Hommage au Professeur Jean Marie Warter

Au nom de tous mes confrères de l’est algérien, je rends hommage au Pr Jean Marie Warter qui a formé les premiers neurologues de la région, et qui a continué à nous encadrer après son retour à Strasbourg. Il nous a inculqué l’amour de la neurologie.

Au nom de tous mes confrères de l’est algérien, je rends hommage au Pr Jean Marie Warter qui a formé les premiers neurologues de la région, et qui a continué à nous encadrer après son retour à Strasbourg. Il nous a inculqué l’amour de la neurologie.
Professeur de Clinique Neurologique à la Faculté de Médecine de Strasbourg et Chef du Département de Neurologie au C.H.U, Jean-Marie Warter était aussi Co-Directeur du Laboratoire de Pathologie des Communications entre cellules nerveuses et musculaires, de la Faculté de Pharmacie.
Les travaux de Jean-Marie Warter portent plus de 500 publications et communications toutes orientées sur les pathologies Neuromusculaires. À l’académie nationale de médecine, il a été élu correspondant national pour la division de
médecine le 14 mai 2002. Jean-Marie Warter était membre des Sociétés Française et Européenne de Neurologie et de la « Peripheral Nerve Society »
Il a formé de nombreux neurologues à la Faculté de Médecine de Constantine où il a travaillé de nombreuses années. Il a été mon directeur de thèse et a ouvert les portes de son service, à l’époque situé à l’Hôpital Civil – Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, aux neurologues algériens !
Qu’il repose en paix !
Je rends hommage également à son successeur le Dr Makhlouf Abdelmadjid qui a dirigé le service de neurologie après le Pr J.M. Warter.

Qu’il repose en paix !

 

 

Pr N. Toubal
Service de Neurologie
CHU Ibn Sina – Annaba.

 

 

 

 

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Les dystonies cervicales : expérience du service de neurologie du CHU A. Benbadis de Constantine

La dystonie cervicale (DC) se définit comme un trouble du mouvement avec des contractions musculaires soutenues ou intermittentes à l’origine de mouvements de torsion ou de postures anormales de la tête et du cou ou les deux.

F. Serradj1, A.S. Fekraoui1, H. Semra1, D. Boudrioua2, Y. Sekhara1, A. Hamri1, A. Mzahem1

(1) Service de Neurologie, CHU Abdesselam Benbadis de Constantine

(2) Service d’Épidémiologie, CHU Abdesselam Benbadis de Constantine

 

Date de soumission : 21 Février 2020.

 

Résumé : La dystonie cervicale (DC) se définit comme un trouble du mouvement avec des contractions musculaires soutenues ou intermittentes à l’origine de mouvements de torsion ou de postures anormales de la tête et du cou ou les deux. L’objet de notre étude était de recenser et d’inclure tous les patients présentant une DC parmi l’ensemble de la pathologie extrapyramidale, colligés au niveau de la consultation des mouvements anormaux du service de neurologie du CHU Benbadis de Constantine. C’est une étude rétrospective incluant 42 DC de la période du 1er Septembre 2005 au 31 Décembre 2019. L’âge moyen de notre population était de 42,67 ans +/- 16,495 avec une légère prédominance masculine (sex ratio = 1,33). La DC est la plus fréquente des dystonies focales de l’adulte, dominée par le torticolis spasmodique rotatoire. Elle se distingue par ses étiologies multiples surtout les causes idiopathiques et dont le traitement symptomatique de première intention repose sur les injections de toxine botulinique de type « A ».

Mots clés : dystonie, focale, cervicale, idiopathique, toxine botulinique.

Abstract: Dystonia is defined as a movement disorder characterized by sustained or intermittent muscle contractions causing abnormal, often repetitive, movements, postures, or both. The purpose of our study was to identify and include all patients with CD among all of the extrapyramidal pathologies collected at the consultation of abnormal movements in the neurology department of the Constantine University Hospital. This is a retrospective study including 42 CD from the period from September 1, 2005 to December 31, 2019. The average age of our population was 42.67 +/- 16.495 years and a slight male predominance (sex ratio = 1.33). Common adult focal dystonia dominated by rotational spasmodic torticollis. It is distinguished by its multiple etiologies, especially the idiopathic causes and whose symptomatic first-line treatment is based on injections of botulinum toxin type “A”.

Key words: Dystonia, focal, cervical, idiopathic, botulinum toxin.


 

  • Introduction

La dystonie se définit par des contractions musculaires soutenues ou intermittentes responsables de mouvements anormaux ou des anomalies de la posture ou les deux, souvent répétitifs. Ces mouvements dystoniques sont typiquement associés à des phénomènes de torsion ou à des tremblements (1). La dystonie, souvent provoquée ou aggravée par des actions volontaires est associée à une hyperactivité musculaire souvent soulagée par « un geste antagoniste » et dans sa forme surtout douloureuse elle compromet l’activité professionnelle (2).

La DC se définissant par une attitude anormale de la tête et/ou du cou, entre dans le cadre du concept collum-caput (COL-CAP) et dépend des muscles impliqués : il peut s’agir d’un torticolis ou torticaput (rotation), d’un latérocolis ou latérocaput (inclinaison), d’un antécolis ou antécaput (flexion) et d’un rétrocolis ou rétrocaput (extension) (3).

Des signes non moteurs peuvent accompagner la dystonie comme la dépression, l’anxiété et les troubles du sommeil (4).

Les DC sont les plus fréquentes, avec une proportion variant entre 50 et 82% des cas (5), touchent le plus souvent les femmes entre 30 et 60 ans (6).

Pour mieux cerner la problématique de la prise en charge des dystonies, deux grands axes ont été pris en considération (7,8) :

  • AXE 1 : la présentation clinique
  • La distribution topographique :
  • Focale: atteinte d’une seule région du corps (dystonies cervicales).
  • Segmentaire: atteinte de deux, ou plusieurs régions contiguës.
  • Multifocale: atteinte de deux régions corporelles ou plus, non contiguës.
  • Hémidystonie: atteinte du membre supérieur, et du membre inférieur du même côté.
  • Généralisée: atteinte d’un membre inférieur, les deux, le tronc et une autre région corporelle.
  • Age de début : enfance (<2ans) ; enfance tardive (3-12), adolescence (13-20), âge adulte précoce (21-40), âge adulte tardif (>40 ans).
  • Profil temporel (évolution) : pathologie statique ou progressive.
  • Axe 2 : étiologies
  • Héréditaires : autosomiques dominantes, autosomiques récessives, récessives liées au chromosome X ou formes mitochondriales.
  • Acquises : secondaires à des lésions cérébrales (encéphalopathie anoxique, traumatisme crânien, accident vasculaire, hypoxique/anoxique, toxique),
  • Idiopathiques : sporadique ou familiale.

L’étiopathogénie est complexe et mal élucidée, impliquant plusieurs structures cérébrales. Des études des stimulations transcrâniennes ont montré une excitabilité accrue du cortex moteur, très probablement secondaire à la perte d’inhibition des ganglions de la base (9), et suggèrent également une altération du contrôle de l’input proprioceptif (10).

La prise en charge est fonction de l’étiologie mais surtout symptomatique (11), par l’utilisation de la toxine botulinique injectable qui bloque la libération de l’acétylcholine au niveau de la jonction neuro-musculaire occasionnant une paralysie des muscles impliqués, et ceci en fonction des doses injectées.

La dose initiale recommandée est de 500 unités par patient sans dépasser 1.000 unités par séance d’injection.

La dose totale doit être répartie entre les 2 ou 3 muscles cervicaux les plus actifs (le plus souvent : sterno-cléido-mastoïdien, splenius, trapèze ou angulaire).

Le traitement par voie orale est peu efficace, on utilise :

  • Les anticholinergiques : Trihexyphénidyle à fortes doses.
  • Les myorelaxants agonistes du GABA : Baclofène.
  • Les benzodiazépines : Clonazepam pour les formes myocloniques.
  • Les thérapies agissant sur le système dopaminergique : L-Dopa pour les dystonies dopa-sensibles.
  • La stimulation cérébrale profonde reste l’alternative la plus prometteuse.
  • Kinésithérapie.
  • Prise en charge psychologique.

 

  • Patients et méthodes 

Notre étude est observationnelle de type descriptif, rétrospective comportant une série de cas de 42 patients présentant une dystonie cervicale, réalisée au niveau de la consultation des mouvements anormaux du service de neurologie du CHU Benbadis de Constantine sur une période allant du 01 Septembre 2005 au 31 décembre 2019.

L’objectif principal était de recenser et d’inclure tous les patients présentant une dystonie cervicale parmi l’ensemble de la pathologie extrapyramidale.

Ce travail a nécessité une collaboration étroite, pluridisciplinaire (neurologues, pédiatres, rééducateurs, radiologues), permettant un meilleur recrutement de notre population.

L’analyse des données a été recueillie sur un fichier Excel 2007 et traitée par SPSS 22. Les variables qualitatives ont été exprimées en pourcentage et les variables quantitatives en moyenne +/- écart type, mode et en quartiles.

 

  • Résultats 
  • Fréquence des dystonies cervicales

La fréquence des DC était respectivement de l’ordre de 9,8% et de 59,15% par apport à l’ensemble des mouvements anormaux et des dystonies focales avec une augmentation constante (Tableau 1, Fig. 1).

Figure 1 : Représentation de la fréquence des cas de dystonies selon les années

Tableau 1 : Représentation des DC par rapport à l’ensemble de la pathologie extrapyramidale et des dystonies focales

 

Dystonie cervicale/Pathologie extrapyramidale

Pathologie extrapyramidale

 

Dystonie

Cervicale/ Dystonies focales

Dystonies focales

N

42

421

42

71

%

9.97

100

59,15

100

 

 

DYS3

Figure 2 : Représentation des dystonies selon la distribution topographique

  • Répartition des dystonies cervicales selon l’âge et le sexe

La plus grande fréquence était notée dans la tranche d’âge 21-40 ans, plus nette pour un âge >40 ans avec une légère prédominance masculine (Tableau 2, Fig. 3).

Tableau 2 : Représentation des DC selon l’âge

Tranches d’âge

Fréquence

Pourcentage

3-12 ans

1

2,4

13-20 ans

1

2,4

21-40 ans

19

45,2

>40 ans

21

50

Total

42

100

 

DYS5

Figure 3 : Représentation des DC selon le sexe

  • Répartition selon la posture cervico-céphalique 

Le mouvement le plus répandu est le torticolis rotatoire, suivi par le rétrocolis, l’antécolis et le latérocolis (Tableau 3).

Tableau 3 : Répartition selon la posture cervico-céphalique

 

Torticolis spasmodique

Antécolis

Rétrocolis

Latérocolis

N

29

4

7

4

%

69

9,52

16,6

9,52

  • Diagnostic étiologique

Les étiologies des dystonies cervicales sont représentées essentiellement par les causes idiopathiques ou génétiques, avec des cas aux antécédents familiaux répondants aux phénotypes Dyt5, Dyt6, Dyt11, Dyt23 ; suivies des causes anoxo-hypoxiques, kernicterus, la maladie de parkinson idiopathique et les syndromes parkinsoniens, DC post neuroleptiques, maladie de Wilson, syndrome PKAN, et sclérose en plaques.

 

  • Discussion

La fréquence des dystonies augmente d’année en année, et ce depuis la mise en route de la consultation spécialisée (mouvements anormaux) (Fig. 1).

L’âge moyen au moment du diagnostic est de 42,67 ans +/- 16,495, et plus tardif chez les femmes (48,06 ans +/- 19,099) ce qui concorde avec les données de la littérature (39,2 ans versus 42,9 ans) (5) avec une légère prédominance masculine et un sex-ratio de 1,33 contrairement aux données de la littérature (6,12) (Tableau 2, Fig. 3).

La posture anormale la plus courante est une combinaison des différents mouvements, néanmoins le torticolis spasmodique rotatoire est de loin le plus fréquent (69% des cas) rejoignant les données de la littérature (6,12) (Tableau 3).

Les étiologies des DC sont dominées par les causes idiopathiques, cependant, cette recherche étiologique notamment génétique et métabolique reste limitée par les moyens techniques d’investigation.

 

  • Conclusion 

La dystonie cervicale représente la 1ère dystonie focale, de diagnostic clinique facile, avec réalisation de progrès dans sa définition et sa physiopathologie. Elles sont très invalidantes par leur retentissement douloureux et moral et justifient une attitude thérapeutique active. Dans notre pays, leur prise en charge reste limitée notamment les investigations à visée étiologique.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

  • Stacy M, ed. Handbook of dystonia. 2007, Informa: New York.
  • Muller J, Wissel J, Masuhr F et al. Clinical characteristic of the geste antagoniste in cervical dystonia. J Neurol 2001; 248(6) :478-82.
  • Finsterer J, Maeztu, Gonzalo J, Collum-caput (COL-CAP) concept for conceptual anterocollis, anterocaput, and forward sagittal shift. Sci Neurol 2015. 355(1-2): 37–43.
  • Muller J, Kemmler G, Wissel J et al. The impact of blepharospasme and cervical dystonia on health-related quality of life and depression. J Neurol 2002; 249(7):842-6.
  • Dhaenens CM, Krystkowiak P, Douay X et al. Clinical and genetic evaluation in a French population presenting with primary focal dystonia. Mov Disord 2005; 20(7): 822-5.
  • Chan, J., Brin, M.F., Fahn, S. et al, Idiopathic cervical dystonia: clinical characteristics. MovDisord1991; 6: 119–126.
  • Albanese A, Bhatia K, Bressman SB, et al. Phenomenology and classification of dystonia: a consensus update. Mov Disord 2013;28:863-873.
  • A. Jinah, A. Alabanese. The New Classification System for the Dystonias: Why Was It Needed and How Was It Developed? Mov Disord Clin Pract. 2014 Dec; 1(4): 280–284.
  • Amadio S, Panizza M, Pisano F et al. Transcanial magnetic stimulation and silent period in spasmodic torticolis. Am J Phys Med Rehabil2000; 79(3): 361-8.
  • Tinazzi M, Priori A, Bertolasi L et al. Abnormal central integration of a dual somatosensory input in dystonia Evidence of sensory overflow. Brain 2000; 123: 42-50.
  • Albanese, A., Barnes, M.P., Bhatia, K.P., et al. A systematic review on the diagnosis and treatment of primary (idiopathic) dystonia and dystonia plus syndromes: report of an EFNS/MDS-ES Task Force. Eur. J. Neurol. 2006; 13: 433–444.
  • Jankovic J, Leder S, Warner D et al. Cervical dystonia: clinical findings and associated movement disorder. Neurology 1991;41(7): 1088-191.

 

 

 

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Les étiologies des hémorragies intracérébrales au CHU de Sétif.

Contexte : La constatation, dans notre pratique quotidienne, d’un nombre inhabituel d’hémorragies intracérébrales (HIC) parmi les accidents vasculaires cérébraux (AVC), nous a incité à réaliser une étude autour de cette question qui a pour objectif principal de déterminer les différentes étiologies des HIC au service de neurologie du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Sétif.

 

M.C. Chekkour, H. Zobiri, Service de Neurologie, CHU Saadna Mohamed Abdenour, Sétif. 

 

Date de soumission : 12 Février 2020. 

 

Résumé : Contexte : La constatation, dans notre pratique quotidienne, d’un nombre inhabituel d’hémorragies intracérébrales (HIC) parmi les accidents vasculaires cérébraux (AVC), nous a incité à réaliser une étude autour de cette question qui a pour objectif principal de déterminer les différentes étiologies des HIC au service de neurologie du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Sétif. Patients et Méthodes : Il s’agit d’une étude descriptive et prospective sur une période de 02 ans (Janvier 2014 à Décembre 2015), incluant 157 patients âgés de 15 ans et plus, qui ont présenté une HIC nouvellement diagnostiquée et confirmée par une imagerie cérébrale. Résultats : Dans notre série, l’hypertension artérielle (HTA) et la thrombose veineuse cérébrale (TVC) sont, à elles seules, responsables de plus de 80% de toutes les HIC, tous âges confondus. Conclusion : Nous pourrions réduire de manière drastique ce fléau à moindre coût, en agissant en amont, par une prise en charge préventive convenable et efficace de ses causes les plus fréquentes, qui sont l’HTA et la TVC.

Mots-clés : Hémorragie intracérébrale (HIC), étiologie, CHU de Sétif.

Abstract: Background: The observation, in our daily practice, of an unusual number of intracerebral haemorrhages (ICH) among stroke cases, prompted us to conduct a study on this issue with the main objective is to determine the different aetiologies of the ICH in the neurology department of the Sétif’s University hospital. Patients and Methods: It is a prospective and descriptive study over a period of 2 years (January 2014 to December 2015), including 157 patients aged 15 years and older with an intracerebral haemorrhage confirmed by brain imaging. Findings: In our series, hypertension and cerebral venous thrombosis alone are responsible for more than 80% of all ICH, regardless of age. Conclusion: We could drastically reduce this scourge at a lower cost, by acting upstream, by a suitable and effective preventive management of its most frequent causes, which are hypertension and cerebral venous thrombosis.

Keywords: Intracerebral haemorrhage (ICH), Aetiology, Sétif’s University Hospital.

 

Introduction

En Algérie, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), se sont imposés, au fil du temps, comme un vrai problème de santé publique. Depuis que notre unité neurovasculaire à Sétif a vu le jour en 2014, nous avons constaté, dans notre pratique quotidienne, un nombre inhabituel d’hémorragies cérébrales parmi les AVC, ce qui a suscité l’intérêt de réaliser une étude autour de cette question, intitulée : «  Les Accidents vasculaires cérébraux hémorragiques (AVCH) au Centre Hospitalo-Universitaire (CHU) de Sétif – Aspects cliniques, étiologiques & évolutifs ». Dans cet article, nous nous attellerons à discuter des étiologies des hémorragies intracérébrales (HIC).

Patients et Méthodes

Nous avons réalisé une étude descriptive, observationnelle et prospective sur 24 mois, du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, incluant tous les patients âgés de 15 ans et plus, admis dans le service de neurologie pour une hémorragie cérébrale nouvellement diagnostiquée, confirmée par une imagerie cérébrale.

Résultats 

  • Concernant l’ensemble des AVC

Durant les 24 mois d’étude, 4.022 patients ont été hospitalisés. Les AVC ont représenté 43% de toutes les hospitalisations (614 patients). Les AVCH représentent 14% de toutes les hospitalisations, contre 29% pour les I.C.

Parmi tous les AVC admis, les infarctus cérébraux (I.C.) représentent presque les 2/3, contre près du 1/3 pour les AVCH, soit 201 patients (un peu plus du 1/4 pour hémorragies intracérébrales seule) (Cf. Figure 1).

 

Figure 1 : Répartition selon le type et sous-types d’AVC

HEM2

Figure 2 : Répartition selon le type d’AVCH

 

HEM3

Figure 3 : Répartition selon le type d’HIC

 

Parmi les AVCH, l’HIC représente 78% des cas (157 patients) et l’hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA) 22% des cas. L’hémorragie intra-parenchymateuse (HIP) compte pour 97% des HIC. La forme intraventriculaire pure ne se voit que dans 3% des HIC (Cf. Figures 2 et 3).

  • Concernant l’hémorragie intracérébrale
  • L’incidence moyenne de l’HIC, se rapportant à la population de la Daïra de Sétif, est de 33,45/100.000 habitants/an.
  • Répartition de l’HIC selon l’âge : un peu moins des 2/3 d’HIC sont âgés de 50 ans et plus (Cf. Figure 4). L’hémorragie intracérébrale affecte les sujets âgés de plus de 50 ans (moyenne de 57 ans). La tranche d’âge la plus touchée est celle entre 50-59 ans.
  • Répartition de l’hémorragie intracérébrale selon le sexe : légère prédominance masculine pour l’HIC (p=0,121). Le sex-ratio est de 1,2.
  • Répartition de l’HIC selon l’âge & le sexe : l’hémorragie intracérébrale est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes dans tous les groupes d’âge, sauf les 20-39 ans. Cette relation est statistiquement significative (p=0,002). La différence est encore plus prononcée chez les 60-69 ans. (Cf. Figure 5). 

HEM4

Figure 4 : Répartition des HIC en fonction des tranches d’âge, inférieures ou
supérieures à 50 ans

 

HEM5

Figure 5 : Répartition des HIC selon l’âge et le sexe

Les hommes sont touchés à un âge plus tardif (≥ 50 ans) que les femmes (61% VS 39%) de façon significative (p=0,022, OR 2,15 (IC95% : 1,11- 4,17)).

