Profils épidémiologiques, cliniques, histopathologiques et thérapeutiques du cancer du rein :

Le cancer du rein représente 3% des cancers de l’adulte et son incidence est en nette augmentation. Notre travail a pour objectif d’effectuer une étude rétrospective concernant 60 cas de cancer du rein colligés au Service d’Oncologie Médicale du Centre de Lutte contre le Cancer d’Oran,

 

 

S. Zeroual, B. Larbaoui, Service d’Oncologie Médicale, Centre de Lutte contre le Cancer d’Oran, Faculté de médecine d’Oran

 Date de soumission : 15 Novembre 2020.

Résumé : Le cancer du rein représente 3% des cancers de l’adulte et son incidence est en nette augmentation. Notre travail a pour objectif d’effectuer une étude rétrospective concernant 60 cas de cancer du rein colligés au Service d’Oncologie Médicale du Centre de Lutte contre le Cancer d’Oran, sur une période de 06 ans entre janvier 2014 et décembre 2019, afin d’analyser les aspects épidémiologiques, cliniques, histopathologiques et thérapeutiques de cette affection. Il s’agissait de 43 hommes et 17 femmes, avec une moyenne d’âge de 52 ans (extrêmes : 16-73 ans). Les facteurs de risques les plus fréquemment observés étaient l’hypertension artérielle (48%) suivi par le tabagisme (33%). Le motif de consultation le plus fréquent était des lombalgies unilatérales (55%), une hématurie (26%), une masse lombaire (06%). Sept cas (11%) ont été découverts fortuitement. Le diagnostic a été retenu sur des arguments cliniques, radiologiques et anatomopathologiques. Le principal type histologique de ces tumeurs était le carcinome à cellules claires (89%). Et Le traitement reposait sur la chirurgie associée aux thérapeutiques ciblées anti-angiogéniques.

Mots clés : cancer du rein, profils épidémio-histologiques, thérapie ciblée, néphrectomie.

 

Abstract: Kidney cancer accounts for 3% of adult cancers and its incidence is on the rise. Our work aims to carry out a retrospective study of 60 cases of kidney cancer collected at the medical oncology department of the Oran Cancer Centre, over a period of 06 years between January 2014 and December 2019 in order to analyse the epidemiological, clinical, histopathological and therapeutic aspects of this disease. Forty-three men (43) and seventeen women (17) were collected with an average age of 52 years. The most frequently observed risk factors were high blood pressure (48%) followed by smoking (33%). The most frequent reason for consultation was unilateral low back pain (55%), haematuria (26%), lumbar mass (06%). Seven cases (11%) were discovered incidentally. The diagnosis was made on clinical, radiological and pathological arguments. The main histologic type of these tumours was clear cell carcinoma (89%). And the treatment was based on surgery combined with targeted antiangiogenic therapy.

Key words: kidney cancer, epidemic-histological profiles, targeted therapy, nephrectomy. 

 

Introduction 

Le cancer du rein est un cancer rare, il représente 3% des tumeurs solides de l’adulte [1]. Il est le troisième cancer urologique par ordre de fréquence, après le cancer de la prostate et de la vessie [2]. Son incidence est en augmentation progressive ces dernières décennies du fait du progrès permanent de l’imagerie avec l’utilisation de plus en plus répandue de l’échographie et de la tomodensitométrie (TDM) qui ont permis d’augmenter à près de 70% le diagnostic et la détection précoce de tumeurs de petite taille [3,4].

La prise en charge des cancers du rein a fortement évolué du fait du développement des techniques chirurgicales (chirurgie laparoscopique, robotique), et la meilleure compréhension de l’oncogenèse de ce cancer a permis l’avènement des thérapies ciblées (anti-angiogéniques), qui ont révolutionné la prise en charge des formes métastatiques et localement avancées, remettant ainsi en cause la place de la néphrectomie élargie dans la séquence thérapeutique des formes métastatiques [4].

Matériel et méthodes 

Notre travail est une étude rétrospective et descriptive portant sur 60 cas de cancer du rein colligés au Service d’Oncologie Médicale du Centre de Lutte contre le Cancer d’Oran, sur une période de six ans, allant de Janvier 2014 à Décembre 2019.

Le recueil des données a été effectué à partir des dossiers médicaux des patients. Les variables étudiées étaient : l’âge, le sexe, les facteurs de risque, le type histologique, le stade tumoral, le grade de Fuhrman, la symptomatologie révélatrice, et la conduite thérapeutique.

