K. ALLOUACHE, N. BENKHERFALLAH, CHABANE, Service ODF, CHU Beni Messous.
Résumé : Au début de l’année 2020, nous avions fait face à l’émergence du SARS CoV-2. Au mois de mars 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) déclarait le début du confinement et la suspension des consultations dentaires notamment en orthodontie. A l’été 2020, les orthodontistes avaient repris les consultations avec des changements dans leur pratique quotidienne. Ces changements ont fait l’objet d’une étude descriptive qualitative transversale. Un formulaire comportant 23 questions a été adressé au personnel du service d’orthopédie dento-faciale du CHU Issad Hassani ex Beni-Messous, sur un échantillon de 30 individus. Les réponses collectées sur Google Forms nous ont permis de comparer les fréquences des différentes variables sur le logiciel EpiData. L’objectif de cette étude est d’évaluer par l’aide d’une analyse statistique, l’impact de la COVID-19 sur les pratiques des orthodontistes au sein du service d’O.D.F, qu’il soit temporaire ou permanent.
Mots clés : Covid-19, SARS coV-2, Orthodontics and the Pandemic, equipment de protection personnel EPP, recommendations de l’O.M.S, FFP2, KN95, confinement.
Abstract: At the beginning of 2020, we were faced to the emergence of SARS CoV-2. In March 2020, the World Health Organisation (WHO) declared the start of the lockdown period and the suspension of dental consultations, particularly the orthodontic ones. By the summer of 2020, orthodontists had resumed consultations with changes in their daily practice. These changes were the subject of a cross-sectional qualitative descriptive study. A form containing 23 questions was sent to the staff of the dento-facial orthopedics department of the CHU Issad Hassani ex Beni-Messous, based on a sample of 30 individuals. The answers collected on Google Forms enabled us to compare the frequencies of the different variables on the EpiData software. The aim of this study was to evaluate, by means of statistical analysis, the impact of COVID-19 on the practices of orthodontists either a temporary or a permanent one.
Key words: Covid-19, SARS coV-2, Orthodontics and the Pandemic, personal protective equipment PPE, WHO recommendations, FFP2, KN95, containment.
Introduction
La COVID-19 est la maladie infectieuse causée par le dernier coronavirus découvert, le SARS-CoV 2. Ce nouveau virus et cette maladie étaient inconnus avant l’émergence de l’épidémie à Wuhan (Chine) en décembre 2019. Plusieurs coronavirus peuvent entraîner des infections respiratoires dont les manifestations vont du simple rhume à des maladies plus graves, comme le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) et le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) [2, 5].
L’annonce d’un foyer familial en dehors de la ville de Wuhan ainsi que les infections documentées chez du personnel hospitalier qui a pris en charge les patients atteints de la COVID-19 ont rapidement «mis en lumière» la transmission interhumaine du virus [5].
L’OMS a rapporté dans ses publications que l’infection COVID-19 peut être asymptomatique chez les enfants ou symptomatique dans la plupart des cas avec fièvre, asthénie et toux sèche.
Certains patients présentent des douleurs, une congestion nasale, un écoulement nasal, des maux de gorge ou une diarrhée. Ces symptômes sont généralement bénins et apparaissent de manière progressive. Cependant des problèmes respiratoires sérieux peuvent être observés sur certains terrains d’affections chroniques nécessitant parfois l’admission aux soins intensifs [2, 5].
Le virus SARS-CoV 2 possède un potentiel de transmission plus élevé que le SRAS-CoV et le MERS-CoV, entraînant une «crise d’urgence de santé publique de portée internationale».
Il peut se transmettre à l’homme par contact direct ou indirect par le biais de secrétions infectées telles que la salive ou les gouttelettes respiratoires [2].
Au début de l’année 2020, l’O.M.S déclarait cette épidémie virale commepandémie suite au nombre important de contaminations et de décès enregistrés chaque jour, partout dans le monde. Le début du confinement a été signalé par la suite, conduisant à la suspension des consultations d’orthodontie et au maintien des urgences [1, 2].
Dans leur pratique quotidienne, les orthodontistes peuvent consulter des dizaines de patients par jour, y compris les enfants qui constituent la grande majorité de la patientèle en orthodontie pouvant être des porteurs sains (asymptomatiques). [2].