  • Les étiologies :
  • Toutes les étiologies
    • L’étiologie prépondérante dans l’HIC est l’HTA, suivie par la TVC ( Figure 6). Ces deux étiologies expliquent à elles seules les 4/5èmes (81%) de toutes les étiologies des HIC.
    • Les étiologies en fonction du sexe ( Figure 7) :

Les étiologies prédominantes

  • Chez les hommes sont l’HTA, la TH.I.C et les tumeurs.
  • Chez les femmes est la TVC (90%)

Les étiologies exclusives

  • Chez les hommes sont :
  • Anévrysmes
  • Cavernomes
  • Chez les femmes sont :
  • Vascularites
  • Traumatismes crâniens

Les MAV sont autant fréquentes chez les hommes que chez les femmes.

  • Les étiologies selon les tranches d’âge : les seules statistiquement significatives sont :
  • Entre 20-29 ans : la TVC est l’étiologie la plus fréquente (75%), secondée par les MAV (19%)
  • Entre 60-69 ans : l’HTA est l’étiologie prédominante (80%)

Chez les plus de 40 ans, l’HTA est la cause majeure. Chez les moins de 40 ans c’est la TVC qui prédomine.

  • L’étiologie n’est pas déterminée dans 7% des cas.
  • L’Angiopathie amyloïde cérébrale (AAC) est suspectée chez un seul patient de 80 ans.

HEM6

Figure 6 : Répartition des étiologies dans l’HIC (* = suspicion)

HEM7

Figure 7 : Étiologies des HIC en fonction du sexe. (p= 0,000)

  • L’HTA
      • L’HTA est connue dans 4/5ème des cas, en moyenne, depuis 8 ans ± 6 ans. Elle est surtout essentielle dans la quasi-totalité des cas (98%). Elle est de type modéré dans la plupart des cas (82%). La mauvaise observance du traitement antihypertenseur est retrouvée dans presque 60% des cas.
      • L’HTA est plus fréquente dans la tranche d’âge 50-59 ans, et non retrouvée chez les 20-29 ans (Cf. Tableau 1).

HEM8

Tableau 1 : HTA comme étiologie de l’HIC, selon les tranches d’âge

 

  • La thrombose veineuse cérébrale

Le post-partum est l’étiologie la plus fréquente des TVC hémorragiques, présent dans près de 45% (Cf. Tableau 2).

HEM9

Tableau 2 : Étiologies et facteurs favorisants de la TVC dans l’HIC

 

  • L’anévrysme

Un seul cas d’anévrysme artériel, siégeant au niveau de l’artère cérébrale postérieure droite, est retrouvé chez un homme de 66 ans aux antécédents de risques cardiovasculaires multiples (tabagisme, obésité, HTA essentielle, cardiopathie ischémique, diabète et hypercholestérolémie sous statine), sous antiagrégant plaquettaire qui a présenté une HIC profonde (foyer unique thalamique droit de 7 ml, sans hémorragie méningée et sans inondation ventriculaire).

Discussion

  • Les AVC parmi toutes les hospitalisations

Les AVC représentent 43% de toutes les hospitalisations, ce qui est assez élevé.

Comme détaillé ci-dessous, le chiffre retrouvé, de 33% d’AVCH parmi tous les AVC, demeure assez élevé. En outre, les proportions des HIC et des HSA au sein des AVCH restent dans les normes connues.

  • Les AVCH en général et les HIC en particulier, parmi les tous les AVC
  • L’AVCH dans notre série représente près de 1/3 de tous les AVC (33%).

Dans la littérature :

  • Il est entre 15-20% dans la grande majorité des publications.
  • Il est à 34,5% selon une étude rétrospective d’Anna Modji Basse du CHU de Fann (Dakar-Sénégal), publiée en 2017, portant sur 495 dossiers de patients hospitalisés entre le 01.01.2013 au 31.12.2014 [1].

Ainsi, dans notre série à Sétif, l’AVCH occupe une proportion plus importante parmi l’ensemble des AVC, plus que ne le voudraient les chiffres habituels, mais se rapproche des chiffres avancés par Anna Modji Basse de Dakar.

  • L’hémorragie intracérébrale au CHU de Sétif représente 26% de tous les AVC.

Les données de la littérature révèlent [2,3,4] :

  • 10-15% selon Qureshi AI, Minnesota-USA, 2009.
  • 10-20% de tous les AVC selon Sang Joon An, Séoul-Corée, 2017.
  • 8-15% dans les pays occidentaux tels que les USA, le Royaume uni et l’Australie.
  • 30% de tous les AVC en Asie selon Meyer SA, New York USA, 2002
  • 18-24% au Japon et en Corée selon Sang Joon An, Séoul-Corée, 2017

Notre chiffre se situe entre les moyennes occidentale et asiatique, mais reste plutôt proche des données asiatiques.

  • L’incidence globale de l’hémorragie intracérébrale

Dans notre étude, elle est de 33,45. Elle est 2 fois supérieure à l’incidence française [6] et 5 fois moindre que l’incidence chinoise [5] . Elle est, chez les 35-54 ans, plus élevée dans notre série que dans la littérature (26,80 VS 5,5) [3,7].

  • Répartition de l’hémorragie intracérébrale selon âge

Les études occidentales s’accordent sur l’augmentation de l’incidence des HIC avec l’âge [8], et un pic de fréquence est retrouvé dans la tranche d’âge 75-95 ans [3]. Par contre, dans la population asiatique, le groupe d’âge le plus touché est celui de moins de 45 ans. Dans notre étude, le pic de fréquence des HIC se situe entre 50-59 ans (19%). Toutefois, il est vrai que les fréquences restent au-dessus de 15% pour chaque tranche d’âge de 10 ans, située entre 40 et 79 ans. Il est possible que, vu la gravité de la pathologie, les patients d’âge avancé décèdent avant d’arriver à l’hôpital, soient admis ailleurs (dans les établissements de proximité tels les EPH, le service de réanimation), ou bien qu’ils décèdent sans diagnostic. Les étiologies et leur qualité de prise en charge antérieure pourrait aussi jouer un rôle déterminant.

  • Répartition de l’hémorragie intracérébrale selon le sexe

Dans notre série comme ailleurs [9,10], l’HIC est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes dans tous les groupes d’âge, sauf les 20-39 ans dans notre série. Cette relation est statistiquement significative (p=0,002). L’écart est encore plus manifeste chez les plus de 55 ans, dans la littérature. Dans notre étude, il est plus net entre 60-69 ans (13,4% VS 2,5%).

  • Les étiologies
  • L’hypertension artérielle est la cause la plus importante de l’HIC, tant dans notre série que dans la littérature [11] (62,4% VS 50% chez Ariesen [11]).

En fonction des tranches d’âge, l’HTA est rencontrée, par ordre décroissant dans :

  • 26,5%, entre 50-59 ans où elle est la plus fréquente
  • 20,4%, entre 60-69 ans et aussi entre 70-79 ans
  • 13,3% entre 80-89 ans
  • 12,2%, entre 40-49 ans

Néanmoins, elle reste la première cause dans la tranche d’âge 40-49 ans, tout comme chez Ariesen [11]. 

Comme étiologie, l’HTA dans notre série est connue (depuis une moyenne de 8 ans±6) et modérée dans la grande majorité des cas, essentielle dans la quasi-totalité des cas, et avec une mauvaise observance du traitement dans plus de la moitié des cas. Attributs tout à fait prévisibles.

  • Dans notre étude, la TVC est la 2ème cause d’HIC (18,5%), indépendamment de la transformation hémorragique d’un infarctus cérébral (TH.I.C). Cette dernière arrive au 5ème rang des étiologies. Dans la littérature, on accorde certes à la TVC le pouvoir de se compliquer d’une HIP [12,13,14] ; sauf qu’elle est parfois plutôt décrite comme pourvoyeuse d’infarctus hémorragique [12].

Elle prédomine chez les femmes (90% VS 10% chez les hommes) quel que soit l’âge. Ce constat est partagé unanimement par les données de la littérature [15], vu les circonstances gravido-puerpérales et la survenue des maladies de système plus fréquentes chez la femme, favorisant ainsi l’apparition des TVC. Dans notre étude, le post-partum est retrouvé dans la majorité des cas de TVC (près de 45%).

 

  • L’HTA est la cause majeure chez les sujets âgés de plus de 40 ans, alors que chez les sujets jeunes de moins de 40 ans, c’est la TVC qui prédomine, notamment chez les femmes. Ce qui est tout à fait concevable.
  • L’HTA et la TVC, à elles seules, expliquent un peu plus que le 4/5ème (> 80%) des étiologies des HIC, tous âges confondus.
  • Comme précisé plus haut, l’AAC n’a été suspectée que dans un seul cas (5,3% des étiologies des HIC). Elle est probablement sous-diagnostiquée dans notre série, notamment chez les sujets de plus de 55 ans et dans les hémorragies lobaires.
  • Un seul cas d’anévrysme artériel a été retrouvé chez un patient de 66 ans aux facteurs de risque vasculaires multiples. Il pourrait paraître quelque peu surprenant, une telle étiologie à cet âge-là. Sauf qu’il faudrait noter que l’anévrysme, malformation fréquente dans la population générale, est diagnostiqué entre 30 et 60 ans, au moment de la rupture, et que celle-ci peut survenir à tout âge. Ils sont souvent de petite taille et l’hémorragie ne se produit que dans 20 à 50 % des cas (en fonction de la taille) [16,17].

Par ailleurs, l’anévrysme n’est pas que malformatif ou congénital, il peut être d’origine dégénérative ou mixte avec influence de l’athérosclérose, de l’HTA et des facteurs hémodynamiques. Comme il peut être secondaire à une cause inflammatoire, infectieuse, post-traumatique ou autre. Sans oublier les faux-anévrysmes (faux positifs).

 

Conclusion 

L’AVCH est, parmi l’ensemble des AVC, plus fréquent que ne le voudrait la moyenne mondiale. Au service de neurologie du CHU de Sétif, il représente près du 1/3 des AVC contre le 1/5ème dans la revue de la littérature.

L’incidence annuelle des hémorragies intracérébrales, proche de celle des autres pays du Maghreb et d’Afrique noire, est de 33,45 pour 100.000 habitants contre 24,6 en moyenne dans la littérature. Plus importante que dans les pays du Golfe ou l’Europe mais aussi bien en deçà des pays Asiatiques, particulièrement la Chine, où elle avoisine les 160 pour 100.000 habitants et par an.

Dans notre enquête, il est peu probable que l’augmentation de l’incidence puisse être liée, comme dans les pays d’Extrême-Orient, à l’hypocholestérolémie, conséquence d’une alimentation pauvre en acides gras saturés [12]. Elle pourrait plutôt, comme dans d’autres pays à faible-et-moyen revenu ou chez les noirs américains ou les hispaniques, être corrélée à une prévalence plus élevée de l’hypertension. L’HTA étant, par ailleurs, l’étiologie prédominante dans notre série. L’AAC est probablement sous-diagnostiquée dans le diagnostic étiologique des HIC, notamment dans sa forme sporadique et chez les sujets de plus de 55 ans.

Dans notre pays, nous pouvons réduire de manière drastique ce fléau à moindre coût, en agissant en amont sur la prévention, par une prise en charge convenable et efficace de ses causes les plus fréquentes, notamment l’HTA et la TVC (près de la moitié des cas dans le post-partum), qui représentent à elles seules 81% des causes.

Le maître-mot est la prévention. L’AVCH demeure un défi de santé publique et pour y faire face, il convient de mettre en place des programmes nationaux énergiques de prévention des facteurs de risque cardiovasculaire.

Abréviations

AAC :…………………………………………………………………………………. Angiopathie amyloïde cérébrale

Anévrys :……………………………………………………………………………………………………….. Anévrysme

AVC :………………………………………………………………………………………. Accident vasculaire cérébral

AVCH :………………………………………………………………… Accident vasculaire cérébral hémorragique

Cavern :………………………………………………………………………………………………………… Cavernome

CHU :……………………………………………………………………………………. Centre hospitalo-universitaire

HDJ………………………………………………………………………………………………………….. Hôpital du jour

HIP :…………………………………………………………………………….. Hémorragie intra-parenchymateuse

END :………………………………………………………………………………………….. Étiologie non déterminée

HTA :…………………………………………………………………………………………….. Hypertension artérielle

I.C :………………………………………………………………………………………………………. Infarctus cérébral

MAV :…………………………………………………………………………………. Malformation artério-veineuse

TH.I.C :………………………………………………….. Transformation hémorragique d’un infarctus cérébral

TraumC…………………………………………………………………………………………….. Traumatisme crânien

TVC :………………………………………………………………………………….. Thrombose veineuse cérébrale

Vxte :…………………………………………………………………………………………………………….. Vascularite

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 


 

Référence :

 

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Complications neurologiques de la tuberculose

La tuberculose est une maladie infectieuse due au Mycobacterium tuberculosis, elle peut être intra ou extra pulmonaire. Sur une période de 03 ans, nous avons colligé 11 cas d’atteintes neuro-méningée polymorphes.

 

S. Bourokba, L. Khengaoui, S. Arab, M. Lakehal, N. Toubal, Service de Neurologie CHU Ibn Sina, Annaba.

 

 

Date de soumission : 13 Février 2020.

 

Résumé : La tuberculose est une maladie infectieuse due au Mycobacterium tuberculosis, elle peut être intra ou extra pulmonaire. Sur une période de 03 ans, nous avons colligé 11 cas d’atteintes neuro-méningée polymorphes. Nous décrivons 02 cas atypiques et rares, l’un se manifestant par un infarctus cérébral associé à une tuberculose pulmonaire, et l’autre une atteinte multiple des nerfs crâniens associée à une tuberculose ganglionnaire. La bonne réponse au traitement anti-tuberculeux spécifique et précoce a permis de conforter le diagnostic.

Mots clés : tuberculose, manifestations neurologiques, extra pulmonaire.

 

Abstract: Tuberculosis is an infectious disease due to mycobacterium tuberculosis; it can be intra or extra pulmonary. Over a period of 03 years we have collected 11 cases of polymorphic neuro-meningeal involvement; we describe two atypical and rare cases, one of which is manifesting by a cerebral infarction associated with pulmonary tuberculosis and the other a multiple attack of the cranial nerves associated with lymph node tuberculosis. The good response to the specific and early anti-tuberculosis treatment made it possible to confirm the diagnosis.

Key words: tuberculosis, neurological manifestations, extrapulmonary.

 

Introduction :

La tuberculose est une maladie infectieuse causée par le bacille Mycobacterium tuberculosis ou bacille de Koch (BK). Elle peut être intra ou extra pulmonaire (méningée, cérébrale, ostéo-articulaire, ganglionnaire, pleurale, rénale, hépatique, péricardique, péritonéale, intestinale et génitale).

L’endémie tuberculeuse est particulièrement élevée dans les pays en voie de développement, en Afrique, en Extrême orient, en Amérique centrale et en Europe de l’est [1].

En Algérie, la situation épidémiologique a évolué en plusieurs étapes, suivant le développement des conditions socioéconomiques générales et des services de santé d’une part et selon l’évolution des conceptions mondiales de la lutte contre la tuberculose d’autre part [2].

La tuberculose du système nerveux peut être à l’origine de :

  • Méningite ou méningo-encéphalite
  • Atteinte médullaire ou radiculaire
  • Processus expansif intracrânien ou intra-médullaire

Parfois, elle peut avoir des manifestations atypiques telles que celles présentées dans les observations suivantes :

OBSERVATION N°1 :

Monsieur B.A. âgé de 34 ans, sans antécédents particuliers, maçon de profession, est admis pour une faiblesse de l’hémicorps gauche d’installation brutale. Il présentait un état général altéré avec asthénie, anorexie, fièvre à 40°, frissons, sueurs nocturnes et amaigrissement important.

L’examen neurologique a retrouvé un syndrome pyramidal de l’hémicorps gauche avec participation faciale. L’examen pleuropulmonaire a décelé un encombrement bronchique et une toux avec des expectorations jaunâtres.

La tomodensitométrie (TDM) cérébrale (Figure 1), et l’angiographie par résonnance magnétique (ARM) cérébrale (Figure 2), ont révélé un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique sylvien profond droit. La radiographie thoracique (Figure 3), a objectivé une opacité de l’hémi-thorax droit à contours flous.

 

Figure 1 : TDM cérébrale objectivant une hypodensité dans le territoire de l’artère sylvienne profonde droite avec un discret infarcissement hémorragique.

 

 

 Figure 2 : ARM objectivant un infarctus cérébral dans le territoire de l’artère sylvienne profonde droite

TU2

 

 

 Figure 3 : Télé thorax objectivant une opacité pulmonaire droite à contours flous.

TU3

 

Le bilan cardiaque, le doppler des vaisseaux du cou ne présentaient pas d’anomalies. Le bilan inflammatoire était perturbé. Le bilan hématologique et le bilan d’auto-immunité étaient sans particularité. Le bilan hépatique, rénal et sérologique (hépatite B et C, HIV et le sérodiagnostic de Wright) étaient normaux. La recherche de BK par l’examen direct cytobactériologique des crachats était positive.

Le diagnostic de tuberculose pulmonaire compliquée d’un accident vasculaire cérébrale de type ischémique a été posé et le malade a été mis sous traitement antituberculeux avec une amélioration spectaculaire au bout d’un mois.

OBSERVATION N°02 :

Une patiente âgée de 61 ans, aux antécédents de méningite à l’âge de 09 ans compliquée d’une surdité mais non documentée est admise au service pour des céphalées d’apparition récente avec déviation des traits du visage d’installation subaigüe.

L’examen neurologique a retrouvé une atteinte des nerfs crâniens : le moteur oculaire externe droit et le facial gauche. L’examen somatique a retrouvé des adénopathies cervicales bilatérales. L’imagerie par résonnance magnétique cérébro-médullaire est revenue sans anomalies. Les bilans inflammatoire, immunologique et infectieux étaient négatifs. La ponction lombaire était sans anomalies. La TDM thoraco-abdomino-pelvienne et les marqueurs tumoraux étaient normaux. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine était positive, le bilan phosphocalcique était normal.

La biopsie ganglionnaire écho guidée a mis en évidence une lésion granulomateuse giganto-cellulaire peu nécrotique évoquant une tuberculose. Le diagnostic de complications neurologiques d’une tuberculose ganglionnaire était le plus probable et ce dernier a été conforté par l’amélioration sous traitement anti-tuberculeux.

Discussion :

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 2018, 10 millions de personnes dans le monde ont contracté la tuberculose et 1,5 millions en sont mortes.

À l’échelle mondiale, l’incidence de la tuberculose diminue d’environ 2% par an grâce au programme de lutte contre la tuberculose.

En Algérie, l’incidence totale de la tuberculose a été estimée en 2018 à 69 pour 100.000 habitants avec un taux de 59% d’hommes, 40% de femmes et 1% d’enfants.

Sur une période de 03 ans (décembre 2015 à décembre 2018), nous avons colligé au niveau du service de neurologie du centre hospitalo-universitaire d’Annaba, 11 cas de tuberculose du système nerveux confirmées ou suspectées sur un faisceau d’arguments (notion de contage tuberculeux, altération de l’état général, un syndrome infectieux, IDR à la tuberculine positive), dont les tableaux neurologiques étaient variés comprenant 03 syndromes d’hypertension intracrânienne bénigne, 02 cas de tuberculomes cérébraux, 1 cas de leptoméningite, 1 cas d’infarctus cérébral, 1 cas d’abcès du tronc cérébral, 01 cas de mal de Pott, 01 cas d’atteinte multiple des nerfs crâniens et 01 cas d’encéphalite tuberculeuse.

L’évolution sous traitement antituberculeux fut favorable chez tous nos patients car ce dernier a été débuté précocement et poursuivi suffisamment.

De cette série hétérogène sur le plan épidémiologique, clinique, radiologique et biologique nous attirons l’attention sur les 2 cas suscités :

  • Devant un accident vasculaire ischémique du sujet jeune, il convient toujours de rechercher une dissection des vaisseaux cervicaux, une cause cardiaque, des perturbations hématologiques ou auto-immunes [3].

Les causes infectieuses ne sont pas rares et peuvent donner un accident vasculaire cérébral ischémique [3].

Le mécanisme physiopathologique de l’ischémie cérébrale au cours des maladies infectieuses est dû soit à une embolie septique soit à une obstruction des petits vaisseaux entrant dans le cadre d’une vascularite associée [4].

Chez notre patient, la plupart des causes d’accident vasculaire ischémique du sujet jeune ont été écartées par les différentes investigations faites et l’embole septique secondaire à la tuberculose pulmonaire reste l’étiologie la plus probable.

  • Quant à l’atteinte multiple des nerfs crâniens, les plus touchés dans le cadre d’une tuberculose sont le nerf optique (II), le moteur oculaire commun (III), le moteur oculaire externe (VI), le nerf facial (VII) et le cochléo-vestibulaire (VIII) [5], notre patiente présente bien une atteinte du III et du VII.

