Tolérance de la visco-supplémentation dans le traitement de la gonarthrose

Les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique dans le traitement de la gonarthrose ont prouvé leur efficacité dans de nombreuses études. La simplicité du geste et l’efficacité du produit ont fait que cette pratique soit largement adoptée par les médecins rhumatologues.

 

A. Mameche, R. Allat, C. Haouichat, Service de Rhumatologie, CHU Djillali Bounaâma de Douéra, Alger.

 

Date de soumission : 24 Juin 2020

 

Résumé : les injections intra-articulaires d’acide hyaluronique dans le traitement de la gonarthrose ont prouvé leur efficacité dans de nombreuses études. La simplicité du geste et l’efficacité du produit ont fait que cette pratique soit largement adoptée par les médecins rhumatologues. La tolérance de la visco-supplémentation est considérée comme satisfaisante comparée à celle des autres thérapeutiques à savoir, les antalgiques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens dont on connaît la toxicité cardiovasculaire et digestive, et autres traitements locaux (corticoïdes). En effet les effets indésirables restent mineurs dans la grande majorité des cas, mais cela n’empêche que son utilisation impose des précautions rigoureuses. Ce travail est une revue des effets secondaires observés au cours de l’utilisation de la visco-supplémentation dans le traitement de l’arthrose du genou.

Mots Clés : Gonarthrose, acide hyaluronique, visco-supplémentation, tolérance.

 

Abstract: The intra-articular injections of hyaluronic acid in the treatment of knee osteoarthritis, have proven their efficacy, this efficacy, in addition to the simplicity of the gesture led the practitioners to integrate it into their daily practice. The tolerance of the visco-supplementation is considered as satisfying compared to that of other therapeutics such as, the analgesics, the non-steroidal anti-inflammatory which cardiovascular and digestive toxicity is well known, in addition to other local treatments (corticoids). In fact, the undesirable effects are minor in the vast majority of cases, but this does not prevent that its use imposes rigorous precautions. This work is a revue of the undesirable effects observed during the use of the visco-supplementation in the treatment of knee arthrosis.

Keywords: Gonarthrosis; hyaluronic acid; visco-supplementation; tolerance


 

Introduction 

L’arthrose est un motif de consultation très fréquent en rhumatologie, c’est une source de handicap fonctionnel important, notamment lorsqu’elle concerne une localisation portante et une grosse articulation comme celle du genou.

Un arsenal thérapeutique pharmacologique et non pharmacologique est mis à la disposition du médecin rhumatologue afin de soulager le patient et d’améliorer sa qualité de vie.

Parmi les moyens pharmacologiques, le traitement à base d’injection ou d’infiltration d’acide hyaluronique offrent une approche thérapeutique visant à obtenir une antalgie de plus longue durée.

L’acide hyaluronique est une protéine de type glycosaminoglycane, composé essentiel du liquide synovial, dont le caractère hydrophile lui confère une viscoélasticité responsable de son pouvoir lubrifiant et de ses propriétés amortissantes.

La visco-supplémentation consiste en l’injection intra-articulaire de l’acide hyaluronique exogène, dans le but de lubrifier l’articulation et de restaurer les propriétés rhéologiques du liquide synovial, produisant ainsi des effets mécaniques, analgésiques, anti-inflammatoires et chondro-protecteurs.

Ces acides hyaluroniques exogènes sont classés selon le poids moléculaire comme :

  • Produit de faible poids moléculaire : ………………………………………………………. 0,5 – 1 x 106Da
  • Produit de masse moléculaire intermédiaire : ………………………………………….. 1 – 1,8 x 106 Da
  • Produit de haut poids moléculaire : ……………………………………………………………… 6 x 106 Da

Des études ont comparé l’efficacité des injections d’acide hyaluronique en se basant sur leurs poids moléculaires, les résultats ont conclu à l’absence de différence d’efficacité, ne permettant pas de faire un choix parmi les dérivés d’acide hyaluronique proposés sur le marché [2-3].

Comme tout traitement, la visco-supplémentation peut être à l’origine d’effets secondaires, certains sont propres au produit, d’autres sont imputables au geste lui-même [2-18].

La tolérance de la visco-supplémentation

La tolérance des injections d’acide hyaluronique est globalement satisfaisante. En effet, une méta-analyse récente de la tolérance de l’ensemble des différents acides hyaluroniques intra-articulaires montre que celle-ci est acceptable avec un taux de 8,5 % d’effets indésirables quasi-exclusivement locaux, post-injection, habituellement mineurs, que l’on peut limiter et éventuellement éviter avec une bonne technique d’injection [2-3].

 

  • Effets systémiques 

Contrairement aux effets systémiques que produisent habituellement les autres traitements de l’arthrose du genou, notamment les infiltrations cortisoniques, la visco-supplémentation est relativement plus sure, les effets systémiques sont exceptionnels voire inexistants [1], à l’exception de quelques rares cas d’allergie et d’asthénie passagère qui ont été rapportés [2].

  • Effets locaux
  • Inflammation locale

Réaction précoce, apparaissant de quelques heures à 2 jours après l’injection, modérée, faite de douleurs, rougeur, parfois un épanchement avec compte cellulaire inflammatoire. C’est une inflammation transitoire qui disparait rapidement parfois sous antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ce sont des réactions dont la fréquence est faible, ne concernant que 2 à 7% des infiltrations au genou [1-3].

L’origine de ces accès aigus n’est pas claire, certains ont avancé l’hypothèse d’une dépolymérisation de l’acide hyaluronique, en partie sous l’effet du monoxyde d’azote produit dans l’articulation arthrosique. D’autres auteurs ont pu mettre en évidence une activation de la voie du complément [1-4]. Les acides hyaluroniques de haut poids moléculaires semblent être les plus associés à ces réactions [1].

 


 

  • Nécrose cutanée (fig. 1 & 2) 

Dans le cadre de l’utilisation de l’acide hyaluronique en rhumatologie, la littérature rapporte 03 cas de nécrose cutanée suite à une injection intra-articulaire [5].

Le mécanisme pathogénique conduisant à ces nécroses n’est pas clair. Des hypothèses ont été avancées, à savoir la compression vasculaire extrinsèque due à l’injection d’un volume trop important d’acide hyaluronique dans une zone de tension, diminuant la perfusion cutanée ; ou de cause intravasculaire par obstruction intra-artérielle directe (injection de l’acide hyaluronique directement dans une artère). D’autres auteurs mettent en cause l’œdème et l’inflammation réactionnels [5-7].

L’évolution est généralement favorable avec l’application de corps gras et un traitement antiagrégant plaquettaire. La cicatrisation est longue (parfois plus de 6 mois), correspondant au temps nécessaire à la destruction de l’acide hyaluronique [5].

 

  • Arthrite septique 

Les infections ostéoarticulaires post-injection restent rares. Quelques cas d’arthrites septiques ont été rapportés avec un traitement par l’acide hyaluronique.

Trois (03) cas à Neisseria mucosa ont été publiés [8-10], le vecteur de contamination a probablement été des gouttelettes de salive, vu que le germe incriminé est un saprophyte de la sphère ORL et du tractus respiratoire [8].

Un (01) cas d’arthrite septique à Staphylocoque aureus dont le mécanisme de contamination articulaire est probablement secondaire à une inoculation directe de la flore cutanée du patient ou de l’opérateur lors de l’injection [8].

L’utilisation de la visco-supplémentation d’une manière répétée et rapprochée, les injections intra-articulaires antérieures ou associées de dérivés cortisoniques, constituent des facteurs de risque d’apparition d’arthrite septique par augmentation du risque d’inoculation de germes [8].

Devant une arthrite après visco-supplémentation, on doit toujours éliminer en priorité une complication infectieuse par la réalisation systématique d’une ponction articulaire avec analyse bactériologique du liquide synovial. Ces arthrites infectieuses peuvent être évitées en imposant des précautions d’asepsie rigoureuses [8].

 

  • Arthrites réactionnelles 

Des cas de synovites granulomateuses ont été diagnostiqués et rapportés, suite à l’apparition d’arthrite du genou quelques heures après une injection d’acide hyaluronique. Ces arthrites étaient caractérisées par la présence de liquide inflammatoire stérile et sans microcristaux.

L’hypothèse d’une injection non strictement intra-articulaire pourrait expliquer ces arthrites réactionnelles non infectieuses et non microcristallines par gonflement du tissu graisseux péri-synovial. L’évolution clinique est souvent spontanément favorable en quelques jours [11-13,17].

Des cas de poussées d’arthrite à microcristaux de phosphate de calcium et d’urates de sodium ont été décrits. Ces arthrites sont induites par l’injection d’acide hyaluronique chez des patients qui n’ont parfois aucun antécédent personnel d’arthrite à microcristaux et de chondrocalcinose radiologique.

Des observations suggèrent que les épanchements réactionnels à une injection d’acide hyaluronique seraient plus souvent en rapport avec une synovite macrophagique granulomateuse secondaire à une sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, dont la formation est stimulée par les produits de dégradation de l’acide hyaluronique qu’à la présence de microcristaux [11,14-16].

Conclusion

Compte tenu de tout ce qui a été rapporté, la visco-supplémentation généralement proposée en cas d’échec ou d’intolérance des autres thérapeutiques, est globalement bien tolérée (balance bénéfique/risque favorable), sous réserve d’une bonne technique d’injection.

Son efficacité permet une épargne en antalgiques opiacés et en anti-inflammatoires (AINS), et pourrait retarder le recours au remplacement prothétique du genou. Ainsi, le service médical rendu par les injections d’acide hyaluronique dans le cadre du traitement de la gonarthrose reste satisfaisant.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts en rapport avec cet article.


 

Références

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Figure 1 : Nécrose cutanée du genou 5 jours après une visco-supplémentation [5]

 

Figure 2 : La même lésion à un mois d’évolution. [5]

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Place du plasma riche en plaquettes dans le traitement de l’arthrose

Le plasma riche en plaquettes (ou platelet-rich plasma : PRP) est utilisé dans le traitement local (intra-articulaire) de l’arthrose.

 

N. Benyerbah, F. Lakehal, S. Mellal, F. Rahmouni, M. Moussa Mebarek, H. Djoudi, C. Haouichat

Service de Rhumatologie CHU de Douéra, Alger.

 

Date de soumission : 26 Juin 2020

 

Résumé : Le plasma riche en plaquettes (ou platelet-rich plasma : PRP) est utilisé dans le traitement local (intra-articulaire) de l’arthrose. Il a un effet principalement antalgique démontré. Cet effet serait expliqué par les nombreux médiateurs solubles, comme les facteurs de croissance et les cytokines stockés au sein des plaquettes et qui sont relargués après activation exogène. Ces médiateurs seraient à l’origine de multiples réactions complexes avec les tissus au sein de l’articulation. In vivo, l’effet du PRP semble être favorable sur la prolifération des chondrocytes et leur différentiation. En revanche, les données de la littérature sont beaucoup plus controversées sur l’effet sur les synoviocytes et sur la modulation de l’angiogenèse. Il existe probablement un effet anti-inflammatoire précoce des PRP qui passerait surtout par l’inhibition de la voie NF Kappa B. D’un point de vue clinique, le bénéfice est actuellement sur la douleur et l’amélioration des fonctions articulaires pour le traitement de la gonarthrose. Cependant de multiples variables peuvent interférer sur les résultats des études de comparaison des différents essais cliniques. Du point de vue de la tolérance, les effets indésirables sérieux semblent rares. L’objectif de ce travail est de faire une mise au point sur la place du PRP dans la prise en charge de l’arthrose.

Mots clés : plasma riche en plaquettes, arthrose, traitement local, prise en charge, genou.

 

Abstract: Platelet-rich plasma (PRP) is used in the local (intra-articular) treatment of osteoarthritis. It has a mainly demonstrated analgesic effect. This effect could be explained by the many soluble mediators, such as growth factors and cytokines stored within platelets and which are released after exogenous activation. These mediators are believed to be responsible for multiple complex reactions with the tissues within the joint. In vivo, the effect of PRP seems to be favourable on the proliferation of chondrocytes and their differentiation. On the other hand, the data in the literature are much more controversial on the effect on synoviocytes and on the modulation of angiogenesis. There is probably an early anti-inflammatory effect of PRP which would go mainly through inhibition of the NF Kappa B pathway. From a clinical point of view, the benefit is currently on pain and improving joint functions for the treatment of knee osteoarthritis. From a tolerance point of view, serious side effects seem rare including infectious or allergic, but post-injection pain is more common than with other injectable treatments for osteoarthritis. The objective of this work is to clarify the place of PRP in the management of osteoarthritis.

Keywords: platelet-rich plasma, osteoarthritis, local treatment, the management, knee.

 


 

Introduction

L’arthrose est considérée comme une maladie articulaire non seulement dégénérative mais également inflammatoire. Il s’agit d’une pathologie complexe qui affecte l’ensemble des tissus articulaires (cartilage, os sous-chondral, membrane synoviale, ligaments, tendons). C’est une atteinte chronique de l’articulation, caractérisée par une destruction progressive du cartilage articulaire, conduisant à la douleur et à la perte fonctionnelle.

Actuellement, de nouvelles perspectives thérapeutiques non invasives de médecine régénérative sont testées dans le traitement de l’arthrose, telles que la régénération in vivo du cartilage par thérapie cellulaire ou l’administration de plasma riche en plaquettes (PRP). 

Utilisés initialement en implantologie dentaire, les concentrés plasmatiques riches en plaquettes ont bénéficié ces dernières années d’un large essor dans le domaine musculo-squelettique, notamment en médecine du sport et en orthopédie.

 

  • Qu’est-ce que le PRP ?

Le plasma riche en plaquette est un volume de plasma autologue enrichi en plaquettes. Il est obtenu grâce à une technique de centrifugation.

Les plaquettes sont des fragments cytoplasmiques des mégacaryocytes de la moelle osseuse. Plusieurs centaines de molécules bioactives sont stockées dans les granules de ces dernières, notamment de multiples facteurs de croissance, des cytokines, des chimiokines, des molécules d’adhésion et des molécules de signalisation.

Une fois prélevé parmi le surnageant des hématies, le concentré plaquettaire est activé (thrombine ou chlorure de calcium) pour permettre le relargage d’un maximum de médiateurs, appelé sécrétome, qui peut contenir jusqu’à 800 constituants de nature protéique [1,2].

Le PRP est ainsi une source de cytokines et de facteurs de croissance tels que le TGF-β, IGF, PDGF, FGF qui sont susceptibles de déterminer le comportement des cellules, y compris les chondrocytes.

Parmi les principaux composants, on retient des facteurs de croissance (Tableau 1), certains médiateurs solubles impliqués dans la résolution de l’inflammation (antagoniste du récepteur de l’interleukine-1 (IL1-RA, IL-4, IL-8, IL-10, métabolites de l’acide arachidonique, etc.), mais aussi d’autres pro-inflammatoires (IL1, IL6, TNF, alpha-2-macroglobuline, etc.), des médiateurs modulant l’angiogenèse et la coagulation [3].

Certains PRP contiennent en outre une quantité variable de cellules de la lignée leucocytaire (L-PRP), pouvant produire des métalloprotéases et des radicaux libres aux effets néfastes articulaires et favoriseraient les douleurs post-injections. Cependant, ces L-PRP auraient un potentiel effet antimicrobien favorable au niveau du site d’injection [4].

Compte tenu de la variabilité de la composition cellulaire des PRP, une nomenclature internationale [5] a été mise au point (PAW classification) qui prend en considération les trois caractéristiques suivantes :

  • P : concentration en plaquettes de P1 (faible) à P4 (forte,5 fois la normale)
  • A : type d’activation
  • W : type et concentration en en globules blancs.

Elle sera indispensable à prendre en compte lors de la comparaison entre les résultats d’études cliniques, pour ne pas tirer de conclusions erronées.

D’un point de vue pratique, il existe une trentaine de kits prêts à l’emploi pour faciliter la préparation du PRP à partir du sang autologue, et sans avoir forcément recours à une structure hospitalière.

 

  • Cibles potentielles

Il est difficile de connaitre les effets du PRP sur les différents tissus impliquées dans les phénomènes arthrosiques (cartilage, membrane et liquide synovial, os sous-chondral).

In vitro comme in vivo, les interactions entre les différents composants du concentré de médiateurs solubles et les constituants de l’articulation sont complexes et multiples.


 

  • Chondrocytes

In vitro, un effet chondro-prolifératif des PRP sur des chondrocytes d’origine animale ou sur des chondrocytes humains, est rapporté dans de nombreuses études.

Cet effet mitogène a aussi été démontré sur la culture de cellules fibro-cartilagineuses de type méniscale et sur des cellules souches mésenchymateuses [6-8]. Sur ces dernières, le PRP favoriserait en plus leur recrutement, leur adhésion et leur différenciation vers un phénotype chondrocytaire [9-11].

Certaines études montrent un effet anabolique par les chondrocytes sur la synthèse des protéoglycanes et du collagène de type II, in vitro et sur des modèles animaux mais cela n’a pas été toujours retrouvé par d’autres équipes [12].

  • Synoviocytes et liquide synovial 

Une augmentation significative de la production d’acide hyaluronique par les synoviocytes de type B provenant d’articulations arthrosiques lors d’arthroplastie du genou a été rapportée après adjonction de PRP.

La production par les synoviocytes d’HGF, facteur de croissance connu pour limiter la réaction inflammatoire synoviale semble aussi favorisée en présence de PRP.

Les mêmes travaux ne retrouvent pas d’augmentation de la production d’enzymes pro-cataboliques comme la MMP1 et la MMP3 par les synoviocytes.

À l’inverse, d’autres travaux ont mis en évidence une augmentation significative de la production de certaines métalloprotéases (MMP1, MMP9) et de certaines cytokines pro-inflammatoires (TNF, IL6, IL1) par le tissu synovial [12].

  • Angiogenèse et inflammation articulaire

Le PRP contient des facteurs de croissance proangiogéniques (VEGF, PDGF, TGF, FGF), qui joueraient un rôle dans la cicatrisation de certains tissus endommagés (tendons, fibres musculaires, etc.).

Toutefois, l’angiogenèse non contrôlée peut être délétère dans l’arthrose en participant à l’entretien du processus inflammatoire, en particulier via l’action de VEGF et du TGF. Cependant plusieurs études faites in vitro sur des cellules synoviales n’ont pas montré d’augmentation du VEGF, ni du TGF en présence de PRP.

Cet effet angiogénique limité, malgré la présence de facteurs proangiogéniques, pourrait aussi être expliqué en partie par la présence dans le pool de médiateurs libérés par les plaquettes d’inhibiteurs de l’angiogenèse comme PF4 (platelet factor 4) ou TSP1 (thrombospondin1) [12].

Quant à l’inflammation synoviale, l’effet du PRP est complexe, varie dans le temps et dépend de la concentration en plaquettes mais aussi de la présence ou non de leucocytes (L-PRP). Certains composants du PRP sont ainsi pro-inflammatoires comme certaines cytokines (IL1,TNF) ou de protéines contenues dans les alpha-granules (2 macroglobuline, vitamine D binding protein). Cependant, la majorité des études in vitro vont dans le sens d’une diminution relativement prolongée de l’inflammation notamment en réduisant les effets pro-inflammatoires délétères de l’IL1.

