Les rectorragies de l’enfant, mise au point.

Les Hémorragies digestives basses constituent un symptôme relativement fréquent en consultation pédiatrique. Elles varient entre rectorragie, hématochézie, méléna et saignement occulte.

 Ait Idir (1), Z. Benyahia(2),

(1) Service de pédiatrie. Centre de Consultations Spécialisées de l’Armée. Hussein Dey, Alger.

(2) Service de Pédiatrie, Hôpital Central de l’Armée, Ain Naâdja, Alger.

Résumé : Les Hémorragies digestives basses constituent un symptôme relativement fréquent en consultation pédiatrique. Elles varient entre rectorragie, hématochézie, méléna et saignement occulte. La prise en charge est multidisciplinaire et commence toujours par l’appréciation du retentissement sur l’état général avant d’entamer l’enquête étiologique qui est orientée selon l’âge de l’enfant et les données anamnestico-cliniques. C’est ainsi que l’exploration suit un raisonnement logique dans le but de localiser l’origine du saignement et d’établir un plan thérapeutique ciblé. C’est une source de stress parental qui poussent les parents à poser de nombreuses interrogations.

Mots clés : Rectorragie, âge, retentissement, endoscopie, étiologie.

 

Abstract: Low digestive haemorrhages are a relatively common symptom in paediatric consultation. It is represented by rectorragia, haematochezia, melena and occult bleeding. The management is multidisciplinary and always begins with the assessment of the impact on the general condition before starting the etiological survey which is oriented according to the age of the child, the clinical history and physical data. The investigation must follow a rational way in order to find the source of bleeding. This symptom is often an alarming one for parents, and usually paediatricians are asked to see the patient right away.

Key words: Rectal bleeding, age, impact, endoscopy, cause.

 

 Introduction

Rectorragie / Hématochézie : Les hémorragies digestives basses (HDB) sont le reflet d’un saignement distal du tube digestif. Elles se manifestent généralement par des rectorragies et hématochézies. Ce dernier terme est rarement utilisé, il signifie un saignement rouge issu de l’anus, fait de sang non digéré et accompagné de selles. On la confond toujours avec le terme rectorragie qui traduit un saignement rougeâtre d’origine rectale alors qu’une hématochézie ne précise pas le site du saignement. En général et en pratique, l’appellation rectorragie est préférée et plus utilisée [1][2]. Ces deux types de saignement prennent naissance au-delà de l’angle de Treitz qui est la limite de transition entre la partie haute et la partie basse du tube digestif [2].

Méléna : élimination par l’anus de sang noir, épais et fétide, mélangé ou non aux selles. C’est du sang digéré en rapport avec hémorragie localisée au-dessus de l’angle de Treitz.

Saignement occulte fécal : présence de sang dans les selles qui n’est pas visible à l’œil nu et détectable aux bandelettes réactives.

Ces hémorragies digestives sont dites aiguës et sévères quand elles surviennent en moins de 3 jours et accompagnées de signes de retentissement hémodynamique, trouble de conscience et nécessitent une transfusion [3]. En cas d’hémorragie digestive haute massive, le sang peut arriver à l’anus non digéré et donc rouge.

Données épidémiologiques 

Les HDB représentent un motif non rare de consultation [4]. Habituellement, elles ne font pas l’objet d’une hospitalisation [5]. Contrairement à l’adulte où les HDB sont 5 fois moins fréquentes que les HD hautes et représentent 25% de l’ensemble des hémorragies digestives, il n’y a peu de données épidémiologiques chez l’enfant [6,7]. Aux USA entre 2006 et 2011, le Healthcare Cost and Utilization Project Nationwide Emergency Department a recensé 437.000 enfants de moins de 19 ans ayant consulté pour hémorragie digestive, 30% avaient une HDB, et seulement 11,6% ont été hospitalisés [4][5]. Une autre enquête a révélé qu’uniquement 0,3% d’enfants ayant recouru aux urgences pédiatriques avaient des rectorragies sur 40.000 consultations [4][5]. Une cohorte bangladaise récente a objectivé que seulement 1,5% soit 326 enfants avaient une rectorragie comme maitre symptôme sur 21.533 consultations [6]. Une série égyptienne a révélé que sur 91.000 consultations d’enfants âgés de moins de 18 ans entre Mars 2002 et Février 2004, 194 enfants ont consulté pour rectorragie [7].

 

Présentation clinique 

Le diagnostic est facile quand le saignement est extériorisé mais il est indispensable de l’évoquer dans d’autres situations notamment lors d’un choc hypovolémique ou au contraire lors d’une anémie trainante inexpliquée. Les hémorragies de faible abondance doivent être recherchées notamment par des bandelettes apposées sur les selles [8][9]. Une anamnèse détaillée est de rigueur.

La couleur du sang est liée au siège de l’origine du saignement, à sa proximité de l’orifice anal, à la rapidité du transit et à la formation d’hématine qui lui confère le teint brunâtre. Il est bien établi que la durée de la présence du sang dans la lumière digestive détermine pour beaucoup, la couleur du saignement. Ainsi, après un séjour du sang < 14h, le patient présentera une rectorragie, alors qu’un séjour > 14h donnera lieu à un méléna [2].

L’abondance, de cette hémorragie, sa durée et les constantes hémodynamiques orientent le diagnostic étiologique et aident à évaluer le pronostic vital.

L’examen proctologique confirme un saignement en cours et peut aider à préciser son abondance, tout en sachant qu’un examen normal n’élimine pas le diagnostic positif. Il est réalisé chez un enfant couché soit en décubitus dorsal avec les hanches et les genoux complètement fléchis soit en décubitus latéral gauche. A noter que cet examen doit s’effectuer en la présence des parents tout en expliquant à l’enfant et le rassurant aussi.

Évaluation de la gravité : Le plus souvent – comme déjà cité – le saignement est d’importance modérée et surévalué par des parents anxieux [10,11] . Selon les données de la littérature, la résolution spontanée serait de règle comme chez l’adulte [11]. Cependant, la gravité réside dans les états de troubles hémodynamiques et d’altération de l’état général que peut provoquer un saignement en particulier aigu et abondant (rupture vasculaire) ou chronique et trainant (MICI) qui nécessiterait des mesures de réanimation adaptées [1,11].

 

Les examens complémentaires 

Les examens complémentaires morphologiques, endoscopiques et biologiques sont orientés et ciblés [8,9]. C’est ainsi que les explorations digestives, ne sont pas toujours systématiques et sont programmées selon l’orientation mais aussi en fonction de leur accessibilité. Ces investigations ont pour but de :

  1. Confirmer le saignement,
  2. Situer l’origine de l’HDB ou des rectorragies,
  3. Préciser le caractère aigu ou chronique,
  4. Établir un bilan de retentissement.

L’endoscopie digestive est la pierre angulaire. Elle peut être à double visée diagnostique et thérapeutique. Selon les recommandations du Groupe Francophone d’Hépato-Gastro-Endoscopie et Nutrition Pédiatrique (GFHGENP), établies en 2002 et réévaluées en 2012, ainsi que de la Société Européenne d’Hépato-Gastro-Endoscopie et Nutrition Pédiatrique (ESPGHAN) 2017 ; la coloscopie est indiquée dans le cadre des HDB en l’absence de lésions ano-périnéales « banales », en l’absence de lésions gastroduodénales, et dans le cas des diarrhées chroniques glairo-sanglantes nécessitant une exploration [12,13]. Cela nous mène à dire qu’en cas de rectorragies, il est indispensable en premier lieu de faire un bon examen proctologique, puis éventuellement compléter par une rectosigmoïdoscopie pour écarter toute lésion anale ou rectale avant d’indiquer la nécessité d’une iléocoloscopie (voir annexes 2) [13,14].

L’HDB est la première indication de vidéocapsule quand l’endoscopie classique n’a pas abouti à la visualisation de la source du saignement. Ce moyen diagnostic est en pleine expansion, mais l’âge reste une contrainte, vu qu’elle ne peut s’utiliser actuellement que chez le grand enfant. D’autre part, son grand inconvénient est l’impossibilité de la pratique des biopsies [15].

L’étude anatomo-pathologique reste primordiale et prend toute son importance surtout dans l’analyse d’une masse endoluminale (polype, polypose, tumeur) [16][17] ; ou pour le diagnostic des Maladie Inflammatoire Chronique Intestinale (MICI) [18].

Pour les examens radiologiques, l’échographie abdominale reste facile d’accès, et demandée le cas échéant en première ligne. L’IRM, la TDM, l’Angio-IRM, l’écho-endoscopie ont considérablement amélioré, par leur sensibilité, le diagnostic et la prise charge, surtout dans les MICI [19], et les tumeurs colorectales.

Par ailleurs, les examens biologiques recherchent un retentissement hématologique (une anémie), un syndrome inflammatoire, ou sont spécifiques (sérologie anti-saccharomyces cerevisiae, sérologie de l’allergie aux protéines de lait de vache).

L’enquête étiologique peut même amener à pratiquer une exploration isotopique, notamment dans le cadre du diverticule de Meckel (DM).

Les étiologies 

L’anamnèse, l’examen clinique et le contexte dans lequel évolue la rectorragie permettent habituellement de trouver l’étiologie, mais l’élément clé reste l’âge de l’enfant. Il convient d’éliminer une fausse rectorragie. Quelques substances (médicaments, colorant alimentaire, betteraves), ont tendance à colorer les selles.

Les étiologies (tableau 1) sont nombreuses et varient selon des différents âges pédiatriques et sont relativement distinctes de celles qui touchent l’adulte [4]. Si chez ce dernier, les diverticules sont la principale cause, les polypes colorectaux (figures 1), les colites chroniques et les fissures anales constituent les causes les plus répandues en pédiatrie [6,11] .

Figures 1:Polype hyperplasique pédiculé rectal chez un enfant de 5 ans. Polype juvenile accouché chez un enfant de 6 ans.

Quel que soit l’âge, les causes traumatiques, les fissures anales (figure 2), les causes infectieuses et l’hypertrophie lymphoïde nodulaire bénigne (figure 3) (HLNB) sont communément retrouvées [9].

Figure 2: Fissure anale chez un nourrison de 6 mois secondaire à la constipation.

 

Figure 3 : HNLB chez un garçon de 12 ans.

Pour le nourrisson (< 2ans), l’invagination intestinale aiguë, le colites allergiques (figure 4), les duplications digestives, la diarrhée infectieuse, l’HLNB et le DM, restent les causes les plus fréquentes [21].

Figure 4 : colite allergique chez un nourrisson de 6 mois suivi pour allergie aux proteins de lait de vache.

Cette ultime étiologie est considérée comme la plus fréquente anomalie congénitale du tractus gastro-intestinal [11,19].

Chez l’enfant de 2-5 ans, les fissures anales, les colites infectieuses, les polypes et l’HLNB restent des causes les plus classiques [3].

Concernant le grand enfant, dominent les polypes et polyposes, les MICI, (la maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, colites indéterminées) (figure 5) ; les malformations vasculaires et le syndrome de l’ulcère solitaire du rectum (SUSR) [20,21].

Figure 5 : maladie de Crhon chez un adolescent de 14 ans .Remarquez l’aspect congestif de la muqueuse colique et les ulcerations longitudinales.

Les tumeurs colorectales (TCC) peuvent se voir, mais restent très peu fréquentes et rentrent le plus souvent dans un cadre familial, héréditaire ou syndromique (figure 6) [22,23].

Figure 6 : Aspect endoscopique et echo-endoscopique d’une tumeur neuro-endocrine rectale très friable chez un enfant de 10 ans.

Tableau 1 : Principales étiologies des rectorragies chez l’enfant et signes cliniques évocateurs (nouveau-né exclu) [2,6,9,24,25]

Conduite à tenir devant une rectorragie de l’enfant (nouveau-né non inclus)

Devant toute rectorragie, un raisonnement se base sur l’âge, les signes cliniques, l’examen physique, l’évolution et les examens paracliniques. L’algorithme suivant récapitule l’approche diagnostique et l’enquête étiologique.

Tableau 2: Raisonnement devant des rectorragies de l’enfant (nné non inclus)[21,24,25]

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Conclusion 

Les rectorragies chez l’enfant constituent un symptôme non rare et pourvoyeur de stress parental. L’interrogatoire, l’examen clinique sont indispensables pour le raisonnement du clinicien notamment l’examen proctologique. L’endoscopie est essentielle mais non systématique dans l’enquête étiologique.

En l’absence de diagnostic endoscopique, d’autres méthodes de diagnostic peuvent être utilisées, avec des degrés variables de spécificité et sensibilité.

Les causes sont généralement âge-dépendantes et différentes de celle de l’adulte. Chez les moins de 5 ans, prédominent les infections, les fissures anales, la proctocolite allergique, l’invagination intestinale, le diverticule de Meckel et les malformations vasculaires, l’HLNB.

Chez le plus de 5 ans, sont essentiellement retrouvés les polypes et les MICI. Une collaboration multidisciplinaire impliquant le gastro-pédiatre, le radiologue, l’endoscopiste, le pathologiste et le chirurgien infantile est indispensable afin de localiser la source du saignement et d’assurer une prise en charge adaptée.

Date de soumission : 04 Décembre 2019.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

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  3. Barnert and H. Messmann, “Management of lower gastrointestinal tract bleeding,” vol. 22, no. 2, pp. 295–312, 2008.
  4. Osman, M. Djibré, D. Da Silva, and C. Goulenok, “Management by the intensivist of gastrointestinal bleeding in adults and children,” pp. 1–17, 2012.
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  8. Benhamou and C. Dupont, “Diagnostic des hémorragies digestives du nourrisson et de l’enfant,” EMC – Tratado de Medicina. pp. 1–8, 2007.
  9. Aroulandom, J. Lemale, and H. Chappuy, “Diagnostic des hémorragies digestives du nourrisson et de l’enfant,” vol. 13, no. 18, pp. 1–10, 2019.
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  11. Sahn and S. Bitton, “Lower Gastrointestinal Bleeding in Children,” Gastrointest. Endosc. Clin. NA, vol. 26, no. 1, pp. 75–98, 2016.
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  17. Tavano et al., “Pathologie tumorale intestinale de l’enfant,” vol. 4, no. 4, pp. 1–10, 2019.
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  22. Tougeron, “Carcinogenèse colorectale, données fondamentales,” Colloids Surfaces A Physicochem. Eng. Asp., vol. 9, no. 3, pp. 1–15, 2019.
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  24. A. Lane and I. D. Sugarman, “Investigation of rectal bleeding in children,” Paediatr. Child Health (Oxford)., vol. 20, no. 10, pp. 465–472, 2010.
  25. Shaoul, “Practical Algorithms in Pediatric Gastroenterology,” 2014.

 

 

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Complications chez l’enfant avec thalassémie

Le tableau clinique de la ß-thalassémie majeure apparaît généralement entre 6 et 24 mois, avec classiquement la triade d’hémolyse associant : une anémie microcytaire sévère, un ictère et une hépatosplénomégalie.

 Aggoune, Service de Pédiatrie, EPH Hassen Badi, El Harrach, Alger.

 Date de soumission : 13 Juillet 2019.

Résumé : Le tableau clinique de la ß-thalassémie majeure apparaît généralement entre 6 et 24 mois, avec classiquement la triade d’hémolyse associant : une anémie microcytaire sévère, un ictère et une hépatosplénomégalie. La ß-thalassémie intermédiaire doit être suspectée chez les personnes qui, à un âge plus avancé, présentent des résultats cliniques similaires mais plus modérés. Le retard de la croissance est l’une des comorbidités les plus courantes observées chez les enfants et les adolescents atteints de ß-thalassémie, et présente une cause importante de mauvaise image corporelle chez ces enfants. La prévalence de l’échec de croissance et de la petite taille chez les enfants atteints de thalassémie varie de 30 à 50% dans la plupart des études. Les causes sont multifactorielles. Malgré le traitement chélateur, ces enfants développent des complications endocriniennes telles que l’hypothyroïdie, l’hypoparathyroïdie, le diabète sucré, une puberté retardée due à un hypopituitarisme ou à un hypogonadisme, ainsi que des maladies osseuses, des cardiomyopathies et des complications hépatiques dues à une surcharge en fer. En outre, ils courent également un risque d’infections transmises par la transfusion. Un monitoring doit être proposé de manière appropriée par des spécialistes afin de guetter ce genre de complications.

Mots clés : Thalassémie, enfant et adolescent, complications, petite taille, chélation.

Abstract: The clinical presentation of ß-thalassaemia major usually occurs between 6 and 24 months of age with severe microcytic anaemia, mild jaundice, and hepatosplenomegaly. ß-thalassaemia intermedia should be suspected in individuals who, at a later age, present similar but milder clinical findings. Growth failure is one of the most common co-morbidities witnessed in children and adolescents with TM and an important cause of poor body image in these children. The prevalence of growth failure and short stature in children with thalassemia varies from 30- 50% in most studies. The causes are multifactorial. Despite iron chelation, these children develop endocrine complications such as hypothyroidism, hypoparathyroidism, diabetes mellitus, short stature, delayed puberty due to hypopituitarism or hypogonadism as well as bone disease, cardiomyopathies, liver related complications due to iron overload. Additionally, they are at a risk of transfusion transmitted infections too. They need to be monitored for these complications and treated appropriately by specialists.

Key words: Thalassemia, child and adolescent, complications, small size, chelation.


 

Introduction

Selon l’OMS, le risque de naissance d’enfants malades b-thalassémiques est de 1 pour 10.000 naissances, et celui d’une union entre b-thalassémiques hétérozygotes est de 2 pour mille mariages. Il naît entre 300 et 400.000 enfants porteurs d’une hémoglobinopathie sévère parmi lesquels 100.000 thalassémiques majeurs (2).

En Algérie, nous ne disposons pas encore de chiffre précis concernant la prévalence ou l’incidence des thalassémies. Une communication fait état d’une prévalence de 750 cas en 2006 (3). Si l’on se réfère aux chiffres référence de l’OMS, la prévalence pour notre pays serait de 2%, dans notre service plus de 85 malades thalassémiques sont suivis. Ces maladies constituent un réel problème de santé publique, lié à une prise en charge difficile, et à un taux de mortalité élevé.

Parmi les complications qui guettent l’enfant thalassémique, l’hémochromatose cardiaque post-transfusionnelle est la plus grave, et la principale cause de mortalité des malades atteints d’une b-thalassémie. À elle seule, elle est à l’origine de la moitié des décès (5).

 

Toxicité du fer

La quantité de fer apportée par les transfusions et l’hyper absorption intestinale du fer suite à l’érythropoïèse inefficace, sont les deux facteurs responsables de la surcharge martiale. Chaque concentré érythrocytaire apporte environ 200 mg de fer. L’organisme ne disposant d’aucun mécanisme régulateur permettant d’éliminer le fer en excès, le fer apporté par chaque transfusion s’accumule progressivement dans l’organisme des patients. Une surcharge en fer apparaît après 10 à 20 transfusions de concentrés érythrocytaires.

En l’absence de chélation, la surcharge en fer entraîne des atteintes tissulaires et, à terme, des défaillances viscérales et des décès. Chez les patients thalassémiques, le traitement est habituellement initié précocement dès 10 à 20 concentrés érythrocytaires, et cela dès que le patient a une ferritine supérieure à 1.000 ng/ml (18).

 

Complications de la thalassémie

La surcharge martiale dans les thalassémies est secondaire au fer, apporté par les transfusions érythrocytaires et par l’hyper-absorption digestive, au cours de ces maladies. Elle expose aux complications viscérales, majorées en cas de comorbidités associées. Les principales complications de l’hémochromatose post-transfusionnelle sont :

  1. Les atteintes cardiaques

Comme pour les hépatocytes, le fer déposé dans les cardiomyocytes induit une augmentation de la peroxydation des lipides membranaires du sarcolemme et des mitochondries par formation de radicaux libres. Ceci aboutit à une altération de l’activité de la pompe Na+/K+-ATPase, une augmentation de la fragilité des lysosomes et une entrave à l’activité de la chaîne respiratoire mitochondriale. La surcharge en fer a pour conséquence ultérieure une dilatation cavitaire et un épaississement des parois ventriculaires. L’altération de la relaxation ventriculaire gauche apparaît en premier lieu, en rapport avec la surcharge myocardique en fer (31).

Aujourd’hui, les complications cardiaques rendent compte d’au moins 70% des décès dans la thalassémie majeure, en raison de la gravité de cette complication. Les patients soumis à des transfusions répétées, doivent faire l’objet d’une surveillance cardiaque régulière, avec les méthodes les plus précises telles que, la mesure de la fraction d’éjection systolique, l’échocardiographie.

L’utilisation de l’IRM cardiaque, permet également de suivre l’évolution de la surcharge en fer intra myocardique. L’évaluation du temps de relaxation de T2* par IRM cardiaque, est un excellent moyen non invasif d’évaluation du dépôt de fer myocardique et une technique utile après une réponse au traitement de chélation du fer.

 


 

  1. Les atteintes hépatiques 

Après l’atteinte cardiaque, l’atteinte hépatique est la seconde cause de mortalité chez les patients atteints de surcharge en fer, post-transfusionnelle.

Plus de 70 % du fer en excès est stocké dans le foie. L’appréciation du contenu hépatique en fer (CHF) est par conséquent l’examen de référence dans l’appréciation de la surcharge martiale.

La toxicité hépatique du fer s’exprime sous la forme d’une nécrose hépatocytaire, suivie d’une fibrose hépatique pouvant évoluer vers une cirrhose et un cancer du foie. Le degré de surcharge et le délai d’exposition sont 2 facteurs qui participent à cette évolution.

Les infections virales, notamment par le virus de l’hépatite C, constituent un facteur aggravant.

L’imagerie en résonance magnétique (IRM) est maintenant la méthode non invasive la plus utilisée dans l’évaluation quantitative de la surcharge en fer des organes. Elle utilise le caractère paramagnétique du fer stocké (ferritine et hémosidérine) responsable d’un raccourcissement du temps de relaxation, surtout prononcé en pondération T2, entraînant une diminution du signal en T2 c’est- à- dire un aspect plus noir de l’organe riche en fer.

L’IRM peut s’avérer plus précise que la biopsie chez les patients présentant des dépôts de fer hépatiques hétérogènes (comme en cas de cirrhose), car elle mesure le fer dans la totalité de l’organe. C’est une technique sensible et spécifique, mais dont la méthode n’est pas standardisée.

  1. Les complications endocriniennes

Sont observées dès l’âge de 12-15 ans, et contribuent à la morbidité de la thalassémie majeure à partir de la fin de la deuxième décennie. Les plus fréquentes sont le déficit en gonadotrophines et l’hypothyroïdie. Un retard statural est fréquent, et peut être associé à un retard pubertaire, ce dernier étant d’habitude plus sévère chez le garçon. La puberté peut demeurer incomplète (39). Le déficit statural n’est pas secondaire à un déficit en hormone de croissance, mais il s’accompagne de taux circulants bas du facteur IgF1 en raison de l’atteinte hépatique. Le retard pubertaire est en grande partie responsable du déficit statural après l’âge de 10 ans.

Chez la plupart des malades, on observe une hypothyroïdie clinique ou biologique et une hypoparathyroïdie. Chez les enfants plus âgés, un diabète insulino-dépendant par insuffisance pancréatique endocrine peut apparaitre.

  1. Les atteintes osseuses

Les signes osseux peuvent apparaître dans les premières années de la vie dans les formes majeures :

  • Au niveau du crâne, le diploé est épaissi, la table externe très amincie, la déformation siège d’abord en frontal puis s’étend à l’ensemble de la voûte. Les travées osseuses perpendiculaires à la table externe vont par leur disposition radiaire réaliser un aspect en « poils de brosse ».
  • Les os de la face sont concernés par l’hyperplasie médullaire qui donne une expansion osseuse avec des déformations caractéristiques en faciès de rongeur. On observe un hypertélorisme, une absence ou un retard de pneumatisation des sinus maxillaires, un prognathisme supérieur. Au niveau des os longs la transparence osseuse est excessive ; les diaphyses sont déformées, élargies ; les métaphyses sont larges, les corticales sont amincies de par leur versant interne, les travées osseuses restantes paraissent épaissies et la spongieuse a un aspect granité ou réticulé.
  • Les vertèbres ont une transparence excessive, elles peuvent parfois être tassées ; les arcs costaux antérieurs sont parfois dédoublés et les arcs postérieurs peuvent présenter un renflement en bulbe à leur partie interne, témoignant de l’hyperplasie médullaire. Au niveau des membres, malgré l’ostéoporose, les fractures pathologiques sont relativement rares chez ces patients (43).
  • L’ostéopénie et l’ostéoporose sont deux autres problèmes osseux dont souffre l’enfant thalassémique, et les mécanismes intriqués sont divers. Les auteurs retiennent habituellement comme ostéoporotiques, les sujets ayant un Z-score inférieur à -2, parfois -2,5 ; et comme ostéopéniques les sujets ayant un Z-score entre -1 et -2,5.


 

  1. Les complications buccales et maxillo-faciales

Chez les patients thalassémiques, du fait des apports transfusionnels fréquents, des dépôts pigmentaires ferriques sont observés au niveau des téguments et notamment des muqueuses buccales. L’examen dentaire peut révéler chez le jeune enfant des retards d’éruption dentaire, ainsi que des hypominéralisations de l’émail et la dentine La pathologie carieuse est plutôt imputée à la mauvaise pratique des instructions d’hygiène aggravée par la respiration buccale (53).

