Les lésions du système nerveux central vont altérer les fonctions de l’appareil locomoteur. Cette altération ne se manifeste pas seulement par une paralysie mais aussi par des déséquilibres musculaires, source de déformations, de douleurs et de raideurs.
A. Barber, Chirurgie de la main, Chirurgie Neuro Orthopédique, Hôpital Européen Marseille
Date de soumission : 24 Décembre 2020
Résumé : Les lésions du système nerveux central vont altérer les fonctions de l’appareil locomoteur. Cette altération ne se manifeste pas seulement par une paralysie mais aussi par des déséquilibres musculaires, source de déformations, de douleurs et de raideurs. En plus des traitements classiques (toxine botulique, rééducation) des techniques chirurgicales de moins en moins invasives doivent être proposées aux patients pour améliorer leur quotidien, leur confort ou celui des soignants. Celles-ci sont brièvement exposées dans leur principe.
Mots clés : Reflexe myotatique, spasticité, toxine botulique, neurotomie, ténotomie, ténodèse.
Abstract: Damage to the central nervous system alter the musculoskeletal functions. This alteration is not only manifested by paralysis but also by muscular imbalances, which cause deformities, pain and stiffness. In addition to traditional treatments (botulinum toxin, rehabilitation), less invasive surgical techniques should be proposed to patients to improve their daily life, their comfort or that of their caregivers. These are briefly explained in principle.
Key words: Myotatic reflex, spasticity, botulinum toxin, neurotomy, tenotomy, tenodesis
Introduction
Les lésions cérébrales, ischémiques, hémorragiques, traumatiques ou dégénératives (comme la sclérose en plaques) entrainent des déficits qui vont toucher toutes les fonctions essentielles.
Lors des lésions localisées aux aires cérébrales responsables de la motricité, les patients vont perdre totalement ou partiellement l’usage de la moitié du corps opposée à la lésion : on parle d’hémiplégie.
When injuries are located on motor areas, the patient will lose motor control of half of is body : we are talking about hemiplagia
Ces lésions partielles, imprévisibles sur le bilan initial, vont entrainer, non seulement une paralysie musculaire, mais également des contractions incontrôlées et des déformations des membres.
La marche, l’usage de la main, vont être altérées, parfois de manière douloureuse.
Si, dans le contexte de lésions cérébrales, il est presque impossible de rétablir la commande d’un muscle paralysé, la modification des contractions musculaires et le traitement de la déformation des membres peuvent permettre l’utilisation d’un membre partiellement lésé.
Des techniques chirurgicales mini-invasives ont été développées, en complément de la rééducation, afin d’aider à la récupération de l’usage partiel, ou complet, de l’articulation, ou du membre lésé.
Contrôle cérébral et réflexe myotatique
Les chaines musculaires se contractent ou se détendent via un arc reflexe à chaque étage de la moelle épinière. Cette contraction reflexe myotatique va être actionnée par l’étirement du muscle et concerner des muscles antagonistes dans la mobilisation d’une articulation.
Cette compétition réflexe est normalement contrôlée par le cerveau via la moelle épinière.
Dans l’interruption de ce contrôle (lésions cérébrales), des déséquilibres vont apparaitre, entrainant une contraction permanente d’un ou plusieurs muscles, limitant la mobilité articulaire. Ce sont les muscles les plus puissants qui généralement prennent l’ascendant (exemple de l’articulation du coude : figure N°1)
.
Figure 1 : Dans l’équilibre du coude, les muscles fléchisseurs plus puissants que les extenseurs vont entrainer une position fixée en flexion.
Si cette contraction perdure, le muscle va perdre sa capacité d’extension et une rétraction va apparaitre, bloquant la mobilité articulaire, même passive (schéma n°2)

Flexion irréductible des deux coudes
Analyse des déformations
Dans l’examen clinique, il est fondamental de chercher à séparer les différentes composantes de la déformation afin de pouvoir cibler au mieux la thérapeutique, la plus appropriée.
Quels sont les muscles dont la commande est volontaire ? bien synchronisée ? on analyse la mobilité active. Quels muscles sont paralysés et relâchés ? C’est la paralysie flasque. Quels muscles sont contractés en permanence et cèdent par à-coups ? C’est la spasticité. Quels sont les muscles rétractés ? Les articulations sont-elles enraidies ? Un même muscle peut être à la fois partiellement paralysé, spastique et rétracté….