Résultats 

Au cours de notre période d’étude, nous avons noté 60 cas de cancers rénaux avec une moyenne d’âge de 52 ans. Le plus jeune patient avait 16 ans et le plus âgé avait 73 ans. Nous avons constaté une prédominance masculine soit à 78% pour les hommes vs 22% pour les femmes. Le facteur de risque le plus fréquemment observé était l’hypertension artérielle (48%) suivie par le tabagisme (33%) (Tableau 1).

Tableau 1 : Caractéristiques des patients

 

Effectif

Pourcentage %

Age

16-73

 

Moyenne

52

 

Sexe

Masculin

43

71

Féminin

17

29

Facteurs de risque

HTA

28

48

Tabac

19

33

Obésité

06

10

Diabète

11

18

Autres

10

16

 

La symptomatologie clinique était polymorphe, dominée par des signes urologiques : Le motif de consultation le plus fréquent était une douleur lombaire dans 33 cas (55%), une hématurie dans 16 cas (26%), une masse lombaire dans 4 cas (06%).

Le délai moyen écoulé entre l’apparition des symptômes et la consultation été de 7 mois avec des extrêmes de 1 mois à 2 ans. Les examens d’imagerie médicale les plus utilisés étaient l’échographie abdominale (26% des cas) et la Tomodensitométrie (100% des cas) (Tableau 2)


 

Tableau 2 : Caractéristiques cliniques de patients

 

Effectif

Pourcentage %

État général

I                                                       

43                                     

71

II                                                      

15                                     

25

III                                                     

02                                     

04

Symptômes

Douleur                                          

33                                     

55

Hématurie

16

26

Masse Lombaire                           

04

06

Découverte fortuite                     

07

11

Moyens de diagnostic

Échographie                                  

16

26

Tomodensitométrie                     

60

100

Les types histologiques les plus fréquemment notés dans notre série étaient le carcinome à cellules claires a (89%), suivie par tubulo-papillaire à (11%). 30cas de tumeurs soit 50% étaient de bas grade (Grade I et II) pendant que 10 tumeurs (16%) étaient de Grade III, et 5 (08%) de Grade IV. Après le bilan d’extension les stades IV étaient les plus fréquents (58%). La localisation privilégiée de ces métastases était pulmonaire dans 48% des cas (Tableau 3).

La conduite thérapeutique dans notre série était principalement basée sur la néphrectomie et la thérapie ciblée pratiquée selon le stade de la maladie.

Tableau 3 : Caractéristiques histopathologiques et thérapeutiques

 

Effectif

Pourcentage %

Type Histologique

Carcinome a cellules claires

54

89

Tubulo-papillaire                                  

06

11

Grade de Fuhrman

I-II

30

50

III

10

16

IV

05

08

Sites métastatiques

Poumon

11

28

Os

08

16

Foie

06

14

Système nerveux central

02

06

Traitement

Néphrectomie

25

40

Thérapie ciblée

40

66

Néphrectomie /Thérapie ciblée        

35

58

Discussion

A l’issue de notre recrutement, nous avons obtenu 60 patients atteints d’un cancer du rein sur une période de six ans. L’âge moyen de survenue était variable selon les auteurs (49 ans dans la série de Fall et al., [4] ; 61 ans dans la série de Peyromaure et al., [6]. Dans la notre, l’âge moyen est similaire 52 ans. Le sexe masculin était significativement plus touché que le sexe féminin, avec un sex-ratio de 3/1. Ce résultat est proche de celui de Sidharth et al., et de Peyromaure [5,6]. Cette prédominance est en rapport direct avec la consommation tabagique insignifiante dans notre population féminine. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés, associés à cette pathologie, notamment le tabagisme, l’obésité et l’hypertension [7]. Dans notre étude, nous retrouvons de la même manière comme principaux antécédents, les facteurs de risque, dont l’hypertension artérielle et le tabac, respectivement chez 48% et 33% des cas. Le délai de diagnostic est de 10 mois dans la série de Fall, 5 mois dans la série Janane, et de 7 mois dans notre série.