  1. Les complications pulmonaires 

Il existe un syndrome restrictif pulmonaire, avec diminution de la compliance thoracique, ainsi que la capacité vitale et les volumes de réserve expiratoire chez le splénectomisé. Ceci est expliqué par l’existence d’un état d’hypercoagulabilité ainsi qu’une activation des plaquettes. Ce phénomène contribue à l’installation d’une hypertension artérielle pulmonaire, plus importante chez le thalassémique (57). Le dépistage régulier de la fonction pulmonaire devrait être adopté dans le suivi clinique des patients.

 

  1. Les complications transfusionnelles
  • Allo immunisations anti érythrocytaires 
  • Apparition d’allo-anticorps anti-érythrocytaires : l’apparition d’allo-immunisation anti-érythrocytaire par transfusion est l’effet indésirable receveur le plus déclaré. Les auto-anticorps sont le plus souvent associés à l’existence d’allo-anticorps anti-érythrocytaires.
  • Incompatibilités immunologiques érythrocytaires non ABO : Aujourd’hui les effets indésirables immédiats, graves causés par des anticorps irréguliers anti érythrocytaires sont plus nombreux que les accidents ABO (59). Ces effets indésirables sont peu connus. Ils sont causés par des faux-négatifs lors de la recherche d’agglutinines irrégulières, par erreur d’étiquetage du tube, ou bien d’anticorps apparus entre le moment du prélèvement et celui de la transfusion.
  • Incompatibilités ABO

L’incompatibilité ABO en cas de transfusion de plasma résulte très souvent d’une mauvaise interprétation de l’universalité du groupe sanguin O.

Il est important que cette notion soit rayée du vocabulaire transfusionnel.

Le tableau clinique classique de l’hémolyse intravasculaire est en fait variable selon la précocité du diagnostic, la quantité d’hématies incompatibles transfusées, la puissance de l’anticorps, la vitesse de la transfusion et l’état clinique du patient (61).

  • Incompatibilités par allo-immunisation anti-HLA ou HPA

Ces anticorps ne sont pas recherchés généralement en pré-transfusionnel, leur présence ou apparition sont imprévisibles en l’état actuel (63). Ils sont acquis par grossesse ou par transfusion.

  • Réaction fébrile non hémolytique (RFNH)

Elle est en règle sans gravité et doit constituer un diagnostic d’exclusion. Bien que son incidence ait été réduite de moitié par la déleucocytation, la RFNH reste la réaction per ou post-transfusionnelle la plus fréquente, et représente en moyenne annuelle plus de 40 % de l’ensemble des effets indésirables transfusionnels immédiats déclarés.

  • Risque allergique

Il s’agit dans 90 % des cas de signes cutanés variés, souvent sans autre manifestation clinique. Dans 10 % des cas, il n’y a pas de signes cutanés et l’allergie se manifeste par une gêne. Plus rarement, des complications allergiques graves de type bronchospasme sévère ou choc anaphylactique apparaissent, pouvant engager le pronostic vital du patient.

 

 

  • Œdème aigu pulmonaire (OAP) 

L’OAP de surcharge ou OAP cardiogénique est la complication la plus fréquente de la transfusion, bien que son incidence soit vraisemblablement sous-estimée, mais heureusement plus rare dans la population pédiatrique. Il est classique de considérer comme prédisposantes certaines particularités du receveur : cardiopathie, petit poids, insuffisance rénale oligoanurique.

 

  • Incompatibilité par les protéines du plasma

Elle est essentiellement représentée avec l’accident anaphylactique causé par les anticorps anti-IgA du receveur, présents chez certains sujets déficitaires en IgA, ou par les anticorps dirigés contre les IgA, apportées dans le plasma résiduel du CGR, chez certains polytransfusés.

Il faut prévoir pour les polytransfusés :

  • Une détermination du phénotype étendu avant la toute première transfusion
  • La mention systématique de la pathologie sur l’ordonnance de produits sanguins labiles 
  • La prescription de la qualification phénotypée, tant que l’espérance de vie est raisonnable 
  • L’organisation du prélèvement pour recherche d’agglutinines irrégulières, voire identification des anticorps irréguliers, le plus près possible de la transfusion, mais, en faisant en sorte que les résultats soient disponibles au moment prévu pour la délivrance des produits sanguins labiles
  • Une bonne coordination avec le CTS, en cas d’allo-immunisation connue.
  1. Nouvelles menaces

Les virus majeurs de la transfusion semblent être bien maîtrisés, et le XXème siècle voit apparaître d’autres agents infectieux, nouvellement identifiés : Virus du Nil occidental ou West Nile virus (WN-V), Parvovirus B19, Cytomégalovirus (CMV) (HHV-5), Hépatites virales.

 

  1. Splénectomie

Au cours des thalassémies, la rate augmente le plus souvent de volume pendant la première décennie, et peut être à l’origine de diverses complications qui grèvent la morbidité et la mortalité des thalassémies majeures. Le risque infectieux existe également en cas de thalassémie par une défaillance de l’immunité.

L’intérêt de la splénectomie dans la prévention et le traitement de ces différentes complications, au cours de la drépanocytose ou de la thalassémie, a été démontré. Il a été aussi documenté, que les patients porteurs de β-thalassémie présentent un état d’hypercoagulabilité attribué d’une part à un dysfonctionnement du système d’anti-coagulation endothélial naturel, et d’autre part, l’implication de la thrombomodulation et des protéines C et S (72). Le taux de complications thromboemboliques chez ces patients, est compris entre 9 et 29 % avec une forte prévalence dans les formes bêta thalassémiques intermédiaires.

 

Conclusion
La prise en charge d’un enfant atteint de thalassémie, nécessite une évaluation régulière. La prévention est la meilleure approche car l’efficacité de la chélation intensive pour inverser les complications établies est inconnue. Ainsi, prévenir l’anémie grâce à un programme de transfusion régulier, une chélation optimale, un maintien d’un état nutritionnel adéquat, une reconnaissance et un traitement rapide des comorbidités sont les pierres angulaires de la prévention des complications liées à la thalassémie.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

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Syndrome de Chediak-Higashi A propos de 4 cas

Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare, caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience de l’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules NK, responsables d’infections récurrentes, une prédisposition aux saignements et une détérioration neurologique tardive.

 Khelafi, MS. Ladj, S. Benali Khodja, R. Belbouab, M. Noumi, S. Sokhal, R. Boukari, Service Pédiatrie CHU Mustapha, Alger

 

 

Date de soumission : 03 Avril 2019.

Résumé : Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare, caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience de l’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules NK, responsables d’infections récurrentes, une prédisposition aux saignements et une détérioration neurologique tardive. Selon International Union of Immunological Societies, le SCH est une immunodéficience primaire par dysrégulation immunitaire appartenant aux syndromes d’hématophagocytose lymphohistiocytaires familiale (HLF) avec hypopigmentation [1]. Le gène LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking Regulator Gene) a été identifié sur le bras long du chromosome 1 en 1q42-q43 [2,3]. Ce gène code pour la protéine CHS dont la fonction exacte reste imprécise. Environ 500 cas ont été signalés [4,5]. Le diagnostic est orienté par les signes cliniques et facilité par l’étude de l’aspect microscopique du cheveu qui met en évidence la présence d’agrégats pigmentaires. Mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations intracytoplasmiques géantes dans la plupart des cellules de l’organisme [6], notamment dans le sang périphérique ou la moelle osseuse. Environ 85% des patients développent une phase d’accélération caractérisée par un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH), qui survient au cours de la première décennie, rarement présent au début de la maladie [7]. Elle est fatale en l’absence de traitement [8]. Actuellement, la seule option thérapeutique efficace est la greffe de moelle osseuse, qui améliore les anomalies hématologiques et immunitaires, mais n’empêche pas la détérioration neurologique ultérieure. Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle osseuse, le décès survenant souvent avant l’âge de dix ans.

Mots clés : syndrome de Chediak-Higashi, dysrégulation immunitaire, LYST-CHS1, albinisme oculo-cutané, immunodéficience, détérioration neurologique, HLH, greffe de moelle osseuse.

 

Abstract: Chediak-Higashi syndrome (SCH) is a rare autosomal recessive genetic disorder characterized by oculo-cutaneous albinism, immunodeficiency by cytotoxic activity of T lymphocytes and natural killer cells responsible for recurrent infections, predisposition to bleeding, and late neurological deterioration. According to the International Union of Immunological Societies, the SCH is a primary immunodeficiency by immune dysregulation belonging to familial lymphohistiocytic haematophagocytosis syndromes (HFH) with hypopigmentation [1]. The LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking Regulator Gene) gene was identified on the long arm of chromosome 1 in 1q42-q43 [2,3]. This gene encodes the CHS protein whose exact function remains imprecise. About 500 cases have been reported [4,5]. The diagnosis is oriented by the clinical signs and facilitated by the study of the microscopic aspect of the hair which highlights the presence of pigment aggregates. But the pathognomonic sign of the disease is the presence of giant intracytoplasmic granulations in most cells of the organism [6], especially in peripheral blood or bone marrow. Approximately 85% of patients develop an acceleration phase characterized by a syndrome of lymphohocytic hemophagocytosis (HLH), which occurs during the first decade, rarely present at the onset of the disease [7]. It is fatal in the absence of treatment [8]. Currently, the only effective therapeutic option is bone marrow transplantation, which improves haematological and immune abnormalities, but does not prevent subsequent neurological deterioration. The prognosis remains poor in the absence of a bone marrow transplant, the death often occurring before the age of ten years.

keywords: Chediak-Higashi syndrome, immune dysregulation, LYST-CHS1, oculo-cutaneous albinism, immunodeficiency, neurological deterioration, HLH, bone marrow transplantation.


 

Introduction

Le syndrome de Chediak-Higashi (SCH) est une maladie génétique autosomique récessive rare caractérisée par un albinisme oculo-cutané, une immunodéficience par défaut d’activité cytotoxique des lymphocytes T et des cellules natural killer, responsable d’infections récurrentes, une prédisposition au saignement, et une détérioration neurologique tardive. Selon l’International Union of Immunological Societies, le SCH est un déficit immunitaire primaire par dysrégulation immunes faisant partie des syndromes d’hematophagocytoses lymphohistiocytaires familiaux (FHL) avec hypopigmentation (1).

Le gène LYST-CHS1 (Lysosomal Trafficking regulator gene) de la maladie a été identifié 1996 sur le bras long du chromosome 1 en 1q42-q43 (2 ,3). Ce gène code pour la protéine CHS dont la fonction exacte reste imprécise.

Environ 500 cas ont été rapportés (4,5). Le diagnostic est orienté par les signes cliniques et facilité par l’étude de l’aspect microscopique des cheveux qui met en évidence la présence d’agrégats de pigment ; mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations intracytoplasmiques géantes dans la plupart des cellules de l’organisme (6), surtout au niveau du sang périphérique ou de la moelle osseuse. Environ 85% des patients développent une phase d’accélération caractérisée par un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH), qui survient pendant la première décennie, rarement présente au début de la maladie (7) ; elle est mortelle en l’absence de traitement (8).

Actuellement, la seule option thérapeutique efficace est une greffe de moelle osseuse, qui améliore les anomalies hématologiques et immunitaires, mais n’empêche pas la détérioration neurologique ultérieure. Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle, le décès survenant souvent avant l’âge de dix ans.

 

Patients et méthodes

Il s’agit de quatre enfants suivis dans le service de pédiatrie du CHU Mustapha d’Alger pour syndrome de Chediak-Higashi entre 2014 et 2017. Le diagnostic a été porté sur les manifestations cliniques, la présence de granulations géantes intra-leucocytaires. Une étude génétique faite chez trois enfants a confirmé le diagnostic.

 

Résultats

Il s’agit de trois garçons et une fille dont l’âge au diagnostic est en moyenne de 3,2 ans (7 mois – 6 ans). Une consanguinité est retrouvée dans tous les cas ainsi qu’une forme familiale (2 frères). Trois patients ont des antécédents d’infections répétées, de fièvre inexpliquée avec un décès par septicémie dans la forme familiale. Les enfants qui ont été vaccinés n’ont pas présenté d’incidents particuliers. Au plan clinique, l’albinisme oculo-cutané est présent chez 3 enfants et une mélanodermie avec un iris très pigmenté dans 1 cas (Tableau 1).

Le frottis sanguin périphérique a permis de faire le diagnostic en montrant les granulations géantes intra-cytoplasmiques chez tous les patients. L’étude microscopique des cheveux a retrouvé des dépôts de mélanine en mottes irrégulières au niveau de la tige pilaire en faveur du syndrome de Chediak-Higashi. Un syndrome d’hémophagocytose lymphohistiocytaire (HLH) (Tableau 2) est présent dans 3 cas puis dans un cas 8 mois après le diagnostic.

Deux enfants ont présenté des signes neurologiques à type de convulsions et de nystagmus horizontal associé à une dyslexie dans un cas. Le diagnostic d’activation lymphohistiocytaire (HLH) est porté selon les critères de la Hystiocyte Society 2004, confirmant la phase accélérée de la maladie. L’étude de l’activité des lymphocytes NK est abaissée dans un cas. La confirmation génétique a été faite chez 3 patients (haplotype homozygote dans 2 cas et partiellement homozygote dans un cas). Le LCR est normal chez tous les patients et un patient a eu une sérologie EBV positive a IgM (VCA). Tous les patients avec des signes d’activation lymphohistiocytaire ont été mis protocole HLH 2004. L’évolution est marquée par une bonne tolérance du traitement. Un enfant a bénéficié d’une greffe de moelle allogénique, mais est décédé quelques mois après, les trois autres patients sont toujours vivants et stables sur le plan clinique.

Tableau 1 : Données cliniques, cytologique et génétiques

 

Cas 1

Cas 2

Cas 3

Cas 4

Âge

7 mois

6 ans

2 ans

3,5 ans

Sexe

Consanguinité

+

+

+

+

Infections répétées

+

+

+

+

Cas familial

+

+

Albinisme cutané

Présent

Présent

Présent

Mélanodermie

Cheveux gris argentés

+

+

+

+

Albinisme oculaire

Absent

Hétérochromie

Absent

Iris très pigmenté

Photophobie

+

Nystagmus horizontal

Présent

Signes neurologiques

+

Granulations géantes

(Frottis sanguin)

+

+

+

+

Génétique

Haplotype homozygote

Haplotype homozygote

Haplotype partiellement homozygote

 

 

Cas 1

(a 15 mois)

Cas 2

Cas 3

Cas 4

Fièvre

+

+

+

+

Splénomégalie

+

+

+

+

Signes neurologiques

+

 Neutrophiles (/mm3)

570

700

120

450

Hémoglobine (g/dl)

5.8

9.7

9.5

8.7

Plaquettes (/mm3)

56 000

104 000

28 000

66 000

Hémophagocytose (PMO)

+

+

+

+

Fibrinogène (g/l)

1.9

2.76

1.34

?

Triglycérides (g/l)

9.5

2.28

5

2.9

Ferritine (ng/ml)

1388

512

1150

977

Activité NK

?

normale

Abaissée (1%)

?

Fig 1 . Un de nos patient avec une hypopigmentation cutanée

   

Fig. 2. Deux de nos patients avec un aspect « gris argenté » *des cheveux

 

Fig 3. Tige pilaire de l’un de nos patients avec dépôt de mélanine

 

 

 Fig.4 Frottis sanguin : granulations géantes au niveau des leucocytes et lymphocytes (In Indian J Hematol Blood Transfus (Sept 2014) 30(Suppl 1):S223–S226)

 

Discussion

Maladie génétique autosomique récessive très rare, le syndrome de Chediak-Higashi atteint toutes les races et tous les groupes d’âge. Moins de 500 cas ont été rapportés (4,5). Le plus souvent il s’agit de cas rapportés ou de petites séries publiées. La prévalence est difficile à déterminer en raison des cas rapportés plus d’une fois, et d’autres non déclarés. La plus grande série publiée (15 cas) a été rapportée au Japon sur une période de dix ans (9). Une consanguinité, présente chez tous nos patients, est rapportée dans 50 à 85% des cas (5).

Le gène LYST/CHS1 de la maladie code pour la protéine CHS cytosolique dont la fonction reste imprécise. Elle aurait un rôle dans l’exocytose de protéines à partir des endosomes multivésiculaires tardifs. Plus d’une soixantaine de mutations ont été rapportées dans la littérature (faux-sens, non-sens, délétion, insertions) (10). Les mutations du gène LYST/CHS1 entrainent une fonction anormale de la protéine CHS avec une altération du transport intra cytoplasmique, une séquestration de protéines dans les structures intra cytoplasmiques géantes et le blocage de la fonction sécrétoire notamment celle des leucocytes et des mélanocytes. Des corrélations phénotypes/génotypes ont étés rapportées, ainsi une mutation de type délétion est corrélée avec la survenue précoce et fulminante de la phase d’accélération, alors qu’une mutation de type faux-sens est corrélée avec un meilleur pronostic avec absence de phase d’accélération et de détérioration neurologique (11).

Les signes cliniques débutent après la naissance, ou avant l’âge de 5 ans. L’albinisme oculo-cutané (AOC) est un signe important d’orientation diagnostique, présent chez trois de nos patients (Fig.1), il se caractérise par une hypopigmentation qui affecte généralement la peau, les cheveux et les yeux. Elle est en rapport avec l’agrégation pathologique et une répartition inégale des mélanosomes.

L’AOC peut être présent dès la naissance, et concerner les trois organes ou certains d’entre-deux, total ou partiel ou même être absent (12). Parfois une hyperpigmentation comme chez l’un de nos patients peut exceptionnellement être vue, faisant retarder le diagnostic (13,14). La plupart des patients présentent une photosensibilité. Certains patients ont un phénotype atypique avec une forme atténuée où l’AOC est subtile, voire absent, et qui sont probablement méconnues (11,15). Rarement d’autres lésions cutanées sont observées comme une hyperhydrose, un érythème polymorphe.

Au niveau des cheveux l’hypopigmentation leur donne une couleur blonde, grise (Fig. 2) ou blanche, souvent avec un éclat argenté ou métallique. Les yeux sont de couleur bleue et l’hypopigmentation de l’iris peut être associée à une diminution de la pigmentation de la rétine, et des manifestations oculaires comme la photophobie, diminution de l’acuité visuelle, nystagmus, et le strabisme.

Les infections fréquentes et récurrentes sont habituelles pendant l’enfance. Souvent graves, elles sont en rapport avec un défaut de cytotoxicité des lymphocytes T, de la fonction NK, et une diminution de l’activité chimiotactique et bactéricide des granulocytes (16,17). Les infections pyogènes sont les plus fréquentes, en particuliers au niveau de la peau, des voies aériennes supérieures et des muqueuses. Les germes les plus souvent isolés sont le staphylocoque aureus, streptocoques ß-hémolytiques et le pneumocoque.

Les atteintes de la cavité buccale, à type de gingivite, hémorragie gingivale, chute précoce des dents, aphtes, et ulcérations buccales ont été décrites. La parodontite a été identifiée comme une manifestation de la dysfonction immunitaire.

La tendance au saignement chez ces patients est en rapport avec un déficit du pool de stockage des granules denses et un défaut d’agrégation des plaquettes. Les manifestations hémorragiques sont en général bénignes et ne nécessitent habituellement pas de traitement.

La phase accélérée de la maladie représente la complication la plus importante et dangereuse du SCH. Elle est responsable d’un taux élevé de moralité en quelques mois (18). Elle peut survenir à tout âge mais surtout durant la première décennie (85%) (19).

Nos patients ont développé cette phase accélérée avant l’âge de 6 ans. Rarement, elle en est la première manifestation (7,20). Sa survenue précoce est associée à l’existence d’une mutation génétique de type délétion (11) ; et a une activité effondrée ou absente des LT cytotoxiques (21).

Elle se manifeste par un syndrome d’hématophagocytose lymphohystiocytaire (HLH) dont les facteurs déclenchant cette accélération ne sont pas clairs. Le rôle de l’infection à EBV retrouvé chez l’un de nos patients a été soulevé sans que cette relation ne soit établie (22). Le diagnostic de la maladie de la phase accélérée repose sur les critères de la Histiocytic Society 2004 (23).

Les manifestations neurologiques surviennent dans environ 50% des cas et peuvent apparaître à tout moment dans l’enfance ou à l’âge adulte, ils sont variables : neuropathie périphérique, coma, convulsions, ataxie, troubles cognitifs, troubles de l’équilibre, mouvements anormaux et altérations mentales. La greffe de moelle osseuse n’empêche pas leur apparition ultérieure (24).

Le diagnostic de SCH doit être précoce, souvent fait aux environs de 6 ans mais dans environ 25% des cas le diagnostic est tardif après l’âge de 10 ans (12), pour nos patients. La moyenne d’âge au diagnostic était de 3,2 ans. Il est suspecté sur les éléments cliniques, facilité par l’étude microscopique des cheveux (Fig.3) qui montre des agrégats de pigments de mélanine retrouvés chez tous nos patients, cet aspect permet le diagnostic différentiel avec d’autres types d’hypopigmentation cutanée. Mais le signe pathognomonique de la maladie est la présence de granulations géantes intracytoplasmiques (Fig.4) dans la plupart des cellules de l’organisme (6) mais souvent elles sont identifiées au niveau du sang périphérique comme ce fut le cas de nos patients ; ou au niveau de la moelle osseuse. Le diagnostic est confirmé par un test génétique de recherche de la mutation LYST. Le diagnostic anténatal de la maladie est possible au niveau des cellules des villosités choriales, liquide amniotique, leucocytes du cordon fœtal (25).

Comme pour la maladie de Chediak-Higashi, d’autres déficits immunitaires génétiques s’accompagnent d’un albinisme oculo-cutané partiel, telles que la maladie de Griscelli et le syndrome Hermansky-Pudlak. La distinction peut se faire sans ambiguïté par l’aspect différent des amas de pigment dans la gaine du cheveu, beaucoup plus fins dans le cas du CHS, et surtout par la présence des granulations géantes intracytoplasmiques observées uniquement dans le CHS. Toutefois, dans certains cas de leucémies myéloïdes, on peut voir des granulations géantes dites anomalie pseudo-Chediak-Higashi (26).

Le traitement de la maladie de Chediak-Higashi est multidisciplinaire et repose sur la prise en charge des complications de la maladie, le traitement de la « phase accélérée » ou HLH et surtout la greffe de cellules souches hématopoïétiques. Le traitement symptomatique de la maladie de Chediak-Higashi repose sur une antibiothérapie efficace contre les infections et des transfusions de dérivés du sang pour lutter contre l’anémie et les complications hémorragiques. Les troubles oculaires doivent être corrigés. Les yeux et la peau doivent être protégés des rayons UV. Les vaccinations sont généralement bien tolérées comme ce fut le cas pour nos patients, et doivent être faites. L’hygiène et les soins buccodentaires sont primordiaux. La survenue de symptômes neurologiques et leur progression doivent être pris en charge assez tôt par un spécialiste en réadaptation. En cas de phase d’accélération (HLH, un traitement combinant corticoïdes, VP16, cyclosporine et des injections intrathécales de MTX (protocole HLH 2004) (23) est instauré pour obtenir une rémission. Celle-ci survient dans 75% des cas dans les huit semaines (27), mais les rechutes sont fréquentes et la réponse au traitement diminue au fil du temps. Une fois la rémission obtenue la greffe est recommandé. Chez les patients SCH avec HLH par EBV l’adjonction du Rituximab pourrait améliorer le traitement (28). En cas de HLH réfractaire, une autre option thérapeutique incluant un anticorps monoclonal l’anti CD52 (Alemtuzumab) (29) est possible comme traitement de seconde ligne avant la greffe de moelle osseuse.

La greffe allogénique de moelle osseuse (GMO) est le seul traitement efficace actuel qui guérit les anomalies hématologiques et immunologiques, mais sans résultats sur l’albinisme oculo-cutané ni sur la détérioration neurologique ultérieure (9,24,30) . Le régime de conditionnement pré-greffe comprend une combinaison d’étoposide, le busulfan, le cyclophosphamide (31). La réduction d’intensité du conditionnement pré-greffe avec fludarabine, melphalan, et alemtuzumab a entrainé une augmentation de la survie dans le HLH primaire ou forme familiale avec une plus faible toxicité (32,33). La greffe de moelle osseuse est d’autant plus efficace qu’elle est effectuée avant la survenue de la phase accélérée (31). Les patients ayant une diminution profonde de la fonction cytotoxique des lymphocytes T (CTL) ont un risque élevé de développer un syndrome d’activation lymphohistiocytaire (HLH), aussi leur dépistage peut constituer une indication à une greffe de moelle précoce (21). Le taux de survie globale après une greffe de moelle est 60-70% (30-32).

Le pronostic reste mauvais en l’absence de greffe de moelle, le décès survient fréquemment durant la première décennie par infections ou développement d’un HLH de la phase accélérée (34).