Pour séparer ces différentes composantes, en plus de l’examen clinique, on utilise volontiers des anesthésies locales, afin de paralyser momentanément un muscle en vue de tester sa souplesse et la souplesse articulaire. On peut injecter, de la toxinique botulique pour entrainer un relâchement musculaire persistant plusieurs mois.
Cette phase peut être suffisante, mais aussi considérée comme un test prolongé de ce qui peut être offert de manière définitive par un geste chirurgical.
Correction chirurgicale des déformations
L’objectif va être de modifier les tractions musculaires déformant l’articulation en tachant de conserver la capacité fonctionnelle des muscles encore actifs. Pour ce faire, on peut utiliser plusieurs techniques :
Nous pouvons affaiblir un muscle, s’il n’est pas rétracté, en le paralysant : c’est une section nerveuse ou neurotomie.
Si le muscle est rétracté il faut allonger le tendon ou complètement le sectionner : c’est une ténotomie.
On peut également déplacer l’insertion d’un tendon pour en changer l’action déformante, c’est un transfert tendineux.
La stabilisation d’une articulation peut nécessiter l’utilisation d’un système de « frein » pour limiter un mouvement, par exemple la flexion du poignet : c’est une ténodèse.
Chez l’adulte cérébrolésé, au niveau des membres l’atteinte articulaire est rare, les gestes de chirurgie osseuse sont donc exceptionnels.
Les neurotomies
La section du nerf va se faire par un abord direct. On va par exemple paralyser partiellement les fléchisseurs du coude pour aider son extension.
On peut être amené à réaliser une lésion chimique du nerf lorsque celui-ci est difficile d’accès en injectant de l’alcool.
Les ténotomies
On peut décoller les muscles de leur insertion osseuse mais la technique la plus utile est d’allonger les tendons dans leur gaine à l’aide d’aiguilles tranchantes à travers la peau.
Ces ténotomies sont faites après palpation du tendon (figure 6 et 7) ou sous contrôle échographique (figure 8)

Figure 06

Figure 07

Figure 08
Les ténodèses
Pour empêcher une déformation gênante de se reproduire, en l’absence de muscle capable de corriger cette déformation, on va implanter un tendon artificiel inextensible qui va la limiter.
Lors de déformation fixée du poignet (figure 9) on va allonger les fléchisseurs des doigts et tendre entre le carpe et le radius plusieurs bandelettes synthétiques qui vont empêcher la flexion du poignet (figure 10).
Cette bandelette synthétique inextensible est passée dans le trajet des tendons extenseurs (figure 10). Elle permet de garder le poignet dans une position neutre même en l’absence de fonction. Grace a quelques mini-incisions, on arrive à retrouver un aspect proche de celui d’une main normale.



Figure 10 : Vue du trajet des bandelettes sous le ligament annulaire dorsal (Pièce anatomique)
Conclusion
Les patients cérébrolésés nécessitent dans leur prise en charge précoce une orientation multidisciplinaire. Les outils thérapeutiques sont nombreux et la place d’une intervention chirurgicale neuro orthopédique doit être estimée en fonction d’un objectif toujours précis et partagé. Celui-ci peut être fonctionnel, cosmétique, de nursing, antalgique.
L’évolution des techniques, de moins en moins agressives, permet de proposer ces interventions à un nombre croissant de patients. L’information des différents soignants encore insuffisante, est essentielle pour la mise en place de ces interventions, chacun devant valider ce choix thérapeutique en fonction de l’objectif défini.
Il s’agira de retrouver une préhension, ou simplement de faciliter l’habillage, de pouvoir faire quelques pas pieds nus, de ne plus porter de chaussures orthopédiques etc.
Chaque patient est différent, ce qui rend les choix thérapeutiques difficiles … mais précieux.
Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Iconographie : Collections personnelles des auteurs.
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