Épidémiologie des cancers en Algérie.

Les registres du cancer sont des outils privilégiés pour étudier les caractéristiques épidémiologiques des cancers et évaluer les orientations sanitaires prises pour améliorer leur prise en charge. Le premier registre des cancers est attribué à la ville de Hambourg en Allemagne, les premiers registres français ont vu le jour entre 1975 et 1978 (1.2).

 

 

 

DIFI, K. BOUZID, Centre Pierre et Marie Curie (CPMC), Alger.

Date de soumission : 22 Septembre 2019.

 

Résumé : Introduction : L’incidence, la mortalité, la survie sont des indicateurs épidémiologiques fondamentaux pour évaluer les politiques de santé publique et estimer les besoins en prise en charge de la population. L’objectif de cet article est de présenter les dernières actualisations de ces indicateurs et s’inscrit dans l’axe stratégique N°6 du Plan Cancer Algérien 2015-2019. Méthodes : Les données sont essentiellement issues du réseau national des registres du cancer au cours de l’année 2015, fournies et mises à jour par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). Et les données GLOBOCAN 2018 éditées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) le 12 septembre 2018, agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur le cancer. Résultats : En 2015, le nombre de nouveaux cas de cancers en Algérie est estimé à 42.720 cas, soit 17.088 hommes et 25.632 femmes. Le taux d’incidence standardisé est de 115,4 chez les hommes et 128,1 chez les femmes. Chez l’homme, les cancers les plus fréquents sont les cancers du côlon-rectum, les cancers du poumon, de la prostate et de la vessie. Chez la femme, les cancers les plus fréquents sont les cancers du sein, les cancers colorectaux, la thyroïde et les cancers du col utérin. Le réseau national des registres du cancer (RNRC) couvre plus de la moitié de la population algérienne (68%) avec des données indispensables à la recherche et la lutte contre le cancer. Discussion: Le cancer est actuellement l’un des principaux problèmes de santé publique en Algérie. Le taux d’incidence des cancers est en forte augmentation. Cette augmentation est due à la transition épidémiologique, marquée par l’évolution démographique, l’augmentation de l’espérance de vie, la dégradation de l’environnement et les habitudes toxiques en particulier le tabagisme. Les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein et les cancers colorectaux chez la femme et les cancers colorectaux et du poumon chez l’homme. La survie à 5 ans des patients cancéreux est faible en Algérie par rapport aux autres pays développés. Une grande partie de ces cancers peuvent être prévue tandis que d’autres peuvent être détectés à un stade précoce. Conclusion : En Algérie, le cancer s’inscrit aujourd’hui parmi les nouveaux besoins prioritaires en santé publique. Ceci souligne la nécessité d’intensifier les efforts déjà déployés en matière de prévention, de diagnostic et de traitement du cancer.

Mots clés : Épidémiologie, incidence, survie, registre de population.

 

Abstract: Introduction: Incidence, mortality and survival are key indicators to assess public health policies and estimate the needs of the population for cancer management. The aim of this article is to provide the more current estimates of these indicators, in line with the sixth operational objective of the 2015-2019 Algerian Cancer Plan. Methods: The data are mainly derived from the National Network registries during the year 2015. Provided and updated by the International Agency for Research on Cancer (IARC) and the GLOBOCAN 2018 published by the International Agency for Research on Cancer (IARC) in September 12, 2018, a specialized agency of the World Health Organization (WHO) on cancer.  Results: In 2015, the number of new cases of cancer in Algeria was estimated at 42.720 cases (17.088 men and 25.632 women). The standardized rate of incidence stands at 115.4 in men and 128.1 in women. The most common cancers in men are colorectal cancers, lung cancer, prostate cancer and bladder cancer. In women the most common is breast cancer, colorectal cancer, thyroid cancer and cervical cancer. The National Network of Cancer Registries (RNCD) covers more than half of the Algerian population (68%) with essential data for research and the fight against cancer. Discussion: Cancer is becoming a new priority in public health in Algeria. The incidence of cancer is increasing. This increase is due to the epidemiological transition, marked by demographic change, increasing life expectancy, environmental degradation and toxic habits especially smoking. The most common cancers are breast and colorectal cancers in women and colorectal and lung cancers in men. The five-year survival of cancer patients is low in Algeria as compared to other developed countries. Many of these cancers can be predicted while others can be detected at an early stage. Conclusion: In Algeria, cancer is now one of the new priority needs in public health. These results highlight the need for intensifying the efforts already made in cancer prevention, diagnosis, and treatment.

Keywords: Epidemiology, incidence, survival, neoplasm, registry

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Introduction

Les registres du cancer sont des outils privilégiés pour étudier les caractéristiques épidémiologiques des cancers et évaluer les orientations sanitaires prises pour améliorer leur prise en charge. Le premier registre des cancers est attribué à la ville de Hambourg en Allemagne, les premiers registres français ont vu le jour entre 1975 et 1978 (1.2).

En Algérie, on est passé par plusieurs étapes : Le 1er Registre Algérien est celui de la wilaya de Sétif en 1989. À Alger, le 1re registre consacré aux cancer digestifs est mis en place en 1992 puis étendu à l’ensemble des localisations et deviendra le registre des tumeurs d’Alger en 1992. Le registre de la wilaya d’Oran est mis en place en 1994 (3.4).

Actuellement une vingtaine de wilayas sont couvertes par des registres, travaillant en réseau coordonné par le registre de Sétif depuis février 2014 (Réseau National des Registres du Cancer RNRC)

Matériel et Méthode

Mise en œuvre de l’arrêté Numéro 22 du 18 Février 2014, institutionnalisation de l’enregistrement des registres du cancer en Algérie (5). Le réseau national des registres du cancer (RNCD) couvre plus de la moitié de la population algérienne (68%). Cette large couverture a permis de fournir des données fiables. Les données de GLOBOCAN 2018 éditées par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) ; agence spécialisée de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur le cancer, fournit les estimations les plus récentes pour 28 types de cancers dans 184 pays pour l’année 2012 et permet également des projections dans le futur.

Résultats

On estime que le fardeau mondial du cancer a aujourd’hui atteint 18,1 millions de nouveaux cas et 9,6 millions de décès en 2018. Un homme sur cinq et une femme sur six dans le monde développeront un cancer au cours de leur vie, et un homme sur huit et une femme sur 11 vont mourir de cette maladie. A l’échelle mondiale, le nombre total de personnes vivant avec un cancer dans les cinq ans suivant le diagnostic, appelé prévalence à cinq ans, est estimé à 43,8 millions (6.7).

En Algérie, en se basant sur les données du réseau national des registres de cancer 2014, ayant ciblé une population de plus de 20 millions d’habitants, soit 68% de taux de couverture, le nombre de nouveaux cas enregistrés pour toutes les localisations chez les deux sexes est de 42.750, avec un taux brut de 106,8 pour 100.000 habitants, et un taux standardisé par rapport à la population mondiale de 115,4 pour 100.000 habitants (tableau 1).

Chez l’homme

Le nombre de nouveaux cas enregistrés pour l’année 2015, toutes localisations confondues est de 17.088 avec un taux standardisé par rapport à la population mondiale de 102,5 pour 100.000 habitants. Les cancers les plus incidents chez l’homme sont les cancers du côlon rectum, du poumon, de la prostate et de la vessie (tableau 2).

Chez la femme

Le nombre de nouveaux cas enregistrés pour l’année 2015, toutes localisations confondues est de 25.632 avec un taux standardisé par rapport à la population mondiale de 128,1 pour 100.000 habitants (tableau 1). Chez la femme, les cancers du sein dominent, suivis des cancers colorectaux, de la thyroïde, du col utérin et de l’estomac (tableau 3).

Projections 2015-2020-2025

Les projections 2015-2020-2025 pour les localisations, chez l’homme sont estimées pour 2020 à 23.072 nouveaux cas et pour 2025 à 28.962 nouveaux cas (Figure 1).

Les projections 2015-2020-2025 pour les localisations chez la femme sont estimées pour 2020 à 26.962 nouveaux cas et pour 2025 à 32.069 nouveaux cas (Figure 1).

Les projections 2015-2020-2025 pour les localisations chez les deux sexes sont estimées pour 2020 à 50.034 nouveaux cas et pour 2025 à 61.031 nouveaux cas (Figure 1).

Taux de survie

La survie nette standardisée chez les adultes (15 à 99 ans) des cancers de l’estomac, du côlon, du rectum, du foie, des poumons, du sein, du col utérin, des ovaires, de la prostate et de la leucémie était faible (4) (tableau 4).

Discussion

Le cancer est en train de devenir un fléau mondial. D’après les données épidémiologiques les plus récentes, ce fléau atteint de plus en plus les populations des pays à faible et moyen revenu (5).

En Algérie, le cancer s’inscrit aujourd’hui parmi les nouveaux besoins prioritaires en santé publique.

Cette tendance est accentuée par la croissance et le vieillissement de la population, l’urbanisation, ainsi que les changements du mode de vie qui vont induire une augmentation rapide de l’incidence. L’absence de mesure préventive, le retard au diagnostic, l’insuffisance d’établissements et de matériels dédiés font que, si des mesures ne sont pas prises rapidement, la mortalité par cancer va continuer à progresser au même rythme que l’incidence.

Le cancer du poumon est au 2ème rang chez l’homme. Son incidence reste faible comparée à celle des pays industrialisés. L’augmentation de l’incidence suit parfaitement l’augmentation de la prévalence du tabagisme en Algérie. L’âge médian de survenue est de 61 ans (3.11).

Les cancers colorectaux sont les cancers digestifs les plus fréquents aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Les cancers colorectaux se situent au 1er rang des principales localisations chez l’homme et au 2ème rang chez la femme. L’âge médian au moment du diagnostic est de 65 ans. Le cancer colorectal occupe une position intermédiaire entre les pays industrialisés et les pays en développement. Les données sont similaires dans les pays du Maghreb (3.10.12).

L’incidence brute du cancer colorectal chez les hommes algérois a doublé entre 2008 et 2016 (12,5 en 2008 à 25,2 pour 100.000 habitants) (13) ; ce qui impose la mise en place rapide d’un programme de lutte (prévention primaire et dépistage).

Les cancers de la prostate et de la vessie sont en nette augmentation ces dernières années (3).

Chez la femme, près de 40 % des cancers féminins sont représentés par le cancer du sein. Son incidence continue son ascension et se rapproche inexorablement de l’incidence mondiale (80 nouveaux cas pour 100.000 femmes) (13). L’âge moyen des sujets atteints de cancer du sein est de 52,5 ± 12,1 ans et un âge médian de 49 ans (14.15). L’incidence du cancer du sein augmente notablement dès 35-39 ans et enregistre deux pics à 45-49 ans et 50-44 ans et diminue au-delà de 74 ans (16.17). Les cancers des voies biliaires et de la thyroïde sont en nette augmentation (3.18). Le cancer du col de l’utérus est en légère diminution ces dernières années et se trouve en quatrième position (18).

Pour espérer inverser la tendance actuelle d’une mortalité par cancer proche de l’incidence, plusieurs conditions devraient être remplies :

  • Formation médicale en cancérologie des ressources humaines.
  • Mise en place les structures nécessaires à l’activité pluridisciplinaire (20.21)
  • Information de la population sur l’intérêt majeur de la prévention et du diagnostic précoce.
  • Prise en compte les soins palliatifs.

 

Conclusion

Le développement du plan cancer nécessite la présence d’une volonté pour la reconnaissance du cancer comme problème prioritaire, l’existence d’un potentiel de compétences humaines et d’infrastructures, ainsi que l’existence d’une société civile dynamique. L’objectif primordial de toute mesure doit être toujours centré sur le patient qui demeure au cœur de l’engagement de tous.


 

Tableau 1 : Incidence globale de cancer en Algérie, 2015.

 

Nombre de cas

Taux Brut

Taux standardisé

Hommes

17,088

105

102,5

Femmes

25,632

108,5

128,1

Total

42,720

106,8

115,4

 

Tableau 2 : Incidence des principales localisations du cancers chez l’ homme ,Algérie ,31 Décembre 2015,

Localisations

Nombre de cas

Taux brut

Taux standardisé

 

 

100,000

100,000

Colo-rectum

3,539

16,9

19,8

Poumon et bronches

2,856

13,6

16,4

Prostate

2,090

10,0

13,1

Vessie

2,583

12,3

8,9

Estomac

1,292

6,2

6,1

LNH

924

4,4

4,9

NPC

756

3,6

4,3

Leucémies

305

1,5

5,8

Larynx

441

2,1

3,2

 

 Tableau 3 : Incidence des principales localisations du cancers chez la femme ,Algérie ,31 Décembre 2015.

Localisations

Nombre de cas

Taux brut

Taux standardisé

 

 

100,000

100,000

Sein

11,603

55,3

62,0

Colo-rectum

3,003

14,3

10,6

Thyroïde

1,575

7,5

7,1

Col de l’ Utérus

1,134

5,4

6,7

Estomac

819

3,9

3,6

Vésicule biliaire

714

3,4

4,3

LNH

798

3,8

3,6

Leucémies

546

2,6

3,2

 

Figure 1 : Courbe des projections annuelles de l’incidence du cancer en Algérie, 2015-2025.

Tableau 4 : La survie nette standardisée pour les adultes atteint de tumeurs malignes en Algérie.

 

Localisations

Survie estimée(%) avec un IC à 95%

Estomac

10,3 (6,7-14,0)

Côlon

57,2 (45,6-68,9)

Rectum

45,5 (36,3-54,8)

Foie

17,5 (11,7-23,4)

Poumon

14,8 (11,2-18,4)

Sein

59,8 (48,6-71,1)

Col utérin

55,1 (49,8-60,4)

Ovaire

41,8 (22,2-61,4)

Prostate

58,5 (51,2-65,9)

Leucémies

13,6 (6,7-20,5)

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

 

  1. Source : manuel publié par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), auteur Jensen
  2. En 1999, on comptait près de 200 registres des cancers à travers le monde. Autres dates d’intérêt : 1943 : Danemark, 1950 : Canada, 1952 : Norvège, 1954 :Islande
  3. Hamdi-Cherif M, Sekfali N, Coleman MP. Incidence of cancer in the wilaya of Sétif, Algeria. Bull cancer. 1991; 78(2):155–167
  4. Cancer epidemiology in Algeria: best use of cancer registers. L. Abid J. Afr. Cancer (2009) 1:98-103 DOI 10.1007/s12558-009-0019-y.
  5. Hamdi Cherif M, Zaidi Z, Abdellouche D, Hamdi S, Lakhdari N, et al. Registre du cancer de Sétif (Algérie): incidence, tendance et survie, 1986–2005. J Afr Cancer. 2010; 2(4):245–258.
  6. Données accessibles sur http://globocan.iarc.fr/Pages/online.aspx
  7. Forman D, Bray F, Brewster DH, Gombé Mbalawa Ch, Kohler B, Pineros M, Steliarova, Foucher E, Swaminathan R andFerlay J Cancer in five continents volume X Lyon IARC Scientific Publications 2014; N°164:1365.
  8. Bray F, Znaor A, Cueva P, Korir A, Swaminathan R, Ullrich A, Wang AS et Parkin DM Planification et développement des registres du cancer basés sur la population dans les pays à revenu faible et intermédiaire Lyon Publications techniques du CIRC. 2014; N°43.
  9. Forman D, Bray Tangka FK, Subramanian S, Edwards P, Cole-Beebe M, Parkin DM, Bray F, Joseph R, Mery L, Saraiya M; Resource requirements for cancer registration in areas with limited resources: Analysis of cost data from four low and middle-income countries. Cancer Epidemiol. 2016; 25. Parkin DM, Kramárová E, Draper GJ, Masuyer E.
  10. Jensen OM, Parkin DM, Mac Lennan R, Muir CS, Skeet RG. Enregistrement des cancers principes et méthodes. IARC publications scientifiques no 95, Lyon, France.
  11. Zanetti R, Tazi MA, Rosso S. New data tells us more about cancer incidence in North Africa. Eur j Cancer.2010; 46(3):462–466.
  12. Ferlay J, Soerjomataram I, Ervik M, Dikshit R, Eser S, et al. Globocan 2012 v1.0, Cancer incidence and mortality worldwide: IARC cancer base no
  13. International agency for research on cancer. 2013; Lyon, France. Registre des Tumeurs d’Alger 2016
  14. Chaher N, Arias-Pulido H, Terki N, Qualls C, Bouzid K, Verschraegen C, et al. Molecular and epidemiological characteristics of inflammatory breast cancer in Algerian patients. Breast Cancer Res Treat 2012;131(2):437–44.
  15. Corbex M, Burton R, Sancho-Garnier H. Breast cancer early detection methods for low- and middle-income countries, a review of the evidence. Breast 2012;21(4):428–34. http://dx.doi.org/10.1016/j.breast.2012.01.002 [Review].
  16. Guendouz H, Chetibi W, Abdelouahab A, Bendib A. Cancer du de cancer du sein de la femme de moins de 35 ans : étude rétrospective, a propos de 612 cas société française de sénologie et de pathologie mammaire. La lettre du sénologue, 52.
  17. Bray F. Transitions in human development and the global cancer burden. In: Wild CP, Stewart B, eds. World cancer report. 2014. Lyon: International Agency for Research on Cancer, 2014.
  18. Sylla BS, Wild CP. A million Africans a year dying from cancer by 2030: what can cancer research and control offer to the continent. Int J Cancer. 2012;130:245-50
  19. Plan national cancer 2015-2019, nouvelle vision stratégique centrée sur la maladie, October 2014. Available at http://www.sante.dz/plan_national_cancer.pd
  20. Chardot C, Fervers B, Bey P, Abbatucci JS, Philip T. Standards, options et recommandations pour l’organisation pluridisciplinaire en cancérologie. Bull Cancer. 1995;10:780-94.
  21. UICC – Guide pour l’Organisation d’un Plan National de Contrôle du Cancer à l’usage des Organisations Non Gouvernementales.

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Le cancer du sein. Aspects anatomopathologiques et moléculaires

Le cancer du sein est classé au premier rang des cancers de la femme dans le monde (près d’un million de nouveaux cas par an). Au U.S.A, 150.000 nouveaux cas/an, en France, 50.000 nouveaux cas/an.

 

Chaher 1,2, B. Achouak 1,2, S. Chater 1,

1Service d’anatomie et de cytologie pathologiques. EHS Salim Zemirli, EL Harrach, Alger.

2 Université d’Alger1, Faculté de Médecine d’Alger.

 Date de soumission : 29 Juin 2019.

Résumé : Le cancer du sein est classé au premier rang des cancers de la femme dans le monde (un million de nouveaux cas par an). En Algérie, son incidence est en nette croissance. Le pathologiste joue un rôle clé dans la prise en charge du cancer du sein, dans d’une équipe pluridisciplinaire ; et ce, en posant le diagnostic, en analysant les facteurs pronostiques et prédictifs de la tumeur et en évaluant l’efficacité thérapeutique. Une prise en charge anatomopathologique optimale des prélèvements est le garant d’un diagnostic précis et d’une prise en charge thérapeutique adéquate. L’avènement de nouvelles techniques, notamment de biologie moléculaire, a permis de grandes avancées dans la compréhension de la carcinogénèse, de l’agressivité tumorale et de la sensibilité ou résistance à un protocole thérapeutique donné. Nous proposons de passer en revue le rôle du pathologiste dans les différentes étapes du diagnostic et dans le profilage de la tumeur.

Mots clés : cancer du sein-diagnostic-anatomie pathologique- biologie moléculaire.

 

Abstract: Breast cancer is classified at the first rank of woman cancers in the world (one million new cases per year). In Algeria, the incidence is increasing. The pathologist plays a key role in the management of the breast cancer among a team. He makes the diagnosis, appreciates the prognosis markers and evaluates the treatment efficacy. Optimizing the tumour samples management by the pathologist leads to a precise diagnosis and to the right treatment. The spread of new molecular biology technologies leads to the carcinogenesis knowledge, the understanding of the tumour aggressiveness, the sensitivity or resistance to treatment. We propose to review the pathologist role during the different stages of the diagnosis and in the tumour profiling.

Key words: Breast cancer- diagnosis- pathology- molecular biology.


 

  1. Introduction

Le cancer du sein est classé au premier rang des cancers de la femme dans le monde (près d’un million de nouveaux cas par an). Au U.S.A, 150.000 nouveaux cas/an, en France, 50.000 nouveaux cas/an.

En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le cancer du sein est le premier cancer de la femme. Il représente 14 à 42% de tous les cancers féminins (1). En Algérie, son incidence est en nette croissance : 62,4 en 2008 ; 69 en 2013 ; 75,7 en 2014 et 79,7 pour 100.000 femmes en 2015 (2).

Le pathologiste joue un rôle clé dans la prise en charge du cancer du sein dans une équipe pluridisciplinaire ; et ce, en posant le diagnostic, en analysant les facteurs pronostiques et prédictifs de la tumeur et en évaluant l’efficacité thérapeutique. L’avènement de nouvelles techniques a permis de grandes avancées dans la compréhension de la carcinogénèse, de l’agressivité tumorale et de la sensibilité ou résistance à un protocole thérapeutique donné.

  1. Démarche diagnostique
  1. La cytoponction : (à l’aiguille fine) permet le recueil d’un matériel cytologique dont l’analyse permet de soulever le diagnostic de cancer du sein. La cytoponction est déconseillée pour les foyers de microcalcifications, car le caractère invasif ou non d’une prolifération maligne reste difficile à apprécier. La réalisation d’un cytobloc pourrait s’avérer utile pour le diagnostic.
  1. La biopsie percutanée : représente un important progrès dans l’exploration des lésions mammaires. Leur analyse morphologique permet une meilleure caractérisation de la lésion. L’appréciation de nombreux facteurs histopronostiques et biologiques est rendue possible. Cette nouvelle pratique a l’avantage de réduire considérablement le délai diagnostique ainsi que le nombre de cas nécessitant un examen extemporané.

Les microbiopsies sont réalisées sous anesthésie locale avec des aiguilles fines de 14 à 18 Gauges. Elles permettent de prélever des carottes tissulaires. Cette procédure est effectuée à l’aide d’un guidage clinique ou échographique en cas de masse palpable ou mammographique en cas de microcalcifications. Cette procédure est idéale pour les lésions ACR 5 (lésions présentant une forte probabilité de malignité qui nécessite un contrôle histologique) (3).

Les macrobiopsies sont réalisées par guidage mammographique, sur table stéréotaxique (mammotome), sous anesthésie locale. Cette procédure est adaptée aux microcalcifications. Ce système permet d’effectuer des prélèvements réguliers sur 360°. Le pathologiste peut établir un diagnostic précis, grâce à l’analyse de prélèvements de grande taille intéressant la totalité de la lésion mammaire. Des clips sont mis en place dans le but de pouvoir repérer ultérieurement la topographie de la lésion.

  1. L’exérèse chirurgicale diagnostique
  • Apport de l’examen extemporané : Si le trépied diagnostique est discordant et/ou si le type de la lésion reste encore incertain, une exérèse chirurgicale sous contrôle extemporané est réalisée. L’opérateur attend du pathologiste une réponse qui devra guider la suite de l’intervention, statuant sur le caractère bénin ou malin de la lésion. Dans certains cas, la lésion peut rester difficile à classer ; dans ce cas le pathologiste est tenu de différer sa réponse. Les situations de sa réalisation ont considérablement diminué grâce à l’introduction de la biopsie dans la stratégie diagnostique.
  1. L’examen anatomopathologique de la pièce opératoire réalise une étape cruciale dans la prise en charge diagnostique du cancer du sein. Il détermine par ailleurs, la conduite thérapeutique ultérieure. L’examen anatomo-pathologique comporte :


 

  • L’examen macroscopique : Une prise en charge macroscopique adéquate du prélèvement est le garant d’un diagnostic précis et fiable. L’étape macroscopique permet d’identifier la tumeur, de la mesurer, de la décrire ; d’apprécier les limites d’exérèse et de détecter d’éventuelles lésions associées.
  • L’examen microscopique : Cette étape permet d’établir le diagnostic en précisant le type histologique en se basant sur la classification de l’OMS 2012 (4). Cette classification tient compte des données morphologiques, immunohistochimiques et génétiques, elle a le mérite d’être exhaustive.

Le carcinome infiltrant de type non spécifique (absence de critères morphologiques qui caractérisent les types spéciaux), est la forme la plus fréquente des carcinomes infiltrants (80%) (Fig.1). Il correspond à un diagnostic d’exclusion. Le carcinome lobulaire infiltrant : représente 10% des carcinomes infiltrants, il se caractérise par une tendance à la multifocalité et à la bilatéralité. Il existe plusieurs variantes architecturales et cellulaires. Dans un ordre de fréquence moindre, seront retrouvés les types micropapillaire, papillaire, mucineux et cribriforme. Les autres types histologiques sont rares voire exceptionnels : carcinomes à cellules claires riches en glycogène, carcinomes à cellules riches en lipides, carcinomes à différenciation neuroendocrine.