Les circonstances de découverte étaient prédominées par la douleur lombaire (73%), suivi de l’hématurie (26%) à l’opposé des taux retrouvés dans la littérature où l’hématurie représente le signe révélateur dans 40% et la douleur 10 à 30% [8]. La tomodensitométrie abdominale avec éventuel balayage thoracique est l’examen de référence pour le diagnostic et l’extension locorégionale du cancer du rein [10], et elle était réalisée à 100% dans notre série. Les métastases synchrones représentent 25% des cas.

Sur le plan histologique, la prédominance de carcinome rénal à cellules claires que nous avons observée est également rapportée par Hashmi et al., [8].

Nous avons constaté que la néphrectomie était le traitement de référence des tumeurs non métastatiques ce qui rejoint l’étude de Fall et al., [4,9].

Concernent les formes métastatiques, les recommandations thérapeutiques dépendent essentiellement du type histologique et de la classification pronostique [10]. Le traitement repose principalement sur les thérapeutiques anti-angiogéniques. Dans notre étude on a remarqué une efficacité remarquable avec une tolérance relativement correcte, on peut néanmoins observer les effets indésirables suivants : une asthénie, une anorexie, des mucites, de la diarrhée, une hypertension artérielle, voire même une hypothyroïdie, qui varient selon la classe thérapeutique.

Conclusion

Bien que rare, le cancer du rein a connu plusieurs progrès thérapeutiques permettant l’amélioration de la prise en charge de cette affection. Devant cet arsenal thérapeutique, l’enjeu maintenant est de choisir parmi ces différentes thérapeutiques le meilleur traitement à prescrire pour chaque malade en première ligne de traitement ou après progression de la maladie.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Iconographie : Collection personnelle de l’auteur.


 

Références

 

  • Ljungberg B, Campbell SC, Choi HY, Jacqmin D, Lee JE, Wei-kert S, et al. The epidemiology of renal cell carcinoma. Eur Urol. 2011 ;60 :615–21.
  • T, Lindner. V, Matau. A, Roy. C, Lang. H. Cancer du rein. EMC 2010 ;18-096.
  • L, Tarone. RE, McLaughlin.JK. The epidemiology of renal cell carcinoma. J Urol 20 ;176(6Pt1) :2353-8.
  • B, Diao. B, Sow. Y, Thiam. A, Fall. PA, et al. Le cancer du rein de l’adulte au Sénégal : aspects épidémiologiques et cliniques actuels et évolution du profil sur les deux dernières décennies. Prog Uro 2011 ;21(8) :521-26.
  • JN, Rouprêt. M, Lang. H, Long. JA, Neuzillet. Y, Patard. JJ, et al. prise en charge du cancer du rein actualités et recommandations. Prog Urol.
  • M, Delongchamps. NB, Roffi. F, Debré. B, Zerbib. M. Résultats de la néphrectomie élargie à ciel ouvert : à propos d’une série de 230 patients. European Association of Urology (EUA)
  • B, Figenshau. RS, Yan. Y, Venkatesh. R, Bhayani. SB. Pathological features of renal neoplasms classified by size and symptomatology. J Urol. 2006 ;176 :1317-20.
  • C. Traitements du cancer du rein. Prog Urol. 2010 ;20 :799-801.
  • JJ, Baumert. H, Corréas. JM, Escudier. B, Lang. H, Long. J A, et al. Oudard. S, Cornub. JJ, Rouprêt. M, Patard. JJ. Traitement anti-angiogénique et cancer du rein

 

 

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RCP Expérience du service d’urologie de l’EHU d’Oran

Le cancer du rein représente 3% des cancers de l’adulte et son incidence est en nette augmentation. Notre travail a pour objectif d’effectuer une étude rétrospective concernant 60 cas de cancer du rein colligés au Service d’Oncologie Médicale du Centre de Lutte contre le Cancer d’Oran,

 

 

S. Taleb (*1), M. Haffaf (*2), H. M’Hamedi (1), S. Kerroumi (1), C. Ouanezar (1), A. Lansari (1), A. Bazzi (1) ; M. J. Yousfi (1)

(1) EHU 1er Novembre 1954 Oran

(2) EHUR de la Sûreté Nationale d’Oran

 

Date de soumission : 15 Novembre 2020.