La tuberculose ganglionnaire est la tuberculose extra-pulmonaire la plus fréquente [6], son apparition est le témoin d’une dissémination bacillaire à point de départ pulmonaire, donc diverses formes peuvent se manifester chez un même patient d’où l’association de l’atteinte neurologique dans le cas échéant.

L’hypothèse de l’atteinte neurologique d’origine tuberculeuse a été confortée par la réponse positive aux antituberculeux. L’histologie ganglionnaire en a confirmé le diagnostic.

Conclusion :

Le bacille de Koch est paucicellulaire, sa mise en évidence dans le liquide cérébro-spinal peut être difficile, de ce fait le diagnostic positif peut être conforté par la notion de contage tuberculeux et ou une IDR positive et/ou un examen somatique évoquant une tuberculose extra-neurologique et en dernier recours la réponse thérapeutique car la tuberculose neuro-méningée est classée comme sévère et les pronostics fonctionnel et vital sont mis en jeu si retard diagnostique et thérapeutique.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Bibliographie :

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  • Leophonte, www.medecine.ups-tlse.fr

 

 

 

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L’Hypovitaminose B12 associée à une encéphalite d’Hashimoto, à propos de deux cas

La carence en vitamine B12 est une pathologie aux nombreuses facettes et aux causes multiples. La vitamine B12 est un élément nécessaire au maintien et à la régénération de la myéline du système nerveux. Le déficit en B12 est une cause de troubles neurologiques par détérioration de la myéline et également une conséquence de nombreuses autres pathologies neurologiques pouvant induire une surconsommation en vitamine B12.

M. Lakehal, M. Louanchi, S. Bourokba, N. Kouider, R. Melouah, S. Arab, N. Toubal, Service de Neurologie, CHU de Annaba.

 

Date de soumission : 09 Février 2020.

Résumé : Introduction : La carence en vitamine B12 est une pathologie aux nombreuses facettes et aux causes multiples. La vitamine B12 est un élément nécessaire au maintien et à la régénération de la myéline du système nerveux. Le déficit en B12 est une cause de troubles neurologiques par détérioration de la myéline et également une conséquence de nombreuses autres pathologies neurologiques pouvant induire une surconsommation en vitamine B12. Parmi ces pathologies, la thyroïdite d’Hashimoto qui peut se compliquer d’encéphalites auto-immunes et donc de lésions de la myéline, et même si sa physiopathologie est mal connue, une surconsommation de vitamine B12 par le système nerveux, dans ce cas, est tout à fait envisageable. À noter que certaines thyroïdites d’Hashimoto sont associées à des maladies de Biermer dont la conséquence est une diminution nette de l’absorption de vitamine B12. Les manifestations neuropsychiatriques de la thyroïdite d’Hashimoto ont été décrites depuis des décennies, elles sont liées essentiellement aux perturbations des hormones thyroïdiennes, cruciales pour le bon fonctionnement du système nerveux. On peut citer l’exemple du coma myxœdémateux survenant dans les périodes d’hypothyroïdie. L’encéphalite d’Hashimoto a été individualisée plus tard et décrite comme étant la survenue de symptômes d’atteinte encéphalique ou cérébelleuse chez un patient atteint de thyroïdite d’Hashimoto et ce, même durant les périodes d’euthyroïdie. Exégèse : Nous rapportons le cas de deux patientes atteintes de thyroïdite d’Hashimoto compliquée d’encéphalite et dont les bilans révèlent un déficit sévère en vitamine B12. Conclusion : Devant tout patient présentant une encéphalite d’Hashimoto, le dosage de vitamine B12 est indispensable afin de déceler les éventuelles carences pouvant aggraver le pronostic fonctionnel et vital.

Mots clés : Hashimoto, thyroïdite, vitamine B12, encéphalite.

 

Abstract: Introduction: Vitamin B12 deficiency is a multi-faceted pathology with multiple causes. Vitamin B12 is a necessary component in the matter of maintaining the regeneration of the myelin of the nervous system. B12 deficiency is a cause of neurological disorders by deterioration of myelin and also a consequence of many other neurological pathologies which can induce an overconsumption of vitamin B12. Among those pathologies, Hashimoto’s thyroiditis that can induce autoimmune encephalitis and therefore a myelin damage, and even if its pathophysiology is poorly understood, an overconsumption of vitamin B12 in this case is entirely possible. Note that some Hashimoto’s thyroiditis cases are associated with Biermer’s disease which the main consequence is vitamin B12 deficiency. The neuropsychiatric manifestations of Hashimoto’s thyroiditis have been described for decades and are mainly linked to disruptions of thyroid hormones that are important for the nervous system functioning. We can cite the example of myxedematous coma occurring in periods of hypothyroidism. Hashimoto’s encephalitis was identified and described later, as the occurrence of brain or cerebellar symptoms in a patient with Hashimoto’s thyroiditis, even during periods of euthyroidism. Exegesis: We report the case of two female patients with Hashimoto’s thyroiditis complicated by encephalitis and whose results reveal a severe vitamin B12 deficiency. Conclusion: In patients with Hashimoto’s encephalitis, the dosage of vitamin B12 is essential in order to detect deficiencies that can worsen the functional and vital prognosis.

Key words: Hashimoto, Thyroiditis, Vitamin B12, Encephalitis.


 

Introduction

L’encéphalite d’Hashimoto a été décrite pour la première fois par Brain et al en 1966 [1]. Elle se manifeste par des troubles neuropsychiatriques essentiellement dans le volet paranoïaque, une confusion mentale, des convulsions et des troubles de l’équilibre, des déficits cérébraux focaux et même des accidents pseudo-ischémiques [2,3,4]. Sa particularité par rapport aux comas myxœdémateux connus bien avant l’encéphalite d’Hashimoto, est sa survenue indépendante du statut hormonal du patient et l’absence de récupération des symptômes après un traitement visant l’euthyroïdie [5,6,7,8].

La carence en vitamine B12 est pourvoyeuse de troubles neurologiques variables et plus ou moins sévères [9,10], elle vient souvent compliquer une pathologie neurologique préexistante, notamment auto-immune.

Le déficit en vitamine B12 a été noté chez certains patients atteints de dysthyroïdie [11,12] avec présence d’atrophie gastrique dans 35-40% des cas [13].

Observation 1 

Une femme âgée de 50 ans, retraitée, présentait en Janvier 2015 des troubles du comportement à type de paranoïa associés à une désorientation temporo-spatiale fluctuante dans un contexte non fébrile.

Dans les antécédents pathologiques de la patiente, on notait une spondylarthrite ankylosante sous salazopyrine à 2 comprimés à 500 mg deux fois par jour, et une hypertension artérielle équilibrée sous irbésartan.

L’examen neurologique avait révélé une confusion mentale, un syndrome frontal et un délire paranoïaque. La patiente était sous un traitement neuroleptique (halopéridol) prescrit par le psychiatre.

L’imagerie par résonnance magnétique de l’encéphale était normale. Le liquide céphalo-rachidien (LCR) ne contenait pas de cellules, la protéinorachie était normale à 0,4 gr/l, et la glucorachie également normale à 4,5 mmol/l, pour une glycémie concomitante à 10 mmol/l. L’étude cyto-bactériologique du LCR était négative.

La vitesse de sédimentation (VS) était à 63 mm la première heure et la protéine C Réactive (CRP) était à 2 mg/l. Le fibrinogène à 3,85 g/l et la formule de numération sanguine (FNS) montrait une hémoglobine (Hb) à 11,1 ; un volume globulaire moyen (VGM) à 96 fl, des globules blancs (GB) à 525.000 éléments/l et des plaquettes à 146.000 éléments/l. Le taux de Prothrombine (TP) était à 67%. Les sérologies : brucellienne, hépatiques (B et C), syphilitiques et celles du Sida étaient négatives.

Devant ce tableau clinique et malgré la non disponibilité de la recherche virologique par amplification en chaine par polymérase (PCR), un traitement antiviral visant l’encéphalite herpétique était prescrit.

Trois jours après, l’état de la patiente ne s’était pas amélioré. Les résultats des bilans endocriniens étaient comme suit : Cortisol normal à 13,75 ng/dl, l’hormone de stimulation thyroïdienne (TSH) était normale à 3,84 ng/ml, les hormones thyroïdiennes périphériques (FT3) et (FT4) étaient dans les normes.

En attendant les bilans auto-immuns, une corticothérapie à raison de 01 mg/kg/jour était prescrite pour la patiente, entrainant une amélioration spectaculaire de l’état de la patiente. Les troubles du comportement et les délires avaient disparu au bout de deux jours.

Quelques jours après, les bilans auto-immuns avaient révélé une négativité des anticorps anti-nucléaires et anti-ADN, des anti-SSA et SSB, mais des anticorps anti TPO fortement positifs. L’état clinique de la patiente continuait à s’améliorer et sa sortie était programmée avec un suivi en endocrinologie.

Neuf mois plus tard, soit en Octobre 2015, la patiente était admise au service de neurologie pour des troubles de la conscience à type d’obnubilation. L’examen neurologique révélait une patiente en coma stade 1 et un syndrome extrapyramidal discret fait d’une hypertonie plastique.

L’interrogatoire révélait un souci de discipline par rapport à la prise de corticoïdes, la patiente ne prenait plus son traitement depuis deux mois.

Après l’hospitalisation, le traitement par halopéridol était interrompu et un bilan d’urgence était lancé.

L’ionogramme sanguin était normal, la VS était à 10 mm la première heure et la FNS était correcte.

Le dosage de la vitamine B12 était à 1,5 pg/ml pour une limite inférieure normale à 200 pg/ml.

Un traitement par voie injectable par vitamine B12 était mis en route à raison d’une injection intramusculaire de 1.000 pg par jour pendant dix jours suivi d’un traitement d’entretien.

L’amélioration de la patiente était rapide et spectaculaire, au bout de trois jours. La patiente était mise sortante avec un suivi en endocrinologie et en gastro-entérologie à la recherche d’une maladie de Biermer.

Observation 2 

Une patiente de 48 ans, mariée et mère de 07 enfants, agent de propreté de profession, présentait en octobre 2016, des troubles de la conscience et des crises épileptiques dans un contexte fébrile depuis quelques jours.

Elle était traitée pour hypertension artérielle par nicardipine, pour diabète par du glucophage, pour une épilepsie depuis l’adolescence actuellement sous lamotrigine et pour une hyperthyroïdie par du carbimazole.

Son examen révélait une désorientation temporo-spatiale fluctuante, une prosopagnosie et une hémiparésie gauche. Sa température corporelle à l’admission était à 38,5°.

Durant son hospitalisation, la patiente présentait des épisodes fréquents d’agitation pour lesquels des traitements neuroleptique et antiépileptique étaient prescrits, des doses de charge de phénobarbital et de la chlorpromazine.

L’électroencéphalogramme ne détectait pas d’anomalies et l’IRM cérébrale avec angiographie ne révélait qu’une discrète atrophie cortico-sous-corticale et un aspect un peu grêle du polygone de Willis.

La ponction lombaire montrait une hyperprotéinorachie à 0,65 gr/l sans présence de cellules, la glucorachie était normale. La VS était à 116 mm la première heure et à 120 mm la deuxième heure. La CRP était à 108,9 mg/l. La procalcitonine était négative à moins de 0,005 ng/ml. La FNS ne montrait ni anémie, ni hyperleucocytose et les plaquettes étaient à un taux normal. Les sérologies brucellienne, hépatiques (B et C), syphilitiques et celles du Sida étaient négatives. Les bilans hépatiques et rénaux étaient dans les normes.

Les hormones thyroïdiennes FT3 et FT4 étaient très augmentées avec des taux respectivement à 26,17 pmol/l et 64,62 pmol/l et une (thyroid stimulating hormone) TSHus à moins de 0,005 pmol/l.

Les anticorps anti-TPO étaient également très élevés à 229,3 UI/ml et des anticorps anti-récepteur de la thyrostimuline (anti-TSI) augmentés à 3,2 UI/l. L’échographie thyroïdienne montrait un goitre multinodulaire avec un nodule à gauche classé TI RAO III.

Un traitement par prednisone à 1 mg/kg/j était instauré chez la patiente, sous couverture antibiotique à large spectre permettant une amélioration spectaculaire en trois jours.

Après prise en charge d’une infection nosocomiale à Klebsiella sensible à l’imipénème, la patiente s’était bien améliorée et pouvait sortir avec un bon suivi en médecine interne et en neurologie. Elle prenait de la lamotrigine pour son épilepsie. Au cours de son suivi, il était à noter que la patiente interrompait d’elle-même parfois, son traitement corticoïde.

Trois ans après, soit en Mai 2019, la patiente consultait de nouveau au service pour une désorientation temporo-spatiale dans un contexte fébrile, une inversion du cycle nycthéméral et finalement un état de mal épileptique justifiant son hospitalisation au service de réanimation.

Une pneumopathie infectieuse était détectée chez la patiente sur la radiographie du thorax et un traitement antibiotique était prescrit.

Une fois l’état de mal épileptique jugulé, la patiente était ré-hospitalisée en neurologie pour complément d’investigation.

L’IRM cérébrale avec angiographie était comparable à celle de la première hospitalisation.

La patiente était toujours confuse avec des troubles du comportement fluctuants.

La ponction lombaire était …

Le bilan thyroïdien montrait une FT4 élevée à 32,82 pmol/l, une TSHus à moins de 0,005 ; des anticorps anti TPO augmentés à 360 UI/ml et anti-thyroglobuline très élevés à 1670 UI/ml. Une hypoalbuminémie à 25 gr/l. Une vitamine B12 basse à 135 pg/ml.

La patiente était supplémentée en vitamine B12 par voie injectable et son état s’améliorait. Les anticorps anti-cellules pariétales et anti-facteur intrinsèque étaient négatifs. Son traitement de sortie était une corticothérapie à 1 mg/kg/j et des injections de vitamine B12.

Deux mois après, la patiente était hospitalisée de nouveau pour troubles du comportement évoluant depuis deux jours. Aucune crise épileptique n’était cliniquement décelable mais l’EEG révélait des ondes thêtas en fronto-temporal, bilatérales. L’IRM cérébrale montrait les mêmes aspects que lors des deux premières hospitalisations. La FNS montrait une anémie macrocytaire avec Hb à 10,8 gr/dc, un VGM à 110 fl ; et selon le bilan thyroïdien, la patiente était en euthyroïdie et la CRP était négative.

La ponction lombaire montrait une hyperprotéinorachie à 1,8 gr/l.

Une corticothérapie à 1 mg/kg/j était prescrite mais la patiente continuait à se dégrader sur le plan général et son état de conscience s’aggravait, elle est décédée au bout de 15 jours.

Discussion 

L’encéphalite d’Hashimoto est une des complications de la thyroïdite auto-immune d’Hashimoto, elle est rare et a été décrite pour la première fois par Brain et al en 1966 [1]. Elle survient indépendamment du taux d’hormones thyroïdiennes, donc chez des patients en euthyroïdie, en hypothyroïdie [5,6,7,8] et exceptionnellement au décours d’une hyperthyroïdie [14]. Il existe une nette prédominance féminine : 90% [2,3].

Cliniquement, elle se manifeste par des crises épileptiques partielles ou généralisées, des troubles de la conscience, des syndromes confusionnels, des troubles psychiatriques avec délires et paranoïa, des signes de focalisation, des troubles de l’équilibre et des accidents pseudo-ischémiques [2,3,4].

L’encéphalite d’Hashimoto ne doit pas être confondue avec le coma myxœdémateux, actuellement plus rare, qui survient au cours des hypothyroïdies importantes et dont le tableau clinique est plus progressif, avec dépression et régression intellectuelle, et qui régresse sous traitement substitutif en hormones thyroïdiennes [11,15].

Cependant, l’encéphalite d’Hashimoto est liée à l’augmentation du taux sanguin d’anticorps anti-TPO qui serait même un critère diagnostique [16].

Le déficit en Vitamine B12 est un phénomène pouvant être responsable de nombreux tableaux cliniques neurologiques (exemples : syndrome combiné de la moelle, les polyneuropathies et les troubles neuropsychiatriques) [17], accompagner une pathologie neurologique, notamment auto-immune, ou aggraver les signes de celle-ci [11,18,19].

Principales causes du déficit en vitamine B12 : la gastrite chronique atrophique et la maladie de Biermer sont associées à la thyroïdite d’Hashimoto dans respectivement 35-40% et 12% des cas, mais il n’existe pas de corrélation entre le taux d’anticorps anti-TPO et la carence en vitamine B12 [20]. L’anémie macrocytaire n’est pas toujours retrouvée lors de la carence en vitamine B12 [21].

I’IRM cérébrale dans l’encéphalite d’Hashimoto et lors des troubles neuropsychiques de l’avitaminose B12 peut être normale ou montrer une atrophie cérébrale ou des hyper signaux non spécifiques de la substance blanche, souvent réversibles après traitement [22,23].

La ponction lombaire permet d’écarter les autres diagnostics, elle montre dans l’encéphalite d’Hashimoto et dans la carence en vitamine B12, une hyper-protéinorachie sans présence de cellules ou une composition tout à fait normale du LCR [2].

Le traitement par corticoïdes par voie orale (1 à 2 mg/kg/jour) permet le plus souvent d’améliorer l’état des patients atteints d’encéphalite d’Hashimoto avec un délai allant de quelques jours à quatre à six semaines [2,3]. Des cas de rechute et d’absence de réponse ont également été rapportés [24].

Le traitement substitutif par vitamine B12 permet la réversibilité des signes cliniques dans un certain nombre de cas, mais cette amélioration dépend du délai de diagnostic, du type d’atteinte, des données des examens complémentaires, de l’étiologie et des associations diagnostiques [25].

L’anémie de Biermer dont l’origine est auto-immune et qui induit une diminution de l’absorption de vitamine B12 est mise en cause dans cette carence dans 57,7 % des cas [26].

Les thyroïdites auto-immunes sont associées à un déficit en vitamine B12 dans 46% des cas, soit par une association avec une anémie de Biermer, soit une gastrite atrophique qui accompagne ces thyroïdites dans 35-40% des cas [11] [27].

Par ailleurs, certaines atteintes neurologiques notamment auto-immunes induisent de par leur étiopathogénie (lésions de la myéline et phénomènes de réparation réactionnelle), et de par leur traitement (corticothérapie et interférons) une surconsommation et une diminution du taux et donc des réserves en vitamine B12, c’est le cas de la sclérose en plaques par exemple [28].

 

Conclusion 

L’encéphalite d’Hashimoto est à évoquer devant un tableau de coma, de troubles neuropsychiques inauguraux et de signes de focalisation non expliqués par les causes classiques.

La découverte d’un déficit en vitamine B12 au décours d’une encéphalite d’Hashimoto peut être expliquée par l’association avec une maladie de Biermer ou d’une gastrite atrophique accompagnant classiquement les thyroïdites auto-immunes ou par une augmentation des besoins en vitamine B12 survenant lors de toute agression du système nerveux.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

 

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Les dysfonctions sexuelles chez les patients atteints de sclérose en plaques : Étude d’une série de patients à Tlemcen.

La maladie de Pompe apparait à tout âge, depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Elle est de grande hétérogénéité phénotypique et de sévérité variable, corrélées en partie au degré de réduction de l’activité enzymatique.

Z. Barka Bedrane, D. Bouchenak Khelladi, Service de Neurologie, Centre Hospitalo Universitaire Tidjani Damerdji, Tlemcen, Faculté de Médecine, Université Abou Bakr Belkaïd, Tlemcen.

 

Date de soumission : 09 Février 2020.

Résumé : Introduction : Les dysfonctions sexuelles (DS) au cours de la sclérose en plaques (SEP) sont le plus souvent ignorées alors qu’elles ont un impact important sur la vie personnelle et la qualité de vie des patients. Objectifs : Identifier les DS les plus fréquentes dans les deux sexes, déterminer la corrélation des DS avec les paramètres cliniques et la qualité de vie. Matériels et méthodes : Il s’agit d’une étude descriptive, transversale. Pour évaluer les troubles sexuels (TS) Nous avons utilisé chez les femmes, le Female Sexual Function Index et chez les hommes, l’International Index of Erectile Function 15. Le handicap était apprécié par l’expanded disability status scale (EDSS). L’échelle de Beck était utilisée pour évaluer la dépression. L’échelle de qualité de vie SEP 59 était utilisée pour apprécier le retentissement des DS sur la qualité de vie des patients. Résultats : La prévalence des DS était de 57,1%. Toutes les phases de la sexualité étaient touchées chez les deux sexes. Le TS le plus fréquent chez les femmes était une baisse du désir (71,7%), chez les hommes la dysfonction érectile prédominait dans 72% des cas. Nous avons retrouvé une corrélation entre les TS le mariage (p=0,003), le handicap (p=0,002), la dépression (p=0,000) et la qualité de vie (p=0,003). Discussion : La prévalence des DS retrouvée dans notre étude se rapproche de celle des études Maghrébines. Dans notre étude, les femmes sont plus atteintes, alors que dans la littérature, les hommes sont les plus touchés. Certaines études n’ont pas précisé la corrélation entre les DS et le handicap. D’autres ont noté que la qualité de vie est corrélée de façon inversement proportionnelle à la présence et à l’importance d’une DS. Conclusion : Les DS au cours de la SEP sont sous-estimées. Notre culture caractéristique peut certainement expliquer plusieurs différences observées entre notre travail et la littérature.