Cet effet anti-inflammatoire passerait majoritairement par l’inhibition de la voie NF B, une des voies majeures dans la physiopathogénie de l’arthrose [13,14]. Cette inhibition serait favorisée par l’augmentation de la production d’IGF et d’HGF par les synoviocytes qui sont des inhibiteurs puissants de la voie NF B. De nombreuses questions concernant cet effet anti-inflammatoire in vitro des PRP restent cependant en suspens.

  • Tolérance et contre-indications

L’absence d’effets indésirables graves rapportés dans la littérature peut paraître de prime abord rassurant vu les nombreuses utilisations du PRP dans le domaine ostéoarticulaire.

Les effets indésirables les plus rapportés sont les douleurs dans les suites de l’injection, qui semblent plus fréquentes qu’avec les corticoïdes injectables et les acides hyaluroniques et corrélées à la concentration en plaquettes. Certains auteurs préconisent d’ailleurs que les injections de PRP se fassent exclusivement sous écho-guidage pour s’assurer du bon positionnement de l’aiguille [15].

Les contres indications absolues sont : syndrome de dysfonction plaquettaires, thrombocytopénie critique, instabilité hémodynamique, septicémie, infection locale sur le site de procédure [15].

Les contres indications relatives sont les arthropathies inflammatoires et microcristallines [15].

L’utilisation de PRP est déconseillée chez les patients présentant des troubles hémorragiques, des troubles de l’hémostase ou un traitement avec des anticoagulants oraux ou des antiagrégants plaquettaires, un taux de plaquettes sanguines inférieures à 100.000/mm3, la grossesse, au cours d’infection ou dans un contexte tumoral. 

Concernant le contexte tumoral, cela pourrait être expliqué par la présence de facteurs de croissance dans les PRP et de leurs effets potentiels sur la carcinogenèse, la mise en garde est souvent formulée contre son utilisation à proximité de tissus de nature cancéreuse ou dysplasique.

En termes de co-prescription, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), de par leur rôle sur l’inhibition plaquettaire, sont à éviter dans un délai variant de 48 heures à une semaine.

  • Données cliniques

Malgré la richesse des publications récentes, de nombreuses incertitudes persistent quant à l’utilisation du PRP dans le traitement de l’arthrose.

La question clé est la variabilité de la composition du PRP utilisé dans les différentes études, ce qui constitue une difficulté à la comparaison de son efficacité dans le traitement de l’arthrose par les injections intra articulaires, et limite également la puissance des résultats de ces études. Une autre limite est liée à la diversité des schémas thérapeutiques des injections qui ne fait pas encore l’objet d’un consensus [16].

De multiples variables peuvent interférer sur les résultats, qui sont autant de questions restant à résoudre, telle que le procédé de préparation du PRP, le calibre de l’aiguille de prélèvement du sang et lors de l’injection intra articulaire, la concentration en plaquettes, le stockage du PRP, la pré-activation, la concentration en leucocytes, le type d’anticoagulant, l’utilisation d’un anesthésique local, l’injection aveugle ou contrôlée par imagerie, le volume d’injection et sa fréquence, le type et la gravité de la maladie et des facteurs spécifiques au patient (comorbidité) [17].

  • PRP dans la gonarthrose 

Toutes les études sur le PRP ont démontré un bénéfice clinique sur la douleur et l’amélioration des fonctions articulaires pour le traitement de la gonarthrose. La majorité des études conclut à une meilleure efficacité du PRP par rapport au placebo, corticostéroïdes et acide hyaluronique.

Lisi et al Shi et al., sont les premiers à présenter des études utilisant l’arthroscopie et l’IRM comme mesure de suivi. Ainsi à 6 mois post-injection, le PRP réduirait les dégradations cartilagineuses et permettrait de retarder le recours à une chirurgie invasive [18].

Riboh et al., se sont intéressés à la concentration en leucocytes du PRP injecté et ont conclu que le PRP pauvre en leucocytes serait plus efficace que celui riche en leucocytes [19].

Le PRP étant obtenu à partir du sang prélevé chez le patient, il présenterait un haut niveau de sécurité évitant les infections. Cependant, il a été démontré comme plus douloureux en post-injection.

  • PRP dans la coxarthrose

Les études cliniques sont moins nombreuses par rapport à la gonarthrose. La majorité d’entre elles, a démontré un effet bénéfique sur la douleur et la fonction en se basant sur l’EVA douleur et les scores fonctionnels (Womac et Harris). Cependant, il n’a pas été démontré de supériorité du PRP par rapport à l’acide hyaluronique, dans une indication où l’acide hyaluronique n’a jamais démontré un bénéfice très important jusqu’à présent. Concernant la tolérance, les douleurs post-injection étaient deux fois plus fréquentes dans le groupe PRP.

  • PRP dans l’arthrose de la temporo-mandibulaire (ATM)

L’injection intra-auriculaire de PRP dans le traitement de l’arthrose de l’ATM réduit significativement les douleurs en comparaison à l’acide hyaluronique, au placébo ou à l’absence d’injection et pourrait augmenter la capacité d’ouverture buccale.

Plusieurs études recommandent une injection de 2mL de PRP fortement concentré et hautement purifié. L’arthrocentèse + PRP et l’injection de PRP seule ont été comparées, et ces deux méthodes n’ont pas montré de différence significative. Au plan de l’imagerie, Li et al., ont publié en 2018 des résultats intéressants observant par CBCT (Cone beam computed tomography) une réparation cartilagineuse chez les groupes ayant reçu une injection de PRP. An plan de la sécurité d’utilisation, aucune complication n’a été relevée à la suite des injections.

 

  • Recommandations dans la gonarthrose 

La place des injections intra-auriculaires de PRP comme traitement symptomatique de la gonarthrose reste débattue malgré de nombreux essais randomisés contrôlés et plusieurs méta-analyses récentes. L’hétérogénéité des protocoles de préparation et d’injection limite aussi l’extrapolation de ces résultats.

Quinze médecins (10 rhumatologues, 4 spécialistes en médecine physique et médecine du sport et 1 radiologue interventionnel) de différents pays francophones, ont été sélectionnés pour leur expertise dans les domaines du PRP et de l’arthrose, formant le GRIP (Groupe de Recherche sur les Injections de PRP). Vingt-cinq recommandations ont finalement été retenues après plusieurs réunions selon la méthode Delphi modifiée afin d’établir un consensus [20].

Les principales recommandations

  • Les injections intra-articulaire de PRP au genou constituent un traitement symptomatique efficace de l’arthrose débutante à modérée.
  • Les injections intra-articulaire de PRP dans l’articulation du genou peuvent être utiles dans l’arthrose avec atteinte radiologique sévère.
  • Le traitement par PRP devrait être proposé en deuxième intention, après échec d’un traitement pharmacologique per os et/ou non pharmacologique de la gonarthrose.
  • Le traitement par PRP ne doit pas être pratiqué en phase congestive de la gonarthrose.
  • Une séquence de traitement par PRP dans la gonarthrose peut comporter 1 à 3 injections
  • Les PRP pauvres en leucocytes doivent être préférés dans la gonarthrose.
  • Les injections de PRP dans la gonarthrose devraient être pratiquées sous guidage échographique ou scopique.
  • Les PRP ne devraient pas être mélangés à un anesthésique ou à un corticoïde en intra articulaire.

 

Conclusion :

Le PRP constitue une arme thérapeutique intéressante. Il garde une place importante dans l’arsenal thérapeutique de la prise en charge de l’arthrose grâce à son effet principalement antalgique et à sa bonne tolérance.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

 


 

Tableau 1 : Facteurs de croissance plaquettaires contenus dans le PRP et effets principaux [12]

Facteurs de croissance

Rôle dans l’articulation

Transforming growth

Régulation de la production de collagène et de la

Factor Beta (TGF )

synthèse des protéoglycanes

 

Favorise la prolifération des chondrocytes et leur

 

différentiation

 

Stimule l’angiogenèse

 

Régulation de la sécrétion des autres facteurs de

 

croissance

Hepatocyte growth

Inhibe la voie pro-inflammatoire NF kappa B

factor (HGF)

Stimule l’angiogenèse

Vascular endothelial

Augmente l’angiogenèse et la perméabilité

growth factor (VEGF)

vasculaire

 

Favorise la prolifération des cellules endothéliales

Platelet derived growth

Augmente l’angiogenèse

factor (PDGF)

Prolifération et différentiation des fibroblastes et

 

des ostéoblastes

 

Régulation de la production de collagène et de la

 

synthèse des protéoglycanes

Insuline-like growth

Inhibe la voie pro inflammatoire NF kappa B

factor (IGF)

Stimule la différentiation et prolifération des

 

ostéoblastes et des chondrocytes

 

Stimule la formation de matrice extracellulaire

Fibrosblast growth

Favorise la différenciation des chondrocytes et des

factor-2 (FGF)

cellules souches mésenchymateuses

 

Stimule la prolifération des chondrocytes

 

Stimule la production d’acide hyaluronique par

 

synoviocytes

 

Augmente l’angiogenèse

Connective tissue

Stimule l’angiogenèse

Growth factor (CTGF)

Favorise la différentiation des chondrocytes

 

Favorise l’adhésion plaquettaire


 

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Traitements non pharmacologiques de la gonarthrose

la gonarthrose est une pathologie dégénérative chronique de l’articulation du genou, particulièrement fréquente chez le sujet âgé et potentiellement génératrice d’incapacité et de handicap, du fait du caractère portant de cette articulation.

 

 

 

H. Kaced, H. Touahri, A. Brahimi

Service de Médecine Physique et Réadaptation, CHU Djillali Bounaâma, Douéra, Alger.

 

Date de soumission : 11 Juin 2020

Résumé: la gonarthrose est une pathologie dégénérative chronique de l’articulation du genou, particulièrement fréquente chez le sujet âgé et potentiellement génératrice d’incapacité et de handicap, du fait du caractère portant de cette articulation. Les traitements non pharmacologiques, qui constituent actuellement une pratique incontournable dans la prise en charge des arthroses, sont basés essentiellement sur l’éducation du patient aux règles d’hygiène dont la réduction pondérale, à l’économie articulaire et à l’auto-rééducation.

Les programmes de kinésithérapie sont réalisés en milieu médical et varient en fonction du stade évolutif de la gonarthrose et de la présence ou non de poussées inflammatoires. Leur efficacité dépend de la régularité des exercices prescrits et du respect des règles hygiéno-diététiques par le patient.

Mots clés: Gonarthrose, incapacité, traitement non pharmacologique, éducation, perte de poids, exercice.

Abstract: osteoarthritis is a degenerative pathology of the knee joint; its prevalence increases with age as well as the functional consequences which are more considerable in the elderly population due to the bearing nature of the joint. Non-pharmacological treatments are an essential practice today. They are mainly based on therapeutic education including hygiene rules with weight loss, joint economy and self-education.

Physiotherapy programs are carried out by the healthcare team and vary according to the progressive stage of knee osteoarthritis and the presence or absence of inflammatory episodes. Their effectiveness depends on the regularity of the exercises prescribed and the respect of the hygieno-dietetic rules by the patient.

Keywords: knee osteoarthritis, disability, non-pharmacological treatment, education, loss of weight, exercise.


 

Introduction

La gonarthrose résulte d’une disproportion entre les contraintes mécaniques auxquelles les tissus cartilagineux et osseux sont soumis, et la résistance biomécanique de ces tissus. Il existe des formes dites primitives, sans cause apparente, et des formes secondaires à des troubles statiques constitutionnels ou apparus à la suite de traumatismes ou d’affections ostéo-articulaires infectieuses ou non. Le processus dégénératif peut concerner soit l’articulation fémoro-tibiale, dans son compartiment médial le plus souvent, soit l’articulation fémoro-patellaire ou encore les deux associées.

Cette pathologie évolue, en règle générale, par poussées suite à un surmenage articulaire. Les épisodes inflammatoires, qui se traduisent par une douleur et un épanchement articulaire, peuvent limiter temporairement le périmètre de marche surtout sur terrain accidenté et imposer le repos.

L’arthrose du genou est la plus commune de toutes les localisations arthrosiques et touche préférentiellement la femme à partir de la cinquantaine, surtout en cas de surcharge pondérale. Sa prévalence approcherait les 30% chez les sujets de sexe féminin de 60 ans et plus [1].

Elle est considérée comme la 4ème cause de handicap chez la femme et la 8ème chez l’homme, selon l’OMS. Sa fréquence est actuellement aussi élevée que la maladie cardiaque [2].

Cette arthropathie dégénérative qui s’installe insidieusement, s’exprime habituellement par une douleur localisée, médiale ou latérale ou encore globale, qui survient à la marche et/ou à la montée et descente d’escaliers. Celle-ci s’accompagne progressivement d’une diminution de la mobilité articulaire, d’une atrophie de la cuisse et à moyen terme d’une insuffisance musculaire rendant précaire la stabilité du genou [3]. En l’absence d’un traitement précoce suivi, cette symptomatologie peut progresser et rendre difficile l’exécution des activités essentielles de la vie quotidienne telles que marcher, s’accroupir et monter ou descendre les escaliers. Elle peut s’aggraver au point d’entrainer une incapacité fonctionnelle permanente voire contribuer à une perte d’autonomie chez les sujets âgés.

L’association des traitements pharmacologiques et non pharmacologiques peut soulager les patients et les aider à accepter plus facilement les changements dans leur mode de vie, préconisés par les soignants en vue de minimiser leurs déficiences physiques et fonctionnelles ou d’y pallier. La solution chirurgicale peut intervenir lorsque la détérioration cartilagineuse est avancée et que la symptomatologie ne cède plus aux thérapeutiques précédentes.

A ce propos, nous écartons du sujet, les thérapeutiques médicamenteuses et chirurgicales. Nous allons passer en revue les différentes méthodes du traitement rééducatif dont l’exercice musculaire, qui nous parait essentiel, est universellement reconnu dans la prise en charge de l’arthrose.

  • Les traitements non pharmacologiques
  • Les recommandations internationales

Les traitements physiques sont de plus en plus prescris en 1ère intention dans les arthroses, quel que soit l’âge du patient. Ils occupent une place importante dans les recommandations internationales des différentes sociétés, l’Osteoarthritis Research Society International (OARSI),l’European League Against Rheumatism (EULAR), l’American College of Rheumatology (ACR), la Société Française de Médecine Physique et de Réadaptation (SOFMER) et la Société Française de Rhumatologie (SFR)[4,5,6].

Certains auteurs préconisent, cependant, plus d’essais cliniques pour évaluer leur supériorité sur les autres types de traitement, estimant que les études déjà réalisées ont très peu évalué la tolérance et l’efficience des thérapeutiques non médicamenteuses [7,8]

Alors que notre pratique quotidienne met, régulièrement, en évidence l’influence positive des méthodes de traitement actif sur la pathologie arthrosique des membres inférieurs et sur la qualité de vie des patients traités, il nous est difficile de prouver leur efficacité en l’absence d’études randomisées.

Nonobstant l’importance soulignée de la kinésithérapie, une mauvaise indication ou exécution d’une technique sur un sujet souffrant d’arthrose du genou pourrait être nocive, voire plus dangereuse que l’abstention thérapeutique. La symptomatologie s’en trouverait exacerbée rendant le patient réfractaire à tout effort de suivi d’un programme thérapeutique exigeant son adhésion.

               

  • Les programmes thérapeutiques

Le traitement rééducatif, qui intervient à tous les stades de l’arthrose, doit répondre à un objectif principal qu’est la récupération, voire l’amélioration des capacités fonctionnelles du patient qui, dans la majorité des cas est âgé de 60 ans et plus. Cet objectif constitue la dernière étape du traitement physique qui, au préalable, aura permis d’obtenir une articulation du genou moins douloureuse, stable et mobile.

La démarche thérapeutique repose sur une exploration clinique et paraclinique la plus complète possible, afin d’éliminer toutes les douleurs projetées et les arthroses secondaires. Une évaluation trophique, articulaire, musculaire et fonctionnelle du genou malade est ainsi établie complétant les données anamnestiques du patient, dont l’impact socio-professionnel de la douleur, de la déficience physique et son vécu psychologique. Des échelles d’évaluation sont habituellement utilisées pour apprécier l’évolution des signes fonctionnels durant tout le traitement, ce sont l’échelle visuelle analogique (EVA) de la douleur, l’indice algofonctionnel de Lequesne et le score du WOMAC [9, 10].

  • L’éducation thérapeutique

Il est impératif d’être à l’écoute du patient et de ses besoins avant de l’informer sur l’évolution naturelle de sa maladie orthopédique, et les facteurs de risque qu’il est possible de contourner grâce à une adhésion à sa propre prise en charge. L’éducation thérapeutique consiste en l’enseignement de l’auto-rééducation à domicile et des règles hygiéno-diététiques dont la réduction pondérale.

L’obésité est un des facteurs de risque, reconnu déjà depuis de nombreuses années [13,14]. En règle générale, le lien entre obésité et arthrose est plus souvent retrouvé chez la femme que chez l’homme. Sachant que chaque kilo supplémentaire équivaut à une pression d’environ 4 kilos en plus sur chacune de nos articulations portantes, il est aisé de comprendre que le surpoids aggrave les symptômes de l’arthrose. Une étude américaine a montré qu’une personne sur 5 souffre d’arthrose, mais pour les personnes obèses c’est 1 sur 3 [14]. Elle révèle aussi que la prévention, le dépistage et le traitement de l’obésité contribuent à réduire sensiblement l’impact du surpoids sur les américains adultes souffrant d’arthrose des membres inférieurs.

L’exécution, à domicile, d’exercices physiques simples est initiée par un kinésithérapeute. Les contractions statiques des muscles extenseurs du genou, le pédalage dans le vide et les postures en extension sont privilégiées. En fonction du stade de l’arthrose et en dehors des poussées congestives, la marche sur terrain plat, la natation, le vélo sans résistance sont recommandés [10,15].

Les adaptations du mode de vie s’inscrivent dans la continuité de ce programme d’éducation, elles consistent à éviter la sédentarité, le port de charges lourdes, les stations prolongées (assise, accroupie, à genoux, etc.), les montées et descentes d’escaliers, la marche sur terrain accidenté et la pratique d’activité physique intensive. Des mesures d’ergonomie sont également conseillées (sièges hauts, chausse-pied à manche, valises à roulettes) [16].

  • Les méthodes thérapeutiques
  • L’exercice

Le renforcement musculaire constitue la partie la plus importante dans la prise en charge de la maladie arthrosique, mais il exige la totale collaboration du patient.

Il est actuellement clairement établi que le renforcement musculaire améliore la stabilité, la fonction et réduit la douleur [10,17]. Il est effectué en isométrique, isotonique ou isocinétique, en décharge ou utilisant des charges progressives.

Les exercices de contractions statiques peuvent être aisément reproduits par le patient à domicile en toute innocuité, alors que le travail musculaire dynamique contre résistance doit être conduit prudemment sous le contrôle du thérapeute, surtout au début de la prise en charge, au risque de voir se développer des lésions ligamentaires ou tendineuses.

Qu’elles soient statiques ou dynamiques, les contractions musculaires doivent être alternées avec des périodes de repos pour éviter la fatigue articulaire et la douleur.

Ces exercices pratiqués en balnéothérapie sont supérieurs aux mêmes exercices pratiqués au sol [18], leur bénéfice s’en voit accru sous l’action sédative et décontracturante de l’eau chaude (32° à 36°).