  1. Facteurs pronostiques

Il convient de distinguer les facteurs pronostiques des facteurs prédictifs. Les facteurs pronostiques servent à apprécier le risque de rechute locale et métastatique ainsi que le risque de décès chez des patientes traitées par chirurgie première. L’analyse des facteurs pronostiques permet de moduler l’attitude thérapeutique ; alors que les facteurs prédictifs permettent d’apprécier la capacité de la tumeur à répondre à un traitement médical (hormonothérapie, chimiothérapie, immunothérapie).

La conférence de consensus de 1999 du collège des pathologistes américains (CAP) a introduit la notion de facteurs décisionnels et non décisionnels (5).

  1. Facteurs pronostiques cliniques 
  • L’âge : est considéré par de nombreux auteurs comme facteur pronostique indépendant. Les jeunes femmes dont l’âge est inférieur ou égal à 35 ans ont un risque 4 fois plus élevé de développer des récidives locales que les femmes âgées de plus de 55 ans après traitement conservateur (6). Le risque de décès lié au cancer est maximal chez les femmes de moins de 30 ans et de plus de 70 ans (7).
  • L’association à une grossesse : la survenue d’un cancer du sein en cours de grossesse et en post-partum (dans les 12 mois après l’accouchement) est considérée comme un facteur de mauvais pronostic (8).
  • Le Stade TNM : Bien que l’appréciation clinique de la taille tumorale et de l’envahissement ganglionnaire soit moins fiable que l’appréciation histologique, le stade TNM, permet d’établir l’opérabilité de la tumeur et d’avoir une approche pronostique. Le taux de survie à 5 ans de tumeurs M1 (présentant des métastases à distance) est inférieur à 10%. Le cancer inflammatoire (T4d) représente une entité particulièrement agressive (9). Il est important de savoir l’identifier en raison de le nécessité de l’instauration d’une chimiothérapie en néoadjuvant.
  1. Facteurs pronostiques histologiques 
  • Le type histologique : Certains types histologiques sont de pronostic favorable, tels que les carcinomes tubuleux, mucineux, cribriforme adénoïde kystique et médullaire (10). Le carcinome micropapillaire est considéré comme une entité agressive.
  • Le grade histopronostique de Scarff Bloom et Richardson (SBR) modifié par Elston Ellis est basé sur la différenciation tubulo-glandulaire (cotation 1 à 3), les atypies cytonucléaires (cotation 1 à 3) et l’index mitotique (cotation 1 à 3). Les scores 3 et 4 correspondent à un grade I (grade faible) ; les scores 5, 6 et 7 correspondent à un grade II (grade intermédiaire) ; les scores 8 et 9 correspondent à un grade III (grade fort). Le grade SBR constitue un facteur pronostique important et indépendant pour le risque métastatique et la survie dans les deux groupes N+ et N-. La corrélation avec la survie est établie ; 21% de décès liés au cancer à 15 ans pour les grades I, contre 50% et 59% pour les grades II et III respectivement (11).
  • La taille tumorale histologique est d’une grande valeur pronostique. La corrélation de la taille tumorale avec l’envahissement ganglionnaire est établie. La survie globale à 5 ans passe de 91% pour les tumeurs de moins de 20 mm, à 80% pour les tumeurs de 20 à 50 mm, à 63% pour les tumeurs de plus de 50 mm (12).
  • Les emboles vasculaires péritumoraux : Leur présence est un facteur pronostique important. Dans le groupe des patientes N-, il représente un facteur indépendant pour prédire les rechutes métastatiques et la survie globale. Dans le groupe des patientes N+, il représente un facteur indépendant pour la prédiction des récidives locales (13).
  • L’envahissement ganglionnaire : Il constitue à l’heure actuelle le facteur pronostique le plus important pour prédire les rechutes métastatiques et la survie des patientes (14). De nombreuses études ont montré que les patientes ayant un envahissement des ganglions locorégionaux prouvé histologiquement ont un pronostic défavorable. Quant à la micrométastase ganglionnaire, sa valeur pronostique est reconnue lorsqu’elle est détectée sur des coupes macroscopiques. En revanche, la valeur pronostique des micrométastases découvertes par d’autres techniques d’analyse (coupes microscopiques sériées ou immunohistochimie) n’est pas démontrée (15).
  • La Composante Intracanalaire Extensive associée (EIC+) est définie par l’association de Carcinome Canalaire In Situ (CCIS) dans la tumeur (représentant 25% ou plus de la surface tumorale définie par les bords du carcinome infiltrant) et de CCIS en dehors du carcinome infiltrant (tissu péritumoral) quelle que soit son importance. Sa présence est un facteur prédictif de récidive locale dans le cas d’un traitement conservateur mais son absence, est un indicateur d’une survie moins bonne (16).
  • L’envahissement des berges d’exérèse : L’atteinte des limites d’exérèse (sur le mode infiltrant et/ou in situ) lors d’une chirurgie conservatrice augmente le risque de récidive locale (17,18). L’appréciation histologique des limites d’exérèse et de la taille des lésions de carcinome in situ, sont les seuls éléments histologiques pouvant prédire la présence et l’importance de la maladie résiduelle et le risque de récidive après traitement conservateur (17,19). L’appréciation des limites chirurgicales nécessite une prise en charge standardisée des pièces d’exérèse. Les résultats doivent être interprétés dans un contexte clinico-radiologique (20).

 

  1. Facteurs pronostiques biologiques

Grâce à l’avènement des techniques de biologie et de biologie moléculaire, de nombreux paramètres sont actuellement étudiés ; certains ont une utilité clinique prouvée et ont acquis le statut de « standards » (tels que les récepteurs hormonaux RE-RP, Her2 et Ki 67).

  • Les récepteurs hormonaux Oestrogéniques (RE) et Progestéroniques (RP) : L’analyse des récepteurs hormonaux permet de déterminer le caractère hormonosensible de la tumeur. L’immunohistochimie (IHC) reste la meilleure méthode pour déterminer le statut hormonal de la tumeur. En Europe, le seuil de positivité est fixé à 10% de cellules tumorales positives (21,22). Selon Allred, il y aurait un gain de survie sans récidive de 10% (en situation adjuvante) pour les tumeurs montrant une positivité pour RE entre 1% et 10%. Le score d’Allred considère comme positif un cas montrant une positivité de 1% des cellules tumorales (23) (Fig.2).
  • Les récepteurs hormonaux Oestrogéniques (RE) : RE est considéré comme facteur pronostique et prédictif de la réponse à l’hormonothérapie. On note une diminution de 20% des taux de rechutes métastatiques et de mortalité chez des patientes RE+ recevant une hormonothérapie adjuvante et un taux global de réponse clinique de 60% chez des patientes RE+ avec diffusion métastatique.
  • Les récepteurs hormonaux Progestéroniques (RP) : Le taux de réponse à l’hormonothérapie des tumeurs RE+ et RP+ est supérieur au taux de réponse des tumeurs RE+, RP- et dans l’étude ATAC, on retrouve une supériorité de l’hormonothérapie adjuvante par anti-aromatase par rapport au tamoxifène dans le groupe RE+ et RP-. L’expression de RP est induite par RE et constitue l’indicateur d’une voie RE fonctionnelle. Les tumeurs RP- auraient plus tendance à récidiver (11).
  • Her2 : La protéine HER2 est surexprimée dans 15 à 20% des carcinomes infiltrants du sein. Elle réalise la cible thérapeutique spécifique au Trastuzumab (anticorps monoclonal humanisé). La sélection des patientes devant bénéficier de ce traitement est basée sur les recommandations de l’ASCO/APC2018. Le statut Her2 possède une valeur pronostique. Chez les patientes N+, la majorité des études ont montré en analyse univariée, une corrélation significative entre un statut Her2 positif et la diminution de la survie sans rechute et de la survie globale. Le statut Her2 peut être évalué par techniques immunohistochimiques et d’Hybridation In Situ (HIS). La technique IHC est la plus utilisée (24), elle consiste à rechercher la surexpression de Her2 qui témoigne de la présence de la protéine Her2 (le récepteur) à la surface des cellules tumorales. La méthode d’évaluation adoptée correspond au score AMM (Autorisation de la Mise sur le Marché) du Trastuzumab : Les scores 0 et 1 sont considérés comme négatifs, le score 3+ est considéré comme positif (Fig. 3). Le score 2+ est considéré comme douteux. Ces cas nécessitent la réalisation d’une technique d’Hybridation In Situ dans le but de rechercher une éventuelle amplification du gène Her2 avant toute décision thérapeutique. La technique HIS permet de mettre en évidence l’amplification du gène Her2 ; elle est réalisée dans le but de calibrer la technique IHC et d’évaluer les scores 2+ (cas douteux) en IHC. Elle est représentée par (Fluorescent In Situ Hybridization FISH, CISH (Chromogenic In Situ Hybridization) (Fig.4) et SISH (Silver In Situ Hybridization) (25,26).
  • Ki67 est un marqueur de prolifération exprimé dans le noyau lors des phases G1, S, G2 et M du cycle cellulaire. Le Ki67 a une valeur pronostique dans les cancers du sein. Un Ki67 élevé est corrélé à une diminution de la survie globale et à l’augmentation des rechutes locales (27). Le Ki67 est intéressant à évaluer dans les cancers RH+ et de grade II. Il a une valeur prédictive de la réponse à la chimiothérapie (28,29).
  • Autres facteurs biologiques : La protéine 53, les protéines activatrices du plasminogène et leurs inhibiteurs d’UPA et PAI1 et Cathepsine D, en dépit de l’intérêt de leur évaluation, n’ont pas encore de place en routine (30,31).
  1. Définition des sous-types moléculaires

Les travaux de Sorli et Perou, ont permis de proposer une classification moléculaire des cancers du sein, grâce à l’analyse de micro-arrays sur puces ADN, confirmée par des études sur le profil protéique par immunohistochimie (IHC). À ce jour, il n’existe pas de consensus international pour définir les différents sous‐types. Leur seule définition est moléculaire. La réalisation de ces techniques dans la pratique quotidienne étant difficile ; il était nécessaire d’établir « une signature phénotypique » basée sur des études qui ont prouvé la correspondance entre cette classification moléculaire et la “classification phénotypique pragmatique”. En pratique, sont proposées les définitions suivantes : Le type Luminal A : RE+ RP+ Her2- et Ki67- ; le type Luminal B : RE+ RP+ Her2+ et/ou Ki67+ ; le type Her2 : RE- RP- Her2+ ; le type basal : identifié par un panel de 5 Anticorps : RE-, RP-, Her2 – (triple négatif) et EGFR+ et /ou CK 5/6+. La signature du type basal a une spécificité de 100% mais une sensibilité de 76%. Selon l’étude de Tischkowitz, la positivité de l’EGFR et CK5/6 varie entre 56 à 84% (32).

Ces sous types se caractérisent par des profils évolutifs différents ; le sous type luminal A se caractérise par un bon pronostic alors que le sous type basal se caractérise par des taux de récidives, d’atteinte du sein controlatéral et de métastases ganglionnaires et viscérales élevées avec un taux de survie à 5 ans faible. Les tumeurs de sous type basal partagent de très nombreuses similitudes moléculaires avec les carcinomes survenant dans un contexte de mutations héréditaires du gène BRCA1. Cette similitude est actuellement mise à profit dans le traitement. En effet, les patientes pourraient bénéficier de la thérapie ciblée par les inhibiteurs de PARP (Polymérase poly-ADP-ribose) (33).

  1. Évaluation des lymphocytes intra-tumoraux (TIL) 

Le rôle central tenu par les lymphocytes infiltrant la tumeur (ou TIL pour tumor infiltrating lymphocytes) a été clairement démontré. Dans les cancers du sein, les TIL ont été caractérisés de façon extensive, en fonction de leur localisation (périphérique et/ou intratumorale) et de leur phénotype (B, CD20+; T CD3+, CD4+ ou CD8+ ; NK [natural killer]) (34) ; notamment selon les différents types histologiques (carcinome médullaire, micropapillaire) (35) ou moléculaires (basal-like, HER2, luminal B) (36,37). Une corrélation entre le micro-environnement et le pronostic a été établie. De nombreuses études se penchent actuellement sur la relation immunothérapie et profil immun en utilisant les inhibiteurs des checkpoints immunitaires (PDL1). L’immunohistochimie en multiplex permet actuellement une meilleure appréciation qualitative et quantitative du micro-environnement de la cellule tumorale (38).

  1. Apport des techniques de biologie moléculaire 
  1. Le concept de signature moléculaire : Les signatures moléculaires sont testées pour leur capacité à identifier les patientes dont le pronostic est suffisamment bon pour que la chimiothérapie adjuvante ne soit pas nécessaire. Plusieurs essais randomisés évaluent actuellement l’intérêt des signatures moléculaires dans le cancer du sein : Mamma Print qui évalue 70 gènes ; Oncotype DX, tests basés sur les mesures d’expressions de 21 gènes, Endo Predict qui évalue 11 gènes (39, 40).

 

  1. Le Séquençage de Nouvelle Génération (Next-Generation Sequencing[NGS]) ; permet le séquençage simultané de plusieurs centaines de milliers de molécules d’ADN accrochées à une surface solide (41).

Appliqué à la médecine, le NGS autorise le séquençage de génomes complets (ou d’exomes, correspondant à la totalité des séquences d’ADN codant des protéines) chez un individu, en quelques heures (42). Seuls 3 à 13 % des patients ont pu bénéficier d’une thérapie ciblée anti-tumorale fondée sur la génomique. La généralisation de cette technique permettrait de traiter les patients à la carte.

 

  1. La biopsie liquide : les progrès en biotechnologie permettent actuellement de retirer de plus en plus d’informations des biopsies liquides, basées sur des petites quantités de matériel d’origine tumorale, larguées dans le sang périphérique mais également dans le LCR, les épanchements, les urines, voire dans la salive et le liquide vaginal. Elle peut être réalisée dans un but diagnostique, thérapeutique et dans le suivi des patientes, dans le but de rechercher une éventuelle récidive et/ou métastase ou surveiller l’apparition possible de résistances pour ajuster le choix d’une thérapie ciblée (43).

Cette nouvelle technique est d’un grand apport puisqu’elle correspond à un geste non invasif et représente une alternative à la biopsie classique dont les caractères invasif ou itératif peuvent constituer une entrave pour le praticien et la patiente. La biopsie liquide constitue une technique qui révolutionnera probablement les pratiques au quotidien (44).

 

  1. Conclusion

L’arsenal thérapeutique et la stratégie à déployer ne sont efficaces que si la caractérisation de la tumeur est précise. Cette caractérisation se voit aujourd’hui optimisée grâce aux techniques de biologie moléculaire.

La mise au point de nouvelles thérapies ciblées telles que les inhibiteurs de PARP et les inhibiteurs de checkpoints immunitaires (PDL1), ouvrira probablement de nouvelles perspectives thérapeutiques mais placera le pathologiste encore une fois au cœur de la chaine diagnostic-traitement.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

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Fig. 1 : Carcinome infiltrant non spécifique. HE. GX200.

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Fig. 2 : RE+. 100% des cellules tumorales positives. G X 100.

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Fig. 3 : Technique IHC. Surexpression de Her 2. Score 3+. G X 200.

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Fig. 4 : Technique CISH. Sonde Her2 simple. Amplification forte du gène Her2.

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Les facteurs de risque du cancer du sein chez la jeune femme

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme, il induit une forte mortalité et constitue un problème de santé publique majeur.

 

 

 

Abed-Benmelha, M. Oukkal, Service d’Oncologie Médicale, CHU Issaad Hassani, Beni Messous, Alger.

 Date de soumission : 1er Août 2019.

Résumé : Le cancer du sein est le plus fréquent des cancers de la femme, il est plus agressif lorsqu’il survient à un âge jeune ; en plus des autres facteurs de risque de survenue de ce cancer et qu’on peut classer en deux catégories ; les facteurs de risque internes et les facteurs de risque externes. Les plus recherchés sont les mutations génétiques.

Mots clés : cancer, sein, jeune âge, facteurs de risque.

 

Abstract: Breast cancer is the most common cancer of women, it is more aggressive when it occurs at a young age in addition to risk factors that increase the risk of developing cancer and can be classified into two categories, internal risk and external risk factors. The most to be sought are genetic mutations.
Keywords: cancer, breast, young age, risk factors


 

Introduction

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme, il induit une forte mortalité et constitue un problème de santé publique majeur.

La prise en charge du cancer a toujours été très complexe du fait de l’hétérogénéité tumorale ainsi que des profils d’évolution différents. Elle varie en fonction de la phase à laquelle se trouve la patiente, surtout à un âge jeune si elle a moins de 35 ans.

Selon des études, « le cancer du sein de la femme de moins de 35 ans représente environ 2% de l’ensemble des cancers du sein » [1].

Dans l’épidémiologie du cancer du sein chez la femme jeune, plusieurs éléments sont à prendre en compte tels que l’incidence, la mortalité et la survie.

L’incidence et la mortalité du cancer du sein

L’incidence ainsi que la mortalité du cancer du sein diffèrent en fonction de la tranche d’âge de la patiente ; en effet, plus on avance dans l’âge, plus le risque de développer un cancer du sein est élevé. Cette incidence double tous les 10 ans environ jusqu’à la ménopause. À cette période de la vie, il y a une diminution de la production d’hormones stéroïdiennes traduisant un aplatissement de la courbe.

L’incidence du cancer du sein augmente avec l’âge en passant de 1,7% en 2005 pour les moins de 35 ans, à 4,8% pour les moins de 40 ans pour la même année. La mortalité augmente également avec l’âge.

Une étude américaine publiée dans le Journal of American Medicine Association (JAMA) montre que même si l’incidence du cancer du sein chez la jeune femme est plus faible que chez les femmes âgées (seulement 10% des cancers du sein touchent les femmes jeunes) ; ce sont les formes les plus sévères qui touchent les jeunes femmes de moins de 40 ans. Il s’agit d’une étude réalisée sur 940.000 femmes auxquelles un cancer du sein a été diagnostiqué entre 1976 et 2009 ; dont l’objectif était d’étudier le nombre de cancers métastatiques. Il a été observé chez les femmes de 25 à 39 ans, une augmentation de 2,07% par an des cas de cancers du sein métastatiques [2].

À l’échelle mondiale, selon les données du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) détaillées dans le volume IX de « Cancer incidence in five continents » sur la période 1998-2002, le taux d’incidence standardisé du cancer du sein chez les femmes de moins de 35 ans est majoritairement compris entre 1 et 7 pour 100.000 femmes [36].

Le cancer du sein touche plus les pays développés à savoir l’Europe et les États-Unis, même si quelques cas exceptionnels comme le Pakistan ou l’Égypte font partie des pays où l’incidence du cancer du sein chez les femmes de moins de 35 ans est la plus importante. Les pays qui sont les moins concernés sont les pays asiatiques à savoir la Thaïlande, le Japon, l’Inde… ; mais aussi des pays comme la Pologne, Norvège ou alors des pays d’Amérique du Sud tel que le Chili (Figure 1).

Figure 1 : Incidence du cancer du sein chez les femmes de moins de 35 ans dans le monde [1].

 

Les facteurs de risque du cancer du sein 

Les recherches ont permis de montrer que certaines femmes présentant des caractéristiques particulières avaient plus de risque d’être touchées par le cancer du sein que d’autres femmes. Ce que nous appelons « caractéristiques » sont « les facteurs de risque ».

Les facteurs de risque augmentant le risque d’apparition d’un cancer du sein chez une femme sont classés en deux catégories avec d’abord les facteurs de risque internes puis les facteurs de risque externes.


 

  1. Les facteurs de risque internes :

 

  • Le sexe

Le fait d’être une femme est un facteur de risque principal d’apparition d’un cancer du sein. Il est évident que le cancer du sein est également observé chez l’homme mais cela reste à un pourcentage faible (environ 1%) par rapport aux femmes.

  • L’âge [4,5]

Certaines études ont montré que seulement 20% des femmes de moins de 50 ans sont touchées par le cancer du sein alors que le risque de développer cette maladie est multiplié par 4 chez les femmes de plus de 50 ans.

Ce chiffre est seulement de 10% quand la femme est âgée de moins de 35 ans. Ainsi, plus une femme prend de l’âge, plus le risque d’apparition du cancer du sein augmente. Ceci s’explique par le fait que plus nous prenons de l’âge, plus il y aura une accumulation des mutations aléatoires au niveau de l’ADN, expliquant la survenue des cancers. C’est d’ailleurs, pour cette raison que les femmes sont invitées à réaliser des tests de dépistage du cancer du sein (mammographie) tous les deux ans à partir de 50 ans.

  • L’hérédité [6,7]

Seulement 5% des cancers sont héréditaires, et ce caractère héréditaire explique le fait que certaines personnes ont une prédisposition génétique à développer un cancer. En effet, il s’agit de la transmission d’une mutation génétique essentiellement au niveau des gènes BRCA1 et BRCA2 responsables du développement du cancer d’une génération à une autre.

Une étude a mis en évidence que la probabilité de développer un cancer du sein est multipliée par 2 lorsque nous avons une mère, une tante ou une sœur qui est touchée par le cancer du sein surtout lorsque le cancer du sein a fait son apparition avant l’âge de 40 ans. Il est donc conseillé à ces femmes de se faire dépister plus souvent, et de faire plus attention à une éventuelle apparition d’un nodule cancérigène au niveau des seins.

  • Des antécédents personnels de cancer du sein [8]

En dehors du risque de récidive, le risque de développer un cancer du sein est multiplié par 3 ou 4 lorsqu’une femme a déjà eu un cancer du sein dans le passé. Ceci est souvent expliqué par le fait que les femmes sont exposées à des radiations pendant leurs traitements et ces radiations peuvent augmenter le risque de développer un cancer du sein controlatéral.

Le fait d’avoir eu un cancer du sein dans le passé est un facteur de risque, car le cancer peut récidiver quelques semaines ou quelques mois après un traitement initial, d’où l’intérêt de mettre en place un traitement adjuvant pour réduire le risque de récidive du cancer du sein.

  • Des troubles génétiques [9]

Certains troubles génétiques caractérisés par des mutations au niveau des gènes suppresseurs de tumeurs peuvent accroître le risque d’apparition d’un cancer du sein.

Nous pensons automatiquement au syndrome de Li-Fraumeni, caractérisé par une mutation au niveau d’un gène suppresseur de tumeur, le TP53, ou alors au syndrome de Cowden, caractérisé par une mutation au niveau d’un autre gène suppresseur de tumeur, le gène PTEN.

Nous pouvons citer divers autres syndromes où les gènes responsables de la réparation de l’ADN, les gènes suppresseurs sont mutés.

Les mutations des gènes BRCA (BRCA1 ou BRCA2) sont également imputées dans l’augmentation du risque d’apparition d’un cancer du sein. Ce sont des gènes qui contrôlent la multiplication des cellules cancéreuses. Leur mutation les empêche de remplir leurs rôles correctement ce qui accroît le risque de développement d’un cancer du sein.

  • La période de fertilité [9,10]

C’est l’une des périodes critiques de la femme où le risque de tomber enceinte est important. Cette période est caractérisée par une sécrétion d’estrogènes importante. Il arrive qu’une augmentation de la sécrétion d’estrogènes provoquée par un déséquilibre hormonal puisse entraîner l’apparition de certains cancers. Il a été également démontré que l’apparition des règles à un âge précoce (avant 12 ans) ou alors la ménopause tardive (après 55 ans), peut augmenter le risque de développer un cancer du sein, car ces femmes sont exposées plus longtemps durant leur vie à la sécrétion d’estrogènes.

  • Les grossesses [9,10]

L’âge de la première grossesse est un facteur très important indiquant si la personne a plus de chance de développer un cancer du sein ou pas. En effet, le risque de développer un cancer du sein est multiplié par 2 lorsque la première grossesse arrive après la trentaine. L’absence de grossesse augmente aussi ce risque.

Par ailleurs, d’autres études laissent entendre que le poids de la naissance du bébé serait un facteur de risque ultérieur de développer un cancer du sein. En effet, plus un bébé nait avec un poids important, plus il risque d’avoir un cancer du sein car il aura été exposé à une quantité plus importante d’estrogènes qu’un bébé né avec un faible poids.

  1. Les facteurs de risque externes 
  • La contraception orale [9, 10,11]

Des études réalisées par des chercheurs américains et publiées dans Cancer Research ont montré clairement que l’usage de la contraception orale entre 20 et 49 ans pendant plus de 5 ans, augmente le risque du cancer du sein de 50%.

De plus, des études américaines réalisées en 2002 puis en 2003, ont également montré que la prise de contraceptifs oraux augmente le risque de cancer du sein. D’autres études menées par l’expertise du CIRC, ont montré que l’usage d’une contraception associant des estrogènes et progestérones augmenterait le risque de cancer du sein.