Mots clés : dysfonctions sexuelles, sclérose en plaques, handicap, dépression, qualité de vie.

Abstract: Introduction: Sexual dysfunctions (SD) during multiple sclerosis (MS) are most often overlooked when they have a significant impact on the personal and quality of life of patients. Objectives: To identify the most frequent DS in both sexes, determine the correlation between SD and clinical parameters and quality of life. Materials and methods: Our cross-sectional descriptive study. To assess SD. Female Sexual Function Index was used for women and the international Index of Erectile Function 15 for men. Disability was assessed by the expanded disability status scale (EDSS). The Beck scale was used to assess depression. The MS quality of life 59 scale was used to assess the impact of SD on patient’s quality of life. Results: DS prevalence was 57.1%. All phases of sexuality were affected in both sexes. The most frequent SD in women was a decrease in desire (71.7%), in men erectile dysfunction predominated in 72%. We found a correlation between DS marriage (p=0.003), disability (p=0.002), depression (p=0.000) and quality of life (p = 0.003). Discussion: DS prevalence found in our study is similar to that of Maghreb studies. In our study women are more affected, while in the literature, men are the most affected. Some studies have not clarified the correlation between SD and disability. Others have noted that quality of life is inversely correlated with the presence and extent of SD. Conclusion: SD during MS are underestimated. Our characteristic culture can certainly explain several differences observed between our work and literature.

Key words: sexual dysfunctions, multiple sclerosis, disability, depression, quality of life


 

Introduction

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire et dégénérative hétérogène du système nerveux central qui touche principalement les adultes jeunes. Cette affection se caractérise par une démyélinisation et des lésions axonales qui affectent les aspects physiques, psychologiques et cognitifs de la vie des patients. La dysfonction sexuelle (DS) dans la SEP est l’un des symptômes les plus cachés, souvent ignoré lors de l’examen clinique, mais qui a un impact important sur le bien-être et la qualité de vie des patients.

 

Objectifs 

Identifier les DS les plus fréquentes dans les deux sexes,déterminer la corrélation des DS avec les paramètres cliniques et la qualité de vie.

 

Matériels et méthodes 

Il s’agit d’une étude descriptive transversale, menée de juillet 2018 au mois de décembre 2019 en consultation spécialisée SEP du service de neurologie du CHU Tlemcen. Pour étudier la sexualité, nous avons utilisé chez les femmes, le Female Sexual Function Index (FSFI) dans sa version traduite en français et en arabe [1,2]. Il est composé de 19 questions qui apprécient la sexualité chez la femme à savoir : le désir (Q1-Q2), l’excitation (Q3-Q6), la lubrification (Q7-Q10), l’orgasme (Q11-Q13), la satisfaction (Q14-Q16), et la dyspareunie (Q17-Q19). Le score total est compris entre 2 et 36 avec une DS définie pour des scores inférieurs à 23. Chez les hommes, nous avons utilisé le questionnaire International Index of Erectile Function 15 (IIEF 15) dans sa version traduite en français et en arabe [2,3]. Il est composé de 15 questions qui recouvrent cinq domaines fonctionnels : l’érection (Q1-Q5, Q15), la satisfaction vis-à-vis du rapport sexuel (Q6-Q8), l’orgasme (Q9-10), le désir (Q11-12), et la satisfaction globale (Q13-14). Ces questions portent sur les effets que les problèmes d’érection ont eu sur la vie sexuelle des patients au cours des 4 dernières semaines. Le score d’un domaine est obtenu en additionnant les scores de réponse à chaque question du domaine. Les troubles sont sévères pour un score entre 1 – 10, modérés entre 11 – 16, légers entre 17 – 25. Le score normal est normal entre 26 – 30.

Chez tous les patients nous avons recueilli l’âge, l’état civil, le niveau d’études et l’activité professionnelle. Nous avons aussi recueilli, la date de début de DS par rapport au début de la SEP. Le handicap était apprécié par l’expanded disability status scale (EDSS) [5]. L’échelle de Beck [6] a été utilisée pour évaluer la dépression, nous avons inclus les patients qui présentaient une dépression légère (score de 4 à 7) et d’intensité moyenne à modérée (8 à 15). L’échelle de qualité de vie SEP 59 (MSQOL -59) [7], était utilisée pour apprécier le retentissement des DS sur la qualité de vie des patients. Nous avons commencé par une analyse descriptive pour calculer la prévalence des TS, puis une analyse étiologique par le test de corrélation de Pearson (taux de significativité fixé à p<0,005). L’étude statistique était effectuée par le logiciel SPSS dans sa version 17.

 

Résultats 

112 patients ont répondu aux questionnaires dont 57,1% (64) avaient des DS, les deux sexes confondus : 61% de femmes (39), et 39% d’hommes (25). L’âge moyen de nos patients était de 33,01 ± 5,02 ans. 36% des patients avaient un niveau intellectuel bas. 81,6% étaient mariés et 18,7% divorcés. Les troubles vésicosphinctériens étaient retrouvés dans 39% des cas. 29,6% avaient un EDSS supérieur à 6. Selon l’échelle de Beck 73,3% des patients présentaient une dépression légère à modérée. Selon l’échelle MS QOL-59, la qualité de vie était altérée dans 23,4%. La durée moyenne d’apparition des DS était de 5,6 ans.

 

Caractéristiques des DS selon les scores sexuels 

Toutes les phases de la sexualité étaient touchées. Selon le score FSFI, chez les femmes, le trouble le plus fréquent était une baisse du désir (71,7%), suivi par les troubles de l’orgasme (66,6%). Les troubles de la libido et les troubles de l’excitation étaient retrouvés respectivement dans 41% et 33,3% et la dyspareunie dans 30,7% des cas. Toutes les patientes ayant un problème d’orgasme avaient une faiblesse des muscles périnéaux (> 50% ont une cotation musculaire <2).

Pour le questionnaire, aucune des femmes non mariées ne l’a rempli puisqu’elles ne pratiquaient pas d’activité sexuelle en dehors du cadre du mariage. La moyenne la plus basse est celle de l’orgasme : 1,02/6. La moyenne de la satisfaction était de 2/6 (Tableau I).

Selon le score IIEF 15, chez les hommes, le TS le plus fréquent est la dysfonction érectile (72%). 70% des patients qui avaient des troubles de l’érection présentaient des troubles de l’éjaculation dans 82%. Les troubles de l’orgasme et du désir étaient retrouvés respectivement chez 41,7% ; 50%. (Tableau II).

 

Retentissement des DS 

Sur le divorce : Le taux de divorce était de 18,7% chez nos patients avec troubles sexuels. L’inactivité sexuelle était observée dans 26,5% des cas chez les femmes, et 43,7% chez les hommes.

 

Corrélation entre les dysfonctions sexuelles et les caractéristiques cliniques 

Nous avons trouvé une association entre la fréquence d’une DS et le sexe féminin : ces troubles étaient plus fréquents chez les femmes (61% vs 39%). Une corrélation avec le mariage était aussi notée. En fait, les TS franchement individualisés étaient plus fréquents chez les sujets mariés aussi bien les femmes que les hommes. Toutes les femmes avec TS étaient mariées ou divorcées. Les femmes divorcées rapportaient des troubles avant le divorce. Pour les hommes, 70,3% décrivaient des TS dans le cadre du mariage (qu’ils soient actuellement mariés ou divorcés) (Tableau III).

Cependant, nous n’avons trouvé aucune corrélation entre les DS et l’âge, le faible niveau d’éducation, et la durée d’évolution de la SEP ainsi que les troubles vésicosphinctériens. Par contre, Nous avons trouvé une corrélation entre la sévérité du handicap selon l’EDSS (p=0,002), de même qu’avec la dépression (p=0,000) et la qualité de vie (p=0,003) (Tableau III). Tous nos patients n’ont pas discuté avec l’équipe soignante médicale ou paramédicale de leurs problèmes sexuels.

 

Discussion 

La sexualité humaine est complexe et se compose de facteurs anatomiques, physiologiques, psychologiques, développementaux, culturels et relationnels [8]. Pour décrire le comportement sexuel humain, Masters & Johnson [9] ont développé le cycle de réponse sexuelle qui se compose de quatre phases (excitation, plateau, orgasme et résolution) ; et a ensuite été adapté au désir, à l’excitation, à l’orgasme et à la résolution [10].

Seuls les patients mariés étaient inclus dans l’étude car les rapports sexuels sont interdits en dehors du mariage dans notre religion et la majorité des patients ont déclaré la non pratique de rapports sexuels en dehors du mariage.

En Algérie, beaucoup d’études ont porté sur la SEP essentiellement sur l’épidémiologie, la génétique, la clinique et le profil évolutif [11,12,13]. La fréquence des TS retrouvée chez nos patients tous sexes confondus est de 57,1%. Une étude Tunisienne avait trouvé une prévalence de 46,9% [14], les auteurs ont signalé que cette prévalence reste l’une des plus faibles de la littérature [15,16,17]. Dans une série Marocaine [17], la prévalence était de 61,1%. Cette prévalence est plus élevée que celle de notre étude et celle de l’étude Tunisienne [14], alors que nos sociétés sont musulmanes et ont des habitudes socio-culturelles qui se ressemblent.

Dans notre série, 61% des femmes présentaient des TS, un taux plus élevé que dans l’étude Tunisienne, et Marocaines [14,18,19] qui ont révélé des taux respectivement de 53,8% et 34,4%. Les TS au cours la SEP représentent une souffrance importante mais souvent sous-estimée et négligée. Chez les femmes, le trouble le plus fréquent était une baisse du désir (71,7%) les troubles de l’orgasme (66,6%). Les troubles de la libido et les troubles de l’excitation étaient retrouvés respectivement dans 41% et 33,3% et la dyspareunie dans 30,7% des cas. La fréquence des TS chez la femme est similaire aux études effectuées dans les pays du Maghreb [14,18,19]. Ces résultats sont expliqués par l’éducation et la culture arabo-musulmane. Les femmes sont incapables de décrire leurs problèmes car la vie sexuelle reste intime et secrète. La femme arabe a une culture arabo-islamique qui n’est définie qu’au travers d’une sexualité « passive », « dominée par le masculin ».

Les hommes présentent des TS dans 39%, un taux plus bas que la plupart des données de la littérature où les hommes sont plus atteints que les femmes [14,15]. 72% ont une dysfonction érectile, 70% des patients qui avaient des troubles de l’érection présentaient des troubles de l’éjaculation dans 82%. Les troubles de l’orgasme et du désir étaient retrouvés respectivement chez 41,7% ,50%.

Chez nos patients, l’inactivité sexuelle était observée chez 26,5% des femmes et 43,7% des hommes. En cas de SEP, elle est observée chez près d’un tiers des hommes et à peine un tiers chez les femmes [14, 20,21]. Une étude a montré que les femmes atteintes de SEP souffrent de DS plus fréquemment et à un niveau plus élevé que les hommes [20]. Cette étude a révélé des relations variables entre les DS et l’âge, la durée de la maladie, le handicap, l’évolution et d’autres symptômes de la maladie tels que la dépression, la dysfonction vésicale, la fatigue et les troubles cognitifs [20]. Dans l’étude marocaine [18], l’inactivité sexuelle était observée chez 27,8% des patients. L’inactivité sexuelle est le résultat de manifestations physiques et d’un déficit sensori-moteur.

Dans notre étude, l’âge, le sexe, le niveau d’étude bas, la durée d’évolution de la SEP, les troubles vésicosphinctériens n’étaient pas statistiquement liés à la présence d’une DS. Des résultats semblables sont retrouvés dans la plupart des études maghrébines [14, 18,22].

Chez nos patients, il y avait une corrélation entre les TS et le mariage (p=0,003), nos résultats se rapprochent de ceux de l’étude Tunisienne [14] et l’étude Marocaine [18]. Le taux de divorce retrouvé chez nos patients est inférieur à celui décrit dans la littérature [16]. Une étude ayant porté sur 302 patients, a retrouvé un taux de divorce qui avoisinait les 50% [23].

Le handicap était corrélé aux DS chez nos patients. En ce qui concerne l’impact de la gravité de la SEP sur la fonction sexuelle des patients, Demirkiran et al., [15] ont constaté que les patients présentant des niveaux de handicap plus élevés rencontraient de plus grands problèmes de fonctionnement. Cette constatation était en contraste avec d’autres études [24] qu’il n’y a pas de corrélation entre le niveau de handicap et la dysfonction sexuelle. Ainsi, l’impact du niveau de handicap sur la dysfonction sexuelle reste donc peu clair. Dans une étude grecque, les auteurs ont constaté que la gravité de la maladie mesurée par EDSS avait également une corrélation négative avec la plupart des sous-échelles FSFI, à l’exception du désir et de la satisfaction, ce qui signifie que la gravité de la SEP peut avoir un impact positif sur la prévalence des DS.

Nous avons trouvé une corrélation positive pour les deux sexes entre la dépression légère à modérée (p=0,000) et les TS. Une étude faite en 2016 a retrouvé des résultats similaires [24]. Selon de grandes études [19,25], il ne semble pas y avoir de prédisposition génétique claire à la dépression majeure et aux DS chez les patients atteints de SEP. Les changements structurels confirmés à l’IRM cérébrale et médullaire sont en corrélation avec les mécanismes pathomorphologiques et fonctionnels précédemment décrits entre la dépression et les DS. Les facteurs psychosociaux sont d’une grande importance dans l’évaluation de la dépression et des DS chez les patients atteints de SEP [24]. Un facteur limitant majeur est que les études qui s’intéressaient à la relation entre dépression et DS sont transversales et manquent de données de suivi. De plus, il est très important de prendre en considération les perturbations de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, ainsi que l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique avec des troubles dépressifs et les DS comme conséquences [26].

Pour le retentissement sur la qualité de vie, la SEP en elle-même a retenti sur tous les items de la SF-59. Il y avait une corrélation entre les DS et la qualité de vie chez nos patients (p=0,003). Tepavcevic et al., [21] ont cependant noté que la qualité de vie est corrélée de façon inversement proportionnelle à la présence et à l’importance d’une DS. Dans l’étude marocaine [19], les TS étaient responsables d’une altération de la qualité de vie dans 25% des cas. La plupart de nos patients estiment que l’altération de leur qualité de vie est due à l’interférence de plusieurs facteurs liés directement ou indirectement à leur maladie.

 

Conclusion 

Les signes cliniques de la SEP sont variables et multiples, les DS sont souvent sous estimées. Elles ne sont pas déclarées par les patients car ils les considèrent comme une conséquence de la maladie, ou un sujet tabou qui ne sera jamais abordé avec le personnel médical. Notre culture et notre religion étaient la cause de plusieurs différences entre notre étude et la littérature.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

 

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Tableau I : Différents Items du score FSFI

 

Moyenne

Minimum

maximum

Score FSFI

Désir

2,68

1,2

4

Excitation

2,1

0

4,3

Lubrification

2,8

0

3,1

Orgasme

1,02

0

4

Satisfaction

1,8

0

3,2

Dyspareunie

3,09

0,8

4

Total

13 ,7

2

22,6

 

 

 

 

Tableau II : Différents Items du score IIEF 15

 

Moyenne (min-max)

Médiane

Valeur maximale théorique

score IIEF 15

Erection

10 ,1

5

30

Orgasme

6,2

5

10

Désir

5,1

6

10

Satisfaction des rapports

6,9

7

15

Satisfaction totale

3

2

10

 

Tableau III : Corrélation des DS

variables

Fréquence (%)

Significativité

Age moyen de début

33,01±5,02

NS

Niveau d’étude

36

NS

Mariage

81,6

P=0,003

Durée d’évolution SEP

5,9± 4,08

NS

TVS

39

NS

EDSS

29 ,6

P=0,002

Depression

73,3

P=0,000

Qualité de vie

23,4

P=0,003

 

 

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Spectre clinique de la forme à révélation tardive de la maladie de Pompe

La maladie de Pompe apparait à tout âge, depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Elle est de grande hétérogénéité phénotypique et de sévérité variable, corrélées en partie au degré de réduction de l’activité enzymatique.

Y.Sifi, A. Boulefkhad, Service de Neurologie, CHU Abdessalam Benbadis de Constantine, Faculté de médecine, Laboratoire de Biologie et de Génétique Moléculaire, Université Constantine 3.

Date de soumission : 09 Février 2020.

Résumé : La maladie de Pompe apparait à tout âge, depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Elle est de grande hétérogénéité phénotypique et de sévérité variable, corrélées en partie au degré de réduction de l’activité enzymatique. Les patients atteints de la forme à révélation tardive ou LOPD pour « Late onset Pompe Disease » débutent la maladie entre 1-60 ans voire plus. Elle s’exprime habituellement par une faiblesse musculaire des ceintures et axiale, d’évolution progressive conduisant fréquemment vers le fauteuil roulant. Le décès est souvent précipité par les complications respiratoires. Depuis l’avènement de l’enzymothérapie substitutive dans le traitement de la maladie de Pompe, et afin de permettre un diagnostic précoce pour un traitement précoce, les données de la littérature se sont enrichies dans la recherche clinique, élargissant ainsi le spectre des manifestations cliniques de la forme tardive de la maladie de Pompe. L’objectif de notre travail était de rapporter les différents systèmes atteints dans la forme à révélation tardive de la maladie de Pompe et leurs expressions cliniques.

Mots clés : Maladie de Pompe, glycogénose de type II, forme tardive, déficit en maltase acide, GAA, enzyme recombinante.

Abstract: Pompe disease occurs at all ages, from infancy to adulthood. It is phenotypically heterogeneous with a varying severity, partially correlated with the degree of reduction in enzyme activity. Patients with late onset Pompe disease begin the disease at a later age ranging from one year to 60 years or more. those are the late onset forms of Pompe disease (or LOPD), most often mimicking other neuromuscular conditions. They are usually expressed by limb and axial progressive muscular weakness frequently leading to the wheelchair; and death is often precipitated by respiratory complications. Since the advent of recombinant enzyme in the treatment of Pompe disease and in order to allow early diagnosis for early treatment, literature data have been enriched by clinical studies enlarging the spectrum of clinical manifestations of the late onset Pompe disease. The objective of our work was to report the different systems affected in the late-onset Pompe disease and their clinical expressions.

Key words: Pompe disease, type II glycogenosis, late form, acid maltase deficiency, GAA, recombinant enzyme.


 

Introduction 

La maladie de Pompe (MP) ou glycogénose de type II est une myopathie métabolique rare, de transmission autosomique récessive, causée par un déficit en α-glucosidase acide (GAA) ou maltase acide, nécessaire à la dégradation du glycogène lysosomale (1), dont le gène est localisé sur le bras long du chromosome 17 en 17q 25.3 (2).

La MP apparait à tout âge, depuis la petite enfance jusqu’à l’âge adulte. La sévérité de son phénotype est variable et est corrélée en partie au degré de réduction de l’activité enzymatique. Elle se présente principalement sous deux formes cliniques, la forme infantile (que nous n’aborderons pas dans cet article), encore appelée EOPD (pour Early onset Pompe Disease), définie par deux évènements chronologiques, un début avant l’âge d’un an, voire dès les premiers jours de la vie (nouveau-né ou nourrisson), et un décès avant l’âge de 2 ans précipité par les troubles respiratoires. Les patients atteints de cette forme précoce se présentent avec un phénotype classique, dominé par une faiblesse musculaire généralisée associée à une hypotonie et à une cardiomyopathie hypertrophique (3).

