inflammatoires chroniques intestinales de l’enfant : maladie de Crohn , rectocolite hémorragique,” EMC – Pediatría, vol. 11. Elsevier, pp. 1–10, 2019.
  19. Gallinet and F. Sauvat, “Diverticule de Meckel et pathologie du canal omphalomésentérique,” vol. 12, no. 16, pp. 1–6, 2019.
  20. Sun, T. Hull, and G. Ozuner, “Facteurs de risque et caractéristiques cliniques du prolapsus rectal chez le sujet,” J. Chir. viscérale, vol. 151, no. 6, pp. 1–6, 2014.
  21. Ait Idir, A. Tibouk, S. Kordjani, and N. Zidane, “Le syndrome de l’ulcère solitaire du rectum chez l’enfant : une entité pas si fréquente. Cas clinique et mise au point,” Batna J Med Sci, vol. 6, no. 1, pp. 65–67, 2018.
  22. Tougeron, “Carcinogenèse colorectale, données fondamentales,” Colloids Surfaces A Physicochem. Eng. Asp., vol. 9, no. 3, pp. 1–15, 2019.
  23. Bonnet and R. Guimbaud, “Polyposes et cancers colorectaux familiaux,” Colloids Surfaces A Physicochem. Eng. Asp., vol. 10, no. 4, pp. 1–7, 2019.
  24. A. Lane and I. D. Sugarman, “Investigation of rectal bleeding in children,” Paediatr. Child Health (Oxford)., vol. 20, no. 10, pp. 465–472, 2010.
  25. Shaoul, “Practical Algorithms in Pediatric Gastroenterology,” 2014.

 

 

 Télécharger le PDF de cet article

Complications chez l’enfant avec thalassémie

Le tableau clinique de la ß-thalassémie majeure apparaît généralement entre 6 et 24 mois, avec classiquement la triade d’hémolyse associant : une anémie microcytaire sévère, un ictère et une hépatosplénomégalie.

 Aggoune, Service de Pédiatrie, EPH Hassen Badi, El Harrach, Alger.

 Date de soumission : 13 Juillet 2019.

Résumé : Le tableau clinique de la ß-thalassémie majeure apparaît généralement entre 6 et 24 mois, avec classiquement la triade d’hémolyse associant : une anémie microcytaire sévère, un ictère et une hépatosplénomégalie. La ß-thalassémie intermédiaire doit être suspectée chez les personnes qui, à un âge plus avancé, présentent des résultats cliniques similaires mais plus modérés. Le retard de la croissance est l’une des comorbidités les plus courantes observées chez les enfants et les adolescents atteints de ß-thalassémie, et présente une cause importante de mauvaise image corporelle chez ces enfants. La prévalence de l’échec de croissance et de la petite taille chez les enfants atteints de thalassémie varie de 30 à 50% dans la plupart des études. Les causes sont multifactorielles. Malgré le traitement chélateur, ces enfants développent des complications endocriniennes telles que l’hypothyroïdie, l’hypoparathyroïdie, le diabète sucré, une puberté retardée due à un hypopituitarisme ou à un hypogonadisme, ainsi que des maladies osseuses, des cardiomyopathies et des complications hépatiques dues à une surcharge en fer. En outre, ils courent également un risque d’infections transmises par la transfusion. Un monitoring doit être proposé de manière appropriée par des spécialistes afin de guetter ce genre de complications.

Mots clés : Thalassémie, enfant et adolescent, complications, petite taille, chélation.

Abstract: The clinical presentation of ß-thalassaemia major usually occurs between 6 and 24 months of age with severe microcytic anaemia, mild jaundice, and hepatosplenomegaly. ß-thalassaemia intermedia should be suspected in individuals who, at a later age, present similar but milder clinical findings. Growth failure is one of the most common co-morbidities witnessed in children and adolescents with TM and an important cause of poor body image in these children. The prevalence of growth failure and short stature in children with thalassemia varies from 30- 50% in most studies. The causes are multifactorial. Despite iron chelation, these children develop endocrine complications such as hypothyroidism, hypoparathyroidism, diabetes mellitus, short stature, delayed puberty due to hypopituitarism or hypogonadism as well as bone disease, cardiomyopathies, liver related complications due to iron overload. Additionally, they are at a risk of transfusion transmitted infections too. They need to be monitored for these complications and treated appropriately by specialists.

Key words: Thalassemia, child and adolescent, complications, small size, chelation.


 

Introduction

Selon l’OMS, le risque de naissance d’enfants malades b-thalassémiques est de 1 pour 10.000 naissances, et celui d’une union entre b-thalassémiques hétérozygotes est de 2 pour mille mariages. Il naît entre 300 et 400.000 enfants porteurs d’une hémoglobinopathie sévère parmi lesquels 100.000 thalassémiques majeurs (2).

En Algérie, nous ne disposons pas encore de chiffre précis concernant la prévalence ou l’incidence des thalassémies. Une communication fait état d’une prévalence de 750 cas en 2006 (3). Si l’on se réfère aux chiffres référence de l’OMS, la prévalence pour notre pays serait de 2%, dans notre service plus de 85 malades thalassémiques sont suivis. Ces maladies constituent un réel problème de santé publique, lié à une prise en charge difficile, et à un taux de mortalité élevé.

Parmi les complications qui guettent l’enfant thalassémique, l’hémochromatose cardiaque post-transfusionnelle est la plus grave, et la principale cause de mortalité des malades atteints d’une b-thalassémie. À elle seule, elle est à l’origine de la moitié des décès (5).

 

Toxicité du fer

La quantité de fer apportée par les transfusions et l’hyper absorption intestinale du fer suite à l’érythropoïèse inefficace, sont les deux facteurs responsables de la surcharge martiale. Chaque concentré érythrocytaire apporte environ 200 mg de fer. L’organisme ne disposant d’aucun mécanisme régulateur permettant d’éliminer le fer en excès, le fer apporté par chaque transfusion s’accumule progressivement dans l’organisme des patients. Une surcharge en fer apparaît après 10 à 20 transfusions de concentrés érythrocytaires.

En l’absence de chélation, la surcharge en fer entraîne des atteintes tissulaires et, à terme, des défaillances viscérales et des décès. Chez les patients thalassémiques, le traitement est habituellement initié précocement dès 10 à 20 concentrés érythrocytaires, et cela dès que le patient a une ferritine supérieure à 1.000 ng/ml (18).

 

Complications de la thalassémie

La surcharge martiale dans les thalassémies est secondaire au fer, apporté par les transfusions érythrocytaires et par l’hyper-absorption digestive, au cours de ces maladies. Elle expose aux complications viscérales, majorées en cas de comorbidités associées. Les principales complications de l’hémochromatose post-transfusionnelle sont :

  1. Les atteintes cardiaques

Comme pour les hépatocytes, le fer déposé dans les cardiomyocytes induit une augmentation de la peroxydation des lipides membranaires du sarcolemme et des mitochondries par formation de radicaux libres. Ceci aboutit à une altération de l’activité de la pompe Na+/K+-ATPase, une augmentation de la fragilité des lysosomes et une entrave à l’activité de la chaîne respiratoire mitochondriale. La surcharge en fer a pour conséquence ultérieure une dilatation cavitaire et un épaississement des parois ventriculaires. L’altération de la relaxation ventriculaire gauche apparaît en premier lieu, en rapport avec la surcharge myocardique en fer (31).

Aujourd’hui, les complications cardiaques rendent compte d’au moins 70% des décès dans la thalassémie majeure, en raison de la gravité de cette complication. Les patients soumis à des transfusions répétées, doivent faire l’objet d’une surveillance cardiaque régulière, avec les méthodes les plus précises telles que, la mesure de la fraction d’éjection systolique, l’échocardiographie.

L’utilisation de l’IRM cardiaque, permet également de suivre l’évolution de la surcharge en fer intra myocardique. L’évaluation du temps de relaxation de T2* par IRM cardiaque, est un excellent moyen non invasif d’évaluation du dépôt de fer myocardique et une technique utile après une réponse au traitement de chélation du fer.

 


 

  1. Les atteintes hépatiques 

Après l’atteinte cardiaque, l’atteinte hépatique est la seconde cause de mortalité chez les patients atteints de surcharge en fer, post-transfusionnelle.

Plus de 70 % du fer en excès est stocké dans le foie. L’appréciation du contenu hépatique en fer (CHF) est par conséquent l’examen de référence dans l’appréciation de la surcharge martiale.

La toxicité hépatique du fer s’exprime sous la forme d’une nécrose hépatocytaire, suivie d’une fibrose hépatique pouvant évoluer vers une cirrhose et un cancer du foie. Le degré de surcharge et le délai d’exposition sont 2 facteurs qui participent à cette évolution.

Les infections virales, notamment par le virus de l’hépatite C, constituent un facteur aggravant.

L’imagerie en résonance magnétique (IRM) est maintenant la méthode non invasive la plus utilisée dans l’évaluation quantitative de la surcharge en fer des organes. Elle utilise le caractère paramagnétique du fer stocké (ferritine et hémosidérine) responsable d’un raccourcissement du temps de relaxation, surtout prononcé en pondération T2, entraînant une diminution du signal en T2 c’est- à- dire un aspect plus noir de l’organe riche en fer.