 

Résumé : Le plan cancer définit le processus des démarches diagnostiques et thérapeutiques en s’appuyant sur la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), qui a lieu depuis 2015 au sein de notre service. L’organisation des RCP s’est beaucoup améliorée depuis son instauration, elle est devenue bimensuelle et voit la participation d’au moins trois spécialistes différents, dont un urologue et un oncologue. Ce travail évalue le temps de discussion accordé à chaque pathologie, à chaque stade et à chaque tranche d’âge, ainsi que la participation effective de chaque spécialiste en rapportant le nombre de leurs interventions.

Mots clés : Réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), temps de discussion, nombre d’interventions.

 

Abstract: The cancer plan defines the process of diagnostic and therapeutic approaches based on the multidisciplinary meeting (MDM), which has taken place since 2015 in our department. The organization of MDM has been improved a lot since its inception, it has become bimonthly and sees the participation of at least three different specialists, including a urologist and an oncologist. This work assesses the discussion time given to each pathology, at each stage and at each age group, as well as the effective participation of each specialist by reporting the number of their interventions.

Keywords: Multidisciplinary meeting (MDM), discussion time, number of interventions.


 

Introduction 

Mis en place lors de l’instauration du premier plan cancer Algérie 2014-2019 dans une nouvelle politique de lutte contre le cancer, cette réunion avait pour seul objectif d’améliorer la prise en charge du malade cancéreux, son apport a été démontré dans plusieurs études. Par ailleurs, ces réunions doivent être efficaces et intelligentes, basées sur des règles précises de fonctionnement. L’organisation est basée sur la mise en place d’une coordination entre divers intervenants, avec une secrétaire dédiée pour encadrer les réunions, le rythme de leur organisation, la traçabilité des dossiers, fiches de RCP, suivi des décisions, (plan cancer).

Ces réunions sont récentes, instaurées dans le monde depuis 2002, se basant sur une multidisciplinarité, la mise en commun des compétences individuelles avec discussion de tous les nouveaux cas et surtout des cas complexes qui ne répondent pas aux recommandations.

En urologie, la prise en charge du cancer est particulière comparée à d’autres spécialités chirurgicales d’une part pour sa multiplicité, sa variabilité organique urinaire ou gonadique, sa diversité histologique ; de ce fait la prise en charge qui va du diagnostic au traitement doit répondre à une rigueur scientifique, des critères de qualité, afin d’ajuster un parcours thérapeutique et de claveter un projet de soins personnalisé.

Historique

L’instauration systématique de la RCP d’onco-urologie à l’EHU d’Oran était le fruit de la volonté du service d’oncologie médicale et du service d’urologie. Les réunions ont débuté en 2015 par une réunion mensuelle, par la suite devenue bimensuelle, après l’augmentation du nombre de dossiers.

L’enregistrement des patients était obligatoire pour toute pathologie maligne quel qu’en soit le stade, mis à part certains cancers de vessie localisés déjà en retard diagnostique et thérapeutique.

Le quorum a été enrichi par la suite par un radiologue libéral devenu radiologue référent en urologie, par l’équipe d’anatomopathologie de l’EHU d’Oran, un radiothérapeute du centre anti-cancer d’Oran, remplacé par un radiothérapeute libéral.

La participation à une RCP implique une sélection des dossiers à la consultation, la préparation d’une présentation sur un support audiovisuel, la participation à la discussion durant la réunion, à l’enregistrement, et à l’information des patients de la proposition thérapeutique retenue.

Objectif de l’étude

L’augmentation du nombre de dossiers de patients nous a amené à établir une nouvelle organisation au service d’urologie avec création d’un secrétariat dédié à la réunion de concertation pluridisciplinaire permettant une meilleure coordination entre les participants des différentes spécialités.

L’objectif de l’étude est l’évaluation de l’expérience réellement vécue de ces réunions, par l’évaluation de la participation active des différents intervenants, ainsi que l’évaluation du temps accordé à chaque dossier.

Matériel et méthodes

Nous avons étudié le registre RCP d’onco-urologie durant une période de 13 mois, entre mai 2019 et mai 2020, qui a vu l’organisation de 26 réunions pluridisciplinaires, en relevant l’âge des patients, le sexe, la pathologie et le stade, ainsi que le nombre de médecins présents par spécialité.

Nous nous sommes intéressés également au temps de discussion de chaque dossier, ainsi que le nombre de médecins intervenants, selon leurs spécialités respectives.

Nous avons essayé de chercher les facteurs influençant le temps de discussion, et le nombre d’intervenants selon la spécialité. Toutes les données ont été traitées sur un tableau Excel avec étude des coefficients de corrélation.