Aussi, dans un cabinet dentaire, la génération d’aérosols par l’utilisation des turbines, contre-angle, ultrasons ou jet d’air, est un phénomène systématique et inévitable, qui est sans doute une voie confirmée de transmission de la COVID [2].
Une étude pilote réalisée à l’aide d’un colorant fluorescent sur une pièce à main à grande vitesse, a révélé que le colorant fluorescent (aérosols) était projeté à plus de 2 mètres du fauteuil dentaire. Le colorant a même été identifié au niveau des fosses nasales de l’opérateur et de l’assistant au fauteuil, ayant pénétré leur équipement de protection faciale [6].
De ce fait, à l’été 2020, la pratique de l’orthodontie avait nécessité une organisation et un environnement technique adaptés afin de contribuer à la qualité et à la sécurité des soins délivrés au patient, les orthodontistes devaient respecter des mesures strictes de protection contre le SRAS-CoV-2 en application des recommandations de l’O.M.S
[1].
Parmi ces mesures de protection, on peut citer [1] :
- Le port de l’EPP (équipement de protection personnel) (figure 1): masque FFP2 ou KN95, camisole, visière, calots, chaussons et lunettes de protection.
- L’aération et le conditionnement de l’air dans la salle d’attente et la salle de soins.
- Le lavage fréquent des mains et l’utilisation des gels désinfectants.
- La désinfection et la stérilisation rigoureuse des pinces orthodontiques, écarteurs, feutres indélébiles, fraises, bobines, minivis….
- L’espacement des rendez-vous, l’allongement de la durée de prise en charge de chaque patient permettant un temps suffisant pour la désinfection des surfaces et du fauteuil entre les patients.
- La vaccination des praticiens et du personnel soignant.
Trois ans après la déclaration de la pandémie, le risque de contamination par le virus SARS CoV-2 est toujours d’actualité, un bilan de l’impact de la COVID-19 dans notre pratique orthodontique s’impose.
Le but de notre étude transversale consiste à évaluer les répercussions de cette pandémie sur la pratique des orthodontistes du service d’ODF du CHU Béni Messous, et conclure si le changement a été juste temporaire pendant la pandémie ou permanent (maintenu après la pandémie).

Matériels et méthodes
Une étude descriptive qualitative transversale a été réalisée au sein du service d’orthopédie dento-faciale du CHU Issad Hassani ex Beni Messous, sur un échantillon de 30 individus dont 22 orthodontistes, 05 assistantes au fauteuil, 02 agents d’entretien et 01 coordinateur.
A. Les critères d’inclusion :
Equipe du service d’O.D.F du CHU Béni Messous dont :
- La Chef de service;
- Les Maîtres de conférence A et B ;
- Les Maîtres assistants spécialistes ;
- Les Résidents en cours de spécialité en 2e, 3e, 4e années et DEMSISTES ;
- Les assistantes au fauteuil ;
- Les agents d’entretien ;
- Le coordinateur.
B. Les critères d’exclusion :
- Les médecins dentistes spécialistes des autres services dentaires (Prothèse, Pathologie bucco-dentaire, Parodontologie, Odontologie conservatrice et Endodontie O.C.E) ;
- Les médecins d’autres services de spécialités médicales générales;
- Les résidents en O.D.F du CHU Béni Messous en première année qui ont un programme essentiellement théorique ;
- Les dentistes spécialistes en O.D.F d’autres hôpitaux de la wilaya d’Alger.
C. Les critères de jugement :
Consistent en une comparaison du respect des mesures de protection (variables) entre les périodes avant et après COVID-19.
D. Les variables statistiques :
Le formulaire comporte 23 questions (figure 2) dont les réponses analysées nous ont permis de comparer les fréquences de plusieurs variables, avant et après COVID-19.
Parmi ces variables, nous pouvons citer :
- Le port du masque;
- Le port de lunettes de protection;
- Le lavage des mains et les frictions aux solutions hydro-alcooliques;
- L’espacement des rendez-vous entre patients pour la désinfection du fauteuil et des surfaces;
- La vaccination anti COVID;
- L’apprentissage en ligne grâce aux webinars.