L’IRM peut s’avérer plus précise que la biopsie chez les patients présentant des dépôts de fer hépatiques hétérogènes (comme en cas de cirrhose), car elle mesure le fer dans la totalité de l’organe. C’est une technique sensible et spécifique, mais dont la méthode n’est pas standardisée.

  1. Les complications endocriniennes

Sont observées dès l’âge de 12-15 ans, et contribuent à la morbidité de la thalassémie majeure à partir de la fin de la deuxième décennie. Les plus fréquentes sont le déficit en gonadotrophines et l’hypothyroïdie. Un retard statural est fréquent, et peut être associé à un retard pubertaire, ce dernier étant d’habitude plus sévère chez le garçon. La puberté peut demeurer incomplète (39). Le déficit statural n’est pas secondaire à un déficit en hormone de croissance, mais il s’accompagne de taux circulants bas du facteur IgF1 en raison de l’atteinte hépatique. Le retard pubertaire est en grande partie responsable du déficit statural après l’âge de 10 ans.

Chez la plupart des malades, on observe une hypothyroïdie clinique ou biologique et une hypoparathyroïdie. Chez les enfants plus âgés, un diabète insulino-dépendant par insuffisance pancréatique endocrine peut apparaitre.

  1. Les atteintes osseuses

Les signes osseux peuvent apparaître dans les premières années de la vie dans les formes majeures :

  • Au niveau du crâne, le diploé est épaissi, la table externe très amincie, la déformation siège d’abord en frontal puis s’étend à l’ensemble de la voûte. Les travées osseuses perpendiculaires à la table externe vont par leur disposition radiaire réaliser un aspect en « poils de brosse ».
  • Les os de la face sont concernés par l’hyperplasie médullaire qui donne une expansion osseuse avec des déformations caractéristiques en faciès de rongeur. On observe un hypertélorisme, une absence ou un retard de pneumatisation des sinus maxillaires, un prognathisme supérieur. Au niveau des os longs la transparence osseuse est excessive ; les diaphyses sont déformées, élargies ; les métaphyses sont larges, les corticales sont amincies de par leur versant interne, les travées osseuses restantes paraissent épaissies et la spongieuse a un aspect granité ou réticulé.
  • Les vertèbres ont une transparence excessive, elles peuvent parfois être tassées ; les arcs costaux antérieurs sont parfois dédoublés et les arcs postérieurs peuvent présenter un renflement en bulbe à leur partie interne, témoignant de l’hyperplasie médullaire. Au niveau des membres, malgré l’ostéoporose, les fractures pathologiques sont relativement rares chez ces patients (43).
  • L’ostéopénie et l’ostéoporose sont deux autres problèmes osseux dont souffre l’enfant thalassémique, et les mécanismes intriqués sont divers. Les auteurs retiennent habituellement comme ostéoporotiques, les sujets ayant un Z-score inférieur à -2, parfois -2,5 ; et comme ostéopéniques les sujets ayant un Z-score entre -1 et -2,5.


 

  1. Les complications buccales et maxillo-faciales

Chez les patients thalassémiques, du fait des apports transfusionnels fréquents, des dépôts pigmentaires ferriques sont observés au niveau des téguments et notamment des muqueuses buccales. L’examen dentaire peut révéler chez le jeune enfant des retards d’éruption dentaire, ainsi que des hypominéralisations de l’émail et la dentine La pathologie carieuse est plutôt imputée à la mauvaise pratique des instructions d’hygiène aggravée par la respiration buccale (53).

  1. Les complications pulmonaires 

Il existe un syndrome restrictif pulmonaire, avec diminution de la compliance thoracique, ainsi que la capacité vitale et les volumes de réserve expiratoire chez le splénectomisé. Ceci est expliqué par l’existence d’un état d’hypercoagulabilité ainsi qu’une activation des plaquettes. Ce phénomène contribue à l’installation d’une hypertension artérielle pulmonaire, plus importante chez le thalassémique (57). Le dépistage régulier de la fonction pulmonaire devrait être adopté dans le suivi clinique des patients.

 

  1. Les complications transfusionnelles
  • Allo immunisations anti érythrocytaires 
  • Apparition d’allo-anticorps anti-érythrocytaires : l’apparition d’allo-immunisation anti-érythrocytaire par transfusion est l’effet indésirable receveur le plus déclaré. Les auto-anticorps sont le plus souvent associés à l’existence d’allo-anticorps anti-érythrocytaires.
  • Incompatibilités immunologiques érythrocytaires non ABO : Aujourd’hui les effets indésirables immédiats, graves causés par des anticorps irréguliers anti érythrocytaires sont plus nombreux que les accidents ABO (59). Ces effets indésirables sont peu connus. Ils sont causés par des faux-négatifs lors de la recherche d’agglutinines irrégulières, par erreur d’étiquetage du tube, ou bien d’anticorps apparus entre le moment du prélèvement et celui de la transfusion.
  • Incompatibilités ABO

L’incompatibilité ABO en cas de transfusion de plasma résulte très souvent d’une mauvaise interprétation de l’universalité du groupe sanguin O.

Il est important que cette notion soit rayée du vocabulaire transfusionnel.

Le tableau clinique classique de l’hémolyse intravasculaire est en fait variable selon la précocité du diagnostic, la quantité d’hématies incompatibles transfusées, la puissance de l’anticorps, la vitesse de la transfusion et l’état clinique du patient (61).

  • Incompatibilités par allo-immunisation anti-HLA ou HPA

Ces anticorps ne sont pas recherchés généralement en pré-transfusionnel, leur présence ou apparition sont imprévisibles en l’état actuel (63). Ils sont acquis par grossesse ou par transfusion.

  • Réaction fébrile non hémolytique (RFNH)

Elle est en règle sans gravité et doit constituer un diagnostic d’exclusion. Bien que son incidence ait été réduite de moitié par la déleucocytation, la RFNH reste la réaction per ou post-transfusionnelle la plus fréquente, et représente en moyenne annuelle plus de 40 % de l’ensemble des effets indésirables transfusionnels immédiats déclarés.

  • Risque allergique

Il s’agit dans 90 % des cas de signes cutanés variés, souvent sans autre manifestation clinique. Dans 10 % des cas, il n’y a pas de signes cutanés et l’allergie se manifeste par une gêne. Plus rarement, des complications allergiques graves de type bronchospasme sévère ou choc anaphylactique apparaissent, pouvant engager le pronostic vital du patient.

 

 

  • Œdème aigu pulmonaire (OAP) 

L’OAP de surcharge ou OAP cardiogénique est la complication la plus fréquente de la transfusion, bien que son incidence soit vraisemblablement sous-estimée, mais heureusement plus rare dans la population pédiatrique. Il est classique de considérer comme prédisposantes certaines particularités du receveur : cardiopathie, petit poids, insuffisance rénale oligoanurique.

 

  • Incompatibilité par les protéines du plasma

Elle est essentiellement représentée avec l’accident anaphylactique causé par les anticorps anti-IgA du receveur, présents chez certains sujets déficitaires en IgA, ou par les anticorps dirigés contre les IgA, apportées dans le plasma résiduel du CGR, chez certains polytransfusés.

Il faut prévoir pour les polytransfusés :

  • Une détermination du phénotype étendu avant la toute première transfusion
  • La mention systématique de la pathologie sur l’ordonnance de produits sanguins labiles 
  • La prescription de la qualification phénotypée, tant que l’espérance de vie est raisonnable 
  • L’organisation du prélèvement pour recherche d’agglutinines irrégulières, voire identification des anticorps irréguliers, le plus près possible de la transfusion, mais, en faisant en sorte que les résultats soient disponibles au moment prévu pour la délivrance des produits sanguins labiles
  • Une bonne coordination avec le CTS, en cas d’allo-immunisation connue.
  1. Nouvelles menaces

Les virus majeurs de la transfusion semblent être bien maîtrisés, et le XXème siècle voit apparaître d’autres agents infectieux, nouvellement identifiés : Virus du Nil occidental ou West Nile virus (WN-V), Parvovirus B19, Cytomégalovirus (CMV) (HHV-5), Hépatites virales.

 

  1. Splénectomie

Au cours des thalassémies, la rate augmente le plus souvent de volume pendant la première décennie, et peut être à l’origine de diverses complications qui grèvent la morbidité et la mortalité des thalassémies majeures. Le risque infectieux existe également en cas de thalassémie par une défaillance de l’immunité.

L’intérêt de la splénectomie dans la prévention et le traitement de ces différentes complications, au cours de la drépanocytose ou de la thalassémie, a été démontré. Il a été aussi documenté, que les patients porteurs de β-thalassémie présentent un état d’hypercoagulabilité attribué d’une part à un dysfonctionnement du système d’anti-coagulation endothélial naturel, et d’autre part, l’implication de la thrombomodulation et des protéines C et S (72). Le taux de complications thromboemboliques chez ces patients, est compris entre 9 et 29 % avec une forte prévalence dans les formes bêta thalassémiques intermédiaires.