La forme à révélation tardive ou LOPD (pour Late onset Pompe Disease), débute entre 1 et 60 ans. À la différence de la forme infantile, les manifestations cliniques de la forme à révélation tardive sont polymorphes. Elles s’expriment par une faiblesse musculaire des ceintures, et axiale, d’évolution progressive conduisant fréquemment vers le fauteuil roulant. Le décès est souvent précipité par les complications respiratoires. À ce phénotype habituel, une très grande variété de symptômes additionnels et/ou révélateurs a été décrite. Actuellement la forme à révélation tardive de la MP est considérée comme une affection multisystémique, faisant intervenir l’atteinte de plusieurs tissus (4). Depuis l’avènement de l’enzymothérapie substitutive dans le traitement de la maladie de Pompe et afin de permettre un diagnostic précoce pour un traitement précoce, les données de la littérature se sont enrichies en de nombreuses études dans le domaine de la recherche clinique élargissant ainsi le spectre phénotypique de cette maladie (5). L’autopsie a été un moyen précieux pour caractériser les effets de l’accumulation de glycogène dans les différents tissus des différents organes (6). L’objectif de notre travail était de rapporter les différentes présentations cliniques de la forme tardive de la MP.

Manifestations musculaires 

Le déficit de la musculature squelettique est d’évolution progressive et constitue le maitre symptôme de la forme à révélation tardive de la maladie de Pompe (7). Il apparait à tout âge, de la petite enfance à l’âge adulte, souvent précédé par une fatigue, des myalgies, une intolérance à l’effort ou une hyperCKémie[1] longtemps isolée. Il n’a souvent rien de spécifique, proximal des ceintures pelvienne et scapulaire mimant d’autres affections neuro musculaires (une LGMD[2], une amyotrophie spinale de type 3 ou 4, ou une myopathie inflammatoire et traitée inutilement). Cependant il est parfois distal, pouvant évoquer une myopathie distale ou une neuropathie héréditaire.

Devant toute suspicion de MP, l’examen neurologique fin recherchera particulièrement : une amyotrophie et une faiblesse précoce de la musculature axiale atteignant les muscles fléchisseurs de la nuque, spinaux, et/ou abdominaux. L’atteinte diaphragmatique et des muscles intercostaux serait responsable dans tous les cas d’une insuffisance respiratoire. L’atteinte des muscles bulbaires s’exprime par une faiblesse des muscles de la langue avec dysphagie et dysarthrie (8). Les muscles de la jambe et des pieds sont épargnés voire rarement atteints. L’évolution se fait vers l’extension du déficit moteur aux muscles proximaux de la ceinture scapulaire. Le taux des CK[3] au cours de la maladie de Pompe est généralement assez élevé, atteignant souvent plus de 2.000 U/L, mais dans les formes à révélation tardive le taux le plus élevé atteint rarement 1.000 à 1.500 U/L. Il peut par contre être normal (4).

 

Atteinte cardiaque

Contrairement à la forme à début précoce, l’atteinte cardiaque dans la forme à début tardif est rare (<5%) et modérée. Elle est secondaire à une accumulation massive de glycogène dans le tissu cardiaque, il s’agit de cardiomyopathie hypertrophique (hypertrophie ventriculaire gauche concentrique modérée, non obstructive) de troubles conductifs le plus souvent modérés, d’arythmies sinusales, de tachycardie supraventriculaire, de syndrome de Wolff Parkinson-White ou de bloc auriculo-ventriculaire nécessitant l’implantation d’un stimulateur cardiaque (9, 10).

 

Atteinte respiratoire 

L’atteinte respiratoire est fréquente, elle se voit pratiquement chez 80 % des patients (11). Elle met souvent en jeu le pronostic vital, et est secondaire en grande partie à une atteinte du diaphragme mais aussi des muscles thoraco-abdominaux. Elle peut par ailleurs révéler la maladie même en l’absence de toute atteinte musculaire cliniquement patente sous forme d’insuffisance respiratoire restrictive, parfois aigüe. Le mécanisme physiopathologique de ces troubles respiratoires est double, lié à l’accumulation de glycogène dans la région ventrale de la moelle épinière où se trouvent les motoneurones phréniques innervant le diaphragme, et au niveau des fibres musculaires lisses (trachée et bronches).

Les premiers signes de détresse respiratoire se manifestent cliniquement par une altération de la qualité du sommeil, fatigue, somnolence diurne et céphalées. L’atteinte du diaphragme est mise en évidence par l’exploration respiratoire fonctionnelle (EFR) mettant en évidence une diminution de la capacité vitale forcée (CVF), cette dernière doit être réalisée en position assise et couchée.

 

Manifestations musculo-squelettiques 

Elles s’observent chez les patients ayant perdu la marche et placés sur fauteuil roulant. On note des scolioses, des cyphoses, des hyperlordoses et un syndrome de la colonne raide (4).

Par ailleurs, l’ostéoporose est fréquente, elle est habituellement accompagnée de fractures spontanées répétées (4).

 

Manifestations neurologiques 

Les manifestations neurologiques sont de type central et périphérique. Elles sont secondaires à l’accumulation de glycogène lysosomal dans les régions du système nerveux central (SNC) et du système nerveux périphérique (SNP).

 

  • Atteinte du système nerveux périphérique 

De nombreuses études anatomopathologiques ont démontré l’accumulation de glycogène au niveau de la cellule de Schwann du nerf périphérique, particulièrement au niveau des petites fibres, myélinisées et amyéliniques, au niveau de la jonction neuro-musculaire (12), et aussi au niveau de la corne antérieur de la moelle (13), cliniquement il s’agit respectivement de neuropathies à petites fibres (NPF), d’expression clinique sensitive, à type de douleurs et de paresthésies douloureuses distales des membres inférieurs, associées souvent à des troubles dysautonomiques (14). En cas d’atteinte de la corne antérieure, le déficit moteur est de topographie distale des 4 membres, avec des pieds tombants et une aréflexie tendineuse (16).

 

  • Atteinte du SNC et cérébro-vasculaire 

L’accumulation de glycogène au niveau des muscles lisses des artères et artérioles cérébrales altère leurs propriétés anti-thrombotiques, suggérant ainsi un mécanisme pathogène hypoxique-ischémique, responsable d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques ou hémorragiques (4). Les malformations vasculaires à type d’anévrysme ont été rapportées (4). L’atteinte vasculaire extra cérébrale est possible. Les manifestations vasculaires et parenchymateuses du SNC ne sont pas à rechercher systématiquement, sauf si le patient présente des symptômes ou signes évocateurs d’une complication vasculaire cérébrale.

 

  • Perte auditive 

La perte auditive est fréquente, et est associée à des troubles cochléaires, elle est secondaire à une accumulation de glycogène au niveau du muscle stapédien ou muscle de l’étrier (16).

 

Manifestations ophtalmologiques 

Les plus fréquemment observées sont le strabisme, le ptosis et l’ophtalmoplégie.

L’accumulation de glycogène dans le cristallin et la rétine serait responsable de cataracte et d’anomalies rétiniennes (16).

 

Manifestations dentaires et gastro-intestinales 

Les anomalies dentaires sont rares, il s’agit surtout d’anomalies du développement dentaire et de prolifération gingivale (16).

L’accumulation de glycogène dans les muscles lisses des intestins s’exprime par une gêne abdominale, diarrhée chronique, crampes, constipation, ballonnements postprandiaux, satiété précoce, difficultés d’alimentation et de déglutition, faible gain de poids, diminution du réflexe nauséeux et hépatomégalie (16).

 

Manifestations génito-urinaires 

Souvent négligées, les manifestations génito-urinaires altèrent la qualité de vie des patients. La miction impérieuse est le symptôme le plus fréquent. L’incontinence urinaire et fécale ont été rapportées (17).

 

Atteinte de sang périphérique 

Dans le sang, les anomalies lymphocytaires sont au premier plan, il s’agit de lymphocytes vacuolés. Cet aspect est présent dans les autres maladies de surcharge lysosomale (18).

 

Atteinte endocrinienne 

L’atteinte endocrinienne la plus fréquente est l’hypothyroïdie, suggérant un lien entre le déficit enzymatique et la fonction thyroïdienne (19).

 

Conclusion 

Le spectre phénotypique de la forme à révélation tardive de la maladie de Pompe s’est élargi. Il ne s’agit plus de la myopathie progressive des ceintures, associée à des troubles respiratoires précoces, mais d’une affection multisystémique, faisant intervenir l’atteinte de plusieurs tissus de différents organes. Le dosage de l’activité de la maltase acide permet le diagnostic définitif. L’intérêt du diagnostic précoce de cette maladie réside dans la mise en route d’un traitement substitutif précoce par enzyme recombinante, disponible depuis 2007 en Algérie.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

 

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[1] HyperCKémie = Augmentation du taux sérique de créatine kinase (NDLR).

[2] LGMD = Limb Girdle Muscular Dystrophy (dystrophies musculaires des ceintures) . (NDLR)

[3] KC = Créatine Kinase (NDLR)

 

 

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Étude clinique et génétique du syndrome de Rett : A propos d’une série de 16 cas

Introduction. Le syndrome de RETT (MIM #312 750) est une maladie génétique neuro- développementale dominante liée à l’X, touchant essentiellement les filles, le plus souvent due à des mutations du gène MECP2. Matériels et méthodes : Étude clinique et génétique de 16 patientes répondant aux critères diagnostiques Rett révisés

A. Saadi¹, W. Amer Elkhoudoud², S. Lougani², Hallal S³, L. Moussa², B. Imessaoudene4, N. Kassouri², L. Ali Pacha¹,

(1) Service de Neurologie CHU Mustapha Bacha, Alger

(2) Service de Neurologie, EHS Ben Aknoun, Alger,

(3) Laboratoire Centrale de Biochimie, CHU Mustapha Bacha, Alger

(4) Laboratoire de Biochimie, EHS Ben Aknoun, Alger.

 

Date de soumission : 11 Février 2020.

Résumé : Introduction. Le syndrome de RETT (MIM #312 750) est une maladie génétique neuro- développementale dominante liée à l’X, touchant essentiellement les filles, le plus souvent due à des mutations du gène MECP2. Matériels et méthodes : Étude clinique et génétique de 16 patientes répondant aux critères diagnostiques Rett révisés, suivies au service de neurologie de l’établissement hospitalier spécialisé de Ben-Aknoun. Une analyse par séquençage des exons codants du gène MECP2, a été réalisée chez toutes les patientes et complétée par une étude MLPA chez 2 patientes. Résultats : L’analyse du gène MECP2 a permis d’identifier chez les 16 patientes ; 5 mutations stop (R255X, R168X, R270X, Tyr141X, R294X), 2 faux sens (c.301C>T, c.455 C>G), 5 délétions intragéniques et 2 grandes délétions par méthode semi quantitative. Toutes les patientes présentent la forme classique et une la forme atypique avec épilepsie précoce. L’âge de diagnostic à 10 ans est un peu tardif. L’épilepsie est présente dans 75% avec un âge de début entre 1-8 ans. La microcéphalie acquise est présente dans 75%. Les troubles du sommeil dans 50%, le bruxisme dans 80%, l’hyperpnée dans 75%, la scoliose est retrouvée chez 4 patientes dont deux ont perdu la marche entre l’âge de 7 et 12 ans. Une seule patiente a présenté un allongement de l’intervalle QT. Conclusion : Il est difficile de retenir des corrélations clinico-génétiques significatives à partir de cette étude, en raison du faible nombre de cas. Les corrélations génotype-phénotype sont incohérentes, en partie à cause du schéma d’inactivation des chromosomes X. Néanmoins, elle peut servir comme point de départ pour une base de données nationale du syndrome de Rett. L’étude quantitative MLPA des patientes mutation MECP2 négative a permis l’identification d’une association Rett-hétérotopie nodulaire périventriculaire non rapportée dans la littérature à ce jour.

Mots clés : Syndrome de Rett, épilepsie, MECP2, MLPA.

Abstract: Introduction: RETT syndrome (MIM # 312 750) is a dominant X-linked neurodevelopmental genetic disorder, primarily affecting girls, most commonly caused by mutations in the MECP2 gene. Materials and methods: Clinical and genetic study of 16 patients with the revised Rett diagnostic criteria, followed at the neurology department of Ben-Aknoun hospital. A sequencing analysis of the exons coding for the MECP2 gene was performed in all patients and supplemented by an MLPA study in 2 patients. Results :Analysis of the MECP2 gene made it possible to identify in the 16 patients 5 nonsense mutations (R255X, R168X, R270X, Tyr141X, R294X), 2 missense mutations (c.301C> T, c.455 C> G), 5 intragenic deletions and 2 large deletions. All patients have the classic form and one has an atypical form with early epilepsy. The age of diagnosis at 10 is slightly late. Epilepsy is present in 75% with an age of onset between 1-8 years. Acquired microcephaly is present in 75%. Sleep disturbances in 50%, bruxism in 80%, hyperpnea in 75%, scoliosis is found in 4 patients, two of whom lost walking between the ages of 7 and 12. One patient had a prolonged QT interval. Conclusion: It is difficult to retain significant clinical-genetic correlations from this study, due to the small number of cases. Genotype-phenotype correlations are inconsistent, in part due to the pattern of X chromosome inactivation. However, it can serve as a starting point for a national Rett syndrome database. The quantitative MLPA study of patients with a negative MECP2 mutation allowed the identification of the association of Rett syndrome and periventricular nodular heterotopia not reported in the literature to date.

Keywords: Rett syndrome, epilepsy, MECP2, MLPA.

 

Introduction

Le syndrome de Rett est une maladie neuro-développementale rare, touchant essentiellement les filles, en se transmettant selon le mode dominant lié à l’X. Elle est caractérisée dans sa forme typique, par une phase de développement normal ou subnormal, suivie d’une décélération globale du développement psychomoteur, puis une perte des acquisitions cognitives et motrices ; puis une longue période de stabilité. La quatrième phase de détérioration motrice tardive commence à partir de l’âge de 10 ans [1,2]. Les signes typiques du syndrome de Rett sont : la perte de l’utilisation volontaire des mains, l’absence d’apparition ou la perte du langage, des troubles de la coordination et de l’équilibre avec une perte possible de la marche, des stéréotypies manuelles, des accès d’hyperventilation intermittente, une déficience intellectuelle sévère, des troubles du comportement et de la communication, et d’autres signes tels que l’épilepsie, le refroidissement des extrémités, le retard de croissance, l’ostéogénie et la scoliose. Les formes atypiques ou variantes sont : la forme avec préservation du langage, la forme congénitale sans phase de développement normal, la forme avec une épilepsie sévère et précoce.

La prévalence du syndrome de Rett dans le monde serait d’environ 1/10.000 à 1/23.000 filles [3]. Le syndrome de Rett est causé dans plus de 95% des formes typiques par des mutations dans le gène MECP2. Les gènes CDKL5, pour la forme avec épilepsie précoce, le gène FOXG1 pour la forme congénitale [4,5].

Matériels et méthodes

C’est une étude clinique et génétique de 16 patientes répondant aux critères diagnostiques du syndrome de Rett, suivies au service de neurologie de l’établissement hospitalier spécialisé de Ben Aknoun. Une analyse par séquençage des exons codants du gène MECP2, a été réalisée chez toutes les patientes et complétée par une étude MLPA chez 2 patientes.

 

Résultats

La présente étude comprend 16 filles, âgées de 3 à 34 ans. Dix d’entre elles sont originaires d’Alger, les autres de Bordj Bou Areridj, Msila Tizi Ouzou, Ain Defla, Miliana et Djelfa. Il s’agit de cas sporadiques de syndrome de RETT, selon les critères diagnostiques Rett révisés par Neuil en 2010 [6] (Tableau A). Toutes les patientes sont nées au terme d’une grossesse bien suivie sans incident sauf pour la patiente P4 qui a présenté une hypotonie néonatale. Le développement psychomoteur s’est fait avec retard de gravité variable chez l’ensemble des patientes. Les patientes (P3, P4, P6, P8, P9), soit 33% n’ont jamais acquis la marche, alors que 1/3 des patientes ont acquis la marche dans les limites de la normale. Cinq patientes (P2, P4, P6, P8, P9) n’ont jamais acquis le langage, les autres pouvaient prononcer 2 à 3 mots à partir de l’âge de 12 à 24 mois. Le profil évolutif de la maladie chez nos patientes est compatible avec les critères diagnostiques révisés du syndrome de Rett.

La période de régression débute entre l’âge de 11 à 30 mois, et dans la moitié des cas, elle survient entre 18 et 20 mois. La durée de cette période varie entre 6 mois à 5 ans. Cette phase évolutive est caractérisée par la perte de l’utilisation des mains, l’apparition des stéréotypies, des troubles de la communication, du comportement et une instabilité à la marche.

La période de stabilisation qui correspond à une amélioration notamment des capacités de communication, du contrôle visuel et de l’utilisation partielle des mains, a débuté chez nos patientes entre l’âge de 2 ans et 7 ans. Les deux patientes P1 (17 ans) et P10 (7 ans) ont présenté respectivement à partir de l’âge de 12 ans et 7 ans, une aggravation nette du syndrome pyramidal avec perte de la marche, une scoliose et une atrophie musculaire. La préservation du contact visuel et quelques aspects de la communication non verbale, nous permet de les classer au stade 4 de détérioration motrice. Alors que la plus âgée (34 ans) conserve toujours une marche instable avec cyphose dorsale importante et n’a pas présenté de fractures osseuses.

L’épilepsie est fréquente chez nos patientes, elle est retrouvée dans 75% des cas soit 12/16 patientes (tableau B). Le début varie entre l’âge de 4 mois (forme épileptique précoce) et 8 ans, soit un âge de début moyen de 4 ans sans corrélations entre l’âge d’apparition des crises et le profil évolutif. Il s’agit souvent de crises généralisées convulsives et non convulsives nocturnes et diurnes. Trois patientes (P2, P4, P15) ont présenté des crises myocloniques diffuses. La fréquence des crises est variable, les patientes (P2, P7, P11) présentent une épilepsie sévère à début précoce survenue entre l’âge de 4 mois et 12 mois, résistante au traitement et nécessitant la prise de 2 médicaments antiépileptiques (acide valproïque et/ou leviracetam, lamotrigine). Les patientes (P1, P4, P6, P15, P16) n’ont pas fait de crises depuis plus de 3 à 4 années. Toutes les patientes épileptiques ont présenté des anomalies non spécifiques à l’EEG à type de P, PO généralisées en bouffées diffuses parfois à prédominance hémisphérique. Des anomalies EEG diffuses ont été retrouvées chez 3 patientes (P9, 10, 12) en l’absence de crises d’épilepsie. Une seule patiente (P2) a présenté une épilepsie précoce dès l’âge de 4 mois avec des myoclonies et crises tonico-cloniques généralisées réfractaires, persistant encore jusqu’à ce jour, soit à l’âge de 10 ans. Aussi, elle n’a acquis ni le langage ni la marche.

Parmi les critères accessoires (Tableau C), la microcéphalie acquise est présente chez 3/4 des patientes (12/16) après l’âge de 2 ans. La microcéphalie est sévère avec un PC à -4DS chez les patientes 1 et 9 et absente chez 4 patientes. Les troubles du sommeil modérés surviennent chez 50% des patientes au cours de l’évolution de la maladie. Le bruxisme est observé chez 80% des patientes. Alors que les troubles respiratoires à type d’accès d’hyperpnée d’intensité variable survenant à des périodes différentes du développement, sont absents chez 8 patientes. La scoliose est retrouvée chez 4 patientes mais ce sont les filles les plus âgées (17 ans et 34 ans), qui présentent la forme sévère. La moitié des patientes présente des troubles vasomoteurs à type de refroidissement des extrémités (pieds), par contre la baisse de la sensibilité à la douleur est signalée par les parents de 3 patientes.

Le bilan métabolique standard est normal chez toutes les patientes. L’IRM cérébrale pratiquée chez toutes les patientes ne révèle aucune anomalie sauf une atrophie corticale fronto-pariétale chez la patiente P3 ; et une hétérotopie nodulaire périventriculaire chez la patiente P15. Il s’agit d’une fillette âgée de 8 ans, née de parents non apparentés, qui a présenté un retard du langage avec régression cognitive, perte de l’usage des mains, stéréotypies manuelles dès l’âge de 2 ans, suivies de troubles du sommeil, de crises myocloniques, de pseudo-absences et microcéphalie acquise à l’âge de 4 ans. L’EEG a montré des anomalies paroxystiques généralisées et focalisées, diffuses sur un rythme de fond structuré. L’électrocardiogramme pratiqué chez 7 patientes a mis en évidence chez la patiente P9 des troubles de la repolarisation diffuse avec une onde T négative, espace QT : 0,43s (0,32s).

L’analyse du gène MECP2 par séquençage direct des exons 2, 3 et 4 a permis l’identification de 12 mutations différentes (tableau D). Cinq mutations non-sens : c.763c>T(p.R255X) x2 fois , c.502C>T (p.R168X) x2 fois, c.808C>T (p.R270X) , c.423 C>G.(p.Tyr141X ), c.880 C>T. (p.R294X ) chez les patientes P1, 3, 6, 8, 10, 11, 13. Deux mutations faux sens : c.301C>T (p.101P>S) et c.455 C>G. (p.P152A). Cinq délétions intra géniques : c.753delC(p.G252A fs). c.1157-1197 del 41, c.1119-1189 del 71, c.1450-1453 del 4 (AGAG), c.del 32(1157-1188) toutes situées au niveau de l’exon 4 chez les patientes P2, P5, P7, P9, P16.