Environ 10% des patients survivent à la petite enfance, et développeront des troubles neurologiques graves à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

 

Conclusion

Le syndrome de Chediak-Higashi est une maladie rare, dont le diagnostic est suspecté chez un enfant présentant un albinisme oculo-cutané avec des infections récurrentes. La majorité des formes cliniques sont précoce “infantiles” mortelles en l’absence de traitement. Une minorité de patients présentent une forme “atténuée” de la maladie survivent après l’enfance mais développent une maladie neuro-dégénérative associée. Dans tous les cas un diagnostic précoce doit être posé par un examen simple, le frottis de sang périphérique qui montre la présence de granulations géantes intracytoplasmiques pathognomonique de cette affection. Le seul traitement actuel efficace des anomalies hématologiques et immunologiques reste la greffe de moelle osseuse allogénique, mais sans impact sur les manifestations cutanées ou la détérioration neurologique ultérieure. Elle est d’autant plus efficace qu’elle est réalisée avant la survenue d’un syndrome HLH. En cas de d’apparition de la phase accélérée (HLH), un traitement selon le protocole HLH 2004 est instauré afin d’obtenir une rémission avant la greffe de moelle osseuse.

Le pronostic de la forme infantile est mauvais, le décès survenant fréquemment dans la première décennie de la vie par infections ou développement de HLH. La recherche de facteurs prédictifs de développement de HLH pourrait aider à poser l’indication d’une greffe de moelle osseuse précoce.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

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Analyse de la prescription des antibiotiques Dans le service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen

Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, relativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés

 

M.C. Smahi 1*, S.A. Benmansour 1*, F.Z. Lahouel 2, W.K. Sekkak 2.

1 Service de Néonatologie, EHS Mère-Enfant ; et Faculté de Médecine, Tlemcen.

2 Département de pharmacie, Faculté de Médecine, Université Abou Bakr Belkaid, Tlemcen.

* Laboratoire de biologie moléculaire appliquée et d’immunologie, Université Abou Bakr Belkaid, Tlemcen.

 

Date de soumission : 25 Mars 2019.

 

Résumé : Introduction. Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, relativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés. Pour ces derniers, l’utilisation irrationnelle, en plus du risque d’erreurs de prescription, peut négativement impacter la flore individuelle du nouveau-né receveur (par exemple apparition d’entérobactéries résistantes aux céphalosporines) et/ou la flore des autres nouveau-nés du service. Objectifs. Évaluer la consommation et analyser les prescriptions des antibiotiques dans le service de néonatalogie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Patients et méthodes. Il s’agissait d’une étude de cohorte descriptive réalisée au niveau du service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Elle a consisté en un suivi régulier quotidien de la prescription des antibiotiques jusqu’à la sortie du nouveau-né, et a eu lieu entre le 01 Novembre 2013 et le 30 Avril 2014 (6 mois). Étaient inclus, tous les nouveau-nés âgés de 0 à 28 jours admis pendant la période d’étude, quel que soit le motif d’hospitalisation, et ayant reçu un traitement antibiotique. Chaque prescription a été étudiée à part, pour mieux apprécier l’adéquation des posologies avec les règles de prescription des antibiotiques en période néonatale. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire approprié, et analysées à l’aide du logiciel SPSS 17. Résultats. Durant la période d’étude 238 malades sur 701 nouveau-nés hospitalisés (pour au moins un jour) ont bénéficié d’une prescription d’antibiotique, ce qui correspond à environ 1 à 1,5 entrées par jour où le nouveau-né avait reçu une antibiothérapie ; le nombre des prescriptions d’antibiotique était de 636, correspondant à 3,5 prescriptions/jour. Le taux le plus élevé de prescription a été enregistré chez les nouveau-nés de moins de 7 jours (76,05% des cas). L’infection materno-fœtale a été le motif de prescription le plus fréquent (66,8% des cas). La gentamycine avec 34,6% était l’antibiotique le plus prescrit. Mais formulé en termes de dose définie journalière totale, le volume de consommation le plus important était celui de l’ampicilline (336,3), suivi du Cefotaxime (133,5). Les doses et les durées d’antibiothérapies étaient dans la majorité des cas conformes avec celles préconisées dans la littérature. Le coût direct total des antibiotiques utilisés pendant cette période était de 85.058,93 dinars (≈803 Euros). Conclusion. La rédaction des protocoles thérapeutiques et d’arbres décisionnels ainsi que la création d’un comité pour l’antibiothérapie à usage hospitalier devraient permettre de mieux rationaliser les prescriptions des antibiotiques.

Mots clés. Antibiotiques, infection, nouveau-né.

Abstract: Background and aims. The aim of our study was to assess the consumption and to analyse antibiotics prescription in the neonatal department of the Mother and Child Hospital at Tlemcen. Methodology. Descriptive cohort study conducted between November 1st, 2013 and April 30th, 2014 (6 months) at the neonatal department of the Mother and Child Hospital in Tlemcen. It consisted of a daily regular monitoring of antibiotic prescription until the exit of the new-born. Each prescription was studied separately in order to better assess the adequacy of dosing. Data were collected using an appropriate questionnaire, and were analysed using SPSS 17 software. Results. 238 of 701 patients hospitalized neonates (for at least 1 day) received an antibiotic prescription, which corresponds to about 1 to 1.5 admissions per day on which the new-born had received antibiotics; the number of antibiotic prescriptions was 636, corresponding to 3.5 prescriptions/day. The highest prescription rate was recorded among infants less than 7 days (76% of cases). Early onset sepsis was the most common cause of prescription (66.8% of cases). Gentamicin was the most prescribed antibiotic. But formulated in terms of total daily defined dose ampicillin (336.3) had the largest volume of consumption, followed by cefotaxime (133.5). The doses and duration of antibiotic therapy were pretty much in line with the recommendations. The total direct cost of antibiotics used during this period was 85 058.93 dinars (≈803 Euros). Conclusion. Writing therapeutic protocols and decision trees as well as creating a hospital committee for antibiotic use should help to better rationalize prescriptions.

Keywords. Antibiotics, infection, new-born.

Introduction

Les besoins en médicaments de la population néonatale sont importants et, pour certaines classes médicamenteuses comme les antibiotiques, significativement plus élevés que ceux des enfants plus âgés [1]. Parmi les raisons expliquant la prescription élevée d’antibiotiques on peut citer : 1. Les difficultés diagnostiques que pose l’infection materno-foetale (IMF), puisque durant les premiers jours de vie, les symptômes de l’infection sont peu spécifiques [2]. Aussi, les recommandations pour le diagnostic et la prise en charge, notamment celles publiées en 2002 par l’ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé), tiennent compte de cette particularité en précisant que “tout nouveau-né qui va mal, sans raison apparente, est a priori suspect d’infection” [3] ; et 2. La susceptibilité des nouveau-nés et plus particulièrement les prématurés aux infections nosocomiales du fait qu’ils sont en partie immuno-incompétents [4].

Ainsi, dans la crainte du sepsis, les néonatologistes commencent très souvent à administrer des antibiotiques de manière prophylactique et empirique. Or, l’usage irrationnel des antibiotiques, en plus du risque d’erreurs de prescription, peut négativement impacter la flore individuelle du nouveau-né receveur (par exemple apparition d’entérobactéries résistantes aux céphalosporines) et/ou la flore des autres nouveau-nés hospitalisés.

L’utilisation appropriée des antibiotiques revêt donc une grande importance en pratique clinique [5]. Cela peut aider les soignants à être plus efficaces, rationnels et rentables. En Algérie, nous ne disposons que de très peu d’informations sur l’utilisation des antimicrobiens en période néonatale. L’objectif de notre étude était d’évaluer la consommation et d’analyser les prescriptions des antibiotiques dans le service de néonatalogie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen.

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude de cohorte descriptive réalisée au niveau du service de néonatologie de l’EHS Mère et Enfant de Tlemcen. Elle a consisté en un suivi régulier quotidien de la prescription des antibiotiques jusqu’à la sortie du nouveau-né, et a eu lieu entre le 01 Novembre 2013 et le 30 Avril 2014 (6 mois). Étaient inclus, tous les nouveau-nés âgés de 0 à 28 jours admis pendant la période d’étude, quel que soit le motif d’hospitalisation, et ayant reçu un traitement antibiotique.

Chaque prescription a été étudiée à part, pour mieux apprécier l’adéquation des posologies avec les règles de prescription des en période néonatale en s’appuyant sur les deux sources de référence internationales couramment utilisées et bien établies que sont le Néofax [6] et le Nelson’s Pocket Book of Paediatric Antimicrobial Therapy (Nelson’s) dans sa 22ème édition [7].

Pendant cette période d’étude le protocole du service concernant le diagnostic et la prise en charge des infections bactériennes materno-foetales était en grande partie adapté des recommandations de l’HAS de 2002 [3]. La Dose Définie Journalière (DDJ) a été utilisée comme indicateur de la consommation ATB. Elle est définie par l’OMS comme la dose moyenne journalière d’un médicament dans son indication principale pour un adulte de 70 kg[1] [8]. Les données ont été collectées à l’aide d’un questionnaire standardisé, et analysées à l’aide du logiciel SPSS 17.

Résultats

Durant la période d’étude 238 (33,9%) malades sur 701 nouveau-nés hospitalisés (pour au moins un jour) ont bénéficié d’une prescription d’antibiotique, ce qui correspond à environ 1 à 1,5 entrées par jour où le nouveau-né avait reçu une antibiothérapie ; le nombre des prescriptions d’antibiotique était de 636, correspondant à 3,5 prescriptions/jour. Les principales caractéristiques de la population d’étude sont présentées au tableau I. L’âge moyen des patients à l’admission était de 4,66 ± 7,6 ; 76% avaient un âge ≤ 7 jours, et 26,1% sont nés par voie haute. L’âge gestationnel moyen était de 37,1 ± 4,2 semaines avec une médiane de 39 semaines (38,24% étaient prématurés), et un sex-ratio de 1,98. La majorité des nouveau-nés (65,5%) étaient des « in-born ».

 

La répartition des cas selon le type (IMF ou nosocomiale) et le site de l’infection néonatale sont présentées au tableau II. L’IMF a constitué le motif principal de prescription des antibiotiques (septicémie dans 44,5% des cas, suivie des infections pulmonaires précoces dans 15,1% ; et des infections pulmonaires tardives primitives dans 12,2%). L’infection urinaire d’origine materno-fœtale et tardive, l’omphalite et l’infection pulmonaire d’origine nosocomiale, ont représenté des infections minoritaires avec un taux de 0,4% chacune. Dans 3,8% des cas, l’antibiotique a été prescrit à titre « prophylactique », essentiellement en préopératoire pour des urgences chirurgicales.

Les différents antibiotiques prescrits sont présentés au tableau III. La gentamycine était l’antibiotique le plus prescrit (34,6%), devançant l’ampicilline (29,2%) et le Céfotaxime (28,5%). Mais formulé en termes de dose définie journalière totale (tableau IV), le volume de consommation le plus important était celui de l’ampicilline (336,3), suivi du Céfotaxime (133,5).

Les antibiotiques ont été prescrits en association dans 93,70% des cas (double dans 31,93%, triple dans 57,56% et quadruple dans 3,78%). La Josamycine (53,3%), l’Oxacilline (20%) et l’Imipenème (13,3%) étaient les antibiotiques les plus prescrits en monothérapie. La voie veineuse directe était la voie la plus utilisée (70,13%), suivie par la voie veineuse lente (23,3%), la voie intramusculaire (4,25%), et la voie orale (2,35%).

Les doses et les durées d’antibiothérapies étaient, dans la majorité des cas, conformes avec celles préconisées dans la littérature. L’adéquation des posologies avec les règles de prescription en période néonatale au cours des IMF précoces est présentée dans le tableau V.

Le coût direct total des antibiotiques utilisés pendant cette période était de 85.058,93 dinars (tableau VI). L’imipenème, même s’il n’a été prescrit que dans 1,1% des cas, a représenté 40,6% du coût direct total.

Discussion

La consommation mondiale d’antibiotiques a augmenté de 65% entre 2000 et 2015, particulièrement dans les pays à revenu intermédiaire ou faible. L’Algérie a été citée parmi le top 5 des pays dans le monde, à coté de la Tunisie, la Turquie, et la Romanie où le taux de consommation d’antibiotiques a été le plus élevé en 2015, mais on ne dispose d’aucune étude publiée concernant la consommation d’antibiotiques dans les services de néonatologie [9]. De ce fait, l’objectif principal de notre étude était d’évaluer la consommation des antibiotiques dans notre service de néonatalogie.

Au cours de cette période 33,9% des nouveau-nés hospitalisés ont reçu pendant au moins un jour un antibiotique. Ce chiffre est dans la fourchette de ceux publiés par d’autres équipes. Dans une enquête exhaustive menée en 2013 dans 73 hôpitaux, Versporten et al., ont rapporté que selon le niveau de l’USIN, jusqu’à 20 à 40% des nouveau-nés admis reçoivent un traitement antibiotique chaque jour, 30 à 90% d’entre eux ayant été exposés à au moins un antibiotique au cours de leur admission [10].

L’IMF documentée ou suspectée a constitué le motif principal de prescription des antibiotiques chez nos patients. Ceci est expliqué par la hantise du « Early onset sepsis », qui a impacté la plupart des recommandations et notamment celles de l’ANAES de 2002 [3]. Dans notre contexte le principe de précaution est poussé à l’extrême en raison de l’absence de politique de dépistage du Streptocoque B chez la femme enceinte en Algérie. Cette forte prescription d’antibiotiques n’est pas sans conséquences sur l’implantation de la flore néonatale dans une période critique du développement immunitaire. En effet, lorsque des antibiotiques sont administrés au cours de la période périnatale, le processus de colonisation initial est interrompu, ce qui conduit à un état de dysbiose [11]. Des études épidémiologiques ont montré une association directe entre l’utilisation d’antibiotiques au cours de la première année de vie et l’expression de l’asthme au cours de l’adolescence [12]. Des observations similaires ont été notées pour l’utilisation précoce d’antibiotiques, les maladies inflammatoires de l’intestin, le diabète de type 1 et l’obésité [13,14]. Les effets potentiellement délétères de l’antibiothérapie pendant la période périnatale à court et à long termes, imposent donc de modifier nos habitudes diagnostiques et thérapeutiques. Ainsi, dans l’objectif de minimiser l’exposition aux antibiotiques des nouveaux nés à faible risque d’infection néonatale précoce ; l’académie américaine de pédiatrie en 2012 [15], le National Institute for Health and Clinical Excellence au Royaume Uni en 2013 [16] et l’HAS en France en 2017 [17, ont successivement revu et actualisé leurs recommandations.

Par ailleurs, la gentamycine était l’antibiotique le plus prescrit dans notre service pendant cette période, ce qu’a également rapporté Versporten et al., dans leur grande enquête [10]. La bithérapie étant de règle en période néonatale, un aminoside (essentiellement la gentamycine) est systématiquement associé à une bêta-lactamine (ampicilline, pénicilline G ou céfotaxime selon le protocole utilisé). Dans notre série, une association triple a été utilisée dans 57,56%, ce qui constitue probablement une surenchère difficilement argumentable, même si les difficultés de réalisation des examens bactériologiques pourraient expliquer cette tendance. En fait, l’association triple était majoritairement prescrite au cours des gardes et l’antibiothérapie était le plus souvent réajustée le jour suivant.

Enfin, les doses et les durées d’antibiothérapies étaient dans la majorité des cas conformes avec celles préconisées dans la littérature, contrairement à Metsvaht et al., qui ont rapporté des variations extrêmement larges et non aléatoires dans la posologie des antibiotiques les plus fréquemment utilisés dans les unités de soins intensifs néonatales [18]. La méthodologie de l’auto-évaluation que nous avons adoptée dans notre étude constitue une limitation et pourrait expliquer ce résultat contradictoire.

Conclusion

Le traitement rapide de l’infection néonatale avec des antibiotiques appropriés peut sauver la vie, cependant, la disponibilité d’antibiotiques efficaces peut devenir limitée par le développement des résistances.

La rédaction des protocoles thérapeutiques et d’arbres décisionnels adaptés à notre contexte ainsi que la création d’un comité pour l’antibiothérapie à usage hospitalier devraient permettre de mieux rationaliser les prescriptions des antibiotiques.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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Tableaux

 Tableau I. Principales caractéristiques de la population d‘étude (n=238).

Variables

%

Moyenne ± Ecart-type

Médiane

Extrêmes

 

Age post-conceptionnel (Jours)

 

2,1 ± 5,2

0

0 ; 27

 

 0 – 7 jours

76,05

 

 8 – 14 jours

10,92

 

 15 – 28 jours

13,03

 

Sexe (garçons)

66,4

 

Accouchement par césarienne

26,1

 

Inborn / Outborn

65,5 / 34,5

 

Age gestationnel (Semaines)

37,1 ± 4,2

39

27 ; 42

 

 < 28

3,26

 

 28 – 31 + 6 j

14,61

 

 33 – 36 + 6 j

26,37

 

 38 – 40 + 6 j

43,34

 

 > 41

2,84

 

 Indéterminé

9,58

Poids (grammes)

2825 ± 887,6

2860

700 ; 5100

 

 < 1000

4,42

 

 1000 – 1499

12,30

 

 1500 – 2500

34,03

 

 > 2500

49,25

 

Durée d’hospitalisation (Jours)

11,5 ± 9,4

9

1 ; 52

 

 

 

Tableau II. Répartition des cas selon le type (IMF ou nosocomiale) et le site de l’infection néonatale.

 

Antibiothérapie non justifiée

n (%)

Septicémie

n (%)

Méningite

n (%)

Infection pulmonaire

n (%)

Omphalite

n (%)

Infection urinaire

n (%)

Total

n (%)

Antibiothérapie

« prophylactique »

9 (3,8)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

0 (0,0)

9 (3,8)

IMF précoce

0 (0,0)

106 (44,5)

16 (6,7)

36 (15,1)

0 (0,0)

1 (0,4)

159 (66,8)

IMF tardive

0 (0,0)

27(11,3)

2(0,8)

25 (10,4)

7 (2,9)

1 (0,4)

66 (27,7)

Infection nosocomiale

0 (0,0)

2(0,8)

0(0,0)

1(0,4)

1(0,4)

0 (0,0)

8 (3,4)

Total

9 (3,8)

135(56,7)

18 (7,6)

66(27,7)

8 (3,4)

2 (0,8)

238 (100)

IMF, Infection materno-fœtale

 Tableau III. Répartition des prescriptions selon les familles d’antibiotiques.

Famille d’ATB

Antibiotique prescrit*

Effectif

Pourcentage%

Pénicillines

Ampicilline

Oxacilline

Amoxicilline

186

10

7

29,25

1.8

1, 1

 

C3G

Céfotaxime

181

28,46

 

Aminosides

Gentamycine

220

34,6

 

Macrolides

Josamycine

14

2,2

 

Carbapénèmes

Imipénème

7

1,1

 

Glycopeptides

Vancomycine

1

0,15

 

Imidazoles

Métronidazole

5

0,78

 

Quinolones

Ciprofloxacine

5

0,78

 

Total

636

100

 

 

Tableau IV. Antibiotiques prescrits et leurs Dose Définie Journalière par 181 jours d’étude.

.

Antibiotique prescrit

Dose par unité en gramme

Nombre total d’unités

Nombre de DDJ* par unité en gramme

Nombre de DDJ total

Ampicilline

1

672,6

0,5

336,3

Céfotaxime

1

534,2

0,25

133,5

Gentamycine

0,04

9,9

0,16

39,6

Josamycine

1,5

14,5

0,75

7,25

Imipenème

0,5

22

0,25

11

Oxacilline

1

17

0,5

8,5

Amoxicilline

1

21,6

1

21,6

Métronidazole

0,5

3,2

0,33

2,11

Vancomycine

0,5

0,5

0,25

0,25

*DDJ : dose définie journalière.

  Tableau V. Conformité de la prescription des antibiotiques au cours des IMF précoces

Type d’infection

Antibiotique

Effectif

(%)

Dose moyenne / Référence*

(mg/kg/dose)

Intervalle moyen /Référence*

(heures)

Durée moyenne / Référence*

(jours)

Septicémie

n=106

Ampicilline

Gentamycine

Céfotaxime

Métronidazole

95

102

95

3

89,6

96,23

89,62

2,83

35,5 / 25-50

4,2 / 4-6

38,6/ 25-50

7,4 / 7,5

11,1 / 12

23,76 / 24

11,1/ 12

11,1/ 12

10,8 / 10

2,5 / 2

10,4 / 10

9 / 10

Méningite

n=16

Ampicilline

Céfotaxime

Gentamycine

Ciprofloxacine

6

14

16

1

37,5

87,5

100

16,94

95,8 / 100

51 / 50

4,19 / 4-6

11,1 / 10

11,33 / 12

11,6 / 12

22,87/ 24

12 / 12

19,7 / 15-21

17,43 / 15-21

6 / 5-10

5/ 4-5

Infection pulmonaire

n=36

Ampicilline

Céfotaxime

Josamycine

31

27

3

86,11

75

8,34

34,5 / 25-50

30,7/ 25-50

16,8 / 15

11,5 / 12

12,2/ 12

12,6 / 12

8,6 / 7-10

8,9 / 7-10

14 / 14

Infection urinaire n=1

Céfotaxime

Gentamycine

1

1

100

100

50 / 50

5 / 4-6

12,7 / 12

24 / 24

11/ 7-10

4 / 2-4

*Néofax [6], et Nelson’s Pocket Book of Paediatric Antimicrobial Therapy dans sa 22ème édition [7]

 Tableau VI. Antibiotiques prescrits, coût journalier moyen et coût total.

Antibiotique prescrit

Coût journalier moyen (DA/jour)

Coût total

(DA)

Ampicilline

8,16

 

16.276,33

Céfotaxime

12,22

 

22.877,85

Gentamycine

8,28

 

6.043,019

Josamycine

24,95

 

3.274,422

Imipenème

217,43

 

34.590,95

Oxacilline

15,50

 

840,555

Amoxicilline

11,28

 

833,838

Métronidazole

3,32

 

148,516

Vancomycine

43,36

 

173,447

Total

 

85.058,927

 

[1] http://www.whocc.no/atc_ddd_index/

 

 

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Les syndromes drépanocytaires majeurs dans la région d’Annaba

Différentes études nationales ont été réalisées, au passé, certaines multicentriques, ayant permis de mettre en évidence les différents foyers d’hémoglobinopathies

 

 Djenouni, F. Grifi, Service d’Hématologie, CHU Annaba, Université Badji-Mokhtar.

 Date de soumission : 25 Février 2019.

Résumé : Pathologie au carrefour de plusieurs disciplines, la drépanocytose pose un problème de santé publique, pathologie émaillée de complications aiguës et dégénératives mettant à tout moment le pronostic vital et/ou fonctionnel en jeu. Diverses études nationales ont démontré que le Nord-Est Algérien, la zone frontalière avec la Tunisie constitue une zone endémique de la drépanocytose. Les objectifs de notre étude sont le recensement de toutes les hémoglobinopathies prises en charge au niveau du service d’hématologie du CHU de Annaba (à vocation adulte), et de déterminer les caractéristiques épidémiologiques et les complications chroniques des syndromes drépanocytaires majeurs.

Mots clés : Drépanocytose, vaso-occlusion, falciformation, hémoglobine Sickle, polymérisation, complications.

Abstract: Pathology at the crossroads of several disciplines, sickle cell disease poses a public health problem, pathology enamelled acute and degenerative complications at any time the vital and/or functional prognosis at stake. Various national studies have shown that the Northeast of Algeria, the border area with Tunisia is an endemic area of sickle cell disease. The objectives of our study are the identification of all the haemoglobinopathies supported by the haematology department of Annaba CHU (adult vocation); and to determine the epidemiological characteristics and the chronic complications of the major sickle cell syndromes.

Keywords: Sickle cell disease, vaso-occlusion, sickling, sickle haemoglobin, polymerization, complications.


Introduction

Différentes études nationales ont été réalisées, au passé, certaines multicentriques, ayant permis de mettre en évidence les différents foyers d’hémoglobinopathies. Le Nord-Est du pays, essentiellement la zone frontalière avec la Tunisie constitue une zone endémique de drépanocytose, posant ainsi de nombreux problèmes de santé publique.

Objectifs

Les objectifs de notre étude sont :

  • Le recensement de toutes les hémoglobinopathies prises en charge au niveau du service d’hématologie CHU Annaba (à vocation adulte).
  • La détermination des caractéristiques épidémiologiques et des complications chroniques des syndromes drépanocytaires majeurs.

Patients et méthode

  1. Population d’étude : La population étudiée est constituée de patients atteints de syndrome drépanocytaire majeur, dont l’âge est supérieur à 15 ans et toujours en vie.
  2. Type d’étude : Il s’agit d’une étude transversale, analytique. La collecte des données a porté sur des informations rétrospectives complétées par un suivi prospectif.
  3. Durée de l’étude : l’étude s’étale sur une période allant de décembre 1988 à décembre 2015.
  4. Lieu de l’étude : Le service d’hématologie du CHU Annaba, service prenant en charge les patients du chef-lieu de la wilaya et des wilayas limitrophes.
  5. Mode de suivi : Le suivi est régulier tous les 04 mois en dehors des complications aiguës, qui seront prises en charge en hospitalisation dans le cadre de l’urgence.
  • Les différentes complications dégénératives sont recherchées par un bilan annuel de dépistage.
  • Le suivi est fait dans le cadre d’une équipe multidisciplinaire avec un réseau de référents : cardiologues, ophtalmologues, rhumatologues, urologues, gynéco-obstétriciens, néphrologues et psychologues.