  • La rééducation proprioceptive intervient dans l’étape de réadaptation, après résolution de tous les phénomènes douloureux et inflammatoires. Ceux-ci provoquent un déconditionnement musculaire et contribuent au dysfonctionnement sensorimoteur de l’articulation, ce qui va accélérer le processus arthrosique[19,20]. La réhabilitation sensorimotrice, qui comporte des exercices avec des niveaux de difficultés croissantes, renforce la stabilité du genou et améliore la vitesse de marche [20]; elle prévient également les récidives douloureuses.
  • Les activités aérobies

La natation reste un sport particulièrement adapté à la pathologie articulaire, mais elle doit être pratiquée dans une intensité d’effort modéré afin que l’activité reste bénéfique. La flottabilité permet de limiter la pression sur les articulations, ce qui les soulage. L’ensemble des muscles travaille de manière harmonieuse et efficace contre la résistance de l’eau. Les séances en piscine procurent également détente et bien-être, ce qui n’est pas négligeable pour un sujet qui souffre.

La marche, contrairement aux idées reçues, n’est pas génératrice d’arthrose du genou et est considérée, actuellement, comme une activité sans danger par les sociétés savantes (OARSI, EULAR) qui la recommandent [5,6]. Son bénéfice thérapeutique est comparable à celui induit par l’auto-renforcement du quadriceps [21].

Le vélo à roue libre est également autorisé, alors que tous les sports qui contraignent le genou sont déconseillés, qu’ils soient individuels ou collectifs.

  • Les autres mesures non pharmacologiques

De nombreux moyens sont à la portée du thérapeute pour préparer les patients aux séances de travail musculaire, ce sont essentiellement des méthodes passives.

  • Le massage, effectué au début d’une séance de kinésithérapie, engendre un effet antalgique, trophique, et circulatoire, et procure une certaine détente. Différentes techniques sont pratiquées en fonction de l’objectif recherché : pincé-roulé pour traiter les cellulalgies, glissés péri-rotuliens destinés à détendre les ailerons rétractés, massage transverse profond pour les tendinopathies associées.
  • La physiothérapie permet un effet antalgique. Elle se présente sous différentes formes, la chaleur (boues, bains de paraffine, infrarouge et ondes courtes diathermiques), la cryothérapie appliquée en cas de poussées congestives, les ultrasons, l’électrothérapie type (TENS). Ces méthodes sont diversement appréciées, elles ont montré un effet suspensif sur la douleur et la raideur articulaire [3], mais elles facilitent le travail d’assouplissement articulaire et l’exercice musculaire.
  • La cure thermale est considérée comme une alternative thérapeutique permettant un soulagement de la douleur et une amélioration de la fonction et de la qualité de vie [22].
  • Les techniques passives font intervenir des techniques de postures (fig.1), et de mobilisations passives. Elles sont indiquées en cas de limitation des amplitudes articulaires du genou. L’attitude antalgique, en flexion, adoptée par réflexe par le patient qui souffre, peut évoluer vers une rétraction des éléments capsulo-ligamentaires et tendineux, et une perte de l’élasticité musculaire [23], entretenant ainsi la douleur et la détérioration articulaire. Les étirements musculaires ou stretching complètent potentiellement les postures. Ils concernent essentiellement les ischio-jambiers, le droit fémoral, les adducteurs et les muscles de patte d’oie.


 

  • Traitements moins classiques

L’acupuncture produit un effet positif sur la douleur et la mobilité articulaire, mais il n’est pas durable[24], le Yoga et le Tai Chi s’avèrent excellents pour le genou mais à condition que les séances soient guidées par un professeur de yoga compétent. Les postures et mouvements sont réalisés de manière progressive et avec douceur, coordonnés avec la respiration. La régularité et la persévérance procurent un bénéfice sur la souplesse de l’articulation et l’équilibre musculaire. Leur efficacité n’est, cependant, pas évaluée par des études connues.

  • Les orthèses et les aides techniques

Elles permettent de prolonger la fonction articulaire lorsque celle-ci est déficitaire ou douloureuse, et d’aider à passer un cap douloureux, voire éviter une chirurgie prothétique lorsque les conditions ne s’y prêtent pas.

Les orthèses de repos immobilisent le genou, le temps d’une poussée inflammatoire, sans effet dynamique, correctif ou fonctionnel, elles sont peu prescrites en pratique courante et leur efficacité n’est pas établie [25].

Les orthèses articulées de décharge aident à réduire les contraintes de pression qui s’imposent au genou en mouvement. Elles sont prescrites en fonction des déviations axiales présentes (varus ou valgus.), (Fig. 2). Leur efficacité est prouvée dans la réduction de la douleur et l’incapacité fonctionnelle à court et moyen terme [6,25].

Il existe cependant des facteurs limitant leur utilisation comme l’obésité, une déviation axiale importante ou encore une intolérance cutanée.

Les chaussures et les semelles, fabriquées avec des matériaux souples, peuvent soulager et jouer un rôle favorable sur la marche, en amortissant les chocs induits par l’appui au sol [5]. Le port de chaussures à talon haut (dépassant les 2 cm) est classiquement contre-indiqué surtout en cas d’arthrose fémoro-patellaire.

Les tuteurs externes constituent un dispositif palliatif non négligeable allégeant les contraintes mécaniques qui s’exercent sur le genou arthrosique. Ils permettent ainsi au patient de conserver une certaine autonomie. En cas d’atteinte unilatérale, la canne est portée du côté controlatéral au genou atteint.

  • L’ergothérapie

Cette thérapie, par l’activité, s’appuie sur les principes d’économie articulaire pour optimiser les capacités fonctionnelles récupérées grâce au traitement rééducatif. Elle intervient dans l’éducation thérapeutique du patient en lui apprenant la bonne utilisation des aides techniques et des orthèses, et en lui inculquant les notions d’ergonomie. Elle l’aide aussi, dans l’aménagement de son environnement, ce qui va lui conférer une meilleure autonomie et lui faciliter un retour à une vie sociale normale et une réintégration professionnelle [26].

Conclusion 

Les traitements non pharmacologiques de l’arthrose doivent être prioritaires et prescris en 1ère intention avant le traitement médicamenteux. Leur bonne tolérance justifie leur recommandation à tous les stades de la pathologie, même chez les patients présentant des comorbidités. L’éducation thérapeutique, le renforcement musculaire et le reconditionnement aérobie, en plus de la réduction pondérale, constituent le seul programme structuré qui peut garantir un résultat pérenne.

Ce type de programme demande l’adhésion du patient que seules des informations bien explicitées et répétées au fil des séances d’apprentissage peuvent convaincre. Les évaluations régulières et l’adaptation de la stratégie thérapeutique à l’évolution des signes fonctionnels et des besoins du patient peuvent contribuer à améliorer la compliance.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Légendes :

Fig. 1 : Posture du genou en extension

(Photo du Service de MPR du CHU de Douéra)

 

Fig. 2 : Orthèse de décharge du compartiment fémoro-tibial médial (undefined)

 

 


 

Références

 

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Prise en charge pharmacologique de la gonarthrose

La gonarthrose est une affection dégénérative qui peut conduire à un handicap fonctionnel important. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de traitement pharmacologique susceptible de prévenir la progression structurale et de guérir l’arthrose du genou.

 

D. Acheli, A. Houachemi, C. Haouichat,

Service de Rhumatologie, CHU Djillali Bounaâma, Douéra, Alger.

 

Date de soumission : 24 Juin 2020

 

Résumé : La gonarthrose est une affection dégénérative qui peut conduire à un handicap fonctionnel important. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de traitement pharmacologique susceptible de prévenir la progression structurale et de guérir l’arthrose du genou. Le but des médicaments est donc de soulager la douleur et d’améliorer le handicap ainsi que la qualité de vie du patient, tout en tenant compte des comorbidités. La prise en charge est basée sur des moyens pharmacologiques et non pharmacologiques.

Mots clés : gonarthrose, AASAL, AINS

Abstract: Knee osteoarthritis (OA) is a degenerative joint disease which can lead to a significant functional handicap. There is no pharmacological treatment able to prevent structural progression and cure knee OA. The goals of medicines are to relieve the pain and improve physical disability as well as quality of life. Management is based on pharmacological and non-pharmacological treatment.

Key words: Knee osteoarthritis, SYSADOAs, NSAIDs


 

  • Introduction

La gonarthrose est une maladie dégénérative, chronique, douloureuse, engendrant un handicap fonctionnel parfois sévère retentissant sur la vie quotidienne, personnelle et professionnelle, altérant ainsi la qualité de vie. Au cours de ces dernières années, différentes sociétés savantes internationales : l’European Ligue Against Rheumatism (EULAR)[1], l’American College of Rheumatology (ACR)[2,3], European Society for Clinical and Economic Aspects of Osteoporosis and Osteoarthritis (ESCEO)[4,6], l’OsteoArthritis Research Society International (OARSI)[5] et la société française de rhumatologie (SFR)[7], ont publié des recommandations afin d’optimiser la prise en charge de l’arthrose principalement la gonarthrose, coxarthrose et l’arthrose digitale. Toutes ces recommandations soulignent l’importance d’associer aux moyens pharmacologiques les moyens non-pharmacologiques dans le traitement de la gonarthrose. La prise en charge doit être personnalisée et multidisciplinaire, impliquant le médecin généraliste, rhumatologue, médecin physique et de réadaptation, kinésithérapeute, chirurgien orthopédiste, psychologue, diététicienne ; et l’intervention de chacun d’eux dépend de la phase de la maladie.

  • Traitement pharmacologique

Les objectifs du traitement sont le soulagement de la douleur et la lutte contre l’enraidissement, et dont le but est d’améliorer la qualité de vie.

                                        

  • Traitement symptomatique par voie générale
  • Paracétamol 

Le paracétamol a été souvent recommandé en première ligne pour soulager la douleur, bien qu’il ait une action minime sur celle-ci et aucun effet significatif sur la raideur et la fonction physique[8,9]. En comparaison aux AINS, il semble présenter un meilleur profil de sécurité. Néanmoins, de récentes études concernant la tolérance ont montré une augmentation des événements indésirables (EI) gastro-intestinaux (GI), cardiovasculaires (CV), hépatiques et rénaux (FR) lors de son utilisation au long cours et à des doses supérieure ou égale à 4g/jour[10-13]. Par ailleurs, il a été démontré une augmentation de la mortalité chez les patients recevant le paracétamol à des doses élevées [14]. L’ESCEO[4,6], l’ACR [2,3] et la SFR[7] recommandent la prescription du paracétamol à une posologie maximale de 3 g/jour en doses fractionnées sur de courtes périodes et de préférence en association avec les anti-arthrosiques d’action lente (AASAL)[4,6].

 

  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)

Les AINS oraux doivent être utilisés pendant la durée la plus courte et à la dose la plus faible possible[3,4,6, 15], pour passer un cap douloureux. L’ESCEO[6] les recommande en 2ème intention après une réponse insuffisante ou échec aux AASAL en monothérapie ou associé au paracétamol et AINS topiques (fig. 1), et pour l’ACR ces médicaments restent le pilier de la gestion pharmacologique de l’arthrose et leur utilisation est fortement recommandée [3]. Ils se sont avérés similaires aux opioïdes pour soulager la douleur dans l’arthrose [16]. Les AINS sélectifs se révèlent également efficaces pour contrôler la douleur [17]. Des méta-analyses récentes de la tolérance des AINS suggèrent que tous les AINS et les inhibiteurs de COX-2 ont le potentiel de toxicité GI et CV [18,19], d’où l’intérêt d’évaluer la balance bénéfice-risque au cas par cas. La prescription et le choix de l’AINS doivent tenir compte des comorbidités du patient. On observe cependant une grande variabilité interindividuelle qui justifie d’essayer quelques jours plusieurs AINS successifs en cas d’échecs des premiers.

 

  • Les opioïdes

Les opioïdes faibles peuvent être proposés en dernière intention après échec aux antalgiques du palier I, en tenant toujours compte des comorbidités[4,6]. Plusieurs études ont prouvé son action analgésique [20,21]. Les opioïdes diminuent considérablement l’intensité de la douleur par rapport au placebo [20]. Le Tramadol à libération prolongée peut être préféré pour réduire les EI [22]. Une récente méta-analyse de sécurité des opioïdes oraux à libération immédiate utilisés dans l’arthrose a révélé un risque accru des EI par rapport au placebo [23]. Les opioïdes forts seront indiqués après échec ou contre-indications des autres traitements, et en cas d’impossibilité de réaliser une chirurgie du genou[5,7]. L’ESCEO recommande l’utilisation d’opioïdes faibles à court terme à l’étape 3 de l’algorithme de traitement comme dernière tentative pharmacologique avant la chirurgie (fig. 1).

  • Duloxétine (Cimbalta)

C’est un antidépresseur utilisé dans les syndromes douloureux chroniques. Elle a prouvé un effet sur la douleur et la fonction au cours de la gonarthrose mais avec un taux élevé d’EI[24,25]. Elle est recommandée par l’ESCEO et l’ACR comme une alternative dans la gonarthrose (hors AMM) symptomatique en échec aux différents antalgiques. 

  • Anti-arthrosiques d’action lente (AASAL)

Les anti-arthrosiques d’action lente, communément appelés AASAL (glucosamine sulfate, chondroïtine sulfate, diacerheine, extraits insaponifiables d’avocat-soja), n’appartiennent pas à la classe des antalgiques mais ils ont la capacité de diminuer l’intensité des douleurs et d’améliorer la mobilité articulaire. Depuis 2013, ces médicaments sont remis en cause par l’HAS[26], qui constate une modeste efficacité des AASAL sur les symptômes et les gènes fonctionnels. Néanmoins, ces produits ont toujours une AMM dans le traitement de la gonarthrose. L’ESCEO recommande d’initier les AASAL comme traitement de fond de 1ère ligne (fig. 1)[6].

 

La chondroïtine sulfate sodique est un polymère à haut poids moléculaire et à longue chaîne d’unités répétitives, qui est obtenu sous forme de sulfate de chondroïtine 4 et 6 (liaison covalente), par différents procédés d’extraction[27]. On la retrouve dans le Chondroflex®, dosé à 400 mg. La posologie est de 3 gélules par jour, au moment des repas. Cette chondroïtine est retrouvée naturellement chez l’homme, c’est un composant de la matrice du cartilage. Elle inhibe la dégradation du cartilage et stimule sa synthèse. Le sulfate de chondroïtine est efficace sur les symptômes de la gonarthrose[28,29]. Peu d’effets indésirables connus, mis à part des problèmes cutanés (érythème, eczéma, éruption et prurit).

 

  • Insaponifiable d’huile de soja et d’avocat 

Piascledine est un composé de végétaux, soit 200 mg d’insaponifiable d’huile de soja et 100 mg d’insaponifiable d’huile. La posologie usuelle est de 1 prise journalière, au cours d’un repas ; l’efficacité de ce produit est visible après 1 ou 2 mois de traitement. En effet des études cliniques ont montré qu’à la posologie de 300 mg par jour pendant 3 à 6 mois, il améliore la douleur, la raideur et la fonction physique conduisant à une réduction de consommation d’antalgiques[30,31]. Il possède peu d’effets néfastes, quelques rares cas de régurgitations à odeurs lipidiques et rares cas d’hypersensibilité. Des problèmes épigastriques et de diarrhées ont été signalés, mais la fréquence de survenue reste non définie[32]. Seules les réactions d’hypersensibilité contre-indiquent l’utilisation de ce médicament.

 Glucosamine. Seul la Glucosamine sulfate (GS) est reconnu pour fournir une biodisponibilité et une concentration plasmatique de glucosamine constamment élevées chez l’homme, ce qui correspond à une efficacité clinique démontrée [33,34]. C’est un constituant essentiel de la matrice cartilagineuse et du liquide synovial. Elle traite le cartilage lésé et maintien son intégrité. Chez l’adulte la GS contribue à soulager la douleur, améliorer la fonction, retarder le recours à la chirurgie[34,35] et réduction de l’utilisation des antalgiques[36]. Les effets bénéfiques de la glucosamine sont visibles au bout de 2 à 6 semaines, voire davantage ; si au bout de 6 mois il n’y a toujours pas d’amélioration visible sur les symptômes, l’EULAR recommande l’arrêt du traitement. Elle a peu d’effets indésirables notables, hormis quelques rares atteintes intestinales. Elle ne peut être utilisée en cas de grossesse ou d’allaitement. Elle est contre-indiquée en cas d’hypersensibilité à l’un des composants ou d’allergie aux crustacés. L’ESCEO recommande fortement l’utilisation de la GS comme traitement de fond de 1ère ligne et à long terme pour la gestion de l’arthrose du genou et décourage l’utilisation des autres formules de la glucosamine[6]. Cependant la combinaison de la chondroïtine sulfate et la glucosamine est faiblement recommandé par l’ESCEO.  La diacéréine (Art®50) est un dérivé d’anthraquinone à activité anti-inflammatoire [37]. Elle a un effet minime sur la douleur. Les EI hépatiques et GI sont assez fréquents, particulièrement la diarrhée. Néanmoins, un rapport de l’EMA a conclu que le rapport bénéfice/risque de la diacéréine reste positif pour l’arthrose de la hanche et du genou chez les patients âgés de <65 ans [38]. Il est conseillé aux patients de commencer le traitement à la moitié de la dose normale (c’est-à-dire 50 mg par jour au lieu de 100 mg par jour), et doivent l’interrompre en cas de diarrhée. En outre, un récent rapport d’opinion de l’ESCEO soutient la diacéréine comme traitement de fond de l’arthrose, ce qui peut être particulièrement bénéfique chez les patients présentant une contre-indication aux AINS ou au paracétamol [39].

  • Traitement symptomatique par voie locale
  • AINS topiques (crèmes, gels, patches)

L’ESCEO recommande leur prescription en 1ère ligne si persistance des symptômes malgré la prise des AASAL et paracétamol[3,46,40]. Une récente méta-analyse a révélé qu’ils étaient supérieurs au placebo pour soulager la douleur et améliorer la fonction dans l’arthrose [41]. Ils sont aussi efficaces que les AINS oraux sur la douleur [42]. Les revues sur le mécanisme d’action confirment une pénétration tissulaire jusqu’à environ 4 mm de profondeur, avec une concentration suffisante pour exercer l’activité d’inhibition de la COX-2 avec une meilleure tolérance générale, notamment digestive[43]. Cependant, il existe un risque accru de réactions cutanées bénignes locales. La concentration au niveau synovial serait, elle, en partie liée à l’absorption et à la redistribution systémique [42]. Pour des raisons de sécurité, les AINS topiques peuvent être utilisés de préférence aux AINS oraux, en particulier chez les patients âgés de 75 ans et ceux présentant des comorbidités ou présentant un risque GI, CV et rénal élevé[6].

 

  • Capsaïcine

Le principe actif extrait du piment de Cayenne. Il inhibe la substance P au niveau des nerfs sensitifs et abolit la transmission du stimulus douloureux. La capsaïcine topique faiblement dosée est recommandée dans l’arthrose par l’ACR et la SFR [3,7].