 

Résultats

  • Médecins

La présence de différents spécialistes était la condition pour atteindre le quorum, cependant la présence d’urologues et d’oncologues seulement était acceptée pour valider 3 réunions (11%).

En moyenne : 9,12 médecins étaient présents aux réunions, avec un maximum de 14, toutes spécialités confondues. Les médecins oncologues étaient absents dans une réunion (3%) : le jour de la réorganisation du personnel hospitalier dans la lutte contre la Covid-19. Une à deux anatomopathologistes étaient présentes au cours de toutes les séances jusqu’à leur réquisition en service Covid. Un radiologue et un radiothérapeute référents étaient présents dans 74,9% des réunions (19 réunions). Le nombre moyen d’urologues présents était de 4,68, avec un maximum de 8. Le nombre moyen d’oncologues était de 3,56 avec un maximum de 6. Par contre, le nombre moyen d’anatomopathologistes, de radiologues, et de radiothérapeutes était respectivement de 0,84, 0,64 et de 0,6 (Figures 1 et 2)

Figure 1 : Nombre moyen de médecins présents par spécialité et par réunion

Figure 2 : Évolution du nombre de médecins par spécialité

 RCP2


 

  • Patients

Le nombre des dossiers de patients discutés au cours des RCP était très variable d’une séance à l’autre, la moyenne était de 15,5 dossiers par réunion, avec un maximum de 25 dossiers, et un minimum de 08 dossiers.

Le nombre de dossiers était fluctuant durant l’année (Figure 3), avec une courbe de tendance légèrement ascendante.

Nous avons relevé une augmentation exponentielle du nombre de dossiers par mois, avec un pic au mois de décembre durant lequel nous avons eu à discuter 60 dossiers, puis une diminution progressive à partir du mois de mars, probablement suite à la propagation de l’épidémie de la Covid-19 où le nombre de consultations et d’orientations a été drastiquement réduit.

Figure 3 – nombre total de dossiers discutés par réunion

RCP3

Le sexe masculin était prédominant dans toutes les réunions avec en moyenne 13,7 hommes pour 1,7 femmes.

Le nombre total de dossiers discutés dans notre série était de 403 patients répartis en 357 hommes (89%) et 45 femmes (11%).

L’âge moyen des patients de notre étude est de 64,67 ans (allant de 4 ans à 90 ans)

L’âge moyen observé chez les hommes : 65,24 ans (allant de 17 à 90 ans), est plus élevé que chez les femmes : 60,68 ans (allant de 04 à 88 ans)

Figure 4 : Répartition des patients par groupe d’âge et par sexe

RCP4

La courbe à une tendance nettement exponentielle entre 0 et 69 ans puis on observe un fléchissement à partir de 70-74 ans. Le mode se situe autour de 70 ans (Figure 4).

 

  • Pathologies

Nous avons discuté pendant cette période 403 dossiers de malades dont la pathologie était variée et dont la fréquence dépendait du stade clinique.

Le cancer prostatique était la pathologie la plus fréquemment enregistrée et discutée (161 dossiers, 40% de l’ensemble des dossiers) répartis ainsi : 37% localisés (61), 37% métastatique (60), 17% localement avancés (28) et 9% récidivants (14).

Le cancer de vessie était la deuxième pathologie la plus discutée avec 137 dossiers (34%) répartis ainsi : 39% localisés (52), 35% métastatique (47), 20% localement avancés (27) et 7% récidivants (9).

Le cancer du rein ne représentait que 16% avec un nombre de 64 dossiers répartis en 31% localisés (20), 44% métastatique (28), 16% localement avancés (10) et 9% récidivants (6).

Enfin les tumeurs de la voie excrétrice représentaient 5% avec 21 dossiers majoritairement localisés 9 (42,85%) et métastatiques 6 (28,57%) (Figure 5).

Figure 5 : Répartition du nombre total des pathologies discutées

RCP5

Figure 6 : Nombre de dossiers discutés par séance et par organe

RCP6

  • Temps de discussion
  • Le temps total de discussion

Le temps total de discussion était reparti entre prostate 45%, vessie 29%, Rein 13%, voie excrétrices 8%, Testicule 3%, Verge 2% (Figure 7).