Cependant, l’étude cytogénétique (MLPA) pratiquée chez les 2 patientes sans mutation MECP2 (P14 et P15) a retrouvé respectivement une délétion de 1,7-61,7Kb et une délétion hétérozygote de la région Xq28 d’une taille de 450 kb à 600 kb emportant :

  • La totalité du gène MECP2 ;
  • Tout ou partie des gènes FLNA et IRAK1.

Discussion 

Cette étude moléculaire nous a permis de confirmer le diagnostic clinique de syndrome de Rett chez 16 filles, âgées entre 3 et 34 ans avec une moyenne d’âge de 20 ans. L’âge du diagnostic varie entre 2 et 18 ans, soit une moyenne d’âge de 10 ans. Toutes les patientes présentent une forme classique sauf la patiente P2, qui présente une forme atypique avec épilepsie précoce due à une délétion intragénique c.753delC (p.G252A fs) avec décalage du cadre de lecture (Tableau D).

Dans notre petite série, nous constatons que la forme atypique représente 6% des cas, ce qui est faible en comparaison avec les résultats de grandes études portant sur 1.928 cas, 315 cas, 638 cas et 1.085 cas, où le rapport des formes typiques/atypiques varie entre 85-92%/13-15% [7,8,9]. L’âge moyen du diagnostic à 10 ans est un peu plus tardif comparativement à une étude récente de 1.928 cas où l’âge moyen varie entre 2,8 ans pour le Rett classique et de 3,8 ans pour la forme atypique [10]. Le retard de croissance peut s’aggraver avec l’âge et s’observer dans 85% à 90% des filles avec un syndrome de Rett classique [11].

L’épilepsie est aussi fréquente dans notre série (75%), que dans les études rapportées à ce jour (50-90%). Dans une étude de 602 cas de Rett, Claze et al trouvent une épilepsie dans 60% survenant vers l’âge de 4,5 ans, souvent associée à un tableau clinique sévère [12]. Les crises généralisées tonico-cloniques et partielles complexes sont les plus fréquentes, d’autres crises peuvent se voir comme les myoclonies et les spasmes [13]. La prévalence de l’épilepsie pharmaco-résistante est de 23% dans notre série et varie entre 16 et 45% des cas selon les séries. Des anomalies EEG précédant la survenue de crises d’épilepsie sont observées chez 2 patientes, ainsi que des phénomènes paroxystiques non épileptiques, fréquemment rapportés dans la littérature qui rendent difficile le diagnostic d’épilepsie.

La scoliose observée dans plus de 80% des personnes âgées de 25 ans [14], est retrouvée chez les 2 patientes les plus âgées (17 et 34 ans) et la forme atypique. L’ostéopénie survient chez 74% vers l’âge de 20 ans, la diminution de la densité minérale osseuse augmente le risque de fractures surtout chez les patientes qui n’ont pas encore perdu la marche [15]. Les femmes ayant un syndrome de Rett survivent généralement à l’âge adulte, mais la mort subite peut être en partie causée par l’incidence plus élevée des anomalies de l’onde T et l’allongement de l’intervalle QT. Dans notre série, une seule patiente présente un allongement de l’intervalle QT. 

Dans notre série, les mutations ponctuelles (5 non sens, 2 faux sens, 5 délétions intragéniques) représentent 87% des cas (14/16), suivies de 2 grandes délétions 13% des cas (2/16). Dans la littérature, la fréquence moyenne des mutations ponctuelles est à 80%, beaucoup plus élevée que celle des micro-délétions, 8%. Parmi les 8 mutations ponctuelles (R106W, R133C, T158M, R168X, R255X, R270X, R294X, R306C) les plus fréquentes à l’origine de 67,4% des cas de Rett [344], nous avons retrouvé chez nos patientes 4 mutations stop : c.763c>T (p.R255X) , c.502C>T (p.R168X) , c.808C>T (p.R270X), c.880 C>T. (p.R294X). Dans une étude égyptienne portant sur une dizaine de cas, les mutations les plus fréquentes sont : R255X (3cas), R270X (3cas), R168X (4cas) [17]. Le séquençage du gène MECP2 chez 7 patientes tunisiennes a permis d’identifier la mutation T528M dans 50% des cas et la mutation R168X une seule fois [18]. Les mutations faux sens et non-sens sont retrouvées à une fréquence presque identique entre 35%-40% [7,8]. Dans notre série, les patientes P4 et P12 présentent une mutation faux sens c.301C>T et c.455 C>G. Cheadle a trouvé que la maladie est significativement atténuée chez les personnes présentant des mutations faux-sens que chez celles avec des mutations tronquantes [19].

Les différentes études concernant la sévérité du syndrome et les mutations spécifiques ne sont pas concluantes à cause de la variabilité génotype/phénotype, mais certains auteurs rapportent quelques conclusions. Neul, en 2008, en étudiant la sévérité du syndrome de Rett dans 3 domaines, la marche, l’utilisation des mains et le langage, trouve que les mutations (R133C, R294X, R306C) sont moins sévères que les autres mutations R168X et larges délétions [9,16]. Amir et al, ont trouvé une corrélation positive entre les mutations tronquantes et des anomalies respiratoires, alors que la scoliose était plus fréquente chez les personnes présentant des mutations faux-sens [20], associe les mutations p.R255X, p.T158M et p.C306C à une augmentation du risque de survenue de crises d’épilepsie sévères [21].

Il est difficile de tirer des conclusions à partir de cette étude, vu le faible nombre de cas. Néanmoins, nous avons remarqué que la même mutation R168X est à l’origine d’une forme classique plutôt sévère avec arrêt de la marche à l’âge de 7 ans chez la patiente P10. Ce résultat rejoint les données de la littérature qui rapportent l’association de cette mutation R168X à des formes sévères [16]. Mais la même mutation est à l’origine d’une forme modérée chez la patiente P3. Parmi les 3 mutations (p.R255X, p.T158M et p.C306C), pouvant jouer un rôle dans l’augmentation du risque de survenue de l’épilepsie, une seule, la p.R255X a été retrouvée chez la patiente P1et P13. Cependant, d’autres études de phénotype-génotype ont montré que les mutations spécifiques ne peuvent pas être le seul déterminant de la gravité, en raison de l’existence d’autres facteurs tels que l’inactivation du chromosome X et d’autres variations génétiques.

Concernant les cas particuliers des filles MECP2 négatives, il existe une proportion de (5-10%) de filles MECP2 mutation négative [22], dont 25% présentent de grandes délétions intragéniques MECP2 multi-éxoniques [23,24,25]. Les quelques cas de micro-délétion Xq28 décrits à ce jour concernent seulement les gènes FLNA-EDMD ou MECP2-IRAK1 [26]. Les rares cas de grande délétion MECP2 étendue au gène IRAK1 rapportés présentent souvent un syndrome de Rett classique avec parfois un trouble de l’ossification ou des infections, mais sans anomalies congénitales majeures [27]. C’est le premier cas de micro-délétion impliquant les gènes MECP2 et FLNA et IRAK1 non rapporté dans la littérature, à l’origine d’un syndrome de Rett typique et d’une hétérotopie périventriculaire chez une fille non porteuse de mutation MECP2. L’épilepsie et les anomalies EEG observées chez notre patiente ne sont pas spécifiques, et font partie du phénotype Rett, car les crises d’épilepsie dues à la mutation FLNA surviennent vers l’âge de 15 ans en moyenne. La recherche de malformations cardiaques congénitales (persistance du canal artériel, dilatation de l’aorte thoracique) décrites dans le phénotype FLNA, s’est révélée négative.

Conclusion

Il est difficile de tirer des conclusions et retenir des corrélations clinico-génétiques significatives à partir de cette étude, vu le faible nombre de cas. Néanmoins, elle peut servir comme point de départ pour une base de données nationale du syndrome de Rett. L’étude quantitative MLPA des patientes mutation MECP2 négative a permis l’identification d’une association Rett, hétérotopie nodulaire périventriculaire non rapportée dans la littérature à ce jour et de réduire le risque de faux négatifs. La recherche de troubles de la repolarisation cardiaque pouvant être la cause de mort subite doit être systématique chez toutes les filles Rett.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Tableau A : Caractéristiques cliniques et évolutives des patientes Rett

Patiente

P1

P2

P3

P4

P5

P6

P7

P8

P9

P10

P11

P12

P13

P14

P15

P16

Age (année)

17

10

8

7

7

7

7

3

5

7

8

14

34

7

11

8

Arrêt Développement psychomoteur

Tenue Tête

Assis

Marche

nl

12m

nl

13m

36m

9m

non

5m

9m

non

nl

6m

19m

nl

6m

non

nl

nl

10m

nl

8m

non

nl

7m

non

9m

12m

18m

.

9m

20m

2m

7m

22m

3m

6m

16m

3m

9m

36m

18m

3m

7m

12m

Langage

1e mot

qq mots

12m

+

non

24m

+

Non

18m

+

non

12m

+

non

non

12m

+

+

10m

18m

+

12m

+

22m

+

10m

++

Période régression

Début

18m

18m

30m

21m

19m

12m

18 m

11m

12m

18m

18m

11m

24m

15m

24m

30m

Marche

+/-

non

non

non

+/-

non

+/-

non

non

non

+/-

+/-

non

+/-

non

+/-

Langage

+/-

abs

+/-

abs

+/-

abs

+/-

abs

abs

abs

abs

abs

abs

abs

abs

abs

Apraxie mains

+

+

+

+

+

++

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Stéréotypies

+++

18m

+++

18m

+++

36m

+++

21m

+++

24m

+++ 24m

+++

24m

+++

18m

+++

24m

+++

20m

+++

20m

+++

12m

+++

24m

+++

24m

+++

36m

+++

30m

Spasticité

Hypotonie

+

+

+

+

+

+

non

+

+

non

+

non

+

+

non

non

Agressivité

non

non

non

Non

+

non

+

non

non

non

 

non

non

non

non

+

Période stabilisation

Contact visuel

Amélioration signes autistiques

 

30m

+

non

27m

+

+

3ans

+

+

4ans

+

+

30m

+

+

4ans

non

+

4ans

+

+

2ans

+

+

3ans

+

non

32m

+

+

26m

+

+

5ans

+

+

7ans

+

Non

5ans

+

+

4ans

+

+/-

3 5

+

+

Stade 4 : Détérioration motrice

Arrêt Marche

12ans

         

7ans

         

Appui 15ans

     

Atrophie musculaire

++

         

++

         

++

     

Abs : absent, marche +/-: instable , m: mois, nl: normal, qq :quelques

 

Tableau B : caractéristiques des crises épileptiques

P

Age

Age de début

Type

EEG

Traitement

Dernière crise (âge)

1

17ans

8 ans

 Crises généralisées convulsives

2C/j au début

Tracé mal organisé, activité lente

Type thêta (5-6c/s)

 Ac. valproïque

 14ans

2

10ans

4mois

Myoclonies diffuses et oculaires

Crises généralisées convulsives

Tracé mal organisé, P, POL en bouffées généralisées à prédominance hémisphérique gauche

 Ac. valproïque

Clonazepam

1crise

/3mois

3

8ans

30mois

 Crises généralisées convulsives

Tracé désorganisé P, PO continues diffuses.

Tracé organisé, bouffées OL d’aspect crocheté fronto-polaire bilatérale, P centro-temporale droite

 Ac. valproïque

Lamictal

1crise

/4mois

4

7ans

2ans

Myoclonies diffuses, crises généralisées convulsives et non convulsives

Stade sommeil P, PP, PO multifocales DT ou gauche, parfois en bouffées. Tracé veille mal organisé activité épileptique quasi continue prédominance hémisphérique gauche

 Ac. valproïque

 3ans

5

7ans

6ans

Crises généralisées

Bouffées O, PO centrales droite parfois bilatérales

 Ac. valproïque

 6ans

6

7ans

1an

Crises généralisées pendant le sommeil

Tracé sans anomalies épileptiques

DPK puis Lamictal

 2ans 1/2

7

7ans

1an

Crises généralisées nocturnes très fréquentes au début

Tracé ralenti, anomalies paroxystiques diffuses

DPK et

Keppra

Lamictal

1crise/ 30j

8

3ans

Pas de crises

Tracé normal

   

9

5ans

Pas de crises

Anomalies paroxystiques temporales postérieures droites qui diffusent dans les régions homologues controlatérales

 

10

3ans

Pas de crises

Rythme de fond organisé, pointes et pointes ondes localisées

 

11

8ans

2ans

Crises généralisées non convulsives

Tracé mal organisé, lent. PO lentes, bouffées de longue durée, parfois continues, de grandes amplitudes, régions antérieures bilatérales.

Leviracetam

Clobazam

Puis Lamotrigine

1 crise/2j

12

14ans

5ans

 Agitation pendant le sommeil

Tracé de fond organisé. polypointes ondes diffuses

 

13

34ans

4ans

quelques crises à type d’absence

Bouffée de P et PO généralisées

 Ac. valproïque

4ans1/2

14

7ans

5ans

Crise partielles motrices

– Activités paroxystiques bifrontorolandiques

– Anomalies paroxystiques prédominant à gauche

 Ac. valproïque

1crise/sem

15

11ans

8ans

Type de frayeurs nocturnes,

– myoclonies avec lâchage d’objet survenant au réveil,

– fixité du regard, contraction tonique main droite quelques secondes

– Anomalies paroxystiques généralisées.

– Anomalies irritatives focalisées et diffuses sur un rythme de fond structuré

Ac. valproïque

6ans

16

8ans

3ans

Perte de connaissance, chute non convulsive

Sommeil mal organisé

Nombreuses figures paroxystiques diffuses et généralisées.

Keppra pendant 18mois

4ans1/2

Ac. Valproïque : acide valproïque ; sem : semaine ; j :jours

TABLEAU C : suite caractéristiques cliniques

Patiente

P1

P2

P3

P4

P5

P6

P7

P8

P9

P10

P11

P12

P13

P14

P15

P16

Épilepsie

8an

4m

30m

2an

5an

1an

1an

non

no

non

2an

non

4an

5an

3an

3an

Microcéphalies

Retard croissance

-4

+

-1,8

non

-2,5

non

-2ds

non

-1ds

non

-2,5

non

-2,5

+

-1ds

non

– 4

+

-2ds

non

-2,5

non

-3ds

?

-2ds

+

-1,8

non

-2,5

non

-2

+

Troubles sommeil

+

non

non

+

+

non

Non

+

Non

non

non

+

+

Non

+

+

Troubles vasomoteurs

+

+

+

non

+

non

+/-

+

+

non

non

?

+

non

non

non

Bruxisme

+

+

+

+

Non

+

+

+

+

non

+

+

+

+

non

+

Hyperpnée

+

+

non

+

+

+

Non

non

Non

+

++

non

non

+

++

++

Scoliose cyphose

++

++

+

non

+

non

Non

+

+

non

non

?

++

non

non

non

Sensibilité douleur

nl

nl

nl

nl

+

nl

+

nl

+

nl

nl

?

nl

nl

nl

nl

Mains et pieds petits

+

+

?

+

Rires ou accès de cris

++

+

+

+

+

+

+

+

+

+

?

non

non

+

ECG

NF

nl

nl

nl

NF

NF

NF

NF

QT+

NF

nl

NF

NF

NF

nl

nl

 

Tableau D: Formes cliniques avec mutation MECP2 et anomalies cytogénétiques correspondantes

Patiente

Age diagnostique

Forme clinique

 Mutation gène MECP2

1

11 ans

 Classique

c.763c>T (p.R255X)

Non sens

2

4 ans

 Épilepsie précoce

c.753delC (p.G252A fs)

Délétion 1 pb

3

8 ans

 Classique

c.502C>T (pR168X)

Non sens

4

4 ans

 Classique

c.301C>T (p.101P>S)

Faux sens

5

3 ans

 Classique

c.1157-1197 Del41

Délétion 41pb

6

3 ans

 Classique

c.808C>T (p.R270X)

Non sens

7

5 ans

Classique

c.del (1119-1189)

Délétion 68pb

8

2 ans

Classique

c.423 C>G. (p.Tyr141X )

Non sens

9

5 ans

Classique

c.1450-1453 del4 (AGAG)

Délétion 4pb

10

3 ans

Classique

 c.502 C>T. (p.R168X )

Non sens

11

8 ans

Classique

c.880 C>T. (p.R294X )

Non sens

12

14 ans

Classique

c.455 C>G. (p.P152A)

Faux sens

13

18 ans

Classique

c.763 C>T. (p.R255X )

Non sens

14

6 ans

Classique

Pas de mutation

 MLPA : Del 1,7-61,7Kb

15

8 ans

Classique

Pas de mutation

MLPA : Délétion hétérozygote de la région Xq28 d’une taille de450 kb à 600 kb emportant :

-la totalité du gène MECP2

-tout ou partie des gènes FLNA et IRAK1

16

8 ans

Classique

c.del 32 (1157-1188)

Délétion 38pb

 

Références :

  1. Neul JL, Kaufmann WE, Glaze DG, Christodoulou J, Clarke AJ, Bahi-Buisson N, Leonard H, Bailey ME, Schanen NC, Zappella M, Renieri A, Huppke P, Percy AK. Rett Search Consortium. Rett syndrome: revised, diagnostic criteria and nomenclature. Ann Neurol. 2010 Dec;68(6):944-50.
  2. Einspieler C, Marschik PB. Regression in Rett syndrome: Developmental pathways to its onset. Neurosci Biobehav Rev. 2019 Mar;98:320-332.
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  4. Hagberg B, Gillberg C. Rett variants-rettoid phenotypes. In: Hagberg B, Anvret M, Wahlstrom J, eds. Rett Syndrome: Clinical and Biological Aspects. London, UK: MacKeith Press; 1993:40-60
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Les leucodystrophies métaboliques pédiatriques ; notre expérience

Les leucodystrophies métaboliques, affections rares et génétiques, sont caractérisées par une atteinte prédominante de la myéline. Elles constituent un grand nombre de maladies très hétérogènes dans leur expression clinique et leur physiopathologie. La majorité sont diagnostiquées biochimiquement et génétiquement et bénéficient d’un diagnostic prénatal. Nous rapportons l’expérience de l’unité neuropédiatrique du service de neurologie de l’établissement Ali Ait-Idir sur une durée de quinze ans concernant les leucodystrophies métaboliques pédiatriques.

S.Makri-Mokrane, S. Meziche, I. Talaboulma. Service de Neurologie. EHS Ali Ait-Idir, Bab El Oued, Alger.

 

Date de soumission : 11 Février 2020.

Résumé : Les leucodystrophies métaboliques, affections rares et génétiques, sont caractérisées par une atteinte prédominante de la myéline. Elles constituent un grand nombre de maladies très hétérogènes dans leur expression clinique et leur physiopathologie. La majorité sont diagnostiquées biochimiquement et génétiquement et bénéficient d’un diagnostic prénatal. Nous rapportons l’expérience de l’unité neuropédiatrique du service de neurologie de l’établissement Ali Ait-Idir sur une durée de quinze ans concernant les leucodystrophies métaboliques pédiatriques. Sur 24 enfants présentant un tableau de leucodystrophies métaboliques, 50% avaient une adrénoleucodystrophie liée à l’X, et 4 cas une leucodystrophie métabolique. En l’absence de confirmation enzymatique et/ou moléculaire, un phénotypage précis et une interprétation minutieuse de l’imagerie permettent d’identifier une leucodystrophie.

Mots clés : leucodystrophie, IRM, adrénoleucodystrophie liée à l’X.

Abstract: Metabolic leukodystrophies are rare and genetic conditions, characterized by predominantly myelin damage. It constitutes a large number of very heterogeneous diseases in their clinical expression and their pathophysiology. The majority are biochemically and genetically diagnosed and benefit from prenatal diagnosis. We report the experience of the neuropediatric unit of the neurology service of the Ali Ait-Idir hospital over a period of fifteen years concerning paediatric metabolic leukodystrophies. Of 24 children with a picture of metabolic leukodystrophies, 50% had X-linked adrenoleukodystrophy and 4 cases had metabolic leukodystrophy. In the absence of enzymatic and/or molecular confirmation accurate phenotyping and careful interpretation of the imaging make it possible to identify leukodystrophy.

Key words: leukodystrophy, MRI, X-linked adrenoleukodystrophy.