Résultats

Au terme de cette étude un total de 1.502 cas d’hémoglobinopathies est suivi et toujours en vie, dont 86% sont des syndromes drépanocytaires majeurs et 62% des formes sont homozygotes.

Graphe n°1 : Répartition des patients en fonction du type d’hémoglobinopathie

dré1

 Graphe n°2 : Répartition des patients en fonction du type du syndrome drépanocytaire

  1. Les données épidémiologiques :
  • L’âge moyen actuel de notre cohorte est de 30,33 ans avec des extrêmes [15-69 ans] ; le sex-ratio est de 0,84.
  • L’origine géographique est définie par leurs lieux de naissance, ils sont principalement originaires d’Annaba (65,1%) et d’El Tarf (21,0%).
  • Lieu de résidence : La grande majorité, soit 97,8% de nos sujets résident au niveau des wilayas côtières du Nord-Est du pays soit : Annaba (62,5%), El-Tarf (24,8%) et Skikda (10,5%).

Dré2

Graphe n°3 : Répartition des patients en fonction de l’origine géographique

dré 4

Graphe n°4 : Répartition des patients en fonction du lieu de résidence

  • La notion de consanguinité est retrouvée chez 35% des patients, elle est du 2ème degré dans 63% des cas.
  • Des cas similaires de drépanocytose dans la fratrie sont retrouvés chez 60% des sujets, avec des extrêmes de 01 et 05 cas.
  • Le niveau scolaire de notre cohorte reste bas, vu que seuls 13,57% ont atteints le niveau secondaire.
  • Sur le plan socio-professionnel ; 78,63% des patients sont sans profession et 72,36% en âge de se marier sont célibataires.

dré5

Graphe n°5 : Répartition des patients en fonction du niveau scolaire

  1. Complications dégénératives

Durant le suivi régulier, de multiples complications dégénératives diversement associées sont colligées :

  1. Les lithiases vésiculaires

La fréquence des lithiases vésiculaires était de 60,85%, chez les formes homozygotes ; 59,24% étaient symptomatiques (coliques hépatiques) ; et 47,13% des patients ont été cholécystectomisés. Il s’agissait dans 69% des cas de multi-microlithiases. (Voir Tableau n° 01)

Type d’hémoglobinopathie

SS

SB

SC

Pourcentage

60,85%

35%

13,6%

Tableau n°01 : prévalence de la lithiase vésiculaire

  1. Les ostéonécroses épiphysaires

Cette complication est retrouvée chez 30% des patients homozygotes. La fréquence de l’ostéonécrose de la tête fémorale (ONTF) est de 27,98% ; découverte à un stade avancé chez 88% des patients, elle est symptomatique chez 74%, et à l’origine d’un handicap chez 28% d’entre eux. La fréquence de l’ostéonécrose de la tête humérale (ONTH) est de 06,77% chez les homozygotes, découverte à un stade avancé, chez 43,75% des patients, elle est symptomatique chez 56,27% et à l’origine d’un handicap chez 6,25% des cas. Par ailleurs, l’atteinte est bilatérale chez 43,75% des sujets. Voir Tableau n° 02 – Voir Figure 01

 

Tableau n°02 : prévalence des ostéonécroses épiphysaires

Type d’hémoglobinopathie

SS

SB

SC

Pourcentage

30%

15%

10%

dré7

Figure 01 : ONTF bilatérale – Droite : Stade V / Gauche : Stade IV = Patiente âgée de 34 ans « de notre série ».

 L’atteinte rénale :

L’atteinte rénale est dominée par la survenue d’une protéinurie dont la fréquence chez les homozygotes est de 49,10% et 11,5% ont évolué vers une insuffisance rénale chronique. (Voir Tableau n° 03)

 

Tableau n°03 : prévalence de l’atteinte rénale

Type d’hémoglobinopathies

SS

SB

SC

Pourcentage

49,10%

24,75%

20,45%

 

  1. Les complications cardiaques :

Elles sont survenues chez 53,28% de nos sujets et dominées par les valvulopathies (51,1%). (Voir Tableau n° 04)

Tableau n°04 : Prévalence de l’atteinte cardiaque

Type d’hémoglobinopathie

SS

SB

SC

Pourcentage

19%

18,28%

16%

 

  1. Les complications oculaires

L’atteinte oculaire est fréquente chez les doubles hétérozygoties SC (20,45%), et les anomalies prolifératives sont les plus fréquentes (36,45%). (Voir Tableau n° 5)

Tableau n°05 : Prévalence de l’atteinte oculaire

Type d’hémoglobinopathie

SS

SB

SC

Pourcentage

11%

8%

20,45%

  1. Les ulcères de jambes

La fréquence de l’ulcère de jambes dans notre série est de 06,40% dans les formes homozygotes, le caractère récidivant est retrouvé chez 40% de l’ensemble des patients atteints. (Voir Tableau n° 06- Voir Figure 02)

Tableau n°06 : Prévalence de l’ulcère de jambe

Type d’hémoglobinopathie

SS

SB

SC

Pourcentage

6,40%

1,59%

0

 

dré8Figure 02 : Ulcère pré malléolaire droit. Patient âgé de 32 ans « de notre série ».

La prise en charge thérapeutique

  • L’éducation thérapeutique :

Information les parents et les patients sur les différents aspects de l’affection, les traitements disponibles, la nécessité d’une bonne hygiène de vie, l’éviction des facteurs déclenchants les complications aiguës, les signes cliniques alarmants et les conduites à tenir.

  • Le traitement de fond : supplémentation systématique en folates et l’antibioprophylaxie.
  • La vaccination : Les patients bénéficient tous d’une vaccination selon le calendrier vaccinal, auquel on rajoute l’anti hépatite B chez les adultes et l’antigrippal. L’anti pneumocoque n’est pas généralisé, vu sa non disponibilité régulière.
  • Le traitement des complications aigues : repose sur de multiples armes, diversement associées :
  • Les antalgiques majeurs/ mineurs
  • Une antibiothérapie
  • Un support transfusionnel : culots globulaires phénotypés (tous les patients), filtrés pour certains.
  • Les échanges transfusionnels manuels (absence erythrocytaphérèse)
  • L’hydroxyurée : son utilisation chez nos patients est large et a nettement amélioré leur qualité de vie, en réduisant de façon significative la fréquence des complications aigues.

 

Discussion

Les résultats colligés au terme de notre étude sont comparés avec ceux des différentes études. L’âge moyen actuel de nos patients est supérieur à celui retrouvé dans les études réalisées en Côte d’Ivoire [1] et à Dakar [2], qui trouvent respectivement des âges moyens de 21 ans et 20 ans. L’espérance de vie des drépanocytaires s’est beaucoup améliorée partout dans le monde. Aux États Unis d’Amérique, 50% des patients atteignent l’âge de 50 ans [3].

La consanguinité est retrouvée chez 35% de nos sujets, ce qui contribue à la transmission du gêne S ; ceci rejoint les résultats des études de Belhani [4] en 1981 et de Bouzid [5] en 1983, qui ont trouvé respectivement des taux de 52% et 46%.

Dans notre série, 60% des patients ont des cas similaires dans la fratrie, avec des extrêmes de 01 et 05 cas, ceci reflète le défaut d’information des parents. Ces résultats démontrent que des efforts doivent être réalisés, par la mise en place d’un programme de lutte, se basant sur le conseil génétique.

Les origines géographiques des patients sont définies par le lieu de naissance. Ils sont principalement originaires d’Annaba (65,08%) et d’El Tarf (20,95%).

Dans notre cohorte 97,78% des sujets résident au niveau des wilayas côtières du Nord-Est du pays : Annaba (62,54%), El-Tarf (24,76%) et Skikda (10,48%). Ces patients parcourent en moyenne 100 Km afin d’arriver au niveau de notre centre de soins.

Chez nos patients, la scolarisation et l’insertion socio-professionnelle ne paraissent pas satisfaisantes. 72,13% des patients avaient arrêté leur scolarité précocement, avant le secondaire, et seuls 13,57% avaient atteint le niveau universitaire ; ces résultats sont très loin de ceux de l’étude française de Bordeaux [9], qui trouve que 55,7% de ses patients avaient un niveau scolaire bac/études universitaires et 34,9% un niveau collège/lycée.

Nos résultats reflètent l’impact de la maladie sur la progression scolaire du patient d’une part et l’absence de prise en charge spécifique de ces patients au niveau scolaire.

Au terme du bilan annuel, on a colligé de multiples complications diversement associées.

La lithiase biliaire, est la principale complication abdominale de la drépanocytose ; secondaire à l’hémolyse chronique, sa fréquence dans notre étude, est de 60,85% chez les homozygotes ; 59,24% sont symptomatiques (coliques hépatiques) et 47,13% sont cholécystectomisés. Nos résultats rejoignent ceux de la littérature, où sa prévalence varie selon les séries de 30 à 70% [10,11].

La protéinurie est retrouvée dans notre cohorte avec une fréquence de 49,10% chez les homozygotes, sa prévalence est variable selon les études, certaines l’ont trouvé à 50% [12], d’autres de 15 –30% [13, 14], Guasch retrouve une prévalence de 70% [15].

La fréquence de l’insuffisance rénale est de 11,50% au sein de notre série, alors qu’elle varie dans la littérature entre 5 et 18% en Arabie Saoudite, en Amérique et au brésil [16-18].

Les complications ophtalmologiques, sont retrouvés chez nos patients avec une prévalence de 20,45%, les rétinopathies prolifératives sont les plus fréquentes (36,45%), cette fréquence est supérieure à celle retrouvée dans la littérature : Au Pas-de-Calais en France, Tran Th. [19] retrouve une prévalence des atteintes rétiniennes chez les patients homozygotes S/S de 17% et elles étaient au stade de rétinopathie proliférante. Les études faites dans la péninsule arabe ne retrouvent pas d’atteintes ophtalmologiques prolifératives ou non, ceci peut être expliqué pas le fait de l’existence dans cette région de formes bénignes de drépanocytose en rapport avec un taux d’hémoglobine F élevé [20].

Notre étude retrouve une prévalence d’ostéonécroses épiphysaires de 30% chez les homozygotes, dans la littérature elle varie en fonction des études, Adekile A.D. et Marouf R. retrouvent une prévalence de 48,6% [21,22] ; elle est de 41% dans l’étude de Ware et al. En Jamaïque, Lee et al. retrouvent une prévalence de 82% [24], et dans l’étude de Lionnet elle est de 26% [25].

La fréquence de l’ulcère de jambe dans notre étude est de 6,40% chez les homozygotes. Dans la littérature, elle varie en fonction des pays et des études, en France [26] on retrouve une prévalence de 5,5%, aux USA [27] elle est de 2,5% ; entre 1,5 et 13,5% en Afrique [28,29] et > 40% en Jamaïque [30]. L’origine géographique et le niveau socioéconomique influencent la prévalence de survenue d’ulcère de jambes.

Conclusion : Vu la forte prévalence de la drépanocytose dans le Nord-Est du pays, la gravité de cette pathologie par ses complications aigues et dégénératives, pouvant mettre en jeu le pronostic vital et/ou fonctionnel ; des efforts doivent être fournis afin de réduire sa prévalence dans notre région et de prendre en charge précocement et correctement ces patients ; en mettant en place des programmes nationaux d’information, de prévention et de prise en charge.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

  1.  Aissata Tolo-Diebkilé et al. Drépanocytose homozygote chez l’adulte ivoirien de plus de 21 ans. Cahiers santé. 2010; Volume 20, n°2, avril, mai, juin.
  2. Diop S. et al. La drépanocytose homozygote après l’âge de 20 ans. La revue de médecine interne. 2003; 24: 711-5.
  3. Koduri PR. Acute splenic sequestration crisis in adults with sickle cell anaemia. J. Hematol. 2007; 82: 174-5.
  4. Belhani M, Bouzid K, Henni T, Colona P. La drépanocytose homozygote en Algérie. Méd Afr Noire. 1981;28 5,337-8.
  5. Bouzid K. Syndromes drépanocytaires : Aspects épidémiologiques, génétiques, cliniques, biologiques et hématologiques. Thèse de diplôme de Doctorat d’état en sciences médicales Alger, 1987.
  6. Malou M., Grifi F. Profil des Anémies hémolytiques congénitales dans le Nord-Est 1994; IV N°4 Juillet-Aout.
  7. MT. Les Syndromes drépanocytaires en Algérie : Épidémiologie nationale 1996- 2005. Rev. Alg. d’Hématologie. 2009; 1: 29-31.
  8. GRIFI F. Étude phénotypique et génotypique de la drépanocytose dans la région d’Annaba. Thèse de diplôme de Doctorat d’état en sciences médicales Annaba, 2006.
  9. BOURDEAU D., Caractéristiques sociologiques des drépanocytaires adultes vivant en France : étude multicentrique sur 369 patients, in : Rev. Hématologie, vol. 19,supl 2, mars 2013, Paris, pp. 36.
  10. Vichinsky E., Johnson J et al. Blood Alloimmunization in sickle cell anaemia and transfusion of racially unmatched. New Engl. J. Med. 1990; 322: 1617.
  11. F BD, Nenert .M et al. Vascular lesions of the liver in sickle cell disease: a clinicopathological study in 26 living patients. Archives of Pathology and Laboratory Medicine. 1995; vol. 119 no. 1:46-52.
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  16. Aleem A. Proteinuria in adult Saudi patients with sickle cell disease is not associated with identifiable risk factors. Saudi J Kidney Dis Transpl.2010.21:903–908
  17. Powars DR, Hiti A, Ramicone E, Johnson C. Outcome of sickle cell anaemia: a 4-decade observational study of 1056 patients. Medicine (Baltimore). 2005; vol.84: 363-76.
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Les caractéristiques de la ß-thalassémie majeure au service hématologie CHU de Annaba.

La qualité et l’espérance de vie des patients thalassémiques se sont nettement améliorées ces dernières années 

 

Djenouni, F. Grifi, Université Badji-Mokhtar Faculté de Annaba, Algérie.

 

Date de soumission : 22 Février 2019.

 Résumé : La β thalassémie majeure est une affection génétique hétérogène, caractérisée par des anomalies du gène β de l’hémoglobine, actuellement plus de 130 mutations ont été identifiées. Son traitement conventionnel fait appel à deux modalités thérapeutiques principales : 1. le programme transfusionnel : qui induit à long terme une surcharge en fer, affectant différents organes et constituant la première cause de mortalité et de morbidité ; 2. La chélation du fer : dont la qualité reste l’élément majeur du pronostic vital de la maladie par la prévention des atteintes organiques hémochromatosiques. L’objectif de notre étude est de déterminer les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et évolutives des patients thalassémiques majeurs suivis au niveau du service d’hématologie CHU Annaba.

Mots clés : ß thalassémie, hémochromatose, transfusion.

Abstract: Β-Thalassemia major is a heterogeneous genetic disorder, characterized by abnormalities of the β gene of haemoglobin, currently more than 130 mutations have been identified. Its conventional treatment uses two main therapeutic modalities: 1. The transfusion program: which induces long-term iron overload, affecting various organs and constituting the leading cause of mortality and morbidity. 2. The iron chelation: the quality of which remains the major element of the vital prognosis of the disease via the prevention of the haemochromatosic organic lesions. The objective of our study is to determine the epidemiological, clinical and evolutionary characteristics of major thalassaemic patients followed in the haematology department at Annaba Hospital.

Keywords: ß thalassemia, hemochromatosis, transfusion.


 

Introduction : La qualité et l’espérance de vie des patients thalassémiques se sont nettement améliorées ces dernières années ; mais l’évolution reste émaillée de nombreuses complications en rapport, dans la grande majorité des cas, avec la surcharge en fer dont les moyens d’évaluation restent insuffisants dans notre pays.

 

Objectif : Déterminer les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et évolutives de nos patients thalassémiques majeurs.

 

Matériel et méthode : Étude rétrospective, descriptive, ayant inclus 68 patients atteints de β thalassémie majeure ; s’étalant de Décembre 2015 à Janvier 2017.

La surveillance des patients est régulière : clinique, biologique et radiologique, à la recherche des complications liées au traitement ou en rapport avec la maladie.

Résultats et discussion : Au terme de notre travail, certaines caractéristiques sont colligées.

  • L’âge moyen de notre cohorte est de 23 ans, avec des extrêmes de [15 – 37 ans], cet âge est supérieur à celui de l’étude tunisienne de 20071 (10,7ans) et marocaines2 de 2014 (11ans). Le sex-ratio est de 1,10.
  • Une consanguinité est notée chez les parents dans 43% des cas, ce taux rejoint celui des études nationales de 20093 (40%) et marocaines2 de 2014 (45%), mais nettement inférieur à celui de l’étude tunisienne1 réalisée en 2007 (75,3%).
  • Des cas similaires dans la fratrie sont retrouvés chez 40% de nos patients, ce taux est proche de celui de l’étude nationale de 20093 (39,4%) et il est supérieur à celui de l’étude tunisienne de 20071 (34,3%) ; ceci reflète l’absence à l’heure actuelle d’un programme national de prévention.
  • Sur le plan scolaire : 40% de nos sujets ont un niveau moyen, 25% ont atteint le secondaire et 16,39% ont fait des études universitaires (médecine, droit et informatique). Le niveau d’instruction de nos patients est inférieur à celui retrouvé dans les études internationales notamment à chypre4, où 83% des patients ont un niveau universitaire, ceci serait expliqué par la fréquence de l’absentéisme, des complications imprévisibles ainsi que les troubles psychologiques qui peuvent survenir chez ces patients.
  • Le traitement est toujours conventionnel se basant sur :
  • Un programme transfusionnel régulier chaque 3 à 4 semaines, avec des culots globulaires phénotypés ; filtrés seulement s’il y a une allo immunisation leuco-plaquettaire et lavés si réaction allergique. Le taux d’Hb pré-transfusionnel moyen est de 08,5g/dl +/- 1,21, avec des extrêmes de [7-10,5g/dl], les recommandations actuelles visent un taux d’hémoglobine pré transfusionnel > 9,5g/dl.

Le traitement chélateur du fer : Deux types de chélateurs sont actuellement disponibles en Algérie (deferoxamine/deferasirox) et sont utilisés avec la même fréquence en monothérapie ou en association. La deferoxamine est utilisée par voie sous-cutanée en bolus chez la grande majorité des patients, vu la non disponibilité des micro-pompes, ceci est à l’origine d’une non observance du traitement.

Tableau n°1 : Le type de chélation

Molécule

Type

Fréquence(%)

Dose

Monothérapie

Deferoxamine (DFO)

27

50mg/Kg/j

Deferasirox (DFX)

50

30-40mg/Kg/j

Association

DFO+DFX

23

50mg/Kg/j +30mg/Kg/j

Tableau n°1 : le type de chélation

  • La vaccination : Les patients bénéficient tous d’une vaccination selon le calendrier vaccinal auquel on rajoute l’anti hépatite B chez les adultes et l’antigrippal. L’anti pneumocoque n’est pas disponible de façon régulière.

À notre niveau, la surveillance de la surcharge en fer, se base essentiellement sur la ferritinémie, dont le taux moyen est de 3.558 ng/ml avec des extrêmes de [521-8.220 ng/ml], le seuil critique de 2.500 ng/ml est dépassé chez 64% des patients, ce qui expose à de nombreuses complications. Ce taux est supérieur à celui de l’étude tunisienne1 de 2007 (26,50%).

Depuis leur recrutement, de nombreuses complications, diversement associées ont été colligées chez nos patients :

  • Les complications endocriniennes :

 

Tableau n°2 : Les complications endocriniennes

Type

Fréquence (%)

Age moyen de découverte (ans)

Retard staturo-pondéral

36

18

Retard pubertaire

37

18

Diabète insulinodépendant

16

19

Hypothyroïdie

9

19

Hypoparathyroïdie

5

24

  • L’hypogonadisme est la plus fréquente et la plus précoce des complications endocriniennes de la surcharge en fer5. Dans notre étude, elle est retrouvée avec une fréquence de 37%, taux supérieur à celui de l’étude française6 de 2010 (15%) ; mais inférieur à ceux des études Iranienne7 de 2016 (42,3%) et tunisienne1 de 2007 (51%).
  • Le retard de croissance est retrouvé dans notre série avec une fréquence de 36%, ce taux est supérieur à celui de l’étude tunisienne1 de 2007 (26,7%).
  • L’hypothyroïdie et l’hypoparathyroïdie sont liées à l’hémochromatose et sont souvent associées à un hypogonadisme ; dans notre étude elles sont retrouvées avec des fréquences respectives de 09% et 05%, ces taux rejoignent ceux des différentes études retrouvées dans la littérature.
  • Le diabète insulinodépendant est retrouvé avec une fréquence de 16%, ce qui est supérieur à celle retrouvée dans la littérature.

Tableau n° 3 : Les complications endocriniennes dans la littérature

Etude

Hypothyroïdie Fréquence(%)

Hypoparathyroïdie Fréquence (%)

DID Fréquence(%)

France6 2010

10

——

08

Iran82016

9.8

——

9.5

Tunisie1 2014

6.87

——

4.7

Arabie Saoudite9

——-

10

—————–

Oman10

——-

10

—————–

Italie11

——-

3.6

—————–

  • Les complications cardiaques : 18 cas (26,50%)

Tableau n°5 : Les complications cardiaque

Type

Effectif (n)

Age moyen de découverte (ans)

Cardiomyopathie

10

19

Trouble du rythme

02

22

HTAP

02

22

Thromboses

04

25

L’hémosidérose cardiaque constitue la 1ère cause de mortalité12 chez les patients thalassémiques majeurs, elle est secondaire à un dépôt de fer au niveau des cardiomyocytes aboutissant à une dysfonction cardiaque et à une arythmie ; si cette surcharge se poursuit une fibrose s’installera.

Ces complications même sévères peuvent être réversibles par une intensification du traitement chélateur. L’IRMT2* constitue l’examen de référence pour détecter une surcharge cardiaque à un stade pré symptomatique, infra clinique.

Chez nos patients, cette atteinte a été retrouvée avec une fréquence de 26,50%, ce taux est supérieur à celui des séries françaises6 (10%) et tunisiennes1 (17,52%).

  • Les complications hépatiques : 32 cas (47%)

Tableau n°5 : Les complications hépatiques

Complications

Effectif (n)

Age de découverte (ans)

Cirrhose

04

25

Lithiase vésiculaire

11

22

Hépatite virale

08

19

 

La surcharge en fer est la 1ère cause d’atteinte hépatique13, s’exprimant sous forme de fibrose pouvant évoluer vers une cirrhose et/ou un carcinome hépatique, elle constitue la 2ème cause de mortalité chez les thalassémiques majeurs13. L’IRMT2* est à ce jour la méthode non invasive de choix pour évaluer la surcharge hépatique en fer. Dans notre série, cette atteinte est retrouvée dans 47% des cas, ce taux est supérieur à celui des études européennes14 (10%) et même celui de l’étude nationale15 de 2014 (36%).

  • Les complications osseuses : 36 cas (52%)

Tableau n°6 : Les complications osseuses

Complications

Effectif (n)

Age de découverte (ans)

Ostéopénie

18

24

Tassements vertébraux

05

22

Fractures pathologiques

07

22

Déformations : Genu-valgus

04

19

Foyers ectopiques hématopoïèse

02

28

L’atteinte osseuse est complexe et multifactorielle, en rapport avec l’expansion médullaire, les troubles endocriniens, principalement l’hypogonadisme et la surcharge en fer. La deferoxamine joue également un rôle dans la genèse de l’ostéopénie.

Conclusion

La prise en charge de nos patients thalassémiques s’est nettement améliorée, mais il est nécessaire qu’elle soit uniformisée chez l’enfant et l’adulte et il est important d’avoir des plateaux techniques régulièrement fonctionnels au niveau du secteur public pour la réalisation des différents bilans annuels et de surveillance . 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Bibliographie

  1.  Bejaoui M. Thalassemia in Tunisia-the first Maghreb Summit 2014
  2. Khatab MD: Thalassemia in Morocco-the first Maghreb Summit 20
  3. Belhani M. Epidémiologie de la B thalassémie homozygote en Algérie. Revue Algérienne d’hématologie n°1-Sept 2009
  4. Eleftheriou A, à propos de la thalassémie, TIF ISBN : 9963-623-40-9
  5. Léger J. Girot R, Normal Growth hormone (GH) response to GH-releasing hormone in children with thalassemia major before puberty: a possible age-related effect. J Clin Endocrionl Metab 1989;69:453-6
  6. Thuret I & coll. Complications and treatment of patients with beta-thalassemia; result of the national registry, Hematologica 2010;95:724-9
  7. Sayermiri K et coll. The prévalence of hypogonadism in patients with thalassemia major in Iran-a systematic meta-analysis study. J Shahrekord univ med sci 2016.
  8. Milad et coll. Prevalence of Hypothyroïdism and hypoparathyroïdism. Iran journal Ped Hematol Oncol. 2016,vol 6 N° 3,261-276.
  9. Habeb et coll. Endocrinopathies in beta-thalassemia major in northwest Saudi Arabia. Saudi Arabia journal 2013; 34(1):67-73.
  10. Mula-Abed et coll. Prevalence of endocrinopathies in patients with beta thalassemia in Oman; Oman medical journal2008;23(4):257-62
  11. Multicentre study on prevalence of endocrine complications in thalassemia major. Italian Working Group on Endocrine complications in non-endocrine disease. Clinical endocrinology 1995;42(6):581-6
  12. Rose C et al, Hemochromatose post-transfusionnelle, EMC Hematologie,2008,13-038-A-10
  13. Girot R et al. Traitement de la surcharge en fer dans les maladies hématologiques. Revue hématologie 2006;12(3):181-93
  14. Mirault t. Non-invasive assessment of liver fibrosis by transient elastography in post transfusionnal iron averload . Eur J Haematol 2008; 80:337-40
  15. Belhani et al, Situation de la B thalassémie en Algérie, First Maghreb Summit 2014

 

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Anémie de Fanconi

L’anémie de Fanconi (AF) décrite la première fois en 1927 par Guido Fanconi est une maladie génétique héréditaire rare, le plus souvent à transmission autosomale récessive

Benakli, R. Ahmed-Nacer, R.M. Hamladji, Service d’hématologie-greffe de moelle osseuse, Centre Pierre et Marie Curie, Alger

 Date de soumission : 23 Février 2019.