 

Conclusion
La prise en charge d’un enfant atteint de thalassémie, nécessite une évaluation régulière. La prévention est la meilleure approche car l’efficacité de la chélation intensive pour inverser les complications établies est inconnue. Ainsi, prévenir l’anémie grâce à un programme de transfusion régulier, une chélation optimale, un maintien d’un état nutritionnel adéquat, une reconnaissance et un traitement rapide des comorbidités sont les pierres angulaires de la prévention des complications liées à la thalassémie.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

  1. J. Weatherall et J. B. Clegg. Hémoglobinopathies congénitales : un problème de santé publique d’importance croissante. Bulletin de l’ Organisation mondiale de la santé : la revue internationale de santé publique : recueil d’ articles 2002 ; 6 : 153 ;
  2. Belhani. Epidémiologie de la β Thalassémie en Algérie. Revue Algérienne d’hématologie.2009; NO1.
  3. Zurlo MG, De Sstefano P, Borgna Pignatti C et al. Survival and causes of death in Thalassaemia major. Lancet 1989; 2: 27-30.
  4. Ángel Remacha, Cristina Sanz, Enric Contreras, Cristina Díaz de Heredia et al. Guidelines on haemovigilance of post-transfusional iron overload. Blood Transfus. Jan 2013; 11(1): 128–139.
  5. Vassilios Ladis, Giorgos Chouliaras, Vasilios Berdoukas, Christos Kattamis et al. Relation of chelation regimes to cardiac mortality and morbidity in patients with thalassaemia major: an observational study from a large Greek Unit. Eur J Haematol. Oct 2010; 85(4): 335–344.
  6. Vincenzo De Sanctis, Ashraf T. Soliman, Heba Elsedfy, et al. Growth and endocrine disorders in thalassemia: The international network on endocrine complications in thalassemia (I-CET) position statement and guidelines. Indian J Endocrinol Metab. 2013 Jan-Feb; 17(1): 8–18.
  7. Naselli A, Vignolo M, Di Battista E, Garzia P, Formi GL, Traverso T, et al. Long-term follow-up of skeletal dysplasia in thalassaemia major. J Pediatr Endocrinol Metab. 1998;11:817–25.
  8. Jaideep Singh, Reader, Nitin Singh, Senior Lecturer, Amit Kumar, Senior Lecturer, et al. Dental and Periodontal Health Status of Beta Thalassemia Major and Sickle Cell Anemic Patients: A Comparative Study. J Int Oral Health. Oct 2013; 5(5): 53–58.
  9. Prapaporn Pornsuriyasak, Kulanee Vongvivat, Khanchit Likittanasombat, et al. Pulmonary function abnormalities in non-splenectomized and splenectomized adult hemoglobin E/ ß-thalassemia patients and their correlation with pulmonary hypertension. Thalassemia Reports. 2013; volume 3:E5.

 

 

 Télécharger le PDF de cet article

Syndrome de Chediak-Higashi A propos de 4 cas

Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare, caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience de l’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules NK, responsables d’infections récurrentes, une prédisposition aux saignements et une détérioration neurologique tardive.

 Khelafi, MS. Ladj, S. Benali Khodja, R. Belbouab, M. Noumi, S. Sokhal, R. Boukari, Service Pédiatrie CHU Mustapha, Alger

 

 

Date de soumission : 03 Avril 2019.

Résumé : Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare, caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience de l’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules NK, responsables d’infections récurrentes, une prédisposition aux saignements et une détérioration neurologique tardive. Selon International Union of Immunological Societies, le SCH est une immunodéficience primaire par dysrégulation immunitaire appartenant aux syndromes d’hématophagocytose lymphohistiocytaires familiale (HLF) avec hypopigmentation [1]. Le gène LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking Regulator Gene) a été identifié sur le bras long du chromosome 1 en 1q42-q43 [2,3]. Ce gène code pour la protéine CHS dont la fonction exacte reste imprécise. Environ 500 cas ont été signalés [4,5]. Le diagnostic est orienté par les signes cliniques et facilité par l’étude de l’aspect microscopique du cheveu qui met en évidence la présence d’agrégats pigmentaires. Mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations intracytoplasmiques géantes dans la plupart des cellules de l’organisme [6], notamment dans le sang périphérique ou la moelle osseuse. Environ 85% des patients développent une phase d’accélération caractérisée par un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH), qui survient au cours de la première décennie, rarement présent au début de la maladie [7]. Elle est fatale en l’absence de traitement [8]. Actuellement, la seule option thérapeutique efficace est la greffe de moelle osseuse, qui améliore les anomalies hématologiques et immunitaires, mais n’empêche pas la détérioration neurologique ultérieure. Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle osseuse, le décès survenant souvent avant l’âge de dix ans.

Mots clés : syndrome de Chediak-Higashi, dysrégulation immunitaire, LYST-CHS1, albinisme oculo-cutané, immunodéficience, détérioration neurologique, HLH, greffe de moelle osseuse.

 

Abstract: Chediak-Higashi syndrome (SCH) is a rare autosomal recessive genetic disorder characterized by oculo-cutaneous albinism, immunodeficiency by cytotoxic activity of T lymphocytes and natural killer cells responsible for recurrent infections, predisposition to bleeding, and late neurological deterioration. According to the International Union of Immunological Societies, the SCH is a primary immunodeficiency by immune dysregulation belonging to familial lymphohistiocytic haematophagocytosis syndromes (HFH) with hypopigmentation [1]. The LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking Regulator Gene) gene was identified on the long arm of chromosome 1 in 1q42-q43 [2,3]. This gene encodes the CHS protein whose exact function remains imprecise. About 500 cases have been reported [4,5]. The diagnosis is oriented by the clinical signs and facilitated by the study of the microscopic aspect of the hair which highlights the presence of pigment aggregates. But the pathognomonic sign of the disease is the presence of giant intracytoplasmic granulations in most cells of the organism [6], especially in peripheral blood or bone marrow. Approximately 85% of patients develop an acceleration phase characterized by a syndrome of lymphohocytic hemophagocytosis (HLH), which occurs during the first decade, rarely present at the onset of the disease [7]. It is fatal in the absence of treatment [8]. Currently, the only effective therapeutic option is bone marrow transplantation, which improves haematological and immune abnormalities, but does not prevent subsequent neurological deterioration. The prognosis remains poor in the absence of a bone marrow transplant, the death often occurring before the age of ten years.

keywords: Chediak-Higashi syndrome, immune dysregulation, LYST-CHS1, oculo-cutaneous albinism, immunodeficiency, neurological deterioration, HLH, bone marrow transplantation.


 

Introduction

Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience par défaut d’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules natural killer, responsable d’infections récurrentes, une prédisposition au saignement, et une détérioration neurologique tardive. Selon l’International Union of Immunological Societies, le SCH est un déficit immunitaire primaire par dysrégulation immunes faisant partie des syndromes d’hematophagocytoses lymphohistiocytaires familiaux (FHL) avec hypopigmentation (1).

Le gène LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking regulator gene) de la maladie a été identifié 1996 sur le bras long du chromosome 1 en 1q42-q43 (2 ,3). Ce gène code pour la protéine CHS dont la fonction exacte reste imprécise.

Environ 500 cas ont été rapportés (4,5). Le diagnostic est orienté par les signes cliniques et facilité par l’étude de l’aspect microscopique des cheveux qui met en évidence la présence d’agrégats de pigment ; mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations intracytoplasmiques géantes dans la plupart des cellules de l’organisme (6), surtout au niveau du sang périphérique ou de la moelle osseuse. Environ 85% des patients développent une phase d’accélération caractérisée par un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH), qui survient pendant la première décennie, rarement présente au début de la maladie (7) ; elle est mortelle en l’absence de traitement (8).

Actuellement, la seule option thérapeutique efficace est une greffe de moelle osseuse, qui améliore les anomalies hématologiques et immunitaires, mais n’empêche pas la détérioration neurologique ultérieure. Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle, le décès survenant souvent avant l’âge de dix ans.

 

Patients et méthodes

Il s’agit de quatre enfants suivis dans le service de pédiatrie du CHU Mustapha d’Alger pour syndrome de Chediak-Higashi entre 2014 et 2017. Le diagnostic a été porté sur les manifestations cliniques, la présence de granulations géantes intra-leucocytaires. Une étude génétique faite chez trois enfants a confirmé le diagnostic.

 

Résultats

Il s’agit de trois garçons et une fille dont l’âge au diagnostic est en moyenne de 3,2 ans (7 mois – 6 ans). Une consanguinité est retrouvée dans tous les cas ainsi qu’une forme familiale (2 frères). Trois patients ont des antécédents d’infections répétées, de fièvre inexpliquée avec un décès par septicémie dans la forme familiale. Les enfants qui ont été vaccinés n’ont pas présenté d’incidents particuliers. Au plan clinique, l’albinisme oculo-cutané est présent chez 3 enfants et une mélanodermie avec un iris très pigmenté dans 1 cas (Tableau 1).

Le frottis sanguin périphérique a permis de faire le diagnostic en montrant les granulations géantes intra-cytoplasmiques chez tous les patients. L’étude microscopique des cheveux a retrouvé des dépôts de mélanine en mottes irrégulières au niveau de la tige pilaire en faveur du syndrome de Chediak-Higashi. Un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH) (Tableau 2) est présent dans 3 cas puis dans un cas 8 mois après le diagnostic.