Figure 7 : Répartition du temps total de discussion par organe

RCP7

  • Le temps moyen de discussion

Le temps moyen de discussion était plus court pour les trois pathologies les plus fréquentes (prostate 172,98 secondes, Vessie 154,81 sec et le Rein 127,20 sec) que pour les autres pathologies (Testicule 205 sec, Voie excrétrice 216,14 sec), cependant le temps moyen de discussion le plus long était réservé aux tumeurs de la verge (236 sec) (Figure 8).

Figure 8 : Temps moyen de discussion (secondes) par organe

RCP8

  • Le temps moyen de discussion par stade

Toutes pathologies confondues, le temps moyen de discussion était plus important dans les stades localement avancés, localisés puis métastatiques.

Dans le cancer de prostate, la discussion était plus longue dans les formes localement avancées, en second lieu les formes métastatiques suivies par les formes localisées dont le temps de discussion n’étaient pas différentes de celui des formes récidivantes après chirurgie.

Pour les tumeurs de vessie, le temps de discussion était plus important dans les formes localement avancées, localisées puis métastatiques

La discussion sur les récidives après chirurgie des cancers du rein était bien plus importante que dans les formes localement avancées, métastatiques et localisées (Figure 9 et 10).

Figure 9 : Temps moyen de discussion (secondes) par stade de la tumeur

RCP9

Figure 10 : Temps moyen de discussion (secondes) par pathologie

RCP10

  • Temps de discussion et âge

L’analyse de ces résultats avec l’âge ne laisse entrevoir aucune corrélation entre l’âge des patients et le temps de discussion du cas concerné, l’absence de corrélation entre les deux données est confirmée par le coefficient de corrélation, lequel est plus proche de 0 (Figure 11)

Figure 11 : Corrélation âge et temps de discussion

RCP11

 

  • Temps de discussion et nombre de dossiers discutés

Nous n’avons pas trouvé de corrélation entre le temps moyen de discussion et le nombre de cas discuté par séances de RCP (Figure 12)

Figure 12 : Corrélation temps moyen de discussion et nombre de cas par séance

RCP12

  • Temps de discussion et nombre de cas par pathologie

Nous avons retrouvé un coefficient de corrélation plutôt élevé : le temps moyen de discussion est globalement inversement proportionnel au nombre de cas par organe atteint (pour les cas les plus fréquents, la discussion est bien rodée, et donc plus courte) (Figure 13).

Figure 13 : Corrélation entre le temps de discussion et le nombre de cas par pathologie

RCP13

 

  • Nombre d’intervenants

Figure 14 : Nombre moyen d’intervenants selon le stade de la tumeur

RCP14

Toutes pathologies confondues, le nombre moyen d’intervenants était plus élevé dans la discussion des tumeurs récidivantes (4,67) et métastatiques (4,40), que celle des tumeurs localisées (3,82) (Figure 14). Le nombre moyen d’intervenant était plus élevé dans la discussion des dossiers de tumeurs de verge métastatique et tumeurs surrénaliennes métastatiques. Nous remarquons plus d’intervenants dans la discussion des tumeurs de la voie excrétrice quel qu’en soit le stade. Dans la pathologie prostatique, il y a plus d’intervenants dans les formes récidivantes après un premier traitement que dans les autres formes avec un nombre minimal d’intervenants dans les formes localisées.

Nous n’avons trouvé aucune corrélation entre l’âge du patient et le nombre d’intervenants quelle que soit la spécialité.

  • Nombre moyen d’urologues et oncologues intervenants

Nous avons comparé la moyenne du nombre d’intervenants dans la discussion de dossiers entre urologues et oncologues. L’inclusion des autres spécialités était statistiquement biaisée vu leur faible nombre.

Figure 15 : Nombre moyen d’intervenants urologues et oncologues par pathologie

RCP15

À chaque stade de pathologie, les urologues interviennent autant de fois que les oncologues, ces derniers interviennent plus dans deux pathologies, les récidives après traitement premier d’une TVES, d’une tumeur rénale et dans la prise en charge des tumeurs rénales localement avancées (Figure 15).

Figure 16 : Nombre moyen d’intervenants urologues et oncologues par organe

RCP16

Figure 17 : Nombre moyen d’intervenants urologues et oncologues par stade tumoral

RCP17

À l’analyse de résultats, les urologues interviennent d’une moyenne égale dans toutes les pathologies, avec une domination pour la prostate et la vessie, par rapport aux oncologues, les urologues interviennent à tous les stades avec une moyenne égale, par ailleurs les oncologues interviennent plus de deux fois dans le stade métastatique et le récidivant (Figures 16 et 17).