Cette théorie reste assez controversée parce que pour certains gynécologues, la prise de contraceptifs oraux n’augmente pas le risque d’apparition d’un cancer du sein mais accélère le processus de multiplication des cellules cancéreuses déjà présentes au niveau du sein.

De plus, l’INCA indique que l’arrêt de la prise des contraceptifs oraux pendant 10 ans, après le début de la prise, permet de réduire cette hausse du risque de cancer du sein.

Il est donc recommandé aux femmes de ne pas utiliser la contraception orale à long terme, pendant plusieurs années.

  • La situation socio-économique [9]

Les femmes qui ont une situation économique élevée sont celles qui sont le plus touchées par le cancer du sein. Cela pourrait s’expliquer par le fait que ces femmes-là vont avoir des enfants à un âge tardif en raison de leurs études, carrières et/ou de leur travail.

  • L’obésité [9]

Plusieurs études américaines ont montré que l’obésité accroît le risque de développer un cancer du sein chez des femmes âgées, particulièrement après l’âge de 50 ans.

D’autres facteurs tels que l’inactivité physique, l’allaitement maternel, la consommation importante de viandes rouges peuvent également augmenter le risque d’apparition du cancer du sein ou alors accélérer son développement.

En revanche, il est important de souligner qu’aucune étude n’a démontré qu’une perte de poids puisse réduire le risque de cancer du sein.

  • La consommation d’alcool [9]

L’alcool est une boisson qui accroît la synthèse des estrogènes qui sont responsables du développement du cancer du sein. Ainsi, même une faible consommation augmente le risque d’apparition de la maladie.

  • Le tabac [9]

Selon l’INCA, il a été démontré que la fumée de tabac peut augmenter le risque de cancer du sein chez les femmes pré-ménopausées qui n’ont jamais fumé auparavant.

  • Une mauvaise alimentation [12]

La culture, le transport, le stockage des produits alimentaires peuvent influer sur la santé des patients.

Il va de soi qu’une mauvaise alimentation joue un rôle important dans la survenue des cancers en général et du cancer du sein en particulier.

Il est recommandé de consommer une alimentation saine, riche en fibres et donc en fruits et légumes, à base d’acides gras insaturés plutôt que d’acides gras saturés. En effet, les acides gras insaturés pourraient doubler le risque de cancer du sein. Il faut bien évidemment couronner le tout avec une activité physique régulière.

  • Produits cancérigènes

Actuellement, plusieurs études ont montré que le risque de cancer du sein peut être augmenté par l’usage des savons, lessives, pesticides et cosmétiques qui contiennent, pour la plupart, des conservateurs de type parabènes, benzène, etc., qui accélèrent la production d’estrogènes, augmentant ainsi d’environ 2% le risque de survenue du cancer du sein [12].

 

Le cancer du sein est-il héréditaire ?

La découverte de cancers du sein chez plusieurs membres d’une même famille pousse certains médecins à parler « de cancers familiaux », suggérant ainsi l’éventualité d’une prédisposition génétique au cancer du sein.

Pourtant, les mutations délétères des gènes BRCA1 (identifié en 1994) et BRCA2 (identifié en 1995) ne sont identifiées que dans 10% des cas [13]. Pour le reste on peut parler de prédisposition familiale quand plusieurs membres de la même famille sont touchés mais il ne s’agit pas d’un cancer héréditaire.

Une prédisposition génétique est évoquée lorsque plusieurs membres d’une même famille sont touchés, sur plusieurs générations avec des personnes atteintes avant l’âge de 50 ans, néoplasie bi ou multifocale, cancer du sein bilatéral synchrone ou métachrone et cancer du sein chez l’homme. Dans tous ces cas une consultation d’oncogénétique est recommandée à la recherche d’une mutation d’un des gènes BRCA [14].

 

Conduites en cas de risques génétiques :

Lorsque le test génétique est positif, il y a plusieurs méthodes de prises en charge :

  • Ne rien faire : il peut s’agir du choix de la patiente qui préfère n’agir qu’en cas d’apparition d’un cancer au lieu de prévenir cette maladie. Le médecin doit tout de même porter à la connaissance du patient les autres méthodes de prise en charge en cas de présence de mutation responsable du cancer du sein.
  • Un dépistage plus fréquent de ces femmes : la première méthode est celle de l’autopalpation qui permet à la patiente de se « contrôler » plus souvent. L’examen clinique est également très recommandé (2 à 3 fois par an minimum, puis de façon annuelle à partir de la trentaine) ; et la mammographie reste la plus efficace en termes de dépistage.
  • Un traitement oral pour prévenir : les anti-estrogènes tels que le Tamoxifène semble présenter une réelle efficacité pour les formes non familiales.


 

Conclusion :

La connaissance des facteurs de risque du cancer du sein est indispensable pour une meilleure prévention de ce cancer, ainsi une alimentation saine riche en fibres et pauvre en graisses, sans alcool et sans tabac ; doublée d’une activité physique régulière, sont les règles hygiéno-diététiques indispensables pour la prévention primaire du cancer du sein.

En cas d’histoire familiale ou de survenue du cancer du sein chez la femme jeune, une consultation d’oncogénétique avec recherche des mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 est indispensable d’autant plus qu’il s’agit le plus souvent de formes agressives, d’évolution rapide et de diagnostic souvent tardif.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

 

  1. Tretarre B, Molinié F, Delafosse P et al. Francim, (Réseau français des registres de cancer), 32ème journées de la SFSPM, Strasbourg, novembre 2010, « Épidémiologie du cancer du sein de la jeune femme » disponible sur : http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/38703/sfspm_2010_32.pdf?sequence=1.
  2. Gardier S et al. Lefigaro.fr, santé, « Les cancers du sein en hausse chez les femmes jeunes » disponible sur le site : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/02/28/19944-cancers-sein-hausse-chez-femmes-jeunes.
  3. Tretarre B, Molinié F, Delafosse P et al. Francim (Réseau français des registres de cancer), 32ème journées de la SFSPM, Strasbourg, novembre 2010, ‘’Épidémiologie descriptive du cancer du sein chez la jeune femme’’ disponible sur lien : http://senologie.tv/pdf_2010/58f5c5912c5d5.pdf.
  4. INCA (Institut National du CAncer) « les facteurs de risques : l’âge » disponible sur http://www.e-cancer.fr/patients-et-proches/les-cancers/cancer-du-sein/facteursderisque/age
  5. News Santé : « Pourquoi le cancer du sein augmente-il avec l’âge » disponible sur le lien : https://www.santenews.eu/2012/07/pourquoi-le-cancer-augmente-t-il-avec-lage/.
  6. INCA (Institut National du CAncer), « prédispositions génétiques » disponible sur : http://www.ecancer.fr/patientsetproches/lescancers/cancerdusein/facteursderisque/predispositions-genetiques.
  7. Vanstaevel A., 17/02/2016 mis à jour le 19/09/2017, Radins.com, disponible sur https://www.radins.com/dossiers/sante/les-facteurs-de-risques-du-cancer-du-sein,3322.html
  8. INCA (Institut National du CAncer), « Antécédents personnels » disponible sur : http://www.e-cancer.fr/patientsetproches/lescancers/cancerdusein/facteursderisque/antecedentspersonnels
  9. Société canadienne du cancer « Les facteurs de risques du cancer du sein » disponible sur http://www.cancer.ca/frca/cancerinformation/cancertype/breast/risks/?region=qc#contraceptifs_oraux.
  10. Reed D S., Malone K.E., Li C.I., Buist. M et al. Publié en Aout 2014. ‘’Recent oral contraceptive use by formulation and breast cancer risk among women 20 to 49 years of age’’ disponible sur : http://cancerres.aacrjournals.org/content/74/15/4078?sid=ffb4fb68ccee494dab360e12a01e6fe7 .
  11. INCA (Institut national du cancer), « Pilules contraceptives et risque de cancers », disponible sur http://www.e-cancer.fr/comprendre-prevenir-depister/reduire-les-risques-decancer/traitements-hormonaux/pilules-contraceptives .
  12. Guerain M, Blaize A. Jeudi 12/04., Medisite. « Cancer du sein, 15 conseils pour l’éviter ? » http://www.medisite.fr/cancer-du-sein-cancer-du-sein-15-conseils-pourleviter.1688.38942.html?page=0%2c.
  13. Lefebvre-Lacoeuille C, Classa JM, Campone M. Elsevier-Masson, ‘’ Cancer du sein Dépistage et prise en charge ’’, Chapitre 2 : ‘’ Prédisposition génétique au cancer du sein ’’.
  14. INCA (Institut national du cancer), Le déroulement d’une consultation d’oncogénétique dans « Le dispositif national d’oncogénétique », mis à jour le 18/12/2017, disponible sur http://www.e-cancer.fr/professionnels-de-sante/l-organisation-de-l-offre-desoins/oncogenetique/le-dispositif-national-d-oncogenetique.

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Traitement chirurgical du cancer du sein.

Premier cancer féminin au monde, incidence en augmentation constante dans le monde avec 1.400.000 nouveaux cas en 2012. De même, la mortalité représentait 460.000 femmes par an (1).

 

Guendouz, A. Salmi1, M. Krim1, S.K. Nemouche2, A. Bendib1, M.W. Boubnider1,

(1) Service de Chirurgie “B”, Centre Pierre et Marie Curie,

(2) Département d’anesthésie – Réanimation. Centre Pierre et Marie Curie.

 

Date de soumission : 16 Juillet 2019.

Résumé : La chirurgie est la principale arme thérapeutique du cancer du sein. Le geste consistait en une mastectomie totale. Actuellement, beaucoup de progrès ont été réalisés dans ce domaine. Le but de cet article est de revoir les différentes techniques chirurgicales utilisées, leurs avantages, leurs limites et d’analyser les résultats de chaque méthode thérapeutique.

Mots clés: Traitement conservateur, oncoplastie, ganglion sentinelle, récidives locales, chimiothérapie néoadjuvante.

 

Abstract: Surgery is the main therapeutic method used in breast cancer. The gesture consisted of a total mastectomy. Much progress has been made in the last ten years. The purpose of this article is to review the different surgical techniques used, their advantages and limitations, and to analyse the results of each therapeutic method.

Keywords: Conservative treatment, oncoplasty, sentinel lymph node, local recurrence, neoadjuvant chemotherapy.


 

Introduction

Premier cancer féminin au monde, incidence en augmentation constante dans le monde avec 1.400.000 nouveaux cas en 2012. De même, la mortalité représentait 460.000 femmes par an (1).

Partant de la seule chirurgie, le traitement du cancer du sein s’est enrichi de l’apport de la radiothérapie (RTH) et des traitements systémiques, une escalade thérapeutique qui a conduit à une baisse de la mortalité de 36% depuis les années 90.

La chirurgie reste la principale arme thérapeutique. Un chirurgien sénologue moderne doit prendre en considération aussi bien les résultats carcinologiques que les résultats esthétiques (2).

De l’intervention de Halsted au traitement personnalisé basé sur la biologie moléculaire de la tumeur, la prise en charge du cancer du sein a connu une évolution impressionnante ces cinq dernières décennies (3,4).

Les traitements locorégionaux maximalistes, ont permis le contrôle local de la maladie qui est un prérequis à la guérison. Puis la désescalade thérapeutique a pu se faire progressivement en s’assurant du maintien du contrôle locorégional (4).

Ainsi, jusqu’à la moitié des années 70, le traitement chirurgical du cancer du sein se limitait à la mastectomie toujours associée à un évidement axillaire (4). Jusqu’à ce que des essais randomisés aient démontré qu’il n’y avait aucune différence en termes de survie globale (SG) entre mastectomie et traitement conservateur (TC) du sein (à condition d’obtenir des berges saines) ; associé à une radiothérapie (2,5). Cependant, les déformations du sein engendrées par les traitements conservateurs classiques ont amené certains auteurs à utiliser des techniques de chirurgie plastique : l’oncoplastie (5).

Une désescalade thérapeutique qui a concerné également la chirurgie du creux axillaire avec l’abandon du curage au profit de la technique du ganglion sentinelle (GS) sans altération de la survie des patientes.

Progressivement, une meilleure connaissance des facteurs pronostiques, et des facteurs prédictifs de réponse aux traitements, ont permis d’éviter le recours à la chimiothérapie (CTH) et adapter la durée de l’hormonothérapie (6).

Méthodes

Une recherche bibliographique des articles référencés sur science direct et sur PubMed, a été entreprise. Les mots clés pour la recherche étaient : “Mastectomie”, “Mastectomie sous cutanée”, “Mastectomie avec préservation de la plaque aréolo-mamelonnaire”, “Oncoplastie” , “Ganglion sentinelle”, “Complications de la chirurgie mammaire” et “Récidives cancer du sein”. Une recherche faite sur une période de 11 ans (2008 à 2019) en langue Française et anglaise. Au terme de cette recherche 32 articles ont été retenus. Les données concernant le traitement chirurgical du cancer du sein ont été collectées pour chaque article. Les points les plus pertinents ont été tirés et une synthèse a été construite.

Résultats

Le traitement chirurgical du cancer du sein, s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire (7). La décision du geste chirurgical à réaliser, est donc adaptée non seulement au stade de la maladie, aux paramètres histologiques et biologiques de la tumeur, mais aussi aux caractéristiques du sein et au choix de la patiente (8).

L’objectif principal de la chirurgie sera l’exérèse totale de la tumeur et des relais ganglionnaires envahis, éviter les récidives, améliorer la survie des patientes avec une meilleure qualité de vie (9).

Depuis les années 40, les mastectomies avec conservation des muscles pectoraux et sans curage axillaire de l’étage III de Berg, se sont avérés sans danger en termes de rechute locorégionale (0,8‑ 2,5% à 10 ans), et à distance. A partir des années 80, le traitement conservateur associé à la RTH ont remplacé la mastectomie sans altérer la survie (6). Depuis, de plus en plus de traitement conservateur pour arriver à un taux de 80% dans les pays développés.

 


 

  1. La chirurgie de la glande mammaire

L’évolution a été marquée par une diminution des indications de mastectomie au profit d’une plus large indication du traitement conservateur, par l’apport de la chimiothérapie néoadjuvante (CNA) et de la chirurgie oncoplastique, qui ont permis d’élargir ce traitement conservateur pour des tumeurs plus grosses (5 cm) avec de meilleurs résultats cosmétiques (10).

  1. La chirurgie non conservatrice
  • La mastectomie totale (MT)

La mastectomie radicale modifiée selon Madden (1972) (Figure N°1 a), consiste en l’ablation totale de la glande mammaire associée à un curage axillaire (étages I et II de Berg), sans résection des muscles grand pectoral et petit pectoral, ni de curage axillaire de l’étages III de Berg comme dans l’intervention de Halsted décrite en 1882. La mastectomie associant une résection du muscle petit pectoral avec curage des trois étages, intervention de Patey décrite en 1948, n’est plus réalisée (11,9,7). La mastectomie totale est indiquée (12), quand le rapport volume tumoral/volume mammaire ne permet pas un traitement conservateur, en cas de tumeurs multicentriques, de récidives après traitement conservateur initial et en cas de cancer inflammatoire où le standard reste une CNA suivie d’une mastectomie totale. Parfois, cette dernière répond au choix de la patiente, au vu de ses antécédents personnels et familiaux (13).

  • Mastectomie avec conservation de l’étui cutané (MCEC)

Le principe de base est de conserver la peau non envahie (Figure N°1 b), tout en réséquant la glande mammaire en totalité en emportant la plaque aréolo-mamelonnaire (PAM) (7).

Elle est indiquée en cas de carcinomes in situ plurifocaux, récidives après traitement conservateur initial du sein, et mastectomies prophylactiques dans le cadre de mutations BRCA1 ou BRCA2 avérées (14).

Elle est contre-indiquée, dans les cancers inflammatoires et les cancers localement avancés. Et est souvent associée à une reconstruction mammaire immédiate(14).

  • Nipple-Sparing Mastectomy (NSM)

Elle se définit par une exérèse de la totalité de la glande, avec conservation de l’étui cutané et de la PAM. Elle est toujours associée à une reconstruction immédiate, et va ainsi permettre de conserver au maximum l’apparence et l’intégrité du sein (15).

Elle est indiquée dans la mastectomie prophylactique. En dehors de ce cadre, elle est actuellement réservée à des cas très sélectionnés, après avis pluridisciplinaire et information éclairée des patientes (15).

Elle est contre-indiquée en cas d’envahissement évident de la PAM, et de positivité de l’examen extemporané de la tranche de section rétro-mamelonnaire (15).

Une petite distance tumeur-PAM, une atteinte ganglionnaire, la présence d’embole, un statut HER2 positif, un grade III, le caractère multicentrique et une localisation rétro-aréolaire sont des facteurs associés à une plus grande incidence d’atteinte occulte de la PAM.

Il semble donc légitime de proposer cette technique si la lésion est située à plus de 2 cm de la PAM, de grade 1 ou 2, HER2 négatif, sans embole ni atteinte ganglionnaire avec une recoupe rétro-aréolaire indemne de maladie (15).

  1. La chirurgie conservatrice du sein
  • Le traitement conservateur “classique”

Exérèse de la tumeur passant en zone saine (Figure N°2 a) : Cette technique est restée longtemps le “gold standard” depuis l’abandon de la mastectomie à la fin des années 1970. Trois impératifs doivent être respectés (12) : Obtenir des berges d’exérèse saines (3), résultat esthétique satisfaisant, associer systématiquement une RTH.

Cette technique est suffisante dans environ 80% des cas. Lorsque l’étendue de la résection ne permet pas un résultat esthétique correct, un recours à une oncoplastie s’impose (12).

  • La technique d’oncoplastie

Le concept est d’adapter les techniques de chirurgie plastique à la cancérologie mammaire (Figure N°2 b) : Elles obéissent aux mêmes règles que le traitement conservateur classique (16).

La chirurgie oncoplastique, permet d’élargir les indications du traitement conservateur pour des tumeurs T1 ouT2 (≤ à 5 cm). Elle s’adapte pour chaque localisation de la tumeur y compris les tumeurs centrales, autrefois traitées par mastectomie, actuellement par tumorectomie centrale avec remodelage glandulaire (11). Ce remodelage de la glande mammaire peut par contre, rendre difficile une reprise du lit tumoral en cas de marge insuffisante, et nécessiter une mastectomie secondaire (16). L’autre inconvénient, est d’entrainer une asymétrie mammaire, qui peut nécessiter un geste de plastie controlatérale.

Elle est indiquée également en cas de réponse tumorale après CNA, sous forme d’une fragmentation permettant une chirurgie glandulaire plus large (13).

Krishna B. Clough a décrit deux niveaux, selon qu’il est nécessaire pour le chirurgien d’avoir ou non une formation spécifique de chirurgie plastique (2).

Le niveau I : L’exérèse concerne moins de 20% de la glande, le chirurgien n’a pas nécessairement besoin de formation spécifique en chirurgie plastique,

Le niveau II : L’exérèse concerne de 20 à 50% de la glande ; un remodelage de la glande s’impose pour combler le défect, il nécessite donc une formation spécialisée du chirurgien.

trt2

  1. Stratégie du traitement conservateur (12)
  • Avant chirurgie

Avant tout traitement chirurgical, un bilan lésionnel complet s’impose (16) et devra préciser : la taille exacte de la tumeur (mammo-échographie et IRM), recherche des microcalcifications étendues sur la mammographie, préciser le siège exact de la tumeur et sa distance par rapport au mamelon, et rechercher une multifocalité, une multicentricité ou une bilatéralité. (IRM combinée à la mammographie=meilleure sensibilité qui va jusqu’à 99% mais, taux de faux positifs 27 à 37%), ce qui peut amener à changer l’indication d’un traitement conservateur vers une mastectomie chez une femme sur six, porteuse d’un cancer du sein (17). Enfin la décision ne peut se concevoir que dans le cadre d’une réunion de concertation pluridisciplinaire.

  • Pendant l’intervention
  • Repérage par un harpon des tumeurs non palpables
  • L’intérêt de l‘évaluation des berges par un examen extemporané microscopique reste discuté (12).
  • Exérèse de la zone tumorale enlevant la glande jusqu’au fascia pré-pectoral.
  • Le chirurgien doit confier au pathologiste une pièce opératoire orientée et non ouverte (7) (Figure N°3 a) avec une radio de la pièce opératoire en cas de lésions infra-clinique (Figure N°3 b).
  • Un repérage du lit tumoral par des clips est utile pour une éventuelle RTH (7).

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  • Après chirurgie
  • En cas de berges infiltrées, une reprise chirurgicale sera indiquée (12).
  • La RTH est indispensable après traitement conservateur (4). Donc toujours s’assurer d’une contre-indication absolue à la RTH (antécédents de RTH thoracique, cardiopathie si cancer du sein gauche, sclérodermie et lupus) (12).
  1. Chirurgie du creux axillaire

Le drainage de la glande mammaire se fait principalement vers le creux axillaire et accessoirement vers la chaîne mammaire interne et sus-claviculaire. La connaissance du statut ganglionnaire est indispensable pour le staging de la maladie et constitue un des facteurs pronostiques qui imposera un éventuel traitement adjuvant (7).

Des études ont permis de réduire l’étendue de ce curage en repérant les premiers relais ganglionnaires de la maladie ; c’est le concept de la technique du « ganglion sentinelle » (11).

  1. Curage axillaire (CA)

Avant la caractérisation moléculaire des cancers du sein, l’atteinte ganglionnaire était un facteur pronostique de premier ordre, posant l’indication des traitements systémiques. Le CA des étages I-II de Berg emportant entre 10 et 15 ganglions était la règle (18). Ce geste était source d’une morbidité importante à court terme (lymphocèle, douleur) et à long terme (lymphœdème), altérant la qualité de vie de la moitié des patientes (7,18).

 

  1. La technique du ganglion sentinelle

Le GS est le premier relais lymphatique susceptible d’être envahi. Il est préférentiellement de topographie axillaire mais peut aussi concerner la chaîne mammaire interne (7). Le GS permet de réduire les effets indésirables du CA (lymphœdème) (10). En effet, l’étude ALMANAC (19), a porté sur les risques relatifs de lymphœdème en comparant deux groupes, GS vs CA, le taux de lymphœdème était de 5 à 13% en cas de GS vs 11 à 31% en cas de CA.

Deux méthodes, isolées ou combinées, sont utilisées pour la détection du GS avec un taux d’identification meilleur en cas de méthode combinée (7) :

  • • La détection radio-isotopique : après injection d’une substance marquée au technétium 99, une chirurgie radioguidée est réalisée en utilisant une sonde de détection gamma pour repérer le foyer ganglionnaire « chaud ». Cette injection est effectuée 3 à 18 heures avant la chirurgie et une lymphoscintigraphie peut être réalisée en préopératoire, permettant souvent de prévoir la topographie axillaire ou extra-axillaire du GS.
  • • La méthode colorimétrique fait appel à un traceur lymphotrope bleu, injecté 5 à 10 minutes avant la recherche du GS.

La technique du GS, nécessite une étroite collaboration avec les pathologistes. Un GS indemne en analyse histologique standard, doit faire l’objet d’une immunohistochimie (7). Une ultrastadification ganglionnaire est décrite (18) : il peut s’agir de macrométastase (> 2 mm), micrométastase (entre 0,2 et 2 mm) ou de cellules isolées (< 0,2 mm).

La technique du GS a été validée et représente le standard actuel, sans curage axillaire complémentaire (CAC) en cas de GS indemne d’envahissement (20).

Les indications du GS étaient limitées (20) aux tumeurs ≤ 20 mm (T1), sans adénopathie palpable (N0), unifocales, sans chirurgie récente ni CNA.

Actuellement, elle est validée, même en cas de chirurgie préalable récente, de tumeurs ≤ 50 mm (T2), tumeurs multifocales.

En cas de carcinome in situ (CIS), le GS n’est proposé qu’en cas de CIS étendu avec indication de mastectomie (18).

Le GS est contre indiqué en cas de tumeurs multicentriques, localement évoluées (T4, tumeurs inflammatoires) et après une CNA pour les patientes ayant un ganglion infiltré initialement (13).

 

Discussion

Le traitement chirurgical du cancer du sein, connait depuis ces dernières années une véritable désescalade thérapeutique, qui concerne aussi bien la chirurgie mammaire que le creux axillaire. Une désescalade qui doit prendre en considération aussi bien les résultats carcinologiques que les résultats esthétiques.

  1. Le choix entre mastectomie et conservation du sein

La réalisation ou non d’un traitement conservateur dépend non seulement du rapport taille tumorale/volume mammaire, du caractère unicentrique des lésions, mais aussi du choix de la patiente. Un choix entre mastectomie et traitement conservateur lorsqu’il est possible doit lui être proposé, en précisant notamment pour le traitement conservateur l’incertitude initiale sur le résultat histologique définitif des berges et donc la possibilité de réintervention (15% en moyenne) ; et l’association quasi systématique d’une irradiation mais aussi l‘équivalence des deux méthodes en termes de risque métastatique et de SG. En effet, plusieurs études ont démontré que le traitement conservateur suivi RTH, avait un taux de SG identique aux MT pour les tumeurs de moins de 5 cm (84,6% à cinq ans pour les mastectomies vs 82,3% pour le TC) (5,12).