 

  • Traitement intra-articulaire
  • Infiltrations intra-articulaires de corticoïdes

Elles peuvent être indiquées, particulièrement en cas de poussée inflammatoire avec épanchement articulaire après ponction de ce dernier[44]. Cette infiltration locale, permet d’atteindre une concentration articulaire importante afin de diminuer les douleurs et de réduire l’état inflammatoire. Le corticoïde injecté agit rapidement, en quelques heures. On obtient de bons résultats, l’effet attendu persiste jusqu’à un ou deux mois après l’injection. Plusieurs méta-analyses ont montré la supériorité des corticoïdes injectés dans une articulation par rapport à un placebo [45]. Il ne semble pas exister de différence d’efficacité entre les différents corticoïdes injectables sauf, peut-être, pour l’Hexatrione®. Nous ne disposons pas de critères prédictifs de réponse clinique. Elles sont réalisées par un médecin, en conditions d’asepsie stricte, afin d’éviter tout risque d’infection ou d’abcès au point d’injection. Il est possible, que dans les 12 heures suivant l’infiltration, la douleur articulaire puisse être exacerbée, cette dernière disparaitra spontanément dans les 72h. Il est recommandé de mettre l’articulation au repos. Il n’y a pas de contre-indications formelles, mais des précautions sont à prendre chez les diabétiques, les hypertendus ou maladies cardio-vasculaires, les patients sous anticoagulants, en cas d’ulcère, de grossesse et d’allaitement en cours. Il est recommandé de faire au maximum 3 injections de corticoïdes par an et par articulation, habituellement à intervalles de 1 à 3 semaines[45]. Une infiltration de corticoïdes est à éviter quand une prothèse doit être implantée dans les mois qui suivent[46].

  • Injection d’acide hyaluronique

L’acide hyaluronique est un constituant du liquide synovial, dans lequel baigne le cartilage articulaire. Or dans un genou arthrosique, cet acide est dégradé, ce qui entraine une diminution de l’effet protecteur du liquide synovial, rendant le cartilage plus vulnérable aux forces de friction et décompression, favorisant ainsi sa dégradation. D’où le recours à une visco-supplémentation de l’articulation[47], c’est à dire l’injection de l’acide hyaluronique dans la capsule articulaire pour augmenter la viscosité synoviale et l’élasticité articulaire, ce qui amène à diminuer les douleurs, augmenter la mobilité et réduire la prise d’anti-inflammatoires. La visco-supplémentation est proposée dans la prise en charge symptomatique et en prévention de l’aggravation de la gonarthrose[47]. Ils ont une bonne tolérance et permettent de retarder l’heure de la prothèse[48]. De même les contre-indications sont celles liées à tout genre d’infiltration (état infectieux, risque hémorragique sous anticoagulants, allergie à l’un des composants). Le schéma thérapeutique est de 3 injections de hyaluronate, à une semaine d’intervalle en moyenne. Il est recommandé de ménager l’articulation pendant les 24h suivant l’injection[47].

  • Lavage articulaire

Il fait partie des recommandations de L’EULAR dans la prise en charge thérapeutique de la gonarthrose[1]. Lors de poussées arthrosiques, il est judicieux d’effectuer un lavage articulaire afin d’évacuer les enzymes protéolytiques, les débris cartilagineux, les microcristaux qui entrent en jeu dans l’inflammation et la dégradation du cartilage pour augmenter l’efficacité des infiltrations de corticoïdes ou d’acide hyaluronique. Beaucoup de chirurgiens profitent de cette occasion pour injecter un corticoïde à la fin du lavage[49].

  • Plasma riche en plaquettes (PRP)

La dernière méta-analyse en date semble montrer un effet supérieur des PRP intra-articulaires par rapport aux autres traitements locaux (corticoïdes, acide hyaluronique), tant sur la douleur que sur la fonction, avec un recul de 12 mois et une bonne tolérance[50].

2. Stratégie thérapeutique

Elle se résume majoritairement à une prise en charge symptomatique dont l’objectif est de soulager le patient. Plusieurs alternatives sont possibles. Une thérapie orale et/ou locale, des dispositifs d’aide technique ainsi que l’information et l’éducation du patient (fig. 1).

  • Traitement de la poussée congestive

En cas de poussée hydarthrodiale, faire une ponction évacuatrice de l’épanchement, suivie d’infiltration avec un corticoïde et mise en décharge de l’articulation avec une, voire deux cannes anglaises pendant 8 à 15 jours. Les acides hyaluroniques sont indiqués après échec aux antalgiques usuels, selon les recommandations[6], mais de préférence sur une arthrose pas trop évoluée. Une cure par an et par genou à ne renouveler qu’en cas d’efficacité. L’existence d’un épanchement n’est pas une bonne indication et doit être évacué avant (évacuation associée au mieux à l’injection d’un corticoïde).

  • Traitement de la forme d’évolution rapide

Mise en décharge articulaire associée à un traitement de l’inflammation (cortisone intra-articulaire, AINS). L’évolution peut reprendre son cours lent antérieur, mais plus souvent conduit à une destruction articulaire massive qui impose la mise en place d’une prothèse totale.

  • Conclusion

La gonarthrose est une affection handicapante avec un impact considérable sur la qualité de vie, d’où la nécessité d’un traitement pharmacologique en plus des moyens non pharmacologiques pour soulager les patients. Une prise en charge optimale nécessite une collaboration entre le personnel de la santé et l’implication du patient d’une façon active et soutenue.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

ESCEO 2020 : management de la gonarthrose

Fig. 1. ESCEO, Mise à jour de l’algorithme de traitement de la gonarthrose.

COX-2, cyclooxygenase-2; CV, cardiovasculaire; GI, gastro-intestinal; AINS: anti-inflammatoire non stéroïdiens, IPP: inhibiteurs de la pompe à proton.

L’association des traitements pharmacologiques et non pharmacologiques est fortement recommandée

Moyens indispensables : information et éducation du patient, perte de poids en cas d’obésité, programme d’Exercices

 

Principes généraux

      PREMIERE ETAPE : TRAITEMENTS DE PREMIERE INTENTION

Si patient symptomatique

AASAL : glucosamine sulfate Et/ou chondroïtine sulfate ±paracétamol

Voir un spécialiste si nécessaire pour

    Contrôle de l’alignement

Genouillères, semelle

 

Si réponse insuffisante ou

 Toujours symptomatiques

AINS topiques

Si patient symptomatique, en plus et à la demande

Aide à la marche, cure thermale, Kinésithérapie, hydrothérapie,

DEUXIEME ETAPE : MOYENS PHARMACOLOGIQUES DE 2e LIGNE EN CAS DE PERSISTANCE DE SYMPTOMES

Si patient encore symptomatique ou si symptômes sévères

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AINS par voie orale en cure ou en cycle long

Risque GI

Risque GI élevé*

Risque CV élevé

Risque rénal élevé

 

AINS non sélectif + IPP

 

-Cox-2 (de préférence +IPP)

 

 

AINS sélectif cox2

(célicoxib) et IPP

 

-être prudent aux EI graves

 

Limiter l’utilisation de tous les AINS

Durée du traitement 

<30j pour célicoxib

<7j pour AINS non sélectifs

 

Éviter les AINS**

*Y compris l’utilisation d’aspirine à faible dose

** filtration glomérulaire < 30 ml/mn, et prudence dans les autres cas

 

Risque GI

Risque GI élevé*

Risque CV élevé

Risque rénal élevé

*AINS non sélectif + IPP

 

*Cox-2 (de préférence +IPP)

 

AINS sélectif cox2

(célicoxib) et IPP

-être prudent aux EI graves

Limiter l’utilisation de tous les AINS

Durée du traitement 

<30j pour célicoxib

<7j pour AINS non sélectifs

Éviter les AINS**

* Y compris l’utilisation d’aspirine à faible dose

** filtration glomérulaire < 30 ml/mn, et prudence dans les autres cas

AINS par voie orale en cure ou en cycle long

Si toujours symptomatiques ou contre-indication aux AINS

*Infiltration aux corticoïdes

*Visco-supplémentation

TROISIEME ETAPE : MOYEN PHARMACOLOGIQUE EN DERNIERE INTENTION

Opioïdes faibles (courtes périodes)

-Duloxétine

 

QUATRIEME ETAPE : GESTION ET CHIRURGIE DES MALADIES EN PHASE EVOLUEE

Prothèse

Opioïdes

si contre-indication à la chirurgie

Si échec ou réponse insuffisante aux TRT local

Si persistance des symptômes

et / ou altération de la qualité de vie         

 

 

 

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Facteurs de risque de la gonarthrose dans une population algérienne : étude cas-témoins

L’arthrose est le motif de consultation le plus fréquent en rhumatologie et source d’handicap fonctionnel considérable. Les comorbidités et facteurs de risque de la gonarthrose ont été très peu étudiés dans la population algérienne.

 

M. El Rakaawi (1), C. Haouichat (1), S. Mellal (1), A. Houachemi (1), A. Mameche (1),H. Djoudi (1), F.Z. Bouzid (2), F. Kerri (3), S.E. Kaddem (4),

(1) Service de Rhumatologie, CHU de Douéra, Alger ; (2) Service de Rhumatologie EPSP Boumerdès ; (3) Service de Rhumatologie, EPSP Bouzareah, Alger ; (4) Cabinet Médical de Rhumatologie, Annaba.

 

Date de soumission : 26 Juin 2020

Résumé : Introduction. L’arthrose est le motif de consultation le plus fréquent en rhumatologie et source d’handicap fonctionnel considérable. Les comorbidités et facteurs de risque de la gonarthrose ont été très peu étudiés dans la population algérienne. Patients et méthodes. Études cas-témoins. Le recrutement des cas de gonarthrose a été fait sur la base d’une gonarthrose clinique et radiographique (≥ 2 de Kellgren et Lawrence sur la radiographie standard). Les témoins étaient individuellement appariés aux cas sur l’âge et le milieu rural/urbain. Les données recueillies ont concerné : le poids, la taille et l’indice de masse corporelle, les comorbidités (diabète, hypertension artérielle et affections cardiovasculaires), le syndrome métabolique (au moins trois des facteurs de risque suivants : obésité, dyslipidémie, hypertension artérielle, diabète type 2). Résultats. Études cas-témoins ayant porté sur 282 cas de gonarthrose et 282 témoins avec un âge moyen de 64,85±8,19. L’analyse univariée a montré que l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m²) était associée à un risque de gonarthrose (p<0,04 ; OR=1,5 ; IC 95% ; 1,05-2,04). De même que le diabète (p<0,025 ; OR=1,6 IC 95% ; 1,06-2,36), la présence d’une affection cardiovasculaire (p<0,009 ; OR=1,93 ; IC95% ; 1,17-3,17) et la présence d’au moins trois affections du syndrome métabolique (p<0,001 ; OR=2,25 ; IC 95%  ; 1,14-3,29). Par contre, nous n’avons pas relevé d’association entre l’hypertension artérielle et le risque de gonarthrose (p< 0,584 ; OR=1,1 ; IC 95% ; 0,78-1,53). L’analyse multivariée par régression logistique multiple montre que l’existence d’au moins deux éléments du syndrome métabolique est fortement associée à un risque de gonarthrose (p < 0,003 ; OR ajusté = 2 ; IC 95% ; 1,27-3,36). Conclusion. L’étude confirme le rôle du syndrome métabolique comme principal facteur de risque de la gonarthrose dans la population des femmes algériennes à tenir compte dans la prévention et la prise en charge de l’affection.

Mots clés : Gonarthrose, facteurs de risque, obésité, syndrome métabolique.

Abstract: Introduction. Osteoarthritis (OA) is the most frequent reason for consultation in rheumatology and a source of considerable functional handicap; the risk factors and comorbidities for knee OA have been slightly studied in the Algerian population. Patients and Methods. Case-control study. The recruitment of cases of knee OA was done based on knee clinical OA and radiological OA (≥ 2 by Kellgren and Lawrence on standard radiography). The controls were individually matched to cases based on age and rural/urban environment. The data collected for this study concerned: weight, height and body mass index, comorbidities (diabetes, hypertension and cardiovascular diseases). Metabolic syndrome (at least three of the following risk factors: obesity, dyslipidaemia, high blood pressure, type 2 diabetes). Results. Case-control study included 282 cases of knee OA and 282 controls, with an average age of 64.85 ± 8.19 years. Univariate analysis showed that obesity (BMI ≥ 30 kg/m²) was associated with a risk of knee osteoarthritis (p <0.04; OR=1.5; CI 95 IC; 1.05-2.04), as well as diabetes (p <0.025; OR=1.6; 95 IC CI; 1.06-2.36), the presence of a cardiovascular disease (p <0.009; OR=1.93; CI 95%; 1.17-3.17) and the presence of at least two conditions of the metabolic syndrome (p <0.001; OR=2.25; CI 95%; 1.14-3.29). On the other hand, an association between hypertension and the risk of knee osteoarthritis was not found (p <0.584; OR=1.1; CI 95 IC; 0.78-1.53). Multivariate analysis by multiple logistic regression shows that the existence of at least two elements of the metabolic syndrome is strongly associated with a risk of knee osteoarthritis (p <0.003; adjusted OR=2; CI 95 IC; 1.27-3.36). Conclusion. The study confirms the role of metabolic syndrome as the main risk factor for knee OA in the population of Algerian women, this risk factor should be taken into account in the prevention and management of the disease.

Key words: osteoarthritis, risk factors, obesity, metabolic syndrome.

Introduction 

D’énormes progrès ont été réalisés ces dernières années dans le domaine physiopathologique de la gonarthrose, néanmoins les causes exactes ne sont pas encore bien élucidées. Il existe des facteurs de risque qui vont favoriser l’apparition de la maladie, certains sont modifiables, sur lesquels on peut agir, d’où l’importance de les connaitre et de les identifier.

L’augmentation de la fréquence de l’arthrose est corrélée avec l’âge. Le pourcentage des personnes âgées de plus de 65 ans ayant des signes d’arthrose radiologique atteint près de 65% ; et 80% pour les personnes âgées de plus de 80 ans (NHANES)

Le sexe : les arthroses du doigt et du genou sont plus fréquentes chez les femmes. On a également constaté une augmentation de la fréquence de la maladie arthrosique après la ménopause, cette constatation a conduit à émettre des hypothèses sur le rôle des œstrogènes dans le développement de l’arthrose. Il y aurait des récepteurs aux œstrogènes, avec une sensibilité du tissu cartilagineux aux hormones sexuelles.

L’hérédité : des facteurs génétiques ont été démontrés dans l’arthrose de la main et du genou, grâce à des études de la répartition de l’arthrose chez des jumeaux et des études sur des cas familiaux. Pour les autres articulations, aucune preuve scientifique n’a été établie.

L’obésité : l’excès de poids entraine des contraintes mécaniques élevées, exercées en particulier sur le genou et la hanche (articulations portantes). Plus le poids est important, plus le risque de souffrir plus tard d’une arthrose du genou est élevé. Une perte de poids peut donc réduire la survenue d’arthrose ou diminuer les douleurs. La relation entre l’obésité et l’arthrose des doigts a été également démontrée.

Les anomalies architecturales : certaines anomalies morphologiques de naissance (comme les dysplasies ou les subluxations) peuvent entraîner la survenue d’une arthrose, notamment pour les articulations des membres inférieurs (hanche et genou).

L’activité professionnelle : certaines professions qui nécessitent des flexions répétées du genou (par ex. carreleurs), favorisent l’arthrose des genoux.

Les activités sportives de haut niveau : en raison de traumatismes, et du surmenage que subissent ces articulations, certains sports exposent à un risque accru d’arthrose (par ex. le football et le rugby pour les genoux, la danse pour les hanches, le base-ball pour les coudes et les épaules).

Les traumatismes articulaires : les traumatismes importants tels que les fractures et les luxations, mais aussi des incidents mineurs, entraînent une augmentation du risque de survenue d’une arthrose. Ainsi, pour le genou, des études ont montré que 5 à 10 ans après une ablation du ménisque, la fréquence de survenue d’une gonarthrose était beaucoup plus importante du côté opéré (21% contre 5%).

Mode de vie : La prévalence de l’arthrose varie entre groupes ethniques. Les femmes chinoises ont une plus forte prévalence de gonarthrose, et ceci peut être expliqué par une charge excessive au niveau de l’articulation du genou causée par des accroupissements [5]. Très peu d’études ont été menées dans la population algérienne ayant pour objectif l’identification des facteurs de risque de l’arthrose et plus particulièrement de la gonarthrose, d’où l’intérêt de cette étude.

Objectif 

Rechercher les facteurs de risques de la gonarthrose dans une population de femmes algériennes âgées de plus de 50 ans résidant dans la localité de Douéra.

Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude cas-témoins. Le recrutement été fait sur la base de gonalgies et d’une gonarthrose ≥ 2 de Kellgren et Lawrence sur la radiographie standard. Les témoins (issus d’une population historique), étaient individuellement appariés aux cas sur l’âge et le milieu rural ou urbain. Un questionnaire est administré à chaque patient permettant de recueillir les données suivantes : une section d’identification, les conditions socio-économiques, les antécédents personnels de pathologie(s) chronique(s) : le poids, la taille et l’indice de masse corporelle, les comorbidités (le diabète, hypertension artérielle et les affections cardiovasculaires), le syndrome métabolique (au moins trois des facteurs de risque suivants : obésité, dyslipidémie, hypertension artérielle, diabète type 2).

Un examen clinique général avec recueil du poids et de la taille ainsi qu’un examen complet de l’appareil locomoteur. Des radiographies des genoux debout, face et profil, et incidences de Schuss ont été pratiqués chez tous les patients.

 

Déroulement de l’étude

L’étude a inclus des femmes de plus de 50 ans, recrutées dans la population générale de la localité de Douéra. L’échantillonnage a été construit selon un sondage en grappes, du premier degré par tirage au sort des districts constituant la localité de Douéra, en collaboration avec l’Office National des Statistiques. La population témoin est issue d’une population historique.

 

Analyse statistique

L’analyse statistique a consisté à faire d’abord une analyse univariée afin de déterminer les facteurs significatifs, puis les faire entrer dans une analyse multivariée pour la création d’un modèle comportant un ensemble de facteurs ajustés les uns par rapport aux autres. Le logiciel utilisé est le SPSS 13.0 avec double saisie et double analyse.

 

Résultats

L’étude a porté sur 282 cas de gonarthrose et 282 témoins. L’âge moyen de la population étudié est de 64,85±8,19 ans.

L’analyse univariée a montré que l’obésité (IMC ≥ 30 kg/m²), était associée à un risque de gonarthrose (p<0,04 ; OR=1,5 ; IC 95% ; 1,05-2,04), de même que le diabète (p<0,025 ; OR=1,6 ; IC 95% ; 1,06-2,36), la présence d’une affection cardiovasculaire (p<0,009 ; OR=1,93 ; IC95% ; 1,17-3,17), et la présence d’au moins trois affections du syndrome métabolique (p<0,001 ; OR=2,25 ; IC 95% ; 1,14-3,29). Par contre, il n’y a pas d’association entre l’hypertension artérielle et le risque de gonarthrose (p< 0,584 ; OR=1,1 ; IC 95% ; 0,78-1,53).

L’analyse multivariée par régression logistique multiple montre que l’existence d’au moins deux éléments du syndrome métabolique est fortement associée à un risque de gonarthrose (p<0,003 ; OR ajusté = 2 ; IC 95% ; 1,27-3,36).

 

Discussion

L’étude a permis d’identifier certains facteurs de risque liés à l’arthrose du genou, ajustés à l’âge et au milieu urbain/rural, dans une population féminine.

L’âge est un facteur de risque classique, considéré comme le principal facteur de risque dans l’arthrose. Il existe une augmentation de la prévalence et l’incidence de l’arthrose radiologique avec l’âge. Les mécanismes menant à la dégradation de l’articulation sont probablement multifactoriels (stress oxydatif, amincissement du cartilage, et réduction de la proprioception) [6]. La corrélation entre l’âge et l’augmentation de l’incidence de gonarthrose est, surtout observé entre 50 et 75 ans, puis cette incidence est plus limitée après 75 ans. La gonarthrose est d’autant plus symptomatique à partir de 65 ans.