Discussion

La RCP est une activité nouvelle dans l’emploi du temps d’un spécialiste qui prend en charge les patients cancéreux, et nécessite une organisation particulière. L’implication d’une secrétaire/coordinateur est d’autant plus nécessaire que les réunions voient la participation de plusieurs médecins externes à l’hôpital (médecins libéraux, ou venant de structures publiques de la région), son rôle est crucial dans la programmation, changement de date, transmission du PV de la réunion à l’ensemble des participants, s’assurer de la transmission du rapport médical au patient.

Le bénéfice de ces réunions sur la prise en charge des malades et sur la formation des médecins a été prouvé par plusieurs études (1,2,4).

Cependant l’enquête faite par Descotes et al., (4) a bien démontré le caractère chronophage de ces RCP, et que certaines études ont montré que dans 98% ces de nouveau cas de cancer urologique ; la discussion aboutit dans la plupart de cas à une conduite à tenir similaire à celle que le chirurgien aurait tenue en l’absence de RCP (3,4).

Notre étude n’avait pas pour objectif de démontrer le caractère positif de ces réunions mais a bien démontré l’influence du nombre de la discussion de nouveaux cas à enregistrer dans le temps de discussion, que ce temps n’était pas influencé par l’âge des patients toutes pathologies confondues.

La discussion dépend de la pathologie, de son siège, du stade, elle est plus longue dans les dossiers des stades localement avancés et récidivants après un premier traitement, que dans les formes métastatiques et localisées. La discussion est également plus étalée dans les pathologies rares.

Le nombre moyen d’intervenants montre l’intérêt de ces réunions qui ont pour objectif l’interactivité et la transversalité. Dans diverses pathologies, l’urologue intervient autant que l’oncologue avec une légère supériorité dans les pathologies fréquentes (vessie et prostate) ; cet esprit d’échange qui a une grande valeur pédagogique (5) est confirmé dans la discussion des pathologies métastatiques qui sont autant de fois autant discutées par l’urologue que l’oncologue.

Conclusion

La RCP est une réunion d’échange de pratiques et de décisions, notre étude a démontré malgré le caractère chronophage de ces réunions que les urologues sont fortement mêlés et impliqués dans l’organisation, dans la décision et dans la prise en charge des cancers urologiques quel que soit leur stade.

La diversité des pathologies et de leurs traitements exige à plusieurs cas, des traitements multimodaux et nécessite un temps de discussion plus long avec plusieurs intervenants, ceci nous oblige à structurer ces réunions,

  • Établir un système informatique d’échange de dossiers à discuter avant la date de la réunion pour les rendre moins longues et afin d’augmenter le nombre de dossiers discutés.
  • Utiliser une plateforme numérique de e-RCP, initiée par le service d’urologie de l’EHU en collaboration avec les différents spécialistes, afin d’élargir la participation à différents spécialistes de la région, en leur garantissant un accès à distance.
  • Se limiter à l’enregistrement des dossiers qui répondent à une action standard dont la conduite à tenir ne suscite pas une discussion de prise en charge
  • Discuter les dossiers complexes comme les pathologies rares, l’échec de traitement de première ligne, et les urgences thérapeutiques en priorité
  • Création des réunions de recours pour les dossiers dont la décision est difficile soit en hors recommandation ou discuter un dossier régional.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

  • Whelan, J. M., C. D. M. Griffith, and T. Archer. “Breast cancer multi-disciplinary teams in England: much achieved but still more to be done.” The Breast 15.1 (2006): 119-122.
  • Sharma, Ricky A., Ketan Shah, and Eli Glatstein. “Multidisciplinary team meetings: what does the future hold for the flies raised in Wittgenstein’s bottle?.” The Lancet. Oncology 10.2 (2009).
  • Acher, Peter L., et al. “Improving outcomes in urological cancers: the impact of “multidisciplinary team meetings”.” International Journal of Surgery 3.2 (2005): 121-123.
  • Descotes, J-L., et al. “Évaluation des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) en cancérologie dans la région Rhône-Alpes : une enquête de terrain.” Progrès en urologie 20.9 (2010): 651-656.
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