  1. Résultats carcinologiques

Lorsqu’un traitement conservateur a été décidé, la condition primordiale pour valider ce geste est l’obtention de berges saines tout en analysant les facteurs à haut risque de récidive.

  • État des berges et facteurs de risque de récidives locales (RL) après TC (Figure N°4) :

Le taux de RL à 6 ans est de 8% en cas de marges saines vs 24% en cas de marges infiltrées, pour d’autres auteurs elle est de 3% si marges négatives et 5,6% si marges positives (3).

Chez la femme de moins de 40 ans, le taux de RL est de 8,4% en cas de marges négatives et 37% en cas de marges positives. (3). Le concept « No ink on tumor » est considéré comme standard dans le TC du cancer infiltrant, il a diminué le taux de RL, le taux de réinterventions pour berges infiltrées et le coût des soins de santé (21). Pour le CIS, une marge saine de 2 mm est suffisante pour parler de berges saines (22).

En dehors des berges d’exérèse, certains facteurs tels que le jeune âge, la taille tumorale, les critères d’agressivité de la tumeur, le profil génomique sont des facteurs de risque de RL et ce, quel que soit le geste chirurgical réalisé (12).

La classification moléculaire du cancer du sein, a montré la grande hétérogénéité des cancers du sein et a permis un traitement personnalisé (Figure N°5). Ainsi, l’indication opératoire peut être posée après un traitement néoadjuvant dans le groupe de malades triples négatifs ou Her2 positifs (23).

Aussi, l’identification d’une mutation BRCA1 ou BRCA2, augmente le risque de cancer controlatéral, peut faire poser l’indication de mastectomie controlatérale prophylactique (24).

Il est donc admis que le contrôle local de la maladie n’est pas seulement les marges saines mais aussi la biologie de la tumeur et la disponibilité des traitements systémiques (22).

trt4

 

TRT6

  • État des berges et facteurs de risque de RL après la NSM

Il a été rapporté un taux de 12-20% d’envahissement de la PAM sur pièce de mastectomie. Ce risque est suspecté en cas de facteurs prédictifs d’infiltration de la PAM (distance entre la tumeur et la PAM ≤ à 2cm, la localisation pré-aréolaire de la tumeur, une taille tumorale > 4cm) (15).

Le risque est minimal pour les tumeurs, unicentriques, périphériques, avec une distance tumeur-PAM > 2 cm, sans embole, HER2 non surexprimé (25) (Figure N°6).

Des études prospectives sont indispensables pour définir au mieux la place de ce type d’intervention dans la chirurgie du cancer du sein (15).

TRT9

  • GS et risque de récidives axillaires (Figure N°7)

L’abandon du CA au profit du GS, s’est avéré sans danger. Le risque de complications est moindre avec un risque de lymphœdème 3% vs 13% (6).

L’infiltration du GS correspond à une micro métastase dans 40‑50% des cas. L’étude IBCSG 23‑01 (26), a récemment démontré que dans ce cas, le curage axillaire complémentaire (CAC) n’avait pas de bénéfice en termes de risque de rechute axillaire (<1 vs 1%).

En cas de découverte de macro métastases, l’étude ACOSOG Z0011 n’a pas observé d’avantage à procéder à un CAC si les patientes reçoivent une RTH et un traitement systémique adjuvant (rechute locorégionale 0,9% si GS seul vs 0,5% si CA) (27).

L’étude AMAROS a évalué le remplacement du CAC par la RTH axillaire lors d’atteinte du GS et a trouvé des taux de rechute axillaire similaires (1,19 vs 0,43%) et moins de lymphœdèmes du membre supérieur (28).

Malgré les ganglions non sentinelles (GNS) infiltrés, laissés en place en l’absence de CAC, soit 5‑10% si GS négatif, 13% si atteinte micrométastase (étude IBCSG 23‑01) (26) , 27% lors d’atteinte de 1‑2 GS (étude ACOZOG Z0011) (27), la récidive axillaire isolée reste un événement rare, grâce aux traitements systémiques et RTH adjuvants.

TRT8

  • GS et chimiothérapie néoadjuvante

Le CA après CNA reste le traitement de référence pour les patientes présentant une atteinte axillaire clinique ou en imagerie initialement prouvée (19).

Cependant, la CNA permet une réponse complète sur les ganglions dans près d’un tiers des cas (19). Donc la technique du GS après CNA, est de plus en plus abordée dans les études. Les études allemande SENTINA(29), et américaine ACOSOG Z1071(30), retrouvent un taux de faux négatifs (FN) trop élevé (14,2 et 12,6%) ; ce taux pourrait diminuer à moins de 10%, en cas de double marquage du GS et le prélèvement d’au moins 3 GS. Le marquage (par clip) du ganglion touché avant la CTH pourrait aussi réduire le taux de FN selon une étude de cohorte prospective (1,4 vs 10,1%) (31).

L’étude GANEA 1 (19), a montré que les patientes sans atteinte ganglionnaire avant la CNA avaient un meilleur taux de détection par rapport aux patientes N+ (94,6% vs 81,5%, p = 0,008). L’étude Ganéa 2(19) a montré qu’en cas réponse pathologique complète, le taux d’identification du GS était meilleur.

  1. Résultats esthétiques
  • Après TC classique

Les résultats esthétiques du traitement conservateur classique sont imparfaits dans 20 à 30% des cas, nécessitant une reprise chirurgicale à distance dans 5 à 10% des cas (5).

L’évaluation des résultats esthétiques doit être standardisée, Clough a proposé la classification suivante (5) :

  • Type I : Le sein traité a une apparence normale, il y a une asymétrie de volume ou de forme entre les deux seins.
  • Type II : Le sein traité est déformé. Cette déformation peut être traitée par reconstruction partielle du sein.
  • Type III : Le sein traité présente une déformation majeure avec une fibrose diffuse. Seule une mastectomie avec reconstruction mammaire immédiate est envisageable.
  • Après oncoplastie:

Ces techniques de chirurgie plastique adaptées à la cancérologie ont permis de modifier les résultats esthétiques des traitements conservateurs même pour des tumeurs rétro-aréolaires grâce à des techniques d’oncoplasties centrales. Dans ce cas, il a été constaté de meilleurs résultats pour la technique du « round-block » que pour la technique horizontale, aussi bien pour la forme du sein (90% vs 46% d’excellents ou bons résultats) ; que pour la déformation (95% vs 54% de déformations minimes à modérées) (32).

Mais ces techniques d’oncoplastie ont des limites (5). Elles sont source d’une asymétrie mammaire par rapport au sein non malade. En cas de berges infiltrées, la reprise chirurgicale sera difficile du fait du remodelage de la glande, imposant parfois une mastectomie. Cette technique ne peut être proposée en cas de volume mammaire insuffisant.

Conclusion

Gilles Houvenaeghel : “Une désescalade thérapeutique chirurgicale va se poursuivre mais doit impérativement se concevoir de manière progressive prudente et surtout concertée avec les autres praticiens et méthodes thérapeutiques. Ces stratégies concernent aussi bien la chirurgie du sein que celle du creux axillaire”.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Abréviations:

CA: ……………………………………………………………………………………………………….. Curage axillaire

CIS: …………………………………………………………………………………………………….. Carcinome in situ

CNA: …………………………………………………………………………………. Chimiothérapie néoadjuvante

CTH: ……………………………………………………………………………………………………… Chimiothérapie

FN: ………………………………………………………………………………………………………….. Faux négatifs

GNS: ……………………………………………………………………………………….. Ganglions non sentinelles

GS: ………………………………………………………………………………………………….. Ganglion sentinelle

MCEC: ……………………………………………………….. Mastectomie avec conservation de l’étui cutané

MT: ………………………………………………………………………………………………… Mastectomie totale

NSM: ……………………………………………………………………………………. Nipple sparing mastectomy

PAM: …………………………………………………………………………………. Plaque aréolo-mamelonnaire

RL: …………………………………………………………………………………………………………. Récidive locale

RTH: ……………………………………………………………………………………………………….. Radiothérapie

SG: …………………………………………………………………………………………………………. Survie globale

TC: …………………………………………………………………………………………… Traitement conservateur

TRT: ……………………………………………………………………………………………………………. Traitement

 


 

Références

 

  1. Pilloy. Facteurs prédictifs de traitement conservateur après chimiothérapie néoadjuvante dans le cancer du sein. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie xxx (2017).
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  13. Anne Mourrégot. Jusqu’où aller dans la désescalade thérapeutique en chirurgie du cancer du sein infiltrant : contre la désescalade. Bull Cancer 2016; 103: S96–S98.
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La chirurgie du cancer du sein en ambulatoire

La chirurgie ambulatoire consiste en la réalisation d’actes médico-chirurgicaux programmés nécessitant une anesthésie et la sécurité d’un bloc opératoire, permettant au patient le retour à domicile le jour même de son entrée [1]

 

 

 

Kadjam, A. Bensetti, K. Brahmi Seddiki, N. Bachir Bouiadjra, Clinique Chirurgicale A, CHU Benaouda Benzerdjeb, Oran, Université d’Oran 1.

Date de soumission : 05 Septembre 2019.

Résumé : La chirurgie du cancer du sein relève d’une prise en charge pluridisciplinaire et nécessitait souvent une hospitalisation. Mais durant les dernières années, le concept de la chirurgie ambulatoire semble de plus en plus adapté à la chirurgie carcinologique du cancer du sein. Ceci découle de nombreux travaux qui ont démontré la faisabilité et la sécurité de la chirurgie sénologique en ambulatoire avec un moindre taux de complications postopératoires, une meilleure acceptation par les patientes permettant une réinsertion socioprofessionnelle rapide.

Mots clés : cancer du sein, chirurgie carcinologique, chirurgie ambulatoire.

 

Abstract: Breast cancer surgery is multidisciplinary and often requires hospitalization. But in recent years, the concept of outpatient surgery seems more and more adapted to oncological breast cancer surgery. This follows from numerous studies that have demonstrated the feasibility and safety of outpatient surgery with a lower rate of postoperative complications, better patient acceptance and rapid socio-professional reintegration.

Key Words: Breast cancer, breast surgery, same day surgery, outpatient procedure.


 

Introduction

La chirurgie ambulatoire consiste en la réalisation d’actes médico-chirurgicaux programmés nécessitant une anesthésie et la sécurité d’un bloc opératoire, permettant au patient le retour à domicile le jour même de son entrée [1]. Elle permet de réduire le taux d’infections nosocomiales tout en associant un meilleur vécu de l’intervention et une meilleure qualité de vie, et du point de vue économique, raccourcit la durée moyenne du séjour hospitalier.

Ce concept est apparu il y a cent ans en Ecosse par Nicoll qui a publié en 1909 une série de 8.988 enfants opérés en ambulatoire ; sortis le soir même. Il s’est développé de manière considérable dans les années 1960 aux USA, puis dans les pays de l’Europe du nord. La chirurgie ambulatoire n’a été autorisée en France qu’à partir de 1992, et a connu un vrai essor dans les années 2000 [1,2].

La chirurgie ambulatoire carcinologique s’est développée dans les deux dernières décennies et concerne un nombre limité de localisation tumorale ; il s’agit essentiellement du cancer du sein, des cancers des organes génitaux féminins et des cancers des voies aériennes digestives supérieures (VADS) en dehors des cancers cutanés. Elle est principalement réalisée chez des patients jeunes sans comorbidités importantes [3].

Chirurgie du sein

Le cancer du sein représente le premier cancer chez la femme dans le monde. La prise en charge chirurgicale peut aller du traitement conservateur avec recherche du ganglion sentinelle à la mastectomie totale avec curage axillaire. Le dépistage organisé a permis un diagnostic à un stade plus précoce où le traitement conservateur est possible sur le plan mammaire.

Il a été démontré que ces traitements conservateurs sont réalisables en chirurgie ambulatoire sans pour autant altérer la qualité de vie et la sécurité des soins notamment dans les pays anglo-saxons et nord-européens avec un taux de 78% aux USA, suivi du Canada (72%) et du Royaume Uni (70%) [4].

Il existe deux types d’actes chirurgicaux réalisables en ambulatoire avec un taux de faisabilité variable lié à la difficulté du geste et à l’impact psychologique :

  • Chirurgie conservatrice : tumorectomie, quadrantectomie, zonectomie avec ou sans curage axillaire ou détection du ganglion sentinelle, avec ou sans oncoplastie.
  • Chirurgie radicale : mastectomie totale avec ou sans curage axillaire.

Laurent & al., ont publié en 2016 une série de 396 patientes opérées, en ambulatoire, d’un cancer du sein in-situ ou infiltrant. Le type de chirurgie réalisée était dans 35,4% une chirurgie conservatrice du sein seule, 54% avec ganglion sentinelle ; 9,9% de curage axillaire et seulement 3 mastectomies (0,7%). Le taux de conversion en hospitalisation conventionnelle était de 9,8% dont les principales causes étaient le drainage et la survenue d’hématome. Le taux de complications était de 3,7% représentées essentiellement par des hématomes et des infections du site opératoire (ISO). Le taux de conversion relevé dans la littérature est de 0-14% principalement lié au drainage [4]. Une méta-analyse de la Cochrane Database de 2013 évaluant l’intérêt du drainage après curage axillaire ne retrouvait pas de bénéfices en termes de prévention de lymphœdème, des infections ou des hématomes ni en termes de satisfaction des patientes [5]. Une meilleure organisation du soin post-opératoire et la modification des techniques opératoires en favorisant le capitonnage du creux axillaire et la suppression si possible du drainage, pourraient améliorer ce taux de conversion.

D’autres causes de conversions peuvent être retrouvées telles les nausées et vomissements postopératoires qui pourraient être diminués en modifiant la prise en charge anesthésique et les modalités de l’analgésie post-opératoire par des techniques multimodales (blocs para-vertébraux, hypno-analgésie) [6].

Le taux de satisfaction des patientes a été évalué dans une autre étude auprès de 467 patientes. La majorité des patientes étaient satisfaites de leur prise en charge. La motivation des patientes pour une prise en charge de courte durée est importante [4]. Ceci peut s’intégrer dans une stratégie de raccourcissement de la durée d’hospitalisation avec un effet réel sur la qualité de vie de la patiente.

Cependant, les taux rapportés dans la littérature concernent des centres spécialisés en chirurgie sénologique, ce qui facilite la mise en place de la chirurgie ambulatoire. L’évaluation doit être effectuée par des études prospectives multicentriques.

L’aspect organisationnel et la coordination entre les différents acteurs sont primordiaux pour un bon fonctionnement. Cette prise en charge est multidisciplinaire et nécessite un parcours de soins bien établi avant, pendant et après l’hospitalisation ; sans omettre la prise en charge psychologique de la patiente [7].

Les contraintes peuvent être en rapport avec la multiplication des intervenants (chirurgien, radiologue, pathologiste). Un travail de Dravet & al., l’a démontré : le taux de chirurgie ambulatoire est deux fois plus faible (15%) quand trois de ces intervenants étaient impliqués, que quand seul le chirurgien était impliqué (33%) [4,8].

Une fois réalisée, la chirurgie requiert une gestion de près des risques post opératoires, afin de minimiser au maximum la probabilité d’une ré-hospitalisation en urgence, toujours mal vécue par la patiente et sa famille. Ces risques sont représentés principalement par les accidents hémorragiques (hématomes), les lymphocèles, les infections du site opératoire et la douleur.

Ces risques sont d’autant plus importants que la chirurgie est majeure ; ce qui peut être évité par une surveillance plus étroite et un contrôle par le chirurgien opérateur à la sortie. Le taux de morbidité standard retrouvé dans la littérature européenne n’est pas statistiquement différent selon que le mode de prise en charge soit en ambulatoire ou en hospitalisation [4,7,8] ; à l’inverse de l’expérience américaine, où une cohorte réalisée par l’American College of Surgeons de 2005 à 2012, intéressant plus de 40.000 patientes ayant eu une chirurgie carcinologique du sein avec ou sans curage axillaire, a comparé le taux de morbidité post opératoire à 30 jours après chirurgie ambulatoire vs après une hospitalisation d’une journée vs une hospitalisation plus prolongée [9]. Sur les 40.000 patientes, 8.365 (20,6%) ont été opérées en ambulatoire, 23.252 (57,2%) ont passé une nuit à l’hôpital et 8.958 (22,2%) ont séjourné plus d’une nuit d’hospitalisation. La morbidité globale à 30 jours était de 4,7% avec une mortalité de 0,14%. Les patientes opérées en ambulatoire avaient une morbidité de 2,4% vs 3,9 après hospitalisation d’une nuit ; vs 8,8% en cas d’hospitalisation prolongée (p<0,0001).

Les complications les plus fréquentes étaient liées à la plaie opératoire (hématome, hémorragie, infection) suivies des complications respiratoires, thromboemboliques, rénales et cardiaques. Des facteurs de risque comme l’âge avancé, l’IMC, le tabac, le diabète, le statut ASA, une chirurgie majeure, un cancer métastatique et une chirurgie bilatérale ont été associés à un taux plus important de complications postopératoires.

C’est la plus grande étude sur la sécurité de la chirurgie ambulatoire en matière du cancer du sein, elle a montré un taux de complications significativement plus élevé chez les patientes hospitalisées. Ces données suggèrent que la chirurgie du cancer du sein peut être pratiquée en ambulatoire avec sécurité chez des patientes parfaitement sélectionnées [9,10].

D’un autre côté, l’information de la patiente est primordiale pour l’acceptation de ce mode de prise en charge. Ceci est ressorti dans les travaux de Chung & al., qui ont évalué les facteurs de satisfaction des patientes de la prise en charge ambulatoire [11]. Cette information préopératoire permet d’une part à la patiente d’être un acteur à part entière dans sa prise en charge et d’autre part une approche psychologique plus facile.

Ainsi, l’ambulatoire permet un retour plus rapide à la vie socioprofessionnelle chez des patientes relevant d’une prise en charge multidisciplinaire prolongée, sans pour autant banaliser le cancer du sein.

Conclusion

La chirurgie du cancer du sein est parfaitement codifiée avec un faible taux de complications, pouvant être pratiquée en ambulatoire chez des patientes sélectionnées ayant peu de comorbidités. Elle impose cependant certaines contraintes organisationnelles qui peuvent être palliées par une meilleure coordination entre les différents intervenants qui doivent être formés afin d’assurer une prise en charge optimale.

La chirurgie ambulatoire du cancer du sein apporte la même qualité de soin et la même sécurité qu’en hospitalisation conventionnelle avec respect des prescriptions et des recommandations thérapeutiques ; en plus d’une réinsertion socioprofessionnelle rapide, une meilleure acceptation de la maladie et un gain économique majeur, en réduisant la durée moyenne du séjour hospitalier.

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

 

  1. Rapport de l’AFC 2017 : chirurgie ambulatoire générale et digestive. Septembre 2017
  2. Willetts IE. James H. Nicoll : pioneer paediatric surgeon. Ann R Coll Surg Engl 1997;79 (4 Suppl.):164–7.
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  9. Cordeiro et al. Same-Day Major Breast Cancer Surgery is Safe: An Analysis of Short-Term Outcomes Using NSQIP Data. Ann Surg Oncol DOI 10.1245/s10434-016-5128-0
  1. Medina Velazquez R, Jimenez Dıaz L, Fernandez Carrion J, Rosas Bermudez C, Miralles Curto M, Acosta Merida MA, et al. Major Ambulatory Surgery for the Treatment of Breast Cancer: Factors Conditioning Conversion to Conventional Hospitalization. Cir Esp. 2019; 97:40–45.
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Cancer du sein inflammatoire : particularités clinico-pathologiques et principes de prise en charge.

Le cancer du sein inflammatoire est une entité clinico-pathologique particulière du cancer du sein. Décrite pour la première fois en 1814 ; mais le terme « inflammatoire » n’a été utilisé qu’en 1924 par Lee et Tanenbaum[1]

 

 Belabdi, M. Oukkal, Service d’Oncologie Médicale CHU Issaad Hassani, Beni Messous, Alger.

Date de soumission : 07 Juin 2019.

Résumé : Le cancer du sein inflammatoire est une forme rare du cancer du sein. Il représente l’entité la plus agressive, diagnostiqué le plus souvent à un stade avancé avec une évolution rapide, ce qui la rends de très mauvais pronostic. La prise en charge multidisciplinaire à base de chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie a nettement amélioré les taux de survie des patientes. Cet article revoit les particularités clinico-pathologiques du cancer du sein inflammatoire ainsi que les principes de sa prise en charge.

Mots clés : Cancer du sein, inflammatoire, progression rapide, prise en charge multidisciplinaire.

 

Abstract: Inflammatory breast cancer is a rare form of breast cancer. It represents the most aggressive entity, diagnosed most often at an advanced stage with a very rapid evolution which makes it a bad prognosis. Multidisciplinary management based on chemotherapy, surgery and radiotherapy has significantly improved the survival rates of patients. This article reviews the clinical pathological particularities of inflammatory breast cancer and the principles of its management.

Keywords: breast cancer, inflammatory, rapid progression, multidisciplinary support.

Introduction

Le cancer du sein inflammatoire est une entité clinico-pathologique particulière du cancer du sein. Décrite pour la première fois en 1814 ; mais le terme « inflammatoire » n’a été utilisé qu’en 1924 par Lee et Tanenbaum[1]. Il s’agit d’une forme rare, mais très agressive avec une incidence variant de 1 à 5% et une mortalité proche de 10% [2]. Son diagnostic est principalement clinique, caractérisé par une évolution rapide des symptômes ; mais qui doit être différencié du cancer du sein localement évolué.

Historiquement, cette forme était considérée comme fatale avec une survie globale à 5 ans qui ne dépassait pas les 5% [1,3]. Cette survie a été nettement améliorée grâce au traitement multimodal atteignant 30 à 50%, mais qui reste relativement faible comparée aux autres formes de cancer du sein, d’où l’intérêt d’un diagnostic précoce permettant un traitement rapide et une amélioration du pronostic [3].

                                     

Particularités clinico-pathologiques

Le cancer du sein inflammatoire survient généralement chez des femmes jeunes et il est souvent diagnostiqué à un stade métastatique (35%) [4-5]. À ce jour, peu de facteurs de risque ont été bien définis, mais l’incidence est plus élevée chez la race afro-américaine, les patientes avec un indice de masse corporelle (BMI) élevé et les femmes jeunes [6, 7,8].

Cliniquement, il est caractérisé par une installation rapide des symptômes ‘’signe clé’’ qui permet de différencier le cancer du sein inflammatoire du cancer du sein localement évolué, négligé.

Les signes cliniques sont un érythème, souvent diffus, intéressant plus du tiers de la peau et pouvant évoluer vers une rougeur intense violacée ; une chaleur et un œdème avec des fosses de follicules pileux exagérés causant l’aspect caractéristique de peau d’orange [4, 9,10] ( Figure1).

Figure 1 : Photo d’une patiente présentant un cancer du sein inflammatoire du sein droit : rougeur, érythème diffus et aspect de peau d’orange.

 

Les symptômes envahissent rapidement le sein en entier et il peut augmenter de volume arrivant à 2 à 3 fois le volume initial en quelques semaines. Pour la majorité des patientes, il n’y a pas de masse palpable à l’examen clinique [3, 4,10].

Le cancer du sein inflammatoire peut être uni ou bilatéral. Quand il est bilatéral, l’œdème est minime avec un érythème important, et souvent associé avec des nodules et des ulcérations [4,9].

Dans 55 à 85% des cas, les patientes présentent un envahissement ganglionnaire axillaire ou sus-claviculaire et sa présence a un rôle crucial dans le Staging [4,11].

Dans la 8ème édition de la classification AJCC, le cancer du sein inflammatoire est classé en T4d, stade IIIb, IIIc ou VI en fonction du statut ganglionnaire et métastatique [4, 12,13].

La mammographie, qui représente le Gold Standard de l’imagerie du cancer du sein, n’a pas montré d’efficacité dans le cancer du sein inflammatoire. L’aspect retrouvé est différent des autres types de cancers. Plus de la moitié des patientes ne montrent pas de masse, mais des signes peuvent orienter vers un cancer du sein inflammatoire comme un épaississement cutané associé à une distorsion trabéculaire et les adénopathies axillaires qui sont présentes chez la majorité des patientes [3,16]. Ces signes restent non spécifiques au diagnostic du cancer du sein inflammatoire.

L’échographie mammaire, quant à elle, garde une place importante pour guider les biopsies des lésions identifiées [5, 14,15].