Résumé : L’anémie de Fanconi (AF) est une maladie génétique héréditaire rare le plus souvent à transmission autosomale récessive. Elle réalise un syndrome d’instabilité chromosomique dont la présentation clinique est variable incluant des anomalies congénitales, une pancytopénie progressive et une susceptibilité particulière au cancer. L’AF est la plus fréquente des aplasies médullaires constitutionnelles. Le diagnostic de certitude repose sur l’existence de cassures chromosomiques en réponse à des agents pontants de l’acide désoxyribonucléique, la mitomycine C ou le diepoxybutane. Le seul traitement curatif des manifestations hématologiques est l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques qui permet de prévenir l’évolution vers une leucémie aiguë (LA).

Mots clés : Fanconi, aplasie constitutionnelle, anomalies congénitales, allogreffe de CSH.

 

Abstract: Fanconi anaemia (FA) is a rare hereditary genetic disease most often with autosomal recessive inheritance. It carries out a syndrome of chromosomal instability whose clinical presentation is variable including congenital anomalies, a progressive pancytopenia and a particular susceptibility to cancer. FA is the most common constitutional medullary aplasia. The diagnosis of certainty is based on the existence of chromosomal breaks in response to desoxyribonucleic acid bridging agents, mitomycin C or diepoxybutane. The only cure for haematological manifestations is allogeneic hematopoietic stem cell transplantation, which prevents progression to acute leukaemia.

Key words: Fanconi, constitutional aplasia, congenital anomalies, allogeneic stem cell transplantation.

 


  1. Introduction

L’anémie de Fanconi (AF) décrite la première fois en 1927 par Guido Fanconi est une maladie génétique héréditaire rare, le plus souvent à transmission autosomale récessive. Elle réalise un syndrome d’instabilité chromosomique dont la présentation clinique est variable, incluant des anomalies congénitales, une pancytopénie progressive et une susceptibilité particulière au cancer. L’AF est la plus fréquente des aplasies médullaires constitutionnelles. Le diagnostic de certitude repose sur l’existence de cassures chromosomiques en réponse à des agents pontants de l’acide désoxyribonucléique (ADN), la mitomycine C (MMC) ou le diepoxybutane (DEB). Le seul traitement curatif des manifestations hématologiques est l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques qui permet de prévenir l’évolution vers une leucémie aiguë (LA).

  1. Épidémiologie

La fréquence des sujets hétérozygotes a été estimée à 1/300 aux États Unis et en Europe. L’AF est observée dans tous les groupes ethniques, avec toutefois une fréquence plus élevée dans 2 ethnies : les juifs ashkénazes et les afrikaners (1/22.000 naissances dans la région du Cap). La transmission autosomique récessive favorise la survenue de cas dans groupes ethniques avec forte consanguinité (1). En Algérie, 13% des aplasies médullaires sont des AF selon une étude réalisée entre 1994 et 2004 (2).

  1. Génétique de l’anémie de Fanconi

L’AF est marquée par une hétérogénéité phénotypique reflétant en partie son hétérogénéité (3,4). Il a été mis en évidence une vingtaine de gènes dont la mutation peut être responsable d’une AF (Tableau 1). Ces gènes sont impliqués dans une voie de réparation des lésions acquises de l’ADN, la voie FANC/BRCA et sont également à l’origine de l’apparition de tumeurs (5). L’instabilité génétique décrite dans l’AF résulte d’une atteinte des mécanismes de réparation de l’ADN.

Les gènes les plus souvent impliqués sont FANCA (60% environ), FANCC (14%) et FANCG (10%). La maladie se transmet selon un mode autosomique récessif sauf en cas de FANCB qui est situé sur le chromosome X, se transmettant alors selon le mode récessif lié à l’X.

Les protéines codées par les gènes FANC agissent de concert au sein d’une voie métabolique activée dans la cellule après survenue d’une lésion de l’ADN. Cette voie métabolique a pour cette raison été dénommée voie AF/BRCA. Il se forme alors un complexe constitué de 8 protéines FANC (FANCA/B/C/E/F/G/L/M) qui va activer la voie AF/BRCA en mono-ubiquitinant 2 autres protéines : FANCD2 et FANCI qui vont former un dimère. Ce dimère va stabiliser la fourche de réplication et interagir, au niveau des foyers de réparation nucléaires, avec des protéines dites d’aval qui coopèrent dans la réparation des lésions de l’ADN. L’atteinte des protéines intervenant dans cette voie de réparation de l’ADN est à l’origine de cassures chromosomiques, spontanées ou induites par les agents pontants (comme les agents alkylants) ou les radiations ionisantes. Certains patients peuvent présenter un mosaïcisme génétique qui peut aboutir à un développement clonal et sont donc aussi prédisposés au développement de tumeurs solides et de l’évolution vers une LA (6,7).

Tableau 1 : Mutations génétiques au cours de l’AF

Gène

Transmission

FANCA

Autosomale Récessive (AR)

FANCB

Récessive liée à l’X

FANCC

AR

FANCD1/BRCA2

AR

FANCD2

AR

FANCE

AR

FANCF

AR

FANCG/XRCC9

AR

FANCI/KIAA1794

AR

FANCJ/BRIP1/BACH1

AR

FANCL

AR

FANCM

AR

FANCN/PALB2

AR

FANCO/RAD51C

AR

FANCP/SLX4

AR

FANCQ/ERCC4

AR

FANCR/RAD51

Autosomale Dominante

FANCS/BRCA1

AR

FANCT/UBE2T

AR

FANCU/XRCC2

AR

FANCV/REV7/MAD2L2

AR

 

  1. Présentation clinique

L’expression clinique de la maladie est marquée par une grande variabilité phénotypique, y compris au sein d’une même famille, reflet d’une hétérogénéité génétique. Certains patients ne présentent aucune anomalie ou malformation associée. Le tableau clinique associe classiquement une petite taille, un syndrome malformatif variable, et une insuffisance médullaire d’apparition secondaire s’aggravant avec l’âge.

La majorité des patients ont des malformations congénitales, les plus fréquentes étant les malformations squelettiques présentes chez 2/3 d’entre eux. Si un tiers des patients ne présentent aucune malformation congénitale, il existe le plus souvent un visage particulier, un retard staturo-pondéral et des signes cutanés (3,4,8).

Manifestations hématologiques

L’atteinte hématologique est le plus souvent absente à la naissance. Progressivement se développe une anémie macrocytaire, suivie d’une thrombopénie et d’une neutropénie. Dans une étude de l’IFAR (International Fanconi Anemia Registry) portant sur 388 sujets, 85% présentent des anomalies de la numération. L’âge médian de l’apparition de ces anomalies est de 7 ans (0 à 36 ans). L’évolution se fait progressivement vers un tableau d’insuffisance médullaire sévère. Il existe un risque d’évolution vers un syndrome myélodysplasique ou une leucémie aiguë. Le risque pour un patient atteint d’AF de développer une leucémie aiguë myéloïde est environ 500 fois supérieur à celui de la population générale. Ce risque augmente avec l’âge : 7% à 10 ans, 27% à 20 ans, 43% à 30 ans.

Le myélogramme montre une moelle pauvre, érythroblastique ou franchement hypoplasique. Un aspect dysplasique d’une ou plusieurs lignées est fréquent.

La biopsie ostéo-médullaire montre une hypoplasie médullaire, voire une moelle désertique.

 

Manifestations extra-hématologiques (Tableau 2)

Le retard staturo-pondéral est pratiquement constant, débutant dès la vie intra-utérine par un retard de croissance harmonieux.

La dysmorphie faciale est caractérisée par un visage triangulaire, une macrognathie et une microphtalmie responsable d’un pseudo-hypertélorisme. Une microcéphalie inférieure au 5ème percentile est présente dans 30 à 40% des cas.

L’atteinte cutanée est très fréquente, souvent très évocatrice. L’expression clinique est variée et évolutive dans le temps. On note une association de tâches pigmentées (dites «café-au-lait»), de tâches achromiques et d’une mélanodermie s’accentuant avec l’âge, siégeant préférentiellement au tronc et au cou.

Des malformations squelettiques peuvent exister : pouce absent, hypoplasique, bifide, dupliqué ou triphalangé ; hypoplasie de l’éminence thénar, absence du 1er métacarpien; radius absent ou hypoplasique, syndactylie, malformations des orteils, luxation congénitale des hanches, spina bifida, scoliose et aplasie coccygienne.

Des malformations rénales et de l’appareil urinaire (chez environ 20%) : reins uniques, en fer à cheval, ectopiques ou pelviens, hypoplasiques, dysplasiques ou encore d’une urétéro-hydronéphrose.

Des anomalies oto-rhino-laryngologiques (environ 10%) : malformation de l’oreille externe (malformation du pavillon de l’oreille, oreilles implantées basses, dysplasie ou atrésie du conduit auditif externe), ou surdité, le plus souvent de transmission, secondaire à des malformations des osselets de l’oreille moyenne.

Les anomalies du tube digestif (environ 7%) : atrésie de l’œsophage, avec ou sans fistule trachéo-oesophagienne, atrésie duodénale, imperforation anale, et l’anus ectopique.

Ces anomalies peuvent être isolées ou s’intégrer dans une association de type VACTERL (V: anomalies vertébrales, A: atrésie anale, C : cardiopathie, TE : fistule trachéo-œsophagienne avec atrésie de l’œsophage, R : atteinte rénale, L (limb) : anomalies des membres) qui doit faire systématiquement évoquer une AF (9,10,11).

 

Tableau 2 : manifestations extra-hématologiques au cours de l’AF

Peau

Taches café-au-lait

Anomalies de pigmentation (mélanodermie, taches ou zones achromiques)

Membres supérieurs

Radius: absent, hypoplasique, absence de pouls ou pouls faible

Pouce: absent, hypoplasique, bifide, dupliqué, non articulé, triphalangé, long, implantation basse

Éminence thénar: plate, absente

Main et doigts: absence du premier métacarpien, clinodactylie, polydactylie

Cubitus: court, dysplastique

Squelette

Tête: microcéphalie, hydrocéphalie

Visage: triangulaire, “tête d’oiseau”, dysmorphie, hypoplasie du massif facial médian

Cou: Sprengel, Klippel-Feil, court, cheveux implantés bas

Rachis: spina bifida, scoliose, hémi vertèbre, aplasie du coccyx, épicanthus, hypotélorisme, hypertélorisme

Yeux

 Microphtalmie, strabisme, cataracte, ptosis, épicanthus

Reins

Rein en fer à cheval, rein ectopique, rein pelvien, rein hypoplasique ou dysplastique, rein absent, hydronéphrose, hydro-uretère

Gonades & tractus génital (garçons)

Hypogénitalie, cryptorchidie, hypospadias, micro pénis, testicules absents, hypofertilité ou stérilité

Gonades & tractus génital (filles)

Hypogénitalie, utérus bicorne, malposition utérine, petits ovaires, 1ères règles tardives, ménopause précoce, infertilité

Développement

Retard mental, développement retardé

Oreilles

Surdité : de transmission ou neurosensorielle

Forme: anomalies du pavillon, aspect dysplastique ou atrésique, canal auditif étroit, anomalies de l’oreille moyenne

Langage: retardé, dyslexie

Cœur et poumons

Malformations cardiaques congénitales: persistance du canal artériel, communication inter-auriculaire, communication inter-ventriculaire, coarctation de l’aorte, situs inversus

Retard de croissance intra-utérin

 

Membres inférieurs

Hanches: luxation congénitale

Pieds: syndactylie des orteils, anomalies des orteils

Tube digestif

Fistule oeso-trachéale

Atrésie : œsophage, duodénum, jéjunum

Imperforation anale

Mal rotation

Anorexie

Système nerveux central

Hypophyse: petite, syndrome d’interruption de la tige pituitaire

Cerveau: agénésie du corps calleux, hydrocéphalie

 

  1. Anémie de Fanconi et néoplasies

En ce qui concerne le risque de tumeurs solides, les plus fréquentes chez les patients AF sont des carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou et des muqueuses vulvaire et vaginale. Ces tumeurs semblent être plus fréquentes chez les patients survivant aux complications hématologiques (aplasie médullaire, LAM) mais ceci peut être lié simplement au fait que les patients aient vécu assez longtemps pour que survienne ce type de tumeur. D’autres tumeurs solides spécifiques, le plus souvent médulloblastome et néphroblastome sont associées aux mutations des gènes d’aval FANCD1/BRCA2 et FANCN/PALB2, pour lesquels le risque de cancer et de LAM dans la petite enfance est très élevé. L’allogreffe de CSH surtout suivie de GVH chronique augmente le risque de survenue d’un cancer.

La connaissance de la mutation peut dans ces cas avoir un impact sur la prise en charge (12).

 

  1. Diagnostic biologique

Examens d’orientation

  • Alpha-foeto protéine : son élévation a été identifiée comme un marqueur biologique sensible et spécifique.
  • Hémoglobine F : moins spécifique, son élévation oriente vers l’origine constitutionnelle de l’aplasie.

 

Examens de certitude

Étude des cassures chromosomiques

L’étude cytogénétique réalisée sur les lymphocytes du sang périphérique est la méthode diagnostique de référence. Elle permet d’observer une augmentation du nombre de cassures spontanées, mais surtout une augmentation significative du nombre de cassures chromosomiques et des figures anomalies de type tri ou quadri-radiales en présence de diepoxybutane (DEB) ou de mitomycine C (MMC), 2 agents cassants (ou pontants), créant des liaisons entre les 2 brins de l’ADN. Sont très évocateurs :

  • Un pourcentage de métaphases avec cassures (figures radiales incluses) > 20%
  • Un nombre moyen de cassures par métaphase >2 (x10 par rapport à la culture sans MMC)
  • Un nombre moyen de cassures par métaphase avec cassures > 4
  • Un pourcentage de métaphases avec figure radiale >10% (plusieurs figures /métaphase).

Ce test est considéré comme pathognomonique de l’AF. Il existe néanmoins des faux positifs qui peuvent se voir en cas de problème technique ou si le test est réalisé dans les semaines ou mois qui suivent une chimiothérapie. De faux négatifs sont également possibles en raison, ici aussi, de problèmes techniques lors de la réalisation du test ou en cas de mosaïcisme somatique. Dans ce cas, c’est l’étude de fibroblastes (test FANCD2, test de viabilité après exposition à la mitomycine C), obtenus par culture à partir d’une biopsie cutanée, qui permet de trouver ces anomalies et d’affirmer le diagnostic. Les tests sur les fibroblastes sont utiles dans les cas où le caryotype effectué sur le sang est normal alors que le phénotype clinique est très évocateur. Il permet également d’exclure formellement le diagnostic d’AF chez un membre de la fratrie avant un don de cellules souches hématopoïétiques, cependant ce test n’est pas de pratique courante.

 

Cytométrie de flux : l’étude du cycle cellulaire, faite sur sang périphérique, permet de montrer une augmentation significative du taux de cellules bloquées en phase G2/M après adjonction de MMC ou de DEB.

 

Le diagnostic moléculaire

Il se fait par séquençage pour l’identification du gène, et n’est pas de pratique courante. Il permet de préciser si une sœur ou un frère est atteint, aide au conseil génétique familial et au diagnostic anténatal. Afin d’exclure un mosaïcisme, cette recherche doit, à l’idéal, être faite sur 2 sources d’ADN différentes (sang et autre tissu).

Par ailleurs, il existe quelques corrélations génotype–phénotype : la mutation de FANCA induit souvent un début plus précoce de la maladie et les sujets sont plus à risque de leucémie aiguë myéloïde (LAM). Les mutations FANCA et FANCC sont associées à moins de malformations congénitales. Le développement d’une aplasie médullaire est plus fréquent pour les patients avec mutation nulle de FANCA, et aussi pour les mutations de FANCB, FANCC, FANCF, FANCG et FANCD2.

 

Autre test

Le caryotype médullaire 

Il peut révéler la présence d’anomalies clonales. Les anomalies cytogénétiques décrites sont variées, touchant le plus souvent les chromosomes 1, 3, ou 7. Leur présence doit faire craindre une évolution leucémique et le caractère péjoratif de ces anomalies est bien établi. L’estimation de la survie à 5 ans des patients avec clone cytogénétique est de 40% versus 94% en l’absence de clone.

 

  1. Diagnostic anténatal

La mise en évidence de l’augmentation du nombre de cassures chromosomiques induites par les alkylants au caryotype sur prélèvement de sang fœtal, de liquide amniotique ou de villosités choriales est possible mais difficile à réaliser. Actuellement, la meilleure approche est l’identification de la mutation d’un gène sur ADN extrait de biopsie de trophoblastes (possible dès la 14ème semaine d’aménorrhée). Ceci implique néanmoins que le gène en cause et la mutation responsables soient déjà connus pour la famille étudiée.

 

  1. Diagnostic différentiel (tableau 3)

 

Tableau 3 : Autres aplasies médullaires constitutionnelles

 

Signes cliniques

Mode

de transmission

Gène atteint

Test diagnostic

Dyskératose congénitale

–  Ongles dystrophiques

–  Pigmentation cutanée anormale

–  Leucoplasie linguale

Récessif lié au sexe

Autosomal dominant

Autosomal récessif

DKC1

TERC

TERT

TINF2

NOPIV

NHP2

Longueur des télomères

Schwachman-Diamond syndrome

–  Petite taille

–  Malabsorption

–  Des graisses

–  Anomalies squelettiques

Autosomal récessif

SBDS

Trypsinogène sérique

Isoamylase pancréatique (insuffisance pancréatique)

Amégacaryocytose congénitale

 

Autosomal récessif

C-MPL

 

 


  1. Traitement

La prise en charge des patients atteints d’AF doit être pluridisciplinaire. Une surveillance régulière doit être mise en place, avec en particulier la réalisation annuelle d’un myélogramme avec caryotype afin de dépister les évolutions clonales.

  • Transfusions de culots globulaires : elles doivent être limitées au maximum afin d’éviter toute allo-immunisation en pré-greffe. Le seuil transfusionnel est fixé à 7 ou 8 g/dL d’hémoglobine avec des signes cliniques. Une surveillance de la surcharge en fer s’impose, par le dosage de la ferritine, voire par la réalisation d’une imagerie par résonance magnétique cardiaque ou hépatique. Un traitement par chélateur du fer doit être envisagé rapidement en cas de surcharge importante (ferritinémie >1.000 mg/L) pour éviter l’évolution vers la fibrose voire la cirrhose hépatique, l’insuffisance cardiaque.
  • Les facteurs de croissance hématopoïétiques : ne sont pas indiqués en dehors du G-CSF qui peut être prescrit ponctuellement lors d’un état infectieux sévère. Son usage peut favoriser l’évolution clonale.
  • Les androgènes : permettent une élévation du taux d’hémoglobine chez 50% des patients et donc réduisent le recours aux transfusions. Un effet sur les plaquettes et les polynucléaires neutrophiles a également été mis en évidence mais dans une moindre mesure. Les plus utilisés sont : le Danazol (0,1 mg/kg/j) a permis une réponse hématologique dans 78% des cas dans un essai récent. La Norethandrolole (Nilevar®) à la dose initiale de 0,5 mg/kg/j, la réponse apparaît généralement dans les 1ers mois. Les effets secondaires sont nombreux et peuvent être graves : virilisation avec acné sévère, avance staturale avec risque de fusion précoce des cartilages de croissance, hyperactivité ou changements de comportement, toxicité hépatique (cytolyse, cholestase, risque d’adénome ou carcinome hépatiques), et surtout le Danazol dont les effets secondaires sont moindres. Cette option ne prévient pas l’évolution vers une LAM, elle est réservée aux patients chez lesquels une allogreffe de CSH ne peut être envisagée. La réponse au long terme est observée chez 10 à 20% seulement (13,14).

 

Allogreffe de cellules souches hématopoïétiques

C’est le seul traitement curatif qui empêche l’évolution vers une LA. Elle modifie uniquement l’atteinte médullaire mais ne corrige pas les autres anomalies ou malformations. Elle est indiquée devant :

  • Une pancytopénie persistante et modérément sévère : taux d’hémoglobine inférieur à 8 g/dL, taux de polynucléaires neutrophiles inferieur à 500/mm3 ou taux de plaquettes inferieur à 20.000/mm3.
  • Évolution clonale (apparition d’un syndrome myélodysplasique ou d’une LAM). L’âge médian de survenue de cette atteinte hématologique est de 7 ans.

L’intensité du conditionnement pré-greffe est considérablement réduite chez les patients atteints d’AF. Ceci est dû à leur hypersensibilité unique aux agents alkylants et à l’irradiation, à la suite du défaut des mécanismes de réparation d’ADN. Il y a actuellement un consensus sur l’abandon des agents alkylants et la radiothérapie dans le conditionnement de ces greffes. Les régimes d’intensité réduite contenant de la fludarabine font maintenant figure de référence. Cette molécule, beaucoup moins toxique, entraine une importante T-déplétion, diminuant le risque de GvHD et morbi-mortalité.

Les facteurs de mauvais pronostic identifiés sont : un conditionnement sans fludarabine, un âge supérieur à 10 ans au moment de la greffe, une antériorité de plus de 20 transfusions en pré-greffe, le recours à un greffon alternatif (donneur non apparenté ou sang placentaire) et un traitement préalable par androgènes.

Le suivi au long cours est indispensable en raison de l’existence d’anomalies d’organe, ainsi que la susceptibilité aux cancers en particulier ORL (incidence cumulative à 10 ans 28% en cas de survenue d’une GvHD). A âge égal, le risque de développer un carcinome épidermoïde est 4 fois plus élevé chez les patients greffés (15,16,17).

Traitement de la leucémie aiguë secondaire

Les patients atteints d’AF qui développent une LA ne sont pas faciles à prendre en charge car la sensibilité aux agents endommageant l’ADN limite l’utilisation classique de la chimiothérapie qui peut entrainer des aplasies sévères et prolongées, voire irréversibles. L’intérêt potentiel d’une chimiothérapie pré-greffe n’est à ce jour pas démontré. Certains utilisent des chimiothérapies à faible doses, de type mini-FLAG en attendant la greffe (18).

 

Traitement des néoplasies secondaires 

En raison de la chimio et radiosensibilité, le traitement chirurgical est recommandé si toutefois le diagnostic est précoce, sans signes de dissémination. Les patients doivent donc être soumis à un programme de dépistage régulier.