Un lien sur Google Forms comportant le questionnaire a été envoyé au personnel via e-mail : https://docs.google.com/forms/d/1AkcbmpyBQDO39TryIZFiSzDRLqPqduPJMUD2kcDnfuQ/prefill
Les réponses au questionnaire étaient collectées sur Google Forms et analysées sur le logiciel EpiData version 3.02.




Résultats
Après analyse des résultats, il a été constaté ce qui suit : :
- Port du masque chirurgical lors de l’exercice de la profession avant la pandémie de COVID-19 :
| Port du masque | Effectif | Pourcentage % |
| Non | 14 | 46,7 % |
| Oui | 16 | 53,3 % |
| Total | 30 | 100,0 % |
Presque la moitié du personnel de la santé interrogé soit 46.7% ne portait pas de masque chirurgical pendant l’exercice de leur profession (avant la pandémie).

- Pourcentage du personnel soignant touché par des infections respiratoires hautes (avant la COVID-19) :
| Infections respiratoires | Fréquence | Pourcentage % |
| non | 11 | 36,7 |
| oui | 19 | 63,3 |
| Total | 30 | 100,0 |
En effet 63.3 %, du personnel de la santé interrogé ont déclaré avoir déjà contracté une ou des infections respiratoires hautes (avant la COVID-19) dont 47.4 % ne portaient pas de masque.
Parmi les infections respiratoires retrouvées on peut citer:
- Des infections respiratoires hautes (angine): 89.47 %, soit 17 cas ;
- Une rhino-pharyngite 57.89 %, soit 11 cas ;
- Une laryngite: 31.57 %, soit 6 cas ;
- Une otite 15.89 %, soit 3 cas.
- 23,3 % avaient déclaré qu’il existait une corrélation entre la contamination et l’exercice de leur profession au sein du service d’ODF.
- Le croisement entre le port du masque et le taux d’infections respiratoires hautes a rapporté que 64,3 % du personnel qui ne portait pas de masque avaient développé des infections respiratoires avant la COVID 19 (Figure 4, Tableau3).
- Le croisement entre le port du masque et le taux d’infections respiratoires hautes révèle un pourcentage de 37,5 % du personnel qui portaient le masque et qui n’ont pas développé d’infections respiratoires avant la COVID-19 (Figure 4, Tableau3).
| Présence d’infection respiratoire haute | Total | ||||
| non | oui | ||||
| Port du masque chirurgical | Non | Effectif | 5 35,7 % | 9 64,3 % | 14 100 % |
| Oui | Effectif | 6 37,5 % | 10 62,5 % | 16 | |
| Total | Effectif | 11 36,7 % | 19 63,3 % | 30 100,0 % | |

- Taux de contamination manu portée au sein du service d’O.D.F (avant la pandémie) :
Il a été constaté que 60 % du personnel de la santé interrogé avaient déjà présenté une infection manu portée à savoir :
- Une grippe: 61.11 % (soit 11/18 cas);
- Une conjonctivite: 55.5 % (soit 10/18 cas );
- Une laryngite: 31.57 % (soit 6 cas) ;
- Une otite: 15.89 % (soit 3 cas).

- Taux de réalisation des frictions par gel hydro-alcoolique au sein du service d’O.D.F (avant la pandémie de COVID-19) :
83.3 % du personnel de la santé interrogé avaient déclaré que le geste relatif aux frictions par gel hydroalcoolique n’était pas retenu pendant l’exercice de la profession (avant la pandémie). (avant la pandémie).
- Port des équipements de protection avant la COVID-19 :
Seulement 26.7 % du personnel de la santé interrogé avaient déclaré qu’ils portaient des lunettes de protection et 6.7 % un masque FFP2.

- Port du masque chirurgical et de l’EPP lors de l’exercice de la profession (après la pandémie COVID-19) :
73.3% des personnes interrogés avaient déclaré toujours porter un masque chirurgical pendant l’exercice de leur profession(après la pandémie), 46.6 % une surblouse, 3.3% une visière, 20% des lunettes de protection et 3.3 % un calot.
- Taux de désinfection du fauteuil et des surfaces entre chaque patient (après la pandémie) :
90 % des praticiens du service d’ODF avaient souligné l’importance affichée sur la nécessité de désinfecter le fauteuil dentaire et les surfaces fréquemment en contact avec les patients entre chaque patient ;
86.7 % des praticiens avaient appliqué la mesure de s’assurer de la désinfection et de la stérilisation des pinces orthodontiques et arcs recyclés, auprès de leurs assistantes.