L’IRM mammaire reste l’examen le plus performant dans la détection des lésions dans le cancer du sein inflammatoire ; l’aspect retrouvé est celui d’épaississement cutané, œdème et un renforcement hétérogène du parenchyme [4,17, 18,19,].

Vu la fréquence des formes d’emblée métastatiques, un bilan d’extension est systématiquement demandé pour les patientes présentant un cancer du sein inflammatoire. Il doit comporter au minimum un scanner thoraco-abdomino-pelvien associé à une scintigraphie osseuse. Récemment, l’usage du FDG-PET/CT est de plus en plus fréquent, ce dernier semble être plus performant dans la détection de ganglions mammaires internes, infra et supra claviculaires métastatiques qui sont prédictifs de récidive locale ce qui permettrait un meilleur staging de la maladie [5, 20, 21,22].

Le cancer du sein inflammatoire n’est pas associé à un type histologique particulier, il peut s’agir d’un carcinome canalaire infiltrant, lobulaire, médullaire, à grandes cellules ou autres. Les principales caractéristiques pathologiques sont l’invasion dermique lymphatique qui peut engendrer des obstructions des canaux lymphatiques responsables de l’aspect clinique. Cependant, le diagnostic est basé sur l’aspect clinique et même l’absence de cette caractéristique n’exclue pas le diagnostic [3, 23,24].

Le cancer du sein inflammatoire est distinct biologiquement, il a une fraction élevée de la phase S, un haut grade, une aneuploïdie et des récepteurs hormonaux souvent négatifs mais aussi une mutation de la P53. Il est aussi caractérisé par une hyper-vascularisation avec un taux élevé de VEGF, bFGF et une expression élevée d’E-Cadherin [3, 25,26]. Beaucoup de gènes ont été identifiés et semblent contribuer à l’agressivité du cancer du sein inflammatoire. Les principaux sont la surexpression du Rhoc GTPas dans 90% des cas, et la perte de l’expression LIBC dans 80% des cas [3, 27,28]. Ces gènes restent une voie de recherche prometteuse pour de futures investigations.

Les principaux facteurs pronostiques pour les patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire sont la présence d’érythème diffus, d’adénopathies, des récepteurs aux œstrogènes négatifs et la mutation du gène P53. Vu l’absence de masse pour la plupart des patientes, la taille tumorale n’a pas la même valeur pronostique, comme pour le cancer du sein non inflammatoire [3,29].

Principes de prise en charge

Une approche multidisciplinaire est recommandée dans le traitement du cancer du sein inflammatoire. Le traitement médicamenteux, la chirurgie ainsi que la radiothérapie doivent être inclus dans la stratégie thérapeutique.

À cause de sa rareté, peu d’études ont intéressé la chimiothérapie des patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire et ces dernières ont été souvent exclues des études prospectives à cause de leurs mauvais pronostics. Les recommandations sont essentiellement basées sur des études rétrospectives, ou extrapolées à partir des études prospectives intéressant les patientes atteintes de cancer du sein non inflammatoire [4, 5,30].

Du fait que la plupart des patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire sont diagnostiquées à un stade localement avancé, avec une atteinte cutanée souvent présente, la chirurgie première est associée à un risque élevé de résection incomplète et de récidive importantes. Le standard actuellement est de commencer par une chimiothérapie néoadjuvante dont le principal but est de réduire les signes inflammatoires et de rendre la tumeur résécable [3,31].

L’analyse d’une série du M.D Anderson Hospital sur une période de 20 ans, a démontré l’efficacité d’une chimiothérapie à base d’anthracycline chez les patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire. Sur 178 patientes traitées par chimiothérapie néoadjuvante à base d’anthracyclines suivie d’un traitement local (chirurgie + radiothérapie), les survies à 5 et 10 ans étaient respectivement de 40% et 33%. L’intégration des taxanes a aussi été associée à un taux élevé de réponse complète pathologique (20% vs 10%), ainsi qu’une meilleure survie globale et survie sans progression comparées aux patientes n’ayant pas reçu les taxanes [4, 32,33]. Il est actuellement recommandé de commencer le traitement par une chimiothérapie néoadjuvante à base d’anthracyclines et taxanes.

Le trastuzumab, anticorps monoclonal recombinant ciblant HER2 , qui serait surexprimé et/ou amplifié avec une plus grande fréquence chez les patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire, comparé au non inflammatoire (36 à 60%)[4,5] ; a montré son efficacité en association avec la chimiothérapie. Dans une large étude prospective qui a randomisé des patientes atteintes de cancer du sein localement évolué incluant des cancers du sein inflammatoire, l’ajout du trastuzumab améliorait significativement la réponse pathologique complète (38%) mais aussi la survie globale qui était de 71% à 3 ans [4, 5,34]. Il est donc recommandé d’associer le trastuzumab à la chimiothérapie chez les patientes Her2 positives.

La chirurgie joue un rôle crucial dans le traitement multimodal du cancer du sein inflammatoire, elle améliore le contrôle local et le taux de survie. Le geste optimal est une mastectomie avec un curage ganglionnaire axillaire, le chirurgien doit avoir comme objectif de faire un geste chirurgical complet avec des marges de résection négatives [4,36].

Le compte rendu anatomo-pathologique type de la pièce opératoire doit impérativement rapporter la présence ou non, de résidu tumoral ainsi que sa taille, l’état des marges de résection, le taux de régression ou de réponse à la chimiothérapie, le taux de réponse complète pathologique (pCR) et le statut ganglionnaire, en précisant le nombre de ganglions analysés, le nombre de ganglions infiltrés et la présence ou non de rupture capsulaire.

Plusieurs classifications histopathologiques de la réponse à la chimiothérapie néoadjuvante ont été proposées, et à l’heure actuelle, il n’existe pas de consensus permettant de privilégier une classification plutôt qu’une autre. La classification de Sataloff est la plus utilisée, elle évalue la réponse sur le tissu mammaire, mais aussi sur le tissu ganglionnaire qui est souvent plus faible et représente un facteur pronostic important [5,35]. Il est important de noter que la réponse histologique à la chimiothérapie néoadjuvante représente le facteur pronostique le plus important. Dans des études prospectives et rétrospectives concernant le cancer du sein localement évolué, y compris le cancer inflammatoire ; la survie des patientes avec une réponse pathologique complète était meilleure que celle avec un résidu tumoral (89% vs 64% de survie globale à 5 ans, 87% vs 58% à 5 ans) [4,37]. Ces données ne font que démontrer le rôle initial et important de la chimiothérapie néoadjuvante, et que la réponse tumorale permet de définir la survie des patientes.

La fréquence élevée d’envahissement ganglionnaire, qui prédit le risque de récurrence locorégional, rend la radiothérapie plus qu’importante dans la stratégie thérapeutique des patientes atteintes de cancer du sein inflammatoire. La paroi thoracique, la région axillaire ainsi que les chaines ganglionnaires infra-claviculaire, supra claviculaire et mammaire interne doivent être incluses dans le volume cible de la radiothérapie [4, 5,36].

Après une chimiothérapie néoadjuvante suivie d’un traitement local, les patientes avec un statut de récepteurs hormonaux positifs devront recevoir une hormonothérapie adjuvante pendant une durée minimale de 5 ans, à base de Tamoxifène ou inhibiteur d’aromatase en fonction du statut ménopausique des patientes [5,]. La poursuite d’une durée totale d’une année de Trastuzumab est indispensable chez les patientes avec un statut HER2 positif [5,34].

Plus de 30% des patientes atteintes de cancers inflammatoires du sein sont diagnostiquées à un stade métastatique et près de 70% du reste des patientes le deviendront durant l’évolution de la maladie [4,5]. Pour ces patientes, il n’existe pas de traitement spécifique du cancer du sein inflammatoire et il est recommandé de les traiter en suivant le consensus des patientes atteintes de cancer du sein non inflammatoire. Le sujet de controverse reste la place du traitement local chez les patientes nouvellement diagnostiquées de cancer du sein inflammatoire métastatique. Il est actuellement recommandé de commencer par un traitement systémique en première intention, et de réserver le traitement local à un but palliatif [4].

Vu la rareté de cette entité, le diagnostic à un stade avancé et le pronostic qui reste péjoratif malgré les différents progrès thérapeutiques ; le cancer du sein inflammatoire représente une aire prometteuse de recherches clinique, où plusieurs approches diagnostiques et thérapeutiques sont en cours d’évaluation, comme l’immunothérapie, les thérapies ciblant la surexpression de Rhoc GTPase ou la perte de WISP3, ou la chimiothérapie dose dense avec utilisation de cellules souches autologues et dont les résultats sont encourageants [4,38,39].

Conclusion

Le cancer du sein inflammatoire est clairement différent du cancer du sein non inflammatoire. À cause de la progression rapide, qui constitue sa principale caractéristique, le diagnostic à temps est important afin d’instaurer le traitement à un stade précoce. Malgré les progrès significatifs dans le diagnostic et le traitement de cette entité agressive du cancer du sein, le pronostic reste cependant péjoratif. Les recherches transrationnelles en cours pourront permettre une meilleure compréhension de la biologie de cette entité pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques pour une meilleure personnalisation du traitement et une amélioration du pronostic.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

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L’hormonothérapie dans le cancer du sein, actualités.

L’hormonothérapie constitue une étape incontournable dans la prise en charge du cancer du sein RE positif, l’œstrogène est l’hormone principale impliquée dans le développement et la récidive du cancer du sein hormonosensible]

 

 

 

Zemmour, B. Larbaoui, EHS Emir Abd El Kader, Oran.

Date de soumission : 27 Août 2019.

Résumé : Dans le cancer du sein, l’hormonothérapie est le premier traitement ciblé qui vise à réduire le risque de rechute locale ou métastatique des cancers hormonodépendants [1]. 70 à 75% de ces cancers expriment les récepteurs hormonaux à l’œstrogène (ER) et/ou à la progestérone (PR) [2,3] ; le traitement adjuvant est bien codifié, l’hormonothérapie adjuvante étendue au-delà de 5 ans est un sujet de controverse, les grandes avancées thérapeutiques se voient en situation métastatique avec les associations des inhibiteurs de l’aromatase avec les thérapies ciblées.

Mots clés : ER, PR, Tamoxifène, inhibiteurs de l’aromatase, thérapies ciblées.

Abstract: In breast cancer, hormone therapy is the first targeted treatment aimed at reducing local or metastatic relapse risk of ER positive cancers [1]. 70 to 75% of these cancers express estrogen receptor (ER) and/or progesterone receptor (PR) [2,3], adjuvant treatment is well codified, adjuvant hormonal therapy extended beyond 5 years is a subject of controversy, the major therapeutic advances are seen in metastatic setting with the associations of aromatase inhibitors and targeted therapies.

Key words: ER, PR, Tamoxifen, Aromatase inhibitors, Targeted therapies.


 

Introduction

L’hormonothérapie constitue une étape incontournable dans la prise en charge du cancer du sein RE positif, l’œstrogène est l’hormone principale impliquée dans le développement et la récidive du cancer du sein hormonosensible, Beatson avait déjà décrit en 1896 la régression d’un carcinome du sein après une ovariectomie [3]. Depuis, les avancées de l’hormonothérapie sont spectaculaires.

Le seuil de positivité des récepteurs hormonaux est un sujet de controverse en raison de la variabilité de l’expression seulement la plupart des experts s’accordent sur un seuil de 10% (1% aux US) [4] puisque la réponse à l’hormonothérapie dépend étroitement du degré de positivité des deux récepteurs (RE et RP).

Chez la femme pré-ménopausée

Le cancer du sein se voit de plus en plus chez la femme jeune non ménopausée, le tamoxifène est un modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes, synthétisé en 1962 comme inducteur de l’ovulation. On découvre par la suite qu’il inhibe la croissance des cellules tumorales par action compétitive sur les récepteurs hormonaux. En 1975, c’est le premier anti estrogène commercialisé [5].

L’avantage du tamoxifène en adjuvant est démontré dans la méta-analyse Early Breast Cancer Trialists Collaborative Group (EBCTCG) qui regroupe 33.000 femmes. Il réduit la mortalité par cancer du sein à 15 ans de 30% quel que soit l’âge, le statut ganglionnaire et la chimiothérapie associée [5].

Dans l’état actuel des connaissances, en situation adjuvante, le tamoxifène utilisé pendant 5 ans réduit le risque de rechute de 39% chez la femme pré-ménopausée et la femme ménopausée.

Les analogues de la LH-RH

Ils agissent en incitant l’hypophyse à sécréter la FSH jusqu’à épuisement de la glande et chute du taux de FSH, LH et Œstradiol circulant.

Les essais TEXT and SOFT ont évalué l’apport de la suppression ovarienne associée à l’hormonothérapie adjuvante chez la femme pré-ménopausée.

L’étude TEXT a inclus 2.672 patientes randomisées à recevoir tamoxifène ou exemestane associées chacune à la suppression de la fonction ovarienne, l’étude SOFT a recruté 3.066 patientes pour le même design de l’étude TEXT avec en plus un bras tamoxifène seul.

L’ensemble des traitements ont été reçus pendant 05 ans et un suivi médian de 8-9 ans est observé.

Dans l’analyse combinée, les résultats sont en faveur de l’association de la suppression ovarienne avec l’hormonothérapie avec un HR=0,77 (IC 95% 0,67-0,90) p<0,001 [6].

Chez la femme ménopausée :

La ménopause est définie comme suit :

  • Annexectomie bilatérale préalable
  • Age ≥ 60 ans
  • Age < 60 ans et aménorrhée d’au moins 12 mois en l’absence de chimiothérapie, de tamoxifène ou suppression ovarienne et FSH, œstradiol aux normes de ménopause.

Si patiente sous Torémifène et âge < 60 ans : FSH, œstradiol aux normes de ménopause [7].

NB : l’aménorrhée chimio-induite n’est pas une ménopause.

Les inhibiteurs de l’aromatase (IA) de la troisième génération ont été utilisés dans le traitement du cancer du sein depuis les années 1990.

Les IA inhibent la transformation des androgènes provenant de la surrénale en œstrogènes dans les tissus périphériques et les cellules tumorales. Ce qui entraîne chez la femme ménopausée une chute du taux d’œstrogène circulant [4].

Il existe deux types d’ IA : les non stéroïdiens réversibles (Anastrozole et Letrozole) et les IA stéroïdiens non-réversibles (Exemestane).

Les trois molécules sont considérées comme équivalentes pour l’efficacité et la toxicité.

Elles sont devenues un standard de traitement dans l’hormonothérapie adjuvante de la femme ménopausée.

 

Étude

Type

Effectif

Schéma

Résultats DFS

BIG 1-98[8]

P III

8.028

04 Bras

5 ans T/

 5 ans L/

2 ans Tam-3 ans L

 2 ans L-3 ans T

Avec Letrozole HR = 0,91 IC 95% 0.81-1.01

ATAC[9]

P III

9.366

5ans T vs 5 ans A

HR= 0.85 IC 95% 0.76-0.94

p=0.003

IES[10]

P III

 

2-3 ans T suivies de 2-3 ans Evs 5 ans T

HR =0.93 IC95% 0.80-1.07

TEAM[11]

P III

9.775

2-3 ans T suivies de 2-3 ans Evs 5 ans E

HR =0.97IC 95% 0.88-1.08

p=0.604

T = tamoxifène ; L = Letrozole ; A = Anastrozole ; E = Exemestane ; HR = hazard ratio ; IC = intervalle de confiance.

Toutes ces études ont comparé le Tamoxifène à une anti-aromatase et ont conclu que chez la femme ménopausée l’indication actuelle est d’inclure une anti aromatase en up-front ou en switch.

D’autres études ont comparé les inhibiteurs de l’aromatase entre elles dont :

Tableau : Études ayant comparé les inhibiteurs de l’aromatase entre elles

Etude

Phase

Effectif

Schéma

Résultats

MA 27 [12]

III

7.576

Anastrozole (1 mg/j) vs Exemestane (25 mg/j)

HR 1.02, 95% CI (0.87, 1,18); p=0.85

FACE [13]

III

4.136

Anastrozole (1 mg/j) vs

Letrozole (2,5 mg/j)

DFS à 5 ans 82,9%(A) vs 84,9% (L)

HR 0,93, 95% CI (0.80, 1,07); p=0.31

La prolongation de l’hormonothérapie adjuvante au-delà de 5 ans

Les résultats ont montré que chez des patientes non sélectionnées, 10 ans de tamoxifène ne sont pas plus bénéfiques que les 05 ans standard, ATLAS aTTom ont montré que 10 ans de tamoxifène sont supérieurs à 5 ans de tamoxifène chez des patients qui présentent une maladie de mauvais pronostic (âge jeune, infiltration ganglionnaire, haut grade) ; mais il faut savoir que 10 ans de tamoxifène est corrélé avec un taux plus important de cancers de l’endomètre et de maladie thrombo-embolique.

Aussi, la prolongation par inhibiteurs de l’aromatase n’est licite que chez les patientes qui ont reçu du tamoxifène en adjuvant.

Tableau : La poursuite du Tamoxifène après 5 ans de Tamoxifène :

Etude

Phase

Effectif

Schéma

Résultats

ATLAS [14]

III

12.894

5 ans vs 10 ans de Tam

Analyse poolée : réduction du risque de décès de 9%

RR 0.91, 95% CI (0.84, 0.97); p=0.008

ATTom [14]

III

6.953

5 ans vs 10 ans de Tam

NSABP B14 [15]

III

1.172

10 ans de Tam vs 5 ans Placebo

DFS 78% vs 82% p= 0,03 en faveur de 5 ans Tam

Scottish [16]

III

342

Tam adj vs Tam après rechute

Pas de bénéfice du Tam au-delà de 05 ans.

ECOG 4181 [17]

III

193

5 ans Tam vs Tam jusqu’à progression

HR = 0,68

p = 0,13

 


 

Tableau : La poursuite par IA après 5 ans de Tamoxifène :

Étude

Phase

Effectif

Schéma

SSM

MA17 [18]

III

5170

3 ans L vs Nihil

HR = 0,57

NSABP B33 [19]

III

1598

5 ans E

HR = 0,68

ABCSG-6a [20]

III

856

3 ans A

HR = 0,62

L : Letrozole ; E : Exemestane ; A : Anastrozole ; SSM : Survie sans Maladie ; HR : Hazard ratio ; Nihil : rien

MA-17, NSABP B33 et ABCsg 6a ont démontré que la poursuite de l’hormonothérapie par inhibiteur de l’aromatase après 5 ans de Tamoxifène améliore la survie sans maladie.

Tableau : La poursuite 5 ans IA après 5 ans d’Hormonothérapie adjuvante :

Étude

Phase

Effectif

Schéma

SSM

DATA [21]

III

1.912

 2-3 ans T : 6 ans Avs 3 ans A

HR 0,79(0,62-1,02)

p=0,07

IDEAL [22]

III

1.824

5 ans T/IA :5 ans L vs 2,5 ans L

HR 0 ,96(0,76-1,20)

p=0,70

NSABP B42 [23]

III

3.923

5 ans T/IA :

HR 0,85(0,73-0,99)

p=0,048

           

T : Tamoxifène ; A : Anastrozole ; IA : Inhibiteur de l’aromatase ; L : Letrozole ; vs : versus ; HR Hazard ratio

Les trois études : DATA, IDEAL, NSABP B42 n’ont pas atteint leur objectif principal.

Les analyses par sous-groupes suggèrent qu’une population à risque élevé de rechute bénéficie de cette stratégie prolongée, la décision doit donc tenir compte des toxicités des inhibiteurs de l’aromatase notamment la majoration de l’ostéoporose et des évènements vasculaires artériels.

Les effets secondaires

Les effets indésirables de ces traitements peuvent être handicapants et affecter sérieusement la qualité de vie de ces patientes.

Tableau : Toxicités des traitements

Symptôme

Tamoxifène

Inhibiteurs de l’aromatase

Baisse de la libido

+

++

Bouffées de chaleur

+

+

Cancer de l’utérus

+

hypercholestérolémie

±

Modifications pondérales

+

+

Ostéopénie/ostéoporose

En pré-ménopause

+

Pertes vaginales

+

Sécheresse vaginale

Surtout en pré-ménopause

+

Thrombo-embolie

+

(-)

Troubles cognitifs

+

+

Troubles du sommeil

+

+

 

Le Fulvestrant

Le Fulvestrant est un anti-œstrogène qui se distingue du tamoxifène car il s’agit d’un anti-œstrogène « pur», il induit une dégradation des récepteurs aux œstrogènes [24].

L’étude « Confirm » a permis de définir les doses du fulvestrant à 500 mg J1-J14-J28 puis tous les 28 jours, l’essai de phase II « FIRST» a montré une supériorité du Fulvestrant par rapport à l’Anastrozole avec une PFS de 23,1 mois vs 13,1 mois (p=0,01) [25] ; et l’essai de phase III « FALCON » qui a recruté 462 patientes est venu confirmer cette supériorité du Fulvestrant avec une PFS de 16,6 mois vs 13,8 mois pour l’Anastrozole (HR : 0,797 IC 95 % 0,63-0,99 p= 0,0486) [26]. Depuis, le Fulvestrant a regagné la première ligne d’hormonothérapie dans le cancer du sein RH positif, Her 2 négatif.

 

Les associations de l’hormonothérapie 

Figure : les principales voies de signalisation impliquées et les principaux produits impliqués dans la résistance à l’hormonothérapie du cancer du sein RH positif-Her 2 négatif en phase métastatique [24].

Les inhibiteurs de cycline CDK4/6 

Le complexe CDK 4/6-cycline D conduit à la phosphorylation et l’inactivation de la protéine Rb puis la progression du cycle cellulaire de la phase G1 à la phase S [27].

Ces trois dernières années ont été marquées par la confirmation de trois inhibiteurs CDK4/6 Palbociclib, Ribociclib et Abémaciclib dans le traitement du cancer du sein métastatique RH positif et Her 2 négatif.

Tableau : Comparaison des différents inhibiteurs de cycline (les 03 CDK)

 

PALBOCICLIB

RIBOCICLIB

ABEMACICLIB

Dosage

 

125 mg/j

600 mg/j

200 mg 2x/j

Schéma

 

03 sem. (01 sem. de repos)

03 sem. (01 sem. de repos)

Administration continue

Pharmacocinétique

Tmax 4,2-5,5 h

T1/2 25,9- 26,7 h

Tmax 4 h

T1/2 24-36 h

Tmax 4-6 h

T1/2 17-38 h

(Passe la barrière hémato-méningée)

Pénétration du SNC

Non

Non

Oui

Toxicités limitantes

Neutropénie, thrombopénie

Neutropénie, thrombopénie

Fatigue

Autres toxicités

Nausées, anorexie, diarrhée, fatigue, anémie

Nausées, mucite

Créat, allongement QT

Diarrhée, neutropénie

Tmax : Temps où la concentration maximale est atteinte, T1/2 : temps de demi-vie.

 

La neutropénie des inhibiteurs de CDK 4/6 se distingue par une réversibilité rapide, qui reflète un effet cytostatique sur les précurseurs neutrophiles au niveau médullaire. Ainsi, le palbociclib et le ribociclib sont administrés de façon intermittente afin de permettre une récupération hématologique. De façon intéressante, l’abémaciclib présente une toxicité digestive plus importante, à type de diarrhée, et qui nécessite une chimioprophylaxie par lopéramide tandis que la neutropénie est moins évidente, ce qui permet une administration continue.

Dans le cancer du sein localement avancé et /ou métastatique RH positif, Her 2 négatif

  • L’association palbociclib/létrozole est approuvée aux USA depuis février 2016
  • L’association palbociclib/Fulvestrant est indiquée depuis février 2017
  • Le Palbociclib est actuellement enregistré en Algérie.
  • Depuis mars 2017 la FDA approuve l’association Ribociclib/anti-aromatase
  • Et depuis septembre 2017 abemaciclib est approuvé aux USA pour les patientes qui présentent un cancer du sein localement avancé ou métastatique RH positif, Her2 négatif ayant reçu une hormonothérapie antérieure [28,29,30].

 

Les inhibiteurs mTOR 

Grace à la compréhension des mécanismes de l’hormono-résistance et l’identification des voies et des cibles impliquées, la voie mTOR est ciblée.

Étude

Phase

Effectifs

Schéma

SSP

BOLERO 2 [31]

III

724

RH+Her2-

Après IA

Exemestane (25 mg/j) +/- Everolimus (10 mg/j)

6,9 mois vs 2,8 mois

HR 0,43 (IC 95% 0.35-0,54) p<0,0001

TAM-RAD [32]

II

111

Tamoxifène (20 mg/j) +/- Everolimus (10 mg/j)

8,6 mois vs 4,5 mois

P=0,0026

BRE-43 [32]

II

31

Fulvestrant + Everolimus

7,4 mois (IC 95%1,9-12,1)

           

 

Les résultats intéressants de l’étude Boléro-2 ont permis l’AMM de l’association Exemextane/Everolimus après progression aux inhibiteurs de l’aromatase, en prenant en considération les toxicités de l’everolimus (mucite, pneumopathie et désordres métaboliques).