Conclusion

Les patients atteints d’AF doivent bénéficier d’une prise en charge multidisciplinaire en raison de la variété des manifestations de la maladie, mais surtout du risque néoplasique. Le diagnostic doit être le plus précoce possible, ce qui permettra de dépister et de prendre en charge au mieux les malformations ou déficits d’organes existants et des lésions cancéreuses. Le seul traitement curatif actuel de l’atteinte hématologique est l’allogreffe de CSH, en attendant les résultats prometteurs de la thérapie génique.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


Références

 

  1. Soulier J. Fanconi anemia. Hematology Am Soc Hematol Educ Program Book 2011;492–7.
  2. Djouadi K. Approche épidémiologique des aplasies médullaires en Algérie. Revue Algérienne d’Hématologie, N°00, Mars 2009; 24-27.
  3. Giampietro PF, Verlander PC, Davis JG, Auerbach AD. Diagnosis of Fanconi anaemia in patients without congenital malformations: an international Fanconi Anaemia Registry Study. Am J Med Genet. 1997 Jan 10;68(1):58-61.
  4. Butturini A, Gale RP, Verlander PC, Adler-Brecher B, Gillio AP, Auerbach AD. Hematologic abnormalities in Fanconi anaemia: An International Fanconi Anaemia Registry study. Blood. 1994 Sep 1;84(5):1650-5.
  5. Kee Y, D’Andrea AD (2012) Molecular pathogenesis and clinical management of Fanconi anaemia. J Clin Invest. 122(11):3799-3806.
  6. Moldovan GL, D’Andrea AD. How the Fanconi anaemia pathway guards the genome. Ann. Rev Genet 2009; 43:223–49.
  7. Mehta PA, Tolar J. Fanconi anaemia. In: Pagon RA, Adam MP, Ardinger HH, et al, eds. Gene Reviews. Seattle, WA: University of Washington, Seattle; 1993-2017. (updated 23 February 2017).
  8. Kutler DI, Singh B, Satagopan J, et al. A 20-year perspective on the International Fanconi Anaemia Registry (IFAR). Blood 2003; 101:1249–56.
  9. Shaw-Smith C. Oesophageal atresia, tracheo-oesophageal fistula, and the VACTERL association: review of genetics and epidemiology. J Med Genet. 2006 Jul;43(7):545-54.
  10. Mialou V, Leblanc T, Peffault de Latour R, Dalle JH, Socie G. Aplasies médullaires constitutionnelles. EMC Hématologie, 13-008-C10, 2011
  11. Lanneaux J, Poidvin A, Soole F, Leclerc G, Grimaud M, Dalle JH. L’anémie de Fanconi en 2012: diagnostic, suivi pédiatrique, traitement. Archives de Pédiatrie 2012; 19:1100-1109
  12. Soulier J. Fanconi anemia. Hematology Am Soc Hematol Educ Program Book 2011;492–7.
  13. Calado RT, Clé DV, Treatment of inherited bone marrow failure syndromes beyond Transplantation. Hematol. Am. Soc. Hematol. Educ. Progr. 2017 (2017) 96–101.
  14. Calado RT, Clé DV. Treatment of inherited bone marrow failure syndromes beyond transplantation. ASH Education Program, December 2017
  15. Chaudhury S, Auerbach AD, Kernan NA, et al. Fludarabine based cytoreductive regimen and T-cell-depleted grafts from alternative donors for the treatment of high-risk patients with Fanconi anaemia. Br J Haematol 2008; 140:644–55.
  16. Fanconi anaemia: Guidelines for diagnosis and management, 4th ed, Eugene OR : Fanconi Anaemia Research Fund, Inc; 2014
  17. Peffault de Latour R, Peters C, Gibson B, Strahm B, Lankester A, de Heredia CD, Longoni D, Fioredda F, Locatelli F, Yaniv I, WachowiakJ, Donadieu J, Lawitschka ABierings M, Wlodarski M, Corbacioglu S, Bonanomi S, Samarasinghe S, Leblanc T, Dufour C and Dalle JH. Recommendations on hematopoietic stem cell transplantation for inherited bone marrow failure syndromes. Bone Marrow Transplantation (2015) 50, 1168–1172
  18. Peffault de Latour R, Soulier J. How I treat MDS and AML in Fanconi anaemia. Blood 2016; 127: 2971-2979.

 

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Hémoglobinurie Paroxystique Nocturne

L’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN), ou maladie de Marchiafava-Micheli est une hémolyse corpusculaire acquise, encore appelée hémoglobinurie paroxystique du fait des crises hémolytiques survenant en deuxième moitié de la nuit

 

A.F. Bendahmane(1)(2), S. YADI (1), N. MESLI (1)(2)

(1) Service d’hématologie – CHU Tidjani Damerdji de Tlemcen

(1)(2) Université de Tlemcen Abou Bakr Belkaïd – Département de Médecine

Date de soumission : 28 Février 2019.

Résumé : L’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN), ou maladie de Marchiafava-Micheli, est une maladie rare. C’est une maladie liée à l’expansion clonale d’une ou de plusieurs cellules souches hématopoïétiques ayant acquis une mutation somatique du gène Phosphatidylinositol Glycane de classe A. L’HPN est un diagnostic clinique qui doit être confirmé par cytométrie de flux sanguin périphérique pour détecter l’absence ou le déficit grave en GPI sur au moins deux lignées. C’est une affection d’expression clinico-biologique très polymorphe. Grace au progrès de la cytométrie en flux et, plus récemment de la biologie moléculaire ont conduit à une réelle avancée dans la connaissance de la physiopathologie et diagnostic de cette maladie.

Mots clés : Hémoglobinurie, hémolyse corpusculaire, cytométrie en flux.

Abstract: Paroxysmal nocturnal haemoglobinuria, or Marchiafava-Micheli disease, is a rare disease. It is a disease related to the clonal expansion of one or more hematopoietic stem cells that have acquired a somatic mutation gene of the class A Phosphatidylinositol Glycan. The PNH is a clinical diagnosis that must be confirmed by peripheral blood flow cytometry to detect the absence or severe deficiency of GPI on at least two lines. It is a very polymorphic clinical-biological expression disorder. The progress of flow cytometry and, more recently, of molecular biology have led to a real advance in the knowledge of the pathophysiology and diagnosis of this disease.

Keywords: Haemoglobinuria, corpus haemolysis, flow cytometry.

 

Introduction :

L’hémoglobinurie paroxystique nocturne (HPN), ou maladie de Marchiafava-Micheli est une hémolyse corpusculaire acquise, encore appelée hémoglobinurie paroxystique du fait des crises hémolytiques survenant en deuxième moitié de la nuit (sensibilité des globules rouges à l’activation complémentaire liée à l’acidification physiologique sérique de la 2ème moitié de la nuit) et responsable d’une hémoglobinurie matinale du primo lever.

L’HPN est une anémie hémolytique particulière par son association fréquente avec une leucopénie et une thrombopénie et par la survenue de thromboses veineuses.

Depuis le début des années 1980, les progrès de la cytométrie en flux puis, plus récemment, de la biologie moléculaire ont conduit à une réelle avancée dans la connaissance de la physiopathologie de cette maladie rare.

L’HPN est aujourd’hui considérée comme une maladie liée à l’expansion clonale d’une ou de plusieurs cellules souches hématopoïétiques ayant acquis une mutation somatique du gène Phosphatidylinositol Glycane de classe A (PIG-A).

Le diagnostic précoce est essentiel pour améliorer la prise en charge et le pronostic des patients. L’HPN peut survenir de novo, mais aussi fréquemment dans le cadre d’une insuffisance médullaire comme une aplasie médullaire.

Historique

Parmi les premières descriptions de l’HPN réalisées vers la fin du 19ème siècle, le Dr Paul Strübing a décrit en 1882 un cas chez un jeune homme qui souffre d’une fatigue, de douleurs abdominales et de grave hémoglobinurie intermittente nocturne.

Marchiafava et Nazani en 1911, puis Micheli en 1931, ont établi le tableau clinique classique de la maladie, mais c’est Enneking, en 1925, qui aurait introduit le terme d’hémoglobinurie paroxystique nocturne.

En 1937, Thomas Ham signala que les érythrocytes de l’HPN étaient hémolysés lorsqu’ils étaient incubés avec un sérum acidifié. Cette découverte majeure a donné lieu au premier test de diagnostic de l’HPN, le test de sérum acidifié (Ham).

Ce n’est qu’en 1954, avec la découverte de la voie alternative de l’activation du complément, qu’il a été officiellement démontré que le complément provoquait l’hémolyse des globules rouges de l’HPN.

Dans les années 1980, il a été découvert que les cellules HPN présentaient un déficit global dans un groupe de protéines fixées à la surface de la cellule par une protéine d’ancrage.

Quelques années plus tard, la mutation génétique responsable du déficit en protéine d’ancrage a été découverte et, plus récemment, un anticorps monoclonal humanisé qui inhibe l’activation terminale du complément.

Épidémiologie

L’HPN est une maladie rare ou orpheline. Elle est observée surtout chez l’adulte. Elle est exceptionnelle chez l’enfant. Dans une série de la Société Française d’Hématologie, la moyenne d’âge était 33 ans mais près de 15% des patients étaient des enfants (moins de 16 ans). Elle touche les 2 sexes avec une fréquence variable selon la population.

Physiopathologie

L’HPN est liée à un défaut de l’expression des protéines membranaires inhibitrices du complément, les protéines CD55 ou DAF (decay accelerating factor, ou inhibiteur de la C3 convertase) et CD59 ou MIRL (membrane inhibitor of reactive lysis, ou inhibiteur du complexe C5-C9). Ces protéines sont fixées sur la membrane via une molécule de glycosylphosphate inositol (GPI). Ce déficit s’exprime sur une cellule souche hématopoïétique totipotente, expliquant l’atteinte de l’ensemble des lignées myéloïdes et lymphoïdes quand la maladie évolue. Donc il s’agit d’une pathologie clonale avec déficits membranaires des protéines d’ancrage.

Il existe une hémolyse intra vasculaire en raison de la sensibilité excessive des globules rouges au complément activé. La baisse nocturne physiologique du pH activant le complément expliquerait les hémoglobinuries nocturnes révélées au réveil par une hémoglobinurie matinale (1ère description de la maladie).

·      Sensibilité anormale des cellules à l’action du complément

La sensibilité anormale des globules rouges à l’action lytique du complément a été considérée comme la caractéristique princeps de la maladie.

Elle est encore de nos jours à la base des tests diagnostiques de Ham et Dacie et du test au sucrose. Dans ces tests, les globules rouges atteints sont identifiés, indirectement, par leur hémolyse sélective en présence de complément activé en milieu acide ou en présence de sucrose. Cette sensibilité anormale des globules rouges à l’action du complément a très vite fait évoquer un déficit membranaire impliquant un système de régulation de la cascade d’activation du complément.

·      Défaut de molécules régulatrices de l’action du complément

Les deux voies d’activation du complément (classique et alterne) (figure 1) se rejoignent en une voie effectrice commune conduisant à la formation d’un complexe multimoléculaire appelé complexe lytique ou complexe d’attaque membranaire. L’étape centrale d’activation est la formation de fragments activés de la fraction C3 (C3b) par les C3 convertases des deux voies d’activations. Deux protéines, dont le rôle est d’inhiber l’action du complément, ne sont pas exprimées à la surface des globules rouges de patients atteints d’HPN. Ces 2 molécules sont le DAF, ou CD55, qui agit au niveau des C3 convertases, et le MIRL, ou CD59, qui agit en inhibant la formation du complexe d’attaque membranaire.

Figure 1 : voies d’activation du complément : classique et alterne

·      Défaut du système d’ancrage

En plus du défaut d’expression du CD55 et du CD59, d’autres déficits moléculaires ont été identifiés sur les cellules de patients atteints d’HPN (Tableau I). Toutes ces molécules ont un élément structurel commun : elles sont attachées à la membrane par une ancre (système d’ancrage) : le glycosyl-phosphatidylinositol (GPI). Ceci peut expliquer le fait que des molécules dont des fonctions sont apparemment aussi éloignées comme par exemple, le DAF et la molécule d’adhésion LFA3 (CD58) soient manquantes dans l’HPN.

Tableau I. – Principales protéines glycosyl-phosphatidylinositol chez l’homme

Protéines du complément

DAF (CD55)
MIRL (CD59)
Protéine porteuse du C8

Enzymes

Acétylcholinestérase (érythrocyte)
Phosphatase alcaline (leucocyte)
5′-exonucléotidase (lymphocyte) CD73

 

Génétique 

Le déficit en GPI est dû à une atteinte de la voie de biosynthèse du gène responsable situé sur le chromosome X. Il s’agit du gène Phosphatidylinositol Glycane de classe A (PIG-A).

·      Mutations PIG- A

Le produit du gène PIG-A est l’une des sept protéines impliquées dans la première étape de la biosynthèse des ancres GPI. Théoriquement, une mutation de n’importe quel gène de la voie pourrait conduire à l’HPN. Cependant, jusqu’à maintenant, PIG-A était le seul gène muté trouvé chez les patients atteints d’HPN. Une seule mutation somatique dans une cellule souche hématopoïétique est suffisante pour produire un phénotype HPN.

·      Autres mutations

L’absence de CD59 est le principal responsable des manifestations cliniques de l’HPN. En conséquence, de rares cas de mutations héréditaires dans CD59 conduisant à une perte de CD59 à la surface des cellules ont été bien documentés. Le phénotype de ces patients imite l’HPN en ce sens qu’ils se manifestent par une hémolyse intravasculaire chronique accompagnée de poussées d’hémolyse paroxystiques et d’une propension à la thrombose. Contrairement aux patients atteints d’HPN, les patients présentant un déficit héréditaire en CD59 présentent également une neuropathie périphérique.

Dans l’HPN classique, le déficit en CD59 ne se trouve que sur les cellules sanguines ; chez les patients présentant des mutations de la lignée germinale CD59 ; CD59 est déficient dans toutes les cellules du corps.

Clinique

Le type et la sévérité des symptômes peuvent varier considérablement en fonction des patients. Généralement, le début de la maladie est souvent silencieux (asymptomatique), ce qui rend le diagnostic très difficile. Certains patients peuvent donc attendre plusieurs années avant que le diagnostic d’HPN soit réellement posé.

La forme la plus classique de la maladie, est une anémie hémolytique acquise d’origine corpusculaire, apparaissant généralement chez l’adulte jeune, associée à des urines foncées le matin (hémoglobinurie) et parfois d’un ictère modéré. Les principaux symptômes (Figure 2) sont :

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Figure 2 : Symptômes et fréquences de l’HPN

  • Anémie: accompagnée d’une réticulocytose et souvent d’une leucopénie et/ou d’une thrombopénie modérée. L’anémie est secondaire soit à l’hémoglobinurie paroxystique matinale avec hémosidérose rénale chronique (hémosidérinurie), responsable de carence martiale et de microcytose, soit à l’hémolyse chronique avec l’ictère.
  • Insuffisance médullaire : l’HPN peut se révéler par une pancytopénie révélant une aplasie médullaire ou un syndrome myélodysplasique à moelle riche mais dysplasique. On peut voir des aplasies médullaires en apparence idiopathiques après traitement immunosuppresseur, se compliquer d’HPN.
  • Thromboses veineuses: le plus souvent profondes et récidivantes qui touchent les veines sus-hépatiques (syndrome de Budd-Chiari), le système porte ou les sinus veineux crâniens. Ils sont secondaires à l’atteinte des plaquettes par le complément qui libèrent des substances pro-coagulantes, en plus le récepteur du plasminogène est ancré par le GPI (Figure 3).

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Figure 3 : Mécanisme des thromboses dans l’HPN

  • Dystonie des muscles lisses: les crises douloureuses abdominales, les spasmes œsophagiens, la dysphagie et le dysfonctionnement érectile sont des symptômes courants associés à l’HPN classique et sont une conséquence directe de l’hémolyse intravasculaire et de la libération d’hémoglobine libre. Les taux élevés d’hémoglobine libre dans le plasma conduit à l’épuisement du NO. Le NO est synthétisé par les cellules endothéliales et dont le rôle est de maintenir la relaxation des muscles lisses et d’inhiber l’activation et l’agrégation plaquettaires.
  • Autres manifestations :
    • Asthénie : la fatigue est l’un des symptômes les plus fréquents de l’HPN. Elle est souvent intense et provoque des épisodes de somnolence dans la journée.
    • Fièvre due à des infections.
    • Atteinte rénale : Les lésions tubulaires rénales sont causées par une thrombose micro vasculaire et une accumulation de dépôts de fer.
    • Une hypertension pulmonaire (légère à modérée) : l’augmentation des pressions pulmonaires et la réduction de la fonction ventriculaire droite provoquée par les microthrombi subcliniques et le balayage de NO contribuent aux symptômes de fatigue et de dyspnée.

Biologie :

Hémogramme :

  • L’anémie est normocytaire normochrome ; plus rarement macro ou microcytaire hypochrome. La réticulocytose est élevée.
  • Une leucopénie avec neutropénie est présente dans la moitié des cas.
  • Une thrombopénie modérée est habituelle. Elle peut être importante dans 50% des cas.
  • Une pancytopénie peut ainsi être constaté dans 1/3 des cas.
  • Sans anomalie morphologique des globules rouges sur le frottis sanguin

Bilan d’hémolyse :

  • Les taux de bilirubine totale et libre sont augmentés
  • Le taux d’haptoglobine plasmatique est abaissé
  • Les lactico-deshydrogénases (LDH) sont augmentés

Autres données biologiques :

  • Une hémoglobinurie ou une hémosidérinurie positive
  • Le test de Coombs direct est négatif.

Tests spécifique classiques

  • Le test de Ham et Dacie : il consiste à mesurer l’hémolyse des globules rouges in vitro en présence de complément. Il permet d’observer l’hémolyse en sérum frais normal (pH entre 6,4 et 7). Il est positif avec le sérum acidifié du malade mais négatif si le sérum est inactivé par la chaleur ou si le sérum du malade est utilisé sur des hématies normales.
  • Test au sucrose : qui favorise la fixation du complément, est un test très sensible positif avec un sérum normal ou le sérum du malade.
  • Cependant ces tests, utilisés depuis de nombreuses années afin de poser le diagnostic, tend aujourd’hui à être remplacé par l’étude des molécules GPI grâce à l’étude par cytométrie en flux qui reste une méthode plus sensible et spécifique que les tests classiques.

Étude immunocytologique par cytométrie en flux

Les tests actuels : étude de l’expression en cytométrie de flux des protéines CD55 et CD59 à la surface des hématies et des leucocytes : mise en évidence de l’anomalie membranaire du déficit en protéines CD55 et CD59.

Cette technique permet l’analyse rapide des différentes populations leucocytaires et lymphocytaires à partir de sang total. Les résultats obtenus peuvent être exprimés en pourcentage de cellules négatives et/ou en moyenne d’intensité de fluorescence.

Cette dernière manière est utile d’une part, pour l’étude de certaines molécules comme le CD16 ou le CD58 dont l’expression physiologique est faible ; et d’autre part, dans la mise en évidence de populations dites “intermédiaires” ou PNH II (populations cellulaires exprimant à leur surface un niveau faible, mais non nul d’une molécule GPI donnée) (Figure 4).

La perte de GPI est détectée après coloration de cellules avec des anticorps monoclonaux et un réactif appelé aérolysine fluorescente (FLAER). FLAER est un variant de la proaérolysine marqué à la fluorescéine qui se lie à la partie glycane de l’ancre GPI.

La sensibilité de la cytométrie en flux dans le diagnostic d’un déficit des molécules GPI permet de détecter des clones dont l’importance n’excède pas quelques pourcents. En pratique pour la majorité des molécules étudiées, un déficit peut être considéré comme significatif lorsque le pourcentage de cellules négatives est supérieur à 5%.

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Figure 4 : Différents marqueurs évaluer par la CMF au cours d’HPN

Classifications

Le test de Ham et Dacie permet de classer (Figure 5) certains patients en trois populations cellulaires :

  • Type I : hématies de sensibilité normale au complément.
  • Type II : sensibilité intermédiaire.
  • Type III : hématies très sensibles.

La CMF permet de distinguer trois populations cellulaires :

  • L’HPN classique, qui inclut les patients hémolytiques et thrombotiques.
  • L’HPN dans le contexte d’autres troubles primaires de la moelle osseuse, tels que l’aplasie médullaire ou le syndrome myélodysplasique.

L’HPN sous-clinique, dans laquelle les patients ont de petits clones d’HPN, mais aucune preuve clinique ou biologique d’hémolyse ou de thrombose.

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Figure 5 : Classification selon le groupe international d’HPN

Évolution et complications

L’évolution de la maladie est variable et dépend du degré d’atteinte des cellules sanguines. La médiane de survie des patients est de 10 à 15 ans. Le problème majeur qui vient grever l’évolution des patients atteints d’HPN est représenté par les thromboses (qui peuvent être inaugurales). L’incidence des thromboses dans les séries françaises est de 25% à 5 ans.

Deux autres complications sont aussi fréquemment rencontrées (chacune chez 20% des malades) : des crises douloureuses abdominales et des infections récurrentes de la sphère ORL et pulmonaire, en particulier.

Chez les patients atteints d’HPN de novo la probabilité de développer une pancytopénie durant l’évolution est estimée à 15% à 8 ans.

Le risque de développement d’un syndrome myélodysplasique ou une leucémie aiguë est classique mais rare (5 et 1% à 8 ans, respectivement).

Chez les patients positifs à l’HPN ayant de petits clones HPN, la surveillance est essentielle car la taille du clone peut rapidement augmenter en quelques mois. Les patients à haut risque doivent être dépistés et surveillés en continu par cytométrie en flux de haute sensibilité effectuée sur sang périphérique.

Une étude multifactorielle des facteurs de risque de décès a pu être réalisée pour la première fois dans cette maladie rare. Les facteurs affectant de manière indépendante la survie de ces patients sont :

  • Le développement d’une thrombose ;
  • La progression d’une HPN de novo vers un tableau de pancytopénie ;
  • Le développement d’un syndrome myélodysplasique ou une leucémie aiguë ;
  • L’âge (plus de 54 ans) ;
  • La thrombopénie au diagnostic.

Traitement

  • Traitement symptomatique
  • Les transfusions par des concentrés globulaires sont indispensables en cas d’anémie sévère ou mal tolérée : l’indication de l’utilisation de culots globulaires déplasmatisées et de globules rouges lavés (décomplémentés) est classique mais d’efficacité et de protection contre l’hémolyse induite discutée. Il faut utiliser des culots globulaires « frais » (car le complément s’active progressivement dans les poches de sang)
  • Traitement martial : hormis les transfusions, certains patients peuvent bénéficier de supplémentation en fer, car perte urinaire journalière de 20mg de fer sous forme d’hémosidérine. Mais la prise de fer peut provoquer des douleurs abdominales. La compensation martiale doit être prudente car le fer peut accentuer l’hémolyse.
  • Acide folique : tous les patients présentant une anémie hémolytique chronique doivent être supplémentés du fait de l’hyperproduction médullaire compensatrice.
  • Facteurs de croissance : le G-CSF peut être prescrit dans les formes aplasiques, on observe des résultats mitigés. Certaines équipes médicales ont essayé l’érythropoïétine (EPO) qui peut aider à limiter les transfusions.
  • Anticoagulants, thrombolytiques et antiagrégants plaquettaires : La prophylaxie contre les événements thromboemboliques chez les patients atteints d’HPN est un sujet de débat. Le risque thrombotique peut être corrélé à la taille du clone PNH, ce qui a conduit de proposer une anticoagulation prophylactique aux patients présentant un déficit en GPI-AP supérieur à 50% à 60%.
  • Antalgiques : en cas de douleurs abdominales, de céphalées provoquées par les crises hémolytiques, des antalgiques plus ou moins puissants sont prescrits.
  • Antibiothérapie : Les infections sont souvent récurrentes (sphère ORL et pulmonaire), et traitées par antibiotiques.
  • Traitement de fond
  • Les corticoïdes sont parfois efficaces. Ils auraient un intérêt dans les formes hémolytiques mais n’auraient pas d’effet sur l’hématopoïèse. Un traitement de 6 semaines inefficace doit être interrompu.
  • Les immunosuppresseurs sont potentiellement utiles : La cyclosporine et le sérum anti-lymphocytaire ont été employés avec succès dans certaines formes très pancytopéniques.
  • Les androgènes (Danazol, Danatrol®) semblent avoir une certaine efficacité, bien que leur mécanisme d’action ne soit pas très bien connu (augmentation de l’inhibiteur de la C1 estérase).
  • L’eculizumab est un anticorps monoclonal humanisé inhibant la partie C5 du complément ce qui permet d’obtenir une inhibition de la voie d’activation impliquée, et d’autre part, l’inhibition de son clivage. Ce traitement s’est révélé améliorer l’hémolyse et la thrombose et améliorer la qualité de vie des patients atteints d’HPN. Le traitement par eculizumab est administré par voie intraveineuse selon le schéma posologique suivant :
  • Phase initiale avec des injections hebdomadaires de 600 mg pendant quatre semaines puis de 900 mg à la cinquième semaine.
  • Phase d’entretien avec des injections de 900 mg toutes les deux semaines.
  • Nb : une vaccination contre le méningocoque, au moins deux semaines avant la première dose d’eculizumab doit être faite.
  • Greffe de moelle osseuse allogénique reste le seul traitement curateur de l’HPN.

 

Attitude thérapeutique 

  • Formes graves 
  • Les formes pancytopéniques et aplasiques, avec complications thrombotiques sévères ou avec hémolyse majeure doivent bénéficier – s’il existe un donneur HLA identique – d’une greffe de moelle allogénique.
  • Dans les formes aplasiques sans donneur HLA identique, un traitement immunosuppresseur ± androgènes est réalisé.
  • Formes modérées 
  • Eculizumab
  • Androgènes
  • Traitement symptomatique

 

Étude nationale sur l’HPN du 2014

Sur une période de plus de dix ans (2003-2014), 67 patients adultes atteint d’HPN ont été colligés et examinés rétrospectivement. Le diagnostic était établi devant la présentation clinique et les résultats de la cytométrie en flux.

Le recueil des données a été réalisé à l’aide d’une fiche d’enquête diffusée dans tous les services d’hématologie de l’Algérie. 15 services d’hématologies ont participé.

Les patients atteints HPN sont principalement des jeunes adultes de sexe masculin. Au moment du diagnostic, l’âge médian est de 38 ans. La fréquence de l’HPN reste sous-estimée.

Le tableau clinique est dominé par l’asthénie et le syndrome anémique. La CMF est pratiquée chez la majorité des patients suivis. Le traitement est basé essentiellement sur le traitement symptomatique.

  • Les centres de recrutement

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  • Répartition des nouveaux cas par annéeimageu

 

  • Répartition selon les tranches d’âges : Les extrêmes d’âge sont de 16 à 74 ans avec une médiane d’âge à 37,7

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  • Répartition selon le sexe : sur la population étudiée il y a une prédominance masculine avec un sexe ratio 1,72.

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  • Circonstances de découverte : elles sont dominées par le syndrome anémique.