Deux enfants ont présenté des signes neurologiques à type de convulsions et de nystagmus horizontal associé à une dyslexie dans un cas. Le diagnostic d’activation lymphohistiocytaire (HLH) est porté selon les critères de la Hystiocyte Society 2004, confirmant la phase accélérée de la maladie. L’étude de l’activité des lymphocytes NK est abaissée dans un cas. La confirmation génétique a été faite chez 3 patients (haplotype homozygote dans 2 cas et partiellement homozygote dans un cas). Le LCR est normal chez tous les patients et un patient a eu une sérologie EBV positive a IgM (VCA). Tous les patients avec des signes d’activation lymphohistiocytaire ont été mis protocole HLH 2004. L’évolution est marquée par une bonne tolérance du traitement. Un enfant a bénéficié d’une greffe de moelle allogénique, mais est décédé quelques mois après, les trois autres patients sont toujours vivants et stables sur le plan clinique.

Tableau 1 : Données cliniques, cytologique et génétiques

 

Cas 1

Cas 2

Cas 3

Cas 4

Âge

7 mois

6 ans

2 ans

3,5 ans

Sexe

Consanguinité

+

+

+

+

Infections répétées

+

+

+

+

Cas familial

+

+

Albinisme cutané

Présent

Présent

Présent

Mélanodermie

Cheveux gris argentés

+

+

+

+

Albinisme oculaire

Absent

Hétérochromie

Absent

Iris très pigmenté

Photophobie

+

Nystagmus horizontal

Présent

Signes neurologiques

+

Granulations géantes

(Frottis sanguin)

+

+

+

+

Génétique

Haplotype homozygote

Haplotype homozygote

Haplotype partiellement homozygote

 

 

Cas 1

(a 15 mois)

Cas 2

Cas 3

Cas 4

Fièvre

+

+

+

+

Splénomégalie

+

+

+

+

Signes neurologiques

+

 Neutrophiles (/mm3)

570

700

120

450

Hémoglobine (g/dl)

5.8

9.7

9.5

8.7

Plaquettes (/mm3)

56 000

104 000

28 000

66 000

Hémophagocytose (PMO)

+

+

+

+

Fibrinogène (g/l)

1.9

2.76

1.34

?

Triglycérides (g/l)

9.5

2.28

5

2.9

Ferritine (ng/ml)

1388

512

1150

977

Activité NK

?

normale

Abaissée (1%)

?

Fig 1 . Un de nos patient avec une hypopigmentation cutanée

   

Fig. 2. Deux de nos patients avec un aspect « gris argenté » *des cheveux

 

Fig 3. Tige pilaire de l’un de nos patients avec dépôt de mélanine

 

 

 Fig.4 Frottis sanguin : granulations géantes au niveau des leucocytes et lymphocytes (In Indian J Hematol Blood Transfus (Sept 2014) 30(Suppl 1):S223–S226)

 

Discussion

Maladie génétique autosomique récessive très rare, le syndrome de Chediak-Higashi atteint toutes les races et tous les groupes d’âge. Moins de 500 cas ont été rapportés (4,5). Le plus souvent il s’agit de cas rapportés ou de petites séries publiées. La prévalence est difficile à déterminer en raison des cas rapportés plus d’une fois, et d’autres non déclarés. La plus grande série publiée (15 cas) a été rapportée au Japon sur une période de dix ans (9). Une consanguinité, présente chez tous nos patients, est rapportée dans 50 à 85% des cas (5).

Le gène LYST/CHS1 de la maladie code pour la protéine CHS cytosolique dont la fonction reste imprécise. Elle aurait un rôle dans l’exocytose de protéines à partir des endosomes multivésiculaires tardifs. Plus d’une soixantaine de mutations ont été rapportées dans la littérature (faux-sens, non-sens, délétion, insertions) (10). Les mutations du gène LYST/CHS1 entrainent une fonction anormale de la protéine CHS avec une altération du transport intra cytoplasmique, une séquestration de protéines dans les structures intra cytoplasmiques géantes et le blocage de la fonction sécrétoire notamment celle des leucocytes et des mélanocytes. Des corrélations phénotypes/génotypes ont étés rapportées, ainsi une mutation de type délétion est corrélée avec la survenue précoce et fulminante de la phase d’accélération, alors qu’une mutation de type faux-sens est corrélée avec un meilleur pronostic avec absence de phase d’accélération et de détérioration neurologique (11).

Les signes cliniques débutent après la naissance, ou avant l’âge de 5 ans. L’albinisme oculo-cutané (AOC) est un signe important d’orientation diagnostique, présent chez trois de nos patients (Fig.1), il se caractérise par une hypopigmentation qui affecte généralement la peau, les cheveux et les yeux. Elle est en rapport avec l’agrégation pathologique et une répartition inégale des mélanosomes.

L’AOC peut être présent dès la naissance, et concerner les trois organes ou certains d’entre-deux, total ou partiel ou même être absent (12). Parfois une hyperpigmentation comme chez l’un de nos patients peut exceptionnellement être vue, faisant retarder le diagnostic (13,14). La plupart des patients présentent une photosensibilité. Certains patients ont un phénotype atypique avec une forme atténuée où l’AOC est subtile, voire absent, et qui sont probablement méconnues (11,15). Rarement d’autres lésions cutanées sont observées comme une hyperhydrose, un érythème polymorphe.

Au niveau des cheveux l’hypopigmentation leur donne une couleur blonde, grise (Fig. 2) ou blanche, souvent avec un éclat argenté ou métallique. Les yeux sont de couleur bleue et l’hypopigmentation de l’iris peut être associée à une diminution de la pigmentation de la rétine, et des manifestations oculaires comme la photophobie, diminution de l’acuité visuelle, nystagmus, et le strabisme.

Les infections fréquentes et récurrentes sont habituelles pendant l’enfance. Souvent graves, elles sont en rapport avec un défaut de cytotoxicité des lymphocytes T, de la fonction NK, et une diminution de l’activité chimiotactique et bactéricide des granulocytes (16,17). Les infections pyogènes sont les plus fréquentes, en particuliers au niveau de la peau, des voies aériennes supérieures et des muqueuses. Les germes les plus souvent isolés sont le staphylocoque aureus, streptocoques ß-hémolytiques et le pneumocoque.

Les atteintes de la cavité buccale, à type de gingivite, hémorragie gingivale, chute précoce des dents, aphtes, et ulcérations buccales ont été décrites. La parodontite a été identifiée comme une manifestation de la dysfonction immunitaire.

La tendance au saignement chez ces patients est en rapport avec un déficit du pool de stockage des granules denses et un défaut d’agrégation des plaquettes. Les manifestations hémorragiques sont en général bénignes et ne nécessitent habituellement pas de traitement.

La phase accélérée de la maladie représente la complication la plus importante et dangereuse du SCH. Elle est responsable d’un taux élevé de moralité en quelques mois (18). Elle peut survenir à tout âge mais surtout durant la première décennie (85%) (19).

Nos patients ont développé cette phase accélérée avant l’âge de 6 ans. Rarement, elle en est la première manifestation (7,20). Sa survenue précoce est associée à l’existence d’une mutation génétique de type délétion (11) ; et a une activité effondrée ou absente des LT cytotoxiques (21).

Elle se manifeste par un syndrome d’hématophagocytose lymphohystiocytaire (HLH) dont les facteurs déclenchant cette accélération ne sont pas clairs. Le rôle de l’infection à EBV retrouvé chez l’un de nos patients a été soulevé sans que cette relation ne soit établie (22). Le diagnostic de la maladie de la phase accélérée repose sur les critères de la Histiocytic Society 2004 (23).

Les manifestations neurologiques surviennent dans environ 50% des cas et peuvent apparaître à tout moment dans l’enfance ou à l’âge adulte, ils sont variables : neuropathie périphérique, coma, convulsions, ataxie, troubles cognitifs, troubles de l’équilibre, mouvements anormaux et altérations mentales. La greffe de moelle osseuse n’empêche pas leur apparition ultérieure (24).

Le diagnostic de SCH doit être précoce, souvent fait aux environs de 6 ans mais dans environ 25% des cas le diagnostic est tardif après l’âge de 10 ans (12), pour nos patients. La moyenne d’âge au diagnostic était de 3,2 ans. Il est suspecté sur les éléments cliniques, facilité par l’étude microscopique des cheveux (Fig.3) qui montre des agrégats de pigments de mélanine retrouvés chez tous nos patients, cet aspect permet le diagnostic différentiel avec d’autres types d’hypopigmentation cutanée. Mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations géantes intracytoplasmiques (Fig.4) dans la plupart des cellules de l’organisme (6) mais souvent elles sont identifiées au niveau du sang périphérique comme ce fut le cas de nos patients ; ou au niveau de la moelle osseuse. Le diagnostic est confirmé par un test génétique de recherche de la mutation LYST. Le diagnostic anténatal de la maladie est possible au niveau des cellules des villosités choriales, liquide amniotique, leucocytes du cordon fœtal (25).

Comme pour la maladie de Chediak-Higashi, d’autres déficits immunitaires génétiques s’accompagnent d’un albinisme oculo-cutané partiel, telles que la maladie de Griscelli et le syndrome Hermansky-Pudlak. La distinction peut se faire sans ambiguïté par l’aspect différent des amas de pigment dans la gaine du cheveu, beaucoup plus fins dans le cas du CHS, et surtout par la présence des granulations géantes intracytoplasmiques observées uniquement dans le CHS. Toutefois, dans certains cas de leucémies myéloïdes, on peut voir des granulations géantes dites anomalie pseudo-Chediak-Higashi (26).