 

Les inhibiteurs PI3K 

Les aberrations de la voie PI3K/AKT/mTOR sont courantes dans le cancer du sein, car environ 40% des patientes atteintes un cancer du sein RH positifs et Her 2 négatif présentent une mutation PI3KCA, ceci active la voie PI3K et mène à une résistance à l’hormonothérapie, Alpelisib est un inhibiteur α sélectif de la PI3K oral, l’isoforme α est la forme mutée dans le cancer du sein.

Étude

Phase

Effectif

Schéma

SSP

SOLAR-1 [33]

III

572

Dont 341 PI3KCA mutées

Fulvestrant + Alpelisib (300 mg/j) vs

Fulvestrant + Placebo

Chez la population PI3KCA mutée

11,1 mois vs 3,7 mois

HR 0,48 IC 95%

(0,32-0,71)p=0,00065

SANDPIPER [34]

III

516

PI3KCA

Mutées

R2:1

Fulvestrant + Taselisib vs

Fulvestrant + Placebo

7,4 mois vs 5,4 mois

HR 0 ,70 (IC 95% 0.56-0.89)

p=0,0037

Belle -3 [35]

III

432

R 2 :1

Fulvestrant + Buparlisib vs

Fulvestrant + Placebo

3.9 mois vs 1.8 mois

HR 0.67 (IC 95%

(0.53-0.84) p = 0.0003

           

 


 

La relation entre les voies CDK 4/6 et PI3K-mTOR 

Il existe un « crosstalk » entre ces différentes voies certaines études ont trouvé que leur inhibition combinée permet débloquer la croissance tumorale.

En effet, Vora et al., ont découvert que les inhibiteurs CDK4/6 étaient capables de sensibiliser les lignées cellulaires mutées PI3KCA aux inhibiteurs PI3K, par la suite Herrera-Abreu et ses collègues ont montré que la combinaison des inhibiteurs CDK4/6 et de PI3k induisent l’apoptose des cellules tumorales, d’autres auteurs ont aussi trouvé que la combinaison d’inhibiteurs CDK4/6 et PI3K avec l’hormonothérapie était d’autant plus efficace[35], Ces résultats ont été obtenus in vitro, et une confirmation par des études cliniques est indispensable.

Conclusion

Selon les recommandations de l’ASCO, ABC et NCCN 2019 l’hormonothérapie est le standard de traitement de première ligne pour le cancer du sein RE positif métastatique hormis la crise viscérale[36].

Associés ou non aux analogues LHRH, le tamoxifène et les inhibiteurs de l’aromatase sont les acteurs principaux de l’hormonothérapie, le fulvestrant est un anti-œstrogène « pur » qui induit une dégradation du récepteur à l’œstrogène, il est bien toléré et offre une alternative thérapeutique aussi intéressante.

Une bonne connaissance des mécanismes d’action et des effets secondaires de tous ces produits permet d’assurer une prévention efficace des toxicités et une meilleure adhérence et observance du traitement tout en offrant à la patiente une bonne qualité de vie et une survie prolongée.

Les nouvelles voies de recherche vont vers les associations multiples pour tenter de bloquer plusieurs voies de signalisation pour optimiser les résultats et prolonger encore la survie.

Prendre en considération le choix de la patiente, et son éducation pour la prévention des effets secondaires, sont les garanties d’une bonne observance du traitement.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 

Références

 

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La reconstruction mammaire

Les patientes qui subissent une mastectomie éprouvent souvent des difficultés quant à leur image corporelle et à leur estime de soi. La reconstruction mammaire joue un rôle majeur pour un retour à la normale. Étant donné la hausse des taux de survie du cancer du sein

Benachenhou, S. Rabahi, F. Chentouf, A. Bendib, M. Boubnider, Service de Chirurgie B, Centre Pierre et Marie Curie, Alger.

 

Résumé. La chirurgie reconstructrice fait actuellement partie de la prise en charge globale du cancer du sein. Elle est dite immédiate, lorsqu’elle peut être effectuée lors de la mastectomie. Lorsque la reconstruction s’effectue après la mastectomie, elle est dite différée et sera effectuée en principe dans un délai de six mois après la chimiothérapie et un an après la radiothérapie. La reconstruction peut être prothétique lorsque les tissus sont de bonne qualité et le volume mammaire à reconstruire de taille modérée. Elle peut aussi être faite par lambeau autologue suite à une radiothérapie et lorsque le volume mammaire est important. Une fois la reconstruction effectuée, les petites imperfections peuvent être corrigées par des injections de graisse autologue.

Mots clés : Cancer du sein, reconstruction, résultat cosmétique.

 

Abstract: Reconstructive surgery is currently part of the overall management of breast cancer. It is called immediate, when it can be performed during the mastectomy. When the reconstruction is performed after the mastectomy, it is called delayed and will be performed in principle within six months after chemotherapy and one year after radiotherapy. The reconstruction can be prosthetic when the tissues are of good quality and the breast volume to rebuild of moderate size. It can also be done by autologous flap following radiotherapy and breast volume is important. Once reconstruction is done, small imperfections can be corrected by autologous fat injections.

Keywords: Breast cancer, reconstruction, cosmetic result.

 

Introduction

Les patientes qui subissent une mastectomie éprouvent souvent des difficultés quant à leur image corporelle et à leur estime de soi. La reconstruction mammaire joue un rôle majeur pour un retour à la normale. Étant donné la hausse des taux de survie du cancer du sein, la prise en charge doit changer de cap pour inclure aussi la restauration de la qualité de vie des patientes. La reconstruction mammaire fait actuellement partie intégrante de la prise en charge du cancer du sein [1]. Proposée lors de la première consultation, la reconstruction mammaire reste le choix de la patiente et n’est jamais obligatoire. Un sein reconstruit, ressemble par son galbe et sa souplesse au sein originel mais ne remplacera jamais un sein naturel [2]. Elle comporte en outre, selon les désirs de la patiente, une reconstruction de l’aréole et du mamelon, et éventuellement, une intervention sur le sein controlatéral pour améliorer la symétrie.

Objectif

Il s’agit d’une mise à jour des options thérapeutiques pour les femmes qui sont candidates à une reconstruction mammaire.

 

A qui s’adresse la reconstruction mammaire ?

La reconstruction mammaire s’adresse à toutes les femmes confrontées à l’ablation d’un sein sans distinction, dès lors que leur état de santé leur permet de réaliser l’intervention [7]. Cela ne modifie pas le pronostic de la maladie et n’empêche pas le suivi médical.

 

Les principales motivations qui peuvent conduire une femme à choisir une reconstruction mammaire sont la volonté d’oublier ce qui rappelle le cancer du sein, la mutilation, le port d’une prothèse mammaire externe et enfin, l’envie de se sentir plus désirable et à l’aise dans son corps. Des études ont fait valoir que les femmes qui ont subi une mastectomie éprouvent des difficultés à leur image corporelle et à leur estime de soi, ce qui entraîne une évaluation à la baisse de leur qualité de vie [3]. Une reconstruction mammaire après la mastectomie peut atténuer ou éliminer ces séquelles interventionnelles négatives. Il a été démontré qu’il s’agit de l’un des plus importants déterminants du bien être fonctionnel et de la satisfaction des patientes par rapport aux femmes qui ont subi une mastectomie sans reconstruction [4]. Toutefois, les taux de reconstruction mammaire en Algérie demeurent faibles, allant 4 à 10% chaque année [5].

Toutes les femmes ne sont pas candidates à cette intervention ou désireuses de la subir, mais toutes devraient avoir le choix, et sentir qu’elles ont été conseillées de manière appropriée pour prendre une décision en toute confiance [6]. La clé pour atteindre cet objectif ambitieux se situe dans la mobilisation de l’équipe de santé tout entière.

 

La préparation à l’intervention.

La reconstruction mammaire doit être un projet élaboré entre le chirurgien et la patiente. Le choix du type de reconstruction mammaire dépend de nombreux facteurs mais aussi de ce qui convient le mieux à la patiente.

Suite à ce choix :

  • Un bilan photographique sera réalisé afin de pouvoir suivre l’évolution de la reconstruction.
  • Un bilan préopératoire est réalisé, et une consultation avec le médecin-anesthésiste sera programmée. La durée de l’hospitalisation dépend de l’importance de l’opération.

Le moment de la reconstruction

La reconstruction mammaire se fait parfois en même temps que la chirurgie du cancer, on parle dans ce cas de reconstruction immédiate (Figure1). Plus souvent, elle est réalisée après la fin des traitements (6 à 12 mois après la radiothérapie), au cours d’une nouvelle intervention, on parle cette fois-ci de reconstruction différée ou encore secondaire [8].

 a

(Figure 1)La reconstruction mammaire immédiate  Mme I H 36 ans VM 670 cc. Foyer MICA ACR 5 QMS g.Macrobiopsie CIS grade intermédiaire à haut grade
 M+ RMI par prothèse sebbin 335cc, Photos du service de sénologie chirurgie B CPMC

 

  1. La reconstruction mammaire immédiate

Elle a lieu dans le même temps opératoire que la mammectomie. Elle est classiquement proposée à des patientes chez lesquelles on découvre un cancer qui ne nécessite pas de traitement complémentaire (radiothérapie, chimiothérapie) [9]. Ces dernières années, certaines équipes ont proposé ce type de reconstruction quels que soient les traitements associés et parfois même la nature du cancer, du moment que le sein n’était pas en poussée inflammatoire [10]. Cette attitude reste encore très controversée, étant donnée l´importance de surveiller tout risque de récidive précoce, et du fait que les suites de la reconstruction peuvent parfois entraver la mise en place rapide du traitement complémentaire.

En conséquence, les indications de la reconstruction mammaire immédiate sont encore rares, comparées aux reconstructions mammaires réalisées à distance. On retiendra les carcinomes in situ, les carcinomes invasifs ne dépassant pas 3 cm avec un creux axillaire cliniquement libre et pour des raisons prophylactiques, on observe que les taux de récidives locales sont identiques à ceux des mastectomies conventionnelles [11]. On contre-indique la reconstruction immédiate si une radiothérapie post-opératoire est envisagée, si la patiente est tabagique ou diabétique, si les seins sont volumineux, et enfin si la tumeur est inflammatoire ou qu’elle atteint la peau.

  1. La reconstruction mammaire différée

Elle pourrait être recommandée pour les patientes à un stade avancé de la maladie, celles pour lesquelles des incertitudes persistent quant au contrôle de la maladie et celles qui ne sont pas prêtes à prendre une décision sur la reconstruction au moment de la procédure carcinologique [12]. Il existe deux principales méthodes de reconstruction mammaire, parfois associées : la mise en place d’une prothèse interne et l’utilisation de tissus provenant d’autres parties du corps (reconstruction par lambeau).

  • La mise en place de la prothèse pourra se faire d’emblée (Figure 3). Parfois, il faudra d’abord distendre progressivement le muscle pectoral et la peau [13]. Une première intervention permet dans ces cas-là de mettre en place un expandeur (une prothèse temporaire gonflable) en rétro-pectoral. Le remplissage de cet expandeur se fait par des injections de sérum physiologique en consultation [14]. Lorsque le volume souhaité est atteint, une nouvelle intervention permet le retrait de la prothèse gonflable qui est remplacée par l’implant mammaire définitif. Cette technique s’adresse seulement aux patientes présentant un petit à moyen volume mammaire.

Il existe plusieurs types de prothèses (Figure 2). Elles sont toutes constituées d’une enveloppe en élastomère de silicone [15]. Elles sont remplies soit de sérum physiologique, soit de gel de silicone très cohésif (donnant une consistance au sein plus naturelle). Elles sont soit rondes ou soit anatomique. Leur enveloppe externe est soit lisse, soit texturée.

La réalisation du lambeau d’avancement abdominal [16] permet de gagner de la surface de peau. Elle confère aussi un aspect plus naturel au sein, et a ainsi l’avantage d’atténuer l’aspect bombé dû à l’implant.

Aucune prothèse ne peut être considérée comme implantée à vie. Un changement d’implant est planifié tous les 10-15 ans.

  • La technique de reconstruction par lambeau de grand dorsal : C’est le plus ancien des lambeaux myocutanés, puisqu’il a été décrit par Iginio Tansini dès 1906 [17]. La technique consiste à transférer sur le thorax une palette de peau, muscle et graisse prélevée dans le dos. Ce lambeau apporte suffisamment de tissus pour assurer un galbe naturel à la reconstruction [18]. Il est dit pédiculé car il reste attaché à ses vaisseaux sanguins quand il est transféré du dos au thorax via l’aisselle (Figure 4). On distingue les reconstructions du sein par lambeau de grand dorsal avec prothèse et les reconstructions du sein par lambeau de grand dorsal autologue, c’est à dire sans prothèse [19]. Lorsqu’on réalise un lambeau de grand dorsal avec prothèse, le muscle du dos va servir à couvrir implant mammaire (Figure 5).
  • La technique de reconstruction par lambeau du muscle droit TRAM (Transverse Rectus Abdominal Musculo-cutaneous) Existe depuis 1982, consiste à transférer au niveau du thorax de la peau et de la graisse de la région abdominale sous-ombilicale, gardées vivantes grâce aux vaisseaux portés par le muscle grand droit [20]. L’intérêt majeur de cette technique est qu’elle ramène un volume mammaire plus important donnant ainsi au sein reconstruit un aspect naturel, semblable à l’autre par sa forme et sa souplesse [21] (Figure 6). L’usage du lambeau pédiculé TRAM est actuellement moins préconisé, puisqu’il s’agit d’interventions longues et délicates qui fragilisent la paroi abdominale.

Figure2

Prothèse lisse Prothèse texturée Prothèse ronde Prothèse anatomique                                                                                            Expandeur avec valve latérale,

(Figure 2)Prothèses mammaires  (Annales de Chirurgie Plastique Esthétique. Volume 63, Issues 5–6, November 2018)

 

figure3

(Figure 3) RM par La mise en place d’une prothèse mammaire, RM en différée par prothèse selimmed type anatomique de 435cc  Photos du service de sénologie chirurgie B CPMC

 

MAMMAIRE

(Figure 4)RM par lambeau de grand dorsal , Prélèvement etLevée du lambeau pédiculé.Tunnélisation axillaire etfermeture cutanée du dos. Fixation et remodelage du lambeau Photos du service de sénologie chirurgie B CPMC

 Figure5(Figure 5) : RM par LGD+ Prothèse Selimed 410 cc chez une patienteRM par LGD+ Prothèse Selimed 430 cc chez une patiente 36 ans après 38 mois de sa mastectomie.Lambeau extérorisé 29 ans après 15 mois de sa mastectomie.Lambeauextérorisé par la cicatrice de la mastectomie (2 cicatrices)par le sillon sous mammaire (3 cicatrices : trident); Photos du service de sénologie chirurgie B CPMC

Figure 6

(Figure 6)RM par lambeau du muscle droit TRAM ; Libération et squelitisation de l’artere epigastrique supérieure sur toute sa longueur ; Annales de chirurgie plastique esthétique.Volume 55, n°2 (avril 2010)

8

Figure 7 : Technique de reconstruction par lambeau abdominal libre : DIEP(lambeau perforateur de l’artère épigastrique inférieure profonde), Annales de Chirurgie Plastique Esthétique. Volume 63, Issues 5–6, November 2018

9

(Figure 8)Technique du lipofilling: la graisse centrifugée est prête pour l’injection au niveau du sein à reconstruire, Annales de Chirurgie Plastique Esthétique. Volume 53, Issue 4, August 2008

1011

(Figure 9)La reconstruction de l’aréole et du mamelon, Un lambeau local de peau est prélevé et enroulé sur lui même restaurant un relief mamelonnaire central. La cicatrice de prélèvement est dissimulée sous une greffe de peau à droite et un tatouage de l’aréole à gauche, Annales de Chirurgie Plastique Esthétique. Volume 53, Issue 4, August 2008

  1. La technique de reconstruction par lambeau abdominal libre : DIEP

(Lambeau perforateur de l’artère épigastrique inférieure profonde) Cette technique a été décrite par le chirurgien japonais Koshima en 1989 (Figure 7). C’est un lambeau de peau et de graisse prélevé sur l’abdomen [22] qui présente l’avantage de n’être constitué que des propres tissus de la femme. Il ne nécessite donc pas de recours à une prothèse ou au prélèvement d’un muscle [23]. Il permet de reconstruire un volume important.

Le lambeau abdominal prélevé est transféré sur la paroi thoracique, sur laquelle il est fixé de façon temporaire. Une anastomose est réalisée au microscope entre l’artère épigastrique inférieure profonde du lambeau et l’artère du site receveur. La levée du lambeau est parfois difficile et le risque d’échec plus important. Il est un peu moins bien vascularisé que le TRAM libre. L’intervention est plus longue. Elle peut nécessiter des transfusions post-opératoires.

  1. Lipofilling ou autogreffe de tissu graisseux

Cette technique est autorisée par la Société Française de Chirurgie Plastique et Esthétique depuis novembre 2011 (Figure 8). La graisse est prélevée à l’aide de petites canules d’un diamètre de 3 mm sur l’abdomen, sur les flancs ou sur la face interne des cuisses ; elle est ensuite centrifugée pendant trois minutes et réinjectée sur le site receveur [24]. Au nombre des complications majeures, citons la liponécrose, la formation de kystes et la résorption de la graisse. Cette technique nécessite le plus souvent plusieurs séances pour obtenir un résultat satisfaisant et éviter les complications [25]. Elle est de plus en plus pratiquée en première intention pour éviter la mise en place d’un corps étranger (implant) et pour éviter le préjudice cicatriciel et physique du lambeau. Cette technique est définitive, sachant que les tissus graisseux injectés ont la même pérennité que les tissus qui les entourent [26]. Il est toutefois important de savoir que plusieurs temps opératoires peuvent être nécessaire afin d’obtenir le volume souhaité.

  1. Le dernier temps : la reconstruction de l’aréole et du mamelon

Elle n’est jamais obligatoire, et reste un choix personnel, certaines femmes se satisfont uniquement de la reconstruction d’un volume. Cette dernière étape peut être réalisée par diverses techniques, avec un résultat toujours très proche de l’aréole et du mamelon controlatéraux (Figure 9) [27].

L’aréole est reconstruite soit par un tatouage, soit par une greffe de la peau prélevée sur le pli de l’aine, en haut de la cuisse. Le mamelon est reconstruit grâce à un lambeau local (lambeau de Little). Si le diamètre de mamelon controlatéral est plutôt large, une troisième technique consiste à en greffer une partie sur le sein reconstruit. Il est parfois possible de conjuguer ces techniques pour obtenir un résultat esthétique plus naturel. Cette courte intervention qu’elle soit locale ou générale dure en général 30 min.

 

Les risques et complications

Les risques concernent à la fois le site où le prélèvement du muscle est effectué, et le site de la reconstruction. Les risques liés à la reconstruction sont heureusement peu fréquent.

  • Les complications spécifiques à l’utilisation d’implants mammaires (28) sont : les risques de formation d’une coque contractile, les risques de rupture et de dégonflement pour les implants, les risques de formation de vagues ou de plis et les risques de déplacement ou de migration de la prothèse.
  • Les complications spécifiques d’un lambeau de grand dorsal sont les nécroses et les séromes dorsaux [29]. La nécrose correspond à la souffrance musculaire due à un défaut de vascularisation du muscle. Cette complication rare, peut amener à ré-intervenir pour pratiquer l’ablation de la partie abimée du lambeau. Les séromes dorsaux ou lymphocèles dorsales correspondent à une accumulation de lymphe, nécessitant parfois d’être ponctionnée à plusieurs reprises.
  • La complication majeure du TRAM est la nécrose du lambeau ou de la paroi abdominale [30].

Résultats

L ‘appréciation du résultat esthétique de façon objective se fait généralement par deux chirurgiens de manière indépendante sans toutefois oublier l’avis de la patiente. Les critères d’évaluation sont la forme, le volume, la symétrie, la rançon cicatricielle, la sensibilité, la couleur et enfin l’animation de l’implant et/ou du lambeau [31]. Même s’il existe un volume et une forme d’emblée, ils ne sont pas définitifs. Il faut près de 3 à 6 mois pour obtenir un résultat final satisfaisant, le temps que les œdèmes et les ecchymoses se résorbent. Comme toute reconstruction mammaire, il sera souvent nécessaire d’effectuer des retouches et de reconstruire secondairement la plaque aréolo-mamelonnaire. De plus il est possible de devoir “symétriser” le sein opposé.

Conclusion

La reconstruction d’un sein après une mastectomie n’est pas obligatoire. Cependant, pour beaucoup de femmes, la reconstruction mammaire leur permet de retrouver féminité, harmonie physique et psychique. Les progrès immenses des techniques chirurgicales apportent à ces patientes la possibilité d’obtenir un résultat final de plus en plus naturel.

               

Date de soumission : 07 Août 2019.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

 

Références

 

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Soins de supports et cancer du sein

Initialement développés dans le domaine des maladies chroniques, les soins de supports méritent d’être soigneusement étudiés dans leur concept et leurs principes afin d’en envisager la pertinence pour les patientes atteintes d’un cancer du sein, dans le but de maintenir, voire d’améliorer la qualité de vie

 

Ould Hadj, E. Kerboua, K. Bouzid, Service d’Oncologie Médicale, Centre Pierre et Marie Curie, Alger.

Date de soumission : 27 Août 2019.

Résumé :  L’augmentation de la durée de vie des patientes atteintes de cancer du sein contribue progressivement à donner à cette pathologie les caractéristiques d’une maladie chronique comme le diabète et l’asthme et autres qui bénéficient déjà d’une éducation thérapeutique bien codifiée pour le patient, qui lui permettent d’acquérir et de conserver les capacités et compétences pour la prise en charge active de sa maladie. Dans le cadre du cancer du sein, les équipes soignantes qui accompagnent ces patientes assurent déjà une éducation thérapeutique partielle et non formalisée en particulier dans le dispositif autour de l’annonce mais en raison de la spécificité du cancer du sein qui atteint la femme au plus profond de sa féminité, le terme soins de support nous paraît plus adapté dans cette situation que celui d’éducation thérapeutique. Les soins de support sont donc l’ensemble de soins et soutiens nécessaires tout au long de la maladie conjointement aux traitements anti cancéreux spécifiques qui ont pour principal but l’amélioration de la qualité de vie.

Mots clés : Cancer du sein, éducation thérapeutique, soins de supports, chimiothérapie, effets secondaires, qualité de vie.

Abstract: The increase of life expectancy in breast cancer patients has progressively led us to see this pathology as a chronic disorder. We have studied the usefulness of therapeutic patient education with respect to this pathology in the light of what is already an established practice in the case of diabetes and asthma. In breast cancer, from diagnosis through to post-treatment follow-up visits, we offer several approaches to therapeutic education. The physicians and the support team who accompany these patients already supply partial and informal therapeutic education particularly at the moment of diagnosis disclosure. A greater awareness of this situation and specific training would enable healthcare providers to improve their approach and efficacy. Given the specificity of breast cancer, affecting as it does a woman at the very core of her femininity, we would prefer to use the expression “therapeutic accompaniment” rather than “therapeutic education.

Keywords: Therapeutic education, breast cancer, supportive care, chemotherapy, side effects, therapeutic accompaniment, quality of life.

Introduction

Initialement développés dans le domaine des maladies chroniques, les soins de supports méritent d’être soigneusement étudiés dans leur concept et leurs principes afin d’en envisager la pertinence pour les patientes atteintes d’un cancer du sein, dans le but de maintenir, voire d’améliorer la qualité de vie. L’augmentation de la durée de vie des patientes atteintes d’un cancer du sein contribue progressivement à donner à cette pathologie les caractéristiques d’une maladie chronique qui pourrait de ce fait être concernée par ce type de soins. Beaucoup d’enquêtes d’opinion réalisées partout dans le monde, s’intéressant au vécu des femmes souffrant de cancer du sein ont mis en évidence l’importance et l’utilité pour ces patientes des informations données à l’annonce du diagnostic et au moment des traitements ; et l’intérêts de la bonne gestion des effets secondaires du traitement spécifique tel que la chimiothérapie tant sur les plans physique que moral et psychique .

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme. Le taux de survie se situe à environ 87%, cela permet de classer le cancer du sein comme un cancer de bon pronostic. Cependant, le cancer du sein reste la première cause de décès par cancer chez la femme et il demeure un enjeu majeur de santé publique. La prise de conscience de cet enjeu majeur a été à l’origine de la mise en place de nouvelle vision de l’organisation des soins en cancérologie avec le développement des soins de support. Ils doivent permettre d’apporter un accompagnement global des patientes et d’améliorer leur qualité de vie. De plus, ils vont permettre de mieux appréhender certains aspects de la maladie dès l’annonce de celle-ci. Le traitement du cancer provoque différents effets indésirables, variables selon les thérapeutiques utilisées et selon les individus. Les soins de support sont également un moyen important de réduire ces effets indésirables.