Bien que les risques de développer une arthrose du genou augmentent avec l’âge, ce facteur n’a pas été mis en évidence dans notre étude car ce paramètre a été utilisé comme paramètre de contrôle.

Le sexe féminin est considéré comme l’un des facteurs de risque les plus importants après l’âge. En effet le sexe féminin est associé à une plus grande prévalence et une sévérité plus importante de l’arthrose, notamment du genou [7]. Nous n’avons pas pu évaluer la relation entre le sexe et l’arthrose du genou en raison de la population d’étude exclusivement féminine.

La différence dans la répartition des sexes peut être due à la sensibilité du tissu cartilagineux aux hormones sexuelles, mais aussi à la caractéristique anatomique différente entre les deux sexes, en effet le volume du cartilage du genou est plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

L’obésité qui est le facteur de risque de survenue de la gonarthrose le mieux étudié, a bien été mise en évidence dans notre étude avec un OR=1,5. De nombreuses études ont montré les effets de l’IMC sur l’apparition de l’arthrose du genou, notamment une méta-analyse qui a montré que l’obésité était un facteur de risque de survenue de gonarthrose avec un OR combiné de 1,98 (IC 95% ; 1,57-2,20). Les résultats de 22 études sur l’obésité (IMC>30) comme facteur de risque de survenue de gonarthrose étaient hétérogènes mais, globalement, l’obésité était considérée comme un facteur de risque de gonarthrose avec un OR combiné de 2,66 (IC 95% ; 2,15-3,28) [6].

Une autre méta-analyse récente a révélé que le rapport de cotes, combiné pour développer une arthrose du genou était de 2,63 pour les sujets obèses par rapport aux témoins de poids normal [7­].

L’obésité pourrait favoriser l’arthrose par les effets inflammatoires systémiques qu’elle induit. Cette hypothèse est soutenue par des résultats d’études montrant une association entre arthrose et syndrome métabolique [8­].

L’association entre l’arthrose et l’obésité a été mise en évidence par de nombreuses études. L’obésité semble également agir de manière indirecte par les comorbidités auxquelles elle est associée au sein du syndrome métabolique.

 

Comorbidités

Cette étude a permis de mettre en évidence le rôle des facteurs métaboliques dans la gonarthrose.

Des études ont montré que des facteurs métaboliques tels que le diabète de type II ou une glycémie élevée étaient associés à la survenue et à la progression de l’arthrose. En effet, les produits finaux de la glycation avancée ou AGE (advanced glycosylation end products), seraient impliqués dans le processus de dégradation de la matrice cartilagineuse et dans l’activation des chondrocytes. Une inflammation systémique de bas grade, résultant de l’accumulation de glucose, pourrait contribuer à créer un environnement défavorable et toxique qui pourrait favoriser la survenue d’arthrose [9-10].

Une étude de cohorte américaine, incluant plus de 7.000 sujets, a montré que la prévalence du syndrome métabolique était deux fois plus élevée chez les patients arthrosiques par rapport à la population générale indemne d’arthrose (58,6% et 23,1%, respectivement) [11].

De même, des résultats issus de la cohorte japonaise ROAD, incluant près de 3.000 sujets, ont montré que le risque de survenue de gonarthrose était significativement augmenté en présence d’une hypertension (OR=2,57 ; IC 95% ; 1,22-5,42) [12]. Ce paramètre n’a pas été démontré dans notre étude probablement en raison du faible échantillon. Inversement, la présence d’une gonarthrose radiographique augmentait le risque de survenue d’une hypertension (OR=1,84 ; IC95% ; 1,09-3,12) et d’une dyslipidémie (OR=1,66 ; IC 95% ; 1,05–2,61) [13], expliquée partiellement par la sédentarité observée chez les sujets présentant une gonarthrose qui pourrait accentuer les comorbidités.

L’étude de l’influence des comorbidités est donc d’autant plus difficile que l’arthrose et les comorbidités semblent avoir une association double accélérant ainsi mutuellement leur progression [14]. La production de cytokines pro-inflammatoires produites par le tissu adipeux souvent excédentaire chez les patients arthrosiques pourrait aussi favoriser la survenue de maladies cardiovasculaires.

 

Limite de l’étude

Bien que l’étude présente de nombreux avantages tels : la conception méthodologique, le contrôle des facteurs de confusion potentiels à l’aide du modèle de régression logistique, il existe cependant quelques limites. La population témoin est une population historique, et il n’était pas possible d’évaluer toutes les expositions connues de l’arthrose du genou telles que les facteurs nutritionnels et génétiques.

 

Conclusion

L’étude, a bien individualisé le rôle de l’association des comorbidités entrant dans le cadre du syndrome métabolique, comme principal facteur de risque de la gonarthrose dans la population de femmes algériennes, il s’agit de facteur de risque modifiable dont il convient de tenir compte dans la prévention et la prise en charge de cette affection.

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références bibliographies

 

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Plan de formation des professionnels de santé médicaux à une maladie chronique : « Broncho-pneumopathie chronique obstructive – BPCO »

R. Yakoubi, R. Benali, Pneumologie, Département de Médecine, Faculté de Médecine, Université Badji Mokhtar de Annaba

Date de soumission : 13 février 2021

Résumé : La BPCO, maladie respiratoire chronique à prévalence croissante, à répercussions systémiques et à évolution handicapante est un problème de santé publique. Malgré son impact épidémiologique, elle reste une maladie méconnue, sous diagnostiquée et sous traitée. Devant cette problématique, l’intervention idoine serait une formation pertinente spécifiquement destinée aux médecins généralistes en tant que médecins de premier recours. Elle doit idéalement être réfléchie selon une approche systémique, conçue selon des exigences opérationnelles, animée selon des principes andragogiques et évaluée sur le transfert des acquis en milieu d’exercice témoignant de l’acquisition des compétences. Une formation qui répond aux besoins des patients atteints de BPCO et sert de modèle transposable aux maladies chroniques en général, pour les professionnels de santé.

Mots clés : BPCO, module d’apprentissage, formation, médecin généraliste.

Abstract: COPD, a chronic respiratory disease with increasing prevalence, systemic impact and disability is public health problem. COPD continues to remain an under-known, under-diagnosed and under-treated disease. Faced with this problem, the appropriate intervention is relevant training specifically intended for general practitioners as primary care physicians. It should ideally be thought through a systemic approach, designed according to operational requirements, animated according to andragogical principles and evaluated on the transfer of learning in the middle of the exercise, testifying to the acquisition of skills. Training on COPD that meets the needs of patients with COPD and serves as a model that can be transposed to chronic diseases in general, for healthcare professionals.

Key words: COPD, learning module, training, general practitioner.

  • Maladie chronique, point de départ d’une problématique de santé

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire chronique caractérisée par l’installation progressive et permanente d’une obstruction des voies aériennes (1). Elle est responsable d’une limitation fonctionnelle respiratoire, d’une limitation des activités et d’une limitation dans la participation sociale (2).

Sa prise en charge s’insère dans un parcours de soins médico-psycho-social (dépendance médicamenteuse, de soins médicaux et paramédicaux, d’une réadaptation, d’une surveillance, d’une assistance personnelle)(1-3-4).

En 2017, 174 millions de personnes étaient atteintes de BPCO (5). La prévalence mondiale de la BPCO a été évaluée entre 4-10% (6) avec une grande variabilité entre les pays, essentiellement liée aux échantillonnages et aux moyens diagnostiques employés (7).

En Algérie, une étude épidémiologique (selon le protocole du Burden Obstructive Lung Disease Initiative-BOLD), a estimé la prévalence de la BPCO GOLD II, III et IV dans la population de 40 ans et plus à 8,8% (8).

En 2015, 3,2 millions de personnes sont décédées de BPCO (9). La mortalité par BPCO représente 5% de la totalité des décès dans le monde (OMS) (10).

En Algérie, la mortalité hospitalière liée à la BPCO a été estimée à 1,3% (11).

La BPCO, souvent diagnostiquée à un stade tardif, « stade de handicap respiratoire », est responsable de l’altération de la qualité de vie des patients ce qui rend sa prise en charge coûteuse (12,13).

En 2015, la BPCO était à l’origine de 2,6% du taux global du nombre des années perdues (Disability Adjusted Life Years – DALYs)(5)

Plusieurs facteurs de risque ont été incriminés dans la genèse de la BPCO mais l’imputabilité du tabac a été invoquée dans 80-85% des cas (14,15).

De par sa prévalence, sa morbi-mortalité, sa charge sociale, sa charge économique et la possibilité d’une action de santé susceptible d’influencer son épidémiologie, la BPCO est considérée comme un problème de santé publique

  • Maladie chronique, point de départ d’un inconfort dans la pratique biomédicale

Un inconfort qui n’est pas spécifique à la BPCO mais plutôt un malaise exprimé par la majorité des praticiens vis-à-vis de toutes les maladies chroniques qui imposent un suivi au long cours.

En effet, en matière de maladies chroniques, la guérison n’est plus la mission du médecin. Son rôle est de favoriser l’adhésion du patient au traitement en vue d’une autonomie par un accompagnement, un partenariat, une alliance thérapeutique, autant de concepts auxquels le praticien n’a pas été formé.

La formation médicale initiale a été focalisée sur l’approche techniciste des pathologies faisant fi des particularités évolutives des maladies chroniques et des patients qui en sont atteints, pour lesquels la participation active et l’éducation deviennent nécessité, exigeant ainsi des praticiens, une posture éducative et une approche managériale tant à l’échelle individuelle que collective.

Le praticien du vingt-et-unième siècle nécessite, au-delà de ses connaissances biomédicales, des compétences centrées sur les besoins de ses patients chroniques et répondant aux contraintes de sa pratique quotidienne. L’approche est globale et uniciste prenant en considérations les différents composantes et leurs interactions : les médicaments, la filière de soins, les acteurs de santé, l’organisation des soins, le vécu du malade, la psychologie, c’est l’approche systémique.

  • Maladie chronique, point de départ d’une réflexion stratégique

La BPCO reste, néanmoins, une pathologie méconnue, sous-estimée, sous diagnostiquée, sous traitée et essentiellement vouée aux soins du médecin spécialiste. (16,53,54,59,60,48). La prise en charge des patients porteurs de BPCO nécessite une filière de soins, multidisciplinaire et médico-sociale, adaptée dont la coordination devrait être assurée par le médecin traitant « médecin généraliste » (208). Ce dernier doit acquérir les compétences nécessaires en harmonie avec son référentiel de métier, pour répondre à la demande de soins des patients atteints de BPCO (209), (210).

Une intervention de santé s’impose (211). À cet effet, plusieurs axes ont été dégagés parmi lesquels figure la formation des médecins généralistes (211), (212). La conception d’un module de formation sur la BPCO, destiné aux médecins généralistes, relève d’une réflexion selon une approche systémique, d’une production basée sur l’ingénierie pédagogique, exploité dans une optique de recherche – action.

Les deux principales actions de santé ciblées par cette démarche de formation visent d’une part à prévenir cette pathologie en agissant sur les facteurs de risque ; et d’autre part à diagnostiquer précocement la BPCO en identifiant les patients suspects de BPCO, puis en les adressant pour confirmation diagnostique. L’efficacité de ces actions ne peut être obtenue que par l’adoption d’une démarche évaluative.

Le médecin généraliste doit adapter une posture managériale pour faire face au profil épidémiologique actuel dominé par les maladies chroniques dont la BPCO en matière de pathologies respiratoires (60), (213).

  • Un continuum d’apprentissage pour un suivi de longue durée des maladies chroniques

En vue d’un changement dans la pratique médicale (330), le plan de formation doit être pensé dans une optique de renforcement des compétences des professionnels de santé. Les praticiens apprenants ont un vécu riche de difficultés pratiques issus d’années d’expériences. Ils sont à la recherche de ressources professionnelles.

La formation doit être fondée sur des valeurs qui favorisent sa pérennisation : l’autonomie, le partage, la réorganisation, la restructuration. Le module d’apprentissage ne doit pas être une finalité en soi mais une activité mutualisée commune à plusieurs maladies qui permettra de renforcer les acquisitions d’autres pathologies. L’expression des objectifs de la formation est le résultat de différents domaines.

  • Vers un médecin gestionnaire d’une maladie chronique

Face aux défis des maladies chroniques, l’accent est mis sur la réorientation des services de santé (14), par l’adoption de nouvelles attitudes en matière d’éducation et de formation professionnelle, recentrées sur les besoins de l’individu identifié dans le cadre de sa communauté.

De par la place qu’occupe le médecin généraliste dans notre système de santé nous l’avons déterminé comme population cible.

C’est dans cette optique que nous avons élaboré une formation spécifiquement destinée aux médecins généralistes en tant que médecins de premier recours. Cette formation a été réfléchie selon une approche systémique, conçue selon des exigences opérationnelles, animée selon des principes andragogiques et évaluée sur le transfert des acquis en milieu d’exercice témoignant de l’acquisition des compétences.

Nous nous sommes fixés comme objectif de travail, de construire un module de formation sur la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) destiné à une population médicale soignante. Notre module visait à produire un professionnel de santé performant, répondant aux besoins des patients atteints de BPCO en agissant sur la maladie tout en tenant compte des particularités du patient identifié dans son environnement. Des qualités, à la fois indispensables pour la prise en charge d’une maladie aussi complexe que la BPCO et transposables au modèle des maladies chroniques en général, ont été ainsi véhiculées au travers de notre module de formation que nous avons volontairement axé sur l’expertise médicale, la communication et la pratique managériale.

Pour ce faire, nous avons:

  • Identifié les besoins de la population, par une enquête transversale auprès de 82 médecins généralistes,
  • Élaboré un référentiel des compétences en tenant compte du rôle d’expertise clinique, rôle de communication et du rôle managérial du praticien.
  • Conçu le module d’apprentissage en déterminant les unités d’enseignements et les crédits et en contextualisant le contenu aux situations cliniques
  • Choisi la stratégie d’apprentissage et diversifié l’apprentissage par le travail en groupe et le travail individuel
  • Validé le module de formation par les experts et une population similaire à la population cible
  • Implanté le module en présentiel et à distance.
  • Évalué le module de formation ; d’une part, par l’évaluation des connaissances et attitudes des participants ; et d’autre part, par l’estimation du transfert et de l’impact de la formation

A l’issue de notre formation, certaines acquisitions ont été enregistrées.

  • Rétablir les lacunes cognitives préalablement identifiées en matière de BPCO.
  • Participer au diagnostic précoce de la BPCO en détectant les cas suspects.
  • Identifier la place de la spirométrie dans le diagnostic et le suivi des patients BPCO.
  • Tracer les grandes lignes de la prise en charge des BPCO, bien que leur pratique sur terrain ne leur donne pas toute liberté.
  • Conclusion 

La BPCO, maladie respiratoire à l’image des maladies chroniques, relève plusieurs problèmes dans sa prise en charge par les médecins généralistes. Ces problèmes sont essentiellement d’ordre organisationnel (l’acquisition des connaissances, leur application, la construction de la fibre relationnelle, l’adoption de la vision managériale …).

La BPCO constitue non seulement un modèle pédagogique d’apprentissage des maladies chroniques, en particulier respiratoires, mais aussi, un modèle de réflexion de santé.

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

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Étude descriptive de l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs chez le coronarien algérien

R. Merghit1, A. Trichine1, M. Aït Athmane2, A.Lakehal3

1 Service de Cardiologie, Hôpital Militaire Ali Mendjli, Constantine,

2 Service de Cardiologie, CHU Ibn Sina de Annaba,

3 Service d’Épidémiologie, CHU Dr Abdesselam Benbadis de Constantine.

 

Abstract: Introduction: lower limb peripheral artery disease (PAD) remains undervalued because of its asymptomatic character and insidious evolution. Aim of our study: is to evaluate the characteristics of lower limb PAD in patients with established coronary artery disease (CAD). Patient and methods: Our study is descriptive, cross-sectional, monocentric carried out in the unit of cardiovascular exploration of the University Hospital of Constantine. The enrolled patients had at least a significant stenosis ≥ 50% on a main epicardial coronary artery, for each patient, an oriented history and cardiovascular clinical examination preceded the measurement of the ABI (Ankle-brachial index). Lower limb PAD was defined as an ABI less than 0.90 on one of the four distal arteries of the lower limbs. Whenever the ABI was in favor of PAD, an arterial lower limbs echo Doppler was performed. Results: 300 patients with established CAD, a mean age of 61 years with male predominance, were included. The frequency of the association lower limbs PAD and coronary artery disease was evaluated at 34.7% using ABI. It was asymptomatic in 18.67% of cases. Infra-popliteal axis involvement was the most common of the lower limb arterial axis followed by femoro-popliteal and then aorto-iliac. Conclusion: Symptomatic or not, more than one patient out of three with established CAD has a lower limb PAD. The dissemination of the use of pocket Doppler device in order to calculate the ABI in patient with CAD will certainly increase the percentage of multivascular patients. this will lead to a modification of the therapeutic strategy which will be more aggressive.

Keywords: ABI, coronary artery disease, frequency, lower limbs, arterial echo Doppler.

Résumé : Introduction. L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) reste encore sous-évaluée, car longtemps asymptomatique et d’évolution sournoise. Objectifs : analyser les caractéristiques de l’AOMI chez les patients coronariens. Patients et méthodes : Notre étude est descriptive, transversale, monocentrique réalisée dans l’unité ’explorations cardiovasculaires de l’hôpital universitaire de Constantine. Les sujets inclus avaient aux moins une lésion coronaire significative ≥ 50% sur une artère coronaire principale. Pour chaque patient, une anamnèse orientée et un examen clinique cardiovasculaire ont précédé la mesure de l’indice de pression systolique (IPS). L’AOMI était définie par un IPS inférieur à 0,90 sur une des quatre artères distales des membres inférieurs. À chaque fois que l’IPS était en faveur d’une AOMI, un écho doppler artériel des membres inférieurs (EDAMI) a été réalisé. Résultats : Trois cents patients coronariens, âgés en moyenne de 61 ans, à prédominance masculine, ont été inclus. La fréquence de l’association AOMI et coronaropathie était de 34,7% en utilisant l’IPS, asymptomatique dans 18,67% des cas. L’atteinte de l’axe infra-poplité est la plus fréquente des atteintes des axes des membres inférieurs, suivie par l’atteinte fémoro-poplitée puis aorto-iliaque. Conclusion : L’association AOMI coronaropathie est très fréquente (plus d’un malade sur trois), que l’AOMI soit symptomatique ou non. Grace à une technique simple (doppler de poche) et un temps d’examen court, le dépistage de l’AOMI devient pratique chez les patients à risque Ceci va surement modifier le niveau de risque du patient en augmentant le pourcentage de malades polyvasculaires, ce qui va aboutir à une modification de la stratégie thérapeutique qui sera plus agressive.

Mots clés : IPS, AOMI, coronaropathie, fréquence, écho doppler artériel des membres inferieurs.

Introduction

L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs reste souvent ignorée, sous-diagnostiquée, et sous- traitée [1,2]. Elle représente un puissant prédicteur d’événements cardiovasculaires, de mortalité, et un marqueur de sévérité de la maladie athérothrombotique, même lorsqu’elle est asymptomatique [3-5].