- Pourcentage des praticiens qui ont appliqué l’espacement entre les rendez-vous pour l’aération et la désinfection du fauteuil (après la pandémie) :
Seulement 37 % du personnel interrogé mettent en place une planification particulière de rendez-vous pour permettre l’aération et la désinfection du fauteuil (après pandémie).
- Respect de l’hygiène des mains par lavage et/ou friction aux SHA entre chaque patient (après la pandémie) :
Presque la totalité soit 96.7 % du personnel de la santé interrogé avaient déclaré qu’ils effectuaient toujours le geste relatif à l’hygiène des mains (lavage ou frictions par gel) après pandémie.
Pour résumer quelques variables intéressantes, l’histogramme ci-dessous est représentatif de la comparaison des fréquences entre les périodes avant, pendant et après COVID-19:

- Taux de mise en place du service de téléconsultation (avec vidéo descriptive pour expliquer le port d’élastiques, comment couper le fil, ou mettre de la cire …..) au(x) patient(s) pendant le confinement :
Seulement 10 % des personnes interrogées avaient mis en place une téléconsultation au(x) patient(s) pendant le confinement.
80 % des personnes interrogées pensaient que cette méthode de consultation par vidéo n’était pas intéressante et difficilement applicable après la pandémie.
- Taux de participation aux webinars pendant le confinement :
95.2 % des personnes interrogées avaient assisté à des webinars pendant le confinement dont 43.3 % à plus de trois webinars ;
La totalité du personnel interrogé avaient déclaré que la méthode d’apprentissage par webinars est utile et enrichissante et avaient exprimé le souhait d’assister à d’autres webinars après la pandémie.

- Taux de contamination par le SARS CoV-2 :
96.6 % des personnes interrogés avaient déclaré avoir déjà contracté la COVID-19 dont 50 % plus de deux fois.

- Taux de vaccination contre le SARS CoV-2 :
63.3 % des personnes interrogées avaient déclaré avoir été vaccinées.
| Vaccination anti-COVID | Fréquence | Pourcentage | |
| Non | 11 | 36,7 | |
| Oui deux doses | 12 | 40,0 | |
| Oui une dose | 4 | 13,3 | |
| Oui trois doses | 3 | 10,0 | |
| Total | 30 | 100,0 | |

- L’impact positif de la pandémie COVID-19 sur l’exercice en pratique orthodontique :
Seulement 13.3 % du personnel soit 4 individus, n’avaient observé aucun impact positif de cette pandémiesur la pratique orthodontique au quotidien ;
80 % avaient déclaré qu’il existe une amélioration significative du respect des précautions standards et mesures d’hygiène ; trouvent qu’il y a un impact positif sur le respect des précautions standards et les mesures d’hygiène ;
16.6 % pensent qu’il y a une meilleure organisation du travail au sein du service.
- L’impact négatif de la pandémie COVID-19 sur l’exercice en pratique orthodontique :
26.6 % du personnel soit 8 personnes n’avaient observé aucun impact négatif de cette pandémie sur leur pratique quotidienne ;
63.3% trouvent qu’il y avait un impact négatif sur la prise en charge des patients qui a été longuement retardée par le confinement et 16.6 % du personnel (les jeunes praticiens résidents en cours de spécialité) pensent qu’il y avait un impact négatif sur leur formation médicale.
En conclusion, le tableau ci-dessous est représentatif d’une synthèse de notre étude statistique:


Discussion
Au début de l’année 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) déclarait l’épidémie virale causée par le SARS-CoV-2 comme pandémie suite au nombre important de contaminations enregistrées dans le monde. De nombreux pays ont décidé des mesures de confinement par la suite, ce qui a conduit les orthodontistes à suspendre les consultations et maintenir les plus urgentes d’entre elles. [1, 2].