Définitions des soins de support

Les soins de support ont été définis comme « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie conjointement aux traitements onco-hématologiques spécifiques, lorsqu’il y en a ». Cette notion de soins de support est inspirée du terme anglo-saxon « supportive care » donnée en 1990 par la MASCC (Multinational Association for Supportive Care in Cancer) et définie comme « l’ensemble des aides médicales, soins infirmiers et psychosociaux dont le patient a besoin, en plus du traitement spécifique contre le cancer ».

Les soins de support correspondent donc à une approche globale du patient, afin d’améliorer sa qualité de vie physique, psychologique et sociale tout au long de la maladie ainsi qu’à l’aider à mieux supporter les effets indésirables des traitements et les conséquences de la maladie.

Ces soins s’adressent aux patients malades ainsi qu’à leur entourage dès le diagnostic de la maladie, pendant et après le traitement. Les soins de supports s’inscrivent dans une continuité et une globalité des soins.

Cancer et féminité, apport des soins de supports

Le cancer du sein touche à l’image de la femme ainsi qu’à sa féminité. Il bouleverse à la fois le corps et l’esprit. Les étapes de la maladie ont un impact sur la féminité de chaque patiente de façons différentes. Le sein est un organe riche symboliquement dans notre société, il représente la féminité de par son image érotique et la maternité de par son image du sein nourricier de la mère. En effet, depuis des siècles le sein est représenté de diverses manières dans l’art, lui donnant une représentation et une symbolique propre à chaque pays et à chaque culture. Dans la mythologie grecque la déesse Artémis d’Ephèse est une des déesses de la fertilité, pour cela elle a été représentée avec une multitude de seins. Ces seins seraient engorgés de lait divin pouvant ainsi nourrir l’humanité entière. Par la présence de ces nombreux seins apparents, la déesse apparait comme la mère nourricière, elle représente la fertilité et la maternité.

Lors d’un cancer du sein, la féminité peut être malmenée de différentes façons selon les traitements qui entrainent une modification anatomique, physiologique ou fonctionnelle. Ces modifications du corps sont des conséquences principalement de la chirurgie notamment la mastectomie, de la chimiothérapie induisant une alopécie, et des traitements hormonaux pouvant provoquer une prise de poids. La féminité est définie par l’encyclopédie du Larousse comme « un caractère particulier, distinctif de la femme ». Le cancer du sein peut affecter l’estime de soi et l’image corporelle. La notion d’image corporelle a été introduite et définie en 1935 comme « la représentation à la fois consciente et inconsciente du corps, désignant non seulement une connaissance physiologique mais renvoyant également à la notion de libido et à la signification sociale du corps ». De plus, « l’image du corps humain, c’est l’image de notre propre corps que nous formons dans notre esprit, autrement dit, la façon dont notre corps nous apparaît à nous-mêmes ». L’image de soi correspond à la façon dont on se voit, ce que l’on ressent face à soi-même tandis que l’image corporelle correspond à la façon dont le corps est perçu. Ces deux notions sont intriquées.

Dans la société actuelle, le paraître occupe une place importante, plus importante que l’être, induisant des troubles psychologiques lorsque la maladie peut toucher l’apparence corporelle. La perte d’intégrité corporelle est donc redoutée par le patient.

En oncologie, l’incidence des traitements sur l’image du corps constitue de plus en plus un enjeu dans la prise en charge globale. En effet, il a été admis que l’image corporelle participe à des facteurs associés à l’ajustement de la qualité de vie et de l’équilibre psychologique.

Il a été estimé qu’un syndrome dépressif post mastectomie se déclarait dans 14 à 25% des cas. L’effondrement des repères d’identification explique ce syndrome dépressif post mastectomie. Des études ont essayé de mettre en évidence un lien entre l’image du corps et la survie et bien que le lien entre l’image du corps et la survie n’ait pu être démontré, les soins de support en oncologie afin d’améliorer l’image de soi, l’estime de soi et la qualité de vie des patients se sont développés.

Atteinte des phanères

Les phanères correspondent à un organe de protection caractérisé par une kératinisation intense, cela inclut donc les cheveux, les poils et les ongles. Les différents traitements vont entraîner des effets secondaires au niveau des phanères.

  • Alopécie

La perte des cheveux, ou alopécie, est l’un des effets secondaires les plus redoutés. En effet, elle a un impact important sur l’image de soi, cela renvoie à une image négative avec une dégradation de l’image corporelle. L’alopécie expose au regard des autres, la maladie est un rappel constant de celle-ci. De plus, cela touche la femme dans sa féminité. Toutes les chimiothérapies n’induisent pas le même risque alopéciant, on distingue trois catégories :

  • Peu ou pas alopéciants : le 5-fluoro uracile, le cisplatine, la gemcitabine et la bléomycine.
  • Fortement alopéciants : le méthotrexate, la vincristine, la vinblastine, la mitomycine et la mitoxantrone.
  • Très fortement alopéciants : le cyclophosphamide, la doxorubicine, le paclitaxel et le docetaxel.

L’alopécie peut apparaître entre dix à vingt jours après le début de la chimiothérapie. Elle est très souvent réversible à l’arrêt du traitement ; une alopécie irréversible reste exceptionnelle. La repousse débute environ entre quatre et six semaines après l’arrêt de la chimiothérapie, dans certains cas la repousse des cheveux peut commencer avant la fin de la chimiothérapie. Elle est progressive et est estimée à un centimètre par mois environ. Lors de la repousse des cheveux, il peut y avoir une modification de la couleur et de la texture par rapport aux cheveux d’origine. Il a été montré que l’alopécie chimio-induite serait due à l’activation des mécanismes de l’apoptose au niveau du follicule pileux. De plus, on note une régression des glandes sébacées. L’alopécie n’étant pas un effet indésirable grave sur le plan médical, sa prise en charge a longtemps été délaissée. Or, il est bien reconnu de nos jours que l’impact de l’alopécie peut avoir un fort retentissement psychologique chez les patients entrainant une diminution de l’adhésion aux traitements. Néanmoins, il n’existe pas de traitement médicamenteux afin de prévenir cette alopécie. Afin de mieux affronter l’étape de la chute des cheveux, il est conseillé aux patientes de couper de façon courte les cheveux avant la chute. Cela permet aux patientes d’être dans une stratégie active plutôt que passive et il est plus facile de perdre des cheveux courts que des cheveux longs.

Quelques conseils peuvent être donnés à la patiente. Par exemple, avant la chute des cheveux il est conseillé d’éviter de se brosser les cheveux le jour de la cure. Pendant les huit jours qui la suivent, il est préférable de laver les cheveux avec une faible quantité de shampooing doux à l’eau tiède, de laisser les cheveux sécher à l’air libre, ainsi qu’utiliser une brosse à poils souples ou un peigne à larges dents. Il est préconisé également d’éviter les teintures, les brushings mais aussi les permanentes entre les cures. Lorsque la chute des cheveux s’est produite, il est important que la patiente hydrate son cuir chevelu afin d’éviter la desquamation.

  • Ongles 

Les molécules utilisées en chimiothérapie touchent tous les phanères cela inclut donc les ongles. Différentes pathologies peuvent être induites, la toxicité unguéale est transitoire, elle peut persister jusqu’à six mois après les traitements pour les doigts de la main et jusqu’à dix-huit mois pour les orteils. Elle peut également toucher les ongles des pieds et des mains de façons isolées ou globales. Tous les agents cytotoxiques ne provoquent pas de toxicités unguéales. Les anthracyclines et les taxanes peuvent provoquer de forts désordres unguéaux. Il n’existe pas de traitement préventif. Des gants ou des chaussettes réfrigérées peuvent être utilisés, cela permettrait de diminuer le nombre de pathologies unguéales. L’utilisation de vernis peut être conseillée afin d’apporter une protection au niveau des ongles. Il est conseillé de poser deux couches de vernis au silicium, puis deux couches de vernis foncés non nacré afin d’éviter la photosensibilisation et de fortifier l’ongle. Cependant, il n’a pas été prouvé que l’utilisation de ces vernis puisse avoir un effet préventif dans l’apparition de toxicité unguéale. Dans certains cas, il peut être utile de masser la racine de l’ongle avec des crèmes émollientes ou des pommades à la vitamine A. Il est conseillé aux patientes de ne pas retirer les cuticules, de ne pas curer les ongles afin d’éviter de les soulever et de les faire tomber. De plus, il est également recommandé de couper à ras les ongles décollés pour soulager la douleur. Enfin, il est plus prudent d’utiliser des gants doublés de coton pour les travaux ménagers ou de jardinage.

Le syndrome main-pied 

Le syndrome main pied correspond à une réaction inflammatoire due à certains traitements de chimiothérapie. Il est caractérisé par l’apparition de rougeurs pouvant aller jusqu’à une hyperpigmentation, pouvant être accompagnées de fourmillements et de gonflements. En général, cela apparait deux à douze jours après l’administration des cytotoxiques. Son mécanisme physiopathologique reste méconnu. On note des formes hyperkératosiques avec les thérapies ciblées anti-angiogéniques. La gravité de ce syndrome varie selon les doses prescrites, les produits administrés, les associations faites, ainsi que la durée du traitement. Le syndrome main-pied est réversible et les symptômes diminuent progressivement à l’arrêt du traitement.

Il n’existe pas d’étude actuellement sur l’efficacité de traitements dans la prise en charge du syndrome main-pied. Le port de gants réfrigérants peut être recommandé, notamment s’il s’agit de perfusions courtes. Des packs réfrigérants peuvent être positionnés au niveau du poignet ou des chevilles. Le froid va induire une vasoconstriction locale permettant de diminuer la diffusion des drogues cytotoxiques localement. Il est important d’hydrater la peau dès le début du traitement et cela plusieurs fois par jour, des crèmes émollientes pourront être utilisées. Des crèmes à base d’urée pourront être utilisées mais à une concentration ne dépassant pas 10% afin de produire simplement un effet hydratant. En effet, l’urée est un facteur naturel d’hydratation, elle est hygroscopique, absorbe l’humidité et la conserve dans la couche cornée afin de réguler l’hydratation cutanée.

En cas de présence de corne avant le traitement, il est conseillé de faire une pédicure.

Certaines mesures préventives peuvent être préconisées :

  • Porter des chaussures larges, souples et bien ajustées,
  • Éviter les sources de chaleur,
  • Privilégier les douches courtes et pas trop chaudes.


 

Modification du poids 

  • Prise de poids

La prise de poids est un effet indésirable des traitements adjuvants. Les mécanismes ne sont pas encore totalement élucidés, plusieurs facteurs en seraient à l’origine : l’hormonothérapie, la chimiothérapie, la corticothérapie associée, ainsi que l’aménorrhée induite par la chimiothérapie chez les femmes non ménopausées.

La moitié des patientes sont affectées par une prise de poids, elle est en général de l’ordre de 3 kg, mais dans certains cas la prise de poids peut être plus importante et être de l’ordre de 10 kg. Dans un rapport établi par des experts du World Cancer Research Fund, il a été mentionné que l’activité physique et les mesures pouvant être prises pour lutter contre le surpoids amélioreraient l’état de santé et de bien-être des patients et réduiraient le risque de récidive dans le cas du cancer du sein. Ces variations de poids doivent être suivies de près par l’équipe médicale. En effet, elles sont un facteur de mauvais pronostic. Une étude a mis en évidence que 30 à 40% des femmes subissant une variation de poids supérieure à 5% du poids initial, ont présenté des rechutes ou sont décédées. Les causes et les mécanismes de ces variations de poids ne sont pas élucidés actuellement. Une étude a suggéré que la chimiothérapie induit une dérégulation des peptides alimentaires comme le peptide Y. Le peptide Y est sécrété en postprandial à partir des cellules endocrines L du tube digestif afin d’exercer un rôle anorexigène. Au cours de la chimiothérapie, les patients ayant un poids stable ou ayant perdu du poids ont eu une augmentation de 30% de ce peptide tandis que chez les patients ayant pris du poids une légère diminution de 7% de ce peptide a été notée.

D’autres hypothèses ont été émises afin d’identifier les facteurs agissant sur la variation de poids. Lors de la prise de poids sous chimiothérapie, on note une augmentation de la masse grasse avec une stabilité voire une diminution de la masse maigre. La masse grasse aurait une localisation préférentielle au niveau abdominal. De plus, il pourrait y avoir une diminution de la masse musculaire. Les différents mécanismes susceptibles d’expliquer la relation entre l’augmentation de la masse grasse et le risque de rechute et de mortalité seraient une augmentation de la production d’œstrogènes, des cytokines et de la leptine, avec parallèlement une diminution de la production d’adiponectine et l’apparition d’une insulinorésistance.

En ce qui concerne l’augmentation de la synthèse des œstrogènes, elle serait due à l’augmentation de la masse adipeuse qui provoquerait l’aromatisation des androgènes surrénaliens, et ainsi augmenterait le taux d’œstrogènes libres circulant, provoquant la stimulation de la croissance tumorale. L’insulinorésistance est due notamment à la masse adipeuse, à l’augmentation des cytokines (IL-6 et TNF-α). Cette insulinorésistance provoque une augmentation du taux d’insuline qui entraîne la stimulation de la synthèse d’IGF-1. Ce facteur de croissance a un effet positif sur la croissance de la tumeur. De plus, les cytokines jouent également un rôle dans la stimulation de la production d’œstrogènes et dans la croissance tumorale par une action mitogénique et anti-apoptique. La leptine qui est une hormone du tissu adipeux est davantage sécrétée lors de l’augmentation du tissu adipeux. Cette hormone est impliquée dans la croissance tumorale par la surexpression de ses récepteurs au niveau du tissu cancéreux mammaire.

  • Perte de poids :

La chimiothérapie peut entrainer une modification du goût et de l’odorat, une sécheresse buccale, des nausées et des troubles du transit conduisant à une perte d’appétit. Cela peut causer une diminution du poids. Un suivi par un diététicien peut être indiqué. Ce dernier, veille à adapter l’alimentation du patient en fonction de ses difficultés et de ses besoins. Des compléments nutritionnels oraux peuvent être proposés et prescrits par le médecin. Il s’agit de produits riches en calories et/ou protéines. Ils se présentent sous la forme de boissons lactées, de crèmes, de jus de fruits, de potages ou de plats mixés.

En oncologie, la perte de poids est un facteur de mauvais pronostic en ce qui concerne la survie globale, la survie sans récidive ainsi que la qualité de vie. De plus, elle est un marqueur de complications. En chirurgie, lorsque la diminution de poids est de plus de 10%, le risque de complications postopératoires est augmenté. En oncologie médicale, une perte de poids de 5% augmente le risque de toxicité de la chimiothérapie et de la radiothérapie. [94]

L’évaluation nutritionnelle du patient ne doit pas tenir compte que de l’IMC, qui n’est pas assez spécifique. La réduction des ingesta et une hypoalbuminémie sont des facteurs de mauvais pronostic.

 

Les troubles digestifs :

  • Les nausées et vomissements :

Les nausées et les vomissements font partie des effets indésirables les plus redoutés par les patients qui débutent un traitement par chimiothérapie anticancéreuse. On estime que jusqu’à 80% des patients cancéreux traités souffriront de nausées pendant leur chimiothérapie. Les nausées et vomissements chimio-induits ont un impact majeur sur la qualité de vie des patients, sur leurs activités quotidiennes, professionnelles et sur leur vie sociale.

Le réflexe de vomissement est un mécanisme complexe de protection de l’organisme. Le centre du vomissement peut être stimulé de deux façons : soit de manière périphérique par des neurones vagaux abdominaux, soit de manière centrale au niveau de la zone du déclencheur du chimiorécepteur. Dans le cas de la chimiothérapie, les agents anti-tumoraux vont stimuler la libération de médiateurs notamment la sérotonine au niveau des cellules entérochromaffines de l’intestin grêle supérieur. Ces médiateurs vont se lier à leurs récepteurs respectifs au niveau des terminaisons digestives du nerf vagal pour stimuler et activer le CPG. De plus, d’autres neuromédiateurs interviennent également. La dopamine va ainsi avoir un rôle majeur dans ce phénomène. Récemment, l’implication de la neurokinine de type 1 a été identifiée, elle semble également jouer un rôle majeur au contraire de l’histamine et de l’acétylcholine dont l’importance est finalement moindre. Cependant, on ne connaît pas encore tous les mécanismes précis par lesquels la chimiothérapie induit des nausées et des vomissements.

L’arsenal thérapeutique permet d’agir au niveau des différents récepteurs des neurotransmetteurs mis en évidence dans le mécanisme. Ces quinze dernières années, le traitement des nausées et vomissements chimio-induits a beaucoup évolué. On retrouve les antagonistes dopaminergiques, les antagonistes des récepteurs à la sérotonine de type 3 ou sétrons, les antagonistes des récepteurs aux neurokinines de type 1 et les corticoïdes.

On distingue les vomissements dits aigus lorsqu’ils surviennent dans les vingt-quatre heures et les vomissements dits retardés qui apparaissent jusqu’à sept jours après la fin de la chimiothérapie. De plus, il existe des vomissements dits anticipatoires qui surviennent deux à trois jours avant la chimiothérapie ; ils sont d’origine psychologique et sont dus à une mauvaise expérience ou à un souvenir d’une chimiothérapie précédente. Cependant, le risque émétique dépend aussi de la dose administrée, du mode d’administration ainsi que des associations faites entre les différents agents anti-tumoraux. Des facteurs intrinsèques au patient doivent être pris en compte tels que l’âge, le sexe, l’alcoolisme chronique, les antécédents de vomissements (grossesse, mal des transports, etc.), sujet anxieux. En plus de l’arsenal thérapeutique, les thérapies complémentaires peuvent être utilisées.

  • Les mucites :

La mucite est un effet secondaire aigu fréquent des thérapies anticancéreuses (radiothérapie, chimiothérapie). Elle peut apparaître jusqu’à quatorze jours après la cure de chimiothérapie et peut durer quelques semaines. La mucite correspond à une inflammation de la muqueuse qui recouvre l’intérieur des cavités et des viscères. Cela peut atteindre tout type de muqueuses, qu’elles soient buccales, digestives, vaginales ou oculaires. Lorsque c’est la muqueuse buccale qui est touchée, on parle de stomatite. Ces mucites buccales peuvent être classées selon différents grades.

Syndrome climatérique

Les bouffées de chaleur peuvent être dues à la ménopause soit naturelle soit induite par la chimiothérapie mais elles peuvent aussi être induites par les traitements hormonaux adjuvants (anti-aromatases et tamoxifène).

Les bouffées de chaleur chez les femmes ayant un cancer du sein posent un problème particulier du fait de leur fréquence, de leur sévérité et de la difficulté de leur prise en charge. Une étude a rapporté que chez les patientes atteintes de cancer du sein 65% d’entre-elles manifestent des bouffées de chaleur pendant ou après le traitement et que 64 à 82% d’entre elles les qualifient de modérées à sévères. De plus, leur prise en charge est difficile étant donné que le traitement hormonal substitutif est contre-indiqué dans le cas d’un cancer du sein ou d’antécédent de celui-ci. Certains médicaments sont utilisés hors AMM pour traiter ces bouffées de chaleurs telles que la venlafaxine, la clonidine ou bien la gabapentine. Les bouffées de chaleur ont un retentissement sur la qualité de vie des patientes. Il est important qu’elles soient prises en charge afin d’obtenir une meilleure qualité de vie, et donc une meilleure chance de guérison. Cette prise en charge permet également de favoriser une bonne observance du traitement notamment des traitements hormonaux adjuvants. En effet, les effets indésirables des anti-aromatases et des anti-œstrogènes aboutissent à une mauvaise observance du traitement voire un abandon de celui-ci.

Asthénie 

L’asthénie est un symptôme fréquent chez les personnes atteintes d’un cancer, elle peut apparaitre à différents stades de la maladie, même après la guérison. De plus, tout le monde n’est pas touché de la même façon. L’asthénie concerne environ 80% des patients en cancérologie. Elle est souvent multifactorielle, en effet, elle peut être due à de nombreux facteurs physiques, émotionnels, cognitifs et comportementaux tels que la maladie elle-même, les différents traitements et leurs effets secondaires, le stress et la douleur. Le médecin devra d’abord rechercher les causes corrigeables telles que l’anémie et la douleur afin d’adapter le traitement. Les conséquences de l’asthénie sont considérables puisqu’elle engendre une diminution générale de la qualité de vie.

Une fois ces causes corrigeables éliminées, l’asthénie peut être prise en charge via des techniques complémentaires.

Cancer du sein et sexualité 

Il a été estimé qu’environ la moitié des patientes ayant un cancer du sein souffre de difficultés sexuelles. Les causes sont multiples. Elles peuvent être physiques ; on retrouve la fatigue, la douleur, ou liées à d’autres effets indésirables du traitement. Elles peuvent être psychologiques avec une modification de l’image corporelle et de l’estime de soi, un syndrome anxio-dépressif ou une peur de l’éloignement du partenaire. Certains traitements de chimiothérapie et d’hormonothérapie perturbent l’équilibre hormonal et ont un impact sur la libido. La chirurgie, elle aussi, exerce une influence sur les troubles sexuels. Même si le couple est très largement préservé durant cette épreuve, il n’en est pas de même concernant la sexualité.

La sexualité après une mastectomie

La chirurgie a un impact sur la sexualité. La nouvelle image du corps peut entraîner un sentiment de dévalorisation et ainsi perturber l’intimité de la patiente. Différents travaux ont mis en évidence que la chirurgie reconstructrice ou la mastectomie partielle entraîne moins de troubles sexuels que la mastectomie totale sans reconstruction. Cependant, lorsque le traitement conservateur est de mauvaise qualité esthétique cela peut conduire à des réactions dépressives plus importantes. La mastectomie a des répercussions à différents niveaux. On observe une réaction dépressive et/ou anxieuse ainsi qu’une diminution de l’estime de soi. La chirurgie a un impact sur l’image corporelle, elle peut donner à la patiente le sentiment d’être moins désirable, de déformation de son corps et une diminution de son intégrité. Ces répercussions sont d’autant plus fortes que la patiente est jeune, cela dépend également du statut socio familial et des difficultés sexuelles préexistantes.

Les difficultés au niveau de la vie sexuelle ne sont pas toujours évoquées avec le médecin, en effet ; beaucoup de femmes n’osent pas aborder le sujet et les médecins et l’équipe soignante ont également des difficultés à l’évoquer. La psycho-oncologie peut aider les patientes à surmonter cette difficulté.

Conclusion

La prise en charge du cancer du sein a évolué aux cours de ces dernières années, les soins de support sont intégrés au parcours de soins des patients atteints de cancer en général et des femmes atteintes de cancer du sein en particulier.

Les différents traitements, la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie perturbent l’image corporelle de la femme, impliquant un bouleversement dans la féminité de la patiente et résultant en un impact psychologique négatif. C’est dans ce contexte que les soins de support vont pouvoir améliorer le quotidien des patientes et permettre une meilleure adhésion au traitement. Ceci s’inscrit dans une volonté d’améliorer la qualité de vie des patientes et d’humaniser les soins. Le renforcement des soins de support permet de limiter l’impact personnel et social.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

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Malaise dans la relation soignant soigné en cancérologie. Intérêt d’une formation en psycho-oncologie pour les soignants

La psycho-oncologie est une approche pratique et un soin de support qui s’intéresse, d’un côté au psychisme du patient et sa famille (pensées, émotions, comportements)

 Fettouchi-Oukkal[1], K. Bouzid[2], Service d’Oncologie Médicale, Centre Pierre et Marie Curie, Alger.

Résumé : Nous avons commencé cet article avec une définition de la psycho-oncologie et sa reconnaissance dans le plan cancer en Algérie, puis nous avons abordé l’intérêt d’une formation continue dans cette approche pour les soignants, qui leur permettra un meilleur abord de la relation soignant/soigné qui connait un malaise en Algérie depuis des années surtout lors des annonces (diagnostic et de soins). Nous avons énuméré par la suite les bénéfices de cette formation continue pour le médecin, le paramédical, le psycho-oncologue et le patient. Ce dernier a des besoins importants à différentes étapes de soins qu’il faut reconnaitre. En premier étape « l’accueil » qui peut être angoissant pour lui s’il n’est pas perçu comme humain, puis vient l’étape de « l’annonce » qui déstabilise complètement le patient et ses proches, si elle n’est pas faite dans un cadre organisé comme un dispositif humain, avec un temps pour la révélation de la maladie dans une communication interactive et un temps pour la délivrance du protocole de soins suivi d’éducation thérapeutique. Nous avons défini alors cette « communication » et ses 5 axiomes, selon un auteur connu pour ce concept et son fameux axiome : « on ne peut pas ne pas communiquer ! ». Les réactions habituelles des patients après annonce furent très brièvement mises en tableau après cela, à côté des attitudes souhaitées des soignants. Ces derniers dans leurs tentatives de répondre d’une façon humaine aux besoins des patients devraient pouvoir doser leur attitude empathique et la bonne distanciation avec ces besoins, pour ne pas se consumer eux-mêmes dans un processus d’usure professionnel ou burn out ! Enfin, nous avons terminé l’article sur une donnée récente concernant la mutation qu’a connu ce concept de relation soignant/soigné sous l’angle d’une méthode appelée Process Com, qui s’est développée au départ aux USA, et est présente actuellement dans 120 pays et dans différents secteurs de travail, notamment dans le domaine de la santé. C’est une méthode interactive qui permet au soignant de vite se rendre compte des besoins du fonctionnement de son patient lors de la rencontre, pour ajuster sa communication à ces besoins et attentes d’un lien et soin de qualité.