Introduction 

Les leucodystrophies métaboliques (LM) sont des affections neuro-dégénératives rares. Les LM sont des maladies caractérisées par une atteinte prédominante et primitive de la myéline du système nerveux central (SNC), avec une préservation relative des axones, parfois associée à une atteinte du système nerveux périphérique (SNP). Les LM sont des affections génétiques causées par des déficits enzymatiques, elles sont appelées également leucoencéphalopathies héréditaires. La majorité sont diagnostiquées biochimiquement et génétiquement et bénéficient d’un diagnostic prénatal. Le terme de LM rassemble un grand nombre de maladies très hétérogènes dans leur expression et leur physiopathologie. Elles débutent à des âges variables, de la naissance à l’âge adulte mais elles restent plus fréquentes chez l’enfant. En pratique, le diagnostic d’une LM est difficile et il est nécessaire de connaitre les étapes de myélinisation du SNC de l’enfant. Cliniquement, devant la découverte d’une anomalie de la substance blanche (SB) à l’IRM cérébrale, éliminer initialement les pathologies acquises et plus particulièrement la leucomalacie chez le jeune enfant. Si la symptomatologie des LM est dominée par des troubles moteurs (syndrome cérébello-spastique) associés à une atteinte mentale variable, l’âge de début, l’aspect évolutif et la présence de certains signes cliniques tels une neuropathie, une mégalencephalie, une atteinte sensorielle et extra-neurologique vont orienter le diagnostic étiologique. Les potentiels évoqués cérébraux (PEC) sont utiles pour objectiver l’atteinte myélinique du SNC qui se traduit par un allongement des temps de conduction centraux. L’électroneuromyographie (EMG-VC), l’électrorétinogramme (ERG) et les potentiels évoqués auditifs (PEA) permettent de rechercher respectivement une atteinte du SNP, une rétinopathie ou une surdité associée. L’IRM cérébrale est sensible pour détecter les anomalies de la SB qui apparaissent en hypersignal sur les séquences pondérées en T2. L’IRM cérébrale est un examen essentiel car il contribue au diagnostic, au suivi et à l’évolution progressive des lésions. La topographie des lésions de la SB, leur signal sur les différentes séquences de l’IRM (T1 et FLAIR en particulier), ainsi que la présence de lésions associées permettent également d’identifier des aspects suggestifs de certaines étiologies.

 

Classification actuelle

  1. Leucodystrophies peroxysomales 
  • Adrénoleucodystrophie/ Adrénomyéloneuropathie,
  • Maladie de Refsum adulte,
  • Maladies du spectre Zellweger, maladies avec défaut de formation des peroxysomes, c’est-à-dire : syndrome de Zellweger, adrénoleucodystrophie néonatale et maladie de Refsum infantile.
  1. Leucodystrophies lysosomales 
  • Leucodystrophie métachromatique,
  • Maladie de Krabbe.
  1. Leucodystrophies cavitaires 
  • Maladie d’Alexander,
  • Maladie de Canavan,
  • Leucodystrophie mégalencéphalique avec kystes sous-corticaux,
  • Syndrome CACH/VWM.
  1. Leucodystrophies hypomyélinisantes 
  • Maladie de Pelizaeus-Merzbacher,
  • Maladie de Pelizaeus-Merzbacher like,
  • Paraplégie spastique II,
  • Les leucodystrophies à polymérases III.


 

  1. Leucodystrophies atypiques 
  • Syndrome d’Aicardi-Goutières,
  • Syndrome Ravine.
  1. Leucodystrophies indéterminées.

Matériel et méthodes 

Nous rapportons l’expérience de l’unité neuropédiatrique du service de Neurologie de l’établissement Ali Ait-Idir sur une durée de quinze ans concernant les LM. Tous les enfants avec suspicion de LM ont eu le protocole suivant : anamnèse détaillée précisant les différentes étapes du développement psychomoteur, l’histoire de la maladie et l’arbre généalogique ; un examen neurologique et somatique minutieux ; un examen neurophysiologique et plus précisément des PEC, un EMG-VC, un électrorétinogramme et un EEG ; une étude cytochimique du LCR ; un examen ophtalmologique ; des tests psychométriques et une IRM cérébrale. Seuls les cas avec un tableau d’adrénoleucodystrophie liée à l’X ont eu en plus le dosage du cortisol sérique. La confirmation biochimique a été réalisée dans 5 cas.

Résultats 

24 enfants présentaient une LM, par ordre de fréquence :

  1. Adrénoleucodystrophie liée à l’X : 12 cas, âge entre 4-10 ans. La maladie s’est manifestée par des difficultés scolaires ou des modifications comportementales hormis un cas âgé de 4 ans, qui avait présenté une mélanodermie sur insuffisance surrénalienne comme symptomatologie initiale. L’examen clinique a mis en évidence un syndrome pyramidal et cérébelleux dans 02 cas. Une détérioration mentale, une agitation, une diminution de l’acuité auditive et visuelle chez tous les enfants et présence d’un œdème papillaire dans un cas. La mélanodermie était constante avec une sévérité de degrés variables. Une hyperprotéinorrachie isolée était présente ainsi qu’un allongement des latences centrales au potentiel évoqué somesthésique (PES).

Absence d’atteinte neurogène périphérique à l’examen électromyographique (EMG). Le bilan endocrinien a révélé une diminution du cortisol sérique. Le dosage des acides gras à très longues chaines n’a été pratiqué que chez deux enfants et a mis en évidence une élévation significative.

L’IRM cérébrale a objectivé des anomalies bilatérales et symétriques de la SB le plus souvent pariéto-occipitale avec prise de contraste en périphérie qui traduit toujours des lésions évolutives, une atteinte spécifique de splénium du corps calleux, une atteinte des fibres en U avec progression des lésions d’arrière en avant.

LEUC2

Fig. 1 : Coupes axiales T2 FLAIR et T1 avec prise de contraste : hypersignal pariéto-occipitale avec prise de contraste en périphérie et atteinte des fibres en U. Coupe sagittale T2 FLAIR : atteinte du splénium du corps calleux.

 

Leucodystrophie métachromatique : 4 cas, dont l’âge est compris entre 2 et 3 ans, qui consultent pour une perte progressive des acquisitions psychomotrices.

Le tableau clinique se résumait à une tétraparésie spastique, une aréflexie aux 4 membres sur un retard psychomoteur sévère.

Le bilan a été comme suit : une hyperprotéinorrachie à la ponction lombaire (PL), un allongement des latences centrales et périphériques aux PES et une atteinte neurogène périphérique de type myélinique aux 4 membres à l’EMG. Un déficit en arylsulfatase A détecté dans les leucocytes a permis un diagnostic biochimique. Un hypersignal diffus de la SB périventiculaire, en forme de papillon, à prédominance postérieure, épargnant les fibres en U sous corticales ; avec un aspect tigré des centres semi ovales (témoignant de la préservation de la myélinisation périvasculaire) est observé à l’imagerie cérébrale.

 

LEUC2

Fig. 2 : Séquence axiale T2. Anomalie diffuse de la SB à prédominance postérieure, les fibres en U sous corticales sont épargnées.

Maladie de Krabbe : une fillette de 8 mois consulte pour une régression psychomotrice et vomissements incessants. Cliniquement, elle présentait une tétraparésie spastique, des spasmes toniques et une aréflexie aux membres inférieurs. Les explorations suivantes ont été réalisées avec mise en évidence d’une hyperprotéinorrachie isolée à la PL, un allongement des latences centrales et périphérique aux PES et un effondrement des vitesses motrices à l’EMG. Confirmation biochimique et déficit de la cérébroside-β-galactosidase sérique. À l’imagerie cérébrale, démyélinisation diffuse et atteinte spécifique des capsules internes et externes et des thalami sont retrouvées.

LEUC4

Fig. 3 : Coupe axiale T2. Démyélinisation diffuse et atteinte spécifique des capsules internes et externes et des thalami.

Maladie de Pelizaeus-Merzbacher : 3 cas : 2 frères âgés respectivement de 9 et 16 ans, issus de parents cousins germains, avaient présenté un retard psychomoteur modéré, une marche instable et un retard scolaire, ainsi qu’un garçon âgé de 04 ans issu également d’un mariage consanguin avec notion de cas similaire dans la famille présentait depuis une année une maladresse gestuelle, un tremblement du chef et un trouble de l’équilibre. Le tableau clinique de la fratrie était comme suit : un syndrome cérébelleux, une paraparésie spastique et nystagmus pendulaire présent uniquement chez le cadet ainsi qu’un retard mental modéré et un retard staturo-pondéral. L’examen du cas sporadique, un nystagmus pendulaire unilatéral gauche, un syndrome cérébelleux et un syndrome pyramidal sont notés. L’exploration pratiquée a révélé une cytochimie du LCR et un EMG normaux, un allongement des latences centrales au PES et une démyélinisation discrète intéressant la SB cérébrale épargnant les fibres en U ainsi qu’une démyélinisation cérébelleuse à l’IRM cérébrale.

LEUC5

Fig. 4 : Coupe axiale T2 et coronale T2 : démyélinisation discrète, intéressant la SB cérébrale épargnant les fibres en U et démyélinisation cérébelleuse.

 

Maladie d’Alexander : un garçon de 3 ans présentant un développement psychomoteur quasi absent et une épilepsie pour laquelle un traitement à base de Depakine[1], (DPK) a été prescrit. Une macrocranie, une tétraparésie spastique ont été objectivées ainsi que des crises d’épilepsie fréquentes. Présence d’une hyperprotéinorrachie et normalité des PEC. Présence de pointes ondes, PO, lentes diffuses sur un tracé déstructuré et ralenti pour l’âge à l’EEG de veille ; absence des fuseaux du sommeil physiologique à l’EEG de sommeil ; présence d’anomalies de la SB à prédominance frontale et des hypersignaux des noyaux gris centraux, des thalami et du tronc cérébral à l’IRM cérébrale.

LEUC6

LEUC7

Fig. 5 : Coupes axiales T2 Flair. Anomalies de la SB à prédominance frontale et des hypersignaux des noyaux gris centraux, des thalami et du tronc cérébral.

Leucodystrophie mégalencéphalique avec kystes subcorticaux : enfant âgé de 26 mois, de parents cousins germains, consulte pour une régression psychomotrice, une augmentation progressive du périmètre crânien (PC), et une épilepsie équilibrée sous DPK. L’examen clinique initial a mis en évidence une macrocranie majeure (6DS), une hyperréflexie ainsi que des troubles comportementaux à type d’hyperactivité avec néanmoins un bon contact. Atteinte démyélinisante centrale aux PES et PEA. Sur le tracé EEG de veille un ralentissement à 4-6 c/s postérieur est noté et sur le tracé EEG de sommeil, présence des figures du sommeil et des paroxysmes de PO généralisées lors du sommeil profond. Normalité de l’examen EMG et atteinte sévère et précoce de la SB (bien que les manifestations neurologiques durant les 1ers stades de la maladie soient relativement modérées) avec effacement des espaces sous arachnoïdiens épargnant le corps calleux, le tronc cérébral et des kystes dans les lobes temporaux subcorticaux à l’IRM cérébrale.

LEUC8

 

Fig. 6 : Coupes coronales T2 et T1. Atteinte sévère et précoce de la SB avec effacement des espaces sous arachnoïdiens et des kystes dans les lobes temporaux subcorticaux.

 

Syndrome CACH (Childhood Ataxia with Central Hypomyelination) / VWM (Vanishing White Matter) : 2 frères, âgés respectivement de 11 ans et 16 ans, de parents consanguins présentent un retard du langage et de la marche. À l’âge de 8 ans, l’ainé a présenté brutalement après une chute de sa hauteur une faiblesse de la jambe droite puis une année plus tard une lourdeur des jambes et troubles de l’équilibre s’aggravant transitoirement lors des syndromes fébriles. Un syndrome cérébello-pyramidal, des déformations spinale et orthopédique, un retard mental modéré et un retard staturo-pondéral discret sont objectivés à l’examen neurologique, la déambulation était conservée. Aux PES : atteinte somesthésique centrale, normalité des PEV et des PEA ainsi que l’EMG et les bilans endocrinien et ophtalmologique. À l’EEG de veille, le tracé de fond est fait d’un rythme alpha avec présence de bouffées paroxystiques d’ondes et de pointes en centro-temporales bilatérales prédominant à droite. À l’IRM cérébrale : anomalie de la SB diffuse, bilatérale et symétrique sus- et tentorielle avec un aspect cavitaire (en T2 FLAIR) à prédominance périventriculaire.

LEUC8

Fig. 7 : Coupes axiales T2 FLAIR et coupes coronales T1. Anomalie de la SB diffuse, bilatérale et symétrique sus- et tentorielle avec un aspect cavitaire.

Discussion et conclusion

L’adrénoleucodystrophie liée à l’X est la plus fréquente des LM. Un phénotypage précis et une interprétation minutieuse de l’imagerie permettent d’identifier une leucodystrophie même en l’absence de confirmation enzymatique et/ou moléculaire.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Photos : Les photographies sont celles des patients. Celles des figures 2 et 3 qui m’ont été remises gracieusement par un confrère radiologue.


 

Références

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  2. Bonkowsky JL, Nelson C, Kingston JL, Filloux FM, Mundorff MB, Srivastava R. The burden of inherited leukodystrophies in children. 2010;75:718–25. 
  3. Schiffmann R, van der Knaap MS. Invited article: an MRI-based approach to the diagnosis of white matter disorders. 2009;72:750–9. 

 

 

[1] Valproate de sodium (NDLR)

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Maladies de Charcot Marie Tooth : Les formes prévalentes au Maghreb

La maladie de Charcot Marie Tooth (CMT), neuropathie héréditaire la plus fréquente partout dans le monde, est caractérisée par une hétérogénéité clinique et génétique avec plus de 80 gènes pouvant être impliqués dans sa pathogénie.

M. Tazir, S. Nouioua, M. Bellatache, L. Ali Pacha, Laboratoire de Neurosciences, Université Benyoucef Benkhedda, Service de Neurologie CHU Mustapha Bacha, Alger.

Date de soumission : 10 Février 2020.

 

Résumé : La maladie de Charcot Marie Tooth (CMT), neuropathie héréditaire la plus fréquente partout dans le monde, est caractérisée par une hétérogénéité clinique et génétique avec plus de 80 gènes pouvant être impliqués dans sa pathogénie. La forme classique débutant entre la première et la 3ème décade, marquée par un déficit et une amyotrophie des jambes lentement progressifs, un steppage à la marche, des pieds creux et parfois une scoliose, est compatible avec une espérance de vie quasi normale, et dans plus de 50% des cas, elle est due à la duplication du gène PMP22, caractérisant la forme démyélinisante autosomique dominante. La forme de CMT liée à l’X due à une mutation de la connexine 32 vient en 2ème position dans la fréquence mondiale. En Algérie et dans les pays du Maghreb, les formes autosomiques récessives (AR) de CMT constituent plus de la moitié des cas diagnostiqués. La forme axonale AR causée par une mutation fondatrice du gène LMNA est caractérisée par un phénotype plus sévère avec une progression rapide du déficit moteur des muscles distaux des membres inférieurs aux muscles proximaux aggravant la déambulation et menant à un arrêt précoce de la marche. Le gène GDAP1 dans ses formes AR axonale et démyélinisante est caractérisé par un début précoce, des déformations squelettiques importantes (pieds creux varus et scoliose), confinant le patient rapidement à la chaise roulante. L’avènement des techniques de séquençage des gènes à large échelle (exome sequencing) a permis d’identifier de nombreux nouveaux gènes impliqués dans les CMT et les protéines correspondantes déficientes et ainsi élargir la compréhension des mécanismes physiopathologiques responsables, permettant d’ouvrir de larges avenues aux essais thérapeutiques. La multitude des gènes impliqués a amené les experts de ces pathologies à réfléchir sur une autre manière de classer les différentes formes de CMT, remplaçant le système de classification alphanumérique par un système d’identification du patient basé sur le mode de transmission héréditaire, le type de neuropathie et le gène impliqué.

Mots clés : Maladie de Charcot-Marie-Tooth, ADCMT, ARCMT, XCMT, LMNA, GDAP1, NGS, WES.

Abstract: Charcot Marie Tooth disease (CMT), the most common hereditary neuropathy worldwide, is characterized by clinical and genetic heterogeneity with more than 80 genes that may be involved in its pathogenesis. The classic form beginning between the first and the third decade, marked by a slowly progressive deficit and an amyotrophy of the legs, a steppage gait, pescavus and scoliosis, is compatible with almost a normal life expectancy, and in more than 50% of cases itis due to the duplication of the PMP22 gene, characterizing the autosomal dominant demyelinating form. The X-linked form of CMT due to a Connexin 32 mutation is in 2nd place in the world frequency. In Algeria and the Maghreb countries, the autosomal recessive forms (AR) of CMT constitute more than half of the diagnosed cases. The axonal AR form caused by a founding mutation of the LMNA gene is characterized by a more severe phenotype with a rapid progression of the motor deficit of the distal muscles of the lower limbs to the proximal muscles, aggravating ambulation and leading to early cessation of walking. The GDAP1 gene in its axonal and demyelinating AR forms is characterized by an early onset, significant skeletal deformities (pescavus varus and scoliosis) quickly confining the patient to the wheelchair. The advent of large-scale gene sequencing techniques (exome sequencing) has made it possible to identify many new genes involved in CMTs and corresponding deficient proteins and thus broaden the understanding of the pathophysiological mechanisms, making it possible to open wide avenues for therapeutic trials. The multitude of genes involved has led experts in these pathologies to consider another way of classifying the different forms of CMT, replacing the alphanumeric classification system with a patient identification system based on the mode of inheritance, the type of neuropathy and the involved gene.

Keywords: Charcot- Marie-Tooth disease, ADCMT, ARCMT, XCMT, LMNA, GDAP1, NGS, WES

Introduction

La maladie de Charcot Marie Tooth (CMT) fait partie du vaste chapitre des neuropathies héréditaires qui comprend, en plus des neuropathies héréditaires motrices et sensitives (HMNS) ou CMT, les neuropathies héréditaires motrices (HMN) et les neuropathies héréditaires sensitives et dysautonomiques (HSAN). Ces deux dernières entités, beaucoup plus rares, ne sont pas abordées dans cet article, mais on peut dire que malgré la diversité génétique, il est possible d’établir une distinction entre les HMSN qui comportent des troubles moteurs et sensitifs, les HSAN où prédominent les manifestations sensitives et dysautonomiques et les HMN dans lesquelles seules les fibres motrices sont atteintes (1, 2).

Les progrès récents dans les domaines de la génétique moléculaire et la biologie cellulaire ont révolutionné nos connaissances sur les neuropathies héréditaires, sachant que plus de 80 gènes associés aux CMT ont été identifiés et plus d’une vingtaine d’anomalies génétiques sont en relation avec les HMN et HSAN.

Les HMSN ou CMT sont les maladies neurodégénératives du système nerveux périphérique les plus courantes, avec une fréquence variable dans les différentes populations, et dont la caractéristique est une hétérogénéité clinique, neuropathologie et génétique.

Cliniquement, la maladie de Charcot Marie Tooth est caractérisée par une perte progressive de la motricité distale des membres inférieurs avec amyotrophie, et de la sensibilité distale associée à des déformations des pieds : pieds creux et orteils déformés en marteau.

L’étude électrophysiologique demeure le premier examen à réaliser pour le diagnostic et la classification des HMSN.

CMT1 et CMT2 sont classiquement transmis selon le mode autosomique dominant, cependant des formes autosomiques récessives ou liées à l’X sont de plus en plus décrites. Les formes dominantes sont plus fréquentes aux États Unis, en Europe de l’ouest et au Japon, alors que dans d’autres pays comme ceux du bassin méditerranéen et notamment d’Afrique du Nord, où la prévalence des mariages consanguins est élevée, les formes autosomiques récessives peuvent représenter plus de 50% des cas (3-4).

L’étude génétique des CMT a débuté en 1991 avec l’identification d’une duplication de 1,4Mb dans le chromosome 17 contenant le gène PMP22 (protéine myélinique périphérique 22) qui est à l’origine, pour une grande part, des formes CMT1 (5, 6).

Depuis ce temps, il y a eu des progrès supplémentaires importants ayant permis la compréhension des bases moléculaires de nombreuses formes de CMT. En effet, de très nombreux gènes sont actuellement connus comme étant impliqués dans les CMT, ce qui a conduit à une meilleure connaissance de la physiopathologie de ces affections et de la biologie cellulaire du système nerveux périphérique.