Pour comprendre les répercussions de la suspension brutale du traitement orthodontique sur les patients, une étude transversale prospective a été réalisée en Arabie Saoudite entre janvier et mars 2021 sur un total de 260 patients avaient bénéficié d’un appareillage orthodontique et qui ont répondu à un questionnaire concernant leurs appréhensions, inquiétudes et douleurs causées par les appareillages orthodontiques. Le résultat de cette étude a révélé que le plus grand souci rencontré par les patients durant le confinement était la blessure à la face interne des joues causée par le fil orthodontique dépassant le tube molaire. La COVID 19 a eu aussi un grand impact sur l’appréhension des patients. Cependant, la majorité d’entre eux avaient consulté pour poursuivre leur traitement orthodontique [4].
De ce fait, en été 2020, pour reprendre les consultations et la prise en charge des patients, les orthodontistes ont dû respecter des mesures strictes de protection contre le SRAS-CoV-2 selon les recommandations de l’O.M.S [1].
Parmi ces mesures de protection on peut citer [1] :
- le port de l’EPP (équipement de protection personnel) (figure 1): masque FFP2 ou KN95, camisole, visière, calots, chaussons et lunettes de protection.
- L’aération et le conditionnement de l’air dans la salle d’attente et la salle de soins.
- Le lavage fréquent des mains et l’utilisation de gels désinfectants.
- La désinfection et la stérilisation rigoureuse des pinces orthodontiques, écarteurs, feutres indélébiles, fraises, bobines, minivis….
- L’espacement des rendez-vous, augmentation du temps de travail pour chaque patient permettant la désinfection des surfaces et du fauteuil entre les patients.
- La vaccination des praticiens et du personnel soignant contre la COVID-19.
Selon l’article publié sur l’American Journal Of Orthodontics en octobre 2020 par Pablo Garcia-Camba et coll, les changements mis en place dans la pratique orthodontique pourraient être réversibles, mais d’autres seraient irréversibles et maintenus par les praticiens. La majorité de ces mesures amélioreraient le travail de l’orthodontiste lorsque la pandémie sera déclarée terminée, mais d’autres ne seront pas assez rentables et, par conséquent, pourraient gêner les professionnels qui préféreraient reprendre leur routine normale dès que possible [7].
Parmi les mesures de protections retenues pendant la pandémie, il a été recommandé d’assurer le nettoyage systématique des surfaces entre les patients y compris le fauteuil, le mobilier de la salle d’attente, les toilettes, les sols et autres surfaces. Ces protocoles seront maintenus, au moins partiellement, à l’avenir, même s’ils ralentissent le rythme de pratique [7].
La pandémie de la COVID-19 a fait apparaitre une nouvelle approche ergonomique de notre métier, dont l’un des principaux objectifs sera de réduire le nombre de rendez-vous et de réunions en présentiel [7].
Pour ce faire, il faudra améliorer la communication via Internet, la télésurveillance ou téléconsultation et l’assistance virtuelle pour la gestion des soins continus et urgents des patients. Cette nouvelle façon de travailler nécessite un apprentissage et un changement d’attitude de la part de l’orthodontiste et de son équipe [7].
Il faudra aussi favoriser l’utilisation d’appareils et de techniques qui nécessitent moins d’activations et de travail sur fauteuil, en évitant les dispositifs qui peuvent donner lieu à des rendez-vous imprévus en raison de descellements, de décollements ou de blessures à la muqueuse buccale, etc. Cette stratégie peut obliger l’orthodontiste à changer ses habitudes et ses préférences concernant les appareillages habituels utilisés [7].
Une étude transversale descriptive a été réalisée en Angleterre (Hôpital universitaire de Manchester) par Emer Byrne et Simon Watkinson, pour évaluer la satisfaction des patients et des cliniciens concernant les rendez-vous virtuels. 121 questionnaires ont été distribué à 59 patients et 62 cliniciens . Les patients inclus dans cette étude étaient soit sélectionnés pour une première consultation ou suivis pour des contrôles de contention amovible. Parmi ces patients, 93 % avaient déclaré que les instructions fournies pour accéder à la consultation étaient faciles à suivre et 70 % des cliniciens n’ont signalé aucun problème de connexion [8].
Dans 90 % des cas, un rendez-vous virtuel a été jugé approprié par le clinicien. Les répondants ont montré un niveau élevé de satisfaction avec 76 % des patients déclarant qu’une consultation à distance était plus pratique qu’en présentiel et 66 % des patients ont déclaré qu’ils souhaiteraient, le cas échéant, plus de rendez-vous similaires à l’avenir [8].