Le traitement de la maladie de Chediak-Higashi est multidisciplinaire et repose sur la prise en charge des complications de la maladie, le traitement de la « phase accélérée » ou HLH et surtout la greffe de cellules souches hématopoïétiques. Le traitement symptomatique de la maladie de Chediak-Higashi repose sur une antibiothérapie efficace contre les infections et des transfusions de dérivés du sang pour lutter contre l’anémie et les complications hémorragiques. Les troubles oculaires doivent être corrigés. Les yeux et la peau doivent être protégés des rayons UV. Les vaccinations sont généralement bien tolérées comme ce fut le cas pour nos patients, et doivent être faites. L’hygiène et les soins buccodentaires sont primordiaux. La survenue de symptômes neurologiques et leur progression doivent être pris en charge assez tôt par un spécialiste en réadaptation. En cas de phase d’accélération (HLH, un traitement combinant corticoïdes, VP16, cyclosporine et des injections intrathécales de MTX (protocole HLH 2004) (23) est instauré pour obtenir une rémission. Celle-ci survient dans 75% des cas dans les huit semaines (27), mais les rechutes sont fréquentes et la réponse au traitement diminue au fil du temps. Une fois la rémission obtenue la greffe est recommandé. Chez les patients SCH avec HLH par EBV l’adjonction du Rituximab pourrait améliorer le traitement (28). En cas de HLH réfractaire, une autre option thérapeutique incluant un anticorps monoclonal l’anti CD52 (Alemtuzumab) (29) est possible comme traitement de seconde ligne avant la greffe de moelle osseuse.

La greffe allogénique de moelle osseuse (GMO) est le seul traitement efficace actuel qui guérit les anomalies hématologiques et immunologiques, mais sans résultats sur l’albinisme oculo-cutané ni sur la détérioration neurologique ultérieure (9,24,30) . Le régime de conditionnement pré-greffe comprend une combinaison d’étoposide, le busulfan, le cyclophosphamide (31). La réduction d’intensité du conditionnement pré-greffe avec fludarabine, melphalan, et alemtuzumab a entrainé une augmentation de la survie dans le HLH primaire ou forme familiale avec une plus faible toxicité (32,33). La greffe de moelle osseuse est d’autant plus efficace qu’elle est effectuée avant la survenue de la phase accélérée (31). Les patients ayant une diminution profonde de la fonction cytotoxique des lymphocytes T (CTL) ont un risque élevé de développer un syndrome d’activation lymphohistiocytaire (HLH), aussi leur dépistage peut constituer une indication à une greffe de moelle précoce (21). Le taux de survie globale après une greffe de moelle est 60-70% (30-32).

Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle, le décès survient fréquemment durant la première décennie par infections ou développement d’un HLH de la phase accélérée (34).

Environ 10% des patients survivent à la petite enfance, et développeront des troubles neurologiques graves à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

 

Conclusion

Le syndrome de Chediak-Higashi est une maladie rare, dont le diagnostic est suspecté chez un enfant présentant un albinisme oculo-cutané avec des infections récurrentes. La majorité des formes cliniques sont précoce “infantiles” mortelles en l’absence de traitement. Une minorité de patients présentent une forme “atténuée” de la maladie survivent après l’enfance mais développent une maladie neuro-dégénérative associée. Dans tous les cas un diagnostic précoce doit être posé par un examen simple, le frottis de sang périphérique qui montre la présence de granulations géantes intracytoplasmiques pathognomonique de cette affection. Le seul traitement actuel efficace des anomalies hématologiques et immunologiques reste la greffe de moelle osseuse allogénique, mais sans impact sur les manifestations cutanées ou la détérioration neurologique ultérieure. Elle est d’autant plus efficace qu’elle est réalisée avant la survenue d’un syndrome HLH. En cas de d’apparition de la phase accélérée (HLH), un traitement selon le protocole HLH 2004 est instauré afin d’obtenir une rémission avant la greffe de moelle osseuse.

Le pronostic de la forme infantile est mauvais, le décès survenant fréquemment dans la première décennie de la vie par infections ou développement de HLH. La recherche de facteurs prédictifs de développement de HLH pourrait aider à poser l’indication d’une greffe de moelle osseuse précoce.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Bibliographie

 

  1. Picard C,Al-Herz WBousfiha ACasanova JLChatila TConley ME et al – Primary Immunodeficiency Diseases: an Update on the Classification from the International Union of Immunological Societies Expert Committee for Primary Immunodeficiency 2015. J Clin Immunol 2015 Nov;35(8):696-726).
  2. Barbosa MDFS et al – Identification of the homologous beige and Chediak-Higashi syndrome genes. Nature 1996, 382:262–265
  3. Nagle DL et al – Identification and mutation analysis of the complete gene for Chediak-Higashi syndrome. Nat Genet 1996, 14:307–311
  4. Kaplan J, De Domenico I, Ward DM – Chediak-Higashi syndrome. Curr Opin Hematol 2008, 15:22–29
  5. Reddy RR, Babu BM, Venkateshwaramma B, Hymavathi Ch – Silvery hair syndrome in two cousins: Chediak-Higashi syndrome vs Griscelli syndrome, with rare associations. Int J Trichology 2011; 3(2):107-11
  6. C. Stinchcombe, L. J. Page, et G. M. Griffiths – Secretory lysosome biogenesis in cytotoxic T lymphocytes from normal and Chediak Higashi syndrome patients Traffic 2000; 1(5):435-444)
  7. Pooja Jaiswal, Yogesh Kumar Yadav, Nilam Bhasker, Rashmi Kushwaha – Accelerated Phase of Chediak-Higashi Syndrome at Initial Presentation: A Case Report of an Uncommon Occurrence in a Rare Disorder Journal of Clinical and Diagnostic Research. 2015 Dec, Vol-9(12): ED13-ED14)
  8. Introne WJ, Westbroek W, Golas GA, Adams D: Chediak-Higashi syndrome. In Gene Reviews™. Edited by Pagon RA, Adam MP, Bird TD, Dolan CR, Fong CT, Stephens K. Seattle (WA): University of Washington, Seattle; 2009 [updated 2012] [http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK5188/]
  9. Nagai K, Ochi F, Terui K, Maeda M, Ohga S, Kanegane H, et al – Clinical characteristics and outcomes of Chediak–Higashi syndrome: a nationwide survey of Japan. Pediatr Blood Cancer 2013; 60: 1582–6)
  10. Maria L Lozano*, Jose Rivera, Isabel Sánchez-Guiu and Vicente Vicente Orphanet Journal of Rare Diseases 2014, 9:132
  11. Westbroek W, Adams D, Huizing M, Koshoffer A, Dorward H, Tinloy B, et al – The severity of cellular defects in Chediak–Higashi syndrome correlate with the molecular genotype and clinical phenotype. J Invest Dermatol 2007; 127: 2674–7
  12. Barak Y, Nir E. Chédiak-Higashi – Syndrome. Am J Pediatr Hematol Oncol 1987; 9(1):42-55
  13. Ho M-C, Hsieh Y-T – Mixed hyperpigmentation and hypopigmentation of iris and choroid in Chediak-Higashi syndrome. J AAPOS 2013, 17:558–560
  14. Pujani M, Agarwal K, Bansal S, Ahmad I, Puri V, Verma D, Pujani M – Chediak Higashi syndrome – a report of two cases with unusual hyperpigmentation of the face. Turkish J Pathol 2011, 27(3):246–248
  15. Karim MA, Suzuki K, Fukai K, Oh J, Nagle DL, Moore KJ et al – Apparent genotype-phenotype correlation in childhood, adolescent, and adult Chediak Higashi syndrome.Am J Med Genet. 2002; 108: 16–22. 
  16. Yenan T. Bryceson, Daniela Pende, Andrea Maul-Pavicic, Kimberly C. Gilmour , Heike Ufheil, Thomas Vraetz et al – A prospective evaluation of degranulation assays in the rapid diagnosis of familial hemophagocytic syndromes Blood 2012, 119:2754-2763;
  17. MC Dinauer -Disorders of Neutrophil Function: An Overview Methods Mol Biol. 2014, 1124, 501-515
  18. Pullarkat ST – Accelerated phase of Chediak-Higashi syndrome. Blood 2012; 119(1): 5.
  19. Lozano et al -Towards the targeted management of Chediak-Higashi syndrome Orphanet Journal of Rare Diseases 2014, 9:132.
  20. Gajendra S, Das RR, Chopra A, Singh A, Seth R – Accelerated Phase at Initial Presentation in Chédiak-Higashi Syndrome: Is It Really Uncommon? Pediatr Hematol Oncol 2014, 31:382–385.
  21. Birthe Jessen, Andrea Maul-Pavicic, Heike Ufheil, Thomas Vraetz, Anselm Enders, Kai Lehmberg, et al – Subtle differences in CTL cytotoxicity determine susceptibility to hemophagocytic lymphohistiocytosis in mice and humans with Chediak-Higashi syndrome Blood 2011, 118:4620–4629
  22. Wendy J Introne, Wendy Westbroek, Gretchen A Golas, et David Adams – Chediak HigashiSyndrome Gene Reviews® Last Update: January 15, 2015
  23. Henter JI, Home A, Arico M, Egeler RM, Filipovich AH, Imashuku S, et al. HLH-2004 – Diagnostic and therapeutic guidelines for haemophagocytic lymphohistiocytosis. Paediatr Blood Cancer. 2007;48:124-31
  24. Tardieu M, Lacroix C, Neven B, Bordigoni P, de Saint Basile G, Blanche S, Fischer A – Progressive neurologic dysfunctions 20 years after allogeneic bone marrow transplantation for Chediak-Higashi syndrome Blood 2005;106:40–2.
  25. Diukman R, Tanigawa S, Cowan MJ, Golbus MS. Prenatal diagnosis of Chédiak-Higashi Syndrome. Prenat Diagn 1992; 12(11): 877-85
  26. Chang H, Yi QL – Acute Myeloid Leukemia With Pseudo–Chediak-Higashi Anomaly Exhibits a Specific Immunophenotype With CD2 Expression. Am J Clin Pathol 2006; 125: 791-4.
  27. Filipovich AH. Hemophagocytic lymphohistiocytosis and related disorders.Curr Opin Allergy Clin Immunol. 2006;6:410–5. 
  28. Ogimi C, Tanaka R, Arai T, Kikuchi A, Hanada R, Oh-ishi T: Rituximab and cyclosporine therapy for accelerated phase Chediak-Higashi syndrome. Pediatr Blood Cancer 2011, 57:677–680
  29. Marsh RA, Allen CE, McClain KL, Weinstein JL, Kanter J, Skiles J, Lee ND, Khan SP, Lawrence J, Mo JQ, Bleesing JJ, Filipovich AH, Jordan MB: Salvage therapy of refractory hemophagocytic lymphohistiocytosis with alemtuzumab. Pediatr Blood Cancer 2013, 60:101–109
  30. Eapen M, DeLaat CA, Baker KS, Cairo MS, Cowan MJ, Kurtzberg J, Steward CG, Veys PA, Filipovich AH: Hematopoietic cell transplantation for Chediak-Higashi syndrome. Bone Marrow Transplant 2007, 39:411–415
  31. Haddad E, Le Deist F, Blanche S, Benkerrou M, Rohrlich P, Vilmer E, Griscelli C, Fischer A. Treatment ofChediak-Higashi syndrome by allogenic bone marrow transplantation: report of 10 cases Blood 1995, 85: 3328–33. 
  32. Marsh RA, Vaughn G, Kim M-O, Li D, Jodele S, Joshi S, et al – Reduced-intensity conditioning (RIC) significantly improves survival of patients with hemophagocytic lymphohistiocytosis undergoing allogeneic hematopoietic cell transplantation. Blood 2010, 116:5824–5831.
  33. Marsh RA, Jordan MB, Filipovich AH: Reduced-intensity conditioning haematopoietic cell transplantation for haemophagocytic lymphohistiocytosis: an important step forward. Br J Haematol 2011, 154:556–563.
  34. Cooper N, Rao K, Gilmour K, et al. Stem cell transplantation with reduced-intensity conditioning for hemophagocytic Blood 2006: 107: 1233–1236
  35. Laura Dotta, Silvia Parolini, Alberto Prandini, Giovanna Tabellini, Maddalena Antolini, Stephen F Kingsmore and Raffaele Badolato – Clinical, laboratory and molecular signs of immunodeficiency in patients with partial oculo-cutaneous albinism Orphanet Journal of Rare Diseases 2013, 8:168