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  • Tableau clinique à l’admission : marqué par l’asthénie dans la majorité des cas, suivi par l’anémie. Les thromboses sont présentes chez moins d’un tiers des patients.

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  • Siège de la thrombose : le siège cérébral et du système porte dans l’ensemble des thromboses veineuses.

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  • Tests au diagnostic : dans l’ensemble le diagnostic est posé par CMF

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  • Thérapeutiques utilisés

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Présentation d’une observation

Monsieur R.B. âgé de 55 ans, originaire et demeurant à Tlemcen (Algérie), aux antécédents de diabète sous insulinothérapie, consulté en 2013 en urologie pour la prise en charge d’une pyélonéphrite aiguë sur macro lithiase, découverte d’une anémie avec une notion d’urine foncée puis le patient fut orienté en consultation d’hématologie.

A l’admission, sur le plan général le patient était conscient coopérant, asthénique, normo tendu. Il présentait une pâleur cutanéomuqueuse avec un subictère conjonctival, une hémoglobinurie, sans syndrome infectieux ni tumoral.

L’hémogramme a retrouvé une anémie à 7,4 g/dl normochrome normocytaire régénérative à 170.000/mm3 de réticulocytes, un taux de leucocyte normal à 4.140/mm3 avec une répartition correcte, un taux de plaquette normal à 185.000/mm3 et absence d’anomalie notable sur le frottis de sang.

Le bilan d’hémolyse a montré une bilirubine totale augmentée à 20mg/l avec une bilirubine libre à 18mg/l, les lactico-deshydrogénases (LDH) très élevés à 3.320 UI/l et une Haptoglobine effondrées. Le test de Coombs directe (TCD) était négatif.

Devant ce tableau une cytométrie en flux (CMF) a été demandé à la recherche d’un clone HPN objectivant :

  • Déficit FLEAR/CD 24 sur les granulocytes à 84%
  • Déficit FLEAR/CD 14 sur les monocytes à 85%
  • Déficit en CD 59 sur les GR : type II 6,7%, type III 23.6%, type II + lll 30,3%

Devant ces résultats le diagnostic d’HPN a été posé et traité par des traitements symptomatiques.

En 2016 décision de mettre le patient sous anticorps monoclonal Eculizumab et ceci après vaccination systématique par l’antiméningococcique, associé à un antiagrégant plaquettaire et de l’acide folique. Une nette amélioration clinique et biologique a été noté au bout d’un mois de traitement :

  • Disparition de l’asthénie et de l’hémoglobinurie.
  • Le taux d’hémoglobine à 11g/dl
  • La diminution des LDH à 800 UI/l.

Au bout de 6 mois et faute de disponibilité du produit (Eculizumab), un phénomène de rebond important a été déclenché après l’arrêt du traitement avec réapparition de l’asthénie, l’hémoglobinurie, une augmentation des LDH, et une importante atteinte de la fonction rénale.

Une CMF de contrôle a été réalisée en 2017 objectivant :

  • Déficit FLEAR/CD 24 sur les granulocytes a 77,8%
  • Déficit FLEAR /CD 14 sur les monocytes 84,1%
  • Déficit en CD 59 sur les GR : type ll 3,7%, type III 70,2%

Le patient a été remis sous Eculizumab, cela depuis 4 mois, avec une bonne réponse clinique et biologie (augmentation de l’hémoglobine de 9 à 12,8 g/dl et une diminution de LDH de 1834 vs 830 UI/l).

 

Conclusion

Une meilleure connaissance des bases moléculaires et cellulaires de l’HPN au cours des deux dernières décennies a permis de mieux comprendre la biologie et l’histoire naturelle de l’HPN.

Les progrès de la cytométrie en flux ont conduit à des avancées dans le diagnostic de cette pathologie rare. La rareté de cette maladie a conduit à l’emploi de thérapeutiques variées dont l’intérêt potentiel est difficilement évaluable.

L’utilisation de l’anticorps monoclonal, l’éculizumab, démontrent que l’inhibition du complément terminal contrôle les symptômes et des complications potentiellement mortelles de l’HPN.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  1. Peffaut de Latour R et al. L’hémoglobinurie paroxystique nocturne. Rev Med Int 2010 ;31:200-207.
  2. Richards SJ et al. Application of FCM to the diagnosis of PNH. Cytometry 2000;42:223-233.
  3. Régis Peffault De La Tour – Dr Flore Sicre De Fontbrune – Pr Gérard Socie – Dernière mise à jour : Octobre 2017
  4. Arruda MMAS, Rodrigues CA, Yamamoto M, et al. Hemoglobinúria paroxística noturna: da fisiopatologia ao tratamento. Rev Assoc Med Bras. 2010; 56(2): 214-21.
  5. Garcia AA, Franco RF. Trombofilias adquiridas. Hemostasia e trombose. Medicina, Ribeirão Preto. 2001; 34: 258-68.
  6. Brodsky RA. Paroxysmal nocturnal hemoglobinuria: stem cells and clonality. Hematology Am Soc Hematol Educ Program. 2008; 111-5.
  7. Nomura ML, Surita FGC, Parpinelli MA, et al. Hemoglobinúria paroxística noturna e gravidez. Rev Bras Ginecol Obstet. 2004; 26(7): 579-82.
  8. Brito Junior LC, Cardoso MS, Rocha EG, et al. Frequency of paroxysmal nocturnal hemoglobinuria in patients attended in Belém, Pará, Brazil. Rev Bras Hematol Hemoter. 2011; 33(1): 35-7.
  9. Conférence HPN par Pr HAMLADJI R.M novembre 2007.
  10. HPN PAR Dr Gérard Socié service d’hématologie-greffe de moelle hôpital Saint-Louis-Paris.
  11. Encyclopédie Orphanet Grand Public; Maladies Rares; mai 2007

 

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Prise en charge de l’aplasie médullaire

Les aplasies médullaires (AM) sont des maladies rares caractérisées par une atteinte constitutionnelle ou secondaire du compartiment des cellules souches hématopoïétiques médullaires. Elles se définissent par une insuffisance médullaire quantitative

Au service d’hématologie et de thérapie cellulaire de l’EHU d’Oran

Serradj, N. Yafour, A. Krim, K. Amani, B. Entasoltan, R.A. Bouhass, A. Arabi, M.A. Bekadja,

Service d’Hématologie et de Thérapie Cellulaire. EHU 1er Novembre, Oran, Université Ahmed Benbella 1, Oran.

Date de soumission : 18 Juillet 2019

Résumé : Les aplasies médullaires (AM) sont des maladies rares caractérisées par une atteinte constitutionnelle ou secondaire du compartiment des cellules souches hématopoïétiques médullaires. L’incidence en Algérie est de 2/million d’habitants. Le traitement de première ligne des aplasies médullaires repose soit sur le traitement immunosuppresseur associant, ou non, la ciclosporine A (CSA) et le sérum anti-lymphocytaire (SAL) dans la grande majorité des centres d’hématologie du pays, soit sur la greffe de moelle osseuse. Nous abordons dans ce travail, une revue de la prise en charge diagnostique et thérapeutique de l’aplasie médullaire dans la vraie vie, au niveau du service d’hématologie et de thérapie cellulaire de l’EHU d’Oran ; 62 patients atteints d’AM ont été colligés, sur une période de 10 années de décembre 2008 à décembre 2018, dont 47 sont évaluables. Parmi ces derniers, 26 patients ont reçu de la CSA seule, 11 ont subi une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques, 1 patient a reçu la CSA associée au SAL, 4 patients ont reçu du Danazol®, 2 patients ont reçu du Nilevar®, et 1 patient est en abstention thérapeutique. Deux patients sont décédés avant la mise en route du traitement. Parmi les pts allogreffés, 6 pts (55%) sont en réponse complète et 5 pts (45%) sont décédés. Parmi les patients traités par CSA seule, 15 patients (58%) sont en réponse globale dont 7 en RC et 8 en RP. 8 patients sont perdus de vue et 3 patients sont décédés. 

Mots clés : Aplasie médullaire, immunosuppresseurs, ciclosporine, allogreffe, greffe de moelle, cellules souches hématopoïétiques

Abstract: Aplastic anaemias (AM) are rare diseases characterized by constitutional or secondary damage of the bone marrow hematopoietic stem cells compartment. There incidence in Algeria is estimated to be 2/million inhabitants. The first-line treatment of aplastic anaemia is based on immunosuppressive therapy combining, or not, Ciclosporin A (CSA) and anti-lymphocytic serum (SAL) in the majority of haematologic centres in Algeria, or on HSCT. In this work, we present a review of the diagnosis and therapeutic management of aplastic anaemia, in real life, at the haematology and cell therapy department, EHU Oran. 62 patients with AM were collected, over a period of 10 years from December 2008 to December 2018, of which 44 are evaluable. Of these, 26 patients received CSA alone, 11 received allogeneic bone marrow transplant, 1 received CSA associated with SAL, 4 received Danazol®, 2 Nilevar®, and 1 patient is in wait and see situation. Among the engrafted patients, 6 patients (55%) are in a complete response and 5 patients (45%) have died. Of the patients treated by CSA alone, 15 patients (58%) are in overall response, of which 7 in CR and 8 in PR, 8 patients are lost to sight and 3 are dead.

Key Words: Aplastic anaemia, immunosuppressant, ciclosporin, allograft, bone marrow transplant, hematopoietic stem cells.

 Abréviations

AM …………………………………………………………………………………………………… Aplasie Médullaire

AMM ………………………………………………………………………………….. Aplasie Médullaire Modérée

AMS ………………………………………………………………………………………. Aplasie Médullaire Sévère

AMTS ………………………………………………………………………………. Aplasie Médullaire Très Sévère

BOM ……………………………………………………………………………………….. Biopsie Ostéo Médullaire

CAP ………………………………………………………………………………….. Culot d’Aphérèse Plaquettaire

CG ………………………………………………………………………………………………………. Culot Globulaire

CMF ………………………………………………………………………………………………… Cytométrie en Flux

CMV ………………………………………………………………………………………………….. Cytomégalo Virus

CPMC …………………………………………………………………………………… Centre Pierre & Marie Curie

CSA ……………………………………………………………………………………………………….. Cyclosporine A

CSH ………………………………………………………………………………. Cellule Souche Hématopoïétique

EBMT …………………………………………….. European Group for Blood and Marrow Transplantation

SAL ………………………………………………………………………………………… Sérum Anti Lymphocytaire

EBV ……………………………………………………………………………………………………. Epstein Barr Virus

FNS ………………………………………………………………………………….. Formule Numération Sanguine

FSP ……………………………………………………………………………………… Frottis Sanguin Périphérique

HB…………………………………………………………………………………………………………… Hémoglobine

HBC …………………………………………………………………………………………………….. Hépatite B Virus

HCV …………………………………………………………………………………………………….. Hépatite C Virus

HIV ………………………………………………………………………………… Human Immunodeficiency Virus

HSCT……………………………………………………………………………. Hematopoïetic Stem Cell Translant

HTA ………………………………………………………………………………………….. Hyper Tension Artérielle

PLQ …………………………………………………………………………………………………………….. Plaquettes

PNN……………………………………………………………………………………. Poly Nucléaires Neutrophiles

RC …………………………………………………………………………………………………. Rémission Complète

RP ……………………………………………………………………………………………………. Rémission Partielle

SMD …………………………………………………………………………………… Syndrome Myélodysplasique

TERT/TERC : Gènes codant pour la sous-unité TERT (Télomérase reverse transcriptase) / et la sous-unité ARN TERC (Télomerase RNA component) de la Télomérase humaine

Introduction

Les aplasies médullaires (AM) sont des maladies rares caractérisées par une atteinte constitutionnelle ou secondaire du compartiment des cellules souches hématopoïétiques médullaires. Elles se définissent par une insuffisance médullaire quantitative, secondaire à la disparition complète ou partielle du tissu hématopoïétique, sans prolifération cellulaire anormale ni myélofibrose. L’incidence en Algérie est de 2/million d’habitants (1).

On distingue les AM acquises, où aucun facteur étiologique n’est retrouvé, on parle alors d’aplasie médullaire idiopathique, dans lesquelles la destruction des cellules souches hématopoïétiques est probablement auto-immune associée à des mutations génétiques intrinsèques, des maladies constitutionnelles : aplasies globales, comme la maladie de Fanconi ou la dyskératose congénitale, ou bien aplasie d’une seule lignée comme l’anémie de Blackfan-Diamond (2).

Les principales complications de l’AM sont celles de la pancytopénie et le risque d’évolution clonale (3). Le traitement des aplasies médullaires est indiqué en cas d’AM sévère (critères de Camitta) ou d’augmentation des besoins transfusionnels, et repose soit sur le traitement immunosuppresseur associant ciclosporine A (CSA) et sérum anti-lymphocytaire (SAL) préférentiellement de cheval, soit la CSA seule, dans la grande majorité des centres d’hématologie en Algérie, soit sur la greffe de moelle osseuse (4).

Aujourd’hui, les agonistes du récepteur de la thrombopoïétine (Revolade®) représentent une nouvelle alternative thérapeutique dont l’efficacité est très prometteuse (5-7).

 

Objectifs

Nous proposons dans ce travail, une revue de la prise en charge diagnostique et thérapeutique de l’aplasie médullaire dans la vraie vie, au niveau du service d’hématologie et de thérapie cellulaire de l’EHU d’Oran, ainsi qu’une revue des perspectives thérapeutiques utilisées actuellement dans l’aplasie médullaire.

 

Patients et méthodes

62 patients atteints d’AM ont été colligés sur une période de 10 années, de décembre 2008 à décembre 2018. Notre étude mono centrique, rétrospective a porté sur 47 patients évaluables.

Le diagnostic a été posé sur les critères suivants : hémogramme (FNS+FSP) avec taux de réticulocytes, mettant en évidence une pancytopénie associant une anémie arégénérative sans aspect de dysmyélopoïèse ni de blastose médullaire au myélogramme et aspect d’hypoplasie ou d’aplasie médullaire totale à la biopsie ostéo médullaire.

L’enquête étiologique a permis de rechercher la notion de toxicité médicamenteuse ou autre (phytothérapie, exposition aux insecticides/pesticides… etc.), à l’interrogatoire, l’existence d’un clone HPN, une origine infectieuse virale (HIV ; HCV ; HBC ; EBV ; CMV ; Parvovirus B19) ou bactérienne (syphilis), un bilan immunologique (anticorps anti-nucléaires, facteur rhumatoïde), ainsi que thyroïdien, un syndrome myélodysplasique (SMD), par la réalisation d’un caryotype hématologique médullaire, ainsi que la recherche d’une anémie de Fanconi par un caryotype lymphocytaire (cassures chromosomiques).

À noter qu’une exploration moléculaire a pu être faite dans certains cas évoquant une aplasie médullaire congénitale à la recherche d’une diminution de longueur des télomères (téloméropathie) tel que la dyskératose congénitale.

Un bilan pré-thérapeutique associant un groupage sanguin, la recherche d’anticorps irréguliers, un bilan rénal et hépatique, un ionogramme sanguin ainsi qu’un typage HLA de la fratrie, a été réalisé.

Au plan thérapeutique, les patients ont été traités en fonction de leur âge et du stade pronostic de la maladie selon la classification de Camitta et de l’EBMT (European Group for Blood and Marrow Transplantation).

Aplasie sévère : critères de Camitta (8, 9).

Richesse médullaire à la BOM : < 25 % ou comprise entre 25 et 50 % avec < 30 % de cellules hématopoïétiques résiduelles, et 2 ou 3 des critères suivants :

Neutrophiles < 0,5 G/L ;  Plaquettes < 20 G/L ; Réticulocytes < 20 G/L.

Aplasie très sévère : critères de l’EBMT (8, 9) : idem plus neutropénie < 0,2 G/L.

Les traitements utilisés ont été d’une part les traitements de support (transfusions de culots globulaires rouges (CG), de concentrés d’aphérèse plaquettaire (CAP), antibiotiques) et d’autre part, les traitements dits spécifiques : immunosuppresseurs, allogreffe de CSH.

  • La CSA est débutée à raison de 6mg/kg/j en continu avec ajustement thérapeutique en fonction de la ciclosporinémie (fourchette comprise entre 200 et 400ng/ml) et de l’apparition de signes d’intolérance cliniques : hypertrophie gingivale, HTA, acné, et biologiques : hyperbilirubinémie, élévation de la créatinine, hyperkaliémie (Cf. Tableau 1 : Toxicités de la Ciclosporine A).
  • Le SAL de lapin “Thymoglobuine”, à raison de 2,5mg/kg/j durant 5 jours associé à la CSA (non disponibilité du SAL de cheval “Lymphoglobuline”).
  • Les androgènes (Nilevar® à raison de 2mg/kg/j durant 9 à 12 mois et Danazol® à raison de 800mg/j durant 4 à 6 mois).
  • L’allogreffe de CSH pour les AM sévères.

 Tableau 1 : Toxicités de la Ciclosporine A

Communs
ne nécessitant pas de traitement

Communs
intervention usuelle

Non communs
pouvant requérir à une intervention

Sérieux
intervention usuelle

·   HTA

·   Tremblements

·   Hirsutisme

·   Hyperlipidémie

·   Hypertension (non contrôlée)

·   Tremblements

·   Hyperkaliémie

·   Hypomagnésémie

·   Élévation de la Créatinine

·   Élévation de la BI

·   Érythrose faciale (forme IV)

·   Érythème (forme IV)

·   Paresthésie

·   Hémolyse

·   Hypertrophie gingivale

·   Inconfort abdominal

·   Hyper bilirubinémie

·   Élévation des transaminases

·   Hyperglycémie

·   Acné

·   Diminution des bicarbonates

·   Myosis

·   Troubles visuels

·   Encéphalopathie

·   Syndrome hémolytique urémique

·   Bullose cutanée

·   (Forme IV)

·   Gynécomastie

·   Convulsions

Résultats

Caractéristiques des patients

Parmi les 47 patients évaluables, on note 22 femmes et 25 hommes, avec un sex-ratio F/H de 0,88 et un âge médian de 28 ans (16-87ans).

Manifestations cliniques au diagnostic

Le syndrome anémique était présent chez 39 patients (95%) associé chez 7 patients (15%) d’entre eux à un syndrome infectieux. Un syndrome hémorragique chez 22 patients (46%), une splénomégalie chez 3 patients (6%), et un syndrome d’hypertension portale chez 2 patients (4,25%). Un patient présentait également une fibrose pulmonaire.

Bilan diagnostic

Tous les patients ont présenté des anomalies à l’hémogramme, allant de la thrombopénie isolée à la pancytopénie sévère, avec un taux médian de GB de 2,27 G/L dont 0,5 G/L de polynucléaires neutrophiles, un taux médian de plaquettes de 16 G/L et un taux médian de réticulocytes de 26 G/L.

Le frottis de sang périphérique était désertique chez la quasi-totalité des patients, la biopsie ostéo-médullaire a objectivé une aplasie médullaire totale chez 45 patients (95,75%) et une hypoplasie médullaire chez 2 patients (4,25%) dont un a présenté une amégacaryocytose associée.

Selon le score de Camitta, 21 patients (44%) ont présenté une AM modérée, 18 patients (38%) une AM sévère et 7 patients (15%) une AM très sévère. Une patiente a présenté une hypoplasie médullaire.

Le choix du traitement entrepris a été fait selon l’âge, le score pronostic, la présence d’un donneur HLA compatible dans la fratrie et les besoins transfusionnels.

Bilan étiologique

Le bilan étiologique était positif chez 9 patients (19%) dont 3 patients (33%) avaient une AM liée à une cause toxique (exposition aux insecticides domestiques), 1 patient (11%) une tuberculose pulmonaire, 3 patients (33%) présentaient une hémoglobinurie paroxystique nocturne dans sa forme aplasiante (10) et 2 patientes (22%) étaient enceintes au moment du diagnostic.

L’étude cytogénétique n’a pu être réalisée que chez 18 patients (38%) :

  • Un caryotype hématologique médullaire chez 4 patients (8,5%) : normal chez 3 d’entre eux et la mise en évidence chez un patient de deux délétions, del 6p et del 12p, ce qui a permis de redresser le diagnostic en myélodysplasie.
  • Un caryotype lymphocytaire a été réalisé chez 14 patients, parmi lesquels une anémie de Fanconia été retrouvée chez l’un d’entre eux.
  • La biologie moléculaire a été réalisée chez 2 patients qui présentaient une dyskératose congénitale ayant mis en évidence une mutation de type TERT/TERC.

Traitement

Au moment de l’évaluation, un patient était en abstention thérapeutique et 2 patients sont décédés avant la mise en route du traitement. Au total 44 patients étaient évaluables sur le plan thérapeutique et se répartissaient comme suit :

  • Aplasies modérées (n=20 patients ) : 4 patients ont reçu du Danazol®, 1 patient du Nilevar®, et 15 patients ont été traités par de la CSA en monothérapie. Du point de vue évolutif, 6 patients sont en RC, 6 patients en RP, 2 patients sont perdus de vue et 1 patient est décédé (diagnostic de myélodysplasie par caryotype).
  • Aplasies sévères (n=18 patients) : ont été traitées par CSA (7 patients), CSA + SAL (1 patient), Nilevar® 1 patient, ou par allogreffe (9 patients). Les résultats montrent, 2 décès (patients CSA+SAL et Nilevar), 1 patient RC, 2 patients RP, et 4 patients sont perdus de vue. Parmi les 9 patients ayant subi une allogreffe de cellules souches périphériques, 5 patients sont décédés, 3 patients en RC et 1 patient en rechute.
  • Aplasies très sévères (n=6 patients) : ont été traitées, 4 par CSA seule (4 patients) et par allogreffe (2 patients). Un seul patient est décédé dans le groupe CSA, les autres patients sont vivants en RP ou en RC. (Cf. Tableau 2)

Tableau 2 : Critères de réponse complète ou partielle

Réponse complète

Réponse partielle

HB> 10 g/dl

HB> 8 g/dl

PNN> 1500/mm3

PNN> 500/mm3

PLQ > 100000/mm3

 PLQ > 30 000/mm3

La survie globale des patients, tous traitements confondus, est estimée à 42% à 114 mois (cf. figure 1) avec une médiane de suivi de 12 mois (extrêmes 1 à 114 mois). Tous les patients ayant une aplasie médullaire modérée (AMM) et traités par CSA sont vivants, avec une survie globale de 100%, et une médiane de suivi 19 mois (5 à 113 mois), à l’exception du patient dont le diagnostic a été rectifié en myélodysplasie. La survie globale des aplasies médullaires sévères (AMS) est de 50% à 114 mois avec une médiane de suivi de 15 mois (1 à 114 mois) (cf. figure 2). Dans ce groupe, la CSA semble faire mieux que l’allogreffe avec une survie globale de 86 % vs 32%, cependant les chiffres sont à prendre avec précaution du fait de la petite taille de la série (17 patients). Concernant les AM très sévères (AMTS), la survie globale semble meilleure pour le groupe allogreffé par rapport à celui traité par la CSA : 100% vs 75% à 8 mois avec un plateau jusqu’à 3,5 ans (cf. figure 3).

 

Figure 1 : Survie globale des AM tous traitements confondus : estimée à 42% à 114 mois

tableaué

Figure 2 : Survie globale des AMM vs AMS. (Myélodysplasie exclue dans le calcul de la SG des AMM)

TABLEAU 5

Figure 3 : Survie globale des six AM Très Sévères. 100% des patients traités par allogreffe à 42 mois vs 75% à 8 mois pour les patients traités par ciclosporine

Discussion

Nos résultats sont le reflet de notre contexte de travail et sont concordants avec ceux présentés par les différentes équipes nationales, au cours du XIV Congrès National de la Société Algérienne d’Hématologie et de Transfusion Sanguine (SAHTS) organisé en octobre 2017 à Constantine ; ceci en particulier pour les AMM avec 70% de SG à 10 ans (11). Concernant les AMS, l’équipe du CPMC rapporte une SG de 87% pour 32 aplasies (30 AMS et 2 AMTS) traitées pas CSA seule (12), nous enregistrons à notre niveau 86% de SG à 114 mois pour 8 AMS également traitées pas CSA dont un décès : patient traité par CSA+SAL. Quant aux AMTS notre série est trop restreinte pour être statistiquement exploitable.

 

Conclusion

L’amélioration de nos résultats passe nécessairement, outre un diagnostic plus précoce des syndromes d’aplasie médullaire, par la disponibilité régulière de moyens permettant d’affiner l’approche diagnostique, en particulier au niveau cytogénétique et moléculaire, ainsi que la disponibilité de moyens thérapeutiques tels que la Lymphoglobuline (SAL du cheval) moins hématotoxique que la Thymoglobuline (SAL du lapin) et les agonistes des récepteurs de la thrombopoiétine (Eltrombopag).