Une étude systématique a été réalisée par Saccomanno et coll en 2022 sur l’utilité de la téléconsultation dans la gestion des urgences orthodontiques. Sur 165 articles 8 ont été sélectionnés [9].
Selon ces articles, la téléorthodontie a permis aux orthodontistes, dans la limite de leurs possibilités, de prendre en charge plusieurs urgences orthodontiques.
Dans le cas d’appareils fixes multi-attaches, l’indication a été de couvrir les zones saillantes qui provoquent des ulcérations et des lésions des tissus mous avec de la cire orthodontique ou, lorsque cela s’avère impossible, d’autres solutions étaient proposées aux patients [9] :
1. Couper les extrémités des arcs saillants ;
2. Plier les extrémités des ligatures métalliques qui dépassent ou retirer les ligatures avec des pincettes propres ;
3. Retirer les tubes, bandes et supports détachés avec des pincettes propres si possible, s’il y a un risque d’ingestion accidentelle.
En ce qui concerne les urgences orthodontiques en cas de dispositifs amovibles
et gouttières invisibles, la résolution de l’urgence en cas de dispositifs cassés et perdus a été obtenue en recommandant l’arrêt du traitement dans le cas des dispositifs amovibles, ou en demandant au patient de porter la gouttière précédente ou suivante dans le cas d’un traitement par aligneurs invisibles [9].
Les cliniciens ont montré que seuls les appareils fonctionnels et les aligneurs (comme Invisalign®) pourraient être géré pendant une longue période grâce à l’utilisation de la téléorthodontie, ne nécessitant qu’un suivi pour poursuivre le traitement.
D’autre part, la progression du traitement multibracket est limitée en télédentisterie, en raison de son caractère pratique intense car presque tous les suivis requis nécessitent une consultation au cabinet [9].
Enfin, l’espoir des auteurs est que la téléorthodontie puisse continuer à représenter une aide précieuse pour les patients ayant des difficultés à consulter en face to face comme c’est le cas des patients vivants dans des régions rurales ou à l’étranger et ne pouvant pas se déplacer, les patients malades ou handicapés, ou pour un contrôle d’hygiéne bucco-dentaire et du port de contention [9].
En ce qui concerne notre service d’ODF du CHU Béni Messous d’Alger, la téléorthodontie n’a pas eu beaucoup de succès car seulement 10 % des orthodontistes ont prodigué une téléconsultation pendant le confinement (figure 7) et aucun praticien ne souhaiterait retenir cette méthode de consultation à distance après le pic de la pandémie.
Par contre l’apprentissage en ligne a enregistré un important succès avec 95,2 % des praticiens qui ont visionné des webinars durant la COVID-19 et aimeraient en bénéficier même après la pandémie.
Selon nos recherches, l’étude qui se rapproche le plus de la nôtre, est celle qui a été menée en Italie entre les mois de mai et juillet 2022. Cette dernière consistait à envoyer un formulaire de 37 questions via internet aux dentistes de différentes spécialités. L’objectif étant de comprendre si les mesures de protection contre le SRAS-CoV-2 chez les dentistes ont été maintenues même après la phase aiguë de la pandémie[10].
En ce qui concerne l’équipement de protection personnelle EPP, 95 % des répondants ont déclaré avoir respecté le port de l’EPP lors de la pratique dentaire quotidienne même après le pic pandémique.
Les masques FFP2, les respirateurs sans soupape à haute filtration, étaient les dispositifs préventifs les plus utilisés par les dentistes italiens qui ont répondu à l’étude.
De plus, 80 % des dentistes italiens ont utilisé des visières de protection car le contact des gouttelettes libérées lors des interventions dentaires avec les structures oculaires peut être une source possible de transmission du virus. L’utilisation de cet appareil dans 65 % des cas était associée à l’utilisation de lunettes de sécurité, indispensables dans certains domaines de la dentisterie.
Si on compare les résultats de notre étude au sein du service d’ODF du CHU de Béni Messous avec les études suscitées, nous avons remarqué une augmentation du port du masque de 27,3 % entre la période avant et après COVID (figure 9), ainsi qu’une diminution du port de lunettes de protection de 6,7 % (figure 7).