L’étude neuropathologique qui s’effectue sur des biopsies nerveuses d’un nerf sensitif comme le sural ou le péronier superficiel, plus récemment sur des biopsies de peau, et qui peut montrer les lésions de neurodégénération des fibres nerveuses, a contribué grandement à la compréhension des mécanismes pathophysiologiques des mutations génétiques à l’origine des CMT. Cependant, le développement des techniques génétiques modernes permettant l’identification de mutations de gènes connus ou de gènes candidats, a modifié l’approche diagnostique des CMT. Actuellement, la biopsie nerveuse est rarement indiquée pour le diagnostic des neuropathies héréditaires. Néanmoins, la biopsie nerveuse et l’analyse des fibres nerveuses des biopsies cutanées sont utiles dans une perspective de recherche et d’études de fonctionnalité couplée à une corrélation avec les altérations de gènes découverts dans l’exome ou le génome de patients, grâce aux nouvelles méthodes de séquençage de l’ADN à large échelle.


 

Phénotype classique des CMT et classification 

Comme indiqué précédemment, les CMT sont un groupe hétérogène cliniquement et génétiquement, l’âge de début, l’évolution clinique et les résultats électrophysiologiques étant variables selon les différentes formes clinico-génétiques. Dans la majorité des cas, l’évolution des troubles est lente avec un âge de début habituellement dans la première ou deuxième décade.

Le phénotype commun comprend un steppage à la marche, des pieds creux, une hypoesthésie distale et une amyotrophie distale des membres inférieurs donnant l’aspect de « jambes de coq ». Les membres supérieurs sont atteints plus tardivement avec une amyotrophie progressive pouvant aboutir à un aspect de « mains en griffe ». (Photo 1 et 2)

Photo1 : Amyotrophie des jambes avec aspect en « jambes de coq ». Amyotrophie des mains et rétraction réductible des doigts.

Photo 2 : Pieds creux avec aspect des orteils en marteau.

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L’examen neurologique révèle une diminution ou une abolition des réflexes avec une atteinte motrice et sensitive distale symétrique. La marche et la stabilité sont habituellement affectées en raison des troubles proprioceptifs et des déformations squelettiques (pieds creux et orteils en marteau, voir photo 2).

L’étude des conductions nerveuses (VCN) permet de classer les CMT en formes démyélinisantes, intermédiaires ou axonales. Les VCN des membres supérieurs et les amplitudes des potentiels d’action musculaire (CMAP) ainsi que les potentiels sensitifs sont nécessaires alors que les nerfs des membres inférieurs sont souvent inexcitables.

Quand la vitesse de conduction motrice (VCM) du médian est <38m/s, la forme démyélinisante ou CMT1 est diagnostiquée, alors qu’une VCM du nerf médian >38m/s associée à des CMAP réduites avec absence des potentiels d’action sensitifs conduisent au diagnostic de la forme axonale ou CMT2. La forme intermédiaire ou CMT I est diagnostiquée quand la VCM du médian se situe entre 38 et 45m/s (en pratique, ces chiffres pouvant aller au-delà de ces limites). L’électromyographie de détection met en évidence des signes de dénervation chronique diffus aux quatre membres.

Certains enfants atteints de CMT ont un tableau clinique sévère avec un retard de la marche et des déformations orthopédiques des pieds et souvent du rachis et une VCM du médian très réduite (15m/s). Ces formes précoces ont été classées CMT3 et décrites auparavant comme syndrome de Déjerine-Sottas (DSS) ou neuropathie congénitale avec hypomyélination (CHN).

Actuellement, la sévérité de la neuropathie peut être évaluée par le score CMT comportant 9 paramètres cliniques et électrophysiologiques (7).

La classification des CMT est également basée sur le mode de transmission génétique. CMT1 et CMT2 sont de transmission autosomique dominante, CMTX est liée à l’X. Les formes autosomiques récessives sont classées CMT4 ou ARCMT1 pour les formes démyélinisantes et ARCMT2 pour les formes axonales ; sachant qu’une transmission autosomique récessive est fortement suspectée lorsqu’il y a au moins deux enfants atteints d’une même fratrie issue de parents consanguins indemnes.

Ces différentes formes de CMT sont subdivisées selon l’anomalie génétique constatée. Actuellement plus de 80 gènes, dont la mutation peut entrainer un phénotype CMT, sont identifiés. Cependant, des études récentes ont montré qu’environ 90% des diagnostics moléculaires dans les populations occidentales concernaient des mutations ou réarrangements dans les gènes PMP22 (CMT1A), GJB1 (CMTX1), MPZ (CMT1B) et MFN2 (CMT2A) dans l’ordre décroissant de fréquence, alors que les mutations des autres gènes sont relativement beaucoup plus rares (8-9). Dans les formes axonales, les mutations des gènes LMNA, GDAP1et SH3TC1 se sont révélées relativement fréquentes dans les populations du bassin méditerranéen et Maghrébines (10).

Certains patients avec des tableaux de neuropathies congénitales (DSS ou CHN) peuvent avoir des mutations dans les gènes dominants ou récessifs tels que MPZ, PMP22, EGR2, GDAP1, MTPR2 et PRX (11).

Le diagnostic de neuropathie héréditaire est plus difficile à établir en l’absence d’histoire familiale ; néanmoins ce diagnostic est évoqué devant des troubles symétriques à début infantile ou juvénile d’une neuropathie distale lentement progressive associée à des pieds creux. L’électrodiagnostic contribue également au diagnostic en montrant une réduction uniforme de toutes les vitesses de conduction nerveuse, par opposition aux neuropathies acquises où les VCM sont réduites de façon asymétrique avec des signes de dispersion temporelle ou des blocs de conduction.

La biopsie nerveuse n’est pas recommandée dans les formes ADCMT1 et les CMT liés à l’X mais peut être considérée comme un moyen nécessaire pour mieux caractériser la neuropathie dans certaines formes non communes (CMT2 et ARCMT) afin d’orienter les tests moléculaires. En effet, les anomalies histologiques peuvent être suffisamment caractéristiques de l’anomalie génétique sous-jacente, comme celles rencontrées dans les mutations MPZ, GJB1, PRX, FGD4 et LMNA.

En définitive, l’orientation des tests génétiques est avant tout basée sur le phénotype clinique, l’électrodiagnostic et le mode de transmission héréditaire. Un algorithme de diagnostic CMT devrait être basé en premier lieu sur l’étude électrophysiologique avec les vitesses de conduction nerveuses et l’électromyographie pour établir si la neuropathie est démyélinisante ou axonale, en second lieu sur l’histoire familiale et l’arbre généalogique de façon à déterminer si le mode de transmission héréditaire est AD, AR ou lié à l’X. Ces données permettent de planifier ensuite l’étude génétique par la recherche de mutations des gènes correspondants les plus fréquents, à savoir PMP22, GJB1, MPZ, MFN2 et SH3TC2, et pour notre région, LMNA et GDAP1, et de rechercher les plus rares, éventuellement, dans un deuxième temps. En fait, nous rencontrons dans nos régions toutes les formes de CMT, que ce soit les dominantes, liées à l’X ou intermédiaires. Cependant, les formes AR y sont aussi fréquentes, sinon plus, que les autres formes, alors qu’elles sont très rares voire inexistantes dans les pays où la consanguinité est rarissime. Dans cet article nous détaillerons les formes prévalentes au bassin méditerranéen et notamment en Afrique du Nord.

Actuellement, les équipes de diagnostic génétique les plus performantes utilisent les méthodes de séquençage à grande échelle comme le séquençage haut débit appelé next generation sequencing (NGS), et le séquençage à haut débit de l’exome. En effet, l’exome (qui désigne tous les exons ou séquences codantes) de plusieurs patients peut être séquencé simultanément. Plusieurs gènes ciblés ou panel de gènes pour de nombreux patients peuvent être séquencés en une fois. Alors qu’auparavant le séquençage était fastidieux et « time consuming », se faisant gène par gène à la recherche de mutation. Ces nouvelles techniques, y compris celle de bio-informatique, considérées maintenant comme étant les meilleures méthodes d’exploration génétique des CMT et des autres affections neurogénétiques, ont permis la découverte de nombreux nouveaux gènes ces dernières années, permettant d’accroitre la connaissance de nouveaux mécanismes physiopathologiques de ces affections qui conduiront certainement à de nouvelles approches thérapeutiques.

Par ailleurs, ces nouvelles techniques permettent de donner un résultat génétique en un temps record. Pour en apprendre plus sur elles le lecteur peut consulter le site : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK279899/#app5.Multigene_Panels

Des mécanismes et voies moléculaires très variés ont été mis en évidence dans les neuropathies héréditaires grâce au nombre élevé des gènes et protéines altérés identifiés. Les structures myéliniques, la dynamique mitochondriale, la régulation transcriptionnelle, le turnover protéique ainsi que le transport axonal sont ainsi impliqués dans les différentes formes de CMT, permettant d’explorer de nouvelles stratégies thérapeutiques, malgré leur très grande complexité physiopathologique.

 

Caractéristiques cliniques et pathologiques des différentes formes de CMT :

  1. Les CMT autosomiques dominants

Les CMT dominants sont les formes les plus fréquentes en général, notamment dans les pays occidentaux.

  • Les formes AD-CMT1 (démyélinisantes) sont les plus communes (80% des cas). La plupart des patients ont un phénotype CMT classique avec une VCM sur le nerf médian inférieure à 38m/s, des signes neuropathologiques comprenant une réduction importante des axones myélinisés et un aspect en « bulbes d’oignon » des cellules de Schwann (neuropathie hypertrophique) recouvrant des axones entourés d’une myéline fine (Figure). Cliniquement, cette neuropathie hypertrophique peut être diagnostiquée en palpant un gros nerf comme le cubital au coude. À l’heure actuelle, les sous-types CMT1 sont classés de CMT1A à CMT1G. De nouveaux gènes CMT1 sont apparus récemment : FBLN5 et c1orf194 . (Voir le lien https://neuromuscular.wustl.edu/time/hmsn.html pour les détails cliniques correspondant aux CMT1).

Une nouvelle classification proposant de remplacer les lettres par le nom du gène impliqué et prenant en compte la forme démyélinisante (De), axonale (Ax) ou intermédiaire (In), ainsi que l’hérédité (AD, liée à l’X ou AR) a été publiée récemment par Mathis et al (12), et reprise par d’autres auteurs experts dans le domaine (13, 14). L’argument principal pour changer la classification étant que les lettres de l’alphabet ne suffisent plus pour le nombre de gènes impliqués sans cesse croissant. Ainsi, CMT1A devient pour ce système de classification : AD-CMTDe-PMP22. L’avantage d’une telle classification c’est la suppression des lettres et des chiffres remplacés par les noms des gènes et la pathologie (démyélinisante ou axonale).

La plupart des patients AD-CMT1 (ou AD-CMTDe) ont un handicap bénin à modéré interférant peu avec une vie active, peu d’entre eux évoluant vers la chaise roulante. Rarement le phénotype est sévère avec un tableau de neuropathie congénitale type DSS.

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Figure : Microscopie électronique du nerf sural, section transverse. Les axones myélinisés sont entourés de proliférations de cellules de Schwann en bulbes d’oignons. (Etoile : un axone entouré de myéline anormalement fine). Photo JM Vallat, ref. 18.

  • Les formes AD-CMT2 (ou AD-CMTAx) sont relativement fréquentes pouvant représenter le tiers des formes dominantes. La plus fréquente est CMT2A (AD-CMTAx-MFN2), liée au gène de la mitofusine (MFN2), protéine mitochondriale, dans laquelle on peut observer un phénotype CMT classique avec des VCM du nerf médian supérieures à 45m/s, des potentiels sensitifs souvent absents, mais avec parfois des signes d’atteinte du système nerveux central comme des réflexes vifs, un signe de Babinski ou une atrophie optique. La biopsie nerveuse montre une raréfaction neuronale avec des signes de régénération (axonal sprouting), sans signe de démyélinisation. La plupart des CMT2A sont sévèrement atteints et perdent la marche à l’âge adulte.

En dehors des AD-CMTAx-MFN2 ou CMT2A, les autres sous-types sont très rares, décrits dans une ou deux familles. Elles figurent néanmoins dans la classification actuelle jusqu’à CMT2Z lié au gène MORC2, prenant la dernière lettre de l’alphabet, montant ainsi les limites de cette classification. (Voir le lien https://neuromuscular.wustl.edu/time/hmsn.htmlpour les détails cliniques correspondant à chaque forme de CMT2)

Certaines formes de CMT2 comme CMT2C (TRPV4), CMT2D (GARS), CMT2F (HSPB1) et CMT2L (HSPB8) sont alléliques à certaines formes de neuropathies motrices héréditaires distales, confortant l’hypothèse d’un continuum entre les CMT axonales et les HMN distales (15).

 

  1. Les CMT liés à l’X

Un CMT lié à l’X est suspecté lorsque la transmission père-fils est absente sur les arbres généalogiques et quand les patients males sont plus sévèrement atteints (16). Quatre formes dominantes et récessives de CMT liés à l’X ont été décrites. CMTX1 lié à une mutation du gène GJB1 encodant la connexine 32 (Cx32), est la forme la plus fréquente après CMT1A dans les cohortes américaines et européennes.

Les autres formes de CMT liés à l’X sont beaucoup plus rares. (Voir tableau des CMT liés à l’X dans : https://neuromuscular.wustl.edu/time/hmsn.html)

  1. Les CMT intermédiaires

Les CMT dominants intermédiaires (DI-CMT) sont caractérisés par un phénotype bénin à modérément sévère et des VCM du médian allant de 25 à 50m/s (17). Les formes intermédiaires affectent la myéline et l’axone, ce qui met en exergue la relation étroite entre ces deux structures du nerf périphérique. Six formes cliniques ont été identifiées (Voir classification des CMT intermédiaires dans le lien : https://neuromuscular.wustl.edu/time/hmsn.html)


 

  1. Les CMT autosomiques récessifs.

Les CMT autosomiques récessifs (AR-CMT) sont décrits dans les pays où les mariages consanguins sont fréquents (pays du pourtour méditerranéen, du Moyen-Orient et les populations Roms d’Europe).

La plupart des cas AR-CMT sont caractérisés par un début précoce de la maladie et une progression clinique rapide conduisant à des déformations orthopédiques (pieds varus équin, mains déformées Aran-Duchenne et déformations vertébrales majeures) et un arrêt précoce de la marche.

Les CMT autosomiques récessifs comprennent des formes démyélinisantes (AR-CMT1 ou CMT4) avec des VCM <38m/s, et les formes axonales (AR-CMT2) avec des VCM >45m/s aux membres supérieurs, des amplitudes réduites des potentiels moteurs ainsi que des potentiels sensitifs réduits ou absents aux quatre membres. La biopsie nerveuse dans les AR-CMT1 montre une démyélinisation importante avec parfois des anomalies spécifiques de la myéline et une perte axonale secondaire, alors que dans les AR-CMT2 les fibres myélinisées sont très réduites en nombre sans signes évidents de démyélinisation et remyélinisation ou de régénération axonale active.

Au plan génétique, plusieurs types de ARCMT ont été identifiés, avec des caractéristiques cliniques, pathologiques et ethniques propres (18). On peut consulter des formes rares nouvellement identifiées dans le site : https://neuromuscular.wustl.edu/time/hmsn.html.

Le diagnostic moléculaire des AR-CMT est plus complexe du fait de la faible fréquence des gènes identifiés et de leur grande hétérogénéité. Cependant, ce diagnostic génétique peut être orienté par les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et pathologiques. Certaines formes de AR-CMT comme celles associées aux gènes récessifs NGRD-1 et LMNA sont dues à des mutations fondatrices dans des populations spécifiques, Roms (Gitans) en Europe et du Maghreb, respectivement ; alors que d’autres formes liées aux gènes GDAP1 et SH3TC2 sont décrites dans tous les pays méditerranéens (19-20), y compris en Algérie : voir la thèse de DESM de Ameur El Khoudoud, Université d’Alger.

AR-CMT1A (CMT4A) correspondant au premier locus AR décrit, lié au gène GDAP1 codant pour une protéine de la membrane mitochondriale, est caractérisé par un début précoce et une neuropathie grave et des déformations distales des membres conduisant à un arrêt de la marche à l’adolescence. Cette forme de CMT liée au gène GDAP1 peut avoir aussi une transmission AD avec un phénotype moins sévère (21).

D’autres formes de AR-CMT telles que celles associées à des anomalies de la myotubularine (MTMR2 et MTMR13) donnent des tableaux de CMT sévères, caractérisées par une myéline redondante avec des outfoldings et infoldings à la biopsie nerveuse, pouvant orienter le diagnostic moléculaire, lorsqu’elle est possible, ce qui n’est pas évident. Autrement, dans certaines formes, des particularités cliniques comme une cyphoscoliose au premier plan et une hypoacousie, (AR-CMT1C, SH3TC2), une parésie des cordes vocales avec une respiration stertoreuse (AR-CMT1A, GDAP1), une ataxie sensitive avec des troubles moteurs discrets et des VCM très réduites (AR-CMT1F, PRX), permettent d’orienter le diagnostic génétique.

Parmi les formes axonales de ARCMT, la forme ARCMT2A, ou AR-CMTAx-LMNA (selon la classification récemment proposée mettant en évidence le gène impliqué à la place des lettres de l’alphabet), identifiée dans une famille marocaine de neuf membres et dont la mutation fondatrice c.892C>T (p. Arg298Cys) du gène LMNA a été par la suite caractérisée chez des familles algériennes, est une forme de CMT axonale qui débute entre 11 et 14 ans et qui s’aggrave assez rapidement avec une atteinte précoce des muscles proximaux des membres inférieurs rendant la marche de plus en plus difficile avec steppage et dandinement (22-23). Certains patients atteignent le stade de la chaise roulante après 15 à 20 ans d’évolution mais d’autres peuvent rester ambulants plus longtemps (23). Cette mutation fondatrice prédomine dans une région du Maghreb située entre le Centre et l’Ouest de l’Algérie et le Maroc. L’ancêtre commun le plus récent aurait vécu il y a 800 à 900 ans (24).

 

Mesures thérapeutiques 

Actuellement, aucun traitement spécifique n’est disponible pour guérir ou arrêter la progression des neuropathies héréditaires, en sachant que des essais thérapeutiques divers notamment de thérapies géniques, sont en cours d’étude ; l’un des plus récents essais médicamenteux étant l’essai au PXT3003, une combinaison de trois médications déjà connues (baclofene, naltrexone et D-sorbitol) (25, 26).

Cependant, il est bien reconnu que les traitements symptomatiques sont nécessaires, entre autres pour corriger des déformations squelettiques et ainsi améliorer la qualité de vie du patient. La physiothérapie et les mesures de réadaptation demeurent les meilleures approches thérapeutiques pour les patients qui présentent un phénotype classique de CMT. La kinésithérapie est indispensable pour lutter contre l’atrophie musculaire et surtout les rétractions capsulo-tendineuses, permettant ainsi d’éviter, ou du moins retarder et limiter, les déformations articulaires. La prescription de chaussures orthopédiques et/ou des orthèses spécifiques (releveurs du pied le plus souvent) est fortement recommandée, ainsi que des équipements disponibles adaptés aux déformations des mains.

La prise en charge des déformations orthopédiques des pieds et de la colonne vertébrale nécessite parfois un recours à la chirurgie.

La paralysie des cordes vocales que l’on peut observer dans certaines formes de ARCMT (GDAP1, MTMR2) peut bénéficier d’un traitement au laser efficace, réduisant de façon satisfaisante les troubles de la phonation et de la respiration (27).

La douleur et la dépression peuvent être présentes dans certaines formes de CMT, pouvant nuire à la qualité de vie du patient. Les douleurs chroniques sont souvent associées à ces neuropathies et peuvent être liées à une origine musculo-squelettique ou neuropathique. Dans ces cas des traitements symptomatiques comme la thérapie physique, les interventions orthopédiques, le soutien psychologique et les médicaments s’avèrent souvent très utiles.

 

Conclusion 

Le diagnostic positif des CMT est relativement aisé, reposant sur le tableau clinique et l’électrophysiologie ainsi que l’évolution lentement progressive. Le diagnostic des différentes formes cliniques repose sur l’électrodiagnostic mais aussi sur le type de transmission héréditaire et le testing moléculaire. Celui-ci est nettement facilité par les méthodes modernes de diagnostic génétique comme le NGS, le séquençage d’exome et l’analyse bio-informatique.

Dans la littérature européenne et nord-américaine les formes dominantes et liées à l’X représentent plus de 80% des cas, alors que dans les pays comme l’Algérie et les autres pays du Maghreb où le taux de consanguinité est encore important, les formes autosomiques récessives représentent plus de 50% des cas.

La prise en charge des patients et des familles atteintes de neuropathies héréditaires consiste à effectuer un conseil génétique, et surtout à programmer une physiothérapie au long cours avec des spécialistes en médecine physique pour prévenir et traiter les complications orthopédiques de ces affections, en attendant les thérapies curatrices spécifiques.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Photos : Originales. Collection personnelle de l’auteure.


 

Références

 

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