 

 

 Télécharger le PDF de cet article

Analyse de la prescription des antibiotiques Dans le service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen

Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, relativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés

 

M.C. Smahi 1*, S.A. Benmansour 1*, F.Z. Lahouel 2, W.K. Sekkak 2.

1 Service de Néonatologie, EHS Mère-Enfant ; et Faculté de Médecine, Tlemcen.

2 Département de pharmacie, Faculté de Médecine, Université Abou Bakr Belkaid, Tlemcen.

* Laboratoire de biologie moléculaire appliquée et d’immunologie, Université Abou Bakr Belkaid, Tlemcen.

 

Date de soumission : 25 Mars 2019.

 

Résumé : Introduction. Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, relativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés. Pour ces derniers, l’utilisation irrationnelle, en plus du risque d’erreurs de prescription, peut négativement impacter la flore individuelle du nouveau-né receveur (par exemple apparition d’entérobactéries résistantes aux céphalosporines) et/ou la flore des autres nouveau-nés du service. Objectifs. Évaluer la consommation et analyser les prescriptions des antibiotiques dans le service de néonatalogie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Patients et méthodes. Il s’agissait d’une étude de cohorte descriptive réalisée au niveau du service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Elle a consisté en un suivi régulier quotidien de la prescription des antibiotiques jusqu’à la sortie du nouveau-né, et a eu lieu entre le 01 Novembre 2013 et le 30 Avril 2014 (6 mois). Étaient inclus, tous les nouveau-nés âgés de 0 à 28 jours admis pendant la période d’étude, quel que soit le motif d’hospitalisation, et ayant reçu un traitement antibiotique. Chaque prescription a été étudiée à part, pour mieux apprécier l’adéquation des posologies avec les règles de prescription des antibiotiques en période néonatale. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire approprié, et analysées à l’aide du logiciel SPSS 17. Résultats. Durant la période d’étude 238 malades sur 701 nouveau-nés hospitalisés (pour au moins un jour) ont bénéficié d’une prescription d’antibiotique, ce qui correspond à environ 1 à 1,5 entrées par jour où le nouveau-né avait reçu une antibiothérapie ; le nombre des prescriptions d’antibiotique était de 636, correspondant à 3,5 prescriptions/jour. Le taux le plus élevé de prescription a été enregistré chez les nouveau-nés de moins de 7 jours (76,05% des cas). L’infection materno-fœtale a été le motif de prescription le plus fréquent (66,8% des cas). La gentamycine avec 34,6% était l’antibiotique le plus prescrit. Mais formulé en termes de dose définie journalière totale, le volume de consommation le plus important était celui de l’ampicilline (336,3), suivi du Cefotaxime (133,5). Les doses et les durées d’antibiothérapies étaient dans la majorité des cas conformes avec celles préconisées dans la littérature. Le coût direct total des antibiotiques utilisés pendant cette période était de 85.058,93 dinars (≈803 Euros). Conclusion. La rédaction des protocoles thérapeutiques et d’arbres décisionnels ainsi que la création d’un comité pour l’antibiothérapie à usage hospitalier devraient permettre de mieux rationaliser les prescriptions des antibiotiques.

Mots clés. Antibiotiques, infection, nouveau-né.

Abstract: Background and aims. The aim of our study was to assess the consumption and to analyse antibiotics prescription in the neonatal department of the Mother and Child Hospital at Tlemcen. Methodology. Descriptive cohort study conducted between November 1st, 2013 and April 30th, 2014 (6 months) at the neonatal department of the Mother and Child Hospital in Tlemcen. It consisted of a daily regular monitoring of antibiotic prescription until the exit of the new-born. Each prescription was studied separately in order to better assess the adequacy of dosing. Data were collected using an appropriate questionnaire, and were analysed using SPSS 17 software. Results. 238 of 701 patients hospitalized neonates (for at least 1 day) received an antibiotic prescription, which corresponds to about 1 to 1.5 admissions per day on which the new-born had received antibiotics; the number of antibiotic prescriptions was 636, corresponding to 3.5 prescriptions/day. The highest prescription rate was recorded among infants less than 7 days (76% of cases). Early onset sepsis was the most common cause of prescription (66.8% of cases). Gentamicin was the most prescribed antibiotic. But formulated in terms of total daily defined dose ampicillin (336.3) had the largest volume of consumption, followed by cefotaxime (133.5). The doses and duration of antibiotic therapy were pretty much in line with the recommendations. The total direct cost of antibiotics used during this period was 85 058.93 dinars (≈803 Euros). Conclusion. Writing therapeutic protocols and decision trees as well as creating a hospital committee for antibiotic use should help to better rationalize prescriptions.

Keywords. Antibiotics, infection, new-born.

Introduction

Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, significativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés [1]. Parmi les raisons expliquant la prescription élevée d’antibiotiques on peut citer : 1. Les difficultés diagnostiques que pose l’infection materno-foetale (IMF), puisque durant les premiers jours de vie, les symptômes de l’infection sont peu spécifiques [2]. Aussi, les recommandations pour le diagnostic et la prise en charge, notamment celles publiées en 2002 par l’ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé), tiennent compte de cette particularité en précisant que “tout nouveau-né qui va mal, sans raison apparente, est a priori suspect d’infection” [3] ; et 2. La susceptibilité des nouveau-nés et plus particulièrement les prématurés aux infections nosocomiales du fait qu’ils sont en partie immuno-incompétents [4].

Ainsi, dans la crainte du sepsis, les néonatologistes commencent très souvent à administrer des antibiotiques de manière prophylactique et empirique. Or, l’usage irrationnel des antibiotiques, en plus du risque d’erreurs de prescription, peut négativement impacter la flore individuelle du nouveau-né receveur (par exemple apparition d’entérobactéries résistantes aux céphalosporines) et/ou la flore des autres nouveau-nés hospitalisés.

L’utilisation appropriée des antibiotiques revêt donc une grande importance en pratique clinique [5]. Cela peut aider les soignants à être plus efficaces, rationnels et rentables. En Algérie, nous ne disposons que de très peu d’informations sur l’utilisation des antimicrobiens en période néonatale. L’objectif de notre étude était d’évaluer la consommation et d’analyser les prescriptions des antibiotiques dans le service de néonatalogie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen.