Une autre mesure de protection à ne pas sous-estimer est le lavage des mains avec de l’eau et du savon et/ou la friction aux gels hydroalcooliques avant et après les interventions dentaires, qui permettent l’inactivation du virus [11, 12].
Cela devrait être considéré comme une habitude obligatoire avant même l’émergence de la pandémie de COVID-19. Cependant, cette étude a révélé que les dentistes italiens ne se désinfectaient pas les mains avant (7,9 %) et après (3,9 %) avoir effectué des procédures cliniques.
En comparant les analyses citées ci-dessus avec les résultats de notre étude au sein du service d’ODF du CHU de Béni Messous, nous avons remarqué que 97,6 % des praticiens ont maintenu le lavage des mains ou les frictions par gels hydro-alcooliques entre chaque patient après le pic de la pandémie.
L’enquête a montré que les salles d’opération des cabinets dentaires étaient ventilées pendant au moins 15 minutes entre les rendez-vous cliniques de 67,9 % des répondants. Cette pratique est essentielle pour s’assurer que les gouttelettes ou aérosols libérées dans l’air pendant les consultations puissent être évacuées vers l’extérieur [13].
Comme le virus peut rester sur des surfaces en métal, en plastique ou en verre jusqu’à 9 jours, il a été recommandé de désinfecter toutes les surfaces entre chaque patient. Parmi les produits désinfectants préconisés il y a les solutions d’alcool hydrogène à 70%, le peroxyde d’hydrogène à 0,5 % ou l’hypochlorite de sodium à 0,1 % utilisés pendant 1 min.
Les dentistes italiens interrogés dans cette étude ont veillé dans 96,1 % des cas, au respect de l’asepsie dans le bloc opératoire.
En comparant avec les résultats de notre étude au sein du service d’ODF du CHU de Béni Messous, 37 % des praticiens ont maintenu les consultations sur rendez-vous permettant ainsi l’aération, la désinfection du fauteuil et des surfaces. 90 % des praticiens insistent auprès des assistantes sur la nécessité de désinfecter les pinces, fauteuils et surfaces entre chaque patient.
Le taux de contamination par la COVID-19 chez les dentistes italiens a atteint 20 % du personnel. Alors qu’au sein du service d’ODF de Béni Messous 86,7 % des sujets interrogés ont été contaminés par la COVID-19 dont 40 % contaminés deux fois (figure 9).
Une autre mesure de prévention est la vaccination contre la COVID-19. Dans une étude, 99,3 % des dentistes italiens ont reçu le vaccin anti-COVID et 80 % ont reçu la dose rappel. Malgré cela, 10 % des dentistes vaccinés ont signalé une infection par le SARS CoV-2. Alors qu’au sein de notre service d’ODF du CHU Béni Messous d’Alger, 63,3 % des sujets ont été vaccinés dont 40 % ayant reçu les deux doses de rappel (figure 10).
Enfin, notre étude au sein du service d’ODF du CHU de Béni Messous a été concluante quant à l’impact positif qu’a eu la COVID sur le respect rigoureux des règles d’asepsie et l’organisation des tâches au quotidien selon 96,6% des sujets interrogés.
Cependant, les répercussions sociales, économiques et psychiques sont très importantes notamment sur les patients appareillés qui se sont retrouvés sans suivi pendant le confinement. 63,3% des praticiens ont affirmé que la prise en charge de leurs patients a été retardée à cause de la pandémie. Et 16,6 % des praticiens résidents ont déclaré que leur formation hospitalo-universitaire a été entravée pendant la mise en quarantaine.
Conclusion
Face à une maladie infectieuse émergente pandémique telle que la COVID-19, les mesures de prévention visant à ralentir la progression de la pandémie représentent notre seul moyen de défense, permettant aux systèmes de soins de s’adapter, de s’armer pour enfin combattre la maladie.
L’idéal serait de maintenir ces reflexes à long terme, après la pandémie.
Notre étude descriptive gagnerait à être réalisée sur un plus grand échantillon englobant les autres spécialités dentaires et médicales.
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- Emer Byrne, Simon Watkinson. Patient and clinician satisfaction with video consultations during the COVID-19 pandemic: an opportunity for a new way of working. Journal of Orthodontics. 2021, Vol. 48(1) 64–73.
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