La mesure de l’indice de pression systolique (IPS), ou le rapport cheville/bras, constitue une méthode simple, peu onéreuse, qui permet d’appréhender de façon rapide l’état de la perfusion distale des membres inférieurs. Sa diminution témoigne ainsi d’une altération de l’état artériel du patient. De ce fait, l’IPS est un excellent marqueur d’AOMI, bien avant l’apparition d’un retentissement fonctionnel, et aussi un marqueur de risque cardiovasculaire [1,2].

Population et méthodes

Population : Notre étude est observationnelle, descriptive, analytique et monocentrique menée sur un échantillon de 300 malades coronariens avérés, consécutive, entre mars 2016 et juin 2017 au niveau des trois services de cardiologie, des centres hospitalo-universitaires (CHU) de la ville de Constantine, ayant au moins une lésion ≥ 50% sur une artère coronaire principale, quel que soit leur âge et leur sexe, en excluant ceux ayant refusé de participer à l’étude, et les patients en ischémie aiguë des membres inférieurs. Le consentement éclairé et l’engagement du patient pour ce projet sont requis, en respectant l’anonymat.

 

Méthodes : Les patients inclus ont bénéficié d’un recueil des mesures anthropométriques (poids, taille, calcule du BMI), un recueil d’information (facteurs de risque cardiovasculaire FRCV), un examen clinique complet, un bilan biologique incluant le bilan lipidique complet (HDLc, cholestérol total, triglycérides, LDLc), une glycémie à jeun. U

ne mesure de l’index de pression systolique à la cheville (IPSch) en décubitus dorsal, les membres inférieurs et supérieurs dévêtus, chez un patient détendu depuis plus de 10 minutes, par un doppler de poche, de marque EDAN Sonotrax Vascular Lite, muni d’une sonde de 8 MHz mis en marche en 2013, avec un tensiomètre à sphygmomètre de marque RIESTER ont été utilisés. Le brassard est positionné autour de la cheville, avec son bord inférieur en position sus-malléolaire, manchette enroulée sur elle-même, de largeur entre 1,2-1,5 fois le diamètre du segment de membre, les tuyaux sortant vers le haut, la sonde Doppler inclinée, de manière à respecter au mieux un angle de 45 à 60° avec l’axe présumé de l’artère examinée.

Après l’obtention d’un signal Doppler stable, le brassard est gonflé de 20 mm Hg au-delà de la pression de disparition du signal, puis dégonflé lentement de 2 mm Hg par seconde jusqu’à réapparition d’un signal audible. La valeur retenue équivaut à la pression artérielle systolique de cheville. Les artères enregistrées sont classiquement, pour chaque membre inférieur, l’artère tibiale postérieure dans la gouttière rétro- malléolaire, l’artère pédieuse au niveau du coup de pied [6].

La manœuvre est réalisée à deux reprises sur chaque membre ; à chaque bras, le signal Doppler est capté au niveau huméral ou radial, avec le brassard positionné comme lors d’une mesure de la PA habituelle. Nous avons choisi la méthode la plus sensible pour calculer L’IPS ; c’est à dire le rapport entre le plus bas niveau de pression systolique (ATP, ADP) sur la pression systolique brachiale la plus élevée des deux bras. L’IPS été calculé pour chacune des artères de chaque membre [7]. L’index le plus bas des deux membres inférieurs est celui qui est considéré, posant le diagnostic d’AOMI s’il est inférieur ou égal 0,9 en présence ou en absence de symptomatologie. Si IPSch est limite entre 0,91 et 0,99 ; une épreuve hémodynamique de marche sur tapis roulant (épreuve de Skinner Strandness) avec prise des pressions distales au repos et après effort a été indiquée à la recherche d’une AOMI infra clinique, dont le diagnostic est retenu chaque fois que la pression distale chute d’au moins 20% dès la première minute après l’arrêt de l’effort. Dans le cas où l’IPSch est strictement supérieur à 1,3 ; un complément d’exploration hémodynamique par la mesure de l’index de pression systolique au gros orteil (IPSo) pour chaque membre à l’aide d’un photopléthysmographe ; l’IPSo représente le rapport entre la pression systolique du gros orteil et la pression systolique brachiale la plus élevée, un IPSo ≤ 0,7 est en faveur d’une AOMI.

A chaque fois que l’IPS était en faveur d’une AOMI, un écho doppler artériel des membres inférieurs (EDAMI) a été réalisé par un échographe vividE9 General Electric mis en marche en janvier 2014, en utilisant une sonde à balayage linéaire 12L, destinée à l’exploration vasculaire périphérique. Elle permet d’obtenir un dépistage ciblé et d’avoir un descriptif lésionnel précis.

Cette exploration concerne l’ensemble de l’arbre artériel. Dans chaque territoire, l’exploration est réalisée chez un patient au repos, en décubitus et systématisée suivant un protocole spécifique pour chaque territoire. Pour chaque étage (aorto-iliaque, fémoral, poplité, infra-poplité), nous avons relevé la présence ou non d’une lésion hémodynamique≥ 50% en se basant sur les critères vélocimétriques (mesure de la vélocité systolique (PVS) et du rapport des vélocités en doppler pulsé, au site de la sténose et en amont ; à l’étage iliaque, pour une sténose ≥ 50%, un PSV > 200-250 cm/s, et un ratio PSV > 2-2,5 [8] ; à l’étage sous-inguinal, un ratio supérieur à 2,5 à 3 est généralement admis pour différencier les sténoses de plus de 50% [8].

 

Analyse statistique : Les données des patients ainsi que l’ensemble des examens ont été réalisés par le même cardiologue (investigateur principal), par la suite enregistrés initialement sur une fiche de données établie à cet effet, transférés plus tard dans une base de données (fichier EXCEL 2013) conçue dans le même but. L’analyse statistique est effectuée à l’aide du logiciel SPSS 22. Les résultats sont présentés avec des intervalles de confiances à 95%, sous forme de moyenne, médiane, écart-type, et les valeurs minimums et maximums, pour les variables quantitatives. Sous forme de pourcentages avec leur écart-type pour les variables qualitatives. La fréquence observée est calculée par le nombre de coronariens présentant une AOMI, sur le nombre total de la population recrutée, évaluée avec un intervalle de confiance de 95%. Les tests de comparaison utilisés sont :

  • Le test du Chi-deux de Pearson et le test exact de Fisher pour les comparaisons de pourcentages
  • Les tests de Student ou de Mann-Whitney pour les comparaisons de
  • Le seuil de significativité statistique est considéré atteint quand le risque d’erreur est inférieur à 5% (p<0,05).

Résultats

Nous avons inclus 300 malades coronariens (Tableau 1). L’âge moyen de cette population était de 61,3 ± 11,3 ans avec des extrêmes d’âge allant de 23 à 85 ans, et une médiane de 62 ans, à prédominance masculine significative (78,3%), cette population était relativement mince (BMI moyen 27,92 ± 4,66 kg/m2 ; Tour de taille moyen 95,55 ± 11,20 cm). La majorité de nos coronariens cumulent plus de trois FRCV (72,7%). Les FRCV prédominants étaient l’âge (69%), suivi par l’HTA (58,7%), la dyslipidémie (58,3%) et le diabète (47,3%). Les FRCV les moins observés étaient le tabagisme actif (32,3%), l’obésité (29,3%), et la coronaropathie familiale (26,4%). Le diabète s’associe respectivement à l’HTA et la dyslipidémie dans 36% et 47,3% des cas ; la triple association est observée dans 37,7%.

Pour un effectif de 300 malades et sur la base de quatre IPS pour chacun d’entre eux, nous avons totalisé 1200 IPS dont l’’IPS moyen était de 1,07 ± 0,26 du côté droit et de 1,08 ± 0,24 du côté gauche. Le profil IPS selon le TASCII et l’AHA [9] était normal chez 44,7%, IPSch ≤ 0,9 évoquant une AOMI chez 17,3%, un IPSch douteux chez 17%, un IPSch > 1,3 évoquant une incompressibilité artérielle chez 21%.

Après mesure de l’IPSch d’effort dans les situations où l’IPSch est douteux (0,9<IPS<1), et mesure de l’index de pression systolique au gros orteil dans les situations où l’IPSch est >1,3. Le profil IPS définitif de notre population est résumé dans le tableau 1.

Au total, l’IPS était pathologique chez 129 coronariens, représentants une fréquence de 43% de la population globale. La fréquence de l’association AOMI et coronaropathie, diagnostiquée à l’aide de l’index de pression systolique (IPS) est de 34,7% ± 5,3 ; IC à 95% (29,3% – 40%). Cette population est composée donc de 104 malades dont 48 avec AOMI symptomatique et 56 avec AOMI asymptomatique. La fréquence de l’AOMI symptomatique était de 16%, et la fréquence de la claudication intermittente des membres inférieurs selon le questionnaire d’Édimbourg de 11,67%. L’apport de l’examen clinique était pauvre retrouvant une diminution ou abolition des pouls (11%) et une auscultation pathologique dans 7,34%.

Tableau 1 : Caractéristiques de notre population globale

VARIABLES Population globale (n%)300 patients Coronariens sans AOMI associée (n%)196 patients coronariens avec AOMI associée (n%)104 patients P
Âge moyen 61,3 ± 11,3 58,14±11,3 67,24±8,4 P<0,001
Sexe ratio H/F 3,6 3,1 4,2 P= 0,012
Nombre moyen de FRCV 4,09±1,04 3,95±10 4,5±2 P<0,001
HTA 176(58,7%) 98(50%) 78(75%) P<0,0001
Dyslipidémie 175(58,3%) 101(51,5%) 74(71,2%) P<0,0001
Diabète 142(47,3%) 81(41,3%) 68 (65,4%) P<0001
Tabagisme actif 97(32,3%) 49(25%) 48(46,2)% P<0,001
Obésité 88(29,3%) 78(39.8%) 10(9.6%) P<0,0001
Coronaropathie familiale 79(26,4%) 51(26,0%) 28(26,9%) P=0,5
Claudication intermittente 35(11,67%) 5(2,6%) 30(28,84%) P<0,0001
Douleur de repos 10(3,34%) 02(1,02%) 8(7,70%) P<0,0001
Trouble trophique 3(1%) 01(0,5%) 3(2,9%) P<0,0001
Anomalies de la palpation des pouls 33(11%) 08(4,1%) 25(24%) <0,0001
Anomalie de l’auscultation artérielle 22(7,33%) 04(2,04%) 18(17,3%) <0,0001
IPS moyen A droite   : 1,07 ± 0,26A gauche : 1,08 ± 0,24 A droite : 1,12± 0,1A gauche :1,13 ± 0,31 A droite   : 8,07 ± 0,16A gauche : 8,01 ± 0,20 <0,0001
AOMI isolée(IPSch ≤ 0,9) 52 (17,33%)
AOMI associée à une media calcose(IPSch > 1,3 et IPSo ≤ 0,7) 38 (12,7%)
AOMI infra clinique(0,9<IPSch < 1 au repos et IPS < 0,9 après effort) 14 (4,67%)
Absence d’AOMI(0,9 ≤ IPSch ≤ 1,3 et épreuve de strandness normale) 171 (57%)
Mediacalcose isolée(IPSch > 1,3 et IPSo > 0,7) 25 (8,33%)

 

La répartition de l’ensemble des lésions hémodynamiques sur les différents axes artériels des membres inférieurs a montré que L’atteinte de l’axe infra-poplité est la plus fréquente des atteintes des axes des membres inférieurs. Les lésions hémodynamiques de l’étage aorto-iliaque ont concerné 20 malades (19,23%). Les lésions hémodynamiques de l’étage fémoro-poplité ont concerné 72 malades (69,23%), et les lésions hémodynamiques de l’étage infra-geniculaire ont concerné 82 malades (78,84%).

Cinquante-trois patients (51%) ayant une AOMI ne présentaient de lésions qu’à un seul des trois niveaux considérés initialement dont l’étage aorto-iliaque 13 malades (12,5%) l’étage fémoro-poplité 15 malades (14,42%) et l’étage infra-geniculaire 25 malades (24,03%).

L’analyse des facteurs de risque influençant la topographie des lésions athéromateuses hémodynamiques (Tableau 2) a montré que les facteurs significativement associés à l’atteinte de l’étage iliaque étaient un âge moyen plus bas que celui des autres malades présentant une atteinte de l’étage fémoro-poplité ou infra-geniculaire (64,14±8 versus 68,33±8,82 ; p value<0,05), le sexe masculin prédomine dans cette localisation (95,5% des malades présentant une localisation iliaque étaient de sexe masculin contre 84,52% de malades, ne présentant pas d’atteinte à cet étage avec une différence significative p value <0,05). Le tabac, actif ou ancien, était fortement corrélé à cette atteinte (94,0% versus 70,23% p value <0,05). Cependant, d’autres facteurs influencent l’atteinte de l’étage infra-poplité : L’âge moyen de ces malades était plus élevé par rapport à l’âge moyen des malades ne présentant pas d’atteinte athéromateuse à cet étage (68,46±8,35 versus 64,41±8,68 ; p value < 0,05).

Le sexe féminin (14,6% versus 9,1% ; p value <0,05), le diabète, significativement associé à la localisation distale (70,7% versus 45,5% ; p value <0,05), l’HTA (85,3% de malades ayant une localisation infra-poplitée étaient hypertendus, contre 36,36% ; p value <0,05), la dyslipidémie (76,8% versus 50,0% ; p value <0,05). L’insuffisance rénale sévère (4,9% versus 3,5% ; p value <0,05).

Tableau 2 : Distribution des FRCV en fonction de la présence de l’AOMI à chaque étage

 *P< 0,05 Aorto iliaque Fémoro poplitée Infra poplitée Population AOMI (N=104)
Oui (n=20) Non (n=84) Oui (n=72) Non (n=32) Oui (n=82) Non (n=22)
Âge Moyen 64,14±80* 68,33±8,82 64,46±8,70 69,00±7,23* 68,46±8,35* 64,41±8,68 67,24±8,4
Sexe Masculin 19(95,0%)* 71(84,52%) 63(87,5%) 27(84,4%) 70(85,4%) 20(90,9%) 90(86,5%)
Sexe Féminin 1(0,5%) 13(15,47%) 9(12,5%) 5(15,6%) 12(14,6%)* 2(9,1%) 14(13,5%)
Tabac 19(94,0%)* 59(70,23%) 54(75,0%) 24(75,0%) 59(72,0%) 19(86,4%)* 78(75,0%)
Tabac actif 13(63,8%)* 35(41,67%) 34(63,0%) 14(58,3%) 35(59,3%) 13(68,4%) 48(61,5%)
Diabète 11(54,0%) 57(67,85%) 49(68,1%) 19(59,4%) 58(70,7%)* 10(45,5%) 68(65,4%)
HTA 12(60,0%) 66(78,57%) 52(72,2%) 26(81,3%) 70(85,3%) * 8(36,36%) 78(75,0%)
Dyslipidémie 14(70,0%) 60(71,42%) 49(68,1%) 25(78,1%) 63(76,8%)* 11(50,0%) 74(71,2%)
IR sévère 0(0,0%) 5(5,95%) 3(4,2%) 2(6,3%) 4(4,9%)* 1(3,5%) 5(4,8%)

 

Discussion

L’IPS représente la méthode d’exploration la plus simple et la plus répandue, pour le diagnostic de l’AOMI, en complément immédiat de l’examen clinique, qui a radicalement transformé la vision de l’AOMI basée sur l’évaluation de la claudication intermittente. La relative simplicité de ce test, son moindre coût et sa haute sensibilité semblent intéressants pour la détection de l’AOMI dans des populations pauci- ou asymptomatiques. Durant notre étude, a été considéré comme artéritique, tout patient symptomatique ou asymptomatique, avec l’un des critères suivants :

  • Un IPSch ≤ 0,9 au repos
  • Un IPSch ≤ 0,9 après sensibilisation à l’effort (test de Skinner Strandness positif)
  • Un IPSo≤0,7 chez un malade ayant un IPSch > 1,3.

En se basant sur ces conditions, la fréquence de l’association coronaropathie et AOMI était de 34,7% ± 5,3 ; IC à 95% (29,3% – 40%). Dans la littérature, cette fréquence est très supérieure à celle de la population générale (6 à 39% versus 0,8 à 6,9%) [10], atteignant 25 à 40% chez les malades coronariens [11]. Notre fréquence est nettement supérieure à celle des études ayant introduit l’IPS comme moyen diagnostique, mais définissant une AOMI seulement par un IPSch de repos strictement inférieure à 0,9 (IPSch de repos <0,9), sans complément de mesure par les tests physiologiques qui sont la mesure de l’IPSo en cas de mediacalcose et la recherche d’une AOMI infraclinique dans les cas limites (IPSch de repos entre 0,91-0,99), des études telles que l’étude internationale CAPRIE en 1996 [12], incluant près de 20.000 patients ; 15,2% des patients ayant une pathologie coronarienne étaient artéritiques et le registre Monica-Toulouse en 1998 [13], mené sur 4.368 malades et qui a consisté à évaluer la prévalence de l’AOMI et sa valeur pronostique chez des patients hospitalisés, pour un épisode coronarien aigu en France retrouvait 18,8%. Des résultats similaires ont été signalés dans l’étude PARTNERS en USA 1999 [5], la fréquence était de 15% sur un échantillon de 10.000 coronariens. En revanche, la plus faible fréquence était observée pour Al-Thani en 2011 [14], dans le registre « the Gulf Register » incluant 6 pays du Moyen-Orient, avait retrouvé une prévalence de 2,6% chez les 6.705 patients hospitalisés dans 46 centres de cardiologie pour un syndrome coronarien aigu, sur la base d’un IPS inférieur à 0,80. Le seuil bas de l’IPS pris comme définition de l’AOMI par l’auteur, et des taux très élevés de diabète dans cette population avoisinant 70%, expliquerait cette faible prévalence.

Notre fréquence de 34,7% se rapprochait de celle retrouvée dans la plupart des études ayant utilisé l’arsenal diagnostique complet de l’AOMI (un IPSch inférieur ou égal à 0,9 ; en recherchant une AOMI associée à une mediacalcose, par écho-doppler vasculaire ou mesure de l’IPSo et une AOMI infra clinique par mesure de L’IPS d’effort) comme : Le registre PAMISCA en 2007 [15], étude espagnole ayant pour but d’étudier la prévalence de l’AOMI chez 1.410 patients âgés de plus de 40 ans, hospitalisés pour un syndrome coronarien aigu, l’IPS a permis de diagnostiquer l’AOMI dans 39,8% des cas, dont 26,7% étaient une AOMI asymptomatique. L’étude Ipsilon en 2009 [16], réalisée sur 1.340 coronariens Français, la prévalence globale de l’AOMI a été de 26,6%, asymptomatique dans plus de la moitié des cas. Khellaf en 2013 [17], dans une étude algérienne sur la prévalence de l’AOMI chez le coronarien, révélait une prévalence de 29,7. Pour Rada en 2016 [18], dans son étude marocaine sur 370 sujets à haut risque cardiovasculaire ayant participé à l’enquête sur la prévalence de l’AOMI chez les coronariens, la fréquence de l’association était de 28,3%, chez les coronariens ; 44,5% chez les patients ayant une atteinte cérébrovasculaire, et 25,2% chez les patients ayant seulement des FRCV.

Dans notre série, l’AOMI était symptomatique dans seulement 16% des cas, dont 11,6% présentaient une claudication intermittente des membres inférieurs selon le tableau 3. Nos résultats se rapprochent de ceux rapportés dans la littérature comme : Lacroix et al [19], Khellaf et al. [17], l’étude IPSILON [16], Belhadj [20], Alzamora et al. [21], Kessal et al. [22], Boccalon et al. [23], et Zekri et al. [24].