En effet, l’apport du Eltrombopag pourrait engendrer un gain significatif en matière de réponse globale pour les patients réfractaires et/ou en rechute avec en perspective de l’associer en 1ère intention au traitement immunosuppresseur chez les patients de plus de 40 ans ou n’ayant pas de donneur HLA compatible (13-16) (cf. Figure 4)

TABLEAU 4

Figure 4 : Algorithme de prise en charge de l’aplasie médullaire idiopathique

SAL : Sérum Anti-Lymphocytaire ; CSA : ciclosporine ; CSH : cellules souches hématopoïétiques.Selon : R. Peffault de Latour & A. Tichelli, Traitement de l’aplasie médullaire idiopathique en 2015, Revue d’oncologie hématologie pédiatrique, volume 3, Septembre 2015.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 Références

 

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Malaise dans la relation soignant soigné en cancérologie. Intérêt d’une formation en psycho-oncologie pour les soignants

La psycho-oncologie est une approche pratique et un soin de support qui s’intéresse, d’un côté au psychisme du patient et sa famille (pensées, émotions, comportements)

 Fettouchi-Oukkal[1], K. Bouzid[2], Service d’Oncologie Médicale, Centre Pierre et Marie Curie, Alger.

Résumé : Nous avons commencé cet article avec une définition de la psycho-oncologie et sa reconnaissance dans le plan cancer en Algérie, puis nous avons abordé l’intérêt d’une formation continue dans cette approche pour les soignants, qui leur permettra un meilleur abord de la relation soignant/soigné qui connait un malaise en Algérie depuis des années surtout lors des annonces (diagnostic et de soins). Nous avons énuméré par la suite les bénéfices de cette formation continue pour le médecin, le paramédical, le psycho-oncologue et le patient. Ce dernier a des besoins importants à différentes étapes de soins qu’il faut reconnaitre. En premier étape « l’accueil » qui peut être angoissant pour lui s’il n’est pas perçu comme humain, puis vient l’étape de « l’annonce » qui déstabilise complètement le patient et ses proches, si elle n’est pas faite dans un cadre organisé comme un dispositif humain, avec un temps pour la révélation de la maladie dans une communication interactive et un temps pour la délivrance du protocole de soins suivi d’éducation thérapeutique. Nous avons défini alors cette « communication » et ses 5 axiomes, selon un auteur connu pour ce concept et son fameux axiome : « on ne peut pas ne pas communiquer ! ». Les réactions habituelles des patients après annonce furent très brièvement mises en tableau après cela, à côté des attitudes souhaitées des soignants. Ces derniers dans leurs tentatives de répondre d’une façon humaine aux besoins des patients devraient pouvoir doser leur attitude empathique et la bonne distanciation avec ces besoins, pour ne pas se consumer eux-mêmes dans un processus d’usure professionnel ou burn out ! Enfin, nous avons terminé l’article sur une donnée récente concernant la mutation qu’a connu ce concept de relation soignant/soigné sous l’angle d’une méthode appelée Process Com, qui s’est développée au départ aux USA, et est présente actuellement dans 120 pays et dans différents secteurs de travail, notamment dans le domaine de la santé. C’est une méthode interactive qui permet au soignant de vite se rendre compte des besoins du fonctionnement de son patient lors de la rencontre, pour ajuster sa communication à ces besoins et attentes d’un lien et soin de qualité.

Mots clés : Malaise dans la relation soignant/soigné en Algérie, formation continue en Psycho-oncologie et Process Com, bénéfices pour le soignant et soigné en cancérologie.

 

Abstract: We started this article with a definition of psycho-oncology and its recognition in the Algerian cancer plan, then we discussed the interest of continuing education in this approach for caregivers, which will allow them a better understanding of the relationship. Caregiver cares who knows a discomfort in Algeria for years especially during the announcements (diagnosis and care). We then listed the benefits of this continuing education for the physicians, nurses, psycho oncologists and patients. The patient has significant needs at different stages of care that must be recognized. In the first stage, the “reception” which can be distressing for him if he is not perceived as human, then comes the stage of “the announcement” which completely destabilizes the patient and his relatives, if not done in an organized setting as a human device, with a time for the revelation of the disease in an interactive communication and a time for the delivery of the care protocol followed by therapeutic education. We defined then this “communication” and its 5 axioms, according to an author known for this concept and its famous axiom: “we cannot not communicate! “. The usual reactions of the patients after the announcement were very briefly tabulated after that, beside the desired attitudes of the caregivers. The caregivers in their attempts to respond in a human way to the needs of patients should be able to dose their empathic attitude and good distance with these needs, not to burn themselves in a process of professional wear or burn out! Finally, we have finished the article on a recent data concerning the mutation that this concept of caregiver relationship has undergone in terms of a method called Process Com, which developed initially in the USA and is currently present in 120 countries and in different sectors of work, particularly in the field of health. It is an interactive method that allows the caregiver to quickly realize the needs of the operation of his patient during the meeting, to adjust his communication to these needs and expectations of a link and quality care.

Key words: Faintness in the caregiver relationship cares in Algeria, continuing education in Psycho-Oncology and Process com, benefits for the caregiver and treated in oncology

 


 

Introduction

Intérêt d’une formation continue en psycho-oncologie pour les soignants

La psycho-oncologie est une approche pratique et un soin de support qui s’intéresse, d’un côté au psychisme du patient et sa famille (pensées, émotions, comportements), aux prises avec la maladie cancéreuse et ses traitements. Elle étudie, évalue, traite et réévalue des problématiques à toutes les étapes de soins et leurs impacts sur la qualité de vie et réinsertion socio-familiale et professionnelle. D’un autre côté, cette approche s’intéresse au soignant (à ses pensées, émotions, attitudes), sa relation avec le patient, qui a une pathologie sérieuse et avec l’institution où il doit trouver les moyens, toujours plus performants, pour traiter ce patient à temps, tout en ne perdant pas de vue sa qualité de vie face aux effets et séquelles physiques et psychosociales des soins. La psycho-oncologie participe donc, avec les autres disciplines, au travail de réflexion et d’action pour la prévention, le dépistage, l’accompagnement et la réinsertion dans une lutte coordonnée pluridisciplinaire.

Cette approche connue dans le monde depuis les années 70 a été fonctionnelle en Algérie d’une façon informelle depuis le début des années 90, dans le seul CAC, à l’époque le Centre Pierre et Marie Curie (CPMC). Mais elle n’a été reconnue officiellement dans le 1er plan cancer qu’en 2015, après une lutte acharnée pratique et scientifique de l’unité informelle en psycho-oncologie du CPMC à travers des journées d’études au niveau national, notamment la 7eme journée du 24 Avril 2014 qui aborda « l’intérêt et place de la psycho-oncologie dans le premier plan cancer en Algérie ? ». Des recommandations sur cette approche pratique ont été remises au coordinateur du plan à l’issue de cette journée, qui les a insérées par la suite dans l’axe 5 et 7 de ce plan. Deux de ces recommandations essentielles (dont découleront logiquement toutes les autres) ont été laborieusement réalisées durant ce quinquennat avec les praticiens. Ce sont en premier lieu la création en Mai 2016 de la Société Algérienne de Psycho-Oncologie « SAPO », pour la promotion de cette approche en Algérie, et en deuxième lieu et sous la direction de la formation du ministère de la santé, l’organisation de la formation continue pratique en Psycho-Oncologie des formateurs, qui formeront à leur tour les psychologues praticiens en cancérologie sous la direction de la tutelle. La SAPO et ses partenaires en formation continue poursuivront le processus avec les autres soignants en cancérologie.

Retombée de la formation continue en psycho oncologie

  • Sur les soignants : Nous aurons essentiellement comme retombée, une acquisition de l’attitude psycho-oncologique, imprégnée d’empathie et d’humanisation du soin, de meilleure communication avec les soignés, une meilleure perception et reconnaissance de leurs besoins, une intégration des stratégies d’interventions pour répondre à ces besoins, ou une détection précoce des réactions psychopathologiques chez ces patients qui permettra une orientation chez les psycho-oncologues. Au niveau personnel, nous souhaitons une meilleure gestion des angoisses et stress au travail avec des programmes préventifs et de gestion des énergies au profit d’une satisfaction et croissance professionnelle.
  • Sur les patients et leurs proches : Nous avons essentiellement comme retombée ici, le sentiment d’un meilleur soutien et accompagnement dans le soin, avec la reconnaissance de leurs besoins lors de l’annonce de la maladie et de décisions thérapeutiques, une meilleure communication et relation soignant/soigné et une satisfaction par rapport aux soins quel que soit le pronostic, une adhésion au traitement et une qualité de vie améliorée avec une aide à la réinsertion après rémission.

 

  • Sur les psycho-oncologues : Nous avons essentiellement comme retombée, l’acquisition d’une attitude de soin enfin spécialisée, avec un statut et identité professionnels, la satisfaction augmentée au travail, une amélioration des aptitudes en communication avec connaissances théoriques, une acquisition de compétences techniques, une détection précoce des besoins et réactions psychopathologiques concernant le patient, sa famille, le soignant, une meilleure intégration dans un travail d’équipe, un meilleur encadrement des étudiants en stage ou recherche, une meilleure coordination avec les soins spécifiques et de support.

 

  1. Intérêt d’une formation dans la relation soignant/soigné
  • La relation soignant/soigné est un lien « humain » qu’il faut soigner

Nous relevons dans nos questionnaires d’évaluation et de recherche avec les patients d’oncologie en Algérie, des réponses portant sur les difficultés qu’ont les soignants à leur communiquer des informations nécessaires, au cours du soin et sur le soin, qui sont à l’origine d’attitudes relationnelles inadaptées. Pourtant, cette relation qui est au cœur de tous les soins en cancérologie, est « un lien humain et un soin de support » qu’il faut cultiver et dans lequel il faut se former. En effet, le patient ne peut accepter et intégrer dans sa nouvelle vie « de malade » les soins conventionnels, souvent lourds et angoissants, sans un lien salutaire et ‘’secure’’.

 

  • Les besoins des patients aux différentes étapes de soins
  • Besoins à l’accueil

Les patients et leurs proches ont besoin dès l’accueil, de structures de soins humains, non hostiles (Centre Anti Cancer ou Anti Tumoral et non pas Anti Cancéreux) ; avec pancartes, prospectus à l’entrée, qui orientent clairement. Ils ont besoin après cela d’un cadre d’hospitalisation serein, voire agréable estomper la souffrance de l’affection.

Le patient, peut alors, suivant sa disposition psychique (à lui), et notre accueil (à nous tous), nous percevoir nous, soignants, dans son lien transférentiel : soit comme des personnes, ‘’Anti Cancer’’, contenantes face à sa détresse ; soit plutôt comme ‘’le cancer’’, agresseurs, indifférents à sa souffrance.

 

  • Besoins à l’annonce :

Le patient associe le cancer à la mort, la souffrance, la mutilation, l’isolement, l’incurabilité. Mais il doit être informé de ce qu’il a, car il est le premier concerné, et bénéficie, ou plutôt subit les traitements lourds.

En effet, la relation soignant/soigné a connu une évolution ces dernières années en Europe (loi du 4 mars 2002), car il y a eu un passage salutaire d’un modèle ‘’paternaliste’’ où la relation soignant/soigné était verticale, hiérarchique, vers un modèle ‘’d’autonomie’’ ; avec une relation partenariale. Ceci a ramené alors de nouvelles obligations comme le droit du patient à l’information et le devoir d’informer du médecin avec le consentement éclairé explicite du patient concernant les soins et la nécessité de communiquer le dossier médical au patient.

  1. L’annonce diagnostic est une « communication » dans une relation de soin 
  • Définition de la communication

C’est un échange entre deux ou plusieurs personnes avec un émetteur du message (le soignant ici), le récepteur du message (le soigné), le message lui-même (l’annonce diagnostic), un canal (verbal et ou analogique) et un code (la langue parlée).

Quelle différence y a-t-il entre communication et information ? La communication est interactive entre deux ou plusieurs personnes. L’information est une transmission de données à sens unique. Lorsque vous regardez le journal télévisé, le présentateur vous transmet une information. Mais si vous ne la comprenez pas, vous ne pouvez pas interagir avec lui pour qu’il précise ses dires.

La communication rassemble plusieurs éléments : l’action, l’interaction, le fait de communiquer, d’établir une relation avec autrui, de transmettre quelque chose à quelqu’un et qu’il y ait un feedback.

  • Les 5 Axiomes de la communication

Il existe de nombreux modèles de communication mais celui de Watzlawick, pragmatique, me semble intéressant à connaitre pour tout médecin. Il se résume en 5 axiomes :

  1. On ne peut pas ne pas communiquer,
  2. Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et est par la suite une métacommunication,
  3. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires,
  4. La communication humaine utilise simultanément deux modes de communication : digital et analogique,
  5. La communication est soit symétrique, soit complémentaire.

Une recherche (Fig1) a évalué l’équation du comportement verbal/non-verbal dans toute situation de communication. Ce graphique illustre ces résultats et les effets du paralangage sur la communication :

 

  1. Intérêt d’un dispositif d’annonce humain et d’éducation thérapeutique

L’annonce est « un acte de soin » qui doit se faire par le médecin traitant sénior, vers la personne seule ou en présence d’un accompagnateur souhaité.

  • Première consultation ou temps d’annonce 

Révéler la vérité et nommer ‘’la maladie ‘’, au cas par cas. Si le patient ne souhaite pas entendre, le mot cancer, parler de tumeur avec lui, choisir ses mots simplement, laisser un temps de silence, écouter, offrir un espace d’échange et répondre simplement aux questions, dire la vérité avec espoir et rassurer en laissant une porte ouverte.

  • Deuxième consultation ou temps d’information 

Pour la délivrance des informations de base concernant les traitements et le projet thérapeutique et le suivi : À quoi servent les traitements proposés ? Quels sont les traitements disponibles ? Les soins de supports disponibles.

L’attitude psycho-oncologique préconisée chez les soignants à partir des réactions des soignés après annonce par exemple (Tableau 1) :

Réactions des patients

Interventions des soignants

Un choc, un déni, une colère, une révolte et anxiété, une négociation, une tristesse voire même une dépression, avant la résignation et acceptation de la lutte.

Écoute,

Attitude empathique,

Information authentique,

L’accompagnement psycho oncologique par tous les soignants pour permettre l’expression, abréaction et adaptation

En France, un infirmier d’annonce est préconisé actuellement pour soutenir le travail du médecin.

Un infirmier senior formé à l’annonce viendra renforcer ce qui a été révélé par le médecin avec des mots plus simples et plus compréhensibles, il peut répondre à certaines questions sur le soin infirmier. Un lien est tissé alors au centre grâce à ces soignants. Mais souvent, lors de la réaction psychopathologique du patient ou de sa famille, avec anxiété et dépression, l’intervention du psycho-oncologue est nécessaire voire même celle du psychiatre de liaison avec intervention pharmacologique.

  • Besoins des patients au cours des différents traitements :
  • La chirurgie mutilante : À l’origine de symptômes d’anxiété, de dépression et parfois fuite de traitement suite à des réactions stigmatisantes de l’entourage immédiat comme, changement d’attitude du conjoint voire même divorce parfois.
  • La radiothérapie brulante : Avec ses séquelles irréversibles angoissantes qui provoquent, suivant la zone irradiée, la perte de fertilité et l’alopécie définitive.
  • La chimiothérapie bruyante : Avec la lourdeur des effets secondaires comme la chute de cheveux, les nausées et vomissements, les nombreuses aplasies lourdes, le teint terreux, la fatigue et le paradoxe de se rendre malade pour guérir est parfois inadmissible pour certains, d’où une souffrance psychologique (risque de refus de terminer le traitement).

Nous retrouvons alors le besoin en éducation thérapeutique :

– Des besoins et attentes chez les patients d’être écoutés et compris et surtout de comprendre, d’apprendre et prévenir des effets secondaires. Besoins en éducation thérapeutique qui feront d’eux de véritables partenaires de soins en donnant au soin une dimension empathique, pédagogique et thérapeutique.

– Des besoins en soins de support pour améliorer la qualité de vie lors des soins, comme la présence d’un nutritionniste avec ses conseils pratiques qui peuvent limiter les nausées et vomissements et problèmes nutritionnels en oncologie médicale, qui peuvent être très compromettants pour la poursuite des soins.

En chirurgie viscérale, le stomathérapeute qui intervient avant et après colostomie pour la gestion de cette dernière et soins quotidiens de la stomie pour éviter des problèmes de qualité de vie.

En sénologie, une kinésithérapeute est indispensable pour apprendre très tôt aux patientes les exercices requis pour éviter les lymphœdèmes, douleurs et problèmes de cicatrisations inesthétiques, une socio-esthéticienne également est indispensable ici pour améliorer l’image du corps et l’estime de soi, sans oublier l’assistante sociale et bénévoles d’associations et réseaux pour les nombreux problèmes et besoins sociaux au cours des soins, et surtout le psycho-oncologue et psychiatre de liaison qui peuvent intervenir à toutes les étapes de soins pour prévenir ou traiter les problèmes psychologiques.

  • Besoins en fin de vie :

Des besoins généralement sont réactivés avec le processus de deuil et les besoins de continuité de soins et accompagnement :

  • Les besoins physiques avec les problèmes nutritionnels, troubles digestifs, les troubles respiratoires, génito-urinaires, moteurs et les handicaps, les besoins psychologiques, la douleur, la fatigue ;
  • Les besoins sociaux avec la souffrance psychique, les perturbations de l’image corporelle, peur de l’abandon ;
  • Les besoins spirituels et remaniement existentiel et recherche d’un sens pour pouvoir accepter ce qui arrive.

Deux principes de soins sont préconisés à cette étape : le premier c’est la thérapeutique palliative qui est l’affaire des soignants qui cherchent à réduire les symptômes très gênants.

Le deuxième c’est l’accompagnement au cours des soins palliatifs, qui est l’affaire de tous les intervenants autour du malade et de ses proches (psycho-oncologues, assistants sociaux, kinésithérapeutes, aides-soignants, ergothérapeutes, spécialiste en spiritualité et incluent aussi des bénévoles) qui interviennent tous avec une congruence, empathie et une considération positive inconditionnelle.

Le soignant en cancérologie, face à toutes ces taches lourdes peut parfois vivre un burn out : informer, donner de l’espoir et assumer le nombre de plus en plus élevé de patients ! Exigences contradictoires à l’origine de difficultés, des soignants. En effet, l’accompagnement, des fois jusqu’à la fin de la vie, bouleverse toutes les habitudes de travail des soignants qui, face à la mutilation de certains traitements et face à la mort des patients, se sentent souvent impuissants. L’épuisement face à la souffrance des patients, question profonde du soignant dont l’objectif est centré plus sur le « guérir » que sur le « prendre soin ».

  • Pour prévenir l’usure : Un travail d’équipe éthique est requis

En assurant l’accueil (avec un interlocuteur qui fait face), en suivant un règlement intérieur du service (pour ‘entrée’, ‘sortie’ et ‘visite’), en permettant un roulement équitable entre les équipes du matin, après midi et soir, en prévoyant des moyens de protection au travail et en veillant au respect des droits et obligations institutionnels.

  • Besoins des soignés enfin, lors de la guérison et réinsertion socio-familiale

Après le traitement, alors que le malade n’a plus ni tumeur ni soins (il n’a plus d’équipe aussi s’occupant de lui, il est seul devant un avenir inconnu et plus ou moins menaçant,) celui-ci peut être victime de troubles anxio-dépressifs importants.

Intérêt alors d’une consultation de rémission, pour les effets à long terme des traitements, pour détecter le plus tôt possible des signes d’une éventuelle rechute et d’un accompagnement psychologique individuel, couple ou familial pour aider à retrouver une image de soi parfois altérée par la maladie, pour faciliter la réinsertion, c’est-à-dire le retour à un équilibre psychologique, relationnel car les séquelles laissées par cette dernière peuvent menacer l’intégrité du couple si ses bases étaient déjà chancelantes! L’accompagnement de la réinsertion professionnelle également reste une des sources essentielles des difficultés post thérapeutiques des personnes ayant été traitées pour une affection maligne.

L’assistante sociale de l’hôpital ou celle de l’entreprise, peut renseigner ou orienter dans ses démarches la personne apte à reprendre un emploi, durant l’arrêt du travail les lois de la sécurité sociale protègent les droits de ces derniers. L’ergothérapeute, peut s’intéresser à l’ergonomie, c’est-à-dire au réaménagement et réadaptation du poste de travail par rapport à avant, vu les pertes et séquelles de la maladie et ses traitements chez certains patients.

Finalement, ce qui résume les besoins des patients lors des différentes étapes de soins allant de l’annonce diagnostic à la fin de vie ou rémission c’est l’attente d’une attitude empathique des soignants envers eux car l’attitude « A-Pathique » néglige leurs émotions ; l’attitude « Anti-Pathique » rejette leurs émotions ; l’attitude « Sym-Pathique » adhère trop à leurs émotions ; mais l’attitude « Em-Pathique » : Permet de comprendre leurs émotions.

Du côté du soignant, il ne faut être ni trop proche pour vivre la douleur à la place du patient, ni trop distant jusqu’à lui paraitre indifférent ! Ne pas être donc ni apathique, ni antipathique, ni sympathique. Il est préconisé d’être plutôt « empathique » avec bonne dose entre cette empathie et la distanciation, pour aider l’autre sans se consumer.

 

  1. Les données récentes : « La Process Communication » :

En psychologie, la relation médecin/ patient est actuellement en pleine mutation, la process com est une approche qui s’est inspirée de la psychanalyse, de la psychologie humaniste et sociale, des théories de la communication.

  • C’est quoi la process com?

Taibi Kahler, un docteur en psychologie aux USA effectue des recherches basées sur l’observation des comportements de ses patients en situation pathologique et non pathologique, il met en route un nouveau modèle de fonctionnement qu’il a appelle process com. Il a eu pour cela en 1970, le prix Éric Berne qui l’a inspiré en disant que : « Le clinicien qui trouvera comment identifier le scénario d’un patient en une séance fera un apport capital en termes de connaissance de l’homme et de son fonctionnement psychologique ».

La NASA, en 1978 finance ses recherches sur la Process Com avec l’évaluation de la compatibilité des équipes en fonction de la typologie de personnalité et la prédictibilité du type de réaction de chaque astronaute en situation de stress léger et sévère.

La process com est un modèle de découverte et de compréhension de sa propre personnalité et de la personnalité des autres, une méthode permettant d’effectuer une prédictibilité du comportement des individus (soumis au stress), un outil de communication performant dans 120 pays, dans le management en entreprise, la formation des commerciaux, le système éducatif, la vie de couple et surtout la relation soignant-soigné.

D’après Eric Berne, les positions de vie dans laquelle nous sommes sont importantes pour expliquer nos façons de communiquer ou au contraire de communiquer. Elles dépendent de la croyance que nous avons en notre propre valeur et en la valeur des autres (Tableau 2).

gejakala

 

La Process Com repose sur deux concepts :

  • La manière de dire les choses a autant et parfois plus d’importance que ce qui est dit, forme ≥ fond
  • La personnalité humaine est composée des caractéristiques de 6 types de personnalité (Figure 2):

soin

(Fig2)

Chaque type de personnalité a des caractéristiques comportementales, des besoins psychologiques, une question existentielle, un mode de perception du monde et des réactions sous stress.

  • Le diagnostic relationnel du patient :

Les premières secondes du premier entretien ont une importance capitale pour le bon déroulement de la relation. Si le patient va manifester des signes d’impatience, s’il va surtout poser des questions cherchant des informations (il est ‘’travaillomane‘’). S’il a besoin de parler de lui, de ses valeurs, de ce qu’il a fait, de son histoire (il est persévérant). Est-ce quelqu’un qui établit d’abord la relation avec le médecin (il est empathique) ? ; ou cherche-t-il plutôt à plaisanter (il est rebelle) ? Est-ce qu’il recherche le challenge et invite tout de suite à la compétition (il est promoteur) ? Ou au contraire, parle-t-il peu et entre-t-il peu en contact (il est rêveur) ?

Bref, le médecin note les premiers signaux montrés par le patient qui lui indiquent sa base probable.

Ces quelques secondes d’observation lui apportent des informations précieuses pour l’aider dans son diagnostic psychologique.

  • Quel sera le bénéfice de la Process Com pour les soignants de cancérologie ?

La réponse sera constatée, dans le meilleur des cas, après les futures sessions de formations.

 

Conclusion :

En consultation, tout est communication et fait sens, tant pour le médecin que pour le patient. L’aspect relationnel est primordial par rapport au contenu. Les comportements du médecin et du patient s’induisent l’un et l’autre sans que nous puissions définir qui est la cause et qui est l’effet. L’analogique et le digital font partie intégrante de toute communication.

La relation de soin est de type complémentaire et l’objectif du médecin est d’aller d’abord vers une réponse aux besoins primaires du patient puis d’en faire un partenaire de soin après éducation thérapeutique.

Intérêt alors de la formation continue psycho-oncologique pour les soignants en Algérie pour une meilleure qualité de soin et de vie du patient et du soignant.

Un programme de formation est tracé actuellement, après un travail d’organisation laborieux, entre la sous-direction de la formation du ministère de la santé et les praticiens psycho-oncologues, et entre ces derniers et la société algérienne de psycho-oncologie « SAPO ». Cela concerne :

  • Une formation en psycho-oncologie pour les psychologues des Centres Anti Cancer, fin 2019, par les psycho-oncologues praticiens formés par l’équipe du Centre de lutte Contre le Cancer Antoine Lacassagne de Nice, France (programme ministériel de 2018).

– Une Formation en relation soignant/soigné, communication et annonce en cancérologie, avec les formateurs précédents dans le cadre de la SAPO et ses partenaires.

 

Date de soumission : 27 Août 2019.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

 


 

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