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude de cohorte descriptive réalisée au niveau du service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Elle a consisté en un suivi régulier quotidien de la prescription des antibiotiques jusqu’à la sortie du nouveau-né, et a eu lieu entre le 01 Novembre 2013 et le 30 Avril 2014 (6 mois). Étaient inclus, tous les nouveau-nés âgés de 0 à 28 jours admis pendant la période d’étude, quel que soit le motif d’hospitalisation, et ayant reçu un traitement antibiotique.

Chaque prescription a été étudiée à part, pour mieux apprécier l’adéquation des posologies avec les règles de prescription des en période néonatale en s’appuyant sur les deux sources de référence internationales couramment utilisées et bien établies que sont le Néofax [6] et le Nelson’s Pocket Book of Paediatric Antimicrobial Therapy (Nelson’s) dans sa 22ème édition [7].

Pendant cette période d’étude le protocole du service concernant le diagnostic et la prise en charge des infections bactériennes materno-foetales était en grande partie adapté des recommandations de l’HAS de 2002 [3]. La Dose Définie Journalière (DDJ) a été utilisée comme indicateur de la consommation ATB. Elle est définie par l’OMS comme la dose moyenne journalière d’un médicament dans son indication principale pour un adulte de 70 kg[1] [8]. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire standardisé, et analysées à l’aide du logiciel SPSS 17.

Résultats

Durant la période d’étude 238 (33,9%) malades sur 701 nouveau-nés hospitalisés (pour au moins un jour) ont bénéficié d’une prescription d’antibiotique, ce qui correspond à environ 1 à 1,5 entrées par jour où le nouveau-né avait reçu une antibiothérapie ; le nombre des prescriptions d’antibiotique était de 636, correspondant à 3,5 prescriptions/jour. Les principales caractéristiques de la population d’étude sont présentées au tableau I. L’âge moyen des patients à l’admission était de 4,66 ± 7,6 ; 76% avaient un âge ≤ 7 jours, et 26,1% sont nés par voie haute. L’âge gestationnel moyen était de 37,1 ± 4,2 semaines avec une médiane de 39 semaines (38,24% étaient prématurés), et un sex-ratio de 1,98. La majorité des nouveau-nés (65,5%) étaient des « in-born ».

 

La répartition des cas selon le type (IMF ou nosocomiale) et le site de l’infection néonatale sont présentées au tableau II. L’IMF a constitué le motif principal de prescription des antibiotiques (septicémie dans 44,5% des cas, suivie des infections pulmonaires précoces dans 15,1% ; et des infections pulmonaires tardives primitives dans 12,2%). L’infection urinaire d’origine materno-fœtale et tardive, l’omphalite et l’infection pulmonaire d’origine nosocomiale, ont représenté des infections minoritaires avec un taux de 0,4% chacune. Dans 3,8% des cas, l’antibiotique a été prescrit à titre « prophylactique », essentiellement en préopératoire pour des urgences chirurgicales.

Les différents antibiotiques prescrits sont présentés au tableau III. La gentamycine était l’antibiotique le plus prescrit (34,6%), devançant l’ampicilline (29,2%) et le Céfotaxime (28,5%). Mais formulé en termes de dose définie journalière totale (tableau IV), le volume de consommation le plus important était celui de l’ampicilline (336,3), suivi du Céfotaxime (133,5).

Les antibiotiques ont été prescrits en association dans 93,70% des cas (double dans 31,93%, triple dans 57,56% et quadruple dans 3,78%). La Josamycine (53,3%), l’Oxacilline (20%) et l’Imipenème (13,3%) étaient les antibiotiques les plus prescrits en monothérapie. La voie veineuse directe était la voie la plus utilisée (70,13%), suivie par la voie veineuse lente (23,3%), la voie intramusculaire (4,25%), et la voie orale (2,35%).

Les doses et les durées d’antibiothérapies étaient, dans la majorité des cas, conformes avec celles préconisées dans la littérature. L’adéquation des posologies avec les règles de prescription en période néonatale au cours des IMF précoces est présentée dans le tableau V.

Le coût direct total des antibiotiques utilisés pendant cette période était de 85.058,93 dinars (tableau VI). L’imipenème, même s’il n’a été prescrit que dans 1,1% des cas, a représenté 40,6% du coût direct total.

Discussion

La consommation mondiale d’antibiotiques a augmenté de 65% entre 2000 et 2015, particulièrement dans les pays à revenu intermédiaire ou faible. L’Algérie a été citée parmi le top 5 des pays dans le monde, à coté de la Tunisie, la Turquie, et la Romanie où le taux de consommation d’antibiotiques a été le plus élevé en 2015, mais on ne dispose d’aucune étude publiée concernant la consommation d’antibiotiques dans les services de néonatologie [9]. De ce fait, l’objectif principal de notre étude était d’évaluer la consommation des antibiotiques dans notre service de néonatalogie.

Au cours de cette période 33,9% des nouveau-nés hospitalisés ont reçu pendant au moins un jour un antibiotique. Ce chiffre est dans la fourchette de ceux publiés par d’autres équipes. Dans une enquête exhaustive menée en 2013 dans 73 hôpitaux, Versporten et al., ont rapporté que selon le niveau de l’USIN, jusqu’à 20 à 40% des nouveau-nés admis reçoivent un traitement antibiotique chaque jour, 30 à 90% d’entre eux ayant été exposés à au moins un antibiotique au cours de leur admission [10].

L’IMF documentée ou suspectée a constitué le motif principal de prescription des antibiotiques chez nos patients. Ceci est expliqué par la hantise du « Early onset sepsis », qui a impacté la plupart des recommandations et notamment celles de l’ANAES de 2002 [3]. Dans notre contexte le principe de précaution est poussé à l’extrême en raison de l’absence de politique de dépistage du Streptocoque B chez la femme enceinte en Algérie. Cette forte prescription d’antibiotiques n’est pas sans conséquences sur l’implantation de la flore néonatale dans une période critique du développement immunitaire. En effet, lorsque des antibiotiques sont administrés au cours de la période périnatale, le processus de colonisation initial est interrompu, ce qui conduit à un état de dysbiose [11]. Des études épidémiologiques ont montré une association directe entre l’utilisation d’antibiotiques au cours de la première année de vie et l’expression de l’asthme au cours de l’adolescence [12]. Des observations similaires ont été notées pour l’utilisation précoce d’antibiotiques, les maladies inflammatoires de l’intestin, le diabète de type 1 et l’obésité [13,14]. Les effets potentiellement délétères de l’antibiothérapie pendant la période périnatale à court et à long termes, imposent donc de modifier nos habitudes diagnostiques et thérapeutiques. Ainsi, dans l’objectif de minimiser l’exposition aux antibiotiques des nouveaux nés à faible risque d’infection néonatale précoce ; l’académie américaine de pédiatrie en 2012 [15], le National Institute for Health and Clinical Excellence au Royaume Uni en 2013 [16] et l’HAS en France en 2017 [17, ont successivement revu et actualisé leurs recommandations.

Par ailleurs, la gentamycine était l’antibiotique le plus prescrit dans notre service pendant cette période, ce qu’a également rapporté Versporten et al., dans leur grande enquête [10]. La bithérapie étant de règle en période néonatale, un aminoside (essentiellement la gentamycine) est systématiquement associé à une bêta-lactamine (ampicilline, pénicilline G ou céfotaxime selon le protocole utilisé). Dans notre série, une association triple a été utilisée dans 57,56%, ce qui constitue probablement une surenchère difficilement argumentable, même si les difficultés de réalisation des examens bactériologiques pourraient expliquer cette tendance. En fait, l’association triple était majoritairement prescrite au cours des gardes et l’antibiothérapie était le plus souvent réajustée le jour suivant.

Enfin, les doses et les durées d’antibiothérapies étaient dans la majorité des cas conformes avec celles préconisées dans la littérature, contrairement à Metsvaht et al., qui ont rapporté des variations extrêmement larges et non aléatoires dans la posologie des antibiotiques les plus fréquemment utilisés dans les unités de soins intensifs néonatales [18]. La méthodologie de l’auto-évaluation que nous avons adoptée dans notre étude constitue une limitation et pourrait expliquer ce résultat contradictoire.

Conclusion

Le traitement rapide de l’infection néonatale avec des antibiotiques appropriés peut sauver la vie, cependant, la disponibilité d’antibiotiques efficaces peut devenir limitée par le développement des résistances.