Mots clés : Malaise dans la relation soignant/soigné en Algérie, formation continue en Psycho-oncologie et Process Com, bénéfices pour le soignant et soigné en cancérologie.

 

Abstract: We started this article with a definition of psycho-oncology and its recognition in the Algerian cancer plan, then we discussed the interest of continuing education in this approach for caregivers, which will allow them a better understanding of the relationship. Caregiver cares who knows a discomfort in Algeria for years especially during the announcements (diagnosis and care). We then listed the benefits of this continuing education for the physicians, nurses, psycho oncologists and patients. The patient has significant needs at different stages of care that must be recognized. In the first stage, the “reception” which can be distressing for him if he is not perceived as human, then comes the stage of “the announcement” which completely destabilizes the patient and his relatives, if not done in an organized setting as a human device, with a time for the revelation of the disease in an interactive communication and a time for the delivery of the care protocol followed by therapeutic education. We defined then this “communication” and its 5 axioms, according to an author known for this concept and its famous axiom: “we cannot not communicate! “. The usual reactions of the patients after the announcement were very briefly tabulated after that, beside the desired attitudes of the caregivers. The caregivers in their attempts to respond in a human way to the needs of patients should be able to dose their empathic attitude and good distance with these needs, not to burn themselves in a process of professional wear or burn out! Finally, we have finished the article on a recent data concerning the mutation that this concept of caregiver relationship has undergone in terms of a method called Process Com, which developed initially in the USA and is currently present in 120 countries and in different sectors of work, particularly in the field of health. It is an interactive method that allows the caregiver to quickly realize the needs of the operation of his patient during the meeting, to adjust his communication to these needs and expectations of a link and quality care.

Key words: Faintness in the caregiver relationship cares in Algeria, continuing education in Psycho-Oncology and Process com, benefits for the caregiver and treated in oncology

 


 

Introduction

Intérêt d’une formation continue en psycho-oncologie pour les soignants

La psycho-oncologie est une approche pratique et un soin de support qui s’intéresse, d’un côté au psychisme du patient et sa famille (pensées, émotions, comportements), aux prises avec la maladie cancéreuse et ses traitements. Elle étudie, évalue, traite et réévalue des problématiques à toutes les étapes de soins et leurs impacts sur la qualité de vie et réinsertion socio-familiale et professionnelle. D’un autre côté, cette approche s’intéresse au soignant (à ses pensées, émotions, attitudes), sa relation avec le patient, qui a une pathologie sérieuse et avec l’institution où il doit trouver les moyens, toujours plus performants, pour traiter ce patient à temps, tout en ne perdant pas de vue sa qualité de vie face aux effets et séquelles physiques et psychosociales des soins. La psycho-oncologie participe donc, avec les autres disciplines, au travail de réflexion et d’action pour la prévention, le dépistage, l’accompagnement et la réinsertion dans une lutte coordonnée pluridisciplinaire.

Cette approche connue dans le monde depuis les années 70 a été fonctionnelle en Algérie d’une façon informelle depuis le début des années 90, dans le seul CAC, à l’époque le Centre Pierre et Marie Curie (CPMC). Mais elle n’a été reconnue officiellement dans le 1er plan cancer qu’en 2015, après une lutte acharnée pratique et scientifique de l’unité informelle en psycho-oncologie du CPMC à travers des journées d’études au niveau national, notamment la 7eme journée du 24 Avril 2014 qui aborda « l’intérêt et place de la psycho-oncologie dans le premier plan cancer en Algérie ? ». Des recommandations sur cette approche pratique ont été remises au coordinateur du plan à l’issue de cette journée, qui les a insérées par la suite dans l’axe 5 et 7 de ce plan. Deux de ces recommandations essentielles (dont découleront logiquement toutes les autres) ont été laborieusement réalisées durant ce quinquennat avec les praticiens. Ce sont en premier lieu la création en Mai 2016 de la Société Algérienne de Psycho-Oncologie « SAPO », pour la promotion de cette approche en Algérie, et en deuxième lieu et sous la direction de la formation du ministère de la santé, l’organisation de la formation continue pratique en Psycho-Oncologie des formateurs, qui formeront à leur tour les psychologues praticiens en cancérologie sous la direction de la tutelle. La SAPO et ses partenaires en formation continue poursuivront le processus avec les autres soignants en cancérologie.

Retombée de la formation continue en psycho oncologie

  • Sur les soignants : Nous aurons essentiellement comme retombée, une acquisition de l’attitude psycho-oncologique, imprégnée d’empathie et d’humanisation du soin, de meilleure communication avec les soignés, une meilleure perception et reconnaissance de leurs besoins, une intégration des stratégies d’interventions pour répondre à ces besoins, ou une détection précoce des réactions psychopathologiques chez ces patients qui permettra une orientation chez les psycho-oncologues. Au niveau personnel, nous souhaitons une meilleure gestion des angoisses et stress au travail avec des programmes préventifs et de gestion des énergies au profit d’une satisfaction et croissance professionnelle.
  • Sur les patients et leurs proches : Nous avons essentiellement comme retombée ici, le sentiment d’un meilleur soutien et accompagnement dans le soin, avec la reconnaissance de leurs besoins lors de l’annonce de la maladie et de décisions thérapeutiques, une meilleure communication et relation soignant/soigné et une satisfaction par rapport aux soins quel que soit le pronostic, une adhésion au traitement et une qualité de vie améliorée avec une aide à la réinsertion après rémission.

 

  • Sur les psycho-oncologues : Nous avons essentiellement comme retombée, l’acquisition d’une attitude de soin enfin spécialisée, avec un statut et identité professionnels, la satisfaction augmentée au travail, une amélioration des aptitudes en communication avec connaissances théoriques, une acquisition de compétences techniques, une détection précoce des besoins et réactions psychopathologiques concernant le patient, sa famille, le soignant, une meilleure intégration dans un travail d’équipe, un meilleur encadrement des étudiants en stage ou recherche, une meilleure coordination avec les soins spécifiques et de support.

 

  1. Intérêt d’une formation dans la relation soignant/soigné
  • La relation soignant/soigné est un lien « humain » qu’il faut soigner

Nous relevons dans nos questionnaires d’évaluation et de recherche avec les patients d’oncologie en Algérie, des réponses portant sur les difficultés qu’ont les soignants à leur communiquer des informations nécessaires, au cours du soin et sur le soin, qui sont à l’origine d’attitudes relationnelles inadaptées. Pourtant, cette relation qui est au cœur de tous les soins en cancérologie, est « un lien humain et un soin de support » qu’il faut cultiver et dans lequel il faut se former. En effet, le patient ne peut accepter et intégrer dans sa nouvelle vie « de malade » les soins conventionnels, souvent lourds et angoissants, sans un lien salutaire et ‘’secure’’.

 

  • Les besoins des patients aux différentes étapes de soins
  • Besoins à l’accueil

Les patients et leurs proches ont besoin dès l’accueil, de structures de soins humains, non hostiles (Centre Anti Cancer ou Anti Tumoral et non pas Anti Cancéreux) ; avec pancartes, prospectus à l’entrée, qui orientent clairement. Ils ont besoin après cela d’un cadre d’hospitalisation serein, voire agréable estomper la souffrance de l’affection.

Le patient, peut alors, suivant sa disposition psychique (à lui), et notre accueil (à nous tous), nous percevoir nous, soignants, dans son lien transférentiel : soit comme des personnes, ‘’Anti Cancer’’, contenantes face à sa détresse ; soit plutôt comme ‘’le cancer’’, agresseurs, indifférents à sa souffrance.

 

  • Besoins à l’annonce :

Le patient associe le cancer à la mort, la souffrance, la mutilation, l’isolement, l’incurabilité. Mais il doit être informé de ce qu’il a, car il est le premier concerné, et bénéficie, ou plutôt subit les traitements lourds.

En effet, la relation soignant/soigné a connu une évolution ces dernières années en Europe (loi du 4 mars 2002), car il y a eu un passage salutaire d’un modèle ‘’paternaliste’’ où la relation soignant/soigné était verticale, hiérarchique, vers un modèle ‘’d’autonomie’’ ; avec une relation partenariale. Ceci a ramené alors de nouvelles obligations comme le droit du patient à l’information et le devoir d’informer du médecin avec le consentement éclairé explicite du patient concernant les soins et la nécessité de communiquer le dossier médical au patient.

  1. L’annonce diagnostic est une « communication » dans une relation de soin 
  • Définition de la communication

C’est un échange entre deux ou plusieurs personnes avec un émetteur du message (le soignant ici), le récepteur du message (le soigné), le message lui-même (l’annonce diagnostic), un canal (verbal et ou analogique) et un code (la langue parlée).

Quelle différence y a-t-il entre communication et information ? La communication est interactive entre deux ou plusieurs personnes. L’information est une transmission de données à sens unique. Lorsque vous regardez le journal télévisé, le présentateur vous transmet une information. Mais si vous ne la comprenez pas, vous ne pouvez pas interagir avec lui pour qu’il précise ses dires.

La communication rassemble plusieurs éléments : l’action, l’interaction, le fait de communiquer, d’établir une relation avec autrui, de transmettre quelque chose à quelqu’un et qu’il y ait un feedback.

  • Les 5 Axiomes de la communication

Il existe de nombreux modèles de communication mais celui de Watzlawick, pragmatique, me semble intéressant à connaitre pour tout médecin. Il se résume en 5 axiomes :

  1. On ne peut pas ne pas communiquer,
  2. Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et est par la suite une métacommunication,
  3. La nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires,
  4. La communication humaine utilise simultanément deux modes de communication : digital et analogique,
  5. La communication est soit symétrique, soit complémentaire.

Une recherche (Fig1) a évalué l’équation du comportement verbal/non-verbal dans toute situation de communication. Ce graphique illustre ces résultats et les effets du paralangage sur la communication :

 

  1. Intérêt d’un dispositif d’annonce humain et d’éducation thérapeutique

L’annonce est « un acte de soin » qui doit se faire par le médecin traitant sénior, vers la personne seule ou en présence d’un accompagnateur souhaité.

  • Première consultation ou temps d’annonce 

Révéler la vérité et nommer ‘’la maladie ‘’, au cas par cas. Si le patient ne souhaite pas entendre, le mot cancer, parler de tumeur avec lui, choisir ses mots simplement, laisser un temps de silence, écouter, offrir un espace d’échange et répondre simplement aux questions, dire la vérité avec espoir et rassurer en laissant une porte ouverte.

  • Deuxième consultation ou temps d’information 

Pour la délivrance des informations de base concernant les traitements et le projet thérapeutique et le suivi : À quoi servent les traitements proposés ? Quels sont les traitements disponibles ? Les soins de supports disponibles.

L’attitude psycho-oncologique préconisée chez les soignants à partir des réactions des soignés après annonce par exemple (Tableau 1) :

Réactions des patients

Interventions des soignants

Un choc, un déni, une colère, une révolte et anxiété, une négociation, une tristesse voire même une dépression, avant la résignation et acceptation de la lutte.

Écoute,

Attitude empathique,

Information authentique,

L’accompagnement psycho oncologique par tous les soignants pour permettre l’expression, abréaction et adaptation

En France, un infirmier d’annonce est préconisé actuellement pour soutenir le travail du médecin.

Un infirmier senior formé à l’annonce viendra renforcer ce qui a été révélé par le médecin avec des mots plus simples et plus compréhensibles, il peut répondre à certaines questions sur le soin infirmier. Un lien est tissé alors au centre grâce à ces soignants. Mais souvent, lors de la réaction psychopathologique du patient ou de sa famille, avec anxiété et dépression, l’intervention du psycho-oncologue est nécessaire voire même celle du psychiatre de liaison avec intervention pharmacologique.

  • Besoins des patients au cours des différents traitements :
  • La chirurgie mutilante : À l’origine de symptômes d’anxiété, de dépression et parfois fuite de traitement suite à des réactions stigmatisantes de l’entourage immédiat comme, changement d’attitude du conjoint voire même divorce parfois.
  • La radiothérapie brulante : Avec ses séquelles irréversibles angoissantes qui provoquent, suivant la zone irradiée, la perte de fertilité et l’alopécie définitive.
  • La chimiothérapie bruyante : Avec la lourdeur des effets secondaires comme la chute de cheveux, les nausées et vomissements, les nombreuses aplasies lourdes, le teint terreux, la fatigue et le paradoxe de se rendre malade pour guérir est parfois inadmissible pour certains, d’où une souffrance psychologique (risque de refus de terminer le traitement).

Nous retrouvons alors le besoin en éducation thérapeutique :

– Des besoins et attentes chez les patients d’être écoutés et compris et surtout de comprendre, d’apprendre et prévenir des effets secondaires. Besoins en éducation thérapeutique qui feront d’eux de véritables partenaires de soins en donnant au soin une dimension empathique, pédagogique et thérapeutique.

– Des besoins en soins de support pour améliorer la qualité de vie lors des soins, comme la présence d’un nutritionniste avec ses conseils pratiques qui peuvent limiter les nausées et vomissements et problèmes nutritionnels en oncologie médicale, qui peuvent être très compromettants pour la poursuite des soins.

En chirurgie viscérale, le stomathérapeute qui intervient avant et après colostomie pour la gestion de cette dernière et soins quotidiens de la stomie pour éviter des problèmes de qualité de vie.

En sénologie, une kinésithérapeute est indispensable pour apprendre très tôt aux patientes les exercices requis pour éviter les lymphœdèmes, douleurs et problèmes de cicatrisations inesthétiques, une socio-esthéticienne également est indispensable ici pour améliorer l’image du corps et l’estime de soi, sans oublier l’assistante sociale et bénévoles d’associations et réseaux pour les nombreux problèmes et besoins sociaux au cours des soins, et surtout le psycho-oncologue et psychiatre de liaison qui peuvent intervenir à toutes les étapes de soins pour prévenir ou traiter les problèmes psychologiques.

  • Besoins en fin de vie :

Des besoins généralement sont réactivés avec le processus de deuil et les besoins de continuité de soins et accompagnement :

  • Les besoins physiques avec les problèmes nutritionnels, troubles digestifs, les troubles respiratoires, génito-urinaires, moteurs et les handicaps, les besoins psychologiques, la douleur, la fatigue ;
  • Les besoins sociaux avec la souffrance psychique, les perturbations de l’image corporelle, peur de l’abandon ;
  • Les besoins spirituels et remaniement existentiel et recherche d’un sens pour pouvoir accepter ce qui arrive.

Deux principes de soins sont préconisés à cette étape : le premier c’est la thérapeutique palliative qui est l’affaire des soignants qui cherchent à réduire les symptômes très gênants.

Le deuxième c’est l’accompagnement au cours des soins palliatifs, qui est l’affaire de tous les intervenants autour du malade et de ses proches (psycho-oncologues, assistants sociaux, kinésithérapeutes, aides-soignants, ergothérapeutes, spécialiste en spiritualité et incluent aussi des bénévoles) qui interviennent tous avec une congruence, empathie et une considération positive inconditionnelle.

Le soignant en cancérologie, face à toutes ces taches lourdes peut parfois vivre un burn out : informer, donner de l’espoir et assumer le nombre de plus en plus élevé de patients ! Exigences contradictoires à l’origine de difficultés, des soignants. En effet, l’accompagnement, des fois jusqu’à la fin de la vie, bouleverse toutes les habitudes de travail des soignants qui, face à la mutilation de certains traitements et face à la mort des patients, se sentent souvent impuissants. L’épuisement face à la souffrance des patients, question profonde du soignant dont l’objectif est centré plus sur le « guérir » que sur le « prendre soin ».

  • Pour prévenir l’usure : Un travail d’équipe éthique est requis

En assurant l’accueil (avec un interlocuteur qui fait face), en suivant un règlement intérieur du service (pour ‘entrée’, ‘sortie’ et ‘visite’), en permettant un roulement équitable entre les équipes du matin, après midi et soir, en prévoyant des moyens de protection au travail et en veillant au respect des droits et obligations institutionnels.

  • Besoins des soignés enfin, lors de la guérison et réinsertion socio-familiale

Après le traitement, alors que le malade n’a plus ni tumeur ni soins (il n’a plus d’équipe aussi s’occupant de lui, il est seul devant un avenir inconnu et plus ou moins menaçant,) celui-ci peut être victime de troubles anxio-dépressifs importants.

Intérêt alors d’une consultation de rémission, pour les effets à long terme des traitements, pour détecter le plus tôt possible des signes d’une éventuelle rechute et d’un accompagnement psychologique individuel, couple ou familial pour aider à retrouver une image de soi parfois altérée par la maladie, pour faciliter la réinsertion, c’est-à-dire le retour à un équilibre psychologique, relationnel car les séquelles laissées par cette dernière peuvent menacer l’intégrité du couple si ses bases étaient déjà chancelantes! L’accompagnement de la réinsertion professionnelle également reste une des sources essentielles des difficultés post thérapeutiques des personnes ayant été traitées pour une affection maligne.

L’assistante sociale de l’hôpital ou celle de l’entreprise, peut renseigner ou orienter dans ses démarches la personne apte à reprendre un emploi, durant l’arrêt du travail les lois de la sécurité sociale protègent les droits de ces derniers. L’ergothérapeute, peut s’intéresser à l’ergonomie, c’est-à-dire au réaménagement et réadaptation du poste de travail par rapport à avant, vu les pertes et séquelles de la maladie et ses traitements chez certains patients.

Finalement, ce qui résume les besoins des patients lors des différentes étapes de soins allant de l’annonce diagnostic à la fin de vie ou rémission c’est l’attente d’une attitude empathique des soignants envers eux car l’attitude « A-Pathique » néglige leurs émotions ; l’attitude « Anti-Pathique » rejette leurs émotions ; l’attitude « Sym-Pathique » adhère trop à leurs émotions ; mais l’attitude « Em-Pathique » : Permet de comprendre leurs émotions.

Du côté du soignant, il ne faut être ni trop proche pour vivre la douleur à la place du patient, ni trop distant jusqu’à lui paraitre indifférent ! Ne pas être donc ni apathique, ni antipathique, ni sympathique. Il est préconisé d’être plutôt « empathique » avec bonne dose entre cette empathie et la distanciation, pour aider l’autre sans se consumer.

 

  1. Les données récentes : « La Process Communication » :

En psychologie, la relation médecin/ patient est actuellement en pleine mutation, la process com est une approche qui s’est inspirée de la psychanalyse, de la psychologie humaniste et sociale, des théories de la communication.

  • C’est quoi la process com?

Taibi Kahler, un docteur en psychologie aux USA effectue des recherches basées sur l’observation des comportements de ses patients en situation pathologique et non pathologique, il met en route un nouveau modèle de fonctionnement qu’il a appelle process com. Il a eu pour cela en 1970, le prix Éric Berne qui l’a inspiré en disant que : « Le clinicien qui trouvera comment identifier le scénario d’un patient en une séance fera un apport capital en termes de connaissance de l’homme et de son fonctionnement psychologique ».

La NASA, en 1978 finance ses recherches sur la Process Com avec l’évaluation de la compatibilité des équipes en fonction de la typologie de personnalité et la prédictibilité du type de réaction de chaque astronaute en situation de stress léger et sévère.

La process com est un modèle de découverte et de compréhension de sa propre personnalité et de la personnalité des autres, une méthode permettant d’effectuer une prédictibilité du comportement des individus (soumis au stress), un outil de communication performant dans 120 pays, dans le management en entreprise, la formation des commerciaux, le système éducatif, la vie de couple et surtout la relation soignant-soigné.

D’après Eric Berne, les positions de vie dans laquelle nous sommes sont importantes pour expliquer nos façons de communiquer ou au contraire de communiquer. Elles dépendent de la croyance que nous avons en notre propre valeur et en la valeur des autres (Tableau 2).

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La Process Com repose sur deux concepts :

  • La manière de dire les choses a autant et parfois plus d’importance que ce qui est dit, forme ≥ fond
  • La personnalité humaine est composée des caractéristiques de 6 types de personnalité (Figure 2):

soin

(Fig2)

Chaque type de personnalité a des caractéristiques comportementales, des besoins psychologiques, une question existentielle, un mode de perception du monde et des réactions sous stress.

  • Le diagnostic relationnel du patient :

Les premières secondes du premier entretien ont une importance capitale pour le bon déroulement de la relation. Si le patient va manifester des signes d’impatience, s’il va surtout poser des questions cherchant des informations (il est ‘’travaillomane‘’). S’il a besoin de parler de lui, de ses valeurs, de ce qu’il a fait, de son histoire (il est persévérant). Est-ce quelqu’un qui établit d’abord la relation avec le médecin (il est empathique) ? ; ou cherche-t-il plutôt à plaisanter (il est rebelle) ? Est-ce qu’il recherche le challenge et invite tout de suite à la compétition (il est promoteur) ? Ou au contraire, parle-t-il peu et entre-t-il peu en contact (il est rêveur) ?

Bref, le médecin note les premiers signaux montrés par le patient qui lui indiquent sa base probable.

Ces quelques secondes d’observation lui apportent des informations précieuses pour l’aider dans son diagnostic psychologique.

  • Quel sera le bénéfice de la Process Com pour les soignants de cancérologie ?

La réponse sera constatée, dans le meilleur des cas, après les futures sessions de formations.

 

Conclusion :

En consultation, tout est communication et fait sens, tant pour le médecin que pour le patient. L’aspect relationnel est primordial par rapport au contenu. Les comportements du médecin et du patient s’induisent l’un et l’autre sans que nous puissions définir qui est la cause et qui est l’effet. L’analogique et le digital font partie intégrante de toute communication.

La relation de soin est de type complémentaire et l’objectif du médecin est d’aller d’abord vers une réponse aux besoins primaires du patient puis d’en faire un partenaire de soin après éducation thérapeutique.

Intérêt alors de la formation continue psycho-oncologique pour les soignants en Algérie pour une meilleure qualité de soin et de vie du patient et du soignant.

Un programme de formation est tracé actuellement, après un travail d’organisation laborieux, entre la sous-direction de la formation du ministère de la santé et les praticiens psycho-oncologues, et entre ces derniers et la société algérienne de psycho-oncologie « SAPO ». Cela concerne :

  • Une formation en psycho-oncologie pour les psychologues des Centres Anti Cancer, fin 2019, par les psycho-oncologues praticiens formés par l’équipe du Centre de lutte Contre le Cancer Antoine Lacassagne de Nice, France (programme ministériel de 2018).

– Une Formation en relation soignant/soigné, communication et annonce en cancérologie, avec les formateurs précédents dans le cadre de la SAPO et ses partenaires.

 

Date de soumission : 27 Août 2019.

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

 


 

Références

 

  1. Fettouchi-Oukkal, K. Bouzid. Intérêt de la formation continue en psycho-oncologie pour les psychologues et autres soignants en cancérologie. Communication à la 9eme journée de psycho-oncologie. 17 Avril 2016. Auditorium de médecine, Tlemcen.
  2. Fettouchi-Oukkal, K. Bouzid. Relation soignant-soigné et annonce sous l’angle de la Process Com. Cours pour les résidents de 3eme année en oncologie médicale. 23 Juillet 2019. Faculté de Médecine de Ben Aknoun.
  3. Heron J.F. Cancérologie générale. Polycopié. Chapitre 13, page 1. Faculté de Médecine de Caen, France. 19/12/2003.
  4. Persyn J.L. La Process Com. Document délivré lors de la formation dans cette approche avec le laboratoire Merck. Deux sessions. 2007. Hôtel Sofitel.
  5. sftg-sciences-humaines.over-blog.com/article-23535197.html
  6. Watzlawick P, Helmick J. (1979) : Une logique de la communication. Paris, Le livre de poche. 280 p.
  7. Wolkenstein, P..Consoli, S RoujeauJ.-C. et al (2002) : Apprentissage de l’exercice médical. La relation médecin-malade. L’annonce d’une maladie grave. La formation du patient atteint de maladie chronique. La personnalisation de la prise en charge médicale. Examen National Classant. Module transdisciplinaire 1 ; Ann Dermatol Venereol 2002;129:2S7-2S10

 

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