Tableau 3 : Fréquence de la claudication intermittente (CI) dans la population des coronariens

Étude/1er auteur Fréquence de la CI dans la population globale
Lacroix et al [19] 2002 (France) 11%
Khellaf et al [17] 2013 (Algérie) 10,11%
Étude epsilon [16] 2009 (France) 21.3%
Alzamora et al [21] 2010 (étude Perart/Artper Espagne) 10,81%
Kessal et al [22] 2012 (Algérie) 10,32%
Notre étude 2017 (Algérie) 11,6%

Dans notre étude, une anomalie de l’examen clinique n’a été notée que dans 18,3% (11% une palpation pathologique et 7,3% une auscultation pathologique). Cette constatation s’aligne avec les données de la littérature confirmant le faible apport de l’examen clinique dans le diagnostic de l’AOMI, comme Belhadj et al. [20] (faible sensibilité de l’examen clinique par rapport à l’IPS, sensibilité 52,5%, spécificité de 86%), Kessal et al. [22] (faible apport de la palpation dans l’AOMI, pathologique dans seulement 2,09%), et l’étude IPSILON [16] (examen physique anormal dans 28,1%).

Cette fréquence élevée de l’AOMI asymptomatique dans notre série (18,67%) s’expliquerait par le fait qu’elle soit souvent sous-estimée chez les coronariens. Les patients sont souvent asymptomatiques, car la coronaropathie limite souvent leurs activités physiques. Par conséquent, une approche systématique avec mesure d’IPS pourrait conduire à une meilleure identification de l’AOMI chez cette catégorie de patients.

Nous retrouvons qu’il existe une atteinte distale plus fréquente que proximale chez notre population, Ceci a été démontré dans d’autres études récentes comme le travail de Deneuville et al. en 2008 [25], comprenant 754 patients, axé sur la description de l’AOMI du sujet Antillais (France) par analyse d’une base de recrutement chirurgical, qui a montré que les lésions hémodynamiques affectaient l’étage infra-poplité dans 86% des cas, l’axe fémoro-poplité dans 51%, mais dans 7% des cas seulement l’étage aorto-iliaque ; le registre COPART en 2013 [26], 60,2% des patients du CHU de Toulouse et 73,5% des patients des CHU de Bordeaux et Limoges ont une atteinte infra-poplitée, et en 2014, Lavinia Belaye [27], dans un travail visant à identifier la localisation prédominante de l’AOMI, et les FRCV influençant sa topographie, retrouvait la prédominance de l’AOMI distale sur les 268 patients inclus, 84,70% patients avaient une localisation infra-poplitée, et respectivement une localisation poplitée 55,22%, fémorale 69,02% et aorto iliaque 42,91%.

Il ressort aussi de notre étude que le tabac est fortement associé à l’atteinte aorto-iliaque, les patients sont souvent de sexe masculin et plus jeunes que les autres porteurs de localisations fémorales/poplitées ou infra-géniculées. Inversement, les patients présentant des lésions plus distales, sont souvent de sexe féminin, diabétiques, hypertendus et l’insuffisance rénale est fréquente.

Nos données transversales concernant l’association entre les facteurs de risque et la localisation de l’AOMI sont conformes avec plusieurs rapports comme celui de Lord et al. [28] en 1965, de Strandness et al. [29] en 1988, Tunis et al. [30] en 1993, et Vogt et al. [31]. Aboyans et al. en 2006 [32], dans une étude longitudinale révèlent que les FRCV traditionnels contribuent différemment à la progression de l’AOMI, selon que celle-ci ait touché les petits ou les gros vaisseaux. Le tabac, la dyslipidémie, et l’inflammation étaient incriminés dans la progression de l’AOMI des gros vaisseaux, en revanche, le diabète était le seul facteur incriminé dans la progression de l’AOMI des petits vaisseaux. Pour Aboyans et al., en 2009 [33], dans une série de 681 patients ayants une AOMI, les facteurs associés à l’atteinte aorto-iliaque étaient le tabac (P<0,0001), et le sexe masculin (P<0,001). Les facteurs associés à la localisation distale étaient le diabète (P<0,0001), et à un degré moindre l’HTA et l’insuffisance rénale sévère. Lavinia en 2014 [34], dans un travail visant à identifier la localisation prédominante de l’AOMI et les FRCV influençant la topographie en France, retrouvait plus de patients tabagiques ayant une atteinte avec retentissement en aorto-iliaque (p<0,05) et fémoral (P<0,05) que des patients non tabagiques, et plus de patients diabétiques ayant une atteinte infra-poplitée avec retentissement (P<0,05) que chez les non-diabétiques.

Conclusion

De par son caractère diffus et ubiquitaire, la maladie athérothrombotique impose une prise en charge globale du patient car longtemps, les manifestations cliniques de l’athérothrombose (infarctus, accident vasculaire cérébral etc.), ont été traitées de façon isolée et cloisonnée, mais aujourd’hui, la vision moderne décrit une maladie systémique, qui peut potentiellement toucher plusieurs artères à la fois, ce qui justifie un bilan d’extension minimum sur les trois territoires majeurs : coronaire, cérébrovasculaire et périphérique ; ceci grâce aux progrès des méthodes d’investigations, notamment non invasives, incitant à une recherche quasi systématique de la maladie athéromateuse et au traitement préventif des lésions silencieuses.

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Peut-on parler de contrôle dans la BPCO ?

La BPCO est une maladie chronique globale, générale, à expression pulmonaire dont l’évolution est rythmée par des poussées d’exacerbations. Malgré les progrès scientifiques accomplis ces dernières années

 

 F. Atoui, R. Yakoubi, R. Benali, Faculté de Médecine, Université Badji Mokhtar Annaba.

Date de soumission :  14 Mars 2021

Résumé : La BPCO est une maladie chronique globale, générale, à expression pulmonaire dont l’évolution est rythmée par des poussées d’exacerbations. Malgré les progrès scientifiques accomplis ces dernières années, le paradoxe est que la BPCO continue à être méconnue et sous-évaluée par le médecin, par le patient lui-même et par l’opinion publique. Les prévisions pour le futur sont une augmentation graduelle de la maladie et de la mortalité, due à la persistance de l’habitude de fumer, à l’accroissement de la moyenne d’âge de la population et du risque de pollution ambiante. Informations et préventions des facteurs de risque, diagnostics précoces et traitements adaptés aux plus récents acquis scientifiques, éducation du patient et de la famille, réhabilitation et continuité de l’assistance sociale et sanitaire sont aujourd’hui les pivots pour contrecarrer les conséquences de la maladie en termes de survivance, de qualité de vie et de coûts socioéconomiques. La mortalité et le fardeau socio-économique de la BPCO, associés aux souffrances individuelles, mettent ainsi en relief la nécessité d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge efficiente. En matière de BPCO, différentes variables fonctionnelles peuvent prédire l’amélioration symptomatique, d’autres critères seront eux, prédictifs de déficience. Au final , existeraient-ils des paramètres sur lesquels il nous serait possible d’établir un « contrôle » de la BPCO ?

Mots clés : BPCO, contrôle, maladie respiratoire, atteinte multiviscérale.

Abstract: COPD is a chronic, global, general pulmonary disease, the course of which is punctuated by flares of exacerbations. Despite the scientific progress made in recent years, the paradox is that COPD continues to be unrecognized and undervalued by the doctor, the patient himself and the public. Predictions for the future are a gradual increase in disease and mortality, due to the persistence of the smoking habit, the increase in the average age of the population and the risk of environmental pollution. Information and prevention of risk factors, early diagnoses and treatments adapted to the most recent scientific knowledge, patient and family education, rehabilitation and continuity of social and health assistance are today the linchpins for countering the consequences of the disease. in terms of survival, quality of life and socioeconomic costs. The mortality and socio-economic burden of COPD, associated with individual suffering, thus underscore the need for early diagnosis and efficient management. With regard to COPD, different functional variables can predict symptomatic improvement, other criteria will be predictive of impairment. In the end, would there be parameters on which we could establish a “control” of COPD?

Key words: COPD, control, systemic disease, respiratory disease, multiorgan disease.

La BPCO est une maladie chronique et obstructive diffuse des bronches et des poumons.

Malgré les progrès scientifiques accomplis ces dernières années, le paradoxe est que la BPCO continue à être encore aujourd’hui une maladie peu visible, sous-évaluée par le médecin, par le patient lui-même et par l’opinion publique.

Les prévisions pour le futur sont une augmentation graduelle de la maladie et de la mortalité, due à la persistance de l’habitude de fumer, en particulier pour les femmes, à l’accroissement de la moyenne d’âge de la population et du risque de pollution ambiante.

Informations et préventions des facteurs de risque, diagnostics précoces et traitements adaptés aux plus récents acquis scientifiques, éducation du patient et de la famille, réhabilitation et continuité de l’assistance sociale et sanitaire sont aujourd’hui les pivots pour contrecarrer les conséquences de la maladie en termes de survivance, de qualité de vie et de coûts socioéconomiques.

 

Certaines questions restent cependant encore sans réponses, à savoir :

  • Comment poser le diagnostic de BPCO, dans la pratique ?
  • Quel est l’apport de la division en stades pour l’approche thérapeutique ?
  • Quel est le premier choix médicamenteux pour les différents stades de la BPCO stable, et quel est le mode d’administration efficace des médicaments ?
  • Quel est le rôle des thérapies non-médicamenteuses dans la BPCO ?
  • Peut-on contrôler la BPCO ? Ou quelle est la validité du contrôle BPCO ?
  • Quels seraient les critères de contrôle de la BPCO ?

Dans le monde, La BPCO est une charge sociétale importante avec ses 2,5 millions de décès annuels. Elle occupera désormais dans le monde, la troisième place en matière de mortalité d’ici 2020 (données OMS).

La mortalité et le fardeau socio-économique de la BPCO, associés aux souffrances individuelles, mettent en relief la nécessité d’un diagnostic précoce et d’une prise en charge efficiente.

Un résumé quantitatif de la prévalence de la BPCO fournit la première estimation de haute qualité dans l’important sous-groupes d’âge, état tabagique et sexe.

Les données suggèrent ainsi que la prévalence de la BPCO, selon sa définition physiologique chez l’adulte de plus de 40 ans, était de 9 à 10%.

Buist et coll. rapportent une prévalence de la BPCO beaucoup plus élevée que celle rapportée auparavant :

  • Ainsi, de 11,4% le stade I du GOLD serait passé à 26,1% (Cette prévalence étant généralement plus élevée chez l’homme que chez la femme, et variant grandement à travers les sites d’étude (FEV1; FVC)).
  • Quant au stade II, la prévalence serait passée de 10,1% à 11,8%.

L’évolution en matière de BPCO a aussi eu des répercussions sur la définition de cette maladie.

On ne dit désormais plus : “les” BPCO qui regroupaient un ensemble hétérogène comprenant la bronchite chronique, l’emphysème et l’asthme chronique. La définition se restreint aujourd’hui à : “la” BPCO qui devient une entité unique, caractérisée par une limitation chronique et progressive, incomplètement réversible des débits aériens essentiellement due à une Inflammation provoquée par des aéro-contaminants dont le chef de fil est le tabac.

Les tentatives disparates en matière de définition et de prise en charge font que nous avons actuellement fort besoin d’une standardisation de la BPCO.

 

Pourquoi ce besoin en standardisation ?

Non seulement pour optimiser la prise en charge à l’état de base et en urgence, mais aussi pour guider les praticiens sur les thérapies médicamenteuses et non-médicamenteuses appropriées et faciliter la conception de nouveaux agents.

La Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO) est une maladie évitable et traitable avec quelques effets extra pulmonaires pouvant contribuer à sa sévérité chez certains patients.

En effet, la BPCO revêt une nature multidimensionnelle avec des effets systémiques et fonctionnels ayant des répercussions directes sur la qualité de vie.

La BPCO est une maladie globale, générale, à expression pulmonaire dont l’évolution est rythmée par les différentes poussées d’exacerbations.

Une exacerbation de BPCO, étant définie comme « un évènement de l’histoire naturelle de la maladie, caractérisée par une modification de l’état de base de la dyspnée, toux et/ou expectorations, motivant une modification de la thérapeutique chez un patient ayant déjà un traitement de fond pour sa BPCO ».

En effet, dans un premier temps, il y a retour à l’état de base, puis la détérioration s’installe et l’état général s’altère.

C’est ainsi que d’une déficience locale, la BPCO évolue vers une incapacité générale se soldant à la fin par un handicap psycho-social.

 

Comme l’asthme, la BPCO est une maladie chronique. A la différence que, dans la BPCO, le traitement, essentiellement représenté par les bronchodilatateurs administrés par voie inhalée, a pour objectifs de :

  • Prévenir l’aggravation
  • Soulager les symptômes
  • Améliorer la tolérance à l’exercice
  • Améliorer la qualité de vie
  • Prévenir et traiter les complications
  • Et réduire la mortalité

Tandis que dans l’asthme, l’objectif du traitement et d’obtenir le meilleure niveau de contrôle, lui-même défini selon certains critères.

Le mot « contrôle » découle du langage militaire contre rôle signifiant : Vérifier l’exécution des tâches assignées, en notant l’absence ou la présence de certains signes permettant de tirer des conclusions en vue d’une décision.

 

En matière de BPCO, différentes variables fonctionnelles peuvent prédire l’amélioration symptomatique. Ce sont :

  • Le VEMS
  • La CVF, la CVL
  • La CRF de repos et d’exercice
  • Le DEM50
  • Le VIMS

 

Certains critères sont prédictifs de déficience :

  • La fonction pulmonaire
  • La capacité d’exercice
  • L’état de santé

 

Quels seraient les critères de mesure de la BPCO ?

Il serait judicieux d’apprécier :

 

  • Des paramètres respiratoires tels que :
    • Le VEMS
    • La dyspnée

 

  • Des paramètres évaluant la qualité de vie, tel que :
    • Le questionnaire de St Georges QRSG
  • Des paramètres évaluant la tolérance à l’effort, tel que
    • Le test de marche de 06 minutes
  • Des paramètres évaluant l’état général, tel que :
    • L’IMC (BMI)
  • Que seraient les paramètres à mesurer ?
    • Le VEMS et son déclin
    • La distension thoracique
    • La dyspnée
    • La capacité d’exercice,
    • La qualité de vie
    • Le nombre d’Exacerbations
    • La mortalité

 

Qu’en est-il de la sévérité ?

Elle est basée sur des paramètres traduisant une perte de structure du corps ou de fonction. Selon le « GOLD », la BPCO peut être divisée en 04 stades de sévérité fonction des variations du VEMS.

Un indice prédictif de mortalité est établi : c’est l’index de BODE, divisé en 04 quartiles, et basés sur des critères cliniques (BMI, dyspnée), fonctionnels (VEMS) ainsi que sur des données concernant l’évaluation de la qualité de vie et de la capacité à l’effort.

La qualité de vie appréciée par le questionnaire de Saint-Georges Hospital note 03 niveaux d’altération : léger, modéré et sévère.

 


Comment peut- on mesurer les exacerbations de la BPCO ?

  • Accélération du déclin du VEMS
  • Détérioration de la qualité de vie.
  • Augmentation des coûts directs.
  • Augmentations des hospitalisations.
  • Augmentation de la mortalité

 

Au final, sur quels paramètres serait-il possible d’établir un « contrôle » de la BPCO ?

  • L’état fonctionnel respiratoire.
  • L’état de santé.
  • La tolérance à l’effort.
  • Et la qualité de vie.

 

Conclusion

  • Manque de preuves pour construire les critères
  • Meilleur état ????
  • Absence de médicaments de l’arrêt du déclin
  • Le but du meilleur contrôle peut être un objectif
  • L’amélioration de qualité de vie passe par un effet sur :
    • La dyspnée (origine respiratoire ou déconditionnement)
    • Les exacerbations
  • Ces données justifient une détection précoce

 

 

 

Liens d’intérêts : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

 

Références

 

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  • Acute Exacerbations of Asthma

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Agressivité et violence : la dimension sociologique

Les différents courants de pensée sociologique sur la violence et l’agressivité des humains, sont variés et contradictoires dans leur approche théorique et leur analyse de la violence et de l’agressivité.

S. Benakila, EHS de Psychiatrie Drid Hocine, Alger

Résumé : Les différents courants de pensée sociologique sur la violence et l’agressivité des humains, sont variés et contradictoires dans leur approche théorique et leur analyse de la violence et de l’agressivité. Pour les fonctionnalistes : la diminution de la capacité d’ajustement ou d’adaptation d’un groupe à son environnement, appelle à une nécessite de dédifférenciation qui passera obligatoirement par des conflits et des guerres. Pour les systémiciens, la violence est liée au changement nécessaire à un système pour sa survie face aux modifications de son extérieur.

Aussi pour la pensée marxiste, la transformation sociale passe par un affrontement des classes antagonistes et donc par une violence. Quand la violence se conjugue au pluriel, elle donne naissance aux agressions de masse, qui peuvent s’expliquer par la thèse de l’homicidologie. Quand en plus, elle a lieu dans un espace publique, elle produit émeutes et vandalisme.

Mots clés : Violence, agressivité, agression, émeute.

Abstract: The different currents of sociological thought on the violence and aggressiveness of humans are varied and contradictory in their theoretical approach and their analysis of violence and aggression. For functionalists: the reduction in the ability of a group to adjust or adapt to its environment calls for a need for de-differentiation which will inevitably involve conflicts and wars. For systemicists, violence is linked to the change necessary for a system to survive in the face of changes in its exterior. Also, for Marxist thought, social transformation involves a confrontation of the antagonistic classes and therefore through violence. When violence is combined in the plural, it gives rise to mass attacks, which can be explained by the thesis of homicidology. When in addition, it takes place in a public space, it produces riots and vandalism.

Key words: Violence, aggressiveness, aggression, crime, riot

 

 

Introduction 

Il est difficile de réaliser une synthèse des différents courants de pensée sociologique, tant ils sont variés et contradictoires dans leur approche théorique et leur analyse de la violence et de l’agressivité.

Michaud aborde trois théories générales de la violence et de la société :

  • Les approches fonctionnalistes : soulignent le rôle des conflits et des guerres dans le renouvellement social,
  • Le point de vue systémique : sous l’influence des modifications de l’extérieur, le système va soit changer d’état ou soit se détruire, laissant place à un autre système,
  • La conception marxiste : la lutte des classes est le moteur du développement historique,
  • En faveur d’une intervention du milieu social dans la genèse des comportements violents, Karli a cité deux cas : dans le premier une déstructuration sociale et une disparition de facteurs traditionnels (ou phénomène d’acculturation). Dans le deuxième cas, une société peu hiérarchisée sans institutions d’autorité voit dans la violence le seul instrument de « contrôle social ».
  • Les phénomènes d’agression de masse

Les violences ou les agressions de masse se voient quand l’agressivité de l’homme se conjugue au pluriel, celui d’une société toute entière, ou le groupe uni par un territoire, une culture ou une religion soit auteur ou victime d’agressions atroces parfois exterminatrices.

La violence de masse s’explique par la guerre, qui mobilise tous les moyens et toutes les catégories de la population. La guerre a atteint une forme extrême dans le cas du génocide.

a.       La thèse de l’homicidologie

C’est seulement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, soutient Grossman, que les pays occidentaux ont découvert des moyens de conditionner psychologiquement leurs soldats à tuer, lors de combats rapprochés. Avant cela, seule une fraction infime des meilleurs soldats (ou des plus psychotiques) était capable de surmonter leur résistance innée à tuer.