La rédaction des protocoles thérapeutiques et d’arbres décisionnels adaptés à notre contexte ainsi que la création d’un comité pour l’antibiothérapie à usage hospitalier devraient permettre de mieux rationaliser les prescriptions des antibiotiques.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 Références

 

  1. de Jong, P.B. van den Berg, S.T. Visser, T.W. de Vries, L.T. de Jong-van den Berg. Antibiotic usage, dosage and course length in children between 0 and 4 years. Acta Paediatr., 98 (7) (2009), pp. 1142-1148
  2. Short MA. Guide to a systematic physical assessment in the infant with suspected infection and/or sepsis. Adv Neonatal Care. 2004 Jun. 4(3):141-53; quiz 154-7.
  3. Diagnostic et traitement curatif de l’infection bactérienne précoce du nouveau-né. ANAES, Editor. 2002.
  4. Johnston RB ed. Developmental immunobiology. In: Polin AR, Fox WW eds. Foetal and neonatal physiology. Philadelphie Saunders 1992, Section XXII: 1403-88.
  5. Yves Liem TB, Krediet TG, Andre´ Fleer, Egberts TCG, Rademaker CMA. Variation in antibiotic use in neonatal intensive care units in the Netherlands. J Antimicrob Chemother 2010;65(6):1270-5.
  6. Young T.E. MD, Magnum B, PharmD. Neofax. 24th ed. Montvale, NJ: Thomson Reuters; 2011
  7. Bradley JS, Nelson JD. Nelson’s pediatric antimicrobial therapy. 22. Elk Grove Village: American Academy of Pediatrics; 2016
  8. WHO Collaborating Centre for Drug Statistics Methodology, Guidelines for ATC classification and DDD assignment 2019. Oslo, Norway, 2018.
  9. Eili Y. Klein, Thomas P. Van Boeckel, Elena M. Martinez, Suraj Pant, Sumanth Gandra, Simon A. Levin, Herman Goossens, and Ramanan Laxminarayan. Global increase and geographic convergence in antibiotic consumption between 2000 and 2015. Proc Natl Acad Sci U S A. 2018 Apr 10;115(15): E3463-E3470.
  10. Versporten A, Sharland M, Bielicki J, Drapier N, Vankerckhoven V, Goossens H. The antibiotic resistance and prescribing in European Children project: a neonatal and pediatric antimicrobial web-based point prevalence survey in 73 hospitals worldwide. Pediatr Infect Dis J. 2013;32(6):e242–53.
  11. Zeissig S, Blumberg RS. Life at the beginning: perturbation of the microbiota by antibiotics in early life and its role in health and disease. Nature Immunol 2014;12:307–10.
  12. Marra F, Marra CA, Richardson K et al, Antibiotic use in children is associated with increased risk of asthma. Pediatrics 2009;123:1003–1010.
  13. Giongo A, Gano KA, Drabb DB et al,. Toward defining the autoimmune microbiome for type 1 diabetes. ISME J 2011;5:82–91
  14. Azad MB, Bridgman SL, Becker AB, Kozyrskyj AL. Infant antibiotic exposure and the development of childhood overweight and central adiposity. Int J Obes (Lond). 2014;38(10):1290–8.
  15. Polin RA; Committee on Fetus and Newborn. Management of neonates with suspected or proven early-onset bacterial sepsis. Pediatrics. 2012 May;129(5):1006-15. doi: 10.1542/peds.2012-0541. Epub 2012 Apr 30.
  16. Caffrey Osvald E, et al. Arch Dis Child Educ Pract Ed 2014;99:98–100. doi:10.1136/archdischild-2013-304629
  17. Gras-Le Guen C., Foix-L’Hélias L., Boileau P. (2017). Infection néonatale bactérienne précoce (INBP): quel algorithme de prise en charge en 2017 ? Archives de Pédiatrie. 24.S14-S17.10.1016/S0929-693X (18)30039-3.
  18. Metsvaht, T., Nellis, G., Varendi, H., Nunn, A. J., Graham, S., Rieutord, A., Storme, T., McElnay, J., Mulla, H., Turner, MA., Lutsar, I. (2015). High variability in the dosing of commonly used antibiotics revealed by a Europe-wide point prevalence study: implications for research and dissemination. BMC Pediatrics, 15(1), [41]. DOI: 10.1186/s12887-015-0359-y

Tableaux

 Tableau I. Principales caractéristiques de la population d‘étude (n=238).

Variables

%

Moyenne ± Ecart-type

Médiane

Extrêmes

 

Age post-conceptionnel (Jours)

 

2,1 ± 5,2

0

0 ; 27

 

 0 – 7 jours

76,05

 

 8 – 14 jours

10,92

 

 15 – 28 jours

13,03

 

Sexe (garçons)

66,4

 

Accouchement par césarienne

26,1

 

Inborn / Outborn

65,5 / 34,5

 

Age gestationnel (Semaines)

37,1 ± 4,2

39

27 ; 42

 

 < 28

3,26

 

 28 – 31 + 6 j

14,61

 

 33 – 36 + 6 j

26,37

 

 38 – 40 + 6 j

43,34

 

 > 41

2,84

 

 Indéterminé

9,58

Poids (grammes)

2825 ± 887,6

2860

700 ; 5100

 

 < 1000

4,42

 

 1000 – 1499

12,30

 

 1500 – 2500

34,03

 

 > 2500

49,25

 

Durée d’hospitalisation (Jours)

11,5 ± 9,4

9

1 ; 52

 

 

 

Tableau II. Répartition des cas selon le type (IMF ou nosocomiale) et le site de l’infection néonatale.

 

Antibiothérapie non justifiée

n (%)

Septicémie

n (%)

Méningite

n (%)

Infection pulmonaire

n (%)

Omphalite

n (%)

Infection urinaire

n (%)

Total

n (%)

Antibiothérapie

« prophylactique »

9 (3,8)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

9 (3,8)

IMF précoce

0 (0,0)

106 (44,5)

16 (6,7)

36 (15,1)

0 (0,0)

1 (0,4)

159 (66,8)

IMF tardive

0 (0,0)

27(11,3)

2(0,8)

25 (10,4)

7 (2,9)

1 (0,4)

66 (27,7)

Infection nosocomiale

0 (0,0)

2(0,8)

0(0,0)

1(0,4)

1(0,4)

0 (0,0)

8 (3,4)

Total

9 (3,8)

135(56,7)

18 (7,6)

66(27,7)

8 (3,4)

2 (0,8)

238 (100)

IMF, Infection materno-fœtale

 Tableau III. Répartition des prescriptions selon les familles d’antibiotiques.

Famille d’ATB

Antibiotique prescrit*

Effectif

Pourcentage%

Pénicillines

Ampicilline

Oxacilline

Amoxicilline

186

10

7

29,25

1.8

1, 1

 

C3G

Céfotaxime

181

28,46

 

Aminosides

Gentamycine

220

34,6

 

Macrolides

Josamycine

14

2,2

 

Carbapénèmes

Imipénème

7

1,1

 

Glycopeptides

Vancomycine

1

0,15

 

Imidazoles

Métronidazole

5

0,78

 

Quinolones

Ciprofloxacine

5

0,78

 

Total

636

100

 

 

Tableau IV. Antibiotiques prescrits et leurs Dose Définie Journalière par 181 jours d’étude.

.

Antibiotique prescrit

Dose par unité en gramme

Nombre total d’unités

Nombre de DDJ* par unité en gramme

Nombre de DDJ total

Ampicilline

1

672,6

0,5

336,3

Céfotaxime

1

534,2

0,25

133,5

Gentamycine

0,04

9,9

0,16

39,6

Josamycine

1,5

14,5

0,75

7,25

Imipenème

0,5

22

0,25

11

Oxacilline

1

17

0,5

8,5

Amoxicilline

1

21,6

1

21,6

Métronidazole

0,5

3,2

0,33

2,11

Vancomycine

0,5

0,5

0,25

0,25

*DDJ : dose définie journalière.

  Tableau V. Conformité de la prescription des antibiotiques au cours des IMF précoces

Type d’infection

Antibiotique

Effectif

(%)

Dose moyenne / Référence*

(mg/kg/dose)

Intervalle moyen /Référence*

(heures)

Durée moyenne / Référence*

(jours)

Septicémie

n=106

Ampicilline

Gentamycine

Céfotaxime

Métronidazole

95

102

95

3

89,6

96,23

89,62

2,83

35,5 / 25-50

4,2 / 4-6

38,6/ 25-50

7,4 / 7,5

11,1 / 12

23,76 / 24

11,1/ 12

11,1/ 12

10,8 / 10

2,5 / 2

10,4 / 10

9 / 10

Méningite

n=16

Ampicilline

Céfotaxime

Gentamycine

Ciprofloxacine

6

14

16

1

37,5

87,5

100

16,94

95,8 / 100

51 / 50

4,19 / 4-6

11,1 / 10

11,33 / 12

11,6 / 12

22,87/ 24

12 / 12

19,7 / 15-21

17,43 / 15-21

6 / 5-10

5/ 4-5

Infection pulmonaire

n=36

Ampicilline

Céfotaxime

Josamycine

31

27

3

86,11

75

8,34

34,5 / 25-50

30,7/ 25-50

16,8 / 15

11,5 / 12

12,2/ 12

12,6 / 12

8,6 / 7-10

8,9 / 7-10

14 / 14

Infection urinaire n=1

Céfotaxime

Gentamycine

1

1

100

100

50 / 50

5 / 4-6

12,7 / 12

24 / 24

11/ 7-10

4 / 2-4

*Néofax [6], et Nelson’s Pocket Book of Paediatric Antimicrobial Therapy dans sa 22ème édition [7]

 Tableau VI. Antibiotiques prescrits, coût journalier moyen et coût total.

Antibiotique prescrit

Coût journalier moyen (DA/jour)

Coût total

(DA)

Ampicilline

8,16

 

16.276,33

Céfotaxime

12,22

 

22.877,85

Gentamycine

8,28

 

6.043,019

Josamycine

24,95

 

3.274,422

Imipenème

217,43

 

34.590,95

Oxacilline

15,50

 

840,555

Amoxicilline

11,28

 

833,838

Métronidazole

3,32

 

148,516

Vancomycine

43,36

 

173,447

Total

 

85.058,927

 

[1] http://www.whocc.no/atc_ddd_index/

 

 

 Télécharger le PDF de cet article