L’un des arguments centraux de Grossman est que le comportement des humains diffère peu de celui des autres animaux. Il en veut pour preuve l’affirmation selon laquelle les animaux d’une espèce donnée ne tuent pas leurs congénères. Il soutient imperturbablement que l’inclination pour le meurtre est un trait nécessairement inculqué par la société.

Ce sont les 2% de la population supposément nés sans cette résistance au meurtre (les « loups » sociopathes) qui commettent la plupart des homicides, tant à la guerre que dans la société civile optimiste.

b.      Le génocide et le crime contre l’humanité

a. Le génocide est un acte commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel: 

  • Meurtre de membres du groupe;
  • Atteinte corporelle grave ou mentale de membres du groupe;
  • Soumission intentionnelle sur les conditions de vie de groupe devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
  • Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
  • Transfert de force d’enfants du groupe à un autre groupe.

En 1948, les Nations Unies ont déclaré que le génocide était un crime international. Un traité international signé par quelque 120 pays, en 1998, a créé la Cour Pénale Internationale (CPI), qui a compétence pour juger les crimes de génocide.

En 1993, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a créé le Tribunal Pénal International (TPI) à La Haye l’ex-Yougoslavie, dans les Pays-Bas. C’était le premier tribunal international depuis Nuremberg et le premier à avoir un mandat pour poursuivre le crime de génocide.

b. Les crimes contre l’humanité ont reçu leur définition formelle dans la Charte, ou le statut, de Nuremberg, lors du procès des criminels de guerre nazis.

Quant aux crimes de masse, ils consistent en une destruction pure et simple de civils en grand nombre, souvent accompagnée d’atrocités qui, à première vue, semblent ne « servir » à rien. En guise d’explication, on se contente souvent d’invoquer la « folie meurtrière des hommes » pour la soumission et l’éradication d’un groupe. Différemment, au génocide et au crime contre l’humanité, ils surviendraient en dehors de périodes de guerre. Donc, concernerait les civils, seulement. On en cite :

  • Le meurtre,
  • L’extermination,
  • La réduction en esclavage,
  • La déportation ou transfert forcé de population,
  • L’emprisonnement,
  • La torture,
  • Le viol,
  • La persécution d’un groupe,
  • La disparition forcée de personnes,
  • Le crime d’apartheid.
  • Les émeutes et le vandalisme

L’émeute reste un moyen d’expression plus ou moins violent, pour certaines catégories de population qui sont dépourvues d’autres moyens.

Le terme « émeutes » a souvent été retenu pour qualifier des événements multiformes et violents. Cette désignation sert à décrire des violences collectives qui se déroulent dans les espaces publics et se traduisent par des attaques contre des habitants appartenant à un groupe ethnique et/ou contre les forces de police ainsi que par des destructions assorties de pillages.

Il est possible de distinguer deux types d’émeutes, les émeutes de type « raciales » ou « ethniques », lorsque ces dernières opposent des communautés ethniques, linguistiques ou religieuses entre elles, et les émeutes sociales et politiques lorsque des affrontements se cristallisent autour de différences ou de revendications sociales ou d’une remise en cause de l’autorité publique, étatique.

Ce phénomène est bien souvent la conséquence de plusieurs facteurs combinés tels que la pauvreté, le chômage, un urbanisme inadapté et insalubre, une discrimination et marginalisation sociale, la détérioration des relations entre les forces de police et les habitants.

Les émeutes urbaines se sont inscrites dans l’histoire et le présent des grandes villes. Elles sont décrites comme événements extraordinaires et comme marginales, mais ne sont pas propres à notre époque. Comme le souligne Didier Lapeyronnie, nous pouvons établir des parallèles avec certaines formes de révoltes datant du 18e siècle.

Quant au vandalisme, c’est un comportement attribué, à l’origine, par les romains aux Vandales à l’égard de la culture : la destruction de ce qui est beau et vénérable. Le terme inclus, également, des dommages criminels tels des graffitis et dégradation dirigé vers une propriété appartenant à autrui.

Le terme Vandalisme a été inventé en 1794, pour décrire la destruction d’œuvres d’art après la révolution française. Le terme a été rapidement adopté dans toute l’Europe.

Les recherches criminologiques sur le vandalisme ont montré qu’il servirait à plusieurs fins pour ceux qui s’y engagent et provient d’une variété de motifs.

Rajoutant à cela, une autre agression de groupe, de plus en plus répandue, actuellement, et qui est en rapport avec les activités sportives spécifiques : le Hooliganisme qui est « la production de comportements agressifs produits par un individu dans le contexte d’un spectacle sportif » ou comme « les comportements d’agression physique et de vandalisme, produits par les spectateurs d’une manifestation sportive spécifique, le match de football, et se déroulant dans une zone géographique spécifique, le stade de football et ses alentours urbains ».

Il recouvre en effet deux grands types de violence :

  • Une violence que l’on peut qualifier de spontanée, qui est liée au déroulement du jeu et suscitée par les émotions du moment,
  • Une violence davantage préméditée, qui est le fait d’individus que ne rebute pas le recours planifié à des comportements agressifs.

Les supporters responsables de divers troubles à l’ordre public, sont appelés ‘’hooligans’’, ‘’siders’’, ‘’ultras’’ ou même parfois ‘’hooltras’’.

  • Délinquance et criminalité

Dans l’usage courant, la délinquance est associée aux personnes mineures et la criminalité, quant à elle, aux adultes.

La délinquance définit tout acte criminel commis par un jeune, habituellement de moins de 18 ans. Toutefois, les nombreuses sciences, comme la sociologie, la psychologie et la criminologie, qui se tournent vers cette réalité s’intéressent chacune à un aspect précis de ce phénomène.

Les différentes causes de la délinquance et de la criminalité sont d’ordres sociaux, individuels et biologiques.

La littérature sur la délinquance et la criminalité pointe l’agressivité physique au cours de l’enfance comme un prédicateur crucial des conduites antisociales, en particulier violentes, ultérieures. On peut citer pour illustration l’étude de Scarpa et Reine (1997), qui a montré une agressivité anormale qui peut être supposée à partir de l’observation d’une hypo-réactivité physiologique, et ce dès la petite enfance.

D’autres auteurs se sont intéressés aux trait physionomiques, aux traits caractériels ou mêmes aux conditions d’évolution de ces sujets. De là, plusieurs théories se partagent le débat, comme l’école allemande et la bio-criminogènese, l’école lyonnaise et la sociogenèse.

La théorie du criminel né de Lombroso :

Le XIXème siècle a connu l’accroissement des théories, fidèles à la théorie de la dégénérescence de Morel, sur le caractère héréditaire de la folie et de la criminalité.

Il y eut d’abord, la phrénologie qui postulait que les assassins pouvaient se reconnaître à leur conformation crânienne la “bosse du crime” placée derrière l’oreille.

Lombroso (1835- 1909) avec sa théorie de l’atavisme criminel, a avancé que les crimes commis, dans nos sociétés modernes, étaient imputables à des criminels commettant des forfaits par nécessité biologique. Il présente certains traits anatomiques et sociaux qui le rapprochent du sauvage.

En 1857, Lepelletier de la Sarthe décrit huit types pénitentiaires reconnaissables à leurs méfaits, à leur psychisme et, pour certains, à leur physionomie. Chaque type est marqué par la dominance d’un vice.

Morel lui, définit les dégénérescences comme des déviations maladives héréditairement transmissibles. L’idée à laquelle Lacassagne s’opposa.

Par la suite d’autres théories se développèrent dans cet axe criminologique : les marxistes, l’école de l’interpsychologie de Tarde, l’école de l’imitation et l’école sociologique de Durkheim.

Conclusion 

Le déterminisme sociologique des comportements violents ne fait aucun doute. La multiplicité des facteurs intriqués dans cette relation de causalité rend cependant toute étude précise impossible et peut tout au plus offrir quelques éléments de réflexion.

Références

  • Argrag F, Citarella M, Le feu de l’émeute et le vent de guerre : Synthèse bibliographique, Éd : Espaces et sociétés 2009.
  • Bouchard JP., Violences, homicides et délires de persécution. Ann Med Psychol. 2005;163:820-826.
  • Fernandez F, Suicides et conduites auto-agressives en prison. Anthropologie médicale appliquée au developpment et à la santé. Le bulletin amades : Dossier n°14 – 2009
  • Fischer GN, Psychologie des violences sociales. Éd Dunod 2003.
  • Fontaine R, Psychologie de l’agression. Dunod 2003.
  • Fourton J, Agressivité utile ou dangereuse. Éd universitaire, Paris 1972.
  • Golse B, Furtos J, Laval P, Danger, dangerosité et peur : récuser le pouvoir prédictif, éd : Rhizome 2006.
  • Kaision JM, Camus D, Cossy Y, Violence en psychiatrie : Une recherche prospective au Département Universitaire de Psychiatrie Adulte (DUPA) interrogée à la lumière du modèle cindynique. L’Écrit 2004
  • Lanteri-Laura G. Réflexions épistémologiques sur la notion de violence dans la psychiatrie moderne, Neuro-psy, volume 12 – N° 1 – janvier 1997.
  • Lavoine PL, Prédire la dangerosité, VST, N°63, 1999, p.25-27
  • Michaud Y, La violence. coll. : que sais-je ? éd PUF 5° édition 1999

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Réflexions : Une conséquence du conflit environnement/homme : la BPCO

Style de vie occidentalisé, pollution, urbanisation, déforestation, accroissement de la population, vieillissement populationnel accéléré, stagnation de l’espérance de vie patent en Occident, maintiennent la morbidité des maladies respiratoires et par conséquent son poids social.

 

R. BENALI, Faculté de Médecine, Université Badji Mokhtar, Annaba.

 

Style de vie occidentalisé, pollution, urbanisation, déforestation, accroissement de la population, vieillissement populationnel accéléré, stagnation de l’espérance de vie patent en Occident, maintiennent la morbidité des maladies respiratoires et par conséquent son poids social.

La BPCO en est le sommet de l’iceberg d’un groupe d’affections regroupées sous le vocable : “chronic obstructive airways“, dont l’élément commun en est un déficit ventilatoire obstructif qui peut être réversible [cas de l’asthme] ; variable [cas DBB[1]] ; irréversible [cas de la BPCO].

La BPCO, modèle par excellence de l’expression d’un conflit entre l’homme et l’environnement.

La BPCO est la réponse cumulée à des poumons sensibles à la charge totale des particules inhalées et de gaz sur une vie.

La BPCO est un corollaire de la « peste bleue », couleur bleue liée à la fumée de la cigarette. La BPCO a été dénommée “L’inconnue meurtrière” en 2003 par J.F. Cordier, alors président de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF). Les patients sont inconscients de leur état, ils n’arrivent pas à dénommer leur maladie.

Par son problème de prévalence, son problème de mortalité, son problème de coût, l’impact psycho-social, la BPCO est un fardeau de santé.

Par son approche scientifique : l’interaction gène environnement, par le mode de pensée induit : approche systémique, la BPCO nécessite une approche originale.

Par son installation insidieuse, par l’hétérogénéité de ses morphotypes, par son polygénisme dans son expression génétique, la BPCO peut être considérée comme une exemplarité pédagogique de la médecine 4p en pathologie respiratoire :

Médecine prédictive : La BPCO est le résultat de l’accumulation de dommages moléculaires et cellulaires dès la conception.

Les périodes critiques de la vie, lorsque les poumons sont les plus vulnérables aux dommages, doivent être mises en relief.

L’identification des expositions, biologiques et psychosociales, agissant tout au long de la vie peuvent influer sur la fonction pulmonaire.

La gestation, période vulnérable fait que le tabagisme maternel influe sur le développement des poumons in Utéro. Au cours de la vie post-natale, les dégâts sont causés par des particules inhalées et des gaz.

Physiologiquement, le développement pulmonaire se poursuit après la naissance et la maturité pulmonaire n’est atteinte qu’à la puberté.

Les sports mobilisateurs d’une masse musculaire variée tels que la natation, le tennis, … aideront à rendre plus tonique les muscles respiratoires en vue d’une meilleure ampliation.

Les apprentissages de la respiration normale doivent être soutenus chez l’enfant, ils permettront l’ouverture et la mobilisation des alvéoles collabées.

Aussi, la BPCO ne doit pas être simplement considérée comme une maladie de la sixième décennie de la vie et plus, mais plutôt comme une maladie qui peut avoir ses origines dès la gestation.

“On doit connaître ce qui est bénéfique pour s’y fier, et ce qui est nuisible afin de l’éviter. Comme on doit s’intéresser à ce corps car il n’y a rien de plus proche de nos âmes. On doit préserver sa santé, puisque nos âmes dépendent de lui et la santé de l’âme ne peut être guérie que par celle du corps ». Al-RÁzÐ, Isagoge

Médecine de précision

La prise ne charge de la BPCO doit impérativement se baser sur des outils et supports, validés. L’approche décisionnelle prédomine dans les situations aiguës telles que les exacerbations de BPCO. Les exacerbations sont hétérogènes, l’état critique du patient en est la cible.

Il y a désormais nécessité d’une définition valide, spécifique, discriminative, se basant sur des faits objectifs mesurables, vérifiables et permettant une catégorisation du cas.

       
 

Examen clinique d’un patient en exacerbation BPCO :

1.  Observation : Le patient fait une inspiration brève suivie d’une longue expiration à lèvres pincées, les joues enflent à chaque période inspiratoire, gros cou, exophtalmie (due à un œdème rétro-orbitaire) donnant le « faciès de batracien »

2.  L’insuffisant respiratoire est dyspnéique couché. L’insuffisant cardiaque est dyspnéique assis

·      Le passage d’une position couchée à une position assise est un signe de gravité.

3.  On palpe les muscles du cou, sternocléidomastoïdien : dureté en tronc de cônes signant une fatigabilité musculaire

4.  On mesure la fréquence respiratoire, main à plat sur le thorax.

5.  La pression artérielle pincée signe une hyperpression intra-thoracique

6.  Le PH urinaire doit être vérifié à l’aide d’une bandelette è le passage d’un ph alcalin a un ph acide est un signe de gravité.

7.  Un saturomètre périphérique doit être posé.

8.  L’élocution du patient est vérifiée : il n’arrive pas à parler, parle en mots ; parle en phrases.

 

 

Quels Outils pour préciser le diagnostic ?

Confirmation de EABPCO :

Dyspnée : échelle visuelle analogique ≥ 5

Neutrophiles ≥70%

C réactive protéine ≥ 3mg/l

 

Quels examens para cliniques ? pour quelle utilité ? Éliminer ce qui n’est pas exacerbation

·      Pneumonie Rx thorax

·      Pneumothorax Rx thorax

·      Embolie pulmonaire D-Dimères

·      Insuffisance cardiaque Pro BNP ( brain natriuretic peptide concentration)

·      Infarctus myocarde ECG, Troponine

·      Arythmie ECG, Troponine

Outils pour préciser la thérapie

Viral : Dosage sérique

Bactérie : Couleur des crachats, cultures,

Concentration de l’interleukine1β dans l’expectoration

Éosinophilies : niveau éosinophilie dans le sang

 

 

 

Médecine personnalisée (soins ajustés), consiste à adapter les traitements en fonction des caractéristiques des patients et de leurs maladies. Il s’agit d’anticiper, grâce à un test diagnostique sur les patients, ceux pour qui le traitement serait le plus bénéfique et ceux pour qui il ne le serait pas.

La broncho-pneumopathie obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire impactant fortement la qualité de vie des patients. Son caractère chronique influence sa prise en charge au quotidien et à long terme (exacerbations, rémissions, etc.).

La médecine personnalisée – tant au niveau des thérapeutiques, que de la prise en charge – est donc plus que jamais un des enjeux majeurs de demain.

Personnaliser la prise en charge pharmacologique, c’est identifier les phénotypes pour la prescription de corticoïdes (présence d’éosinophiles),

Personnaliser l’activité physique adaptée (cf. Thèse F. Atoui).

Personnaliser l’éducation : pertinence sociolinguistique, plan d’action validé (cf. Thèse F. Atoui).

 

Médecine participative 

Le patient porteur de BPCO a une perte de l’estime, une culpabilisation vis à vis d’un mal qu’il s’est auto infligé. Il est porteur d’une maladie chronique qui exige des outils de surveillance (le souffle et l’oxygène se mesurent), et une coordination de la prise des médicaments inhalés.

Le soin n’est pas seulement de nature technique exclusive, c’est un composite intégrant aux techniques, les humanités appliquées, l’éthique (notion de bienfaisance et de non-malfaisance), l’équité, la spiritualité du patient , la préservation de l’autonomie du patient, pour une approche soignante globale.

Chaque soignant est porteur de ce que nous appelons :

  • Les repères : la technicité et,
  • Les valeurs : les humanités difficiles à définir (aide à vivre et à se situer en société, avoir des préférences, avoir des rapports avec autrui, tenir compte des besoins de l’autre). Elles sous-tendent la dignité, le respect, la liberté.

Le qualificatif “bon soignant” , est attribué à un soignant qui est organisé, efficace, gestionnaire de son temps et respectueux de la feuille de route. Ces qualités sont recherchées par les managers de santé. Le qualificatif “bon soignant”, est attribué à un soignant qui appréhende le patient par l’écoute, cerne ses besoins, pratique une écoute attentive, établit une relation empathique avec le patient, réfléchit aux finalités des soins qu’il a à exécuter, agit avec ses humanités et ses valeurs.

Le parcours du patient en soins respiratoires doit avoir : une visibilité, une lisibilité, un partage et une continuité. La relation patient- soignant n’est plus hiérarchique, elle ne doit pas infantiliser le patient, c’est une relation sachant-sachant.

Un soignant n’est rentable aux patients chroniques qu’au sein d’une équipe. En 1975, C. Boelen avait organisé à Constantine, un séminaire OMS : l’équipe de santé. L’équipe de santé assurera la continuité des soins, la qualité des soins, la formation permanente des membres et développera le sens de l’écoute, de la cohésion, du partage, de l’échange, la gestion des stress, de la coordination, en développant une communication inter et extra membres.

Références :

1.      Ben-Shlomo Y, Kuh D. A life course approach to chronic disease epidemiology: conceptual models, empirical challenges and interdisciplinary perspectives. Int J Epidemiol 2002;31:285–293.]

2.      [World Health Organization. Report on the global tobacco epidemic, 2011: MPOWER. Geneva: WHO; 2011.]

3.      AmbrosinoN, Bertella E : life style interventions in prevention and comprehensive management of COPD Breathe 2018;14:186-194

4.      Catherine Vernay Psychologue clinicienne centre hospitalier Annecy Genenevois. L’empathie, un élément clé dans la relation de soins

5.      Daniel Maroudy, Des principes et des valeurs pour prendre soin. c/o Soins, Elsevier Masson SAS 65, rue Camille des moulins 92442 Issy-les-Moulineaux France

6.      C. Boelen expert OMS Seminaire OMS : l’équipe de santé ;1975 Constantine. Algérie

7.      F. Atoui, Thèse de DESM : Programme d’éducation thérapeutique pour les patients souffrant de BPCO, Faculté de médecine Annaba 2017

8.      Haute Autorité Santé , PACTE, s’engager pour réduire les incidents associés aux soins 21fev. 2018 Janvier 2018 : rapport final de l’expérimentation.

 

[1] DDB =Dilatation des Bronches

 

 

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